Guizot-Lieven

Correspondance croisée entre François Guizot et Dorothée de Benckendorff, princesse de Lieven : 1836-1857


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Mot(s)-clef(s) recherché(s) : Monarchie

Auteur : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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Richmond Samedi le 19 août 1848
1 heure

Hélas, voilà mon fils parti ! J’en ai le cœur bien gros. Il l’a vu, et je crois qu'il en est touché. Il va à Bade, de là à Castelamane, & il veut revenir à Brighton à la fin de Novembre. Je n'ose y compter. Le temps est affeux. Tempête et pluie. Comme c’est triste quand on est triste et seule ! Pierre d’Aremberg m’est resté sur les bras hier pendant cinq heures, c’était long. Ce qu'il m’a dit de plus intéressant est la ferme croyance de son parti que dans trois mois Henri V sera en France, Roi. Nul doute dans son esprit et il est entré dans des détails qui m'ont assez frappée. Ce qui a donné de la valeur à ses propos, c'est que une heure après, j’ai vu Lady Palmerston à Kew, qui me dit avec étonnement qu'ils venaient de recevoir de Paris la confirmation de ce que leur disaient depuis quelques temps les lettres particulières que le parti légitimiste avait gagné énormément de terrain, et qu’il était presque hors de doute que le duc de Bordeaux serait roi, & sous peu. Après l’étonnement venait le plaisir. Evidemment le premier intérêt là est que la France redevienne une Monarchie. Enfin je vous redis Lady Palmerston, me donnant cela comme une nouvelle officielle du moins venant de source officielle. Son mari n’a pas paru du tout au dîner donné à G. de Beaumont. Il était retenu à la Chambre. Beaumont a été fort causant, cherchant à faire deviner qu’il n’était pas républicain du tout, et disant très haut qu'on l’était très peu en France. ça et là, quelques propos très monarchistes. On ne lui a pas trouvé la tournure d'un homme du grand monde. Mais convenable, l’air honnête. Tournure de littérateur. Il a bien mal parlé de Lamartine, Ledru Rollin & & D’Aremberg affirme positivement que la Duchesse d’Orléans a pris l’initiative à Frohedorff et qu’elle a écrit une lettre de sympathie, se référant à ce qu’elle avait toujours éprouvé pour eux, & demandant que dans une infortune commune ou confondue les douleurs, & les espérances, & la conduite. Il affirme.
Lady Palmerston très autrichienne disant que l’affaire est entre les mains de l’Autriche, qu'ils sont les maîtres. Espérant qu’ils se sépareront du milanais mais ne se reconnaissant aucun droit pour ce disposer contre le gré de l’Autriche. Impatiente de recevoir les réponses de Vienne. Inquiète de Naples. Mauvaise affaire pour Gouvernement anglais. Le Danemark, espoir, mais aucune certitude de l’arrangement. Toujours occupée du manifeste [?] qu'on trouve plus bête à [?] qu'on y pense. Voilà je crois tout. Je reçois ce matin une lettre de Lord Aberdeen pleure de chagrin de ce que vous ne venez plus. & puis beaucoup d’humeur des articles dans le Globe où Palmerston lui reproche son intimité avec vous. Comme je n’ai pas ce journal je n’ai pas lu.
J'oubliais que G. de Beaumont annonce une nouvelle bataille le dans les rues de Paris comme certaine. J'oublie aussi qu’il tient beaucoup au petit de avant son nom. Le prince Lichnovsky, (celui de Mad. de Talleyrand) est arrivé à Londres, on y arrive comme pendant à Lord Cowley à Francfort. Nothing more to tell you, excepté, que je trouve le temps bien long, bien triste, et qu’il me semble que vous devriez songer à me marquer le jour de votre retour. Depuis le 31 juillet déjà. C’est bien long ! Adieu. Adieu.

