Guizot épistolier

François Guizot épistolier :
Les correspondances académiques, politiques et diplomatiques d’un acteur du XIXe siècle

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Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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396 Londres, Mardi 16 juin 1840
3 heures

Vous êtes partie ce matin. Vous marchez en ce moment vers moi. Vous arriverez à Douvres peu après cette lettre. C’est ridicule d’y envoyer un morceau de papier au lieu d’y aller moi-même. Je désire bien vivement que vous arriviez à Londres vendredi, pas tard. Voici pourquoi. Je suis obligé d’aller samedi, par le railroad, déjeuner à Southampton, à un grand banquet donné pour célébrer le chemin de fer de Paris à Rouen. Dire à quel point ceci me déplait c’est impossible. J’avais tant pensé à ce samedi ! Mais il n’y a pas eu moyen de s’y refuser. J’ai négocié ce chemin de fer. Je l’ai fait réussir. C’est la jonction de Londres et de Paris. Le Duc de Sussex y va. Lord Palmerston y va. On tient essentiellement à m’avoir. Je reviendrai le jour même dîner à Londres, chez Sir John Hobhouse et je trouverai bien un moment pour vous voir, entre mon retour et le dîner, ou après le dîner. Mais samedi n’en sera par moins un pauvre jour. Qu’au moins je vous voie bien le vendredi. Je reviendrai de Windsor après le déjeuner. Et puis Dimanche commencera une serie de jours...
Je ne veux pas les qualifier. N’arrivez par trop fatiguée. Le temps est beau. J’épie le soleil. J’épie le vent. Je les interroge. Jusqu’ici, je suis content. Où arrivez-vous ? Vous devriez bien me le dire demain. Car enfin, vous le savez. Vous m’écrirez de Boulogne ou de Douvres.
Adieu. Je ne peux pas, je ne veux pas vous parler d’autre chose, Adieu J’adresse ceci au Ship Inn. Il me semble que vous ne pouvez manquer de l’y recevoir.

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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208. Paris, Vendredi 5 Juillet 1839
Midi

Je me suis levé tard ce matin. Je dormais. Je dors assez mal, je ne sais pourquoi, car je me porte bien. Je pense beaucoup la nuit et le jour. J’ai rarement vécu aussi seul. Le monde que je vois ne rompt pas ma solitude. Le Duc de Broglie est tenu toute la journée à la Chambre des Pairs. Nous ne voyons guère qu'en dînant ensemble. Plus je suis seul, plus je vis avec vous seule. Mais je passe décidément à la présence réelle. Il n’y a que cela de vrai. Le procès ennuie tout le monde, juges et accusés. Les Pairs déclarent qu’ils n'en veulent plus de semblable. Les accusés sauf un seul ont l’attitude de gens qui ne recommenceront pas. C'est l’impression générale. Les avocats eux-mêmes sont polis. Cela finira dans huit jours. Il en reste encore près de 200 en prison. On en mettra quelques uns en liberté. Les autres attendront jusqu'au mois de novembre, au plus tard encore, pour être jugés, je ne sais pas bien par qui. Je ne suis pas aussi convaincu que tout le monde que cette échauffourée-ci soit la dernière ; mais certainement c'est une folie, en déclin. Le Chancelier aussi est en grand Déclin out le monde en est frappé. Je n’ai pas encore été dîner à Châtenay. Cela ne me plaît pas.
Madame de Boigne va mieux. Je suis très ennuyé que vos Affaires de Pétersbourg ne marchent pas plus vite, et bien aise que votre fils Paul soit si réservé. Donc il croit sa cause mauvaise. Dans cet état des choses, il me paraît impossible que les lettres de Madame de Nesselrode. Ne vous fassent pas faire un pas. Mais il y a bien des pas à faire avant que vous soyez au terme. Vous avez beaucoup d'expérience des personnes, aucune des choses. Elles sont toutes lentes, difficiles, embrouillées. Elles ne vont que lorsqu'une volonté, active et obstinée s'en mêle. Et cette volonté pour vous. Je ne la vois pas à Pétersbourg. Il y a des Abymes de la bienveillance à la volonté. Je suis donc tourmenté, et pourtant je voudrais que vous le fussiez un peu moins. Je vous voudrais moins confiante et moins impatiente. Si vous vous laissiez complètement gouverner par moi, que vous vous en trouveriez bien !
Mon discours devient très populaire. Tout le monde s’y range. Mais tout le monde est persuadé que je veux être Ministre des Affaires étrangères, et que je n’ai parlé que pour cela. J’admire tout ce qu’on suppose et tout ce qu’on ignore en fait d’intentions. J'ai dîné hier chez le Ministre de l’instruction publique avec trente personnes que vous ne connaissez pas et M. d’Arnim qui m’a demandé de vos nouvelles. De là chez le Ministre de l’Intérieur. Peu de monde partout. Je n’ai trouvé à causer chez M. Duchâtel, qu'avec un officier de marine, homme d’esprit, autrefois aide de camp de l'amiral Rigny, le capitaine Leray. Je l’ai emmené dans un coin, et j'en ai extrait tout ce qu’il a vu de l'Orient. Nous croyons de plus en plus à la sagesse du Pacha. Mais si le Sultan lui déclare une guerre à mort, l’embarras peut commencer.
La Chambre a abrégé hier la session de huit jours. Elle a décidé qu’elle ne s’occuperait pas cette année de la loi des sucres. Votre protégé M. Dufaure, n'a pas de succès dans la discussion des chemins de fer. Plusieurs de ses projets seront rejetés et il ne les défend pas bien. Vous savez surement que Lady Granville ne va pas à Kitzingen. Elle parlait de Dieppe, du Havre. Je crois qu'elle n'ira nulle part, & que Constantinople les retiendra à Paris. Nous sommes très contents de l'Angleterre, et elle de nous. Je suis charmé que Bulwer revienne à Paris. Il a vraiment de l’esprit. On dit qu'il en a eu trop quelquefois jusqu'à la fièvre. Est-ce vrai ? Adieu. Je vais à la Chambre. Que m'importe à présent que La Terrasse soit sur mon chemin ? G.

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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Auteuil Mercredi 26 juin 1844,
9 heures

Je commence à vous écrire d’ici, ne sachant quel temps j’aurai à Paris. Je vais à Neuilly tout de suite après déjeuner. De là au Conseil chez le Maréchal. De là à la Chambre, où l’on discutera aujourd’hui le chemin du Nord. Il faut que j'y sois. Vous n’avez pas d’idée de la passion qu'on met à ces chemins de fer. Boulogne était au désespoir. Calais l'emportait. Aujourd’hui Boulogne est dans la joie sans que Calais se désole. Les deux villes auront chacune son chemin. Qu’est-ce que cela vous fait ? Mais on m'en parle tant que j'en rabache un peu.
Vous prenez plus d’intérêt au Hoheit des Ducs de Saxe. Quelque chance leur vient à Francfort. Le parti pris de la France et de l'Angleterre embarrasse. La Prusse a toujours beaucoup d'humeur. L’Autriche est plus douce. On attend le retour du Roi de Saxe pour négocier, par son intermédiaire. On finira par un remaniement Général de toutes les titulatures allemandes et le hoheit des Cobourg passera dans la foule des changements. Mais l’affaire sera longue. Voilà ce qu’on dit à Francfort. A Darmstadt, on ne croit pas l'Empereur content de son voyage en Angleterre. à Biherich, on comptait sur sa visite. Le Duc et toute sa cour ont passé une journée entière à l'attendre en gala. A Florence, on a pris pour huit jours le deuil du comte de Marne.
A Barcelone, les bains réuississent à la petite Reine. Bresson m'écrit : " Sa mère me disait, il y a un quart d'heure, qu'elle n’était déjà plus reconnaissable, et que toute cette écaille noire qui lui couvrait les bras, les mains, les jambes et les pieds tombait à vue d'oeil. " La politique Constitutionnelle espagnole ne va pas si bien. Narvaez veut se retirer avec le marquis de Viluma. Tous les ministres se rendent à Barcelone.
Quel manque de sens dans tout ce monde là ! Il y en a davantage en Turquie. Le Sultan voyage. A Brousse, où il a passé plusieurs jours, il a reçu également bien tous les notables habitants, Musulmans & Rayas, et les uns comme les autres ont été revêtus de pelisses d’honneur. Bourqueney est charmé. Le Sultan le lui avait promis.
A Jérusalem le Conseil d'Angleterre, qui se trouvait absent, n'était pas venu faire visite au Consul de France le jour de la fête du Roi. Mais l’Evêque Anglican était venu avec son clergé. Le jour de la fête de la Reine Victoria, le Consul de France est allé faire visite au Consul d'Angleterre. Et non seulement, il y est allé, mais il y a fait aller le Révérendissime et tout le Discrétoire du couvent Latin. M. Young a été charmé. La tolérance et l’entente cordiale marchent du même pas. On en a encore plus besoin à Athènes qu'à Jérusalem. Un vieux Chef de Pallicares, le Général Privas s'est insurgé parce qu'il a vu qu’il ne serait pas élu à la nouvelle Chambre des Députés. Il s'est enfermé dans un village, avec une centaine d'hommes. On a envoyé le général Travellor pour le persuader ou le réduire. Cela n'inquiète pas Piscatory. Excellent agent ; point aveugle et jamais découragé. Toujours au mieux avec Lyons. Le Roi Othon leur a donné, à tous deux, sa grand croix. Celle de Pise a causé une humeur enragée à Brassier de St. Simon qui n'a pu s'en tenir et s'est plaint qu'on lui eût fait sauter plusieurs grades. Le Roi Othon s’est fâché : " Quand M. Piscatory n'aurait eu que la croix d’argent, je lui aurais donné la grand croix. Je dois une bonne partie de ma couronne et de notre repos à son influence et à ses conseils. " Voilà mon Journal. Adieu.
Je vais faire ma toilette. Je vous enverrai ceci de Paris en vous disant ce que je ferai ce soir. Adieu.

