Votre recherche dans le corpus : 292 résultats dans 6062 notices du site.Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix (1850-1857 : Une nouvelle posture publique établie, académies et salons)
53. Paris, Vendredi 20 juillet 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Hubner, qui est venu hier, prend grand plaisir à penser que cest la dépêche de Bual à lui qui a causé la chute de Lord John, et qui pourrait amener celle du ministère. Je ne me rappelle plus cette dépêche. Mais il est évident que Hubner déteste les Anglais.
Il m'en est arrivé un hier soir qui m’a fait grand plaisir. C’est Lord Howard de Bruxelles. Il n’avait pas vu encore son ambassadeur et ne s'en soucie guerre. Il a de l’esprit, de la routine, de la pénétration. et je ne le trouve pas exagéré. Il m’a dit des choses retrospectives fort sensées.
Rien de nouveau. La Chambre des communes a dû voter hier sur la motion Rocheck. Et sans doute la rejetter. Vous voyez cependant qu’on insiste encore sur la production de certains papiers. On voudrait savoir quelle est la circonstance qui a décidé le refus de l'Angleterre d’accéder à la proposition de l’Autriche. Cela se devine mais on en veut les preuves.
Le général Crenneville a été nommé grand officier de la légion. C’est sans doute un retour d'un ordre autrichien au général d'Etang.
Duchatel me charge de vous dire que M. Bineau a écrit à l’Institut pour refuser la commission d’office. C’est ainsi qu'il s’exprime.
Morny m'écrit d’Ems. Il me regrette là, il a raison. Il a peu de ressource. Barthe est-là. Ils trouvent à un deux que l’opinion en Alle magne est moins favorable à la France qu’elle ne l'était l’année dernière. Notre résistance nous a grandi. Les allées sont moins craints. On admire les Français.
On traite très mal les Anglais Je crois tout cela très exact.
2 heures
Majorité de plus de 100 voix pour les ministres chez la motion de Rocbuck. Adieu. Adieu.
54. Paris, Samedi 21 juillet 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Greville m'écrit à propos de Lord John sur huit pages ce que vous me dites sur lui en huit lignes. Il le juge comme vous, et je suis complètement de votre avis. Bulwer en parle de même. Je l'ai revu hier soir, élevé, et mécontent. Bien aigre contre Palmerston à propos de son frère.
Flahaut est parti pour Londres hier, il est venu me voir une heure avant. Pleine confiance que Sébasta pol sera pris. Et disposition de punir la Prusse pour sa protection de notre commerce. Mais la Prusse et l’Allemagne c’est tout un. Voudra-t-on se brouiller avec elle ?
Abbatini a aussi perdu son fils en Crimée. Il n'y a que des tristesses. Et moi je ne suis pas gaie. Et puis je n'ai rien à vous dire, et cela m'ennuie aussi. Je passerai aujourd’hui une soirée toute solitaire. Le peu de personne qui viennent, se partagent ce soir entre Rachel, & Ristori voir même Cérini. Adieu. Adieu.
Je n’ai rien appris sur le gl Forest. Je demanderai. Adieu.
55. Paris, Dimanche 22 juillet 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Hier soirée solitaire. Cela n’est pas sain. Le matin quelques Anglais. Les Demaison et Poodle Byng vous connais sez beaucoup les Demaison ; d'aimables gens. Ils regrettent bien de ne vous avoir plus trouvé ici. Le ministère anglais triomphant. Avez-vous remarqué cependant que l’emprunt turc n’a été accordé qu'à une majorité de 3 voix sur 300 votants ?
Le Journal des Débats a un article remarquable aujourd'hui où pêche-t-il ses nouvelles ? La dépêche de Nesselrode est elle vraie ? J'ai été faire visite à la Duchesse de Hamilton hier, Fould y est venu. Le fils d'Abatinni était à l’extrémité mais pas mort.
L’Empereur ira à la fin de la semaine chercher l’Impératrice.
Point de nouvelle, mais on s’attend à un grand coup cette perspective fait frémir, tant de victimes encore ! Le duc de Noailles n’est pas revenu encore. Il a été à une grande fête donnée par les Holland. Beau temps & beaucoup de monde, 700 personnes ici il ne fait pas laid, mais pas chaud. Je suis bien aise. de ceci. Adieu. Adieu.