Auteur : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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Richmond le 25 août 1848
Dix heures

Nous rabâchons toujours Montebello et moi de 9 à 10 le soir. Il est plein de sens. Il ne croit pas à la République, mais la conduite de Cavaignac lui parait très bonne. Seulement il l’attend au moment où il faudra choisir entre le parti modéré qui est nécessairement monarchique, et la république rouge. C'est à ce moment là qu'il voit la fin de régime actuel, dans quelque camps que Cavaignac se jette, et il le croit plus disposé au rouge qu'au blanc. Comme cet homme pourrait jouer un grand & noble rôle s'il n’était pas un enragé républicain ! Je commence à croire tout à fait aux tendresses de l’Empereur pour lui. Je vous ai toujours dit que l’Empereur avait le plus profond mépris pour les monarchies constitutionnelles ces deux mots lui semblent pire. Une franche république lui parait tout à fait logique. Il n’a pas tort. L'Angleterre seule est capable de supporter le disparate. Et encore, c’est bien une république ceci, république aristocratique. Car vous conviendrez que le Roi n'y compte que comme décoration. Retournez à Louis 14, ou bien résignez-vous à la perpétuelle confusion.
Les Holland vont partir, pour, ils ne savent où, le fidged anglais. Elle en pleure. Lui s'ennuie. L’arrangement de Holland house l’a occupé, passionné ; c’est fini, il est déjà blasé de la jouissance, car ce n’est par la question d’argent qui les chasse. Je les regretterai c'est une ressource. Je voudrais bien n’avoir plus à spéculer sur les ressources en Angleterre. Le Times de ce matin est encore très curieux de toutes les façons. J'espère que vous ne croyez pas un mot de la révolution à Pétersbourg ?

2 heures.
Voici votre lettre si courte & vous la promettiez longue. Pour quoi ne pas écrire par provision, vous avez du loisir ? Merci des incluses. Il me faudra du temps et des intervalles pour les lire (attendu mes yeux) je ne vous les renverrai donc que demain. Je suis très curieuse de Paris, aujourd'hui. Les modérés diraient que c’est palpitant. Adieu. Adieu, nous aurons encore un très mauvais jour le Dimanche, et les bons faute de mieux au nombre de 7 et puis et puis. Adieu. Adieu.

Auteur : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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Richmond lundi le 28 août 1848

Voici quelques nouvelles sans compter l’arrestation de Louis Blanc & Caussidière que vous apprennent les journaux. Montalivet a passé à Londres quelques jours, il repart ce soir. Le travail monarchiste est plus grand et plus avancé qu'on ne croit. L’union des partisans des deux branches se produit partout. Le parti est bien prié de marcher en semble. Berryer mène tout cela. Son langage excellent. Il a vu Montalivet. Sur la question de fortune, c'est Berryer qui s'opposera de toutes ses forces à la spoliation. Molé est là aussi, Thiers aussi, enfin tout ce qui n’est pas républicain. [Berryer s’oppose à toute démonstration prématurée. Elle allait éclater dans le midi, il l’a empêchée.] Montalivet a causé avec Cavaignac. Très républicain mais il croit de lui, que s’il était acculé à la nécessité de choisir entre la monarchie & la république rouge, il n’irait pas à celle-ci, il se retirerait de la scène. Montalivet ne pense pas qu'il y ait si prochainement une lutte dans la rue. Mais Il est persuadé qu'il faut encore quelques batailles avant d'arriver à la monarchie. Tout ceci m’a été dit par mon voisin de Petersham, qui a vu Montalivet hier matin.
J’ai rencontré hier M. de. Beaumont à Holland house. Je l’ai trouvé causant très intimement avec Dumon, et je les ai laissé comme cela aussi. On me dit que la reconnaissance a été une explosion de joie de la part de Beaumont. Celui-ci ravi de la séance de l'Assemblée et de son résultat. Cela va donner de la force au gouvernement. Il a parlé de Thiers, de son langage, qui est ceci : je ne suis plus un homme politique, je ne me mêle pas de cela. J’ai fait Cavaignac Colonel, je n’irai pas me faire son ministre. Je ne pense être que président de la république & probablement je ne le serai pas. Beaumont ajoute, certainement pas, car Thiers est l'homme le plus impopulaire de Paris . Beaumont blâme Molé de se faire porter à l’Assemblée. Il n'y jouera aucun rôle. C’est manquer à sa dignité. Il devait rester tout-à-fait à l’écart. J’ai vu Lord John hier matin. Il part jeudi prochain pour l’Irlande. De là il ira rejoindre la Reine en Ecosse. Elle s’y rendra le 6 après avoir prorogé le 5 le parlement en personne. C'est pour la première fois qu’un premier ministre manque à cette cérémonie. Il m’a fait lire la lettre qui accrédite M. d'Andréau ici comme ministre du Vicaire. Long, un peu diffus, ce que j’y ai relevé de plus remarquable est le respect aux traités. Du reste les attributions que vous connaissez du Vicaire. Diplomatie, commandement de toutes les armées, & & &. Le tout cependant qualifié de gouvernement provisoire. Lord John a rencontré M. d’Andréau. Samedi soir chez Lord Palmerston Il ne s’est pas soucié de faire sa connaissance. Normanby parle aussi du travail légitimiste sans y attribuer autant d'importance que nous. La France est pressée de la médiation italienne car elle craint des interpellations à l’Assemblée. De son côté l'Autriche n’a pas encore répondu à la proposition de la France & de l'Angleterre envoyée de Paris, le 9 août ! Les diplomates ici sont très convaincus que Palmerston travaille à faire donner Milan au Piémont & que la France le veut aussi. Tout le monde trouve le retour de l’Empereur à Vienne très intempestif. Il fallait y rentrer avec Radski à la tête de 30 m. Voilà tout mon bulletin de hier. Comme je le trouve un peu intéressant. Je n’ai pas des yeux pour recommencer, je vous prierai de l'envoyer tel quel à Lord Aberdeen. Mettez ceci simplement dans une enveloppe à son adresse.
Haddo House Aberdeen. N. B.

