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64. Val-Richer, Samedi 21 octobre 1837, François Guizot à Dorothée de Lieven
Collection : 1837 (13 octobre - 29 octobre)
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
N°64. Samedi 21 8 heures
J’attends. Vous connaissez cet état où l’âme n’a plus qu’un sentiment, qu’une idée où la vie est suspendue partout, partout excepté sur un point. C’est un état bien pesant. D’autant plus pesant qu’il est plein d’hypocrisie ; on va, on vient, on parle ; on a l’air de penser à tout. J’ai fait recommander hier au facteur de la poste de venir aussi vite qu’il le le pourrait. Mais il ne sera pas ici avant 10 heures et demie.
Cette nuit je me suis réveillé dix fois croyant l’entendre arriver. Ah, dearest, que sert d’avoir vécu d’avoir souffert si l’on n’apprend pas du tout à souffrir si l’on se retrouve, après, tant et tant d’épreuves, aussi impatient à la souffrance, aussi ardent au bonheur, aussi agité, aussi tremblant, aussi avisé. Et pourtant, je m’admire ; je me trouve d’une patience, d’une modération excessive. Si je m’en croyais, si je suivais ma pente, si mes actions étaient l’image fidèle de mes sentiments, où serais-je aujourd’hui ? Je vous l’ai dit souvent : on a mille fois plus de vertu qu’on ne croit. Mais elle ne gouverne que le dehors. Depuis hier, je me raisonne sans relâche ; je me dis tout ce que ce me dirait le plus sensé, le plus bienveillant ami, que rien ne peut être changé dans votre situation, dans notre situation, que votre fils ne peut vous avoir rien amené, rien apporté que nous n’eussions prévu puisque nous avions prévu le pire, que son arrivée vous délivre au contraire d’une crainte plus grave, que vos lettres à tout ce monde-là sont parties &, &. Tout cela est vrai, j’espère, j’en suis sûr. Mais jusqu’à ce que j’aie des nouvelles, des nouvelles comme il me les faut, toutes ces vérités-là sont mortes. Je les vois et elles ne me font rien. Elles passent devant mon esprit & quand elles ont passé, je me retrouve tel que j’étais. Je n’ai pas même la ressource de me blâmer moi-même, de me dire que j’ai tort de vous tant aimer, de mettre ma vie en vous, que j’aurais mieux fait de laisser mon cœur dans son tombeau. Il n’y a pas moyen ; ces idées-là ne peuvent m’approcher. Quand elles essayent d’apparaître de loin, à l’instant je vous vois, vous avec tout ce que vous avez de noble, de vrai, de tendre, de rare, vous excellente et charmante, vous si aimable, si attrayante, si attachante et toujours d’en haut. du plus haut ou puisse habiter une créature ! Comment aurais-je fait vous connaissant, pour ne pas vous aimer comme je vous aime ? Comment ferais-je vous aimant, pour ne pas être inquiet, troublé, impatient, avide, jaloux, insatiable comme je le suis ? Je n’ai qu’à me résigner. Je me résigne. Dans deux heures j’espère, je n’y aurai pas tant de peine.
J’attends toujours. Vous me direz sans doute si je puis continuer à vous écrire comme je ferais, ou s’il faut prendre quelqu’une des précautions que vous m’avez indiquées. En attendant, et pour que rien ne manque à la sûreté, je vous ai écrit hier soir et vous aurez demain une lettre officielle, très officielle. Il n’y a personne qui ne puisse lire celle-là aussi, n’a-t-elle point de Numéro.
11 heures 1/4
Me voilà rassuré. Me voilà heureux. Pourtant, je vous envoie ma folie, car c’est de la folie. Je vous l’envoie même directement. Il n’y a, ce me semble, aucune raison de ne pas le faire. Vous l’aurez trois heures plutôt. Et je ne vous ai pas seulement demandé si vous étiez toujours plus souffrante ! Je n’ai pas songé à votre santé ! Décidément dites-moi si quand je vous écris comme aujourd’hui, vous voulez que ce soit directement, ou directement. Adieu, adieu. Adieu. J’y mets tout. G.
J’attends. Vous connaissez cet état où l’âme n’a plus qu’un sentiment, qu’une idée où la vie est suspendue partout, partout excepté sur un point. C’est un état bien pesant. D’autant plus pesant qu’il est plein d’hypocrisie ; on va, on vient, on parle ; on a l’air de penser à tout. J’ai fait recommander hier au facteur de la poste de venir aussi vite qu’il le le pourrait. Mais il ne sera pas ici avant 10 heures et demie.
Cette nuit je me suis réveillé dix fois croyant l’entendre arriver. Ah, dearest, que sert d’avoir vécu d’avoir souffert si l’on n’apprend pas du tout à souffrir si l’on se retrouve, après, tant et tant d’épreuves, aussi impatient à la souffrance, aussi ardent au bonheur, aussi agité, aussi tremblant, aussi avisé. Et pourtant, je m’admire ; je me trouve d’une patience, d’une modération excessive. Si je m’en croyais, si je suivais ma pente, si mes actions étaient l’image fidèle de mes sentiments, où serais-je aujourd’hui ? Je vous l’ai dit souvent : on a mille fois plus de vertu qu’on ne croit. Mais elle ne gouverne que le dehors. Depuis hier, je me raisonne sans relâche ; je me dis tout ce que ce me dirait le plus sensé, le plus bienveillant ami, que rien ne peut être changé dans votre situation, dans notre situation, que votre fils ne peut vous avoir rien amené, rien apporté que nous n’eussions prévu puisque nous avions prévu le pire, que son arrivée vous délivre au contraire d’une crainte plus grave, que vos lettres à tout ce monde-là sont parties &, &. Tout cela est vrai, j’espère, j’en suis sûr. Mais jusqu’à ce que j’aie des nouvelles, des nouvelles comme il me les faut, toutes ces vérités-là sont mortes. Je les vois et elles ne me font rien. Elles passent devant mon esprit & quand elles ont passé, je me retrouve tel que j’étais. Je n’ai pas même la ressource de me blâmer moi-même, de me dire que j’ai tort de vous tant aimer, de mettre ma vie en vous, que j’aurais mieux fait de laisser mon cœur dans son tombeau. Il n’y a pas moyen ; ces idées-là ne peuvent m’approcher. Quand elles essayent d’apparaître de loin, à l’instant je vous vois, vous avec tout ce que vous avez de noble, de vrai, de tendre, de rare, vous excellente et charmante, vous si aimable, si attrayante, si attachante et toujours d’en haut. du plus haut ou puisse habiter une créature ! Comment aurais-je fait vous connaissant, pour ne pas vous aimer comme je vous aime ? Comment ferais-je vous aimant, pour ne pas être inquiet, troublé, impatient, avide, jaloux, insatiable comme je le suis ? Je n’ai qu’à me résigner. Je me résigne. Dans deux heures j’espère, je n’y aurai pas tant de peine.
J’attends toujours. Vous me direz sans doute si je puis continuer à vous écrire comme je ferais, ou s’il faut prendre quelqu’une des précautions que vous m’avez indiquées. En attendant, et pour que rien ne manque à la sûreté, je vous ai écrit hier soir et vous aurez demain une lettre officielle, très officielle. Il n’y a personne qui ne puisse lire celle-là aussi, n’a-t-elle point de Numéro.
11 heures 1/4
Me voilà rassuré. Me voilà heureux. Pourtant, je vous envoie ma folie, car c’est de la folie. Je vous l’envoie même directement. Il n’y a, ce me semble, aucune raison de ne pas le faire. Vous l’aurez trois heures plutôt. Et je ne vous ai pas seulement demandé si vous étiez toujours plus souffrante ! Je n’ai pas songé à votre santé ! Décidément dites-moi si quand je vous écris comme aujourd’hui, vous voulez que ce soit directement, ou directement. Adieu, adieu. Adieu. J’y mets tout. G.
65. Bruxelles, [Mercredi 24] mai 1854, Dorothée de Lieven à François Guizot
Collection : 1854 (1er janvier-21 décembre) : Dorothée, une princesse russe, persona non grata à Paris
Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
65. Bruxelles le 24 mai 1854
Jeudi
Brockhausen est revenu hier de Paris. Enivré de Paris, malheureux de retrouver Bruxelles. Il dit qu'on sait bien moins là qu'ici. Je suis dans mon lit aujourd’hui c’est bien ennuyeux, j’espère que ce n’est pas dangereux. Redcliffe a fait ses embarras. Il n’a pas voulu aller au dîner donné pour le prince Français, Raglan non plus, c’est drôle. Les spectateurs trouvent cela un singulier début pour l’action commune.
Il y a des gens qui prétendent qu'il y a quelques nuages entre Paris et Londres, c’est des mauvaises langues.
Quelle misère d’aller nous trouver vous en Normandie, moi en Nassau. Ce pauvre Constantin me conseillait l’autre jour de penser comme la Grande Duchesse de Weimar qui dit que le bon Dieu n’aurait pas fait autre ment que l’[Empereur] son frère, j’ai répondu que c’était bon pour un orthodoxe de le croire, mais que moi j’étais Luthérienne, et je crois au bon Dieu plus d'esprit que cela. J'ai été prise d’un accès de sommeil après une nuit blanche, et voilà qu'il est tard. Je suis obligée de fermer ma lettre. Je viens d'en recevoir une de Greville un peu bête. Evidemment l’intéressant il ne veut pas me le dire. Adieu. Adieu.
N'oubliez pas de me donner l’adresse de Génie.
Jeudi
Brockhausen est revenu hier de Paris. Enivré de Paris, malheureux de retrouver Bruxelles. Il dit qu'on sait bien moins là qu'ici. Je suis dans mon lit aujourd’hui c’est bien ennuyeux, j’espère que ce n’est pas dangereux. Redcliffe a fait ses embarras. Il n’a pas voulu aller au dîner donné pour le prince Français, Raglan non plus, c’est drôle. Les spectateurs trouvent cela un singulier début pour l’action commune.
Il y a des gens qui prétendent qu'il y a quelques nuages entre Paris et Londres, c’est des mauvaises langues.
Quelle misère d’aller nous trouver vous en Normandie, moi en Nassau. Ce pauvre Constantin me conseillait l’autre jour de penser comme la Grande Duchesse de Weimar qui dit que le bon Dieu n’aurait pas fait autre ment que l’[Empereur] son frère, j’ai répondu que c’était bon pour un orthodoxe de le croire, mais que moi j’étais Luthérienne, et je crois au bon Dieu plus d'esprit que cela. J'ai été prise d’un accès de sommeil après une nuit blanche, et voilà qu'il est tard. Je suis obligée de fermer ma lettre. Je viens d'en recevoir une de Greville un peu bête. Evidemment l’intéressant il ne veut pas me le dire. Adieu. Adieu.
N'oubliez pas de me donner l’adresse de Génie.
65. Paris, Mardi 27 septembre 1853, Dorothée de Lieven à François Guizot
Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
65 Paris le 27 septembre 1853
Voilà bien du bruit ici. De tous côtés on vient m'effrayer. Me rassurer, personne. M. Fould est enchanté de l’entrée des vaisseaux. " C’est plus net. La capitulation sera plus facile. (Joliment !) ou la guerre. plus tranchée, car ce sera. La guerre révolutionnaire. L’Autriche y perdra de suite l’Italie & la Hongrie. L’Allemagne ne demande pas mieux que d'appartenir à l'Emp. Napoléon. Il tient en mains les révolutionnaires de tous les pays, il peut les contenir où les cacher. Chez lui il n’a pas peur, ils sont soumis. Il peut donc bouleverser le monde sans courir lui-même le moindre danger." Lord Cowley est au plus noir ; il ne voit plus un moyen quelconque pour éviter la guerre générale, et des malheurs af freux. Cependant son instinct se révolte et il doute, en dépit de tous les raisonnements qui tous concluent à la guerre. Hübner est dans un état violent. Bual n’est pas à [Olmetz]. Cela l'offense avec quelque raison. C'est mon [Empereur] qui n’aurait pas voulu. Kisseleff conserve sa tranquillité apparente. Hatzfeld est à la campagne. Lord Lansdowne écoute, Brougham bavarde et rit, il n'a jamais été aussi en train et aussi agréable. Le premier revient de Suisse et retourne en Angleterre. Il attendra ici l’Empereur à moins d'une convocation du Cabinet. Son dire est comme celui de tout le monde avec les formes réservées & polies que vous lui connaissez. Mais la guerre est au bout. On dit ici aux aff. étrangères que le traité des détroits a toujours été respecté jusqu'au moment où la vie des Nationaux est menacée (Je me trompe c’est Cowley qui me dit cela mais qu'il n’y a pas de traité qui tienne devant le devoir de la sauver.) Drouin de Lhuys dit aux petits diplomates que c’est dans l’intérêt de la paix encore qu'on fait cela et pour donner au Sultan la force de négocier à Paris et à Londres on croit qu'avec la parité de situation, occupation pour occupation. Il sera plus aisé de les faire cesser simultanément. C'est un grand gâchis que tout cela. Et jamais on n’a été aussi près de la catastrophe.
Aberdeen est très ferme dit Cowley dans le parti qui vient d’être pris. Lansdowne ne croit pas du tout à la retraite. Midi. Dans ce moment, une lettre de Greville très longue, je vous en enverrai copie demain, très desponding, ne voyant pas jour à sortir de la difficulté et à éviter la guerre. Il désire bien connaître votre opinion, et si vous voyez une solution possible. Pensez-y. Il me demande déjà où j' irais. C’est jolie d’avoir à songer à cela. Adieu. Adieu.
Voilà bien du bruit ici. De tous côtés on vient m'effrayer. Me rassurer, personne. M. Fould est enchanté de l’entrée des vaisseaux. " C’est plus net. La capitulation sera plus facile. (Joliment !) ou la guerre. plus tranchée, car ce sera. La guerre révolutionnaire. L’Autriche y perdra de suite l’Italie & la Hongrie. L’Allemagne ne demande pas mieux que d'appartenir à l'Emp. Napoléon. Il tient en mains les révolutionnaires de tous les pays, il peut les contenir où les cacher. Chez lui il n’a pas peur, ils sont soumis. Il peut donc bouleverser le monde sans courir lui-même le moindre danger." Lord Cowley est au plus noir ; il ne voit plus un moyen quelconque pour éviter la guerre générale, et des malheurs af freux. Cependant son instinct se révolte et il doute, en dépit de tous les raisonnements qui tous concluent à la guerre. Hübner est dans un état violent. Bual n’est pas à [Olmetz]. Cela l'offense avec quelque raison. C'est mon [Empereur] qui n’aurait pas voulu. Kisseleff conserve sa tranquillité apparente. Hatzfeld est à la campagne. Lord Lansdowne écoute, Brougham bavarde et rit, il n'a jamais été aussi en train et aussi agréable. Le premier revient de Suisse et retourne en Angleterre. Il attendra ici l’Empereur à moins d'une convocation du Cabinet. Son dire est comme celui de tout le monde avec les formes réservées & polies que vous lui connaissez. Mais la guerre est au bout. On dit ici aux aff. étrangères que le traité des détroits a toujours été respecté jusqu'au moment où la vie des Nationaux est menacée (Je me trompe c’est Cowley qui me dit cela mais qu'il n’y a pas de traité qui tienne devant le devoir de la sauver.) Drouin de Lhuys dit aux petits diplomates que c’est dans l’intérêt de la paix encore qu'on fait cela et pour donner au Sultan la force de négocier à Paris et à Londres on croit qu'avec la parité de situation, occupation pour occupation. Il sera plus aisé de les faire cesser simultanément. C'est un grand gâchis que tout cela. Et jamais on n’a été aussi près de la catastrophe.
Aberdeen est très ferme dit Cowley dans le parti qui vient d’être pris. Lansdowne ne croit pas du tout à la retraite. Midi. Dans ce moment, une lettre de Greville très longue, je vous en enverrai copie demain, très desponding, ne voyant pas jour à sortir de la difficulté et à éviter la guerre. Il désire bien connaître votre opinion, et si vous voyez une solution possible. Pensez-y. Il me demande déjà où j' irais. C’est jolie d’avoir à songer à cela. Adieu. Adieu.
65. Paris, Mercredi 1er août 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
65 Paris le 1er août 1855
J'ai fait votre message à Milnes il y a été très sensible. Il va aujourd’hui à Vichy & reviendra ici le 22. Il veut voir la grande fête de Versailles. On a enterré hier le vieux Rothschild. Thiers y était il a causé. Il a parlé avec une grande tristesse de l'hostilité marquée dans l’armée française contre les camarades anglais.
On s'occupe beaucoup ici des fêtes à donner à la reine. Celle de Versailles sera magnifique. Les Clands Hamiltons sont venus me voir hier. Ils ne sont ici que de passage. Comme elle est belle. Lui très bavard. très pacifique, et très espérant. Blamant beaucoup Lord Ab. pour n’avoir pas quitté lors qu’a éclaté la guerre. Je n’ai point de nouvelles à vous donner. Je n’ai pas encore vu Fould depuis son retour. Hier soir Montebello et Duchatel. Adieu, adieu.
J'ai fait votre message à Milnes il y a été très sensible. Il va aujourd’hui à Vichy & reviendra ici le 22. Il veut voir la grande fête de Versailles. On a enterré hier le vieux Rothschild. Thiers y était il a causé. Il a parlé avec une grande tristesse de l'hostilité marquée dans l’armée française contre les camarades anglais.
On s'occupe beaucoup ici des fêtes à donner à la reine. Celle de Versailles sera magnifique. Les Clands Hamiltons sont venus me voir hier. Ils ne sont ici que de passage. Comme elle est belle. Lui très bavard. très pacifique, et très espérant. Blamant beaucoup Lord Ab. pour n’avoir pas quitté lors qu’a éclaté la guerre. Je n’ai point de nouvelles à vous donner. Je n’ai pas encore vu Fould depuis son retour. Hier soir Montebello et Duchatel. Adieu, adieu.
65. Paris, Vendredi 20 octobre 1837, Dorothée de Lieven à François Guizot
Collection : 1837 (13 octobre - 29 octobre)
Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
65. Vendredi 20 octobre. 9 heures.
Vous m’aurez pardonné mon billet d’hier vous me pardonnerez encore aujourd’hui les petites propositions de cette lettre. Mon fils ne passe ici que deux jours. Nous ne nous quittons pas de toute la matinée, & je suis si étourdie de tout ce qu’il me dit, de tout ce que j’ai à lui dire, qu’il ne me reste vraiment pas de force pour vous écrire. Les menaces de très haut sont très fortes, mais vous savez que cela n’y fera rien. Le vrai chagrin que j’ai est que mon mari ne veut rien croire, & que l’attentat du médecin a été mis en pièce par lui avant de le lire. Alexandre partira convaincu de l’impossibilité pour moi de bouger. Mon médecin lui à a déjà parlé. Mais sa conviction aura beau être intime, il ne pense pas que mon mari la partage avant que l’Empereur ne le lui commande. Mon mari me mande que depuis qu’il m’a fait connaître ces résolutions Il a la conscience tranquille ! Le rôle de l’Empereur va commencer nous verrons comment il pourra le soutenir. On commence autour de moi à se mettre en train de me soutenir, & cela sans aucun effort de ma part. Pozzo même s’en mêle très spontanément, et de sa part j’en suis vraiment touchée car je ne m’y attendais pas. Vous voyez partout ce que je vous dis, que je vis ces jours-ci dans un cercle d’agitations extrêmes.
Ne croyez pas cependant que ma véritable vie y perds rien au contraire, je me replie sur mon cœur, & plus que jamais je le trouve rempli d’amour & de force. Pour que je puisse écrire par M. de Grouchy il faudrait que je remisse de la main à la main ma lettre à M. Génie. Je n’ai pas un moment à moi. Mon fils est là, toujours là. Dites-vous tout ce que je ne vous dis pas. Tout, bien vif, bien intime, je ne désavouerai rien. J’ajouterai peut-être.
A propos j’ai vu ce M. Grouchy, il est assez lié avec ce fils qui est auprès de moi dans ce moment. Hier Berryer est venu le soir un peu maigri de sa maladie. Thiers a passé deux fois sans me trouver, il reviendra aujourd’hui. M. Molé lui a fait une longue visite avant-hier. Il a dîné ce même jour chez M. de Montalivet hier il a été à Trianon. Je sais qu’il va en Angleterre. On me dit aussi qu’il est venu demander aux ministres s’ils voulaient qu’il fût ministériel ? dans ce cas il demande qu’on favorise les élections de ses amis, & que lui même on le laisse être élu dans cinq ou 6 endroits. Voilà les rapportages, mais qui viennent de lieu sûr. J’ai plus écrit que je ne pensais, & même sur plus de sujets qu’il ne me parais sait possible. Que j’aime l’amour hindou ! C’est comme cela que je l’entends aujourd’hui que de choses que je n’ai apprises que depuis trois mois ! Je veux dire quatre mois. Je ne pense qu’au 31, la nuit, le jour. J’étais si bien avant hier. Depuis l’arrivée de mon fils, le sommeil & les forces m’ont de nouveau abandonnée. Adieu. Adieu plus longuement, plus tendrement adieu que jamais.
Vous m’aurez pardonné mon billet d’hier vous me pardonnerez encore aujourd’hui les petites propositions de cette lettre. Mon fils ne passe ici que deux jours. Nous ne nous quittons pas de toute la matinée, & je suis si étourdie de tout ce qu’il me dit, de tout ce que j’ai à lui dire, qu’il ne me reste vraiment pas de force pour vous écrire. Les menaces de très haut sont très fortes, mais vous savez que cela n’y fera rien. Le vrai chagrin que j’ai est que mon mari ne veut rien croire, & que l’attentat du médecin a été mis en pièce par lui avant de le lire. Alexandre partira convaincu de l’impossibilité pour moi de bouger. Mon médecin lui à a déjà parlé. Mais sa conviction aura beau être intime, il ne pense pas que mon mari la partage avant que l’Empereur ne le lui commande. Mon mari me mande que depuis qu’il m’a fait connaître ces résolutions Il a la conscience tranquille ! Le rôle de l’Empereur va commencer nous verrons comment il pourra le soutenir. On commence autour de moi à se mettre en train de me soutenir, & cela sans aucun effort de ma part. Pozzo même s’en mêle très spontanément, et de sa part j’en suis vraiment touchée car je ne m’y attendais pas. Vous voyez partout ce que je vous dis, que je vis ces jours-ci dans un cercle d’agitations extrêmes.
Ne croyez pas cependant que ma véritable vie y perds rien au contraire, je me replie sur mon cœur, & plus que jamais je le trouve rempli d’amour & de force. Pour que je puisse écrire par M. de Grouchy il faudrait que je remisse de la main à la main ma lettre à M. Génie. Je n’ai pas un moment à moi. Mon fils est là, toujours là. Dites-vous tout ce que je ne vous dis pas. Tout, bien vif, bien intime, je ne désavouerai rien. J’ajouterai peut-être.
A propos j’ai vu ce M. Grouchy, il est assez lié avec ce fils qui est auprès de moi dans ce moment. Hier Berryer est venu le soir un peu maigri de sa maladie. Thiers a passé deux fois sans me trouver, il reviendra aujourd’hui. M. Molé lui a fait une longue visite avant-hier. Il a dîné ce même jour chez M. de Montalivet hier il a été à Trianon. Je sais qu’il va en Angleterre. On me dit aussi qu’il est venu demander aux ministres s’ils voulaient qu’il fût ministériel ? dans ce cas il demande qu’on favorise les élections de ses amis, & que lui même on le laisse être élu dans cinq ou 6 endroits. Voilà les rapportages, mais qui viennent de lieu sûr. J’ai plus écrit que je ne pensais, & même sur plus de sujets qu’il ne me parais sait possible. Que j’aime l’amour hindou ! C’est comme cela que je l’entends aujourd’hui que de choses que je n’ai apprises que depuis trois mois ! Je veux dire quatre mois. Je ne pense qu’au 31, la nuit, le jour. J’étais si bien avant hier. Depuis l’arrivée de mon fils, le sommeil & les forces m’ont de nouveau abandonnée. Adieu. Adieu plus longuement, plus tendrement adieu que jamais.
65. Val-Richer, Dimanche 22 octobre 1837, François Guizot à Dorothée de Lieven
Collection : 1837 (13 octobre - 29 octobre)
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
N°65 Dimanche 22 7 heures
Il est très doux de se réveiller quand on a le cœur content. Je ne m’étonne pas que les oiseaux chantent en se réveillant. La vie leur plait, et ils se réjouissent de la retrouver. Je ne chante qu’en dedans ; mais cela me suffit. Je m’entends moi même. Quels enfantillages je vous conte là ! Il faut bien que je vous conte mes enfantillages après mes folies. Une fois ensemble, nous parlerons sérieusement. Nous allons entrer dans la dernière semaine. Il est possible que par des arrangements de voyage j’arrive à Paris, le 31 à 7 heures du matin au lieu de 5 heures du soir. Je vous verrai ainsi quelques heures plutôt. Je vous le dirai positivement d’ici à trois jours. Le réveil du 31 vaudra encore mieux que celui d’aujourd’hui.
En attendant, et dans les moments de liberté qu’on me laisse ; je plante. Mon jardin, n’est pas commencé, mais pour ne pas perdre tout-à-fait cette année, je mets des bouquets d’arbres et d’arbustes là où je suis sûr qu’il en faudra. Il m’est venu hier 76 pins, mélèzes, sapins et arbres verts de toute espèce, déjà un peu grands; et j’ai passé presque toute ma matinée à marquer les places, à faire creuser les trous, tant au bord de la pièce d’eau, tant assez près de la maison autour d’un banc, tant à une place d’où l’en entrevoit une jolie vallée un peu lointaine. N’est-ce pas qu’il faut absolument quelque part une grande allée droite où l’on puisse se promener sans tourner sans cesse, et causer en voyant devant et derrière soi ? J’en aurai une ou plutôt deux tombant l’une sur l’autre à angle droit. La première sera d’arbres ordinaires, tilleuls, marronniers, cerisiers, je ne sais pas bien lesquels ; j’ai envie que la seconde, beaucoup plus courte, soit toute en arbres verts, deux rideaux bien hauts, bien droits, fermant bien les côtés, mais laissant voir le ciel. Qu’en dites-vous ?
Je suis curieux de votre conversation avec Thiers, ce que vous me mandez de lui ne m’étonne pas du tout. Du reste sa conduite dépendra des élections. Si elles lui sont favorables, si la gauche gagne du terrain, il fera de nouveaux pas vers elle, sera exigeant, arrogant, menaçant avec le Ministère. Si l’ancienne majorité revient la même c’est-à-dire affermie, il sera doux, modeste, se fera ministériel soutiendra, promettra. Il y a là cependant pour lui une grosse difficulté. Il ne voudra pas faire ce métier-là gratis ; et on ne pourra lui donner le prix qu’il voudra. J’ai peine à croire qu’il se mette à si bas prix que le marché. soit possible. Nous verrons. Mes nouvelles électorales sont assez bonnes. J’ai grande envie de savoir un peu aussi les projets de Berryer. Je ne crois pas que son bataillon se grossisse autant que quelques personnes l’espèrent ou le craignent. Il n’acquerra pas plus de 15 ou 20 nouveaux membres. Cependant ce sera un petit bataillon et dans une assemblée incertaine, comme le sera encore celle-ci, c’est toujours quelque chose.