56. Paris, Lundi 23 juillet 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
57. Paris, Mardi 24 juillet 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Le duc de Noailles est revenu très enchanté. Il a eu toutes les satisfactions, et de vanité aussi, à quoi il est sensible. Il m’a conté tout cela longue ment et me parait enchanté, et regarde cela comme une très bonne visite. Belle fête chez les Holland où il a rencontré toute la haute société de Londres 700 personnes. Cela avait commencé par un luncheon pour les d’Aumale. Quelques ministres en étaient. Il a été chez Lord Aberdeen et a longtemps causé avec lui. Aberdeen s’amuse un peu de n’avoir pas fait tout ce qu’il aurait pu pour empêcher la guerre. Aujourd’hui, il faut qu’elle mène son cours. Il regrette que John n’ait pas gardé son attitude de patron de la paix. Le noyau existe et respectable. Du reste Noailles dit que tout le monde, le gros public est pour la guerre absolument.
J’ai eu une lettre d’Ellice que je déchiffre encore et que je vous enverrai demain. Ce que je relève là, c’est que Palmerston est un pauvre leader. Que le parlement. doit se réunir de nouveau en novembre. Et que la guerre n’aura de terme que dans une révolution en Russie, ou en France. En Angleterre elle n’arrivera que par le fait de l’aristocratie. Voilà jusqu'ici ce que je comprends de plus saillant dans sa lettre.
Montebello est retrouvé. Il avait été à Boulogne. Lui et Duchatel vont demain à Champlatreux. Noailles y est aujourd’hui.
Je vous envoie tout de même la lettre d’Ellice. Je n’aurai pas la patience de la relire ; et vous, elle vous amusera peut-être. Oliffe part aussi pour Trouville. La maison reste déserte absolument, personne que moi. Faut-il avoir peur ? Que faire ? Adieu. Adieu.
58. Paris, Mercredi 25 juillet 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Vous avez bien raison sur les bulletins de Pélissier. En voilà encore un aujourd’hui qui est bouffon. Nous envoyons des bombes, preuve que nous avons peur. Monston Milnes, & Lord Harry Vane sont venus me voir hier. Ils arrivent, ils n'ont pas même été encore chez Lord Cowley. Tous deux pour la paix. De la part de Milnes cela m’a surprise. Fâchés et étonnés qu'on n’ait pas accepté la proposition de Vienne. La moitié du Cabinet opinait pour & demeure favorable à la paix. Ils croient qu'il y a plus de bienveillance pour vous en Angleterre qu'il n'y en a eu France pour les Anglais. Raglan était tout à fait opposé à l'attaque du 18. Quand il vous a vus engagés, il a marché par honneur. Le chagrin a hâté sa mort. Voilà à peu près ce que j’ai recueilli.
Milnes m'a amusé, il a de l’esprit. Vous lirez notre relation de l’affaire de Hango. Evidemment c’est les Anglais qui sont dans leur tort. Hier soir Duchatel et Montebello, ils m'ont appris des patiences. Ils sont aujourd’hui à Champlatreux. Le sinistre de juillet de mes fils & de Constantin se fait bien attendre. Il n’est cependant pas possible qu'ils le suppriment.
Je viens d'écrire à mon banquier.
J'oublie du récit des Anglais, les Autrichiens sont des fourbes. Aberdeen seul dit d'eux. "Je crois qu'ils croient qu’ils ont agi de bonne foi" Voici une lettre de Greville. Des raisonnements pas autre chose, et puis ceci.
"nothing could be in worst taste than Palmerston's speech on Rocbucks motion, he is quite unfit to be a premier ministre, and I suspect that is now the general opinion." Adieu. Adieu.
L'Empereur est parti pour Biarritz où l'Imp. va le trouver. Il la ramène à Paris lundi.
59. Paris, Jeudi 26 juillet 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Je vous envoie un projet de lettre à mon fils. Je veux seulement que vous me disiez s’il n’y perce pas mes inquiétudes désobligeantes ce que je ne voudrais pas, mais il faut vraiment que je sache à quoi m'en tenir ; la lettre m'y mène-t-elle ?