J’ajoute que les nouvelles de Naples sont bonnes. Personne n’y veut plus de la Constitution. Le Roi veut cependant maintenir ce qu'il a octroyé et promis, mais si la montagne demandait davantage, il retirerait tout. En Sicile la réaction est très prononcée partout, moins Palerme et là seulement les grands Seigneurs encore récalcitrants. Ludolf a fait beaucoup d’efforts pour tirer de Lord Palmerston ce qu’il fait là de sa flotte, & s’il compte s'opposer ou non à l’expédition napolitaine. Palmerston a constamment éludé, & dit qu'il n’avait aucune réponse à donner sur ce point. Disraeli fera après demain une revue générale de la session pour attaquer le ministère. Lord John reste pour y répondre. Il part le lendemain. Deux heures. Voici votre lettre pleine d’excellents raisonnements. Je reçois aussi les journaux et je vois que l'Assemblée n'a pas voulu poursuivre les deux membres accusés sur les événements de Juin. Quelle poltronnerie ! Pas évidemment Cavaignac allait jusque-là. Que pensez vous donc de ce dénouement ? Je trouve que c’est lâche. Le jury est capable de les absoudre. Je viens de lire le passage du discours de Ledru-Rollin qui s'adresse à Thiers, Odillon Barrot, & & C'est très bien, et cela pouvait une même être encore plus fort. Envoyez, je vous prie mes deux premières feuilles à Lord Aberdeen. Je trouve parfait ce que vous avez envoyé à d’Haussonville. Je le garde soigneusement.
Quel plaisir de penser à Samedi. Dites-moi à quelle heure vous viendrez. Sera-ce le matin ? Pour dîner ? Je veux savoir d'avance pour me réjouir d’avance Adieu. Adieu. J’ai écrit au duc de Noailles pour lui dire que vous seriez de retour le 1 ou le 2. Morney va aujourd’hui en Ecosse pour chasser. Flahaut reste à Londres. La femme part pour l'Ecosse aussi. J'essayerai d’apprendre quelque chose her [?]. Adieu. Adieu.

Auteur : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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Richmond Mardi le 29 août 1848