On commence donc à vous soutenir un peu. Vous propagez la rébellion. Je suis bien aise que Pozzo s’en mêle. J’ai pour lui un fond de vieux goût. J’en ai toujours pour les hommes dont l’esprit a mis le mien en mouvement et avec qui j’ai causé bien en train, bien à l’aise, n’importe sur quoi. Je vous préviens que je ne vous écrirai cette semaine que des lettres misérables. J’aurai de jour en jour, moins de goût à vous écrire. J’ai une multitude de petites affaires qu’il faut absolument que je règle. On me prend tout mon temps en visites. Je vais trois fois dans la semaine dîner à Lisieux.
Mlle Chabaud, cette amie de ma mère qui était ici et avait bien voulu se charger de la leçon d’anglais de mes filles, est partie hier. Je reprends mon rôle. J’ai déjà lu hier avec Henriette une scène de Shakspeare, Hamlet and the ghost. Elle l’entend assez bien. 11 1/4 Je comprends votre agitation, votre presse. J’ai regret d’y avoir ajouté. Ne m’écrivez que quelques mots si vous êtes fatiguée. Adieu, adieu. Votre N°66 me charme. Adieu.
Il est très doux de se réveiller quand on a le cœur content. Je ne m’étonne pas que les oiseaux chantent en se réveillant. La vie leur plait, et ils se réjouissent de la retrouver. Je ne chante qu’en dedans ; mais cela me suffit. Je m’entends moi même. Quels enfantillages je vous conte là ! Il faut bien que je vous conte mes enfantillages après mes folies. Une fois ensemble, nous parlerons sérieusement. Nous allons entrer dans la dernière semaine. Il est possible que par des arrangements de voyage j’arrive à Paris, le 31 à 7 heures du matin au lieu de 5 heures du soir. Je vous verrai ainsi quelques heures plutôt. Je vous le dirai positivement d’ici à trois jours. Le réveil du 31 vaudra encore mieux que celui d’aujourd’hui.
En attendant, et dans les moments de liberté qu’on me laisse ; je plante. Mon jardin, n’est pas commencé, mais pour ne pas perdre tout-à-fait cette année, je mets des bouquets d’arbres et d’arbustes là où je suis sûr qu’il en faudra. Il m’est venu hier 76 pins, mélèzes, sapins et arbres verts de toute espèce, déjà un peu grands; et j’ai passé presque toute ma matinée à marquer les places, à faire creuser les trous, tant au bord de la pièce d’eau, tant assez près de la maison autour d’un banc, tant à une place d’où l’en entrevoit une jolie vallée un peu lointaine. N’est-ce pas qu’il faut absolument quelque part une grande allée droite où l’on puisse se promener sans tourner sans cesse, et causer en voyant devant et derrière soi ? J’en aurai une ou plutôt deux tombant l’une sur l’autre à angle droit. La première sera d’arbres ordinaires, tilleuls, marronniers, cerisiers, je ne sais pas bien lesquels ; j’ai envie que la seconde, beaucoup plus courte, soit toute en arbres verts, deux rideaux bien hauts, bien droits, fermant bien les côtés, mais laissant voir le ciel. Qu’en dites-vous ?
Je suis curieux de votre conversation avec Thiers, ce que vous me mandez de lui ne m’étonne pas du tout. Du reste sa conduite dépendra des élections. Si elles lui sont favorables, si la gauche gagne du terrain, il fera de nouveaux pas vers elle, sera exigeant, arrogant, menaçant avec le Ministère. Si l’ancienne majorité revient la même c’est-à-dire affermie, il sera doux, modeste, se fera ministériel soutiendra, promettra. Il y a là cependant pour lui une grosse difficulté. Il ne voudra pas faire ce métier-là gratis ; et on ne pourra lui donner le prix qu’il voudra. J’ai peine à croire qu’il se mette à si bas prix que le marché. soit possible. Nous verrons. Mes nouvelles électorales sont assez bonnes. J’ai grande envie de savoir un peu aussi les projets de Berryer. Je ne crois pas que son bataillon se grossisse autant que quelques personnes l’espèrent ou le craignent. Il n’acquerra pas plus de 15 ou 20 nouveaux membres. Cependant ce sera un petit bataillon et dans une assemblée incertaine, comme le sera encore celle-ci, c’est toujours quelque chose.
On commence donc à vous soutenir un peu. Vous propagez la rébellion. Je suis bien aise que Pozzo s’en mêle. J’ai pour lui un fond de vieux goût. J’en ai toujours pour les hommes dont l’esprit a mis le mien en mouvement et avec qui j’ai causé bien en train, bien à l’aise, n’importe sur quoi. Je vous préviens que je ne vous écrirai cette semaine que des lettres misérables. J’aurai de jour en jour, moins de goût à vous écrire. J’ai une multitude de petites affaires qu’il faut absolument que je règle. On me prend tout mon temps en visites. Je vais trois fois dans la semaine dîner à Lisieux.
Mlle Chabaud, cette amie de ma mère qui était ici et avait bien voulu se charger de la leçon d’anglais de mes filles, est partie hier. Je reprends mon rôle. J’ai déjà lu hier avec Henriette une scène de Shakspeare, Hamlet and the ghost. Elle l’entend assez bien. 11 1/4 Je comprends votre agitation, votre presse. J’ai regret d’y avoir ajouté. Ne m’écrivez que quelques mots si vous êtes fatiguée. Adieu, adieu. Votre N°66 me charme. Adieu.
65. Val-Richer, Jeudi 2 août 1855, François Guizot à Dorothée de Lieven
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
65 Val Richer, Jeudi 2 août 1855
Il me revient un scrupule. sur Enghien s’il vous prenait la fantaisie d'aller y passer quelques jours ; j’ai entendu dire que ce n'était pas un endroit très sain et qu’on y prenait quelquefois des acces de fièvre intermittente.
Je ne crois, ni à Redcliffe quittant Constantinople, ni à Cowley quittant Paris. Le gouvernement anglais peut faire de la mauvaise politique ; mais il ne fait pas des enfantillages nuisibles. Redcliffe est puissant à Constantinople ; Cowley, avec un peu plus ou un peu moins de faveur quotidienne, convient à l'Empereur Napoléon. Ils resteront l’un et l'autre où ils sont à moins que Redcliffe fatigué ne veuille lui-même se retirer, ce que je ne présume pas. C'est Bulwer, qui se complait dans ces rêves, ayant envie et de Constantinople et de Paris.
Le succés de l'Emprunt prouve en effet la richesse, la confiance et la passion du jeu. Lequel de ces trois mobiles est le plus efficace. Je n'en décide pas. Je suis frappé de la richesse qui surpasse tout ce que j'en croyais. Elle augmente chaque jour avec une rapidité prodigieuse. La France est le pays où l’on travaille et où l'on économise le plus. Je vois cela autour de moi, dans les petites villes, dans les campagnes. Il n’y a presque personne qui n'ait au bout de l'année, un capital de plus, gros ou petit, qu’il faut placer quelque part. Et pourvu qu'au dedans l’ordre règne, la mauvaise politique n’a sur ce progrès public, qu’une influence lointaine ; ce qui fait qu’on n’y pense guère. La mauvaise politique influt bien plus sur les esprits que sur les bourses, et fait bien plus de bêtes que de pauvres ; mais les bêtes qu’elle fait ne s'en aperçoivent pas.
Vous êtes bien ardents à faire des sorties. Il me paraît impossible que cette situation se prolonge encore beaucoup de mois. On est trop près les uns des autres et trop animé. Est-il vrai que le général Todtleben soit mort ? Les journaux anglais font son oraison funébre ; mais leur éloquence n’a pas l’air de la certitude.
Onze heures Je vois avec plaisir que le soir, Duchâtel vous est presque aussi fidèle que Montebello. Il a raison. Adieu, adieu. G.
Il me revient un scrupule. sur Enghien s’il vous prenait la fantaisie d'aller y passer quelques jours ; j’ai entendu dire que ce n'était pas un endroit très sain et qu’on y prenait quelquefois des acces de fièvre intermittente.
Je ne crois, ni à Redcliffe quittant Constantinople, ni à Cowley quittant Paris. Le gouvernement anglais peut faire de la mauvaise politique ; mais il ne fait pas des enfantillages nuisibles. Redcliffe est puissant à Constantinople ; Cowley, avec un peu plus ou un peu moins de faveur quotidienne, convient à l'Empereur Napoléon. Ils resteront l’un et l'autre où ils sont à moins que Redcliffe fatigué ne veuille lui-même se retirer, ce que je ne présume pas. C'est Bulwer, qui se complait dans ces rêves, ayant envie et de Constantinople et de Paris.
Le succés de l'Emprunt prouve en effet la richesse, la confiance et la passion du jeu. Lequel de ces trois mobiles est le plus efficace. Je n'en décide pas. Je suis frappé de la richesse qui surpasse tout ce que j'en croyais. Elle augmente chaque jour avec une rapidité prodigieuse. La France est le pays où l’on travaille et où l'on économise le plus. Je vois cela autour de moi, dans les petites villes, dans les campagnes. Il n’y a presque personne qui n'ait au bout de l'année, un capital de plus, gros ou petit, qu’il faut placer quelque part. Et pourvu qu'au dedans l’ordre règne, la mauvaise politique n’a sur ce progrès public, qu’une influence lointaine ; ce qui fait qu’on n’y pense guère. La mauvaise politique influt bien plus sur les esprits que sur les bourses, et fait bien plus de bêtes que de pauvres ; mais les bêtes qu’elle fait ne s'en aperçoivent pas.
Vous êtes bien ardents à faire des sorties. Il me paraît impossible que cette situation se prolonge encore beaucoup de mois. On est trop près les uns des autres et trop animé. Est-il vrai que le général Todtleben soit mort ? Les journaux anglais font son oraison funébre ; mais leur éloquence n’a pas l’air de la certitude.
Onze heures Je vois avec plaisir que le soir, Duchâtel vous est presque aussi fidèle que Montebello. Il a raison. Adieu, adieu. G.
65. Val-Richer, Vendredi 12 mai 1854, François Guizot à Dorothée de Lieven
Collection : 1854 (1er janvier-21 décembre) : Dorothée, une princesse russe, persona non grata à Paris
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
65 Val Richer Vendredi 12 Mai 1854
Ce qui se passe en Grèce et quant à la Grèce est déplorable à lire. Depuis plus de 30 ans, je me suis accoutumé à porter intérêt à ce petit état. De 1840 à 1848, je l’ai soutenue contre votre domination exclusive et contre le mauvais vouloir anglais. La conduite qu’il tient en ce moment, roi et pays, est très imprudente, mais très naturelle, et il n’y a dans la Grèce même, personne, ni Roi, ni chambres qui soient en état de l'empêcher quand ils le voudraient. Je suis choqué du langage qu’on parle à ses pauvres gens. Je suis sur qu’on pourrait peser sur eux et les contenir un peu avec d'autres façons et d'autres paroles. Nos soldats iront-ils faire en Grèce, au profit des Turcs, ce qu'y faisaient les Égyptiens de Méhémet Ali quand nous y avons envoyé une armée pour les en chasser, et ferons-nous, contre la marine grecque, un second Navarrin ?
Détruire successivement, dans la Méditerranée, les marines Turque, Russe et Grecque c’est beaucoup. Cette affaire d'Orient tournera mal pour l'Europe ; la politique ne peut pas se mettre à ce point en contradiction avec la religion, avec les instincts populaires, avec les actes, tout reçus, des gouvernements eux-mêmes. Plus j'y regarde, plus je me persuade que, si on n'en finit pas promptement, on tombera dans un odieux Chaos. Que signifie ce qu’on écrit de Vienne sur de nouvelles propositions que l’Autriche, après avoir occupé la Bosnie, adresserait à la Russie, et que M. de Meyendorff aurait trouvées acceptables ?
Le bruit se répand ici, parmi le peuple, que le recrutement de l'armée prochaine sera avancée, et qu’on prendra six mois plutôt 80 000 hommes. On s'en attriste ; mais on s'y résigne. La guerre et ses conséquences n'étonnent et ne choquent jamais beaucoup ce pays-ci même quand elles lui déplaisent Du reste, il ne me revient rien qui me donne lieu de croire que ce bruit soit fondé.
Onze heures et demie
Je serais bien fâché qu’il arrivât malheur à ce pauvre M. de Meyendorff. Il me semble que je le connais. Adieu, Adieu.
Voilà enfin le rapporte détaillé de l'amiral Hamelin. Adieu.
Ce qui se passe en Grèce et quant à la Grèce est déplorable à lire. Depuis plus de 30 ans, je me suis accoutumé à porter intérêt à ce petit état. De 1840 à 1848, je l’ai soutenue contre votre domination exclusive et contre le mauvais vouloir anglais. La conduite qu’il tient en ce moment, roi et pays, est très imprudente, mais très naturelle, et il n’y a dans la Grèce même, personne, ni Roi, ni chambres qui soient en état de l'empêcher quand ils le voudraient. Je suis choqué du langage qu’on parle à ses pauvres gens. Je suis sur qu’on pourrait peser sur eux et les contenir un peu avec d'autres façons et d'autres paroles. Nos soldats iront-ils faire en Grèce, au profit des Turcs, ce qu'y faisaient les Égyptiens de Méhémet Ali quand nous y avons envoyé une armée pour les en chasser, et ferons-nous, contre la marine grecque, un second Navarrin ?
Détruire successivement, dans la Méditerranée, les marines Turque, Russe et Grecque c’est beaucoup. Cette affaire d'Orient tournera mal pour l'Europe ; la politique ne peut pas se mettre à ce point en contradiction avec la religion, avec les instincts populaires, avec les actes, tout reçus, des gouvernements eux-mêmes. Plus j'y regarde, plus je me persuade que, si on n'en finit pas promptement, on tombera dans un odieux Chaos. Que signifie ce qu’on écrit de Vienne sur de nouvelles propositions que l’Autriche, après avoir occupé la Bosnie, adresserait à la Russie, et que M. de Meyendorff aurait trouvées acceptables ?
Le bruit se répand ici, parmi le peuple, que le recrutement de l'armée prochaine sera avancée, et qu’on prendra six mois plutôt 80 000 hommes. On s'en attriste ; mais on s'y résigne. La guerre et ses conséquences n'étonnent et ne choquent jamais beaucoup ce pays-ci même quand elles lui déplaisent Du reste, il ne me revient rien qui me donne lieu de croire que ce bruit soit fondé.
Onze heures et demie
Je serais bien fâché qu’il arrivât malheur à ce pauvre M. de Meyendorff. Il me semble que je le connais. Adieu, Adieu.
Voilà enfin le rapporte détaillé de l'amiral Hamelin. Adieu.
66. Bruxelles, Jeudi 25 mai 1854, Dorothée de Lieven à François Guizot
Collection : 1854 (1er janvier-21 décembre) : Dorothée, une princesse russe, persona non grata à Paris
Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
66. Paris, Jeudi 2 août 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
66. Paris le 2 août 1855
Le duc de Noailles retourne à Maintenon aujourd’hui. Il a la prétention de nous y attendre et désirerait fort que nous nous y trouvassions en même temps. C’est dans le courant du mois qu'il l’espère. Quand pourriez-vous faire cela ? A moi tout m’est égal. Je préférais peut être le séjour de la Reine. Il y aura trop de bruit ici. Je ne sais pas un bout de nouvelles. On dit dans le monde que la santé de l’Impératrice est mauvaise, mais je ne puis tracer ce bruit à aucune La reine bonne source ! arrive le 18 et répart le 25. Peut-être prolongera-t-elle mais ceci elle le promet. Pas de Dumon, pas de Viel Castel, & Montebello est allé aujourd’hui à Mareuil. What a bone !
Il fait chaud. J’essaie les bois de St Cloud, mais c’est loin pour y arriver. Adieu. Adieu.
Le duc de Noailles retourne à Maintenon aujourd’hui. Il a la prétention de nous y attendre et désirerait fort que nous nous y trouvassions en même temps. C’est dans le courant du mois qu'il l’espère. Quand pourriez-vous faire cela ? A moi tout m’est égal. Je préférais peut être le séjour de la Reine. Il y aura trop de bruit ici. Je ne sais pas un bout de nouvelles. On dit dans le monde que la santé de l’Impératrice est mauvaise, mais je ne puis tracer ce bruit à aucune La reine bonne source ! arrive le 18 et répart le 25. Peut-être prolongera-t-elle mais ceci elle le promet. Pas de Dumon, pas de Viel Castel, & Montebello est allé aujourd’hui à Mareuil. What a bone !
Il fait chaud. J’essaie les bois de St Cloud, mais c’est loin pour y arriver. Adieu. Adieu.
66. Paris, Jeudi 29 septembre 1853, Dorothée de Lieven à François Guizot
Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
66. Paris jeudi 29 septembre 1853
Marion est malade, & moi trop fatiguée pour copier Greville. Voici le résumé grande agitation, impuissance de découvrir un nouveau moyen de négociation. Nous avons tout gâté par notre seconde dépêche explicative qui veut dire que nous entendons la note de Vienne dans le sens de l’Ultimatum Menchikoff. Il ne fallait pas dire, il fallait ne rien dire. Mais enfin c’est fait & on ne sait plus à quel Saint se vouer. Il paraît donc qu'il ne reste que la guerre. cependant la saison fait obstacle aux coups. Mais encore une fois comment renouer ? Voulez-vous bien le dire. Vous vous ferez difficilement une idée de la consternation de Hubner, Hatzfeld & &. Ils nous envoient à tous les D. C’est naturel. Mais nous n'y allons pas. Constantin me mande du 24 que l’Empereur est de très bonne humeur. J’ai vu hier chez moi le soir Molé, Berryer, Brougham, & Fould. Celui-ci très gai. Je n’ai pas pu causer avec lui. Il a dit à Marion que cela s’arrangerait comment ?
L’Empereur revient aujourd’hui. Lansdowne qu'on avait convoqué pour un Cabinet conseil reste pour faire sa cour. Le voyage n’a pas été favorisé par le temps. La reine Amélie renonce à tout. La tempête l’a rejetée à Plymouth, elle est revenue à Clarmont malade. On dit que la Pcesse de Joinville l’est très sérieusement depuis longtemps & qu’elle mourra si elle ne retrouve par le soleil. Le duc de Noailles est venu aussi hier. Il a longuement. vu Fould l’autre jour que lui avait tenu le même langage qu'à moi. Belliqueux & révo lutionnaire par nécessité, parce qu’il ne voyait pas d’autre ressource. Olmentz a dû finir avant hier. Bual y a été mandé. Voilà Hubner plus tranquille au moins sur ce point. Adieu. Adieu.
Marion est malade, & moi trop fatiguée pour copier Greville. Voici le résumé grande agitation, impuissance de découvrir un nouveau moyen de négociation. Nous avons tout gâté par notre seconde dépêche explicative qui veut dire que nous entendons la note de Vienne dans le sens de l’Ultimatum Menchikoff. Il ne fallait pas dire, il fallait ne rien dire. Mais enfin c’est fait & on ne sait plus à quel Saint se vouer. Il paraît donc qu'il ne reste que la guerre. cependant la saison fait obstacle aux coups. Mais encore une fois comment renouer ? Voulez-vous bien le dire. Vous vous ferez difficilement une idée de la consternation de Hubner, Hatzfeld & &. Ils nous envoient à tous les D. C’est naturel. Mais nous n'y allons pas. Constantin me mande du 24 que l’Empereur est de très bonne humeur. J’ai vu hier chez moi le soir Molé, Berryer, Brougham, & Fould. Celui-ci très gai. Je n’ai pas pu causer avec lui. Il a dit à Marion que cela s’arrangerait comment ?
L’Empereur revient aujourd’hui. Lansdowne qu'on avait convoqué pour un Cabinet conseil reste pour faire sa cour. Le voyage n’a pas été favorisé par le temps. La reine Amélie renonce à tout. La tempête l’a rejetée à Plymouth, elle est revenue à Clarmont malade. On dit que la Pcesse de Joinville l’est très sérieusement depuis longtemps & qu’elle mourra si elle ne retrouve par le soleil. Le duc de Noailles est venu aussi hier. Il a longuement. vu Fould l’autre jour que lui avait tenu le même langage qu'à moi. Belliqueux & révo lutionnaire par nécessité, parce qu’il ne voyait pas d’autre ressource. Olmentz a dû finir avant hier. Bual y a été mandé. Voilà Hubner plus tranquille au moins sur ce point. Adieu. Adieu.
Mots-clés : Affaire d'Orient, Bonaparte, Charles-Louis-Napoléon (1808-1873), Conversation, Diplomatie (Russie), Enfants (Benckendorff), Famille royale (France), Femme (politique), Femme (santé), Nicolas I (1796-1855 ; empereur de Russie), Politique (Internationale), Réseau social et politique, Salon, Santé (Dorothée)
66. Paris, Samedi 21 octobre 1837, Dorothée de Lieven à François Guizot
Collection : 1837 (13 octobre - 29 octobre)
Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
66. Samedi 21 octobre midi
Dès que mon fils sera parti. Je vous rendrai un compte détaillé de tout ce qui me regarde, jusque là imaginez vous que depuis 9 h jusqu’à 6, il est là, sans cesse. Que nous avons un travail immense à faire ensemble, que j’ai la tête rompue, renversée, que je n’en puis plus & que si mon cœur est toujours, sans cesse à votre service, mon temps ne l’est pas du tout que je ne sais où trouver deux minutes. Il part après demain. Pauvre jeune homme placé entre son père & sa mère dans des circonstances aussi pénibles.
Je n’ai aucun espoir de ramener mon mari, il a perdu la tête. Il faut que je ramène l’Empereur & vous concevez la difficulté si j’échoue, il y aura un éclat terrible, mais rien ne m’ébranlera. Vous savez où je trouve ma force. J’ai vu M. Génie deux fois ce matin. Il m’a porté votre petit billet & demain il viendra prendre un mot de ma part pour vous l’envoyer par M. Grouchy. Vous voulez un mot, vous l’aurez, je le veux aussi, je veux vous donner de la joie. Je sais ce qu’est elle est immense pour moi.
Thiers a passé deux heures chez moi hier. Il est entré boudant, son humeur s’est éclaircie, et il est sorti enchanté. C’est vous qui faisiez sa mauvaise humeur. Il est ministériel ; si les ministres le soutiennent aux élections. Mais au fond de part ni d’autre cela ne me parait encore bien solidement établi. Il est drôle, il est bavard mais comme j’ai été frappée du peu de facilité & d’élégance avec laquelle il s’exprime ! Comme je suis gâtée il est parti ce matin pour Lille il sera ici la première semaine de Nov. Lui et Berryer se trouveront en présence à Aix & à Marseille on les oppose l’un à l’autre dans les deux villes.
Voyez avec quelle hâte je vous écris, voilà une correction plus ridicule encore que celle de l’autre jour.) Ma santé se ressent de toutes les émotions et les tracasseries qu’on me donne, je ne dors pas. Ah quand me laissera-t-on tranquille. Adieu. Adieu. Vos lettres me soutiennent. Je les aime plus que jamais & plus que jamais adieu. Dans mon n°64, j’étais moins agitée à 9h. qu’à 1 h. parce que j’avis prié mon fils de ne me dire que le matin les choses qui pouvaient m’irriter le plus. Voici les paroles de l’Empereur : " Mon honneur et ma dignité sont blessés par votre femme, elle seule a osé jamais mon autorité. Faites vous obéir par elle, si vous n’y réussissez pas, c’est moi qui la réduirez en poussière." Il nous reste à voir comment ?
Dès que mon fils sera parti. Je vous rendrai un compte détaillé de tout ce qui me regarde, jusque là imaginez vous que depuis 9 h jusqu’à 6, il est là, sans cesse. Que nous avons un travail immense à faire ensemble, que j’ai la tête rompue, renversée, que je n’en puis plus & que si mon cœur est toujours, sans cesse à votre service, mon temps ne l’est pas du tout que je ne sais où trouver deux minutes. Il part après demain. Pauvre jeune homme placé entre son père & sa mère dans des circonstances aussi pénibles.
Je n’ai aucun espoir de ramener mon mari, il a perdu la tête. Il faut que je ramène l’Empereur & vous concevez la difficulté si j’échoue, il y aura un éclat terrible, mais rien ne m’ébranlera. Vous savez où je trouve ma force. J’ai vu M. Génie deux fois ce matin. Il m’a porté votre petit billet & demain il viendra prendre un mot de ma part pour vous l’envoyer par M. Grouchy. Vous voulez un mot, vous l’aurez, je le veux aussi, je veux vous donner de la joie. Je sais ce qu’est elle est immense pour moi.
Thiers a passé deux heures chez moi hier. Il est entré boudant, son humeur s’est éclaircie, et il est sorti enchanté. C’est vous qui faisiez sa mauvaise humeur. Il est ministériel ; si les ministres le soutiennent aux élections. Mais au fond de part ni d’autre cela ne me parait encore bien solidement établi. Il est drôle, il est bavard mais comme j’ai été frappée du peu de facilité & d’élégance avec laquelle il s’exprime ! Comme je suis gâtée il est parti ce matin pour Lille il sera ici la première semaine de Nov. Lui et Berryer se trouveront en présence à Aix & à Marseille on les oppose l’un à l’autre dans les deux villes.
Voyez avec quelle hâte je vous écris, voilà une correction plus ridicule encore que celle de l’autre jour.) Ma santé se ressent de toutes les émotions et les tracasseries qu’on me donne, je ne dors pas. Ah quand me laissera-t-on tranquille. Adieu. Adieu. Vos lettres me soutiennent. Je les aime plus que jamais & plus que jamais adieu. Dans mon n°64, j’étais moins agitée à 9h. qu’à 1 h. parce que j’avis prié mon fils de ne me dire que le matin les choses qui pouvaient m’irriter le plus. Voici les paroles de l’Empereur : " Mon honneur et ma dignité sont blessés par votre femme, elle seule a osé jamais mon autorité. Faites vous obéir par elle, si vous n’y réussissez pas, c’est moi qui la réduirez en poussière." Il nous reste à voir comment ?
66. Val-Richer, Lundi 23 octobre 1837, François Guizot à Dorothée de Lieven
Collection : 1837 (13 octobre - 29 octobre)
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
N°66 Lundi 23 7 heures
Décidément et malgré l’ébranlement que cela vous a causé, et quoique je ne sache encore aucun détail, je suis bien aise que votre fils soit venu. Il aura vu ce qu’on ne voit pas de loin. Vous lui aurez dit ce qu’on n’écrit pas. Quelque résolu que soit M. de Lieven à ne pas changer d’avis avant le temps il me paraît impossible que cela n’agisse pas un peu sur lui, ne fût-ce que pour tranquilliser encore plus sa conscience. Sa conscience une fois bien tranquille, il y a, ce me semble, certaines difficultés de votre situation qui doivent être aplanies, surtout par un intermédiaire si sûr. Enfin, vous me direz tout cela. J’y pense sans cesse. Moi aussi, j’ai tant d’envie qu’on vous laisse un peu en repos ! Je regrette de n’avoir pas vu votre fils. C’est votre fils.
