Tragiques Inventions

Œuvre : Histoires tragiques


Auteurs : Bandello, Matteo ; Boaistuau, Pierre ; Belleforest, François de

Présentation générale de l'œuvre

Titre usuelHistoires tragiques
Données data.bnf sur l'œuvreHistoires tragiques
Présentation générale de l'œuvreEn 1554, l’édition princeps des Novelle de Antonio Bandello est publiée à Lucca. En 1559 paraissent les Histoires Tragiques de Pierre Boaistuau, un recueil de six histoires librement traduites de la source italienne. En août de la même année, François de Belleforest fait paraître la première partie Continuation des Histoires Tragiques, dont la publication se poursuivra, en sept tomes, jusqu’au 1582. Avec les Discours des champs faëz de Claude de Taillemont, parues en 1553, qui selon Jean-Claude Arnould constituent une étape préparatoire de l’invention du genre de l'« histoire tragique », le huitième tome de Vérité Habanc en 1585 et les Nouvelles Histoires tragiques de Bénigne Poissenot de 1586, un corpus assez défini se configure comme représentatif du genre. Il s’agit de recueils de récits brefs à valeur exemplaire, dans lesquels les histoires ne sont pas insérées dans un récit-cadre selon le modèle boccacien, mais sont accompagnées d’un apparat péritextuel plus ou moins étendu.
Après le précurseur français de Taillemont, c’est à Boaistuau qui revient le mérité d’avoir « inventé » l’histoire tragique. Il est le premier à avoir donné le nom au genre dans le titre de son recueil, qu’il réclame comme choix arbitraire mais non pour cela moins pertinent : dans l’« Advertissement au lecteur », il souligne qu’il a voulu donner à ses histoires l’appellation de « tragiques » même si certaines d’entre elles ne correspondent pas aux codes du genre dramatique. Ce sont donc des « histoires », des récits véridiques et à caractère exemplaire, puisqu’elles illustrent les conséquences d’une vie menée selon le vice ou la vertu – s’apparentant en cela au genre de l’exemplum – et « tragiques », dignes et graves, qui ont pour personnages des nobles, des chevaliers et des dames, et qui, par leur tonalité pathétique, sont censées plaire aux lecteurs et susciter des émotions fortes. En même temps,  l’appellation de « tragique » exprime bien aussi l’horreur des intrigues et la cruauté du dénouement des histoires. Chez Boaistuau le message moral reste plutôt implicite et fait l’objet de l’interprétation et de l’adhésion du lecteur ; chez Belleforest, en revanche, la visée édifiante et didactique des histoires devient beaucoup plus explicite, exprimée par le discours auctorial qui acquiert d’ampleur et de poids à l’intérieur du récit aussi bien que dans les péritextes, notamment avec le développement des sommaires. En cela, Belleforest revient apparemment aux longs sommaires de Bandello mais en leur donnant une signification nouvelle.
L’analyse comparée des recueils de Bandello, de Boaistuau et de Belleforest permet de mettre en lumière un parcours de formation du genre tragique, qui se développe grâce aux choix et aux pratiques d’écriture de chaque auteur mais aussi aux procédés de la traduction, de la réécriture et du mélange de sources qui caractérisent la littérature de la première modernité.
Texte de présentation rédigé par Ilaria Giacometti.
Date de la première publication1559

Informations générales

Données data.bnf sur l'auteur.riceBoaistuau, Pierre
Données data.bnf sur le(s) texte(s)-source(s)Novelle de Matteo Bandello
Données data.bnf sur l'auteur.rice du/des texte(s)-source(s)Bandello, Matteo

Informations bibliographiques

Édition(s) critique(s)Histoires tragiques, éd. Richard A. Carr, Paris, H. Champion, 1977
Sélection bibliographiqueARNOULD, Jean-Claude, « L’impasse morale des histoires tragiques au XVIe siècle », Réforme, Humanisme, Renaissance, no 57, 2003, p. 93-108.
ARNOULD, Jean-Claude, « Deux versions françaises d'une nouvelle de Bandello », Bulletin de l'Association d'étude sur l'humanisme, la réforme et la renaissance, n°22, 1986, pp. 27-41.
ARNOULD, Jean-Claude, « Les « Discours des Champs faëz » de Claude de Taillemont et l'invention de l'histoire tragique », Bulletin de l'Association d'étude sur l'humanisme, la réforme et la renaissance, n°31, 1990, p. 47-61.
CARRASCÒN,Guillermo, SIMBOLOTTI, Chiara (dir.), I novellieri italiani e la loro presenza nella cultura europea: rizomi e palinsesti rinascimentali, Torino, Accademia University Press, 2015.
LYONS, John D., Exemplum. The Rhetoric of Example in Early Modern France and Italy, Princeton, N. J., Princeton University Press, 1989, p. 72-114.
PECH, Thierry, Conter le crime. Droit et littérature sous la Contre-Réforme : les histoires tragiques (1559-1644), Paris, Honoré Champion, 2000.
SIMONIN, Michel, Vivre de sa plume au XVIe siècle, ou la carrière de François de Belleforest, Genève, Droz, 1992.
STUREL, René, Bandello en France au XVIe siècle, Bordeaux, Feret et fils, 1918.
ZIERCHER, Estelle, « Histoires tragiques et formes narratives au XVIe siècle », Réforme, Humanisme, Renaissance, n°73, 2011, p. 9-21.
Sélection bibliographique établie par Ilaria Giacometti.
Collection créée par Anne Réach-Ngô Collection créée le 13/04/2020 Dernière modification le 05/05/2023