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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15 Auteuil. Jeudi 15 août 1844
8 heures

Voilà la guerre commencée au Maroc, bien commencée. M. le Prince de Joinville a attendu tant qu’il a pu. Il a pris, pour la sureté de M. Hay, toutes les précautions et donné tout le temps possible. Nos demandes étaient reduites au strict nécessaire. La réponse n’était pas acceptable. Le canon a dû intervenir. Il ne serait pas intervenu si l'Angleterre avait eu au Maroc, l'empire pour nous faire obtenir ce qu'elle-même trouvait juste et modéré. A défaut de son empire, il a fallu user de notre force. Le début est bon. J'attends les détails. Puis nous verrons. J'espère que les premiers coup suffiront. En tout cas, nous en avons d'autres à porter, & sans nous écarter de ce que j'ai dit. Nous ferons nos affaires en restant fidèles à notre politique. Je suis dans un moment grave et difficile ; mais je vous répète qu’il ne me déplaît pas.
La joie était vive hier soir à Neuilly. Joie paternelle et Royale. C’était l’anniversaire de la naissance du Prince de Joinville. Il a eu hier 26 ans, une fille, et la nouvelle d’un succès. J'ai dîné à côté de la Reine, très heureuse, mais trouvant trop d’émotions dans sa vie. La Princesse de Joinville est à merveille. Mad. la Duchesse d'Orléans était là, en gris et blanc, très bonne contenance, son fils à la main. J’irai causer avec elle un de ces jours.

2 heures
Vous partez donc décidément le 20 au plus tard. Vous serez donc à Paris le 22. Il est bien clair que tant que le Maroc sera ce qu'il est, je ne puis penser au Val-Richer. J’ai pourtant bien besoin de distraction, de mouvement physique. Je suis fatigué en me portant bien. Mon rhume ne s'en va que lentement. Il faut que je fasse provision de force pour la campagne prochaine, Elle sera rude. Les rivaux sont assez émoustillés. Je le comprends quoique je ne m'en inquiète pas.
Thiers a passé par Paris, allant à Dieppe où il sera dix ou douze jours me dit-on, et de là à Lille, Molé devait aller à Plombières. Il n’y va pas. Le temps est affreux et il a ici un procès qui le tracasse pour cette compagnie de chemin de fer dont il s'est retiré ostensiblement, mais où il reste intéressé. On peut préparer les intrigues de Janvier prochain ; mais intriguer à présent, il n'y a pas matière ni profit. Peu m'importe du reste. Ce qui m'importe, c’est que vous reveniez.
Vous aurez une lettre de M. Greterin pour la douane ; lettre générale, bonne pour tous les bureaux. Elle partira demain. C’est drôle que M. Tolstoy vous ramène.
J'ai de curieux détails sur Méhémet Ali, son cerveau me parait un peu dérangé. Il veut, il ne veut pas ; il résiste, il cède ; il pleure, il jure. Il fait venir un de ses fils ; il le renvoie, il en fait venir un autre, vieux et despote cela ne va pas ; pour être Pacha, il faut être jeune. Rien ne m'indique qu’on ait conspiré autour de lui ; loin de là, tout le monde continue d'avoir peur et d'adorer. On s'étonne de ne pas reconnaître l’idole, bien plus qu’on ne songe à la renverser. Bref, il est parti pour la Mecque. Il ne veut plus être que Hadji (pèlerin). S'arrêtera-t-il ? Reviendra-t-il sur ses pas ? Personne n'en sait rien. En attendant, son fils et son petit fils, et 36 de leurs camarades arrivent à Marseille en grande pompe pour venir achever leur éducation en France ; et le Pacha, qui part pour la Mecque fonde à Paris, pour eux, et pour leurs descendants, un établissement d’instruction publique, & nous fait demander, au Maréchal Soult et à moi, d'en choisir les chefs ! Adieu.
Je ne me promène, ni à pied, ni en calèche. Je travaille, je vous écris et je dors. J’ai tous les jours deux ou trois personnes à dîner, aujourd’hui Baudrand et sa femme, demain Broglie et son fils. C'est mon moment de conversation si tant est qu’il y ait pour moi une conversation autre qu'avec vous. Adieu. Adieu. G.

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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Val-Richer, Dimanche 26 sept 1852

Je ne m'étonne pas qu’on attribue au Président quelques vues d’aggran dissement en Afrique ; c’est là qu’il peut tenter quelque chose de ce genre avec le moins de danger du côté, soit de Tunis, soit du Maroc. Je doute que l’Europe, et peut-être même l’Angleterre lui fissent, pour cela, une guerre immédiate ; mais il en résulterait, pour eux, au dehors, surtout à Londres, une situation très gâtée, et au dedans de graves embarras financiers, car, sur ce terrain-là les guerres ne rapportent rien et coûtent énormément. Et tout docile qu’il est, son Corps législatif ne serait guère disposé à lui donner beaucoup d'argent pour de telles conquêtes. A tout prendre, elle lui seraient, je crois plus nuisibles que profitables, et le Constitutionnel a raison de prêcher deux fois par semaine, comme il le fait, l'Empire pacifique et commerçant. Il ne faut pas pousser l’imitation au-delà du nom.
On vient de prendre un petite mesure que vous n'avez certainement pas remarquée, mais dont l'effet sera mauvais dans les départements, c’est la suppression de l'institut agronomique de Versailles. Pure économie, je crois ; on ne sait où en faire, et on en a besoin. Je n’ai pas la moindre opinion sur le fond de la question ; mais je sais, et je vois, autour de moi, que cet établissement plaisait aux propriétaires agriculteurs un peu aisés, et qui veulent que leurs enfants soient bien élevés en restant agriculteurs. Il était fondé ; il commençait à bien marcher. On trouvera cela léger [?] Sans compter qu’on met ainsi à la porte une douzaine de savants considérables qui crieront.
Cela vous est égal, et à moi aussi ; mais je vous dis ce qui me vient à l’esprit en lisant mes journaux.
Qu’est-ce que c’est que votre belle hongroise ? Sera-ce une remplaçante de Mad. Kalerdgis ?
Le discours de Lord John Russell à Stirling en l'honneur du duc de Wellington m’a plu ; la louange est vrai, et dit avec une simplicité ferme. Il n’y a rien de tel que de mourir pour n'avoir plus d'adversaires.

Onze heures
Pas de lettre du tout, ni de vous, ni d’Aggy. C’est trop peu. Donc adieu et adieu. G.

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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Val Richer, Mardi 26 oct. 1852

Il m’est revenu hier que le roi Jérôme avait de nouveau repris grande confiance. L'examen attentif des anciens Senatus consultes rend difficile, le système de l'adoption. L'Empereur Napoléon l’a formellement interdit à ses successeurs. On ne veut pas s'écarter de sa volonté. J’ai peine à croire à une superstition si jeune.
Il me revient aussi qu’on parle d’une protestation du comte de Chambord. Vous m’avez dit que ses amis, le Duc de Noailles entre autres, le niaient tout-à-fait, et conseillaient le silence. Il y a du pour et du contre. Le silence est peut-être le plus sensé et le plus probable.
Entendez-vous dire que la bourse est inquiète et que malgré le discours de Bordeaux et l'hymne de Mlle Rachel, les idées de guerre roulent dans des têtes qui ne sont pas sans importance ?
Je persiste à croire à la paix prochaine. Je suis convaincu que l’Europe y aidera jusqu'à la dernière limite de la possibilité.
Mes hôtes Anglais sont partis hier. J’ai fini des visites. J'en ai eu cette année au moins autant que j'en désirai. Certainement si je n'étais pas pressé d'aller vous voir je resterais ici plus tard. J’ai peu de curiosité pour les petites choses, et peu d’espérance, pour les grandes.
Le mouvement et le bruit de Paris ne conviennent guère à cette disposition. Mais je veux vous voir. Je compte décidément partir le 12 et vous voir le 13. Ma fille aînée part le 2.