Il a fait un bien mauvais temps hier, mais je reste fidèle à ma préférence pour lui tant que je suis à Paris, et parce que j’y suis. J’ai vu le duc de Noailles hier soir. Il revenait de Champlatreux. Il a trouvé chez moi les Harry Vane. Elle est parfaitement laide. Le prince de Wasa est venu prendre congé de moi le matin. Il avait déjeuné la veille à Villeneuve l’Etang, tout seul. Après le déjeuner l’Empereur a planté et fait planter des arbres Chinois, et puis il s’est exercé à patiner sur l’eau, positivement il marche dessus et traverse le lac avec beaucoup d'adresse.
J’ai questionné le prince sur l’affaire du mariage de sa fille. Il ne le voulait pas et il accuse sa défeinte femme & la grand duchesse Stéphanie de s’être laissé aller à des illusions qui ne pouvaient jamais se réalier. L'Empereur ne lui a témoigné aucun ressentiment de cela, et l’a fort bien traité. Berryer avait dîné samedi au plus petit couvert possible des espagnoles qui devaient en être ont manqués. Il n’y avait en femmes que Mad. de Contades toute seule, et le service. Mad. de Beynes est absente Sebach me dit que l’Autriche & la Prusse commencent à se rapprocher.
Voilà tout pour aujourd’hui. Vous me renverrez la projet de lettres. Adieu. Adieu.
60. Paris, Vendredi 27 juillet 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Longue visite de Milnes encore hier. Il me plait assez. Bon enfant, naturel, et spirituel.
Renvoyez-moi la lettre d’Ellice. Elle amusera Dumon, quand il reviendra jusqu’ici il n’est pas question de lui.
Mad. de Talleyrand arrive bientôt. Elle passera huit jours à Paris avant d’aller à Orléans. On me dit que le Prince Napoléon assistera dorénavant au conseil quand il y aura des questions importantes à débattre.
L’Empereur reviendra probablement demain, au plus tard dimanche. Je vous ai dit que le prince de Galles ne venait pas. Roi et successeurs ne peuvent pas se trouver en même temps bon de voyager.
Thiers a établi sa femme à Aix la Chapelle. Il est ici lui-même & vient d'achever son histoire de l'Empire.
Je me tourne et retour & je ne trouve rien à vous dire. Kalergis tient salon à Ems. Morny y va, et je crois qu'il s'y plaire. Adieu, adieu. G.
61. Paris, Samedi 28 juillet 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Aberdeen m’a envoyé hier son fils pour me prier de recommencer à lui écrire. Il est shy et ne sait par quel bout reprendre. Ils sont drôles ces Anglais. J'ai fait parler le jeune homme. Je lui ai dit des vérités sur son père il l'a défendu, pas mal, vu que ce ne pouvait pas être très bien. Et il m’a conté des choses curieuses. La reine d’abord très pour la paix est devenue bien passionnée pour la guerre, et a même écrit une lettre dure à Aberdeen pour se plaindre du langage & des votes de ses amis. C’est le prince Albert qui la gouverne là dedans.
Trois hommes ont été bien mischievous dans la question Radcliffe, Cowley, & Seymour. Cowley ardent, ombrageux, faiseur. Clarendon habile, & faux. On parle de la retraite de Redcliffe. L’Empereur a été très froid pour Lord Aberdeen. L’Impératrice a extrêment plu à la Reine.
Voilà le petit Gordon. J’ai revu les Harry Vane le soir. Ils retournent en Angleterre aujourd’hui. J'oubliais que Lord John a été traitre depuis le jour où il est entré dans le Cabinet de Lord Aberdeen. Le temps est orageux, je fais mes promenades tous les jours je ne suis ni bien ni mal.
Lady Allice me mande qu’elle réunit chez elle à déjeuner Bright & Disraeli, très bon amis. Cerini qui m’entend quéman der de la lecture auprès de tout le monde, est venue bien joyeuse hier me dire qu’elle avait trouvé un livre charmant, les Mémoires de St Sébastien, qu'on lui recommande extrêmement le règne de Louis 14, Versailles & & Imagninez, bête comme cela.
Le duc de Noailles est encore ici. La famille ne revient d'Angleterre que la semaine prochaine. Adieu. Adieu.