On commence aujourd’hui les préparatifs de départ. On fait des caisses. On met en ordre le ménage qui doit rester au Val-Richer. Le soleil, les bois, la vallée, tout est encore beau. Mais que m’importe ? Vous m’avez gâté la campagne, gâté de deux façons, parce que j’ai envie d’être ailleurs et parce que je me figure à quel point je serais bien ici, si vous y étiez. Sans vous, tout est incomplet pour moi. Vous manquez au soleil, aux bois, à la vallée. Je ne puis les regarder sans qu’il s’élève aussitôt dans mon cœur un désir et un regret infiniment supérieur à tous les plaisirs qu’ils me peuvent donner. Que c’est dommage ! Ce lieu-ci se prêterait à tout. L’aspect est sauvage et riant calme et animé. On ferait aisément de la maison quelque chose de grand et de simple. J’y arriverai l’année prochaine par un bon chemin.
Je lisais l’autre jour à mes enfants les Châteaux en Espagne. Combien j’en ai fait en lisant, et bien plus beaux que ceux que je lisais ! C’est une singulière impression de se laisser aller ainsi à sa fantaisie. Les premiers moments sont délicieux. On va, on va ; tout arrive, tout s’arrange ; on y est, on le voit, on en jouit. Et puis, tout à coup, tout disparaît, tout tombe ; il n’y a plus rien. Il y a le vide, et la chute dans le vide. Ne vous arrive-t-il jamais, la nuit de rêver que vous prenez votre essor, un grand essor pour monter, pour atteindre à quelque chose qui vous plait, qui vous attire ? Mais l’essor s’arrête soudain, et par un soubresaut très pénible, vous vous retrouvez dans votre lit, seul et rompu, moulu.
M. de Grouchy m’apportera donc quelque chose. Je vous en remercie mille fois. Je me dis tout ; mais j’aime bien mieux votre voix que la mienne. Et puis je suis sûr que je ne me dis pas tout. Vous savez bien combien je vous aime. Eh bien ne vous vient-il par tous les jours de moi, de loin comme de près, quand je vous écris ou quand je vous parle, quelque chose de nouveau, d’inattendu ? C’est le droit, c’est le charme d’une affection comme la nôtre. On croit à tout et on découvre toujours. La confiance est entière, mais le trésor est inépuisable. Rien d’ailleurs, voyez-vous rien, pas même les plus vifs désirs, les plus douces suppositions du cœur, le plus tendre, rien ne vaut la réalité ; et l’amour lui-même ne sait rien inventer d’égal à ce qu’il peut recevoir.
11 heures
Je n’ai jamais qu’une chose à vous dire. J’aime le N°67. J’aurai dans la journée la lettre indirecte, et je suis sûr que je l’aimerai bien davantage. Et puis le 31 encore davantage. Adieu. adieu. Que de choses à nous dire ! Et pour finir toujours par Adieu. G.
Décidément et malgré l’ébranlement que cela vous a causé, et quoique je ne sache encore aucun détail, je suis bien aise que votre fils soit venu. Il aura vu ce qu’on ne voit pas de loin. Vous lui aurez dit ce qu’on n’écrit pas. Quelque résolu que soit M. de Lieven à ne pas changer d’avis avant le temps il me paraît impossible que cela n’agisse pas un peu sur lui, ne fût-ce que pour tranquilliser encore plus sa conscience. Sa conscience une fois bien tranquille, il y a, ce me semble, certaines difficultés de votre situation qui doivent être aplanies, surtout par un intermédiaire si sûr. Enfin, vous me direz tout cela. J’y pense sans cesse. Moi aussi, j’ai tant d’envie qu’on vous laisse un peu en repos ! Je regrette de n’avoir pas vu votre fils. C’est votre fils.
On commence aujourd’hui les préparatifs de départ. On fait des caisses. On met en ordre le ménage qui doit rester au Val-Richer. Le soleil, les bois, la vallée, tout est encore beau. Mais que m’importe ? Vous m’avez gâté la campagne, gâté de deux façons, parce que j’ai envie d’être ailleurs et parce que je me figure à quel point je serais bien ici, si vous y étiez. Sans vous, tout est incomplet pour moi. Vous manquez au soleil, aux bois, à la vallée. Je ne puis les regarder sans qu’il s’élève aussitôt dans mon cœur un désir et un regret infiniment supérieur à tous les plaisirs qu’ils me peuvent donner. Que c’est dommage ! Ce lieu-ci se prêterait à tout. L’aspect est sauvage et riant calme et animé. On ferait aisément de la maison quelque chose de grand et de simple. J’y arriverai l’année prochaine par un bon chemin.
Je lisais l’autre jour à mes enfants les Châteaux en Espagne. Combien j’en ai fait en lisant, et bien plus beaux que ceux que je lisais ! C’est une singulière impression de se laisser aller ainsi à sa fantaisie. Les premiers moments sont délicieux. On va, on va ; tout arrive, tout s’arrange ; on y est, on le voit, on en jouit. Et puis, tout à coup, tout disparaît, tout tombe ; il n’y a plus rien. Il y a le vide, et la chute dans le vide. Ne vous arrive-t-il jamais, la nuit de rêver que vous prenez votre essor, un grand essor pour monter, pour atteindre à quelque chose qui vous plait, qui vous attire ? Mais l’essor s’arrête soudain, et par un soubresaut très pénible, vous vous retrouvez dans votre lit, seul et rompu, moulu.
M. de Grouchy m’apportera donc quelque chose. Je vous en remercie mille fois. Je me dis tout ; mais j’aime bien mieux votre voix que la mienne. Et puis je suis sûr que je ne me dis pas tout. Vous savez bien combien je vous aime. Eh bien ne vous vient-il par tous les jours de moi, de loin comme de près, quand je vous écris ou quand je vous parle, quelque chose de nouveau, d’inattendu ? C’est le droit, c’est le charme d’une affection comme la nôtre. On croit à tout et on découvre toujours. La confiance est entière, mais le trésor est inépuisable. Rien d’ailleurs, voyez-vous rien, pas même les plus vifs désirs, les plus douces suppositions du cœur, le plus tendre, rien ne vaut la réalité ; et l’amour lui-même ne sait rien inventer d’égal à ce qu’il peut recevoir.
11 heures
Je n’ai jamais qu’une chose à vous dire. J’aime le N°67. J’aurai dans la journée la lettre indirecte, et je suis sûr que je l’aimerai bien davantage. Et puis le 31 encore davantage. Adieu. adieu. Que de choses à nous dire ! Et pour finir toujours par Adieu. G.
66. Val-Richer, Vendredi 3 août 1855, François Guizot à Dorothée de Lieven
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
66 Val Richer Vendredi 3 Août 1855
Il paraît que le général Todtleben n’est pas mort. Les hommes distingués ont beau être dans les rangs ennemis ; je m'intéresse à eux, et quand je voudrais m'en défendre, il ne serait pas en mon pouvoir de ne pas m’y intéresser. Mais je ne m'en défends pas.
Etes-vous un peu courant des affaires de Hanovre et de Wurtemberg. L'article des Débats d’hier m’a frappé. Non qu’il puisse résulter de tous ces embarras locaux, quels qu’ils soient aucun embarras Européen ; l'Europe a de trop grandes affaires pour faire attention à celles-là ; mais je suis curieux du développement politique de l'Allemagne. Le Roi de Wurtemberg se tirera de tout ; il est habile et tout le monde chez lui, le croit habile. Mais il me semble que le Roi d'Hanovre s’est un peu étourdiment engagé. Est-il vrai que tous vos officiers prisonniers sont échangés contre les nôtres, et qu’on va les renvoyer en Russie ? La guerre se fait très courtoisement entre nous. La courtoisie devrait contribuer à la faire finir plutôt. Vous voyez que j’ai encore moins de nouvelles que vous. Je vous quitte pour faire ma toilette. Je voudrais pourtant bien causer.
Midi
Mon facteur arrive très tard. Je n'ai que le temps de vous dire adieu, et adieu. A demain les réponses. Adieu encore.
Il paraît que le général Todtleben n’est pas mort. Les hommes distingués ont beau être dans les rangs ennemis ; je m'intéresse à eux, et quand je voudrais m'en défendre, il ne serait pas en mon pouvoir de ne pas m’y intéresser. Mais je ne m'en défends pas.
Etes-vous un peu courant des affaires de Hanovre et de Wurtemberg. L'article des Débats d’hier m’a frappé. Non qu’il puisse résulter de tous ces embarras locaux, quels qu’ils soient aucun embarras Européen ; l'Europe a de trop grandes affaires pour faire attention à celles-là ; mais je suis curieux du développement politique de l'Allemagne. Le Roi de Wurtemberg se tirera de tout ; il est habile et tout le monde chez lui, le croit habile. Mais il me semble que le Roi d'Hanovre s’est un peu étourdiment engagé. Est-il vrai que tous vos officiers prisonniers sont échangés contre les nôtres, et qu’on va les renvoyer en Russie ? La guerre se fait très courtoisement entre nous. La courtoisie devrait contribuer à la faire finir plutôt. Vous voyez que j’ai encore moins de nouvelles que vous. Je vous quitte pour faire ma toilette. Je voudrais pourtant bien causer.
Midi
Mon facteur arrive très tard. Je n'ai que le temps de vous dire adieu, et adieu. A demain les réponses. Adieu encore.
67. Bruxelles, Samedi 27 mai 1854, Dorothée de Lieven à François Guizot
Collection : 1854 (1er janvier-21 décembre) : Dorothée, une princesse russe, persona non grata à Paris
Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
67 Bruxelles le 27 mai 1854
Comme il y a toujours de l’esprit dans vos lettres vos observations sur M. de Stahl sont charmantes. L'ascension qui nous relève les journaux ne nous laisse que des commérages. Hier Paskevitch avait passé le Danube. Silistrie allait toucher dans quatre jours. Je ne crois à aucune nouvelle. On ment de tous côtés. La Grande Duchesse Olga est revenue à Stuttgart on y arrive aujourd’hui. Elle a laissé l’Empereur rétabli. Tout le monde confiant et charmé de l’occasion de secouer la Russie et de montrer à l’Europe ce que nous sommes. Ah que je me serais passée de cette exhibition !
Ce qu'il y a de triste dans cette maudite affaire c’est que l’Europe entière ne nous fera pas fléchir. Nous ne sommes pas assez civilisés pour cela.
Greville compte sur des révolutions de palais ou autre. Cela ne sera pas. La force & la puissance de l’Empereur sont dans sa résistance à l'ennemi. Toute la nation l'appuie. Il n’y aurait de danger pour lui que s’il voulait céder quel malheur d’être encore des barbares.
Le temps est affreux, je n'ose pas sortir et j’ai tout le temps imaginable pour m'ennuyer. Si mes yeux me permettaient de lire !
Adieu. Adieu, je n'ai rien à vous envoyer qu’adieu.
Comme il y a toujours de l’esprit dans vos lettres vos observations sur M. de Stahl sont charmantes. L'ascension qui nous relève les journaux ne nous laisse que des commérages. Hier Paskevitch avait passé le Danube. Silistrie allait toucher dans quatre jours. Je ne crois à aucune nouvelle. On ment de tous côtés. La Grande Duchesse Olga est revenue à Stuttgart on y arrive aujourd’hui. Elle a laissé l’Empereur rétabli. Tout le monde confiant et charmé de l’occasion de secouer la Russie et de montrer à l’Europe ce que nous sommes. Ah que je me serais passée de cette exhibition !
Ce qu'il y a de triste dans cette maudite affaire c’est que l’Europe entière ne nous fera pas fléchir. Nous ne sommes pas assez civilisés pour cela.
Greville compte sur des révolutions de palais ou autre. Cela ne sera pas. La force & la puissance de l’Empereur sont dans sa résistance à l'ennemi. Toute la nation l'appuie. Il n’y aurait de danger pour lui que s’il voulait céder quel malheur d’être encore des barbares.
Le temps est affreux, je n'ose pas sortir et j’ai tout le temps imaginable pour m'ennuyer. Si mes yeux me permettaient de lire !
Adieu. Adieu, je n'ai rien à vous envoyer qu’adieu.
Mots-clés : Europe, Guerre de Crimée (1853-1856), Presse, Santé (Dorothée)
67. Paris, Dimanche 22 octobre 1837, Dorothée de Lieven à François Guizot
Collection : 1837 (13 octobre - 29 octobre)
Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
67. Dimanche le 22 octobre midi.
J’ai reçu votre lettre ce matin, je ne suis pas fâchée d’avoir une pièce aussi officielle ; elle pourrait être bonne à produire un jour, mais reprenons nos habitudes. Il n’y a plus le moindre danger de l’arrivée de M. de Lieven. Mon fils part demain pour le retrouver à Lausanne, delà ils se mettent immédiatement en route pour l’Italie. Ecrivez-moi par la poste comme vous avez toujours fait, il me faut cela. & puis une fois encore par une bonne occasion plus intimement. Et puis nous arrivons au 31, au 31 ! Concevez- vous tout ce que j’éprouve en traçant le chiffre ! Savez-vous que mon affaire avec mon mari est un tel dédale que nous ne nous y retrouvons plus du tout mon fils et moi, & qu’après avoir tout lu, tout examiné de part et d’autre, nous en sommes venus à la conclusion, qu’il est possible, qu’il ait inventé tout ce qu’il prête à l’Empereur ! Alors la confusion est à son comble, car mes lettres sont parties, mes confidences sont faites, & mon mari va l’apprendre. C’est vraiment trop long à vous dire.
Pahlen et moi nous avons regardé cette affaire de tous les côtés hier au soir. On peut lui intimer de me regarder comme rebelle, on peut m’ôter le portrait. Qu’est-ce que cela me fait ? Exactement rien du tout. & on ne peut pas faire plus. et faire cela cependant est hors de toute vraisemblance car tout despote qu’il est, il faut baser cela sur quelque chose. Être à Paris n’est pas suffisant & je demande une enquête. Il faut bien me l’accorder. En vérité, c’est trop bouffon & après avoir un peu gémi, je finis toujours par rire, mais je crois mon mari fou, ni plus, ni moins, & son fils le peine un peu.
Et savez vous que mon frère l’est complètement. Il vient d’embrasser la religion grecque. Allons me voilà dans une belle famille si j’y étais restée ! Mon fils part demain, j’en suis presque impatiente. Nos entretiens perpétuels sur un même sujet si désagréable me font du mal, & puis je ne dors pas la nuit, je ne vous fais plus mon journal. Depuis 9 h. jusqu’à 6 heures, il ne me quitte pas. Le bois de Boulogne nous le faisons ensemble. à 6 1/2 nous dînons encore ensemble jusqu’au moment où j’ouvre ma poste. Après demain j’écrirai avec plus de liberté d’esprit, & du temps.
J’écris des volumes à mon mari, il y a tant à expliquer ; car c’est un enfant. Je serai impatiente que vous m’annonciez la réception de ma lettre pas M. Grouchy. L’aimerez- vous un peu ? Je ne sais plus ce qu’elle contient. Je voudrais m’en rappeler, savoir s’il n’y a pas trop, s’il n’ a pas trop peu. Je flotte entre ces deux craintes. Et au bout de tout cela je suis mécontente. que ce que dans le trouble d’esprit où je vis Je vous aurai dit des bêtises, pas du tout ce que je voulais vous dire, mais je n’ai pas été maîtresse de choisir mon moment. Cela vaudra mieux que toutes les lettres. J’ai eu une excellente lettre de Valençay. Je vous en parlerai. On me dit de vous rappeler Rochecotte en nov : & moi, je vous prie de l’oublier.
Adieu. Adieu, toujours toute notre vie adieu. N’est-ce pas toute notre vit. M. Grouchy doit porter ce soir.
J’ai reçu votre lettre ce matin, je ne suis pas fâchée d’avoir une pièce aussi officielle ; elle pourrait être bonne à produire un jour, mais reprenons nos habitudes. Il n’y a plus le moindre danger de l’arrivée de M. de Lieven. Mon fils part demain pour le retrouver à Lausanne, delà ils se mettent immédiatement en route pour l’Italie. Ecrivez-moi par la poste comme vous avez toujours fait, il me faut cela. & puis une fois encore par une bonne occasion plus intimement. Et puis nous arrivons au 31, au 31 ! Concevez- vous tout ce que j’éprouve en traçant le chiffre ! Savez-vous que mon affaire avec mon mari est un tel dédale que nous ne nous y retrouvons plus du tout mon fils et moi, & qu’après avoir tout lu, tout examiné de part et d’autre, nous en sommes venus à la conclusion, qu’il est possible, qu’il ait inventé tout ce qu’il prête à l’Empereur ! Alors la confusion est à son comble, car mes lettres sont parties, mes confidences sont faites, & mon mari va l’apprendre. C’est vraiment trop long à vous dire.
Pahlen et moi nous avons regardé cette affaire de tous les côtés hier au soir. On peut lui intimer de me regarder comme rebelle, on peut m’ôter le portrait. Qu’est-ce que cela me fait ? Exactement rien du tout. & on ne peut pas faire plus. et faire cela cependant est hors de toute vraisemblance car tout despote qu’il est, il faut baser cela sur quelque chose. Être à Paris n’est pas suffisant & je demande une enquête. Il faut bien me l’accorder. En vérité, c’est trop bouffon & après avoir un peu gémi, je finis toujours par rire, mais je crois mon mari fou, ni plus, ni moins, & son fils le peine un peu.
Et savez vous que mon frère l’est complètement. Il vient d’embrasser la religion grecque. Allons me voilà dans une belle famille si j’y étais restée ! Mon fils part demain, j’en suis presque impatiente. Nos entretiens perpétuels sur un même sujet si désagréable me font du mal, & puis je ne dors pas la nuit, je ne vous fais plus mon journal. Depuis 9 h. jusqu’à 6 heures, il ne me quitte pas. Le bois de Boulogne nous le faisons ensemble. à 6 1/2 nous dînons encore ensemble jusqu’au moment où j’ouvre ma poste. Après demain j’écrirai avec plus de liberté d’esprit, & du temps.
J’écris des volumes à mon mari, il y a tant à expliquer ; car c’est un enfant. Je serai impatiente que vous m’annonciez la réception de ma lettre pas M. Grouchy. L’aimerez- vous un peu ? Je ne sais plus ce qu’elle contient. Je voudrais m’en rappeler, savoir s’il n’y a pas trop, s’il n’ a pas trop peu. Je flotte entre ces deux craintes. Et au bout de tout cela je suis mécontente. que ce que dans le trouble d’esprit où je vis Je vous aurai dit des bêtises, pas du tout ce que je voulais vous dire, mais je n’ai pas été maîtresse de choisir mon moment. Cela vaudra mieux que toutes les lettres. J’ai eu une excellente lettre de Valençay. Je vous en parlerai. On me dit de vous rappeler Rochecotte en nov : & moi, je vous prie de l’oublier.
Adieu. Adieu, toujours toute notre vie adieu. N’est-ce pas toute notre vit. M. Grouchy doit porter ce soir.
67. Paris, Samedi 1er octobre 1853, Dorothée de Lieven à François Guizot
Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
67. Paris Samedi le 1er octobre 1853
Quel malheur que vous ne soyez pas pour un moment à Londres, ou pour deux mois à Paris. Aberdeen me paraît faire fausse route tout-à-fait. Il court à la guerre & tout de suite. Je m'étonne que vous n'ayez pas lu notre seconde dépêche même date que la première 7 sept. Intitulée examen des modifications turques, et qui donnait notre interprétation de la note de Vienne. On a trouvé à Londres & ici que cet examen ramenait la question à la proposition Menchikoff, et dès lors on a pris fin. Tout le monde même impartial ici on a porté le même jugement. C'était dans tous les journaux. C’est sur cela qu’est venu la recrudescence & l'impossibilité de s’entendre.
Le Cabinet Anglais est convoqué pour après demain le 3. On fait revenir la reine le 5. Ce sera pour la déclaration de guerre ou la convocation du Parlement. Les meetings vous se succéder. Tout le monde est à la guerre en Angleterre. Le mot d’ordre est que la Russie a voulu duper les Anglais. Lord Lansdowne tient le même langage. Il a vu hier l’Empereur, & part demain. Il était ici hier soir, monté contre nous, tout le monde est fou. Le ministère anglais est très uni, il n’est pas question de changement. Constantin m'écrit d'Olmentz grande intimité. Les trois cours dans la plus grande entente. Mon [Empereur] très poli pour les off. français. Il les a invités à Varsovie.
C’est dans le journal des Débats du 24 sept. que vous trouverez la pièce diplomatique qui fait aujourd’hui l'objet de la querelle. Benoist Fould est devenu subitement fou. On dit qu’Achille Fould va quitter le ministère pour prendre la direction de la maison. C'est à la bourse que se débite cette dernière nouvelle. La première (la folie) est positive. On parle d'envoyer 30 m. hommes occuper Constantinople comme on occupe Rome. Croyez- vous cela ? On ajoute que dans ce cas l'Angleterre irait occuper Alexandrie et le faire ! Strange times. Adieu. Adieu.
J’avais hier soir Molé, Lansdowne, Montebello, Kisseleff, d'autres diplomates. Mon salon se reforme. Il faudra quitter tout cela s'il y a guerre. Adieu.
Quel malheur que vous ne soyez pas pour un moment à Londres, ou pour deux mois à Paris. Aberdeen me paraît faire fausse route tout-à-fait. Il court à la guerre & tout de suite. Je m'étonne que vous n'ayez pas lu notre seconde dépêche même date que la première 7 sept. Intitulée examen des modifications turques, et qui donnait notre interprétation de la note de Vienne. On a trouvé à Londres & ici que cet examen ramenait la question à la proposition Menchikoff, et dès lors on a pris fin. Tout le monde même impartial ici on a porté le même jugement. C'était dans tous les journaux. C’est sur cela qu’est venu la recrudescence & l'impossibilité de s’entendre.
Le Cabinet Anglais est convoqué pour après demain le 3. On fait revenir la reine le 5. Ce sera pour la déclaration de guerre ou la convocation du Parlement. Les meetings vous se succéder. Tout le monde est à la guerre en Angleterre. Le mot d’ordre est que la Russie a voulu duper les Anglais. Lord Lansdowne tient le même langage. Il a vu hier l’Empereur, & part demain. Il était ici hier soir, monté contre nous, tout le monde est fou. Le ministère anglais est très uni, il n’est pas question de changement. Constantin m'écrit d'Olmentz grande intimité. Les trois cours dans la plus grande entente. Mon [Empereur] très poli pour les off. français. Il les a invités à Varsovie.
C’est dans le journal des Débats du 24 sept. que vous trouverez la pièce diplomatique qui fait aujourd’hui l'objet de la querelle. Benoist Fould est devenu subitement fou. On dit qu’Achille Fould va quitter le ministère pour prendre la direction de la maison. C'est à la bourse que se débite cette dernière nouvelle. La première (la folie) est positive. On parle d'envoyer 30 m. hommes occuper Constantinople comme on occupe Rome. Croyez- vous cela ? On ajoute que dans ce cas l'Angleterre irait occuper Alexandrie et le faire ! Strange times. Adieu. Adieu.
J’avais hier soir Molé, Lansdowne, Montebello, Kisseleff, d'autres diplomates. Mon salon se reforme. Il faudra quitter tout cela s'il y a guerre. Adieu.
67. Paris, Vendredi 3 août 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
67 Paris le 3 août 1855
J’ai eu hier une longue visite de la Duchesse de Hamilton, elle avait dîné la veille à Villeneuve l’étang. L’Imp. couchée n'osant pas mettre le pied à terre. On a quelque espérance, vague encore, mais enfin il y a des symptômes, s'ils sont confirmés, elle ne pourra être de rien pendant le séjour de la reine. On ne parle pas du tout de ces espérances, ainsi je vous dis là un secret.
Il n’y a personne à Villeneuve l’étang, pas même la dame de service un aide de camps voilà tout, absolument tout. Le petit Gordon est retourné hier à Londres, c’est lui qui m’a dit le premier la nouvelle sur Cowley, mais comme vous je n'y crois pas.
La chaleur est excessive et m'étouffe. Je vais déjeuner au bois de St Cloud emportant avec moi mes provisions, c'est bien joli, Mais il faut affronter une heure de soleil, et autant pour revenir. Palmerston a bien peu d’autorité dans le Cabinet, et les ministres sont très divisés entre eux. Voilà ce que rapporte le dernier visiteur important en Angleterre. Je n’ai pas de nouvelles à vous donner. Adieu. Adieu.
J’ai eu hier une longue visite de la Duchesse de Hamilton, elle avait dîné la veille à Villeneuve l’étang. L’Imp. couchée n'osant pas mettre le pied à terre. On a quelque espérance, vague encore, mais enfin il y a des symptômes, s'ils sont confirmés, elle ne pourra être de rien pendant le séjour de la reine. On ne parle pas du tout de ces espérances, ainsi je vous dis là un secret.
Il n’y a personne à Villeneuve l’étang, pas même la dame de service un aide de camps voilà tout, absolument tout. Le petit Gordon est retourné hier à Londres, c’est lui qui m’a dit le premier la nouvelle sur Cowley, mais comme vous je n'y crois pas.
La chaleur est excessive et m'étouffe. Je vais déjeuner au bois de St Cloud emportant avec moi mes provisions, c'est bien joli, Mais il faut affronter une heure de soleil, et autant pour revenir. Palmerston a bien peu d’autorité dans le Cabinet, et les ministres sont très divisés entre eux. Voilà ce que rapporte le dernier visiteur important en Angleterre. Je n’ai pas de nouvelles à vous donner. Adieu. Adieu.
67. Val-Richer, Dimanche 14 mai 1854, François Guizot à Dorothée de Lieven
Collection : 1854 (1er janvier-21 décembre) : Dorothée, une princesse russe, persona non grata à Paris
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
67 Val Richer, Dimanche 14 Mai 1854
La guerre purement défensive doit être bien désagréable, et il faut bien du bon sens et de la persévérance pour s’y résigner. Votre Empereur ne peut rendre aucun des coups qu’on lui porte. Il est là à les attendre, les repoussant de son mieux quand ils viennent, mais ne sachant quand ni où ils viendront, et ne prenant jamais lui-même l’initiative des coups au moment et sur le point qui lui conviendraient. J’ai peine à croire que cela puisse durer longtemps ainsi.
Lisez-vous le procès des assassins de ce pauvre Rossi ? Pour moi, j'y porte un vif intérêt. Je désire de tout mon coeur que le meurtrier soit découvert et enfin puni. Il me semble que ma responsabilité pour avoir envoyé Rossi à Rome m'en pèsera moins. La passion et la préméditation profonde qui ont présidé à l'assassinat sont bien frappantes. Il est difficile de croire qu’une telle haine pour les Autrichiens, et pour le gouvernement Papal reste toujours sans résultat.