Onze heures
J’ai toujours un peu craint, je vous l'avoue, que votre faveur n'allât pas beaucoup au delà de l'amusement que vous donnez. L’égoïsme, tantôt sérieux, tantôt frivole, est la vice d'en haut. Quand on a obtenu ce qu’on veut, ou ce qui plaît, on ne pense plus à rien ni à personne.
On pouvait prédire l'apoplexie d’Appony. Ce serait plus singulier si c’était sa femme. Adieu, Adieu.
Il fait bien vilain. Je crois qu’il est certain qu’à propos de l'Empire, on ne fera et ne dira rien à Claremont. La Duchesse d'Orléans avait quelque envie de parler, au nom de la monarchie constitutionnelle. Les Princes sont décidés à se taire.

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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17 Val Richer, Mardi 14 Juin 1853

Je ne vous ai pas écrit hier. Vous ne m’avez pas dit si vous partiez dimanche ou lundi. J'enverrai ma lettre à Paris, et elle sera à Ems aussitôt que vous, ou bien près. Je suis pressé de vous savoir arrivée. J’espère que vous m'aurez écrit, ou fait écrire, par Marion, quelques mots de la route.
Il me paraît qu’on commence à se calmer à Paris. La hausse reprend à la bourse. Les joueurs intelligents auront fait de bonnes affaires, et les badauds de bien mauvaises. La politique et les libertés de la France sont là, entre les fripons et les badauds. Ce que les journaux me disent de la dernière dépêche de votre Empereur est sensé et rassurant. Je regrette de n'avoir pas ici sous la main mes collections de Traités. Je suis assez curieux de savoir s’il a raison de dire qu'aux termes des traités avec la Porte, il a le droit, dans son débat actuel avec elle, d'occuper temporairement les Principautés. J’ai des doutes sur cette question là. Il n’y a du reste, pas grand chose à répondre à tout ce qu’il dit, sa seule faute, c’est de ne l’avoir pas dit complètement, hautement, tout de suite et à tout le monde. Il l'aurait fait plus aisement, et avec moins d’inconvénients pour lui en Europe qu’il ne le fait aujourd’hui.
Les journaux Anglais aussi se calment soit qu’ils y voient plus clair, soit qu’ils se résignent. Aberdeen ne sera pas plus compromis que la paix. Je n'ai point de nouvelles d'ailleurs, et je n'en aurai pas souvent à vous envoyer. Tous mes correspondants possibles sont partis avant vous, ou avec vous. Vous n'aurez de moi que des bribes, et des bribes rares.
Il fait ici aujourd’hui un temps superbe. Je vous le souhaite pour votre arrivée à Ems. La première impression dans un lieu qu’on va habiter est quelque chose, elle se répand sur tout le séjour. La vallée de la Lahn est charmante par un beau temps.

Onze heures
Voilà votre lettre de Bruxelles qui me fait grand plaisir. Pour vous d’abord, ni aussi pour ce qu’elle contient de nouvelles. Je suis pour la paix, par conscience parce que je la crois bonne par amour propre parce que j'y ai toujours cru. Adieu, adieu. G.

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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Val Richer, samedi 17 sept. 1853

Je trouve les lettres bien fades après nos longues conversations. Savez-vous que nous avons passé six ou sept heures ensemble chaque jour ? Qu'est-ce qu’une petite feuille de papier, et une demi-heure de monologue après cela ?
Je n'ai comme de raison, rien de nouveau à vous dire. De près on peut redire sans cesse ; de loin, c’est ennuyeux. Je me suis ennuyé en route ; j’ai peu dormi. La nuit était claire et douce, une lune magnifique. Vous souvenez- vous de la jolie cavatine mira la vaga luna ? Qui donc chantait cela ? Mario au Grisi ? Personne ne chante plus.
J’ai trouvé ici la population très émue de la cherté du pain et des perspectives de renchérissement. A part le désordre matériel, ce sera une source de grand désordre moral, une recrudescence des plus mauvaises passions démagogiques. Le bruit se répand, et on le répand, que ce sont les propriétaires, les riches, les légitimistes qui causent le renchérissement, en gardant leur blé pour le rendre plus cher encore plus tard. Si c’est là une manoeuvre pour repousser l’idée que c’est la faute du gouvernement si le blé est cher, elle est aussi bête que coupable ; le peuple en voudra aux riches et au gouvernement tout ensemble. Dupin a fait à son comice agricole, un bien mauvais discours, s’il a envie de rentrer à la cour de cassation, qu'avait-il besoin de flatter les plus bas préjugés populaires, en même temps que le pouvoir ? Ce n’est pas la populace qui nomme les procureurs généraux. Je méprise, mais je comprends, les platitudes utiles. A quoi bon les inutiles. Du reste, ce luxe de bassesse des espèces est un petit plaisir que Dieu donne aux honnêtes gens ; il veut qu’on puisse se moquer de ceux qu'on méprise. Je vous quitte pour faire ma toilette. Votre lettre m’apportera peut-être quelque nouvelle. Petite nouvelle probablement ; nous n'en aurons de grandes que quand le refus de votre Empereur et les résolutions des cours d'Occident seront arrivées à Constantinople.

Onze heures
Je n'aurai de vos nouvelles que demain les journaux ne me disent rien de tout. Adieu et Adieu. G.

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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Val Richer, lundi 10 octobre 1853

Je n’ai encore sur le meeting ou la Taverne de Londres que l'énoncé des propositions qui ont de lui être soumises et qu’il aura sans doute adoptées. C'est bien mauvais. Absolument la politique du siècle en France et du Daily news en Angleterre ; la politique des révolutionnaires badauds et décla mateurs, en attendant celle des révolutionnaires hardis et acteurs. C'est la même situation que chez nous en 1840, seulement l'autocrate russe a remplacé le perfide Albion. Je ne puis croire que tout cela soit réellement populaire et fort en Angleterre. Mais tel est l'état des esprits en Europe que pour résister, même à une popularité uniquement superficielle et apparente, il faut beaucoup de fermeté d’esprit, et de courage, et aussi de talent pour arracher le masque et faire voir le dessous au public. Y en aurait-il assez dans le cabinet anglais ? Gladstone a le talent ; Aberdeen a le bon sens ; Palmerston a le courage. Cette trinité se fera-t-elle Une. Je suis un peu inquiet et encore plus curieux. En tout cas, nous avons du temps devant nous. Il ne faudrait plus croire à rien si, à la fin d'Octobre, les Turcs passaient le Danube et vous attaquaient dans les principautés de manière à vous obliger de le passer à votre tour et de pousser jusqu'à Constantinople. Le Times indique que même si cette guerre là éclatait l’Angleterre et la France ne se presseraient pas d’y entrer.
Le public de province commence à s'alarmer. Il est très préoccupé de la disette. On croit généralement la récolte plus mauvaise qu’en 1846. Il nous manquera près du quart de la nourriture de l'armée. Il faudra au moins 400 millions pour combler ce déficit. D'après les dernières nouvelles du Havre, il y avait déjà, dans les ports des Etats-Unis, 500 navires, en chargement de farine et de grain pour la France. Cela rendra la guerre bien difficile. On ne la fera pas sans faire un gros emprunt, et on empruntera très chèrement au moment, où les capitaux s'emploient à avoir du pain. Embarras énorme, probablement débâcle affreuse à la Bourse. Cela vaudrait bien la liberté de la presse. L'Empereur a raison de vouloir la paix. S’il la veut bien, il l'aura. L'Angle terre ne fera pas la guerre sans le concours de la France. Si l'Empereur ne maintient pas la paix, c’est qu’il ne s'en soucie pas beaucoup.

Onze heures
Je suis fâché que la guerre soit déclarée si elle l'est, et bien aise que le cabinet anglais reste entier. Pourvu que la guerre ne devienne pas générale, et que l’Angleterre et la France gardent le caractère de médiateurs, l'affaire s’arrangera tôt ou tard, et en attendant vous êtes en dehors de la question. Adieu, Adieu. G.