J’espère que vous n’irez pas faire de visite à Trouville cette année à moins que je n’y vienne. Votre fièvre milliaire & scarlatine m'effraie.
62. Paris, Dimanche 29 juillet 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Merci des corrections fort bonnes. Pas de nouvelles à vous dire on fait courir un propos, trés bon à courir d'un officier Russe à un officier Français pendant un armistie. "Si vous savez avancer vous autres, & quand vous n’a vancez plus c’est que vous êtes mort." Nous n'en disons pas autant des Anglais, ici aux Anglais. Je crois que nous ne leur parlons pas.
Il n’y a vraiment personne à Paris. J’ai vu Duchâtel un moment le matin. Il allait passer hier et aujour d’hui à la campagne.
Le soir Montebello et voilà tout. Le vieux Salomon Rothschild est mort, le père de Mad. James. Adieu. Adieu.
J’ai été malade cette nuit. J’ai fait venir Kolb. Olliff est parti.
63. Paris, Lundi 30 juillet 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Hubner est venu hier. La seule chose nouvelle qu'il m’ait dit est qu'il croit la faveur de Lord Cowley un peu diminuée ici. C’est de la personne qu'il s'agit, car l’intimité entre le gouvt est plus grande que jamais. Hubner lui-même est doux et triste, & se dit malade. Il ne sort pas, en effet il a mau vaise mine. Et moi aussi, j'ai mauvaise mine. Je ne crois pas que Paris soit sain en été. Mes forces s’en vont et je ne dors pas, et je suis jaune. Hier soir j’ai vu Fagel, Molke, Brignoles, & Montebello.
Brave Fagel, très bien portant encore. Vieil ami de 45 ans. Nous datons de 1810 à Berlin. Nous étions plus lestes alors !
Il y a des lettres de Bonner racontant comment l’Impératrice a dirigé elle-même les secours pour éteindre l’incen die. Pleine de courage et d’intelligence, admirée de tout le monde. Elle est restée là 7 heures de suite. C’est la duchesse de Gontaut qui montre les lettres de sa petite fille qui s’y trouvait. Le récit n’est donc pas suspect de flatterie. Je suis étonnée que les journaux n’en aient pas parlé davantage. Cela valait mieux que les bulletins de Pelissier. Adieu. Adieu.
64. Paris, Mardi 31 juillet 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
J'ai été hier à Enghien avec Sebach. J’ai passé une heure avec Bulwer. L’endroit est charmant, mais il n’y a pas un coin pour y loger. Bulwer croit à ce que je vous ai dit de Cowley. Il sait de plus que Cowley désire ce changement et qu'il l’a même demandé. Il m'annonce aussi que nous ne gagnerons rien à cela. Il nous déteste pour le moins autant que Radcliffe. Il n'a pas idée qui aurait paru. Tout ceci au reste n’est pas fait encore, et j’en douterai longtemps.
Cette course m’a fait manquer plusieurs visites, entre autres Heckern & Milnes que je regrette. J’ai vu le soir Duchatel & Montebello. On ne sait rien, absolument rien. Quel succès votre emprunt. Trois milliards 600 millions. Richesse et confiance, voilà ce que cela prouve. On me dit que cela prouve aussi, du jeu. Je n’entends rien à cela.
Brignole, rue St Dominique 66. J’ai eu une longue lettre de Morny. Content de la santé & de ses plaisirs. Peu de goût pour la société de Mad. Kalergi. Les passants qui ont vu l’entrée de l’Impératrice. hier lui ont trouvé l'air très pâle. Je n’ai point du tout de nouvelles à vous dire. Adieu. Adieu.
65. Paris, Mercredi 1er août 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
J'ai fait votre message à Milnes il y a été très sensible. Il va aujourd’hui à Vichy & reviendra ici le 22. Il veut voir la grande fête de Versailles. On a enterré hier le vieux Rothschild. Thiers y était il a causé. Il a parlé avec une grande tristesse de l'hostilité marquée dans l’armée française contre les camarades anglais.
On s'occupe beaucoup ici des fêtes à donner à la reine. Celle de Versailles sera magnifique. Les Clands Hamiltons sont venus me voir hier. Ils ne sont ici que de passage. Comme elle est belle. Lui très bavard. très pacifique, et très espérant. Blamant beaucoup Lord Ab. pour n’avoir pas quitté lors qu’a éclaté la guerre. Je n’ai point de nouvelles à vous donner. Je n’ai pas encore vu Fould depuis son retour. Hier soir Montebello et Duchatel. Adieu, adieu.