C'est charmant de penser que je ne vous écrirai plus que demain encore à Lowestoft, car n’est-ce pas que jeudi j’adresserai ma lettre à Brompton ? Le bruit s’est répandu hier à Londres que Louis Blanc et Caussidière y étaient arrivé. C’est très probable puisqu’on les a laissé s'évader. Quelle signe de faiblesse ! En général le dénouement de cette grosse affaire me parait pitoyable. J’ai eu quelques développements. de plus du dire de Montalivet. Cavaignac lui a dit qu’il était absolument décidé à main tenir la paix. Il lui a dit aussi. Je ne serai jamais un Monck, & je ne jeux pas le paraître. Montalivet tient qui à attendre. Très honnête homme, plein de bon sens. Que son bon sens lui montre qu'il faut une monarchie, mais que les habitudes, sa mine & ses amis le tiennent enchaîné à la République. Les membres de l'opposition sont très unis entre eux, mais ils cachent leur intimité. Je veux parler de Berryer, Thiers. Molé en est. Berryer est tout-à-fait le leader. Il a causé avec Monta livet. Excellent langage. Dans le faubourg St Antoine on dit : Ils nous ont trompé avec leur république, depuis que les riches ont disparu, nous en sommes plus pauvres. Cela ne peut pas aller. Il nous faut un Roi. Cavaignac est un brave, car il nous a bien battus. Pourquoi Cavaignac ne se ferait-il pas roi ? Montalivet trouve la fusion des deux branches très avancée à peu près complète parmi les partisans. Avec de la prudence il croit que cela doit aboutir. Il est pour le plus légitime. On me prie de tenir ceci très secret. Celui qui me le demande est pour aussi. Après tout, c’est raisonnable.
J’ai eu hier à dîner deux russes diplomates. Il est très vrai que Palmerston cherche à renoncer avec l'Espagne, mais il est très vrai aussi que, selon ces messieurs, et ils peuvent le savoir, jamais les chances de Montémolin n’ont été si bonnes. Je vous dis tous les commérages. 1 heure. On m’apporte votre lettre courte, mais c'est égal. J’abandonne toute prétention à présent que je me sens si proche du bon moment. J'ai une lettre de Barante. Elle ne mérite pas de vous être enroyée. Evidemment il vit dans la lune. Lumière douce, aimable, rien de plus. Il ne sait pas du tout ce que se passe. Le prince Albert a acheté le cottage qui appartenait à Sir B. Gordon, frère de Lord Aberdeen. C'est là qu'il va avec la Reine. Il est bien sûr qu’ils y verront votre ami. Adieu. Adieu. Le temps se relève enfin. Adieu.

Auteur : Guizot, François (1787-1874)
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Lowestoft, Mardi 29 août 1848

Il se peut que le résultat pratique de la séance de l'Assemblée soit bon. Mais l'effet est pitoyable. Mon impression est que de la part de tout le monde, c’est une comédie, et que gouvernement, commission, opposition, insurrection, modérés, rouges, tous se sont entendus ou mutuellement tolérés, pour se tirer tous ensemble d'embarras. Voici les trois faits qui me frappent. L’intervention soudaine et évidemment concertée du Gouvernement pour couper court au débat politique, en y substituant une poursuite judiciaire. Le silence absolu de la commission, et de tout le parti modéré dans le débat politique. La poursuite judiciaire elle-même réduite à rien par le vote qui met Caussidière hors de cause pour le 23 Juin. Personne n’a voulu d’un vrai combat. Les modérés ménagent Cavaignac. Cavaignac ménage les Républicains. Les Républicains se ménagent eux-mêmes. Ce n’est pas grand. Il n’y a que deux grandes choses en politique, le bon gouvernement ou la passion forte. Ni l'une, ni l’autre n'est là.
Le voyage de Montalivet me frappe beaucoup. Il est évidemment venu pour dire à Claremont ce que vous me dites des progrès de la fusion. Je suis curieux de ma première conversation avec le Roi. Si le mal dure et s’aggrave, si les légitimistes ne se perdent pas par une explosion prématurée, cette solution qui n'a d’autre défaut que d'être chimérique, pourrait bien devenir la suite possible et arriver un jour naturellement, comme une chance unique et nécessaire. Je ne me lasse pas d’y penser. Votre bulletin est très intéressant, et je vais l'envoyer à Lord Aberdeen. J’ai eu des ses nouvelles hier au soir. Infiniment amical. Pas un mot de sa lettre dans le Times.
Assez préoccupé des couches de Madame la duchesse de Montpensier et du débat qu'elles ramèneront à la prochaine session du Parlement. Je reviens à Paris. Je parie que Louis Blanc et Caussidière ne seront pas arrêtés et qu’il y aura, à la promulgation de la Constitution, une amnistie où ils seront compris, comme moi. Le débat, sur la constitution commence après-demain. C'est l'affaire de quelques semaines. On m'écrit de Paris que l’ordonnance de non lieu pour notre procès est rédigée et remise au gouvernement qui la garde. J’ai toujours cru et je crois de plus en plus à la conclusion par l’amnistie générale.
Les bravades Italiennes recommencent. Ils n'en seront pas plus braves si on en revient à la guerre. Mais ce sont des embarras de plus pour la médiation. J'admets les hypothèses les plus favorables, l’ordre rétabli en France, en Italie, en Allemagne, la banqueroute (je veux dire the failure) de toutes les révolutions ; il n'en restera, pas moins de tout ceci, un grand mouvement en Europe, et de grandes difficultés, de plus pour les gouvernements.
Que de choses à nous dire en attendant ! Et après ! J’aime mieux aller dîner avec vous samedi. Nous aurons plus de temps. J’arriverai à 2 heures si les heures du chemin de fer ne sont pas changées. Cela vous convient-il ? Il y a un temps d’arrêt et une attitude générale d’hésitation en Allemagne. Je rabâche. Les hommes sont toujours assez fous pour commencer toutes les folies. Plus assez pour les pousser jusqu'au bout. Je n’en entrevois pas mieux la solution de la question allemande. On n'ira pas où l’on dit. On ne reviendra pas où l'on était. Cet avenir-là est plus obscur que menaçant. Adieu. Adieu.
Demain je dirai après-demain pour partir. Après-demain je dirai après demain pour tout de bon. Adieu. Adieu. G.