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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Val Richer, Mercredi 9 Nov. 1853

Je viens de parcourir, cet immense acte d'accusation contre le complot, de l'opéra comique. Ce sont les mêmes idées, les mêmes desseins, les mêmes paroles que de mon temps. Les noms propres ne signifient plus rien, ni pour le gouvernement, ni pour les conspirateurs. C'est une perversité et une démence permanente, abstraite, qui passe de génération en génération, sans qu’il vaille, la peine de savoir qu’ils en sont les instruments momentanés ; ils ne se distinguent pas les uns des autres, et ils s'attaquent indifféremment à Charles et à Louis-Philippe, à Napoléon III, à Frédéric Guillaume à Ferdinand. Le premier qui trainera réellement ce démon rendra un immense service à l'humanité.
Les journaux ne m’apprennent absolument rien. Sans doute on ne s’est pas encore battu. On ne cache pas longtemps une bataille. Je suis décidé à croire que vous rejetterez les Turcs dans le Danube, et que l'affaire finira par là. J’ai bien des choses à vous dire, mais nous sommes trop près de nous revoir. Nous causerons la semaine prochaine. Je pars décidément. Mercredi soir 16.
J’ai des nouvelles de Broglie, de Piscatory et de Barante qui m’en disent encore moins que les journaux. Barante est frappé de l'apathie universelle, sauf une seule espèce d'homme, la démagogie révolutionnaire : " C'est la seule opinion qui conserve quelque vivacité. De jour en jour, elle manifeste plus de démence et de rage. Elle espère et menace. Les chefs qu’on a ménagés, les envolés des sociétés secrètes qu’on a rappelés du bannissement sont les plus animés. Leur action sur les classes marchandes et sur les gens de la campagne est tout-à-fait nulle ; mais la cherté du pain et surtout du vin, leur donne assez de prise sur les ouvriers de nos villes. " Piscatory ne pense qu’à l'hiver prochain et à la disette.

Onze heures
Adieu, Adieu, à nos prochaines conversations.
Orosmane dit à Zaïre : Mais la mollesse est douce et sa suite est cruelle ; je mets la faiblesse à la place de la mollesse et un politique à la place d'Oromance ; si on n’avait pas été, en commençant, faible avec Lord Stratford, faible avec les Turcs & &, on ne serait pas si embarrassé.

Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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51 Bruxelles le 8 mai 1854
Dimanche

Voilà le 58 retrouvé, il vient de m'arriver mais sans le timbre de Paris. Je me trompe, le timbre y est, mais du 6 au lieu du 4 qui est la date de la lettre, il y aura eu négligence chez vous.
On ne sait rien ici. L'emprunt à Londres ne réussit pas. Il y a beaucoup de faillite dans la cité, tout cela peut servir la paix. Je ne sais que penser d'Odessa. Pourquoi ne donne t-on pas le rapport de l’amiral Hamelin ? C’est évidemment tronqué. Nous allons voir la version Russe. Car encore faut il écouter tout le monde. Meyendorff disait le Palais Woronzoff & la statue du duc de Richelieu détruits. Clarendon annonce que les flottes sont allées à Sevastopol.
Avez-vous remarqué dans l’Indépendance qu’on avait trouvé à Vienne Hubner trop anti russe ? Les lettres le disent bien plus encore que les journaux. Je pense qu'il va bientôt revenir et qu’il passera par Bruxelles. Je n’ai vraiment rien à vous dire mais je pense qu’il vous faut un papier vert au Val Richer. Avez-vous chanté, avez vous froid ? Ici il continue à faire très laid. Il y a quinze jours que je n’ai vu le bois de la Cambre. Adieu. Adieu.
M. de Lazaroff à Masa. Cela divertit toute la Colonie russe. It serves him right. La sortie de M. Bonin du Ministère prussien nous débarrasse du dernier ministre anti russe.

Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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52. Bruxelles Lundi le 8 mai 1854

C'est bien triste deux jours sans nouvelles de vous ! Je n'ai de lettres de personne non plus de sorte que je vis du Moniteur et du Journal des Débats devenu très bon courtisan.
Rothschild est arrivé hier pour quelques heures. Il est guerroyant et croit à la durée de la guerre. Il dit que c’est une expérience à faire mais que jusqu’ici loin d’être ruineuse elle profite à l’industrie du pays. Toutes les actions de chemin de fer montent. L'augmentation de l’armée fait marcher les fabriques. Enfin il est très content et confiant et croit que la guerre ne peut être mauvaise qu’à la Russie. Je suis un peu de son avis.
On m'envoie nos bulletins sur Odessa, je pense que vos journaux n'oseront pas les publier. La prétendue insulte au parlementaire est une fausseté, on n’a pas tiré sur lui, mais sur une frégate qui avait voulu s’approcher après le départ du parlementaire. Le récit de l’affaire ressemble assez à ce que vous dites. Quelques ouvrages détruits, quelques maisons de commerce brûlées. La ville épar gnée. Au fond cela n’a été ni très brillant pour vous, ni très désastreux pour nous. La perte d’hommes insignifiante, 4 tués, 45 blessés.
Rothschild est convaincu que l’Autriche nous fera la guerre ; & la Prusse aussi plus tard. Le temps est affreux et l'ennui est grand. Adieu. Adieu.

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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70 (je ne me souviens pas bien) Paris, Jeudi 18 mai 1854

J’ai vu assez de monde hier, Broglie, Duchâtel, Sacy, Mallac, Mornay, & Je trouve tout, les faits et les esprits, exactement dans le même état. Le gouvernement redouble ses efforts pour la guerre, les envois de troupes, de matériel, les préparatifs des camps de St Omer et de Marseille. On croit qu’il va demander au Corps législatif une sorte de pouvoir discrétionnaire en fait d'emprunts dans l’intervalle des sessions. Il l'aura et il en usera. Un nouvel emprunt est indispensable, et assez prochain. C'est dans cette vue qu’on prend tant de peine pour soutenir la Bourse ; on m’a très bien expliqué les moyens ; je ne vous les répèterai pas ; ils sont efficaces en ce moment et le seront quelque temps, pas bien longtemps, mais assez probablement pour que le nouvel emprunt se fasse passablement, sauf à avoir plus tard une baisse générale dont les badauds payeront les frais. Le public se préoccupe peu de la guerre et il en souffre peu.
Morny dit vrai ; les affaires reprennent assez. Il se trouve, à l'épreuve que le commerce avec la Russie est peu important pour la France et pour l'Angleterre. Les progrès de la consommation à l’intérieur et du commerce général rendent ce vide spécial peu sensible.
Quant à la politique de la guerre, personne n'y pense ; personne ne s'inquiète de savoir si Baraguey d'Hilliers sera ou non remplacé. L'Empereur est parfaitement le maître de prendre Lord Stratford pour ambassadeur, et s'il est content de ses services, le public sera content aussi. Les journaux Anglais ont publié de grands détails (et piquants) sur la querelle de Baraguey d'Hilliers avec Reschid et Redcliffe. Il y a eu défense absolue aux journaux Français d'en traduire un seul mot. Baraguey a eu tous ses défauts et quelque fierté. Pour Redcliffe, tous les défauts sont aujourd’hui des qualités.
Je suppose que vous savez tous les détails sur M. Lazareff et la visite de sa femme à M. de Persigny pour le remercier. " Mon mari était assez mal en cour ; vous lui avez rendu un grand service, en le mettant à Mazas ; il aura enfin un trône qu’il désire depuis longtemps sans pouvoir l'obtenir. " J’ai demandé si ce serait [?] André.
Je ne vous ai pas parlé du général Osten Sacken et de la lettre qui lui a été adressée par ménagement pour votre goût du pouvoir absolu. Car on a tort de s'en prendre à votre Empereur en personne pour ces bévues hautaines ; c’est de sa situation qu'elles viennent. La pouvoir absolu y est condamné, et tôt ou tard, les plus grands génies y tombent. Quand on est très puissant, il faut être, à chaque instant, averti et contenu pour ne pas devenir fou à lier, ou à faire rire.
Vous savez probablement que Mad. de Bauffremont est retrouvée ! Elle s’est rendue d'elle-même au couvent des Augustines pour y réfléchir, dit-elle, sur sa situation. Elle a tout bonnement erré dans les environs de Paris, presque sans se cacher. On se moque un peu de la police.
Thouvenel avait et aurait encore envie d'aller à Constantinople. Son chef ne veut pas. Ils sont de plus en plus mal ensemble. Le chef a besoin de l'intérieur, et craint que, si l'inférieur devenait ambassadeur, il ne devint bientôt ministre. Je ne vois pas pourquoi, si l'Empereur voulait faire Thouvenel ministre, il prendrait la peine de le faire passer par Constantinople. Je ne verrai probablement pas Mlle de Cerini.
Si j’ai un moment, je ferai une visite à Mad. Sebach que je prierai de lui redire ce que vous me dites. Je vais m'occuper de Rothschild. Il est bien juif ; mais la chose est très claire. Il vous demande 12 000 fr. de loyer, et une somme de 12 000 fr pour faire remettre l’appartement tout-à-fait en état, comme quand on change de locataire. Il y a à redire sur ceci. Par malheur Génie ne sera ici que dans quatre jours. Adieu, Adieu. G.