66. Paris, Jeudi 2 août 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Le duc de Noailles retourne à Maintenon aujourd’hui. Il a la prétention de nous y attendre et désirerait fort que nous nous y trouvassions en même temps. C’est dans le courant du mois qu'il l’espère. Quand pourriez-vous faire cela ? A moi tout m’est égal. Je préférais peut être le séjour de la Reine. Il y aura trop de bruit ici. Je ne sais pas un bout de nouvelles. On dit dans le monde que la santé de l’Impératrice est mauvaise, mais je ne puis tracer ce bruit à aucune La reine bonne source ! arrive le 18 et répart le 25. Peut-être prolongera-t-elle mais ceci elle le promet. Pas de Dumon, pas de Viel Castel, & Montebello est allé aujourd’hui à Mareuil. What a bone !
Il fait chaud. J’essaie les bois de St Cloud, mais c’est loin pour y arriver. Adieu. Adieu.
67. Paris, Vendredi 3 août 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
J’ai eu hier une longue visite de la Duchesse de Hamilton, elle avait dîné la veille à Villeneuve l’étang. L’Imp. couchée n'osant pas mettre le pied à terre. On a quelque espérance, vague encore, mais enfin il y a des symptômes, s'ils sont confirmés, elle ne pourra être de rien pendant le séjour de la reine. On ne parle pas du tout de ces espérances, ainsi je vous dis là un secret.
Il n’y a personne à Villeneuve l’étang, pas même la dame de service un aide de camps voilà tout, absolument tout. Le petit Gordon est retourné hier à Londres, c’est lui qui m’a dit le premier la nouvelle sur Cowley, mais comme vous je n'y crois pas.
La chaleur est excessive et m'étouffe. Je vais déjeuner au bois de St Cloud emportant avec moi mes provisions, c'est bien joli, Mais il faut affronter une heure de soleil, et autant pour revenir. Palmerston a bien peu d’autorité dans le Cabinet, et les ministres sont très divisés entre eux. Voilà ce que rapporte le dernier visiteur important en Angleterre. Je n’ai pas de nouvelles à vous donner. Adieu. Adieu.
68. Paris, Samedi 4 août 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
J'ai eu hier une longue visite de M. Fould, il est très fatigué. Il a à s'occuper de tout pour le séjour de la Reine. Jack of all work. Je le crois habile à tout, il m’a confirmé le dire de la D. de Hamilton mais sans plus d’affirmation. La Reine arrive le 18, et reste jusqu'au 27. L'Empereur ira la recevoir à Boulogne. Le prince de Galles est du voyage.
Canrobert a eu l'ordre de revenir. Fould me parle de lui avec beaucoup d’éloge. Pierre de Castellane est revenu hier, chassé par Pélissier pour avoir écrit une certaine lettre qui a paru dans le Constitutionnel et qui a valu à celui-ci une sorte de démenti de la part du Gt. Pélissier promet Sévastopol avec assurance. Mais faut-il croire les assurances de Pélissier ? Nous croyons que vous ne le prendrez pas. Les prisonniers Russes qu'on renvoye chez nous sont arrivés à Paris. Ils se louent fort de l'hospitalité française et demandent à en remercier On dit maintenant que vous être resté au dessous de la vérité et qu'il y quatre millards. La journée hier a été étouffante. On respire aujourd’hui, il a beaucoup plu. L'orage m’avait pris hier dans le parc de St Cloud. Comme c’est beau là ! Je n’ai vu hier soir que Viel Castel. Il revient pour huit jours seulement. Adieu.
69. Paris, Dimanche 5 août 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Ah voilà une bonne nouvelle. Quoique l’occasion ne soit triste pour vous, mais quoi. Laisser moi me réjouir beaucoup de vous revoir. Je passerai à votre porte avant 2 heures pour voir si vous y êtes et vous voir un moment. Je vous laisserai à vos affaires Je serai rentrée chez moi entre 4 et 5. Vous viendrez causer et dîner, à moins que vous ne fassiez d’autres arrangements. Nous aurons de quoi parler.