Midi
Mon facteur arrive très tard, et va repartir. Il ne m’apporte rien de vous. Je ne m'en prends qu’à la poste, et j'attends, mieux demain. Adieu, adieu. G.
La guerre purement défensive doit être bien désagréable, et il faut bien du bon sens et de la persévérance pour s’y résigner. Votre Empereur ne peut rendre aucun des coups qu’on lui porte. Il est là à les attendre, les repoussant de son mieux quand ils viennent, mais ne sachant quand ni où ils viendront, et ne prenant jamais lui-même l’initiative des coups au moment et sur le point qui lui conviendraient. J’ai peine à croire que cela puisse durer longtemps ainsi.
Lisez-vous le procès des assassins de ce pauvre Rossi ? Pour moi, j'y porte un vif intérêt. Je désire de tout mon coeur que le meurtrier soit découvert et enfin puni. Il me semble que ma responsabilité pour avoir envoyé Rossi à Rome m'en pèsera moins. La passion et la préméditation profonde qui ont présidé à l'assassinat sont bien frappantes. Il est difficile de croire qu’une telle haine pour les Autrichiens, et pour le gouvernement Papal reste toujours sans résultat.
Midi
Mon facteur arrive très tard, et va repartir. Il ne m’apporte rien de vous. Je ne m'en prends qu’à la poste, et j'attends, mieux demain. Adieu, adieu. G.
67. Val-Richer, Mardi 24 octobre 1837, François Guizot à Dorothée de Lieven
Collection : 1837 (13 octobre - 29 octobre)
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
N°67. Mardi 24 Sept heures
J’ai tout, tout, plus que je ne demandais, plus que je n’espérais ! Et j’espérais ce que je n’avais demandé. J’ai ces charmantes, ces ravissantes paroles, que depuis si longtemps je n’avais pas entendues. J’ai votre prévoyance, vos soins, vos arrangements. Que je les aime ! Presque autant, pas tout à fait autant, mais presque autant que vos paroles. Tout cela, m’est arrivé hier. La fin de ma journée en a été remplie, embaumée. Je suis monté dix fois dans mon cabinet. J’ai fermé ma porte. Cette nuit, je me suis réveillé, je ne sais combien de fois, pour jouir de mon bien. Aujourd’hui, je l’ai là, à sa place. Certainement non, il ne me quittera pas.
Je n’ai pas voulu vous écrire hier au soir, avant de me coucher. J’en aurais trop dit. Vous, vous ne dites pas trop. Vous ne dites pas tout. J’y compte. Mais au moment où j’entends ce que vous dites, je ne vois rien, je ne désire rien au-delà. Ou plutôt, j’y vois tout ce que je désire. M. de Grouchy, repart demain ou après demain soir. Il vous portera sous le couvert de M. Génie, ma répons ; en attendant, ma vraie réponse, celle que j’apporterai moi-même, le 31 aujourd’hui en huit. Je ne sais pas encore, si ce beau 31, j’arriverai le matin ou pour dîner seulement. Je vous le dirai dans deux jours. Avez-vous décidément choisi l’heure de vos promenades ? Vous n’avez guère de choix, ce me semble. Dans huit jours, il fera froid la nuit à 4 heures.
Que ce que vous me dites de M. de Lieven est étrange ! Comment, il serait possible que tout cela fût de son invention, qu’il n’y eût rien de l’Empereur ! Sérieusement, je ne puis le croire. S’il en était ainsi, vos confidences, vos lettres, l’éclat de l’affaire seraient une bien juste et bien naturelle punition. J’ai grande impatience de savoir tous les détails. Au 31. Je remets tout au 31. Il me semble que la vie recommencera pour moi ce jour- là. En attendant, je fais comme si je vivais. Je plante mes arbres. J’ai eu hier en plantant, un moment délicieux. Je venais de recevoir votre paquet. J’avais tout lu, relu. J’étais retourné à mes ouvriers. J’avais l’air de les regarder. Ils plantaient un mélèze, charmant, haut, droit du feuillage le plus élégant, le plus fin. L’arbre se balançait, s’inclinait. Tout à coup, je l’ai vu se tourner, marcher vers moi. C’était vous que je voyais. Ce mélèze vous ressemblait ; il avait votre port, votre air, la souplesse et la noblesse de votre taille. Enfin je vous voyais là. Quelle folie ! Certains malades ont, à ce qu’on dit des visions, des hallucinations pareilles. Le bonheur a donc aussi les siennes. Nouvelle preuve du dialogue Hindou. à coup sûr, la pensée elle-même est trop lente pour admettre de telles illusions. L’amour seul peut les créer et les voir assez vitre pour y croire. Ce qui est certain, c’est que j’aimerai et soignerai toujours ce mélèze-là. Il est à l’extrémité de la pièce d’eau.
Savez-vous ce qui m’arrive, Madame ? D’instinct sans y penser je vous raconte tout, tous mes enfantillages. La seconde d’après, quand mes yeux retombent sur ce que je viens d’écrire, il me prend un mouvement d’hésitation ; je me dis c’est trop, c’est trop enfant ; si on voyait cela ! Et puis, en dernier ressort, je souris, avec quelque dédain à l’idée de ceux que mes enfantillages feraient sourire et je m’y laisse allez en pleine sérénité. J’ai fait de moi-même et de ma vie un emploi assez sérieux pour être enfant tant qu’il me plait avec vous, vous auprès de qui tout est sérieux pour moi. Vous voulez donc que je regarde que M. de Grouchy est déjà arrivé. Je ne puis pas et pourtant je regrette bien vivement ce que vous lui auriez donné hier; Le 31 je ne regretterai rien. Adieu. Adieu.
La poste est arrivée tard. Je quitte mon déjeuner pour fermer ma lettre. Adieu. Votre adieu.
J’ai tout, tout, plus que je ne demandais, plus que je n’espérais ! Et j’espérais ce que je n’avais demandé. J’ai ces charmantes, ces ravissantes paroles, que depuis si longtemps je n’avais pas entendues. J’ai votre prévoyance, vos soins, vos arrangements. Que je les aime ! Presque autant, pas tout à fait autant, mais presque autant que vos paroles. Tout cela, m’est arrivé hier. La fin de ma journée en a été remplie, embaumée. Je suis monté dix fois dans mon cabinet. J’ai fermé ma porte. Cette nuit, je me suis réveillé, je ne sais combien de fois, pour jouir de mon bien. Aujourd’hui, je l’ai là, à sa place. Certainement non, il ne me quittera pas.
Je n’ai pas voulu vous écrire hier au soir, avant de me coucher. J’en aurais trop dit. Vous, vous ne dites pas trop. Vous ne dites pas tout. J’y compte. Mais au moment où j’entends ce que vous dites, je ne vois rien, je ne désire rien au-delà. Ou plutôt, j’y vois tout ce que je désire. M. de Grouchy, repart demain ou après demain soir. Il vous portera sous le couvert de M. Génie, ma répons ; en attendant, ma vraie réponse, celle que j’apporterai moi-même, le 31 aujourd’hui en huit. Je ne sais pas encore, si ce beau 31, j’arriverai le matin ou pour dîner seulement. Je vous le dirai dans deux jours. Avez-vous décidément choisi l’heure de vos promenades ? Vous n’avez guère de choix, ce me semble. Dans huit jours, il fera froid la nuit à 4 heures.
Que ce que vous me dites de M. de Lieven est étrange ! Comment, il serait possible que tout cela fût de son invention, qu’il n’y eût rien de l’Empereur ! Sérieusement, je ne puis le croire. S’il en était ainsi, vos confidences, vos lettres, l’éclat de l’affaire seraient une bien juste et bien naturelle punition. J’ai grande impatience de savoir tous les détails. Au 31. Je remets tout au 31. Il me semble que la vie recommencera pour moi ce jour- là. En attendant, je fais comme si je vivais. Je plante mes arbres. J’ai eu hier en plantant, un moment délicieux. Je venais de recevoir votre paquet. J’avais tout lu, relu. J’étais retourné à mes ouvriers. J’avais l’air de les regarder. Ils plantaient un mélèze, charmant, haut, droit du feuillage le plus élégant, le plus fin. L’arbre se balançait, s’inclinait. Tout à coup, je l’ai vu se tourner, marcher vers moi. C’était vous que je voyais. Ce mélèze vous ressemblait ; il avait votre port, votre air, la souplesse et la noblesse de votre taille. Enfin je vous voyais là. Quelle folie ! Certains malades ont, à ce qu’on dit des visions, des hallucinations pareilles. Le bonheur a donc aussi les siennes. Nouvelle preuve du dialogue Hindou. à coup sûr, la pensée elle-même est trop lente pour admettre de telles illusions. L’amour seul peut les créer et les voir assez vitre pour y croire. Ce qui est certain, c’est que j’aimerai et soignerai toujours ce mélèze-là. Il est à l’extrémité de la pièce d’eau.
Savez-vous ce qui m’arrive, Madame ? D’instinct sans y penser je vous raconte tout, tous mes enfantillages. La seconde d’après, quand mes yeux retombent sur ce que je viens d’écrire, il me prend un mouvement d’hésitation ; je me dis c’est trop, c’est trop enfant ; si on voyait cela ! Et puis, en dernier ressort, je souris, avec quelque dédain à l’idée de ceux que mes enfantillages feraient sourire et je m’y laisse allez en pleine sérénité. J’ai fait de moi-même et de ma vie un emploi assez sérieux pour être enfant tant qu’il me plait avec vous, vous auprès de qui tout est sérieux pour moi. Vous voulez donc que je regarde que M. de Grouchy est déjà arrivé. Je ne puis pas et pourtant je regrette bien vivement ce que vous lui auriez donné hier; Le 31 je ne regretterai rien. Adieu. Adieu.
La poste est arrivée tard. Je quitte mon déjeuner pour fermer ma lettre. Adieu. Votre adieu.
67. Val-Richer, Samedi 4 août 1855, François Guizot à Dorothée de Lieven
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
67 Val Richer, Samedi 4 août 1855
Je vous verrai mardi prochain et nous règlerons ensemble le jour de notre visite à Maintenon. Je vais à Paris pour une raison assez triste que je vous dirai, mais qui me vaudra au moins de passer quelques jours avec vous, sans les mettre à votre compte, puisque vous voulez compter. Mauvais sentiment. Je ne pourrai faire à Maintenon qu’une visite, vous y resterez probablement plus que moi ; en sorte qu’il faudra placer cette petite course à la fin de mon séjour à Paris. Il y a un mois que nous n'avons causé.
Je ne connais rien de plus choquant que ce qui se passe dans la Baltique, ces promenades, ces approches, ce vagabondage naval et militaire, sans plan, sans but, sans résultat, si ce n’est de ruiner des villages, de tuer des matelots ou des paysans uniquement pour faire du mal à l'ennemi. C'est là le côté hideux de la guerre, et il n'a peut-être jamais paru aussi isolément, séparé du côté efficace et glorieux. Je ne sais si on dira jamais la vérité sur tout ceci ; mais il y a des hommes pour qui elle ne serait pas agréable à entendre.
J’ai eu hier des visites. Tout le monde s'étonne que le Constitutionnel ait répété l’article de l'Invalide Russe : Prendra-t-on Sébastopol ? On demande ce que cela veut dire. Voilà le Parlement qui va se séparer. S'il se réunissait au mois de Février prochain sans que Sébastopol fût pris, la situation serait étrange.
Onze heures
Répondez-moi encore demain ; mais plus lundi. Je partirai mardi matin et je serai à Paris entre 1 et 2 heures. Adieu, adieu. G.
Je vous verrai mardi prochain et nous règlerons ensemble le jour de notre visite à Maintenon. Je vais à Paris pour une raison assez triste que je vous dirai, mais qui me vaudra au moins de passer quelques jours avec vous, sans les mettre à votre compte, puisque vous voulez compter. Mauvais sentiment. Je ne pourrai faire à Maintenon qu’une visite, vous y resterez probablement plus que moi ; en sorte qu’il faudra placer cette petite course à la fin de mon séjour à Paris. Il y a un mois que nous n'avons causé.
Je ne connais rien de plus choquant que ce qui se passe dans la Baltique, ces promenades, ces approches, ce vagabondage naval et militaire, sans plan, sans but, sans résultat, si ce n’est de ruiner des villages, de tuer des matelots ou des paysans uniquement pour faire du mal à l'ennemi. C'est là le côté hideux de la guerre, et il n'a peut-être jamais paru aussi isolément, séparé du côté efficace et glorieux. Je ne sais si on dira jamais la vérité sur tout ceci ; mais il y a des hommes pour qui elle ne serait pas agréable à entendre.
J’ai eu hier des visites. Tout le monde s'étonne que le Constitutionnel ait répété l’article de l'Invalide Russe : Prendra-t-on Sébastopol ? On demande ce que cela veut dire. Voilà le Parlement qui va se séparer. S'il se réunissait au mois de Février prochain sans que Sébastopol fût pris, la situation serait étrange.
Onze heures
Répondez-moi encore demain ; mais plus lundi. Je partirai mardi matin et je serai à Paris entre 1 et 2 heures. Adieu, adieu. G.
68. Bruxelles, Samedi 27 mai 1854, Dorothée de Lieven à François Guizot
Collection : 1854 (1er janvier-21 décembre) : Dorothée, une princesse russe, persona non grata à Paris
Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
68. Bruxelles le 27 mai 1854
Très vilain petit mot de Paris. Vilain, car il était si court. Et j'aurai eu besoin de distraction. Je suis fort ennuyée d'un vol fait chez moi, quelques lettres pas compromettantes car je serais comme disait de moi Dumon une personne dé-compromettante, mais des lettres d’autres personnes pas aussi bien pensantes que moi p. e. ce bon neveu qui me conseille de lire la [? ?] et de faire de la charpie. Tout juste cette lettre est dans le paquet perdu avec je ne sais quoi encore. Pas de remède mais une leçon de prudence. Je n'ai rien vu ni su depuis hier. Mad. Sebach babille. L’Empereur a été très gracieux pour elle. Persigny aussi. Mais elle étouffe à Paris car elle est très orthodoxe, et je suis bien en défaut disant toutes ces exaltations. En général les Russes se méfient un peu de moi. Je suis cependant très fidèle, mais trop française pour eux. I cannot help it.
Les diplomates mandent de Pétersbourg que nous faisons beaucoup la cour aux Etats- Unis, & que nous sommes fort contents d'eux. Au mois de juillet nous aurons un million 300 mille hommes sous les armes. Les particuliers donnent le 10ème de leur revenu dans tout l’Empire. Hélène en est pour 250 mille Francs par an. Tout cela c’est bien des sacrifices. La cour est allé s’établir à Peterhof et espère bien y voir venir les flottes alliées. Voilà le ton.
Adieu. Adieu.
Génie ne me dit pas un mot. Je ne sais pas même ce que Rothschild a dit de ma lettre, à ce train mon affaire n'ira pas vite, & elle est cependant bien simple. Puisque je paie qu'on m'envoie donc mon bail. Adieu.
Très vilain petit mot de Paris. Vilain, car il était si court. Et j'aurai eu besoin de distraction. Je suis fort ennuyée d'un vol fait chez moi, quelques lettres pas compromettantes car je serais comme disait de moi Dumon une personne dé-compromettante, mais des lettres d’autres personnes pas aussi bien pensantes que moi p. e. ce bon neveu qui me conseille de lire la [? ?] et de faire de la charpie. Tout juste cette lettre est dans le paquet perdu avec je ne sais quoi encore. Pas de remède mais une leçon de prudence. Je n'ai rien vu ni su depuis hier. Mad. Sebach babille. L’Empereur a été très gracieux pour elle. Persigny aussi. Mais elle étouffe à Paris car elle est très orthodoxe, et je suis bien en défaut disant toutes ces exaltations. En général les Russes se méfient un peu de moi. Je suis cependant très fidèle, mais trop française pour eux. I cannot help it.
Les diplomates mandent de Pétersbourg que nous faisons beaucoup la cour aux Etats- Unis, & que nous sommes fort contents d'eux. Au mois de juillet nous aurons un million 300 mille hommes sous les armes. Les particuliers donnent le 10ème de leur revenu dans tout l’Empire. Hélène en est pour 250 mille Francs par an. Tout cela c’est bien des sacrifices. La cour est allé s’établir à Peterhof et espère bien y voir venir les flottes alliées. Voilà le ton.
Adieu. Adieu.
Génie ne me dit pas un mot. Je ne sais pas même ce que Rothschild a dit de ma lettre, à ce train mon affaire n'ira pas vite, & elle est cependant bien simple. Puisque je paie qu'on m'envoie donc mon bail. Adieu.
68. Paris, Lundi 3 octobre 1853, Dorothée de Lieven à François Guizot
Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
68 Paris le 3 octobre 1853
Marion m’a dit que ses parents désiraient qu’elle passat Noël, avec eux ; j’ai trouvé naturel, j’ai dit tout ce que je m'étais proposé de dire sur mon remord du passé. J’ai été très affectueuse & résignée à cette séparation m'en remettant à elle de l'abréger. C’est tout en moi dont elle parle ! Je n’ai pas capitulé. Je remets à mes amis de faire comprendre que c’est bien long ! Vous y pourrez beaucoup. Il y a du temps jusqu'à l’événement. Merci de vous occuper de Monod. Les affaires se brouillent beaucoup. Je crois qu'il est venu une note austro prussienne adressée à Paris & à Londres. Elle a dû être remise hier. J’ignore encore l'accueil. Ici on ne fera que ce que voudra Londres, et là on est très monté & je crois décidé à la guerre. Les Anglais se croient trompés par nous & veulent se venger. Le pays tout entier est monté sur ce ton. Lansdowne d’abord très doux a changé de manière après avoir appris par Lord Cowley tout ce qui s’était passé.
J'espère encore que L'Empereur ici tâchera d'agir à Londres, il désire la paix vivement, mais il ne se séparera pas de l'Angleterre cela est certain, & si elle veut la guerre il la fera avec elle.
De notre côté nous ne comprenons pas cette nouvelle vivacité anglaise. Nous persistons dans notre dire, nos conditions pour évacuer les Principautés. Nous n’avons pas dit un mot encore des flottes à Constantinople.
Les trois souverains sont réunis à Varsovie, je crois du moins que le roi de Prusse y est allé aussi. L'entente est intime. Les Clauricarde sont venus me voir spontanément. Les anciennes relations très cordiales. ils sont très opposition au Ministère, ce qui fait qu'ils le sont moins à la Russie. Ils repartent pour Londres demain.
Mad. Kalerdgi est arrivée, elle m'explique un peu Pétersbourg. Au fond toute cette affaire est de l’invention de l’Empereur & pas du tout du goût de Nesselrode. C’est ce qui explique la marche boiteuse. Molé, Heeckeren , Noailles, beaucoup de monde hier soir. La rencontre de Kalerdgi & Molé touchante. C'était drôle. Tout le monde agité & croyant à la guerre. Savez-vous qu'une bonne lettre de vous à Lord Aberdeen ferait beaucoup d’effet dans ce moment de ces réflexions générales que vous savez rendre si frappantes. Lui aussi est ébranlé et penche pour la guerre, enfin je vous dis vrai, tout le monde y est en Angleterre & c’est imminent. Ecrivez, je n’ai pas revu Fould depuis la folie de son frère. Morny est de retour depuis hier. Il travaillera à St Cloud. Son Empereur est très sensé et très bon. Tous les autres détestables. Adieu. Adieu.
Marion m’a dit que ses parents désiraient qu’elle passat Noël, avec eux ; j’ai trouvé naturel, j’ai dit tout ce que je m'étais proposé de dire sur mon remord du passé. J’ai été très affectueuse & résignée à cette séparation m'en remettant à elle de l'abréger. C’est tout en moi dont elle parle ! Je n’ai pas capitulé. Je remets à mes amis de faire comprendre que c’est bien long ! Vous y pourrez beaucoup. Il y a du temps jusqu'à l’événement. Merci de vous occuper de Monod. Les affaires se brouillent beaucoup. Je crois qu'il est venu une note austro prussienne adressée à Paris & à Londres. Elle a dû être remise hier. J’ignore encore l'accueil. Ici on ne fera que ce que voudra Londres, et là on est très monté & je crois décidé à la guerre. Les Anglais se croient trompés par nous & veulent se venger. Le pays tout entier est monté sur ce ton. Lansdowne d’abord très doux a changé de manière après avoir appris par Lord Cowley tout ce qui s’était passé.
J'espère encore que L'Empereur ici tâchera d'agir à Londres, il désire la paix vivement, mais il ne se séparera pas de l'Angleterre cela est certain, & si elle veut la guerre il la fera avec elle.
De notre côté nous ne comprenons pas cette nouvelle vivacité anglaise. Nous persistons dans notre dire, nos conditions pour évacuer les Principautés. Nous n’avons pas dit un mot encore des flottes à Constantinople.
Les trois souverains sont réunis à Varsovie, je crois du moins que le roi de Prusse y est allé aussi. L'entente est intime. Les Clauricarde sont venus me voir spontanément. Les anciennes relations très cordiales. ils sont très opposition au Ministère, ce qui fait qu'ils le sont moins à la Russie. Ils repartent pour Londres demain.
Mad. Kalerdgi est arrivée, elle m'explique un peu Pétersbourg. Au fond toute cette affaire est de l’invention de l’Empereur & pas du tout du goût de Nesselrode. C’est ce qui explique la marche boiteuse. Molé, Heeckeren , Noailles, beaucoup de monde hier soir. La rencontre de Kalerdgi & Molé touchante. C'était drôle. Tout le monde agité & croyant à la guerre. Savez-vous qu'une bonne lettre de vous à Lord Aberdeen ferait beaucoup d’effet dans ce moment de ces réflexions générales que vous savez rendre si frappantes. Lui aussi est ébranlé et penche pour la guerre, enfin je vous dis vrai, tout le monde y est en Angleterre & c’est imminent. Ecrivez, je n’ai pas revu Fould depuis la folie de son frère. Morny est de retour depuis hier. Il travaillera à St Cloud. Son Empereur est très sensé et très bon. Tous les autres détestables. Adieu. Adieu.
Mots-clés : Affaire d'Orient, Amis et relations, Bonaparte, Charles-Louis-Napoléon (1808-1873), Diplomatie, Diplomatie (France-Angleterre), Femme (diplomatie), France (1852-1870, Second Empire), Napoléon III (1808-1873 ; empereur des Français), Nicolas I (1796-1855 ; empereur de Russie), Politique (Internationale)
68. Paris, Lundi 23 octobre 1837, Dorothée de Lieven à François Guizot
Collection : 1837 (13 octobre - 29 octobre)
Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
68. Lundi 23 octobre. 9 heures.
Je viens de lire le 64, décidément la folie me touche plus que la raison. Ah si j’avais encore un M. Grouchy à mes ordres aujourd’hui, comme ma petite lettre d’aujourd’hui effacerait ma petite lettre d’hier ! Tout ce que je disais ! J me méprise pour vous avoir dit si peu, si peu. Vous ne savez pas tout ce que je sens ? Vous le saurez, vous le verrez ? Il me semble que je ne vous l’ai jamais dit, que je ne vous l’ai jamais montré.
Il faut cependant que je conserve ma tête encore aujourd’hui. j’ai tant à écrire, à faire. Mon fils part à huit heure ce soir. Quelle excellente & noble créature. Comme il songe à toute, à tout ce qui peut être dans mon intérêt, comme il est heureux de penser que pour la première fois de sa vie il peut servir sa mère !
Je vous ai dit que Médem est parfait pour moi. Il se met dans des colères, et des attitudes de menace qui sont très bouffons. Mais enfin il compte chez nous & pour beaucoup, beaucoup plus que son chef, que Pozzo ou tout autre. Le fait que je lai choisi depuis deux ans pour mon confident & conseiller intime sur place, dans la meilleure position possible. jusqu’ici c’était resté un secret pour tous. Aujourd’hui il le divulguer & moi aussi. Bon Dieu que de commérages on avait fait de ceci. Que de choses j’aurai à vous conter !
Je respirerai demain, je vous écrirai, mais je ne puis pas tout dire, le 31 je vous conterai tout. Non je ne vous conterai rien ; il me semble que ce jour là que bien des jours après, nous ne saurons parler que d’une seule chose ; & en parlerons nous. Ah quelle joie ! Comment demain en huit ? Lundi prochain je ne vous écris plus ? Je ne vous parle pas de ma santé Je n’ai pas le temps de songer à elle. Je me promène tous les jours cependant, tous les jours avec mon fils. Je n’ai vu que lui depuis jeudi, ma porte est fermée le matin. Elle ne s’est ouverte qu’une fois pour Thiers. Le soir j’écoute à peine ce qu’on me dit. Demain je me retrouverai.
Adieu, adieu comme dans la petite lettre, comme dans toutes les lettres, comme toujours, comme toute ma vie. Adieu !
Je viens de lire le 64, décidément la folie me touche plus que la raison. Ah si j’avais encore un M. Grouchy à mes ordres aujourd’hui, comme ma petite lettre d’aujourd’hui effacerait ma petite lettre d’hier ! Tout ce que je disais ! J me méprise pour vous avoir dit si peu, si peu. Vous ne savez pas tout ce que je sens ? Vous le saurez, vous le verrez ? Il me semble que je ne vous l’ai jamais dit, que je ne vous l’ai jamais montré.
Il faut cependant que je conserve ma tête encore aujourd’hui. j’ai tant à écrire, à faire. Mon fils part à huit heure ce soir. Quelle excellente & noble créature. Comme il songe à toute, à tout ce qui peut être dans mon intérêt, comme il est heureux de penser que pour la première fois de sa vie il peut servir sa mère !
Je vous ai dit que Médem est parfait pour moi. Il se met dans des colères, et des attitudes de menace qui sont très bouffons. Mais enfin il compte chez nous & pour beaucoup, beaucoup plus que son chef, que Pozzo ou tout autre. Le fait que je lai choisi depuis deux ans pour mon confident & conseiller intime sur place, dans la meilleure position possible. jusqu’ici c’était resté un secret pour tous. Aujourd’hui il le divulguer & moi aussi. Bon Dieu que de commérages on avait fait de ceci. Que de choses j’aurai à vous conter !
Je respirerai demain, je vous écrirai, mais je ne puis pas tout dire, le 31 je vous conterai tout. Non je ne vous conterai rien ; il me semble que ce jour là que bien des jours après, nous ne saurons parler que d’une seule chose ; & en parlerons nous. Ah quelle joie ! Comment demain en huit ? Lundi prochain je ne vous écris plus ? Je ne vous parle pas de ma santé Je n’ai pas le temps de songer à elle. Je me promène tous les jours cependant, tous les jours avec mon fils. Je n’ai vu que lui depuis jeudi, ma porte est fermée le matin. Elle ne s’est ouverte qu’une fois pour Thiers. Le soir j’écoute à peine ce qu’on me dit. Demain je me retrouverai.
Adieu, adieu comme dans la petite lettre, comme dans toutes les lettres, comme toujours, comme toute ma vie. Adieu !