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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94 Val Richer, Jeudi 15 Juin 1854

Je ne vous ai pas écrit hier ; j’avais besoin d'avoir de vos nouvelles. Votre N°77, le premier d'Ems, m'est arrivé le cinquième jour. L’Espace et le temps, tout s’aggrave. Enfin nous voilà rentrés dans l’ordre. Quel ordre ! J’espère que le soleil quand il viendra, vous amènera à Ems un peu de société ; mais quand viendra le soleil ? Ici le temps est affreux. Depuis deux jours il tombe des torrents. Grand mal pour les récoltes et pour mes allées. Le pain a renchéri encore au dernier marché de Lisieux, et plus de la moitié des ouvriers sont sans ouvrage.
On a beau dire que la guerre n'est pas sentie, quand je regarde dans mon petit cercle, je trouve qu’elle se fait très bien sentir ; les affaires sont fort ralenties et la confiance ne reprend pas. Je vous ai dit il y a quatre jours, ce qu’on me disait du Prince Napoléon, et de ses amis à Constantinople. Le journal de Francfort n’a donc pas tort. Lord Stratford aura raison de celui-là comme des autres. S'il est orgueilleux, il doit être content. On ne parle plus, ce me semble, de sa santé. Je suis de mon mieux, sur ma carte, les opérations de la guerre, mais je ne les comprends guère plus qu'elles n'avancent. Je vois seulement que vous n’avez pas pris Kalafat, ni Silistrie, pas plus que les alliés n’ont détruit Sébastopol et Cronstadt. On dit que nous avons tort de trouver qu’on va lentement et que si nous y regardions bien, nous verrions qu’on n’a jamais été si vite. Confirmez-vous ou démentez-vous l’explication qu’on donne des derniers mouvements du Maréchal Paskévitch, et de son quartier général transporté à Yossi ? Est-ce vraiment pour se mettre en garde contre l’Autriche dont on prévoit la prochaine hostilité ?
Maurocordato refuse de faire partie du Cabinet imposé au Roi Othon. Il faudra se contenter d’un plus petit personnage grec. Quelle que soit leur opinion, ceux qui sont un peu gros ne se soucient pas d'être ministres à ce prix. Peu importe aux événements.
Montalembert part cette semaine pour Vichy. Son affaire est donc abandonnée, ou à peu près. On m'écrit que M. Molé a été appelé et M. Villemain rappelé devant le juge d’instruction. Cela a dû contrarier Molé. J’ai des nouvelles de Barante. Complètement seul, avec sa femme, au fond de son Auvergne. " J’y suis témoin de l’apathique indifférence qui d’année en année, s'assoupit davantage. On ne s’intéresse à rien ; on n'est ni content, ni mécontent ; on ne regrette point le passé ; on ne forme pas de désir pour l'avenir ; cette guerre qui commence, l'Europe qui peut la mettre en branle n'éveillent pas même la curiosité. Ces gens-là se contentent de la vue à meilleur marché que vous. Pourtant, c’est vous qui avez raison. Mais je voudrais que vous ne souffrissiez pas de votre ambition non satisfaite."
Adieu jusqu'au facteur. Où loge la Princesse Kotschoubey, car vous ne pouvez pas l'avoir à Bauernhof ? Midi Voilà votre N°78. Je me porte bien quoique j'éternue encore. Adieu, Adieu. G.

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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105 Val Richer, Mardi 27 Juin 1854

M. le Persigny a évidemment de l'humeur ; son départ immédiat pour la Suisse le dit. S'il est encore très amoureux, cela le consolera. Je ne me doutais pas que son long rapport fût un adieu, singulière préface pour congédier un ministre que de mettre au Moniteur le panégyrique de son administration. Les journaux de l'opposition si ce mot existe encore ont mieux parlé hier du ministre en retraite que ceux du gouvernement ; leur ton de regret était plus sincère.
Deux maréchaux en Autriche ! Rien n'indique plus l'approche de la guerre. Ces grands avancements sont toujours, ou un encouragement, ou une récompense. Et chez vous encore un général mort, et l’un de vos plus estimés, si je ne me trompe. Dans le temps de nos grandes guerres, quand nous voyions beaucoup de généraux très, nous disions que les troupes avaient peu d'entrain, et que les officiers étaient obligés de se compromettre pour les enlever. Voilà Napier devant Cronstadt, et avec toutes les forces réunies. Il semble impossible que dans la Baltique et dans la Mer noire, nous n'ayons pas bientôt quelque grosse affaire ; ou bien nous n'en aurons point du tout cette année.
J'avais deviné juste sur la petite duchesse de Melzi. C'est donc dans la jeunesse que les femmes sont folles et les hommes dans la vieillesse. Au reste votre panégyrique des vieilles femmes à propos d’Ellice est mal tombé, et je suis obligé de ne pas l'accepter. Je lisais ces jours-ci qu’entre 60 et 63 ans, la Reine Christine, que le Pape Innocent XI avait d’abord fort bien traité à Rome, est grand peine à obtenir de lui une audience d'un quart d’heure, à cause d’un nouveau galant Français dont elle s'était amourachée. Est-ce qu’il n’en serait pas arrivé autant à votre impératrice Catherine si elle avait eu besoin d’une audience du Pape ?
Nous n'avons pas ici d’aussi fortes variations de température que vous ; il fait beau et chaud depuis quatre jours. Je fais mes foins. A tout prendre les symptômes de la récolte sont bons, et si ce temps-là dure quinze jours, elle sera assurée. En attendant, le pain renchérit toujours, et j’ai eu ce mois-ci, plus de 400 pauvres qui sont venus chercher à ma porte un morceau de pain, et un son ; et je suis dans un des meilleurs pays de France, et mon plus prochain village est à vingt minutes de ma maison.

Onze heures.
Il m'est impossible de ne pas mettre de l'importance à l’annonce du Moniteur que vous avez levé le siège de Silistrie, et que vous vous retirez, au-delà du Pruth. Il n'adopterait pas cette dépêche télégraphique sans en être sûr. Et une foule de détails viennent à l’appui. Si, après cela, vous acceptez un congrès pour traiter du rétablissement de la paix en Europe, sans spécifier à l'avance aucune question, ni aucune solution, les gens qui ne veulent pas de la paix seront bien embarrassés. On peut négocier et disputer des années, dans un Congrès ; on ne recommence pas la guerre. Témoin, le congrès de Münster.
Vous me demandez quand aurons-nous du bon ? En voilà peut-être. Adieu, Adieu, G.

Auteurs : Dumon, Pierre-Sylvain (1797-1870)

Auteurs : Dumon, Pierre-Sylvain (1797-1870)

Auteurs : Mirbel, Lizinska Aimée Zoé de (1796-1849)

Auteurs : Mirbel, Lizinska Aimée Zoé de (1796-1849)

Auteurs : Mirbel, Lizinska Aimée Zoé de (1796-1849)

Auteurs : Mirbel, Lizinska Aimée Zoé de (1796-1849)

Auteurs : Darcy, Hugues-Iéna (1807-1880)

Auteurs : Darcy, Hugues-Iéna (1807-1880)

Auteurs : Darcy, Hugues-Iéna (1807-1880)

Auteurs : Darcy, Hugues-Iéna (1807-1880)

Auteurs : Chevalier, Michel (X1823) (1806-1879)

Auteurs : Chabaud-Latour, François-Henri-Ernest, baron de (1804-1885)

Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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39. Paris le 24 juin 1855 Dimanche.

C. Greville est revenu tout à coup de Vichy. Au bout de deux jours il a eu froid, il s’est ennuyé et il a tout planté là. C’est très anglais et très sensé. Il passe que quelques jours, vous le verrez j'en suis bien aise.
J’ai eu une lettre de Meyendorff. Ah comme il arrange les Anglais. Ils ne savant pas se battre, mais ce qui est pire ils n'aiment pas se battre. Voilà ce que dit toute notre armée. Quant aux Français C’est tout autre chose, aussi nous les aimons & les respectons, & quand un prisonnier français, blessé vient à mourir, on se cotise (les soldats) pour lui faire un beau cercueil, et on l’enterre avec tous les honneurs. La lettre de M. est curieuse sur tout cela. Il finit en disant : j’espère que l'Emp. Napoléon vivra assez pour venger le genre humain de cette nation si orgueuilleuse, si égoiste, aujour d’hui si misérable. En voilà de la passion ! Il parle des déprédations dans la mer d’Azoff comme des coups d’épingles sans portée sur le crédit.
Notre change ne baisse pas c’est vrai, je l'ai vu aujourd’hui par une remise qui m’a été faite.
J'ai revu Bulwer aussi qui est à Enghien. Il me dit que Westmorland se retire. Il croit que Hamilton Seymour le remplacera.
Je trouve la dépêche de Pélissier aujourd’hui peu polie, on ne dit pas de l'ennui qu'il a peur le lendemain du jour qu'on a été battu par lui. On ne le dit même jamais ce n’est pas français.
L’article du Journal des Débats sur le Prince Albert est bien fait. Le langage du Moniteur en réponse au J. de Pétersbourg ne me parait pas aussi courtois que nous le méritions. Il y a des mots qui choquent. Nous ne nous en servons jamais. Vous voyez que je suis entrain de critique, j’ai bien mal dormi et j’ai un mal de tête très désagréable.
Adieu. Adieu. Je crois presque que ceci sera ma dernière lettre. N’est-ce pas ? Adieu.

Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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44. Paris le 11 Juillet 1855

Tout le monde a été surpris hier de ne pas voir confirmée la nouvelle de la veille. Elle était officielle, et l’Empereur lui-même l'a contée à dîner à Lady Ashburton mais dans la soirée est venu comme je vous l’ai dit le démenti. C’est un singulier mistake. Il faut que Pélissier soit un peu étourdi. Hubner qui était venu chez moi m’avait conté la première dépêche ajoutant avec une satisfaction continue que nous avions été repoussés avec des pertes immenses. enfin pour le moment, nous ne sommes pas encore battus.
Hubner a un air dégagé. Je ne lui ai pas parlé du discours du trône, (délicatesse exagérée) lui était comme de coutume aigre pour nous et nous décla rant ruinés. Je lui ai demandé le cours de change de Vienne. & je lui ai dit le nôtre. Il m’a dit que cela ne prouvait rien. Il a un parti pris de se montrer content. Je sais cependant qu'il a eu des prises assez vives ici.
Les nouvelles de Londres sont assez mêlées. La situation de Lord John dans le Cabinet ne parait pas tenable, & l’indignation de la Chambre est soulevée contre lui. C’est très bien d’être franc, mais pourquoi n'a-t-il pas commencé par là en venant de Vienne ?
Vous avez donc oublié son premier discours alors. Plus belliqueux que qui que ce soit C'était après vos victoires du mamelon vert. Ceci est après la tour Malakoff manquée. Le fond de tout cela est qu'il veut redevenir premier ministre, et qu'il y aura encore du scandale à la Chambre.
Toutes les lettres le disent. Greville est reparti hier après m’avoir pris toute ma matinée. Je le regrette bien. Sa dernière journée avait été passé à Villeneuve l’étang. Petit couvert de 12 personnes. Promenade en bateau. Promenade en char à boeux. Enfin toutes les faveurs.
Vous voyez le bruit que fait le mot à Londres. Je ne pense pas que ce soit grand, cependant c’est mauvais.
La reine arrive le 17 août. Morny part Samedi pour Ems. Je le regretterai. Flahaut retourne Lundi à Londres. Les Shelbourne restent encore ici.
Lady Holland m'écrit mille choses exagerées sur la situation anglaise. Adieu. Adieu.

P.S.. Je viens de causer avec un italien le Dr Pantaleone venant de Rome, homme d’esprit, je ne sais pas du reste ce qu'il est, il me dit, que la situation temporelle du Pape est détestable. Elle ne tiendra pas. Il restera Pape à Rome mais le reste de ses états lui échappera. Si les Français quittaient, ce serait fait de tout, on serait entre les mains des égorgeurs. Il est grand ami de Palmerston, Minto, John Russell. Les révolutionnaires italiens détestent surtout l’Emp. Napoléon.
Je vous ai dit je crois que le duc de Noailles est parti hier pour Londres, avec sa femme & ses enfants. Il reviendra dans huit ou dix jours On me dit que l’Empereur a reçu à merveille M. de Sacy.

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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Val Richer Mercredi 25 Juillet 1855

Je devrais être aussi court que vous car je n’ai rien non plus à vous dire ; mais il paraît que de loin au moins, je suis plus bavard que vous. La bonne intelligence entre l’Autriche et la Prusse a décidément l’air de renaitre. La dépêche de M. de Mantenffel à notre vieil Arnim, du 5 de ce mois, est amicale et témoigne un sincère désir d’entente. Y a-t-il quelque chose de sérieux dans les douceurs qu’on attribue à votre Empereur envers la Pologne ? Vous n'avez certainement pas lu les faits publiés dans tous les journaux, et répétés dans le Moniteur, sur les résultats du régime du free trade en Angleterre. Ils en valent pourtant la peine. C'est vraiment une prospérité prodigieuse, et qui se manifeste en tous sens, et au profit de tout le monde, en haut, en bas, pour l'Etat, pour les particuliers, pour les riches, pour les pauvres, pour les nationaux, pour les étrangers. Il y a un peu de humbug à attribuer tout le développement d'activité et de richesse au free trade ; mais certainement il y est pour une large part.
Je ne connais pas sir Benjamin hall qui entre dans le Cabinet à la place de Sir M. Molesworth porté au colonal office. Savez- vous à quelle nuance il appartient ? Serait-ce un frère du capitaine de marine Basil Hall que j’ai beaucoup connu, et probablement vous aussi, grand voyageur et grand bavard.
Onze heures
Merci de m'envoyer la lettre d’Ellice. Je la lirai à mon aise dans la matinée.
Il n’y a pas la moindre raison d'avoir peur rue St Florentin. Pourquoi vous laissez-vous aller à des faiblesses que vous n'auriez pas si vous vouliez, car au fond de l’âme, vous ne les avez pas ? Si vous preniez la peine d'être un peu moins paresseuse, vous viendriez à Trouville, et d'être un peu moins poltronne, vous seriez tranquille au N°2. Voilà une phrase pas très correcte, mais elle est claire. Adieu, adieu. G

Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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64. Paris le 31 Juillet 1855

J'ai été hier à Enghien avec Sebach. J’ai passé une heure avec Bulwer. L’endroit est charmant, mais il n’y a pas un coin pour y loger. Bulwer croit à ce que je vous ai dit de Cowley. Il sait de plus que Cowley désire ce changement et qu'il l’a même demandé. Il m'annonce aussi que nous ne gagnerons rien à cela. Il nous déteste pour le moins autant que Radcliffe. Il n'a pas idée qui aurait paru. Tout ceci au reste n’est pas fait encore, et j’en douterai longtemps.
Cette course m’a fait manquer plusieurs visites, entre autres Heckern & Milnes que je regrette. J’ai vu le soir Duchatel & Montebello. On ne sait rien, absolument rien. Quel succès votre emprunt. Trois milliards 600 millions. Richesse et confiance, voilà ce que cela prouve. On me dit que cela prouve aussi, du jeu. Je n’entends rien à cela.
Brignole, rue St Dominique 66. J’ai eu une longue lettre de Morny. Content de la santé & de ses plaisirs. Peu de goût pour la société de Mad. Kalergi. Les passants qui ont vu l’entrée de l’Impératrice. hier lui ont trouvé l'air très pâle. Je n’ai point du tout de nouvelles à vous dire. Adieu. Adieu.

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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65 Val Richer, Jeudi 2 août 1855

Il me revient un scrupule. sur Enghien s’il vous prenait la fantaisie d'aller y passer quelques jours ; j’ai entendu dire que ce n'était pas un endroit très sain et qu’on y prenait quelquefois des acces de fièvre intermittente.
Je ne crois, ni à Redcliffe quittant Constantinople, ni à Cowley quittant Paris. Le gouvernement anglais peut faire de la mauvaise politique ; mais il ne fait pas des enfantillages nuisibles. Redcliffe est puissant à Constantinople ; Cowley, avec un peu plus ou un peu moins de faveur quotidienne, convient à l'Empereur Napoléon. Ils resteront l’un et l'autre où ils sont à moins que Redcliffe fatigué ne veuille lui-même se retirer, ce que je ne présume pas. C'est Bulwer, qui se complait dans ces rêves, ayant envie et de Constantinople et de Paris.
Le succés de l'Emprunt prouve en effet la richesse, la confiance et la passion du jeu. Lequel de ces trois mobiles est le plus efficace. Je n'en décide pas. Je suis frappé de la richesse qui surpasse tout ce que j'en croyais. Elle augmente chaque jour avec une rapidité prodigieuse. La France est le pays où l’on travaille et où l'on économise le plus. Je vois cela autour de moi, dans les petites villes, dans les campagnes. Il n’y a presque personne qui n'ait au bout de l'année, un capital de plus, gros ou petit, qu’il faut placer quelque part. Et pourvu qu'au dedans l’ordre règne, la mauvaise politique n’a sur ce progrès public, qu’une influence lointaine ; ce qui fait qu’on n’y pense guère. La mauvaise politique influt bien plus sur les esprits que sur les bourses, et fait bien plus de bêtes que de pauvres ; mais les bêtes qu’elle fait ne s'en aperçoivent pas.
Vous êtes bien ardents à faire des sorties. Il me paraît impossible que cette situation se prolonge encore beaucoup de mois. On est trop près les uns des autres et trop animé. Est-il vrai que le général Todtleben soit mort ? Les journaux anglais font son oraison funébre ; mais leur éloquence n’a pas l’air de la certitude.
Onze heures Je vois avec plaisir que le soir, Duchâtel vous est presque aussi fidèle que Montebello. Il a raison. Adieu, adieu. G. 

Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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70 Paris le 7 août 1855

Ah voilà de la tristesse. Vous ne venez pas, & vous êtes inquiet de votre fils. J'espère, que votre lettre demain sera meilleure bonne. Je vous assure que je ne penserai qu’à lui jusque là. J'ai eu une fameuse frayeur avant hier. On est venu me dire que Morny était tué par Changarnier. C'était sûr. La bourse, les chemins de fer en dégringolade. qu' est ce que cela me faisait mais Morny, Morny. J’ai courru moi-même aux enquêtes, j’ai été rassurée mais jusqu'à ce que je le fus j’ai été je vous réponds bien tourmentée, et j'en suis encore un peu malade. Toute frayeur ou émotion se porte chez moi sur les entrailles. Vous ne sauriez croire la sensation qu’avait produite cette fausse nouvelle.
Il n’y en a point d’autre au reste. On ne s'occupe que de l’arrivée de la reine. L’Empereur reçoit demain les prisonniers russes. Sebach, les lui présente. Je viens de voir un moment Baroldinguen. Il arrive de Stuttgard. Il regrette bien que son roi ne vienne pas, et le roi le regrette aussi. Et moi aussi. Il pouvait ressortir du bien de cette visite. Adieu. Adieu. Donnez-moi de bonnes nouvelles. demain, & faites bien mes. amitiés à votre malade.

Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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82 Maintenon le 5 septembre 1855

Je vais partir tout à l’heure. Je vous Je dis encore un mot d'ici. J’ai eu une lettre d’Alexandre de Courlande. Il est voisin des Pahlen qu'il voit beaucoup. On ne se doute pas de la guerre dans ces pays. Le commerce va comme du temps de paix. Les prix sont ce qu’ils étaient et notre change sur Londres hausse même au delà de ce qu’il était avant la guerre. Voilà qui est singulier.
Le 6. Jeudi
J'ai fait mon voyage très bien avec le Duc de Noailles. J’ai trouvé chez moi van de Straten qui arrivait de Bruxelles & qui part aujourd’hui pour Lisbonne, envoyé pour assister au couronnement du roi de Portugal. Il arrive d'Autriche. On est mécontent là de la position. Brun le contraire.
L’Empereur F. P. paraît jouer un triste rôle. On n’a pas grande opinion de son esprit. Le pays veut rester en paix. Elle n’a pas de quoi faire la guerre. Les affaires avec Naples se gâtent beaucoup. Le roi a vraiment fait une impertinence ici. Comment est-il possible qu'il se permette cela, et avec l'Angleterre en même temps ?
Antonini a changé une scène. Cerini a quitté Londres. J’ai vu Sébach, Molke, lady Holland, Dumon, Viel Castel, revu le duc de Noailles. Le temps est affreux, très froid, Paris est un désert. L’aspect le plus triste. Maintenon avait été superbe avant hier.
Hélène m'écrit à propos de Villa Vial que je lui avais recommandé, une lettre amicale, sans nouvelle, excepté que l’Emp. comptait aller à Moscou et à Varsovie. Elle me dit aussi que Paul dans ses lettres l'inquiète sur sa santé. J’espère qu’elle me dit cela pour m’inquièter & m’attirer hors d'ici.
Vos maux d’entrailles me dérangent et aujourd’hui je n’ai pas de lettres.
Je veux vous rassurer sur ce que vous appellez mon impolitesse. Comme il n’est point venu de renfort à Maintenon j’ai compris que comme on ne faisait de frais que pour moi. Je serais un débarras en partant. Je crois que c’est vrai, car on n’a pas insisté du tout. Mais j’ai été très aimable, & Cerini a bien chanté & tout cela a bien fini, pour recommencer mieux l'années prochaine, s'il y a une année prochaine.
Le Times demande qu’on envoye quelques vaisseaux pour bombarder Naples. Adieu. Adieu.
Voici votre lettre. Vous ne dites rien de votre santé. C’est donc passé .

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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82 Val Richer. Vendredi 7 sept. 1855

Le Journal des Débats traite bien mal le Prince Gortschakoff et il me semble qu’il a raison. Autant qu’un ignorant peut en juger, je trouve que le général a été là pour beaucoup dans la perte de la bataille. Ni la guerre, ni la diplomatie ne réussissent aux Gortschakoff, pas plus qu'aux Mentchikoff. Le général Todleben est, de votre côté, le seul homme qui ait grandi.
Vous avez surement remarqué le discours de Lord Derby à un banquet chez le Duc de Richmond. Faites-moi le plaisir de me dire quelle différence, il y aurait si c'était Lord John Russell qui eût parlé. Je n'en puis découvrir aucune. Voilà où en sont remis les grands partis anglais.
Je vois dans les feuilles d'Havas que votre Empereur doit se rendre, dans le courant de ce mois, à Odessa, et de là à votre armée de Crimée. En entendez-vous parler ? Autre fait, plus petit, que je trouve dans mon Havas. Lundi dernier, le Prince de Canino a fait à l'Académie des sciences, une sortie si étrange qu’on lui a à peu près imposé silence, et que l'Académie a voté unanimément contre lui. La science ne réussit pas aussi bien aux Bonaparte que la politique.
Il règne autour de moi une assez vive inquiétude dans la population ; la récolte est décidément plus que médiocre ; le pain sera plus cher l'hiver prochain que l'hiver dernier. Si le travail des manufactures venait à se ralentir, l’inquiétude deviendrait de l’agitation. On a été assez préoccupé dès la tentative socialiste, c’est-à-dire pillarde d'Angers, quoiqu’on n'en ait su aucun détail.
Voilà toutes mes nouvelles, et toutes mes réflexions. J’attends les vôtres.

Onze heures
Mes maux d’entrailles sont passés. C’était un fruit de la vie errante. Adieu, Adieu. G.

Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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84 Paris le 9 septembre
Dimanche

Je n’ai vu dans toute la journée hier que Henry Greville. mais il m'a beaucoup contre Quoique toujours la vieille. chanson. Il est ultra pacifique, l'Angleterre tout entière est le contraire à l’exception de ce petit noyau que vous connaissez. Palmerston très vieilli. La Reine enjouée de tout ici. Il n'y a que le prince Napoléon qui ne lui a pas plu dit-on.
Le Moniteur parle d'une coup de pistolet hier soir, sans doute pour effrayer l’Impératrice. Quelle abomination. Je ne verrai personne jusqu’à ma lettre partie.
Merci de me faire de la morale. J'en ai besoin et C’est très sain pour moi. Voici ce que me dit C. Greville. There is a passionate desire to talk Sévastapol and à sort of rumour against russia becauce she has baffled us so long, and mortified the national vanity & pride. Lovinplen dit que la Suède s'enrichit en nous fournissant des denrées caloniales. La Prusse ne s’appauvrit pas non plus en rentrant nos blés et autres produits. Les deux Greville s’attendant à un grand coup en Crimée d'ici au 12.
Les Sangonsko sortent d'ici. Ils étaient hier aux Italiens. L’Impératrice n’y était pas. Le public a vu le coup de pistolet sur le champs. L’Empereur a été applaudi avec enthousiasme à son entrée et sa sortie. Adieu. Adieu.