J’ai vu hier Heckern longtemps Il était encore plein de Drouin de Luys, & celui-ci est toujours plein de son affaire. A l’entendre, il a eu raison de se retirer. Greville m'écrit huit pages pour me dire qu’il ne sait rien et qu’il n'y a rien. Et moi aussi je n’ai rien vous le voyez bien. Adieu. Adieu.
70. Paris, Mardi 7 août 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Ah voilà de la tristesse. Vous ne venez pas, & vous êtes inquiet de votre fils. J'espère, que votre lettre demain sera meilleure bonne. Je vous assure que je ne penserai qu’à lui jusque là. J'ai eu une fameuse frayeur avant hier. On est venu me dire que Morny était tué par Changarnier. C'était sûr. La bourse, les chemins de fer en dégringolade. qu' est ce que cela me faisait mais Morny, Morny. J’ai courru moi-même aux enquêtes, j’ai été rassurée mais jusqu'à ce que je le fus j’ai été je vous réponds bien tourmentée, et j'en suis encore un peu malade. Toute frayeur ou émotion se porte chez moi sur les entrailles. Vous ne sauriez croire la sensation qu’avait produite cette fausse nouvelle.
Il n’y en a point d’autre au reste. On ne s'occupe que de l’arrivée de la reine. L’Empereur reçoit demain les prisonniers russes. Sebach, les lui présente. Je viens de voir un moment Baroldinguen. Il arrive de Stuttgard. Il regrette bien que son roi ne vienne pas, et le roi le regrette aussi. Et moi aussi. Il pouvait ressortir du bien de cette visite. Adieu. Adieu. Donnez-moi de bonnes nouvelles. demain, & faites bien mes. amitiés à votre malade.
71. Paris, Mercredi 8 août 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Il me semble que vous avez l'air rassuré, & je le suis avec vous. J’avais dit à Duchâtel la surdité, il la savait. Ainsi ne m’accusez pas, d’ailleurs je ne vois pas bien l'inconvénient de le dire. Un mal passager. Qu’est-ce que cela fait ? Cependant puisque vous le voulez je vais me taire.
Molé m'écrit hier. Il s'annonce pour Lundi. Il a eu une singulière distraction en m'écrivant il désir ardemment Mallakoff, Sevastapol. Je ne lui rappelerai pas cela. Il n’aimerait pas passer pour un étourdi.
J’ai vu hier au soir Van de Wayer. Il y avait du monde, je n’ai pas pu causer. La seule chose qu'il m’ait dit c’est ce que dit tout le monde. L'Angleterre enragée, pour la guerre, parce qu’elle n’en sent pas les charges. Une dissolution enverrait une chambre encore un peu plus acharnée.
Dumon est revenu. Il dit qu’on accepte la guerre, on ne se plaint pas, on est assez content de tout. La disposition générale est bonne. Voilà. Pas de nouvelle. La grossesse de l’Empéra trice parait se confirmer. Adieu. Adieu.
72. Paris, Jeudi 9 août 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Je suis contente de votre lettre et j’espère tout-à-fait que vous viendrai au commencent de la semaine prochaine. J’ai vu hier Fould. Les médecins disent qu'il y a quatre cinquièmes de certitude et un cinquième d'espérance pour la grossesse de l’Impératrice. On est donc bien content. Elle reste couchée.
Canrobert est attendu avec impatience. Fould parle de lui très bien avec estime, confiance
Le Maréchal de Castellane est venu me voir hier soir. Je lui demandais s'il avait lu les lettres de Ste Arnaud. Il m’a répondu avec beaucoup d’humeur qu’il ne voulait pas les lire ! Il a bien parlé de notre armée, on s'aime quand on ne se tue pas. Point de nouvelles. La Reine arrive toujours le 18.
La lettre de M. d’Escars n’est pas aussi nette que les deux autres. Cela a l'air d'un petit tripotage qui fait mauvais effet pour le camp légitimiste. Fould me dit qu'on a saisi des papiers plus importants. Celui-ci était de la main du Ellie. Duchatel est très décidé a passer en Angleterre vers la fin du mois. Il parle de quitter Paris dans 6 ou 7 jours. Adieu. Adieu.