68. Paris, Samedi 4 août 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
68. Paris le 4 août 1855
J'ai eu hier une longue visite de M. Fould, il est très fatigué. Il a à s'occuper de tout pour le séjour de la Reine. Jack of all work. Je le crois habile à tout, il m’a confirmé le dire de la D. de Hamilton mais sans plus d’affirmation. La Reine arrive le 18, et reste jusqu'au 27. L'Empereur ira la recevoir à Boulogne. Le prince de Galles est du voyage.
Canrobert a eu l'ordre de revenir. Fould me parle de lui avec beaucoup d’éloge. Pierre de Castellane est revenu hier, chassé par Pélissier pour avoir écrit une certaine lettre qui a paru dans le Constitutionnel et qui a valu à celui-ci une sorte de démenti de la part du Gt. Pélissier promet Sévastopol avec assurance. Mais faut-il croire les assurances de Pélissier ? Nous croyons que vous ne le prendrez pas. Les prisonniers Russes qu'on renvoye chez nous sont arrivés à Paris. Ils se louent fort de l'hospitalité française et demandent à en remercier On dit maintenant que vous être resté au dessous de la vérité et qu'il y quatre millards. La journée hier a été étouffante. On respire aujourd’hui, il a beaucoup plu. L'orage m’avait pris hier dans le parc de St Cloud. Comme c’est beau là ! Je n’ai vu hier soir que Viel Castel. Il revient pour huit jours seulement. Adieu.
J'ai eu hier une longue visite de M. Fould, il est très fatigué. Il a à s'occuper de tout pour le séjour de la Reine. Jack of all work. Je le crois habile à tout, il m’a confirmé le dire de la D. de Hamilton mais sans plus d’affirmation. La Reine arrive le 18, et reste jusqu'au 27. L'Empereur ira la recevoir à Boulogne. Le prince de Galles est du voyage.
Canrobert a eu l'ordre de revenir. Fould me parle de lui avec beaucoup d’éloge. Pierre de Castellane est revenu hier, chassé par Pélissier pour avoir écrit une certaine lettre qui a paru dans le Constitutionnel et qui a valu à celui-ci une sorte de démenti de la part du Gt. Pélissier promet Sévastopol avec assurance. Mais faut-il croire les assurances de Pélissier ? Nous croyons que vous ne le prendrez pas. Les prisonniers Russes qu'on renvoye chez nous sont arrivés à Paris. Ils se louent fort de l'hospitalité française et demandent à en remercier On dit maintenant que vous être resté au dessous de la vérité et qu'il y quatre millards. La journée hier a été étouffante. On respire aujourd’hui, il a beaucoup plu. L'orage m’avait pris hier dans le parc de St Cloud. Comme c’est beau là ! Je n’ai vu hier soir que Viel Castel. Il revient pour huit jours seulement. Adieu.
68. Val-Richer, Dimanche 5 août 1855, François Guizot à Dorothée de Lieven
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
68 Val Richer, Dimanche 5 août 1855
Vous savez que l'ennui d'écrire me prend, et vous aussi quand nous devons nous voir. Je n'écris donc aujourd’hui que par probité, pour que vous ne soyez pas inquiète demain. A cela quelques lignes suffisent. Je n’ai d'ailleurs rien à vous dire.
Je ne vous parlerais que de l'Invalide Russe, et des 90 bateaux à vapeur de rivière qu'au dire des journaux le gouvernement vient d'acheter. Est-ce que Micolajett remplacerait Sébastopol ?
La grossesse de l'Impératrice serait une grande joie aux Tuileries et une vive contrariété pendant le séjour de la Reine d'Angleterre. Les fêtes seront certainement très belles. La Reine et le public s'amuseront. Il ne fait point trop chaud ici. Bien peu de journées se passent sans quelques ondées. Les laboureurs demandent un soleil plus fixe.
Onze heures
Merci de votre longue lettre. J’aime encore mieux les conversations. Nous en aurons mardi. Adieu. Adieu.
Vous savez que l'ennui d'écrire me prend, et vous aussi quand nous devons nous voir. Je n'écris donc aujourd’hui que par probité, pour que vous ne soyez pas inquiète demain. A cela quelques lignes suffisent. Je n’ai d'ailleurs rien à vous dire.
Je ne vous parlerais que de l'Invalide Russe, et des 90 bateaux à vapeur de rivière qu'au dire des journaux le gouvernement vient d'acheter. Est-ce que Micolajett remplacerait Sébastopol ?
La grossesse de l'Impératrice serait une grande joie aux Tuileries et une vive contrariété pendant le séjour de la Reine d'Angleterre. Les fêtes seront certainement très belles. La Reine et le public s'amuseront. Il ne fait point trop chaud ici. Bien peu de journées se passent sans quelques ondées. Les laboureurs demandent un soleil plus fixe.
Onze heures
Merci de votre longue lettre. J’aime encore mieux les conversations. Nous en aurons mardi. Adieu. Adieu.
68. Val-Richer, Lundi 15 mai 1854, François Guizot à Dorothée de Lieven
Collection : 1854 (1er janvier-21 décembre) : Dorothée, une princesse russe, persona non grata à Paris
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
68 Val Richer, lundi 15 Mai 1854
6 heures et demie
Je me lève. Je viens de passer une nuit très pénible. Ma fille Pauline est un peu souffrante, très enrhumée et de plus grosse, ce qui ne me plait pas du tout. J’ai rêvé toute la nuit qu'elle était très malade. Vous m'écriviez en même temps des lettres désolées ; les miennes ne vous parvenaient pas ; vous ne saviez ce que je devenais. Guillaume de son côté ne m'écrivait pas. J'étais inquiet sur vous, sur mes enfants. Je me suis réveillé dans une angoisse inexprimable. Ah, que Dieu m'épargne de nouvelles épreuves ; je n'en mourrais probablement pas ; on ne meurt guère de chagrin ; mais j'y succomberais moralement. Je n'ai le coeur blasé sur rien, ni joie ni peine ; mais ma force de résistance est née et la perspective d’un nouveau fardeau à porter me fait frémir.
Voilà Baraguay d'Hilliers rappelé. Cela devait être, et je présume que les raisons du rappel sont bonnes. Le spectacle est pourtant singulier. L'Ambassadeur de France est rappelé pour avoir voulu protéger spécialement les grecs Catholiques, et le vaisseaux français sont en train de faire la guerre au Royaume grec que les armes françaises et l’argent français ont fondé. L'évêque d'Evreux avait bien raison, il y a quelques jours dans son mandement pour le succès de nos armes ; il commençait en disant : « Vous vous étonnez probablement, mes Frères, que nous fassions, et que nous vous demandions des prières pour des Musulmans contre des Chrétiens, et je comprends votre étonnement. Mais ne vous scandalisez pas ; la religion n'est pour rien du tout dans cette guerre ; elle est uniquement politique ; et ce n'est point des intérêts de la foi Chrétienne, mais de ceux de l’équilibre Européen qu’il s’agit. »
Je vois dans les journaux, qu’un des principaux chefs de l'insurrection grecque, Karaïskaki est mort. C'est le fils du dernier tué parmi les grands chefs Pallikares de la guerre de l'indépendance. Le tombeau de Karaiskakis la père est sur la route du Pirée à Athènes. Quand Colettis quitta Paris pour aller être premier ministre du Roi Othon, en débarquant du Pirée et en se rendant à Athènes, il s'écarta de la route, et suivi de toute la foule qui était venue l'accueillir à son débarquement, il alla s'agenouiller et prier, avec cette foule, sur le tombeau de Karaïskakis. Il avait le culte de ses anciens compagnons, et il excellait à s'en faire un moyen d'action sur son peuple. Ce qui se passe aujourd’hui doit l'agiter puissamment dans son propre tombeau.
Onze heures
Voilà le N°56. Adieu, Adieu. Mon médecin de Lisieux, est chez Pauline et la trouve bien. Mais ne maigrissez pas. Adieu. G.
6 heures et demie
Je me lève. Je viens de passer une nuit très pénible. Ma fille Pauline est un peu souffrante, très enrhumée et de plus grosse, ce qui ne me plait pas du tout. J’ai rêvé toute la nuit qu'elle était très malade. Vous m'écriviez en même temps des lettres désolées ; les miennes ne vous parvenaient pas ; vous ne saviez ce que je devenais. Guillaume de son côté ne m'écrivait pas. J'étais inquiet sur vous, sur mes enfants. Je me suis réveillé dans une angoisse inexprimable. Ah, que Dieu m'épargne de nouvelles épreuves ; je n'en mourrais probablement pas ; on ne meurt guère de chagrin ; mais j'y succomberais moralement. Je n'ai le coeur blasé sur rien, ni joie ni peine ; mais ma force de résistance est née et la perspective d’un nouveau fardeau à porter me fait frémir.
Voilà Baraguay d'Hilliers rappelé. Cela devait être, et je présume que les raisons du rappel sont bonnes. Le spectacle est pourtant singulier. L'Ambassadeur de France est rappelé pour avoir voulu protéger spécialement les grecs Catholiques, et le vaisseaux français sont en train de faire la guerre au Royaume grec que les armes françaises et l’argent français ont fondé. L'évêque d'Evreux avait bien raison, il y a quelques jours dans son mandement pour le succès de nos armes ; il commençait en disant : « Vous vous étonnez probablement, mes Frères, que nous fassions, et que nous vous demandions des prières pour des Musulmans contre des Chrétiens, et je comprends votre étonnement. Mais ne vous scandalisez pas ; la religion n'est pour rien du tout dans cette guerre ; elle est uniquement politique ; et ce n'est point des intérêts de la foi Chrétienne, mais de ceux de l’équilibre Européen qu’il s’agit. »
Je vois dans les journaux, qu’un des principaux chefs de l'insurrection grecque, Karaïskaki est mort. C'est le fils du dernier tué parmi les grands chefs Pallikares de la guerre de l'indépendance. Le tombeau de Karaiskakis la père est sur la route du Pirée à Athènes. Quand Colettis quitta Paris pour aller être premier ministre du Roi Othon, en débarquant du Pirée et en se rendant à Athènes, il s'écarta de la route, et suivi de toute la foule qui était venue l'accueillir à son débarquement, il alla s'agenouiller et prier, avec cette foule, sur le tombeau de Karaïskakis. Il avait le culte de ses anciens compagnons, et il excellait à s'en faire un moyen d'action sur son peuple. Ce qui se passe aujourd’hui doit l'agiter puissamment dans son propre tombeau.
Onze heures
Voilà le N°56. Adieu, Adieu. Mon médecin de Lisieux, est chez Pauline et la trouve bien. Mais ne maigrissez pas. Adieu. G.
68. Val-Richer, Mardi 24 octobre 1837, François Guizot à Dorothée de Lieven
Collection : 1837 (13 octobre - 29 octobre)
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
N°68. Mercredi 25. 7 h. 1/2
J’aime ce gros chiffre 68. S’il prouve que nous avons été souvent séparés, il témoigne que nous nous écrivons depuis longtemps j’aime ce qui a duré. Depuis quatre mois ! Seulement quatre mois ! Cela ne me semble pas possible quand j’y pense. Tant de sentiments, tant de joies, de désirs, tant d’événement du cœur se pressent dans ce court espace. Et puis, quand nos affections arrivent à un certain degré de profondeur et s’imposent, elles prennent possession du passé comme de l’avenir, on ne se conçoit plus sans elles, pas plus que de l’un que de l’autre côté du temps. Il me semble que je vous ai toujours connue, toujours aimée, comme je vous connais et vous aime aujourd’hui, comme je vous aimerai toujours. Seulement depuis quatre mois ! C’est ridicule.
Décidément, je n’arriverai à Paris le 31 que pour dîner. J’avais espéré gagner quelques heures, mais cela ne se peut pas. Ma mère est bien. Son indisposition ne s’est pas renouvelée. Mes enfants vont à merveille. Le séjour au Val-Richer leur a réussi au delà de mon attente. Il n’y a rien de plus sain que l’espace et la liberté !
Je vous fais aussi, mon journal. J’ai continué hier mes plantations, mais sans hallucination aucune. Puis, j’ai eu dix-huit personnes, à dîner. C’est mon dernier dîner, à donner je veux dire ; j’en ai encore trois à recevoir. Par grande mésaventure, il faisait hier un temps affreux, et mes convives s’en sont allés à 9 heures et demie par la nuit la plus noire et la plus mouillée qui se puisse. Ils n’en étaient pas moins de fort bonne humeur. Je suis sûr qu’ils m’ont trouvé très aimable. Ne vous est-il pas souvent arrivé d’être aimable, de de très bien faire les choses, sans vous y plaire même, en vous en ennuyant ? Tout intérêt & volonté à part quand je suis une fois dans une situation, j’y veux être bien, je fais ce que je fais, ou plutôt cela se fait de soi-même par un certain mouvement intérieur que provoque la nécessité. On cause, on s’anime, on est aimable machinalement.
Voilà donc Constantine pris. Je regrette ce pauvre général Damremont. C’était un homme de sens et un galant homme. J’avais contribué plus que personne à lui faire donner le gouvernement d’Afrique. Il était bien avec M. le Duc d’Orléans et m’apportait plus de force que tout autre pour m’aider à chasser de là le Maréchal Clauzel. Du reste, il le désirait beaucoup lui-même, et n’y avait été envoyé que de son plein gré.
Je suis bien aise que M. de Médem soit bien pour vous. Je lui ai toujours trouvé de l’esprit. Vous serez bien longtemps avant d’avoir aucune réponse à vos grandes lettres. L’Empereur fait décidément son voyage du Caucase, et aucun de vos correspondants ne prendra sur lui de vous répondre avant son retour. Qu’est-ce que cette conciliation de l’Empereur avec le général Yermoloff ? Je croyais que c’était là un des hommes les plus plus indépendants et les plus récalcitrants de la Russie. Est-ce lui ou l’Empereur qui a fait les frais de la réconciliation ? De quoi vous parlé-je là ? Je fais comme si nous en étions ensemble depuis six mois, et que toute conversation nous fût bonne. Du reste, je prends souvent plaisir avec vous à parler des choses les plus indifférentes, les plus insignifiantes, précisément pour jouir du charme qui s’y attache près de vous. C’est un charme doux et qui repose. On a l’air de se distraire, mais il n’en est rien. On ne se distrait pas du bonheur.
11 h. 1/4
Il faut que vous mangiez que vous dormiez. Je suis décidé à vous trouvez bien et à vous bien gouverner pour votre santé. Adieu. M. de Grouchy part ce soir. Vous aurez après-demain matin de mes nouvelles par lui. Adieu. Adieu
J’aime ce gros chiffre 68. S’il prouve que nous avons été souvent séparés, il témoigne que nous nous écrivons depuis longtemps j’aime ce qui a duré. Depuis quatre mois ! Seulement quatre mois ! Cela ne me semble pas possible quand j’y pense. Tant de sentiments, tant de joies, de désirs, tant d’événement du cœur se pressent dans ce court espace. Et puis, quand nos affections arrivent à un certain degré de profondeur et s’imposent, elles prennent possession du passé comme de l’avenir, on ne se conçoit plus sans elles, pas plus que de l’un que de l’autre côté du temps. Il me semble que je vous ai toujours connue, toujours aimée, comme je vous connais et vous aime aujourd’hui, comme je vous aimerai toujours. Seulement depuis quatre mois ! C’est ridicule.
Décidément, je n’arriverai à Paris le 31 que pour dîner. J’avais espéré gagner quelques heures, mais cela ne se peut pas. Ma mère est bien. Son indisposition ne s’est pas renouvelée. Mes enfants vont à merveille. Le séjour au Val-Richer leur a réussi au delà de mon attente. Il n’y a rien de plus sain que l’espace et la liberté !
Je vous fais aussi, mon journal. J’ai continué hier mes plantations, mais sans hallucination aucune. Puis, j’ai eu dix-huit personnes, à dîner. C’est mon dernier dîner, à donner je veux dire ; j’en ai encore trois à recevoir. Par grande mésaventure, il faisait hier un temps affreux, et mes convives s’en sont allés à 9 heures et demie par la nuit la plus noire et la plus mouillée qui se puisse. Ils n’en étaient pas moins de fort bonne humeur. Je suis sûr qu’ils m’ont trouvé très aimable. Ne vous est-il pas souvent arrivé d’être aimable, de de très bien faire les choses, sans vous y plaire même, en vous en ennuyant ? Tout intérêt & volonté à part quand je suis une fois dans une situation, j’y veux être bien, je fais ce que je fais, ou plutôt cela se fait de soi-même par un certain mouvement intérieur que provoque la nécessité. On cause, on s’anime, on est aimable machinalement.
Voilà donc Constantine pris. Je regrette ce pauvre général Damremont. C’était un homme de sens et un galant homme. J’avais contribué plus que personne à lui faire donner le gouvernement d’Afrique. Il était bien avec M. le Duc d’Orléans et m’apportait plus de force que tout autre pour m’aider à chasser de là le Maréchal Clauzel. Du reste, il le désirait beaucoup lui-même, et n’y avait été envoyé que de son plein gré.
Je suis bien aise que M. de Médem soit bien pour vous. Je lui ai toujours trouvé de l’esprit. Vous serez bien longtemps avant d’avoir aucune réponse à vos grandes lettres. L’Empereur fait décidément son voyage du Caucase, et aucun de vos correspondants ne prendra sur lui de vous répondre avant son retour. Qu’est-ce que cette conciliation de l’Empereur avec le général Yermoloff ? Je croyais que c’était là un des hommes les plus plus indépendants et les plus récalcitrants de la Russie. Est-ce lui ou l’Empereur qui a fait les frais de la réconciliation ? De quoi vous parlé-je là ? Je fais comme si nous en étions ensemble depuis six mois, et que toute conversation nous fût bonne. Du reste, je prends souvent plaisir avec vous à parler des choses les plus indifférentes, les plus insignifiantes, précisément pour jouir du charme qui s’y attache près de vous. C’est un charme doux et qui repose. On a l’air de se distraire, mais il n’en est rien. On ne se distrait pas du bonheur.
11 h. 1/4
Il faut que vous mangiez que vous dormiez. Je suis décidé à vous trouvez bien et à vous bien gouverner pour votre santé. Adieu. M. de Grouchy part ce soir. Vous aurez après-demain matin de mes nouvelles par lui. Adieu. Adieu
69. Bruxelles, Dimanche 28 mai 1854, Dorothée de Lieven à François Guizot
Collection : 1854 (1er janvier-21 décembre) : Dorothée, une princesse russe, persona non grata à Paris
Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
69. Bruxelles le 28 mai 1854
Je n’aurai pas de lettre aujour d'hui, cela me désole. Génie ne m’a pas écrit un mot. Vous ne m'avez pas dit non plus où en est mon affaire. Voilà huit jours de perdus pour quelque chose qui peut être réglé dans un quart-d’heure. Cela m'impatiente de ne pas être à Paris pour faire moi-même mes affaires. Puisque j’ai tout accepté, il n’y a pas de quoi lambiner. Je voudrais que ce fut fait et signé cette semaine. Je pars Mardi de l’autre.
Il n’est venu aucune nouvelle. Moi je n’ai pas de lettre, & je n’ai pas de nouvelle invention en tête. Je trouve seulement que tout s'embrouille davantage de jour en jour. Brunnow le trouve plus que moi encore. Il est très frondeur, je serais même étonné que dans cette disposition qui dit être comme chez nous, on lui donnât un poste important. Ah que je m'impatiente de tout. Cette maudite guerre ! Demain Melle Cerini m’arrive. Voyons comment je pourrai m'acclimater à elle ? Adieu. Adieu.
Comme vous êtes loin !
Je n’aurai pas de lettre aujour d'hui, cela me désole. Génie ne m’a pas écrit un mot. Vous ne m'avez pas dit non plus où en est mon affaire. Voilà huit jours de perdus pour quelque chose qui peut être réglé dans un quart-d’heure. Cela m'impatiente de ne pas être à Paris pour faire moi-même mes affaires. Puisque j’ai tout accepté, il n’y a pas de quoi lambiner. Je voudrais que ce fut fait et signé cette semaine. Je pars Mardi de l’autre.
Il n’est venu aucune nouvelle. Moi je n’ai pas de lettre, & je n’ai pas de nouvelle invention en tête. Je trouve seulement que tout s'embrouille davantage de jour en jour. Brunnow le trouve plus que moi encore. Il est très frondeur, je serais même étonné que dans cette disposition qui dit être comme chez nous, on lui donnât un poste important. Ah que je m'impatiente de tout. Cette maudite guerre ! Demain Melle Cerini m’arrive. Voyons comment je pourrai m'acclimater à elle ? Adieu. Adieu.
Comme vous êtes loin !
69. Paris, Dimanche 5 août 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
69 Paris le 5 août 1855
Ah voilà une bonne nouvelle. Quoique l’occasion ne soit triste pour vous, mais quoi. Laisser moi me réjouir beaucoup de vous revoir. Je passerai à votre porte avant 2 heures pour voir si vous y êtes et vous voir un moment. Je vous laisserai à vos affaires Je serai rentrée chez moi entre 4 et 5. Vous viendrez causer et dîner, à moins que vous ne fassiez d’autres arrangements. Nous aurons de quoi parler.
J’ai vu hier Heckern longtemps Il était encore plein de Drouin de Luys, & celui-ci est toujours plein de son affaire. A l’entendre, il a eu raison de se retirer. Greville m'écrit huit pages pour me dire qu’il ne sait rien et qu’il n'y a rien. Et moi aussi je n’ai rien vous le voyez bien. Adieu. Adieu.
Ah voilà une bonne nouvelle. Quoique l’occasion ne soit triste pour vous, mais quoi. Laisser moi me réjouir beaucoup de vous revoir. Je passerai à votre porte avant 2 heures pour voir si vous y êtes et vous voir un moment. Je vous laisserai à vos affaires Je serai rentrée chez moi entre 4 et 5. Vous viendrez causer et dîner, à moins que vous ne fassiez d’autres arrangements. Nous aurons de quoi parler.
J’ai vu hier Heckern longtemps Il était encore plein de Drouin de Luys, & celui-ci est toujours plein de son affaire. A l’entendre, il a eu raison de se retirer. Greville m'écrit huit pages pour me dire qu’il ne sait rien et qu’il n'y a rien. Et moi aussi je n’ai rien vous le voyez bien. Adieu. Adieu.
69. Paris, Mardi 24 octobre 1837, Dorothée de Lieven à François Guizot
Collection : 1837 (13 octobre - 29 octobre)
Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
69. Mardi 24 octobre 9 heures
Je viens de lire votre N° 65. Alors venez le 31 à 7 h. du matin. Cependant n’y faites pas de grand effort. parce que tout est bien dès le 31.
Mon fils m’a quittée hier au soir pour la première fois j’ai répandu des larmes sur cette triste et affreuse affaire, & c’était de voir mon fils, mon pauvre fils placé au milieu de cela, chargé par son père de venir s’assurer si ce que je lui dit est vrai, chargé de dures paroles, chargé de m’emmener fut-ce au détriment de ma santé. Car voilà les ordres. Mon fils lui déclarera qu’après ce que lui a dit le médecin, si j’avais voulu partir il ne se serait pas chargé de m’accompagner. J’ai copié pour vous la longue lettre que j’ai écrite à mon mari. Si sa réponse ne révoque pas les mesures qu’il m’a annoncées, notre correspondance cessera. Mon fils est une excellente créature, pauvre garçon comme il avait le cœur troublé de tout ceci.
Médem l’a chargé de dire à mon mari ceci. : " Si l’on attaque votre mère assurez bien qu’elle grandira beaucoup, & que l’Empereur se sera rabaissé d’autant." Je soupçonne qu’il a déjà fait connaître cette opinion en d’autres lieux. Je vous l’ai dit & je le répète.
Mon esprit est fort tranquille mais mon cœur est bien blessé, et cependant mon cœur est si heureux si joyeux ! Tout sera bien le 31. De ce jour-là je me regarde comme hors de toute atteintes. N’est-ce pas ?
Constantine me parait une bonne affaire rien que parce que le contraire eut été une détestable affaire. On dit qu’il y aura un grand embarras à trouver une honnête administration comme l’était le Gal Dancrémont.
Berryer ne s’attend pas à un grand effort, à peu près ce que vous dites une dizaine de voix peut- être. Les vrais légitimistes ne veulent pas se présenter. Je n’ai pas causé seule avec lui. Il est revenu hier, mais mon fils partait J’avais fermée ma porte.
Maintenant je veux me reposer l’esprit un peu, me livrer sans distraction à la pensée du 31. Manger, dormir, car je n’ai rien fait de tout cela depuis 6 jours. Savez-vous comment j’ai passé la première nuit de l’arrivée de mon fils ? à me promener dans le salon & à jouer du piano. ce que je vous dis Ah que j’aurais à vous conter ! Je n’ai pas encore dormi cette nuit, je suis fatiguée, bien fatiguée. Je vous dirai que je n’aime pas les allées droites. Mais c’est égal, vous en ferez pour avoir de tout. Adieu. Adieu. Jugez de ce que ce sera le 31 !
Je viens de lire votre N° 65. Alors venez le 31 à 7 h. du matin. Cependant n’y faites pas de grand effort. parce que tout est bien dès le 31.
Mon fils m’a quittée hier au soir pour la première fois j’ai répandu des larmes sur cette triste et affreuse affaire, & c’était de voir mon fils, mon pauvre fils placé au milieu de cela, chargé par son père de venir s’assurer si ce que je lui dit est vrai, chargé de dures paroles, chargé de m’emmener fut-ce au détriment de ma santé. Car voilà les ordres. Mon fils lui déclarera qu’après ce que lui a dit le médecin, si j’avais voulu partir il ne se serait pas chargé de m’accompagner. J’ai copié pour vous la longue lettre que j’ai écrite à mon mari. Si sa réponse ne révoque pas les mesures qu’il m’a annoncées, notre correspondance cessera. Mon fils est une excellente créature, pauvre garçon comme il avait le cœur troublé de tout ceci.
Médem l’a chargé de dire à mon mari ceci. : " Si l’on attaque votre mère assurez bien qu’elle grandira beaucoup, & que l’Empereur se sera rabaissé d’autant." Je soupçonne qu’il a déjà fait connaître cette opinion en d’autres lieux. Je vous l’ai dit & je le répète.
Mon esprit est fort tranquille mais mon cœur est bien blessé, et cependant mon cœur est si heureux si joyeux ! Tout sera bien le 31. De ce jour-là je me regarde comme hors de toute atteintes. N’est-ce pas ?
Constantine me parait une bonne affaire rien que parce que le contraire eut été une détestable affaire. On dit qu’il y aura un grand embarras à trouver une honnête administration comme l’était le Gal Dancrémont.
Berryer ne s’attend pas à un grand effort, à peu près ce que vous dites une dizaine de voix peut- être. Les vrais légitimistes ne veulent pas se présenter. Je n’ai pas causé seule avec lui. Il est revenu hier, mais mon fils partait J’avais fermée ma porte.