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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99 Val Richer. Lundi 24 sept. 1855

J’ai reçu le N°97. Mon fils est arrivé hier, beaucoup mieux quant à ses oreilles, cependant pas tout-à-fait guéri, je trouve. Les médecins, d’Aix la Chapelle et de Paris, sont contents et lui disent que, dans un mois, le bon effet des eaux de fera encore plus sentir.
Vous avez certainement remarqué, il y a quelques jours, la réponse fort digne et même un peu hautaine, du sultan, au drogman disant que Lord Stratford lui avait envoyé pour se plaindre de la rentrée d’un ministre, de je ne sais quel Méhémet Ali. Le sultan savait sans doute que Lord Stratford n'était plus bien en selle. C’est un événement que ce rappel, en ce double sens qu'à Constantinople l'Angleterre n’est plus Lord Stratford, et qu’elle livre la place à l'influence Française. Il me revient de tous côtés que cette influence est plus que jamais à la guerre. La prétention de l’indemnité le prouve ; si vous la refusez, comme je le présume, il faudra la prendre autre part ; l’Autriche ne peut pas la laisser prendre en Italie ; vous ne pouvez pas la laisser prendre en Prusse. Ni l'Allemagne non plus. On aboutit toujours à la grande guerre européenne, si la guerre se prolonge et sort de Crimée, c’est presque infaillible. Je dis presque pour ne pas trop manquer à la modestie d’esprit que les événements m'ont apprise.
Entendez-vous dire, comme on me le dit qu’il y a un peu d'humeur contre le maréchal Vaillant qu’on ne trouve pas assez empressé à la guerre, et que le général Canrobert pourrait bien le remplacer ?
Le prétendu coup de poignard du cent garde n’a pas fait autant d'effet en province qu'à Paris ; on n’y a pas cru, même avant que le Moniteur l'eût nié. On est très porté. en province, à voir partout des manœuvres de Bourse ; on déteste la Bourse, par mépris des joueurs, et par jalousie de leurs gains.
Ce qui fait toujours grand effet, c’est la chute de Sébastopol et votre abandon précipité de tout ce qu’on y a trouvé. Cela ne rend pas la guerre plus populaire ; mais la confiance et l’orgueil publics montent rapidement. On ne croit plus à la force, ni des ennemis, ni des alliés, on sourit en parlant de l'Angleterre, comme de la Russie ; on croit notre armée capable de tout. Ce sentiment se répand dans toutes les classes, dans tous les partis. C'est par là que la politique de la guerre peut avoir prise sur le pays ; on n'aime pas la guerre mais on ne doute pas de la victoire.
Le Vice Roi d’Egypte est-il réellement tombé malade, au bien est-ce l'Angleterre qui l’a détourné de venir à Paris ? J’ai peine à le croine. Ce serait un mauvais procédé bien prompt.

Onze heures
e vous prie de féliciter de ma part, M. de Meyendorff de la santé de ses fils. Félicitations bien provisoires, hélas, puisque la guerre continue et continuera longtemps ; mais enfin il faut se féliciter chaque jour, à chaque danger passé. Je n’ai pas encore lu le Rapport du général Simpson. Adieu, Adieu. G.

Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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109 Paris le 3 octobre 1855

Il y a dans votre lettre de ce matin un petit mot qui m’amuse. La grande et libre publicité dans un pays qui peut le supporter sans en être bouleversé & & &. Je n’ai pas besoin de développer tout ce que je pense à la suite. Petit à petit vous en viendrez à trouver que le régime anglais convient à peine à l'Angleterre.
C’est demain le 4 octobre. Passé 20 ans, il m'est impossible de féliciter un homme sur son âge. (les femmes je les arrête à 15) Je ne vous félicite que d'une chose, c’est d’être entouré de votre famille.
Greville n’a pas la plus légère espérance de la paix. Vous voyez d’après tout ce qui revient de Russie que personne là n’y rêve. a hopeless case. On dit beaucoup que nous manquons d’argent. Je ne m’aperçois d’aucune dimi nution dans notre change.
J’ai dit à Meyendorff tout ce que vous désirez que je lui dise sur son malheur pauvre, pauvre homme. Sir Henry Ellice vient de mourir à Brighton. J’en suis vraiment désolée. Je l'aimais & l'estimais beaucoup. Excellent esprit, très droit.
On dit que Lord Westimorland sera remplacé à Vienne, par lord Napier, grand radical. Drôle de choix, pour Vienne. Adieu. Adieu. 

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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1848 Val Richer Vendredi 12 oct. 1855

Un bon observateur et fort au courant des affaires de la cité, m'écrit de Londres : " Si la crise financière continue et Si, d’ici à la fin de l’année, la banque d'Angleterre augmente encore son escompte d'un et demi ou de deux pour cent comme on le craint dans la cité (cela dépendra surtout du besoin d’argent qu'aura la France pour faire face à la fois à la disette, et à la guerre), il sera bien difficile au gouvernement anglais de continuer la guerre dont on n’avait prévu ici ni la grandeur, ni la durée.
Demandez à Lord Lyndhurst ce qu’il en pense. Quoiqu’il soit sourd et aveugle. j’aurais confiance dans son jugement si j’en avais dans sa probité politique ; mais je n’en ai point. Peu importe donc ce qu’il vous dira. D'ailleurs, quand un grand pays est engagé dans une grande affaire, ce ne sont jamais les difficultés d’argent qui l’arrêtent ; elles n'équivalent jamais à l'impossibilité. On paye plus cher et on souffre davantage, voilà tout. La guerre actuelle n'imposera pas à l’Angleterre la moitié des sacrifices que lui a coutés la guerre contre Napoléon. Il est vrai que la première était une guerre de nécessité et que celle-ci est une guerre de luxe.
Je trouve que la visite du Duc et de la Duchesse de Brabant à Paris valait bien que la Reine Marie Amélie fût libre de recevoir à Bruxelles les visites qu’elle voudrait.
Je voudrais bien savoir s’il est vrai comme le disent quelques journaux, que les Puissances belligérantes, vous comme nous ont autorisés, pour tous les neutres, le libre commerce des grands dans la mer d'Agoff et la mer Noire. Ce serait très civilisé et très sensé. Nous y gagnerions du pain et vous de l'argent. Ce ne serait d'ailleurs que conforme aux bons principes, en fait de commerce des neutres.

Onze heures
Je vois qu’on attend tous les jours le bombar dement d'Odessa. Adieu, Adieu. G

Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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123. Paris jeudi le 18 octobre 1855

J’ai vu hier Fould. Son langage. me plait beaucoup. Il n'est pas question d’étendre la guerre, certainement pas. Si on nous prend la Crimée ce sera pour nous la rendre. Il croit toujours pouvoir répon de que la paix se fera avant Je ne devine pas 6 mois. comment on s’y prendra pour cela. Mais la disposition est bonne.
Fould a rencontré ici Dumon arrivé d’hier. Il a toujours de plaisir. beaucoup à le voir. Ils ont beaucoup causé surtout Ce qui ne m’intéresse pas. Agriculture, canaux, chemin de fer.
On a trouvé le spectacle à St Cloud avant hier très amusant, mais très leste. Les premières armes de Richelieu. Cela semble un épigramme à l’adresse du duc de Brabant. Je ne crois pas à l’intention. Je ne connais pas la pièce, je vais Du reste les la lire. Augustes visiteurs plaisent & se plaisent beaucoup ici.
Nouvelle lettre de Greville bien persuadé que les Français resteront à Constantinople quoiqu'il arrive, & trouvant la paix surtout difficile pour que les alliés ne pourront pas s’accorder entre eux. C’est un côté nouveau de la question ! Il me dit aussi la retraite de Reeve, et tonne contre Le Times à quoi cela sert il ? Adieu. Adieu.

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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128 Val Richer, Mardi 20 Oct. 1855

Je me suis amusé hier à relire dans M. de Ségur le voyage de l'Impératrice Catherine en Crimée, le siège d'Oczakow, le Duc de Richelieu, le comte Roger de Damas, sortant du bal et montant les premiers, en habit habillé, et en bas de soie, sur les remparts. Que les temps sont changés ! Je comprends que l'Empereur Nicolas soit mort de chagrin.
Ici, le gouvernement a raison, au milieu de ses efforts pour la guerre, de ne pas négliger les nécessités de l’ordre au dedans sa création des élèves gendarmes, qui n’est au fond qu’une augmentation de la gendarmerie, est une bonne mesure. Il y a dans le pays, des inquiétudes sérieuses, pour l'hiver prochain. J'habite la province, la plus tranquille de France, quoique ce soit en même temps celle où le blé est le le plus cher. Je ne crois pas qu’il y ait de désordre ici ; mais on le devra au bon esprit des habitants et à l'étendue de la charité publique. On ne se pas aussi sage partout.
On m’écrit de Paris, et je vois dans Havas que Bourqueney retournera à Vienne comme ambassadeur. Cela ne peut arriver sans qu’on en fasse autant pour Hübner. Il serait bien content.
Est-il vrai que Richard. Metternich aille à Madrid, et que sir William Molesworth soit très mal ? Pure curiosité de conversation, car ni l’une ni l'autre n'a d'importance politique, et ne m'inspire vraiment d'intérêt personnel. Dans trois semaines, je n'écrirai plus mes questions.

Onze heures
Pas de lettre. C'est certainement encore une irrégularité de la poste, service mal fait-ici. Adieu, Adieu. G.

Auteurs : Beaupoil, comte de Saint-Aulaire, Louis-Clair de (1778-1854)

Auteurs : McCulloch, John Ramsay (1789-1864)

Auteurs : Duchâtel, Tanneguy (1803-1867)
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