73. Paris, Vendredi 10 août 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
L’Empereur a fait très bon accueil à nos prisonniers. Voilà la seule nouvelle que j’ai remise hier. J’ai eu une longue visite d'un Prussien, très renseigné sur toutes choses. Il croit que nous désirons vivement la paix. L’Empereur Nicolas est mort, broken hearted, il y a des détails curieux.
L’Allemagne est tranquille et rassurée. L’Autriche & la Prusse vont bien. Les Anglais sont détestés partout. Voilà à peu près tous les sujets touchés.
Cowley a annoncé officiellement à la Reine la grossesse de l’Impératrice & l'impossibilité où elle sera d’assister aux fêtes. On dit que la reine se rejouit extrêmement de Paris. Montebello part aujourd’hui. For good. Encore parti. Dumon ne le voudra pas. D’ailleurs il galopera sans cesse de Paris à Poissy. J’ai lu des veilleries à Viel Castel. J’ai du malheur, je ne recueille pas un mot de suffrage. Je crois donc que j'ennuie les gens. Aujourd’hui la mort de Paul 1er cela a eu l’air de l’intéresser, mais il ne m’a pas dit un mot encourageant. Adieu. Adieu.
Mots-clés : Diplomatie (France-Angleterre), Femme (maternité), Femme (politique), France (1852-1870, Second Empire), Guerre de Crimée (1853-1856), Mort, Napoléon III (1808-1873 ; empereur des Français), Nicolas I (1796-1855 ; empereur de Russie), Réseau social et politique, Salon, Victoria (1819-1901 ; reine de Grande-Bretagne)
74. Paris, Samedi 11 août 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Enfin, après demain. Je vous attendrai à dîner, 6 h. 1/2 Je vous vois rassuré sur votre fils. J’en suis enchantée. Nous causerons de Maintenon. Mais vous étranglez un peu cela en fixant Mercredi ou Jeudi. Nous n'aurons pas le temps de le prévenir. Enfin nous verrons.
Je n'ai absolument rien de nouveau. Je reste dans les embarras d’argent autre un banquier imbecile, & des fils qui ne répondent pas. Je ne vois pas de fin à ces misères. Vous viendrez me donner de conseils. Je n’ai pas un mot à vous dire, si non, adieu.
75. Paris, Samedi 18 août 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Grands remous hier. Grande victoire ; les Russes repoussés sur la Tchernaïa avec des pertes immenses, beaucoup de prisonniers, & &. Je ne trouve pas que le rapport de Pelissier soit tout-à-fait aussi tragique.
Morny qui est venu, ne savait pas davantage. J’ai vu Hatzfeld, évidemment il remarque qu'il y a à réparer. Richelieu, Noailles, Sebach, Kedern, Bathurst, ma nièce. Voilà les visites entre le matin et le soir.
Lord Batturst a été cinq fois chez son amb. qui fait toujours dire qu’il ne peut pas le recevoir. Il est furieux, beaucoup d'Anglais le sont. Cela les privera des fêtes. Le temps est superbe. Les préparatifs immenses. On regrette que le moment de l’entrée soit si tard. Il fera presque nuit, quand elle arrivera à l’Etoile. Midi. Je rentre d'une tournée en calèche. Les préparatifs, les décorations. C’est prodigieux. Certainement Paris n’aura jamais vu pareille fête. Pour moi la vue de tout cela m’a étourdie que sera ce quand y aura la troupe, la foule, le cortège.
J’ai vu votre fils un moment ce matin. Il ne part que demain. Je lui ai trouvé bonne mine, & bonne ouïe. J’irai passer quelques heures toute seule dans les bois de St Cloud. Je reviendrai comme je pourrai. Adieu. Adieu.
76. Paris, Dimanche 19 août 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
L’entrée hier aurait été superbe s'il avait fait clair. Mais la reine n’est venue qu'à huit heures. On était fatigué d’attendre, & puis on ne l’a pas vue, & puis les équipages n'étaient pas de gala, (c'est elle qui ne l’avait pas voulu) tout cela a refroidi un peu. Malgré cela il y a eu de vifs applaudissements à la gare. Beaucoup au boulevard, du moins très convenables. Plus rien sur la place ni aux Champs Elysées. Voilà que m'ont dit mes reporters qui sont venus le soir. Duchâtel furieux d’avoir fait son dîner. si tard. Du reste hier comme tous les autres dit que l’aspect était magnifique et la foule, prodigieuse.