Maintenant je veux me reposer l’esprit un peu, me livrer sans distraction à la pensée du 31. Manger, dormir, car je n’ai rien fait de tout cela depuis 6 jours. Savez-vous comment j’ai passé la première nuit de l’arrivée de mon fils ? à me promener dans le salon & à jouer du piano. ce que je vous dis Ah que j’aurais à vous conter ! Je n’ai pas encore dormi cette nuit, je suis fatiguée, bien fatiguée. Je vous dirai que je n’aime pas les allées droites. Mais c’est égal, vous en ferez pour avoir de tout. Adieu. Adieu. Jugez de ce que ce sera le 31 !
69. Paris, Mercredi 5 octobre 1853, Dorothée de Lieven à François Guizot
Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
69 Paris le 5 octobre 1853
Nous voici au plus mal. Le Divan a décidé la guerre. la proclamation Le 26 7bre sa paraître, et les flottes seront entrées. Greville qui me mande cela ajoute que cela met à néant toutes les négociations.
La note autrichienne d'Olmentz était très acceptable. On en jugeait ainsi ici. Mais on se croyait sûr que l'Angleterre n'en voudrait pas, dès lors on ne se prononçait pas. Car le parti est pris de faire & dire comme l'Angleterre. Vous voyez les meetings et le ton. C’est devenu général. J’ai vu Morny, très bien toujours et parlant très bien de la dispo sition toujours pacifique de son Empereur. Je n’y crois plus beaucoup, il est dominé par l'Angleterre et ne fera que cette volonté !
Fould qui est venu hier est noir. Il se plaint de toute nos mauvais procédés, et [?] trouver qu’il n’y a plus de quoi nous ménager. Ainsi l'Emp. Nicolas a invité les officiers Français à venir à Varsovie. Je pense que c’est une politesse, on y a répondu par la défense de s’y rendre. Ceci me paraît un bien mauvais symptôme. Les ministres anglais vont délibérer toute la semaine, Lansdowne est parti d'ici détestable. J’imagine que Lord Aberdeen tombera, qu'on rassemblera le Parlement et qu'on nous déclarera la guerre. Tout cela peut être fait d'ici à 3 semaines au plus tard.
Si les Turcs nous attaquent et nous battent vous concevez que nous sommes obligés de prendre une revanche éclatante. Si nous les battons nous en serons plus exigeants. Ainsi là cela doit aller mal. Le conflit est possible malgré la saison & le désavantageux pour les attaquants. Mais on ne peut plus retenir les troupes asiatiques. Elles servent gratuitement, pas un soldat ne veut être payé, et le gouvernement turc ne paye plus un seul employé civil. Tout est consacré à la guerre sainte. Ils sont plus forts numériquement que nous. J’ai la tête abîmée de tout ce que j’entends, et de tout ce que je prévois.
Je suis toujours bien aise que vous ayez écrit à Aberdeen. Mais je crois le mal sans remède. L'Angleterre veut la guerre elle a fait son calcul, & elle y trouvera son profit en définitive. Je n'y vois pas le vôtre. Car la révolution vous dévorera comme elle va dévorer les voisins. Quelle fête pour tous les artisans de troubles, & que les sages de la terre sont fous ! Que d’injustices, que de fautes ! Et moi donc que vais je devenir ? Adieu. Adieu.
P.S. Le grand conseil ayant décidé la guerre abandonne aux ministres Turcs le moment & le mode de la proclamer. Ceci pourrait donner quelque répit. On tiendra un grand Cabinet conseil à Londres après demain vendredi et la reine revient le 18 seulement.
Nous voici au plus mal. Le Divan a décidé la guerre. la proclamation Le 26 7bre sa paraître, et les flottes seront entrées. Greville qui me mande cela ajoute que cela met à néant toutes les négociations.
La note autrichienne d'Olmentz était très acceptable. On en jugeait ainsi ici. Mais on se croyait sûr que l'Angleterre n'en voudrait pas, dès lors on ne se prononçait pas. Car le parti est pris de faire & dire comme l'Angleterre. Vous voyez les meetings et le ton. C’est devenu général. J’ai vu Morny, très bien toujours et parlant très bien de la dispo sition toujours pacifique de son Empereur. Je n’y crois plus beaucoup, il est dominé par l'Angleterre et ne fera que cette volonté !
Fould qui est venu hier est noir. Il se plaint de toute nos mauvais procédés, et [?] trouver qu’il n’y a plus de quoi nous ménager. Ainsi l'Emp. Nicolas a invité les officiers Français à venir à Varsovie. Je pense que c’est une politesse, on y a répondu par la défense de s’y rendre. Ceci me paraît un bien mauvais symptôme. Les ministres anglais vont délibérer toute la semaine, Lansdowne est parti d'ici détestable. J’imagine que Lord Aberdeen tombera, qu'on rassemblera le Parlement et qu'on nous déclarera la guerre. Tout cela peut être fait d'ici à 3 semaines au plus tard.
Si les Turcs nous attaquent et nous battent vous concevez que nous sommes obligés de prendre une revanche éclatante. Si nous les battons nous en serons plus exigeants. Ainsi là cela doit aller mal. Le conflit est possible malgré la saison & le désavantageux pour les attaquants. Mais on ne peut plus retenir les troupes asiatiques. Elles servent gratuitement, pas un soldat ne veut être payé, et le gouvernement turc ne paye plus un seul employé civil. Tout est consacré à la guerre sainte. Ils sont plus forts numériquement que nous. J’ai la tête abîmée de tout ce que j’entends, et de tout ce que je prévois.
Je suis toujours bien aise que vous ayez écrit à Aberdeen. Mais je crois le mal sans remède. L'Angleterre veut la guerre elle a fait son calcul, & elle y trouvera son profit en définitive. Je n'y vois pas le vôtre. Car la révolution vous dévorera comme elle va dévorer les voisins. Quelle fête pour tous les artisans de troubles, & que les sages de la terre sont fous ! Que d’injustices, que de fautes ! Et moi donc que vais je devenir ? Adieu. Adieu.
P.S. Le grand conseil ayant décidé la guerre abandonne aux ministres Turcs le moment & le mode de la proclamer. Ceci pourrait donner quelque répit. On tiendra un grand Cabinet conseil à Londres après demain vendredi et la reine revient le 18 seulement.
69. Val-Richer, Jeudi 26 octobre 1837, François Guizot à Dorothée de Lieven
Collection : 1837 (13 octobre - 29 octobre)
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
N°69. Jeudi 26, 1 heure et demie
Je suis revenu ce matin de Lisieux où j’ai couché. J’y retourne à 4 heures Je fais planter, démeubler, enfermer, emballer. Je ne sais si je viendrai à bout, avant mon départ de faire ce que je veux avoir fait ici. Vous ne savez pas qu’il faut que je regarde à tout, que je sois maître et maîtresse de maison. C’est ennuyeux, et quelques fois plus qu’ennuyeux. Je n’aurai pas ces jours-ci une heure à moi. Notre correspondance s’en ressentira, notre correspondance mon plus vif et plus doux plaisir, ma vie et mon repos, tant que je suis loin de vous ! J’y ai moins de regret ; dans cinq jours, je serai près de vous. Vous avez raison, que de choses possibles dans cinq jours ! Mais il n’en arrivera aucune. Il ne se peut pas qu’un tel bonheur me manque, nous manque.
J’espère que votre indisposition ne se prolongera pas trop. Non, si j’étais là, je ne vous lirais pas les Hindous. Ce n’est pas ce moment. Voilà un mot qui, depuis ce matin, résonne sans cesse dans mes oreilles, et dans mon cœur. Je n’entends que cela, je ne pense qu’à Je reçois le N°71 au moment de monter en voiture pou retourner au Val-Richer. Beaucoup, beaucoup de repos ; un long repos. Êtes-vous aussi malade qu’à Abbeville ? Vous m’écrivez encore dimanche pour lundi. Et puis plus de lettre ! Adieu, adieu. C’est l’avant dernier.
Je suis revenu ce matin de Lisieux où j’ai couché. J’y retourne à 4 heures Je fais planter, démeubler, enfermer, emballer. Je ne sais si je viendrai à bout, avant mon départ de faire ce que je veux avoir fait ici. Vous ne savez pas qu’il faut que je regarde à tout, que je sois maître et maîtresse de maison. C’est ennuyeux, et quelques fois plus qu’ennuyeux. Je n’aurai pas ces jours-ci une heure à moi. Notre correspondance s’en ressentira, notre correspondance mon plus vif et plus doux plaisir, ma vie et mon repos, tant que je suis loin de vous ! J’y ai moins de regret ; dans cinq jours, je serai près de vous. Vous avez raison, que de choses possibles dans cinq jours ! Mais il n’en arrivera aucune. Il ne se peut pas qu’un tel bonheur me manque, nous manque.
J’espère que votre indisposition ne se prolongera pas trop. Non, si j’étais là, je ne vous lirais pas les Hindous. Ce n’est pas ce moment. Voilà un mot qui, depuis ce matin, résonne sans cesse dans mes oreilles, et dans mon cœur. Je n’entends que cela, je ne pense qu’à Je reçois le N°71 au moment de monter en voiture pou retourner au Val-Richer. Beaucoup, beaucoup de repos ; un long repos. Êtes-vous aussi malade qu’à Abbeville ? Vous m’écrivez encore dimanche pour lundi. Et puis plus de lettre ! Adieu, adieu. C’est l’avant dernier.
69. Val-Richer, Lundi 6 août 1855, François Guizot à Dorothée de Lieven
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
69 Val Richer Lundi 6 Août 1855
J’avais bien raison de vous parler de tristes motifs, c’est une lettre que vous aurez demain au lieu de moi. Je suis obligé de retarder ma course à Paris de quelques jours, de quelques jours seulement j’espère. Il faut que j’y aille avec mon fils pour consulter les médecins sur une disposi tion à la surdité qui le tourmente, et me tourmente depuis quelque temps et voilà qu’il a été pris avant hier d’un mal de gorge qui ne sera pas grave, j'espère bien, mais que mon médecin de Lisieux croit devoir traiter avec soin, Guillaume est confiné dans sa chambre, mis au régime, gargarisé. Il n’y a pas à penser à se mettre, en route jusqu'à ce que cette espèce d’angine, soit guérie. Je ne suis plus du tout propre à l’inquiétude sur ceux que j’aime ; elle m'envahit follement. Comment ne pas trembler quand on a longtemps vécu ? Je descends en ce moment de chez mon fils ; il a mieux dormi, sans fièvre ; il en avait eu assez les deux nuits dernières. J'espère tout à fait qu’il sera bientôt débarrassé. Le temps est superbe aujourd’hui ; les maux de gorge doivent de trouver bien de la chaleur. Dieu veuille que la semaine prochaine vaille mieux que celle-ci !
Je suis bien aise que vous ayez Viel Castel pour huit jours. Je ne comprends pas pourquoi, on fait revenir Canrobert. Il l’a peut-être désiré comme caractère, il s'est fait certainement beaucoup d’honneur. J’entends beaucoup parler de vos prisonniers. Le général Bodisco était mon voisin à Evreux. Bizarre résultat de cette guerre le jour où elle finira, nous serons mieux avec nos ennemis qu'avec nos alliés.
Ce serait assez remarquable que Hübner n'allât pas aux grandes fêtes de Paris pour la Reine d'Angleterre. A mon avis, il aurait tort d'être malade ce jour-là. A quoi sert d'avoir de l’esprit si ce n'est à bien porter les situations peu agréables quand on n’a pas pu, ou pas voulu les éviter ?
Onze heures
Votre joie m'attriste. Mais ce n’est qu’un retard. Quand tout va bien dans une famille, il faut trembler. Voilà une lettre de Londres qui me dit que le fils de Sir John Boileau, grièvement blessé le 18, se meurt à Malte. Un enfant de 19 ans ! Adieu, adieu.
J’avais bien raison de vous parler de tristes motifs, c’est une lettre que vous aurez demain au lieu de moi. Je suis obligé de retarder ma course à Paris de quelques jours, de quelques jours seulement j’espère. Il faut que j’y aille avec mon fils pour consulter les médecins sur une disposi tion à la surdité qui le tourmente, et me tourmente depuis quelque temps et voilà qu’il a été pris avant hier d’un mal de gorge qui ne sera pas grave, j'espère bien, mais que mon médecin de Lisieux croit devoir traiter avec soin, Guillaume est confiné dans sa chambre, mis au régime, gargarisé. Il n’y a pas à penser à se mettre, en route jusqu'à ce que cette espèce d’angine, soit guérie. Je ne suis plus du tout propre à l’inquiétude sur ceux que j’aime ; elle m'envahit follement. Comment ne pas trembler quand on a longtemps vécu ? Je descends en ce moment de chez mon fils ; il a mieux dormi, sans fièvre ; il en avait eu assez les deux nuits dernières. J'espère tout à fait qu’il sera bientôt débarrassé. Le temps est superbe aujourd’hui ; les maux de gorge doivent de trouver bien de la chaleur. Dieu veuille que la semaine prochaine vaille mieux que celle-ci !
Je suis bien aise que vous ayez Viel Castel pour huit jours. Je ne comprends pas pourquoi, on fait revenir Canrobert. Il l’a peut-être désiré comme caractère, il s'est fait certainement beaucoup d’honneur. J’entends beaucoup parler de vos prisonniers. Le général Bodisco était mon voisin à Evreux. Bizarre résultat de cette guerre le jour où elle finira, nous serons mieux avec nos ennemis qu'avec nos alliés.
Ce serait assez remarquable que Hübner n'allât pas aux grandes fêtes de Paris pour la Reine d'Angleterre. A mon avis, il aurait tort d'être malade ce jour-là. A quoi sert d'avoir de l’esprit si ce n'est à bien porter les situations peu agréables quand on n’a pas pu, ou pas voulu les éviter ?
Onze heures
Votre joie m'attriste. Mais ce n’est qu’un retard. Quand tout va bien dans une famille, il faut trembler. Voilà une lettre de Londres qui me dit que le fils de Sir John Boileau, grièvement blessé le 18, se meurt à Malte. Un enfant de 19 ans ! Adieu, adieu.
69. Val-Richer, Mardi 16 mai 1854, François Guizot à Dorothée de Lieven
Collection : 1854 (1er janvier-21 décembre) : Dorothée, une princesse russe, persona non grata à Paris
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
69 Val Richer. Mardi 16 Mai 1854
Je doute qu’à Paris, on soit aussi certain du concours de l’Autriche qu'on le dit à Bruxelles. Il me revient qu'en définitive on y compte peu, et qu’on s'en explique vertement. Je reviens toujours à mon dire ; si la guerre se prolonge, elle deviendra révolutionnaire ; Italie, Hongrie, Pologne, tout ce qui est inflammable s'enflammera, et nous recommencerons 1848. Il fallait le concours de tous les grands gouvernements pour contenir la révolution. Votre Empereur a rompu le concours, en persistant à vouloir, faire en Orient bande à part. Il n’y a plus d'Orient ; et pour peu que ceci dure vous verrez que l'Occident et ses questions sont toujours tout.
Je trouve un peu puérile votre persistance à faire tant de distinction entre la France et l'Angleterre ; distinction toujours repoussée. Cela n'a pas beaucoup de dignité, et pas beaucoup plus d'habileté, surtout après la publicité de ces conversations où vous teniez si peu de compte de la France. Dans les pays où le silence règne, on se trompe toujours sur l'effet des actes et des paroles dans les pays où l'on dit tout.
Je suis bien aise que vous ayiez Montebello. Le garderez-vous quelques jours ? Andral a-t-il donné une nouvelle réponse sur Ems ou Spa ? Pure curiosité puisque la bonne résolution était prise. Il est bon que la princesse Kotschoubey soit encore quelques mois avec vous pendant que Mlle de Cerini s'y établira. Elle lui donnera le bon avis. Vous m’avez fait envie avec le bois de la Cambre et le beau soleil. Ici, je ne me promène guère que dans mon jardin. Je ne m’y promènerai pas d'ici au 27. Je pars ce soir pour Paris, par un très vilain temps ; il pleut et il fait froid. Ma fille Pauline va bien. Adieu, Adieu. Je vais faire ma toilette en attendant le facteur.
Midi
Adieu. Votre lettre est curieuse. Je vous écrirai après-demain de Paris. G.
Je doute qu’à Paris, on soit aussi certain du concours de l’Autriche qu'on le dit à Bruxelles. Il me revient qu'en définitive on y compte peu, et qu’on s'en explique vertement. Je reviens toujours à mon dire ; si la guerre se prolonge, elle deviendra révolutionnaire ; Italie, Hongrie, Pologne, tout ce qui est inflammable s'enflammera, et nous recommencerons 1848. Il fallait le concours de tous les grands gouvernements pour contenir la révolution. Votre Empereur a rompu le concours, en persistant à vouloir, faire en Orient bande à part. Il n’y a plus d'Orient ; et pour peu que ceci dure vous verrez que l'Occident et ses questions sont toujours tout.
Je trouve un peu puérile votre persistance à faire tant de distinction entre la France et l'Angleterre ; distinction toujours repoussée. Cela n'a pas beaucoup de dignité, et pas beaucoup plus d'habileté, surtout après la publicité de ces conversations où vous teniez si peu de compte de la France. Dans les pays où le silence règne, on se trompe toujours sur l'effet des actes et des paroles dans les pays où l'on dit tout.
Je suis bien aise que vous ayiez Montebello. Le garderez-vous quelques jours ? Andral a-t-il donné une nouvelle réponse sur Ems ou Spa ? Pure curiosité puisque la bonne résolution était prise. Il est bon que la princesse Kotschoubey soit encore quelques mois avec vous pendant que Mlle de Cerini s'y établira. Elle lui donnera le bon avis. Vous m’avez fait envie avec le bois de la Cambre et le beau soleil. Ici, je ne me promène guère que dans mon jardin. Je ne m’y promènerai pas d'ici au 27. Je pars ce soir pour Paris, par un très vilain temps ; il pleut et il fait froid. Ma fille Pauline va bien. Adieu, Adieu. Je vais faire ma toilette en attendant le facteur.
Midi
Adieu. Votre lettre est curieuse. Je vous écrirai après-demain de Paris. G.
70. Bruxelles, Lundi 29 mai 1854, Dorothée de Lieven à François Guizot
Collection : 1854 (1er janvier-21 décembre) : Dorothée, une princesse russe, persona non grata à Paris
Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
70. Bruxelles le 29 mai 1854
Deux jours sans lettre après avoir reçu comme testament un petit chiffon de papier. Tout cela est naturel, mais c’est triste.
Je ne sais rien. Nous attendons la reddition de Silistrie. J'en voudrais d’autres encore, autant de gages de plus pour la négociation de la paix. Nous serons plus faciles. Au reste ce n’est plus pour qui nous faisons les difficultés. Elles viendront de l'Angleterre. On me dit qu'il y a quelqu'un de bien plus affamé que moi de la paix, c’est l’Autriche et les connaisseurs ajoutent qu’elle se conduit habilement. Je ne suis pas juge, c’est bien confus & complexe.
Il va se faire en Angleterre un changement qui vexe beaucoup la cour. Un ministre de la guerre, c.a.d. ce département rentrant dans le domaine du parlement. Adieu les plaisirs et les profits de l’arbitraire & de la fantaisie. Le prince Albert ne gouvernera plus cela.
On a trouvé l'armée anglaise si rouillée, la vieille routine, pour accostement tenu & & cela comparé à l'allure vive & leste de votre soldat faisant un contraste si fâcheux qu’on est décidé à changer tout cela.
Palmerston sera Ministre de la guerre, cela lui revient très naturellement. Mais je répète c’est un gros, échec à la cour, à la personne du Prince, et à l’autorité de la Couronne. Pas un mot de mon bail. Pas un mot de personne. Adieu. Adieu.
Deux jours sans lettre après avoir reçu comme testament un petit chiffon de papier. Tout cela est naturel, mais c’est triste.
Je ne sais rien. Nous attendons la reddition de Silistrie. J'en voudrais d’autres encore, autant de gages de plus pour la négociation de la paix. Nous serons plus faciles. Au reste ce n’est plus pour qui nous faisons les difficultés. Elles viendront de l'Angleterre. On me dit qu'il y a quelqu'un de bien plus affamé que moi de la paix, c’est l’Autriche et les connaisseurs ajoutent qu’elle se conduit habilement. Je ne suis pas juge, c’est bien confus & complexe.
Il va se faire en Angleterre un changement qui vexe beaucoup la cour. Un ministre de la guerre, c.a.d. ce département rentrant dans le domaine du parlement. Adieu les plaisirs et les profits de l’arbitraire & de la fantaisie. Le prince Albert ne gouvernera plus cela.
On a trouvé l'armée anglaise si rouillée, la vieille routine, pour accostement tenu & & cela comparé à l'allure vive & leste de votre soldat faisant un contraste si fâcheux qu’on est décidé à changer tout cela.
Palmerston sera Ministre de la guerre, cela lui revient très naturellement. Mais je répète c’est un gros, échec à la cour, à la personne du Prince, et à l’autorité de la Couronne. Pas un mot de mon bail. Pas un mot de personne. Adieu. Adieu.
70. Paris, Jeudi 18 mai 1854, François Guizot à Dorothée de Lieven
Collection : 1854 (1er janvier-21 décembre) : Dorothée, une princesse russe, persona non grata à Paris
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
70 (je ne me souviens pas bien) Paris, Jeudi 18 mai 1854
J’ai vu assez de monde hier, Broglie, Duchâtel, Sacy, Mallac, Mornay, & Je trouve tout, les faits et les esprits, exactement dans le même état. Le gouvernement redouble ses efforts pour la guerre, les envois de troupes, de matériel, les préparatifs des camps de St Omer et de Marseille. On croit qu’il va demander au Corps législatif une sorte de pouvoir discrétionnaire en fait d'emprunts dans l’intervalle des sessions. Il l'aura et il en usera. Un nouvel emprunt est indispensable, et assez prochain. C'est dans cette vue qu’on prend tant de peine pour soutenir la Bourse ; on m’a très bien expliqué les moyens ; je ne vous les répèterai pas ; ils sont efficaces en ce moment et le seront quelque temps, pas bien longtemps, mais assez probablement pour que le nouvel emprunt se fasse passablement, sauf à avoir plus tard une baisse générale dont les badauds payeront les frais. Le public se préoccupe peu de la guerre et il en souffre peu.
Morny dit vrai ; les affaires reprennent assez. Il se trouve, à l'épreuve que le commerce avec la Russie est peu important pour la France et pour l'Angleterre. Les progrès de la consommation à l’intérieur et du commerce général rendent ce vide spécial peu sensible.
Quant à la politique de la guerre, personne n'y pense ; personne ne s'inquiète de savoir si Baraguey d'Hilliers sera ou non remplacé. L'Empereur est parfaitement le maître de prendre Lord Stratford pour ambassadeur, et s'il est content de ses services, le public sera content aussi. Les journaux Anglais ont publié de grands détails (et piquants) sur la querelle de Baraguey d'Hilliers avec Reschid et Redcliffe. Il y a eu défense absolue aux journaux Français d'en traduire un seul mot. Baraguey a eu tous ses défauts et quelque fierté. Pour Redcliffe, tous les défauts sont aujourd’hui des qualités.
Je suppose que vous savez tous les détails sur M. Lazareff et la visite de sa femme à M. de Persigny pour le remercier. " Mon mari était assez mal en cour ; vous lui avez rendu un grand service, en le mettant à Mazas ; il aura enfin un trône qu’il désire depuis longtemps sans pouvoir l'obtenir. " J’ai demandé si ce serait [?] André.
Je ne vous ai pas parlé du général Osten Sacken et de la lettre qui lui a été adressée par ménagement pour votre goût du pouvoir absolu. Car on a tort de s'en prendre à votre Empereur en personne pour ces bévues hautaines ; c’est de sa situation qu'elles viennent. La pouvoir absolu y est condamné, et tôt ou tard, les plus grands génies y tombent. Quand on est très puissant, il faut être, à chaque instant, averti et contenu pour ne pas devenir fou à lier, ou à faire rire.
Vous savez probablement que Mad. de Bauffremont est retrouvée ! Elle s’est rendue d'elle-même au couvent des Augustines pour y réfléchir, dit-elle, sur sa situation. Elle a tout bonnement erré dans les environs de Paris, presque sans se cacher. On se moque un peu de la police.
Thouvenel avait et aurait encore envie d'aller à Constantinople. Son chef ne veut pas. Ils sont de plus en plus mal ensemble. Le chef a besoin de l'intérieur, et craint que, si l'inférieur devenait ambassadeur, il ne devint bientôt ministre. Je ne vois pas pourquoi, si l'Empereur voulait faire Thouvenel ministre, il prendrait la peine de le faire passer par Constantinople. Je ne verrai probablement pas Mlle de Cerini.
Si j’ai un moment, je ferai une visite à Mad. Sebach que je prierai de lui redire ce que vous me dites. Je vais m'occuper de Rothschild. Il est bien juif ; mais la chose est très claire. Il vous demande 12 000 fr. de loyer, et une somme de 12 000 fr pour faire remettre l’appartement tout-à-fait en état, comme quand on change de locataire. Il y a à redire sur ceci. Par malheur Génie ne sera ici que dans quatre jours. Adieu, Adieu. G.
J’ai vu assez de monde hier, Broglie, Duchâtel, Sacy, Mallac, Mornay, & Je trouve tout, les faits et les esprits, exactement dans le même état. Le gouvernement redouble ses efforts pour la guerre, les envois de troupes, de matériel, les préparatifs des camps de St Omer et de Marseille. On croit qu’il va demander au Corps législatif une sorte de pouvoir discrétionnaire en fait d'emprunts dans l’intervalle des sessions. Il l'aura et il en usera. Un nouvel emprunt est indispensable, et assez prochain. C'est dans cette vue qu’on prend tant de peine pour soutenir la Bourse ; on m’a très bien expliqué les moyens ; je ne vous les répèterai pas ; ils sont efficaces en ce moment et le seront quelque temps, pas bien longtemps, mais assez probablement pour que le nouvel emprunt se fasse passablement, sauf à avoir plus tard une baisse générale dont les badauds payeront les frais. Le public se préoccupe peu de la guerre et il en souffre peu.
Morny dit vrai ; les affaires reprennent assez. Il se trouve, à l'épreuve que le commerce avec la Russie est peu important pour la France et pour l'Angleterre. Les progrès de la consommation à l’intérieur et du commerce général rendent ce vide spécial peu sensible.
Quant à la politique de la guerre, personne n'y pense ; personne ne s'inquiète de savoir si Baraguey d'Hilliers sera ou non remplacé. L'Empereur est parfaitement le maître de prendre Lord Stratford pour ambassadeur, et s'il est content de ses services, le public sera content aussi. Les journaux Anglais ont publié de grands détails (et piquants) sur la querelle de Baraguey d'Hilliers avec Reschid et Redcliffe. Il y a eu défense absolue aux journaux Français d'en traduire un seul mot. Baraguey a eu tous ses défauts et quelque fierté. Pour Redcliffe, tous les défauts sont aujourd’hui des qualités.
Je suppose que vous savez tous les détails sur M. Lazareff et la visite de sa femme à M. de Persigny pour le remercier. " Mon mari était assez mal en cour ; vous lui avez rendu un grand service, en le mettant à Mazas ; il aura enfin un trône qu’il désire depuis longtemps sans pouvoir l'obtenir. " J’ai demandé si ce serait [?] André.