Auteur : Guizot, François (1787-1874)
https://eman-archives.org/Guizot-Lieven/import/images/MF-G-L010_00266.jpg
Brompton Samedi 9 Sept. 1848
9 heures

Je vous ai quittée hier à 4 heures moins un quart. J'étais chez moi à 4 heures 35 minutes, ayant changé trois fois de voiture, le railway, mes pieds et l’omnibus. On ne peut guères surmonter mieux l'obstacle de la distance. Mais l’ennui de la séparation reste et il est grand. J'étais levé ce matin de bonne heure. Non seulement je travaille, mais j'y reprends plaisir. Je retrouve cette confiance de ma jeunesse où je croyais à l'efficacité de mes paroles autant qu'à la vérité de mes idées. A la réflexion, j’en rabats ; mais le fond reste. Grâce à Dieu, car pour être un peu puissant, il faut, non seulement vouloir l'être mais croire fermement qu’on le sera.
Je n'ai rien appris hier soir. Rumigny part aujourd’hui. Il est de ceux qui voudraient que de Claremont, on se montrât, en parlât, on fit sentir sa présence à ses amis. Il dit que les amis le demandent, se plaignent du silence. Il rappelle la proclamation que Zea Bermudes fit faire à la reine Christine chassée en 1840, et la bonne position d'attente que ce seul fait rendit à la Reine. Il se peut que le moment vienne, pour le Roi, de dire quelque chose ; mais, à coup sûr, il n’est pas venu. Je viens de vous renvoyer Jean. Je persiste dans mes deux avis. Il faut proposer ce que vous dit Lutteroth. Il faut sommer Lady Holland de se retirer. Rothschild vous donnerait en tous cas, la préférence. Les Holland ne sont que des oiseaux de passage. Merci du gibier.

Midi
Que dites-vous des derniers mots de la Lettre de Louis Bonaparte ; on ne détruit réellement que ce qu'on remplace ? C’est une candidature bien déclarée. J’ai toutes les peines du monde à prendre cet homme-là un peu au sérieux. Pourtant il a été quelques jours un prétendant sérieux. Il pourrait le redevenir. Il faut pas se donner une démolition de plus à faire. Bon avis aux partis monarchiques pour qu’ils s’entendent. Le Journal des Débats continue. Le Gouvernement de Cavaignac est bien isolé. Le National pour tout appui ! Et le National embarrassé, triste. Il est impossible que cette situation dure longtemps.
Je regrette ce pauvre général Baudrand. Il n’avait plus rien à faire en ce monde. Mais je n’aime pas que les honnêtes gens meurent. C'était un soldat vertueux et gentleman. Très noble type. Il sera mort tristement et tranquillement. Il y a certainement quelque chose de nouveau de la part de l’Autriche. Vous l'aurez peut-être su hier soir. Je regarde attentivement aux préparatifs de Marseille. Ce ne sont pas des préparatifs de guerre. Il ne peuvent avoir pour objet qu’une démonstration. Où ? Pourquoi ? Le Pape ne parait pas menacé en ce moment. Le discours de la Reine est bien confiant dans la pacification. Croker croit à la guerre. Il m’écrit. « I am more and more convinced that this republic must end speedily, in another convulsion whether thal will produce another republic, red or rose, or a monarchy,or a regency. I cannot guess ; but as soon as ever the dictatorial sword it theather, we shall have another Struggle, in Paris ; and then also, if not before, a continental war. Je ne crois pas. Adieu. Adieu.
A demain Holland house. n'oubliez pas la lettre dont je vous ai envoyé tout à l'heure un paragraphe. Adieu. G.