Je ne vous ai pas parlé du général Osten Sacken et de la lettre qui lui a été adressée par ménagement pour votre goût du pouvoir absolu. Car on a tort de s'en prendre à votre Empereur en personne pour ces bévues hautaines ; c’est de sa situation qu'elles viennent. La pouvoir absolu y est condamné, et tôt ou tard, les plus grands génies y tombent. Quand on est très puissant, il faut être, à chaque instant, averti et contenu pour ne pas devenir fou à lier, ou à faire rire.
Vous savez probablement que Mad. de Bauffremont est retrouvée ! Elle s’est rendue d'elle-même au couvent des Augustines pour y réfléchir, dit-elle, sur sa situation. Elle a tout bonnement erré dans les environs de Paris, presque sans se cacher. On se moque un peu de la police.
Thouvenel avait et aurait encore envie d'aller à Constantinople. Son chef ne veut pas. Ils sont de plus en plus mal ensemble. Le chef a besoin de l'intérieur, et craint que, si l'inférieur devenait ambassadeur, il ne devint bientôt ministre. Je ne vois pas pourquoi, si l'Empereur voulait faire Thouvenel ministre, il prendrait la peine de le faire passer par Constantinople. Je ne verrai probablement pas Mlle de Cerini.
Si j’ai un moment, je ferai une visite à Mad. Sebach que je prierai de lui redire ce que vous me dites. Je vais m'occuper de Rothschild. Il est bien juif ; mais la chose est très claire. Il vous demande 12 000 fr. de loyer, et une somme de 12 000 fr pour faire remettre l’appartement tout-à-fait en état, comme quand on change de locataire. Il y a à redire sur ceci. Par malheur Génie ne sera ici que dans quatre jours. Adieu, Adieu. G.
70. Paris, Mardi 7 août 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
70 Paris le 7 août 1855
Ah voilà de la tristesse. Vous ne venez pas, & vous êtes inquiet de votre fils. J'espère, que votre lettre demain sera meilleure bonne. Je vous assure que je ne penserai qu’à lui jusque là. J'ai eu une fameuse frayeur avant hier. On est venu me dire que Morny était tué par Changarnier. C'était sûr. La bourse, les chemins de fer en dégringolade. qu' est ce que cela me faisait mais Morny, Morny. J’ai courru moi-même aux enquêtes, j’ai été rassurée mais jusqu'à ce que je le fus j’ai été je vous réponds bien tourmentée, et j'en suis encore un peu malade. Toute frayeur ou émotion se porte chez moi sur les entrailles. Vous ne sauriez croire la sensation qu’avait produite cette fausse nouvelle.
Il n’y en a point d’autre au reste. On ne s'occupe que de l’arrivée de la reine. L’Empereur reçoit demain les prisonniers russes. Sebach, les lui présente. Je viens de voir un moment Baroldinguen. Il arrive de Stuttgard. Il regrette bien que son roi ne vienne pas, et le roi le regrette aussi. Et moi aussi. Il pouvait ressortir du bien de cette visite. Adieu. Adieu. Donnez-moi de bonnes nouvelles. demain, & faites bien mes. amitiés à votre malade.
Ah voilà de la tristesse. Vous ne venez pas, & vous êtes inquiet de votre fils. J'espère, que votre lettre demain sera meilleure bonne. Je vous assure que je ne penserai qu’à lui jusque là. J'ai eu une fameuse frayeur avant hier. On est venu me dire que Morny était tué par Changarnier. C'était sûr. La bourse, les chemins de fer en dégringolade. qu' est ce que cela me faisait mais Morny, Morny. J’ai courru moi-même aux enquêtes, j’ai été rassurée mais jusqu'à ce que je le fus j’ai été je vous réponds bien tourmentée, et j'en suis encore un peu malade. Toute frayeur ou émotion se porte chez moi sur les entrailles. Vous ne sauriez croire la sensation qu’avait produite cette fausse nouvelle.
Il n’y en a point d’autre au reste. On ne s'occupe que de l’arrivée de la reine. L’Empereur reçoit demain les prisonniers russes. Sebach, les lui présente. Je viens de voir un moment Baroldinguen. Il arrive de Stuttgard. Il regrette bien que son roi ne vienne pas, et le roi le regrette aussi. Et moi aussi. Il pouvait ressortir du bien de cette visite. Adieu. Adieu. Donnez-moi de bonnes nouvelles. demain, & faites bien mes. amitiés à votre malade.
70. Paris, Mercredi 25 octobre 1837, Dorothée de Lieven à François Guizot
Collection : 1837 (13 octobre - 29 octobre)
Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
70. 9 heures Mercredi 25 octobre
J’ai passé une journée assez calme hier, mais vers le soir je me suis sentie fort indisposée, & aujourd’hui Je le suis beaucoup. Je resterai couchée comme je l’étais après le Jardin des plantes. Ah, si vous étiez ici ! Quelles bonnes & longues causeries. Vous me feriez quelques lectures. Je suis bien avide de vos Hindous. Non, je crois qu’ils me feraient du mal dans ce moment-ci mais je veux cependant faire leur connaissance.
Voici votre lettre. Quel plaisir de penser que vous emballez, ne trouvez-vous pas difficile de vous figurer, que depuis le 31 nous n’aurons plus de jours à compter, que tous les jours seront les mêmes, toujours beaux, toujours charmants. est-il bien vrai que nous saurons heureux à ce point ? Je tremble en pensant qu’il y a encore 6 jours. Il peut arriver tant de choses ! Et aujourd’hui que je suis malade ; il me semble aussi que je puis mourir. Non, je ne mourrai pas, je vous reverrai, n’est-ce pas ?
Mon journal a langui, vous ne savez plus comment je passe mes journées. Il faut que j’y revienne. Hier le bois de Boulogne deux heures avec Emilie, et puis une longue séance avec lady Granville, à laquelle j’ai rendu compte de tout ce qui s’est passé avec mon fils. Elle a tremblé d’abord, et puis nous avons fini par rire. Et je crois que je vous ferai rire aussi. & je crois que je vous ferai rire aussi. Dîner seule avec Marie. Le soir Pozzo mon Ambassadeur, son grand frère, les Schoonburg, les Stockelberg, lord Granville, M. Sneyd, M. Thorn (aujourd’hui chargé d’affaire d’Autriche) M. de amoureux de la petite princesse.
à onze heures je me suis couchée. La nuit a été mauvaise. L’agitation du séjour de mon fils subsiste, c’est à elle que je dois sans doute mon indisposition d’aujourd’hui. Il faudra bien du repos. Et comme avec du repos on ne se donne ni appétit, ni sommeil, il n’y a pas de quoi reprendre ; impossible d’engraisser. Je vois bien qu’il faut attendre ce que fera un bonheur réglé, bien établi, sans nuage. Car le vent du Nord, ni celui du midi ; ne pouvant plus troubler ma vie. C’est vous qui en êtes chargé J’aurai dans dix jours des réponses de mon mari. Il part pour l’Italie et dans 6 semaines des réponses de Moscou. C’est vous qui lirez tout cela le premier, et vous me direz ce que vous aurez lu. Je ne vous ai rien expliqué de la mission de mon fils parce que c’est trop long. Je ne vous ai mandé que l’essentiel l’ordre de me ramener à Genève. Vous serez étonné du reste, mais je n’ai ni le temps de l’écrire ni vous de le lire Pahlen redouble pour moi les Granville aussi.
J’écris longuement à mon fils aîné, je lui fais le récit détaillé de tout. & j’y ajoute toutes les peines. Il faut qu’il soit instruit de tout. Mon mari semble le désirer, ce qui me prouve qu’il songe à pousser les choses plus loin. Je suis en vérité fort fatiguée de tout cela, et bientôt, j’en serai très ennuyée. à vous je conterai encore cette bizarre histoire car je vous réponds qu’elle est bizarre, & puis je n’en parlerai plus jusqu’au jour du dénoue ment.
Hier en voiture il m’a pris un de ces moments auxquels je ne sais pas donner de nom. Que je ne peux pas, que je ne veux pas expliquer. De ces moments où je rêve tout ce qui ne peut jamais être, où je m’enivre de nos rêves. Où ma vue & ma raison s’égarent. Que faisiez vous dans ce moment. Ah venez trouver ces moments auprès de moi ! Est-ce que je vous ai trop dit ? Qu’est-ce que je vous ai dit ? Ce moment est revenu. Mais je vous ai dit que je suis souffrante sans doute du délire. Adieu. Adieu. ah le 31 ! Adieu.
J’ai passé une journée assez calme hier, mais vers le soir je me suis sentie fort indisposée, & aujourd’hui Je le suis beaucoup. Je resterai couchée comme je l’étais après le Jardin des plantes. Ah, si vous étiez ici ! Quelles bonnes & longues causeries. Vous me feriez quelques lectures. Je suis bien avide de vos Hindous. Non, je crois qu’ils me feraient du mal dans ce moment-ci mais je veux cependant faire leur connaissance.
Voici votre lettre. Quel plaisir de penser que vous emballez, ne trouvez-vous pas difficile de vous figurer, que depuis le 31 nous n’aurons plus de jours à compter, que tous les jours seront les mêmes, toujours beaux, toujours charmants. est-il bien vrai que nous saurons heureux à ce point ? Je tremble en pensant qu’il y a encore 6 jours. Il peut arriver tant de choses ! Et aujourd’hui que je suis malade ; il me semble aussi que je puis mourir. Non, je ne mourrai pas, je vous reverrai, n’est-ce pas ?
Mon journal a langui, vous ne savez plus comment je passe mes journées. Il faut que j’y revienne. Hier le bois de Boulogne deux heures avec Emilie, et puis une longue séance avec lady Granville, à laquelle j’ai rendu compte de tout ce qui s’est passé avec mon fils. Elle a tremblé d’abord, et puis nous avons fini par rire. Et je crois que je vous ferai rire aussi. & je crois que je vous ferai rire aussi. Dîner seule avec Marie. Le soir Pozzo mon Ambassadeur, son grand frère, les Schoonburg, les Stockelberg, lord Granville, M. Sneyd, M. Thorn (aujourd’hui chargé d’affaire d’Autriche) M. de amoureux de la petite princesse.
à onze heures je me suis couchée. La nuit a été mauvaise. L’agitation du séjour de mon fils subsiste, c’est à elle que je dois sans doute mon indisposition d’aujourd’hui. Il faudra bien du repos. Et comme avec du repos on ne se donne ni appétit, ni sommeil, il n’y a pas de quoi reprendre ; impossible d’engraisser. Je vois bien qu’il faut attendre ce que fera un bonheur réglé, bien établi, sans nuage. Car le vent du Nord, ni celui du midi ; ne pouvant plus troubler ma vie. C’est vous qui en êtes chargé J’aurai dans dix jours des réponses de mon mari. Il part pour l’Italie et dans 6 semaines des réponses de Moscou. C’est vous qui lirez tout cela le premier, et vous me direz ce que vous aurez lu. Je ne vous ai rien expliqué de la mission de mon fils parce que c’est trop long. Je ne vous ai mandé que l’essentiel l’ordre de me ramener à Genève. Vous serez étonné du reste, mais je n’ai ni le temps de l’écrire ni vous de le lire Pahlen redouble pour moi les Granville aussi.
J’écris longuement à mon fils aîné, je lui fais le récit détaillé de tout. & j’y ajoute toutes les peines. Il faut qu’il soit instruit de tout. Mon mari semble le désirer, ce qui me prouve qu’il songe à pousser les choses plus loin. Je suis en vérité fort fatiguée de tout cela, et bientôt, j’en serai très ennuyée. à vous je conterai encore cette bizarre histoire car je vous réponds qu’elle est bizarre, & puis je n’en parlerai plus jusqu’au jour du dénoue ment.
Hier en voiture il m’a pris un de ces moments auxquels je ne sais pas donner de nom. Que je ne peux pas, que je ne veux pas expliquer. De ces moments où je rêve tout ce qui ne peut jamais être, où je m’enivre de nos rêves. Où ma vue & ma raison s’égarent. Que faisiez vous dans ce moment. Ah venez trouver ces moments auprès de moi ! Est-ce que je vous ai trop dit ? Qu’est-ce que je vous ai dit ? Ce moment est revenu. Mais je vous ai dit que je suis souffrante sans doute du délire. Adieu. Adieu. ah le 31 ! Adieu.
70. Paris, Vendredi 7 octobre 1853, Dorothée de Lieven à François Guizot
Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
70. Paris Vendredi 7 octobre 1853
Je regrette que vous ne disiez rien à Lord Aberdeen, mais vos raisons sont bonnes. Seulement quelques grandes vérités bien frappées lui auraient peut-être donné courage. Enfin, tout est malheureux dans cette malheureuse affaire. Le projet de note d’Olmentz n’a pas été accueilli à Londres. On ne négocie donc plus, et on attend la bataille. Le déclaration de guerre des Turcs n’a pas parue encore. Elle ne peut pas tarder. C’est toujours de cela que dépend l’entrée des flottes.
Vous enverrez dit on 30 m hommes à Constantinople et huit mille de plus à Rome. Aujourd’hui meeting à la taverne de Londres, et réunion aussi de tout le Cabinet anglais. Les Anglais de toutes les classes sont très montés contre nous, je doute cependant que la guerre soit populaire ici. Elle ne l’est pas du tout. Tout à l'heure une lettre de Greville. On croit que les Turcs se seront arrêtés devant la dernière proposition d’Olmentz, cependant on doute, mais la déclaration de guerre n’est pas faite encore. Le conseil de Cabinet à Londres aujour d’hui sera décisif pour L. Aberdeen, il est possible qu'il se retire. Voilà à peu près la lettre de Greville. Le Times d’hier 6 est assez bon, plus disposé à ce qu'on négocie encore. Adieu. Adieu.
Je regrette que vous ne disiez rien à Lord Aberdeen, mais vos raisons sont bonnes. Seulement quelques grandes vérités bien frappées lui auraient peut-être donné courage. Enfin, tout est malheureux dans cette malheureuse affaire. Le projet de note d’Olmentz n’a pas été accueilli à Londres. On ne négocie donc plus, et on attend la bataille. Le déclaration de guerre des Turcs n’a pas parue encore. Elle ne peut pas tarder. C’est toujours de cela que dépend l’entrée des flottes.
Vous enverrez dit on 30 m hommes à Constantinople et huit mille de plus à Rome. Aujourd’hui meeting à la taverne de Londres, et réunion aussi de tout le Cabinet anglais. Les Anglais de toutes les classes sont très montés contre nous, je doute cependant que la guerre soit populaire ici. Elle ne l’est pas du tout. Tout à l'heure une lettre de Greville. On croit que les Turcs se seront arrêtés devant la dernière proposition d’Olmentz, cependant on doute, mais la déclaration de guerre n’est pas faite encore. Le conseil de Cabinet à Londres aujour d’hui sera décisif pour L. Aberdeen, il est possible qu'il se retire. Voilà à peu près la lettre de Greville. Le Times d’hier 6 est assez bon, plus disposé à ce qu'on négocie encore. Adieu. Adieu.
70. Val-Richer, Mardi 7 août 1855, François Guizot à Dorothée de Lieven
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
70 Val Richer, Mardi 7 août 1855
Mauvais jour. Je devais vous voir ce matin ; au lieu de cela, je vous écris et je n'aurai point de lettre de vous. J'espère du reste de plus en plus que le retard ne sera pas long et que la semaine prochaine tiendra ce qu’avait promis celle-ci. Mon fils va mieux. Son médecin m'a dit hier que, dans trois, ou quatre jours, sa gorge serait rentrée dans son état normal. Le temps d’hier était excellent ; ce matin, il pleut. Je suis bien fâché que vous vous plaignez de la chaleur ; moi, je trouve qu’elle me manque et je la regrette.
On annonce de nouveau de grandes opérations contre Sébastopol. Toujours recommencer pour ne jamais finir. J’ai à écrire aujourd’hui à cette pauvre mère, Lady Catherine Boileau, dont le fils était mourant, tout-à-fait mourant, à Malte. Il a été blessé le même jour et de la même manière que le jeune Roger ; jours également de ses blessures, la balle extraite, il meurt de souffrance et d’épuisement. Il a à Londres, un père et deux frères ; je ne comprends pas que pas un des trois ne soit parti sur le champ pour aller l'aider à guérir ou à mourir. De toutes les vanités de ce monde il n’y en a qu’une à laquelle je ne me résigne pas ; c’est celle des affections.
10 heures
Mon facteur vient de bonne heure aujour d’hui précisément parce qu’il ne m’apporte rien. Je trouve singulier que la police autrichienne refuse en Lombardie, les passeports pour la France. Je ne vois rien de plus dans les journaux. Comme de raison, je ne parle à personne de la disposition de mon fils à la surdité. Elle tient évidemment à l'état de sa gorge ; il entend déjà mieux ce matin. Mais il faut absolument que les médecins y regardent à fond et prescrivent quelque chose. Adieu et adieu. G
Mauvais jour. Je devais vous voir ce matin ; au lieu de cela, je vous écris et je n'aurai point de lettre de vous. J'espère du reste de plus en plus que le retard ne sera pas long et que la semaine prochaine tiendra ce qu’avait promis celle-ci. Mon fils va mieux. Son médecin m'a dit hier que, dans trois, ou quatre jours, sa gorge serait rentrée dans son état normal. Le temps d’hier était excellent ; ce matin, il pleut. Je suis bien fâché que vous vous plaignez de la chaleur ; moi, je trouve qu’elle me manque et je la regrette.
On annonce de nouveau de grandes opérations contre Sébastopol. Toujours recommencer pour ne jamais finir. J’ai à écrire aujourd’hui à cette pauvre mère, Lady Catherine Boileau, dont le fils était mourant, tout-à-fait mourant, à Malte. Il a été blessé le même jour et de la même manière que le jeune Roger ; jours également de ses blessures, la balle extraite, il meurt de souffrance et d’épuisement. Il a à Londres, un père et deux frères ; je ne comprends pas que pas un des trois ne soit parti sur le champ pour aller l'aider à guérir ou à mourir. De toutes les vanités de ce monde il n’y en a qu’une à laquelle je ne me résigne pas ; c’est celle des affections.
10 heures
Mon facteur vient de bonne heure aujour d’hui précisément parce qu’il ne m’apporte rien. Je trouve singulier que la police autrichienne refuse en Lombardie, les passeports pour la France. Je ne vois rien de plus dans les journaux. Comme de raison, je ne parle à personne de la disposition de mon fils à la surdité. Elle tient évidemment à l'état de sa gorge ; il entend déjà mieux ce matin. Mais il faut absolument que les médecins y regardent à fond et prescrivent quelque chose. Adieu et adieu. G
70. Val-Richer, Vendredi 27 octobre 1837, François Guizot à Dorothée de Lieven
Collection : 1837 (13 octobre - 29 octobre)
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
N°70. Vendredi 27. 2 heures
J’aimerais mieux vous voir que vous savoir faible. Je vous l’ai déjà dit une fois : je crois à la puissance de l’affection pour soulager, même physiquement. N’y eut-il que du mal à partager et ce qui est bien pis, à regarder sans le partager, j’y voudrais encore être. Il faut toujours y être. J’y serai mardi. Ce jour-là j’espère, votre mal sera passé, et pour votre mal je ne vous serai bon à rien. Ce jour là ! Tous les jours qui suivront ce jour-là ! Il y a des joies comme des peines, dont je ne sais pas, dont je ne veux pas parler. Il est impossible de ne pas mépriser la parole quand on la met à côté.
Je comprends que M. Molé soit constant. Constantine, après les deux mariages, cela fait trois bonnes fortunes. Je suis bien aise qu’il soit de bonne humeur. Je n’ai pas l’intention d’être de mauvaise humeur. Il n’y a évidemment, en ce moment, point de question ministérielle, et je ne connais rien de si ridicule que d’en vouloir faire où il n’y en a pas. Il n’y a que des positions à garder ou à prendre, et de nouvelles preuves à faire chaque jour. C’est là mon seul dessein. L’occasion, je crois, ne manquera pas. La Chambre future, si je ne me trompe, ne se donnera à personne. Il faudra la prendre. Nous causerons aussi de tout cela, mais après, bien après. Du reste, il me semble que nous aurons du temps pour tout.
Je reçois ce matin une lettre de Mad. de Dino qui me presse de nouveau pour Rochecotte. Elle y sera établie le 7 ou 8 novembre. Je n’ai pas besoin de vous dire que je n’irai pas. Je lui répondrai demain. Je n’ai du reste nul embarras à n’y pas aller. Je lui avais dit que peut-être en retournant à Paris, il me serait possible de passer de son côté. Mais les élections me rappellent. ll faut que j’aille directement ; et puis que je mette fin à mes courses de cet été. J’en ai tant fait ! Les bonnes raisons ne manquent jamais.
La Duchesse de Broglie m’écrit aussi pour se plaindre un peu que je n’aille pas, avec tous les miens, passer quinze jours à Broglie. Elle y va le 6 novembre jusqu’à l’ouverture de la session. Je la trouverai encore à Péris. J’en suis bien aise. Voilà bien des braves gens qui se sont fait tuer. J’espère que le général, Perregaux guérira. C’est un officier très distingué, un homme d’esprit et d’esprit assez haut, bien plus d’esprit que le général Danrémont qu’il aimait beaucoup. Je connais tous ceux dont je viens de lire le nom dans le bulletin. Chagrin à part, c’est une étrange impression que d’apprendre qu’un homme qu’on a beaucoup vu, qu’on n’a vu et su que plein de vie, a cessé tout à coup de vivre. On a grand peine à y croire. Je ne sais pas si l’Afrique nous servira jamais à grand chose ; mais je suis bien aise que l’esprit militaire conserve quelque part un aliment et un théâtre. Je l’honore beaucoup. Il y a des vertus qui se perdraient en ce monde si la guerre en disparaissait.
Vous voyez bien qu’il faut que je ne vous écrive plus. Je n’y ai plus le cœur. Encore un mot Dimanche et puis ! Adieu. Je repars dans deux heures pour aller dîner à Lisieux. Adieu. Adieu. Lisieux, Samedi 8 heures. Vous auriez dû avoir vendredi, à 11 heures, ma lettre par M. Génie. Vous l’aurez eue à 6 heures. Adieu. Adieu. Comment pouvez-vous imaginer que j’ai regret à quitter la campagne ? Quand j’aimerais extrêmement la campagne, je n’y penserai pas seulement une minute aujourd’hui. Adieu.
J’aimerais mieux vous voir que vous savoir faible. Je vous l’ai déjà dit une fois : je crois à la puissance de l’affection pour soulager, même physiquement. N’y eut-il que du mal à partager et ce qui est bien pis, à regarder sans le partager, j’y voudrais encore être. Il faut toujours y être. J’y serai mardi. Ce jour-là j’espère, votre mal sera passé, et pour votre mal je ne vous serai bon à rien. Ce jour là ! Tous les jours qui suivront ce jour-là ! Il y a des joies comme des peines, dont je ne sais pas, dont je ne veux pas parler. Il est impossible de ne pas mépriser la parole quand on la met à côté.
Je comprends que M. Molé soit constant. Constantine, après les deux mariages, cela fait trois bonnes fortunes. Je suis bien aise qu’il soit de bonne humeur. Je n’ai pas l’intention d’être de mauvaise humeur. Il n’y a évidemment, en ce moment, point de question ministérielle, et je ne connais rien de si ridicule que d’en vouloir faire où il n’y en a pas. Il n’y a que des positions à garder ou à prendre, et de nouvelles preuves à faire chaque jour. C’est là mon seul dessein. L’occasion, je crois, ne manquera pas. La Chambre future, si je ne me trompe, ne se donnera à personne. Il faudra la prendre. Nous causerons aussi de tout cela, mais après, bien après. Du reste, il me semble que nous aurons du temps pour tout.
Je reçois ce matin une lettre de Mad. de Dino qui me presse de nouveau pour Rochecotte. Elle y sera établie le 7 ou 8 novembre. Je n’ai pas besoin de vous dire que je n’irai pas. Je lui répondrai demain. Je n’ai du reste nul embarras à n’y pas aller. Je lui avais dit que peut-être en retournant à Paris, il me serait possible de passer de son côté. Mais les élections me rappellent. ll faut que j’aille directement ; et puis que je mette fin à mes courses de cet été. J’en ai tant fait ! Les bonnes raisons ne manquent jamais.
La Duchesse de Broglie m’écrit aussi pour se plaindre un peu que je n’aille pas, avec tous les miens, passer quinze jours à Broglie. Elle y va le 6 novembre jusqu’à l’ouverture de la session. Je la trouverai encore à Péris. J’en suis bien aise. Voilà bien des braves gens qui se sont fait tuer. J’espère que le général, Perregaux guérira. C’est un officier très distingué, un homme d’esprit et d’esprit assez haut, bien plus d’esprit que le général Danrémont qu’il aimait beaucoup. Je connais tous ceux dont je viens de lire le nom dans le bulletin. Chagrin à part, c’est une étrange impression que d’apprendre qu’un homme qu’on a beaucoup vu, qu’on n’a vu et su que plein de vie, a cessé tout à coup de vivre. On a grand peine à y croire. Je ne sais pas si l’Afrique nous servira jamais à grand chose ; mais je suis bien aise que l’esprit militaire conserve quelque part un aliment et un théâtre. Je l’honore beaucoup. Il y a des vertus qui se perdraient en ce monde si la guerre en disparaissait.
Vous voyez bien qu’il faut que je ne vous écrive plus. Je n’y ai plus le cœur. Encore un mot Dimanche et puis ! Adieu. Je repars dans deux heures pour aller dîner à Lisieux. Adieu. Adieu. Lisieux, Samedi 8 heures. Vous auriez dû avoir vendredi, à 11 heures, ma lettre par M. Génie. Vous l’aurez eue à 6 heures. Adieu. Adieu. Comment pouvez-vous imaginer que j’ai regret à quitter la campagne ? Quand j’aimerais extrêmement la campagne, je n’y penserai pas seulement une minute aujourd’hui. Adieu.
71. Bruxelles, Mardi 30 mai 1854, Dorothée de Lieven à François Guizot
Collection : 1854 (1er janvier-21 décembre) : Dorothée, une princesse russe, persona non grata à Paris
Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
71 Bruxelles le 30 mai 1854
Melle Cerini m’est arrivée hier saine et sauve. Et aujourd’hui j’ai eu votre premier mot du Val Richer. Nous ne sommes guère avancés ici, ici pour la guerre ni pour la paix. Tout ce que vous & d’autres me disent me fait regarder celle-ci comme désespérée. Quand je pense à notre joie le 5 avril, jour de votre départ ! 24 heures d’illusion ! Que vais-je donc devenir si cela dure ? Pas un Russe ne peut rentrer en France pas plus qu’un Français en Russie.
En attendant je me tracasse de ne pas entendre parler de mon bail. Grande bêtise, je ne reverrai peut-être Paris jamais, mais je veux garder mon nid. Vos troupes vont donc garnir Athènes. Rome, Athènes, Constantinople ! Certainement votre Empereur fait très bien ses affaires et nous ne l'y avons pas mal aidé.
Mes habitués commencent à se chagriner de mon prochain départ. Je vais faire vide ici comme à Paris. à quoi cela est-il bon, je n’y ai pas le plus petit plaisir de vanité. Je n’ai plaisir à rien. La guerre m’a complètement démoralisée.
Pas de Montebello, ni de ses nouvelles. Vous verrez qu'il arrivera lorsque je serai partie. Tout va de travers. Je n’ai point de lettre. Constantin me néglige fort. Nous nous querellons un peu. Il est vraiment un peu ... bête. Adieu. Adieu. Hélène parle souvent de vous. Olga est devenue ma grande favorite. Elle m’accompagne à la Cambre & me divertit fort. Très exaltée & spirituelle, et si jolie. Vous savez comme j’ai le culte de la beauté. Adieu
Melle Cerini m’est arrivée hier saine et sauve. Et aujourd’hui j’ai eu votre premier mot du Val Richer. Nous ne sommes guère avancés ici, ici pour la guerre ni pour la paix. Tout ce que vous & d’autres me disent me fait regarder celle-ci comme désespérée. Quand je pense à notre joie le 5 avril, jour de votre départ ! 24 heures d’illusion ! Que vais-je donc devenir si cela dure ? Pas un Russe ne peut rentrer en France pas plus qu’un Français en Russie.
En attendant je me tracasse de ne pas entendre parler de mon bail. Grande bêtise, je ne reverrai peut-être Paris jamais, mais je veux garder mon nid. Vos troupes vont donc garnir Athènes. Rome, Athènes, Constantinople ! Certainement votre Empereur fait très bien ses affaires et nous ne l'y avons pas mal aidé.
Mes habitués commencent à se chagriner de mon prochain départ. Je vais faire vide ici comme à Paris. à quoi cela est-il bon, je n’y ai pas le plus petit plaisir de vanité. Je n’ai plaisir à rien. La guerre m’a complètement démoralisée.
Pas de Montebello, ni de ses nouvelles. Vous verrez qu'il arrivera lorsque je serai partie. Tout va de travers. Je n’ai point de lettre. Constantin me néglige fort. Nous nous querellons un peu. Il est vraiment un peu ... bête. Adieu. Adieu. Hélène parle souvent de vous. Olga est devenue ma grande favorite. Elle m’accompagne à la Cambre & me divertit fort. Très exaltée & spirituelle, et si jolie. Vous savez comme j’ai le culte de la beauté. Adieu
71. Lisieux, Samedi 28 octobre 1837, François Guizot à Dorothée de Lieven
Collection : 1837 (13 octobre - 29 octobre)
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
N°71. Lisieux. Samedi.
Enfin ! Je laisse ce dernier mot à Lisieux. il sera mis à la poste demain. Vous l’aurez lundi. Je ne puis plus rien dire. C’est bien ennuyeux en effet que vous ne puissiez fermer votre porte mardi soir. Mais il ne le faut pas. Vous avez raison. J’y serai à 8h. 1/4. Je me soignerai d’ici là comme si je vous soignais. Je ne veux pas d’accident. Adieu. Adieu. Quel adieu !
Enfin ! Je laisse ce dernier mot à Lisieux. il sera mis à la poste demain. Vous l’aurez lundi. Je ne puis plus rien dire. C’est bien ennuyeux en effet que vous ne puissiez fermer votre porte mardi soir. Mais il ne le faut pas. Vous avez raison. J’y serai à 8h. 1/4. Je me soignerai d’ici là comme si je vous soignais. Je ne veux pas d’accident. Adieu. Adieu. Quel adieu !
71. Paris, Dimanche 9 octobre 1853, Dorothée de Lieven à François Guizot
Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
71 Paris dimanche 9 8bre 1853
Je crois vous avoir dit que l’Angleterre repousse la note d'Olmentz et jette au feu toutes les notes & tous les projets passés. Il faut donc recommencer à nouveau, ou plutôt on ne fera rien. Voilà la guerre déclarée, selon les Débats de ce matin. Je le crois tout à fait. Meyendorff dit qu'on pas ne se battra, et qu'on ne peut pas se battre, & pas plus en Asie qu’en Europe. On est très pacifique chez nous, mais cela ne sert pas à grand chose. Radcliffe veut la guerre, & il est tout puissant. Vous n'avez pas idée de tout ce qu'il fait et dit là. Meyendorff me le raconte sur deux longues pages. Quelle malédiction que cet homme ! Ici le langage depuis deux jours est beaucoup plus doux, mais cela tourne comme la girouette. La cour va le 12 à Compiègne. les Cowley, les Hatzfeld, [?] y sont priés. Ni Kisseleff ni Hubner ne le sont. Rotschild pour 3 jours. Morny cela va sans dire pour tout le séjour. Je le vois beaucoup. Il est triste naturellement.
Midi. [Greville] mande de Londres. que les Ministres se sont trouvés en parfait accord dans le conseil, qu'on a résolu de défendre & protéger les Turcs mais de ne faire dans ce but que le stricte nécessaire ; de conserver toujours le caractère de médiateur pour arriver à un arrangement avant la guerre, ou pour en arrêter les progrès si elle commençait donc point de modification dans le ministère. Adieu. Adieu.
Je crois vous avoir dit que l’Angleterre repousse la note d'Olmentz et jette au feu toutes les notes & tous les projets passés. Il faut donc recommencer à nouveau, ou plutôt on ne fera rien. Voilà la guerre déclarée, selon les Débats de ce matin. Je le crois tout à fait. Meyendorff dit qu'on pas ne se battra, et qu'on ne peut pas se battre, & pas plus en Asie qu’en Europe. On est très pacifique chez nous, mais cela ne sert pas à grand chose. Radcliffe veut la guerre, & il est tout puissant. Vous n'avez pas idée de tout ce qu'il fait et dit là. Meyendorff me le raconte sur deux longues pages. Quelle malédiction que cet homme ! Ici le langage depuis deux jours est beaucoup plus doux, mais cela tourne comme la girouette. La cour va le 12 à Compiègne. les Cowley, les Hatzfeld, [?] y sont priés. Ni Kisseleff ni Hubner ne le sont. Rotschild pour 3 jours. Morny cela va sans dire pour tout le séjour. Je le vois beaucoup. Il est triste naturellement.
Midi. [Greville] mande de Londres. que les Ministres se sont trouvés en parfait accord dans le conseil, qu'on a résolu de défendre & protéger les Turcs mais de ne faire dans ce but que le stricte nécessaire ; de conserver toujours le caractère de médiateur pour arriver à un arrangement avant la guerre, ou pour en arrêter les progrès si elle commençait donc point de modification dans le ministère. Adieu. Adieu.
71. Paris, Jeudi 26 octobre 1837, Dorothée de Lieven à François Guizot
Collection : 1837 (13 octobre - 29 octobre)
Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
71. Jeudi le 26 octobre 9 heures
Je voudrais bien commencer ma lettre aujourd’hui par le même mot qui se trouve en tête du billet sans N°. Je trouve étrange de ne pas pouvoir vous appeler comme il me plaît. Votre lettre ce matin m’inspire des sentiments de révolte. Elle est si bonne, si tendre. J’attends avec une ardente impatience ce que vous me promettez par M. de Grouchy. Je suis malade beaucoup plus que je ne l’ai été de longtemps. Je ne m’en étonne pas toutes les agitations que j’ai eu ont été bien mauvaises pour moi, & il arrive un moment où il faut faire ses comptes. Je suis bien aise au reste de vous épargner le spectacle de ma faiblesse. Vous ne sauriez croire comme je suis faible. Je ne puis pas bouger. ainsi mon cabinet, notre cabinet, me parait un grand voyage à faire aujourd’hui. Je crois qu’il faudra que le médecin s’en mêle parce que je crains de perdre trop des forces.
M. de Pahlen est venu hier matin, auprès du canapé vert où j’étais étendue tout du long. Après lui le prince Paul de Wurtemberg qui m’a essayé. Le soir M. de Pahlen encore, M. de Médem, de Brignoles, Sir R. Adair, le Prince Schonberg & M. Molé. Celui-ci a survécu à tous les autres & nous somme restés seuls de 11 à minuit. C’était peut-être trop pour une malade. J’étais couchée sur le divan de la petite Princesse. Il m’a semblé que M. Molé avait connaissance de la menace de mon mari. Il a pu le savoir par la poste. Il m’a dit d’étrange choses sur le redoublement de rage dans certain quartier septentrionnal. C’est absolument de la folie. Ici il est en parfait contentement de tout. Il est adouci pour tous, & il croit que tous le sont pour lui aussi. Le Roi ne touche pas terre. Enfin, je n’ai jamais vu plus de vraie satisfaction.
J’aime votre mélèze qui se retourne & qui va vers vous. Vous aurez du plaisir à aller à lui l’année prochaine. Si nous y pouvions aller ensemble ! Ah combien nous avons, & combien il nous manque ! Le 31 il nous semblera qu’il ne nous manque rien. Mais je crains d’avoir plus de joie que de force pour la supporter. Adieu. Adieu, mes pensées, mon cœur, tout est à vous, à vous pour la vie.
Je voudrais bien commencer ma lettre aujourd’hui par le même mot qui se trouve en tête du billet sans N°. Je trouve étrange de ne pas pouvoir vous appeler comme il me plaît. Votre lettre ce matin m’inspire des sentiments de révolte. Elle est si bonne, si tendre. J’attends avec une ardente impatience ce que vous me promettez par M. de Grouchy. Je suis malade beaucoup plus que je ne l’ai été de longtemps. Je ne m’en étonne pas toutes les agitations que j’ai eu ont été bien mauvaises pour moi, & il arrive un moment où il faut faire ses comptes. Je suis bien aise au reste de vous épargner le spectacle de ma faiblesse. Vous ne sauriez croire comme je suis faible. Je ne puis pas bouger. ainsi mon cabinet, notre cabinet, me parait un grand voyage à faire aujourd’hui. Je crois qu’il faudra que le médecin s’en mêle parce que je crains de perdre trop des forces.
M. de Pahlen est venu hier matin, auprès du canapé vert où j’étais étendue tout du long. Après lui le prince Paul de Wurtemberg qui m’a essayé. Le soir M. de Pahlen encore, M. de Médem, de Brignoles, Sir R. Adair, le Prince Schonberg & M. Molé. Celui-ci a survécu à tous les autres & nous somme restés seuls de 11 à minuit. C’était peut-être trop pour une malade. J’étais couchée sur le divan de la petite Princesse. Il m’a semblé que M. Molé avait connaissance de la menace de mon mari. Il a pu le savoir par la poste. Il m’a dit d’étrange choses sur le redoublement de rage dans certain quartier septentrionnal. C’est absolument de la folie. Ici il est en parfait contentement de tout. Il est adouci pour tous, & il croit que tous le sont pour lui aussi. Le Roi ne touche pas terre. Enfin, je n’ai jamais vu plus de vraie satisfaction.
J’aime votre mélèze qui se retourne & qui va vers vous. Vous aurez du plaisir à aller à lui l’année prochaine. Si nous y pouvions aller ensemble ! Ah combien nous avons, & combien il nous manque ! Le 31 il nous semblera qu’il ne nous manque rien. Mais je crains d’avoir plus de joie que de force pour la supporter. Adieu. Adieu, mes pensées, mon cœur, tout est à vous, à vous pour la vie.
71. Paris, Mercredi 8 août 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
71 Paris le 8 août 1855
Il me semble que vous avez l'air rassuré, & je le suis avec vous. J’avais dit à Duchâtel la surdité, il la savait. Ainsi ne m’accusez pas, d’ailleurs je ne vois pas bien l'inconvénient de le dire. Un mal passager. Qu’est-ce que cela fait ? Cependant puisque vous le voulez je vais me taire.
Molé m'écrit hier. Il s'annonce pour Lundi. Il a eu une singulière distraction en m'écrivant il désir ardemment Mallakoff, Sevastapol. Je ne lui rappelerai pas cela. Il n’aimerait pas passer pour un étourdi.
J’ai vu hier au soir Van de Wayer. Il y avait du monde, je n’ai pas pu causer. La seule chose qu'il m’ait dit c’est ce que dit tout le monde. L'Angleterre enragée, pour la guerre, parce qu’elle n’en sent pas les charges. Une dissolution enverrait une chambre encore un peu plus acharnée.
Dumon est revenu. Il dit qu’on accepte la guerre, on ne se plaint pas, on est assez content de tout. La disposition générale est bonne. Voilà. Pas de nouvelle. La grossesse de l’Empéra trice parait se confirmer. Adieu. Adieu.
Il me semble que vous avez l'air rassuré, & je le suis avec vous. J’avais dit à Duchâtel la surdité, il la savait. Ainsi ne m’accusez pas, d’ailleurs je ne vois pas bien l'inconvénient de le dire. Un mal passager. Qu’est-ce que cela fait ? Cependant puisque vous le voulez je vais me taire.
Molé m'écrit hier. Il s'annonce pour Lundi. Il a eu une singulière distraction en m'écrivant il désir ardemment Mallakoff, Sevastapol. Je ne lui rappelerai pas cela. Il n’aimerait pas passer pour un étourdi.
J’ai vu hier au soir Van de Wayer. Il y avait du monde, je n’ai pas pu causer. La seule chose qu'il m’ait dit c’est ce que dit tout le monde. L'Angleterre enragée, pour la guerre, parce qu’elle n’en sent pas les charges. Une dissolution enverrait une chambre encore un peu plus acharnée.
Dumon est revenu. Il dit qu’on accepte la guerre, on ne se plaint pas, on est assez content de tout. La disposition générale est bonne. Voilà. Pas de nouvelle. La grossesse de l’Empéra trice parait se confirmer. Adieu. Adieu.
71. Paris, Vendredi 19 mai 1854, François Guizot à Dorothée de Lieven
Collection : 1854 (1er janvier-21 décembre) : Dorothée, une princesse russe, persona non grata à Paris
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
71 Paris, Vendredi 19 mai 1854
L’Académie a occupé hier ma journée. Nous avons fait ce que nous voulions. Je croyais à 20 voix pour l'évêque d'Orléans et à 22 pour M. de Sacy. Ils en ont eu chacun une de moins. Ce sont deux choix très dignes, à la place de MM. Tissot et Jay.
Je repartirais pour la Val Richer, si je n'avais encore Vendredi prochain une élection à l'Académie des Inscriptions. Celle-ci sera plus disputée. Le Ministre de l’instruction publique, M. Fortoul, se met sur les rangs. et il a des chances. Quoiqu’il ait contre lui, dit-on, la princesse Mathilde. M. de Nieuwkerke soutient vivement le concurrent de M. Fortoul, qui est son second dans l'administration du Musée.
Les fureurs du Times contre le Roi de Prusse sont de bien mauvais exemples. Les purs révolutionnaires ne diraient pas mieux. C'est aussi absurde que choquant la convention Austro Prussienne est bien plus occidentale que Russe, et ce n’est pas au moment où elle vient de la signer que la Prusse s'éloignerait de cette politique. Je trouve cette convention très sensée. Les deux puissances s'y engagent dans la mesure qui convient à chacune d'elles, et il y a là des moyens de négociation et des chances de paix. Pourvu que la vigueur de l’exécution réponde à la sagesse de l’intention. C'est par l’exécution surtout que la politique pêche aujourd’hui, on fait ce qu’on ne voulait pas faire ; on va où l’on ne voulait pas aller. Par imprévoyance et par faiblesse quotidienne, à chaque moment où il faut passer de l’intention, à l'action.
Ici, on se dit content de la Convention, et je crois qu’on l'est. Il y a de la confiance et du mouvement ascendant dans la situation plutôt que de l’inquiétude, et du déclin. Toujours quelque agitation autour de M. de Persigny ; il était en querelle dernièrement avec ses chefs de service, surtout avec le principal, M. Frémy. Il a, comme de raison, gagné cette petite bataille et congédié, M. Frémy. On répète aussi que M. Drouyn de Lhuys est fort ébranlé. Je ne crois à aucun de ces bruits. Lord Cowley n’est pas encore revenu de Londres. J’ai vu hier tout notre monde à l'Académie, Molé, Noailles, Montalembert, Barante & quand je suis arrivé, j’ai trouvé Thiers assis à côté de ma place : " On dit que je vous ai pris votre place, m'a-t-il dit. - Non, mais vous me l’avez fait prendre par M. de Barante à qui vous avez pris la sienne. " Il s'est reculé d’une chaise, et je me suis assis entre Barante et lui. Nous avons causé aussi amicalement qu'insignifiamment et nous avons voté ensemble.
Montalembert est tranquille et de bonne humeur. Tout le monde dit qu'après le départ du Corps législatif, son procès tombera dans l’eau. Noailles me demandait d'aller dîner dimanche chez lui, mais j’ai promis à Mad. Mollien. Hier chez Mad. Lenormant, aujourd’hui chez Mad. de Staël et lundi chez Duchâtel qui part mardi.
Une heure
Je n'ai pas de lettre aujourd’hui. Adieu, Adieu. G.
L’Académie a occupé hier ma journée. Nous avons fait ce que nous voulions. Je croyais à 20 voix pour l'évêque d'Orléans et à 22 pour M. de Sacy. Ils en ont eu chacun une de moins. Ce sont deux choix très dignes, à la place de MM. Tissot et Jay.
Je repartirais pour la Val Richer, si je n'avais encore Vendredi prochain une élection à l'Académie des Inscriptions. Celle-ci sera plus disputée. Le Ministre de l’instruction publique, M. Fortoul, se met sur les rangs. et il a des chances. Quoiqu’il ait contre lui, dit-on, la princesse Mathilde. M. de Nieuwkerke soutient vivement le concurrent de M. Fortoul, qui est son second dans l'administration du Musée.
Les fureurs du Times contre le Roi de Prusse sont de bien mauvais exemples. Les purs révolutionnaires ne diraient pas mieux. C'est aussi absurde que choquant la convention Austro Prussienne est bien plus occidentale que Russe, et ce n’est pas au moment où elle vient de la signer que la Prusse s'éloignerait de cette politique. Je trouve cette convention très sensée. Les deux puissances s'y engagent dans la mesure qui convient à chacune d'elles, et il y a là des moyens de négociation et des chances de paix. Pourvu que la vigueur de l’exécution réponde à la sagesse de l’intention. C'est par l’exécution surtout que la politique pêche aujourd’hui, on fait ce qu’on ne voulait pas faire ; on va où l’on ne voulait pas aller. Par imprévoyance et par faiblesse quotidienne, à chaque moment où il faut passer de l’intention, à l'action.
Ici, on se dit content de la Convention, et je crois qu’on l'est. Il y a de la confiance et du mouvement ascendant dans la situation plutôt que de l’inquiétude, et du déclin. Toujours quelque agitation autour de M. de Persigny ; il était en querelle dernièrement avec ses chefs de service, surtout avec le principal, M. Frémy. Il a, comme de raison, gagné cette petite bataille et congédié, M. Frémy. On répète aussi que M. Drouyn de Lhuys est fort ébranlé. Je ne crois à aucun de ces bruits. Lord Cowley n’est pas encore revenu de Londres. J’ai vu hier tout notre monde à l'Académie, Molé, Noailles, Montalembert, Barante & quand je suis arrivé, j’ai trouvé Thiers assis à côté de ma place : " On dit que je vous ai pris votre place, m'a-t-il dit. - Non, mais vous me l’avez fait prendre par M. de Barante à qui vous avez pris la sienne. " Il s'est reculé d’une chaise, et je me suis assis entre Barante et lui. Nous avons causé aussi amicalement qu'insignifiamment et nous avons voté ensemble.
Montalembert est tranquille et de bonne humeur. Tout le monde dit qu'après le départ du Corps législatif, son procès tombera dans l’eau. Noailles me demandait d'aller dîner dimanche chez lui, mais j’ai promis à Mad. Mollien. Hier chez Mad. Lenormant, aujourd’hui chez Mad. de Staël et lundi chez Duchâtel qui part mardi.
Une heure
Je n'ai pas de lettre aujourd’hui. Adieu, Adieu. G.
71. Val-Richer, Mercredi 8 août 1855, François Guizot à Dorothée de Lieven
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
71 Val Richer Mercredi 6 Août 1855
Mon fils va de mieux en mieux ; son médecin doit revenir demain pour examiner où en est sa gorge, et j’espère tout à fait que, dans les premiers jours de la semaine prochaine, je pourrai le conduire à Paris pour faire examiner. à fond, l'état de ses oreilles et ce qu’il y faut faire. Déjà, depuis que sa gorge va mieux, il entend mieux. Il est fort ennuyé et un peu attristé et moi très préoccupé de cette fâcheuse disposition. J’espère tout-à-fait pour lundi ou mardi ; mais je ne veux pas dire plus que j’espère. J’ai été trop contrarié du retard.
Le Times est toujours bien violent contre les amis de la paix. Evidemment le succès du dernier emprunt en France a échauffé les têtes en Angleterre. On se complait dans cette démonstration de puissance facile, et féconde. Chez nous, on s'y complait aussi, mais sans en être plus animé à la guerre ; seulement on la supporte aisément.
Que signifie ce petit article de la Presse. annonçant que des nouvelles surprenantes arriveront bientôt, et qu’il est question de lever le siège de Sébastopol ? Avez-vous remarqué un article de la Patrie qui traite fort mal le Roi de Naples ? Mon ami Gladstone n'aurait pas mieux dit. C'est probablement vrai. On est sans doute mécontent du Roi et de ses mesures de douane quant aux approvisionnements de notre armée. Ce n'est guère que par là qu’il peut nuire ou servir.
Savez-vous si Duchâtel, les concours de son fils une fois passés, ira faire en Angleterre un petit voyage, comme il en avait le projet ? Ce n’est pas la peine de lui écrire pour le lui demander ; soyez assez bonne pour me dire ce qu’il vous en dira.
Onze heures
J’espère que vous ne vous serez pas ressentie trop longtemps de votre frayeur. Je suis charmé qu’elle soit passée. C'eût été aussi absurde que triste. Adieu, Adieu.
Mon fils va de mieux en mieux ; son médecin doit revenir demain pour examiner où en est sa gorge, et j’espère tout à fait que, dans les premiers jours de la semaine prochaine, je pourrai le conduire à Paris pour faire examiner. à fond, l'état de ses oreilles et ce qu’il y faut faire. Déjà, depuis que sa gorge va mieux, il entend mieux. Il est fort ennuyé et un peu attristé et moi très préoccupé de cette fâcheuse disposition. J’espère tout-à-fait pour lundi ou mardi ; mais je ne veux pas dire plus que j’espère. J’ai été trop contrarié du retard.
Le Times est toujours bien violent contre les amis de la paix. Evidemment le succès du dernier emprunt en France a échauffé les têtes en Angleterre. On se complait dans cette démonstration de puissance facile, et féconde. Chez nous, on s'y complait aussi, mais sans en être plus animé à la guerre ; seulement on la supporte aisément.
Que signifie ce petit article de la Presse. annonçant que des nouvelles surprenantes arriveront bientôt, et qu’il est question de lever le siège de Sébastopol ? Avez-vous remarqué un article de la Patrie qui traite fort mal le Roi de Naples ? Mon ami Gladstone n'aurait pas mieux dit. C'est probablement vrai. On est sans doute mécontent du Roi et de ses mesures de douane quant aux approvisionnements de notre armée. Ce n'est guère que par là qu’il peut nuire ou servir.
Savez-vous si Duchâtel, les concours de son fils une fois passés, ira faire en Angleterre un petit voyage, comme il en avait le projet ? Ce n’est pas la peine de lui écrire pour le lui demander ; soyez assez bonne pour me dire ce qu’il vous en dira.
Onze heures
J’espère que vous ne vous serez pas ressentie trop longtemps de votre frayeur. Je suis charmé qu’elle soit passée. C'eût été aussi absurde que triste. Adieu, Adieu.
72. Bruxelles, Mercredi 31 mai 1854, Dorothée de Lieven à François Guizot
Collection : 1854 (1er janvier-21 décembre) : Dorothée, une princesse russe, persona non grata à Paris
Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
72. Bruxelles le 31 Mai 1854
Pas de lettre aujourd’hui. Ni de vous, ni de personne. Si cela doit prendre ce train là je serai vraiment bien malheureuse, et pour commencer je ne vous enverrai pas ceci. D’ailleurs je n'ai rien à vous dire. Il n'y a rien absolument rien.
Le 1 Juin. Aujourd’hui deux lettres. A la bonne heure. Il y a toujours tant d’esprit & de good sense dans ce que vous me dites. J'en envoie quelques extraits aujourd’hui au roi de Prusse connaisseur et amateur.
On dit beaucoup que l’armée turque à la Turquie elle même sont dans un état déplorable et l’on doute beaucoup que de ce côté-là on puisse rien entreprendre contre nous cette année. On dit aussi que les querelles d’ambassadeurs à Constantinople ont eu quelque chose dans les Camps. Je ne sais jusqu'à quel point ceci est vrai. On mande de Paris que le camps de St Omer ne sera pris que le 15 juillet, & qu’il ne se composera que de 50 m hommes.
J'ai remis mon départ à mercredi le 7. Génie m’a enfin envoyé le bail, mais avec soumission. C’est trop ennuyeux d’avoir à discuter article par article par lettre. J’aime mieux perdre quelque chose et en avoir fini.
Pas un mot d'Angleterre. Les courses d'Epsom absorbent. On me dit (Ly Allice) que les d'Aumale voient beaucoup de monde. Ils sont tout-à-fait. lancés. Adieu. Adieu. Et Adieu.
Je crois que Cerini me plaira.
Pas de lettre aujourd’hui. Ni de vous, ni de personne. Si cela doit prendre ce train là je serai vraiment bien malheureuse, et pour commencer je ne vous enverrai pas ceci. D’ailleurs je n'ai rien à vous dire. Il n'y a rien absolument rien.
Le 1 Juin. Aujourd’hui deux lettres. A la bonne heure. Il y a toujours tant d’esprit & de good sense dans ce que vous me dites. J'en envoie quelques extraits aujourd’hui au roi de Prusse connaisseur et amateur.
On dit beaucoup que l’armée turque à la Turquie elle même sont dans un état déplorable et l’on doute beaucoup que de ce côté-là on puisse rien entreprendre contre nous cette année. On dit aussi que les querelles d’ambassadeurs à Constantinople ont eu quelque chose dans les Camps. Je ne sais jusqu'à quel point ceci est vrai. On mande de Paris que le camps de St Omer ne sera pris que le 15 juillet, & qu’il ne se composera que de 50 m hommes.
J'ai remis mon départ à mercredi le 7. Génie m’a enfin envoyé le bail, mais avec soumission. C’est trop ennuyeux d’avoir à discuter article par article par lettre. J’aime mieux perdre quelque chose et en avoir fini.
Pas un mot d'Angleterre. Les courses d'Epsom absorbent. On me dit (Ly Allice) que les d'Aumale voient beaucoup de monde. Ils sont tout-à-fait. lancés. Adieu. Adieu. Et Adieu.
Je crois que Cerini me plaira.