J'ai donné transmis à mon avocat les renseignements que vous avez bien voulu me transmettre sur mon procès, Il en a causé de nouveau avec mon oncle qu’il a trouvé mieux disposé pour une transaction et prenant lui-même quelque peine pour y disposer les autres parties intéressées Mais il y a pour celles-ci surtout, et pour la situation où elles se trouveraient si la transaction avait lieu, certaines garanties qui paraissent indispensables. Je n'y vois, pour mon compte aucune difficulté. Quand mon avocat trouvera les choses assez avancées pour que j'aie à répondre, je vous prierai de me dire votre avis. Encore une fois Je ne vous demande plus pardon de vous ennuyer ainsi de mes affaires. x Mais certainement il y a progrès vers la conciliation.

Auteur : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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Richmond Mardi 12 Septembre 1848
4 heures

Je rentre de ma visite à Claremont. J’ai trouvé l’humeur sereine et le langage bon. Le Roi m’a parlé du projet, tranquillement. Je n’ai d’ordre à donner à personne, j’attends. La France jettera le mouchoir à l’une ou l’autre belle. Impossible de deviner laquelle. Henry V est bien difficile. Les préventions sont encore toutes là. Nous verrons ; je ne veux pas me remuer.. Il est frappé de ce que Lord Clauricarde ne soit pas venu après vous avoir dit qu’il irait. Il est convaincu qu'on lui a défendu, c’est possible. Il ne savait pas le lieu où habite Mademoiselle, je le lui ai nommé. Sarbeton près de Kingston. D’après ce qu'il me dit il ne lui serait encore rien revenu de là. Eloges de l'Empereur. Grande confiance dans la paix. Voilà la conversation. J’ai raconté la rencontre à Holland house qui a diverti mais on m'a très bien parlé de M. de Beaumont qui se serait très bien conduit le 24 février. J'ai bien froid. Quel vilain temps pour Septembre. J’ai trouvé à Claremont le général Berton qui venait d'arriver avec sa famille. Je croyais que jeudi était demain. Je découvre que c’est après-demain. C'est encore loin. Hélas !
Adieu. Adieu. Car je n’ai plus rien à dire.

Auteur : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
https://eman-archives.org/Guizot-Lieven/import/images/MF-G-L011_00142.jpg
Brighton 25 janvier 1849

Votre lettre ce matin est très intéressante. Moi aussi j’ai bien appétit de causeries avec vous. Nous en aurons à peine. Ne pourriez-vous pas rester encore Lundi ? Que ce serait charmant ! Si vous trouvez trop dur de rester un jour de plus avec moi, voulez-vous ne venir que dimanche cela me déplaira, mais j’aime mieux le Lundi seul que le Samedi divisé. Ou bien encore persistons dans le samedi et voyons comment nous nous en tirerons. Je serai équitable et je ne vous demanderai que l’ordinaire, si cet ordinaire suffit. J’ai idée que ceci sera votre dernière course à Brighton vous pourriez la faire plus longue. Constantin m'écrit que le Roi de Prusse refusera décidément l'Empire, il veut avant tout rester avec ses deux vieux alliés ; il est inébranlable sur ce point.
8 h. du soir. Longue visite encore de lady Palmerston. Grande joie de la réduction dans l’armée et la flotte, en France son en train de désirer L. Bonaparte for ever. Avec les Orléans il y a trop de jeunes mauvaises têtes. Avec les légitimistes trop de vieilles perruques L.B. et l'Empire. C’est ce qu’il y a de mieux. Elle part demain matin pours Londres. Le Prince d'Orange qui vient d'arriver est invité à Windsor avec [?] Ld Palmerston ne l’est pas. C'est fort. Adieu. Adieu. à Samedi Adieu.
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