Voilà donc que hier à commencé le bombardement de Sévastopol ! Le carnage, les fêtes, tout à la fois. J'ai peur pour Sévastopol. Nous avons été certainement battus à la Tchernaja.
J’ai vu votre fils hier soir. Il a pris le thé chez moi. Il a dit partir à 7 h. Ce matin ma nièce part aujourd’hui j’y ai un vrai regret, elle me plait tant. Pas un mot de mes affaires. Adieu. Adieu.
77. Paris, Lundi 20 août 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
J’ai lu la pièce de vers de Vincent. C’est charmant, j’ai ri toute seule, tout haut.
Le duc de Noailles est venu pour un moment à Paris ce matin. Il sort d'ici. Il tient beaucoup à notre visite. Il sera ici dans huit jours. Je pense que Nous irons chez lui le 31 ou le 1er 7bre. Lady Granville est tombée chez moi hier soir venue de Londres pour voir elle-même l’entrée de la reine. Elle retourne à Londres demain. Elle n’aura pas vu grand chose. Elle est fâchée de l'heure tardive. Tout le monde s’en est plaint.
Le rapport de Gortchakoff sur le combat de la Tchernaja est ridicule. Je suis fâchée. de cela nous devons avoir perdu beaucoup de monde. Evidement on ne bombarde pas encore Sévastapole, mais je crois qu'il succombera.
Molé était encore hier soir ici et Montebello revenu pour quelques jours. Molé va au Marais ce matin.
J'ai reçu ce matin une réponse de Constantin dont je suis contente. Hier une longue visite de Prince Pualer Neuskan à mourir de rire. Il me demande une explicacation de mes procédés envers lui l’année 1815. Ah, c’est drôle. Il a une grande curiosité de vous connaitre. Il viendra vous rencontrer. chez moi. Adieu. Adieu.
2 h. Grand bruit sous mes fenêtres. La reine va passer en voiture de gala mais comme c’est l'heure de ma promenade. Je ne verrai pas cela.
78. Paris, Mardi 21 août 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Pas de lettre de vous aujourd’hui. Qu’est-ce que cela veut dire ? Duchâtel n’est pas tout à fait décidé encore pour Grillon, mais il croit que c’est là qu’il ira.
La Reine a reçu hier le coup diplomatique. Elle a été gracieuse pour tous. Elle a distingué Hazfeld et aussi Hubner. L'Empereur pendant le cercle a conduit le prince de Galles dans son phaiton et l’a promené par la ville un groom seulement avec eux. La grande promenade de la cour a eu lieu ensuite. Vous en voyez le récit dans les journaux. Ils ont été assez applaudis sur les boulevards.
Vous n'annoncez pas le bombardement. Les diplomates sont très déroutés. Ils n'ont pas été priés hier au spectacle à St Cloud. Les petits attachés l'ont été, derrière tous les étrangers de distinction. Bereidingen de publier & & ce matin tout Paris est à Versailles, la reine y va. Il me semble que je n’ai rien à vous dire, je vous demande ma lettre. Adieu. Adieu.
79. Paris, Dimanche 26 août 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Je vous écris de mon lit j’ai été prise de crampes d’estomac violentes depuis hier. Olliffe dit que ce ne sera rien mais je suis couverte de [?] et je souffre. Olliffe est rentré de Versailles à 4 h. du matin.
Il a trouvé que c'était a failure. Point de vent, on n’a donc rien vu du feu d’artifice. Trop de monde dans la salle & de mauvais arrangement pour le souper. Voilà la critique. l’illumination de la terrasse & des pièces d'eaux superbe. L'Empereur et la reine ont valsé essemble.
Lord Clarendon est venu me faire visite hier & m'a trouvée seule. Il m’a dit poliment qu'il avait renoncé à St Germain pour cela. Il me dit que le reine est transportée. d’admiration pour Paris, et de gout & d'amitié pour l’Empereur. Il s’est étendu beaucoup sur cela et parait ravi & radieux du succès des voyages. Il m’a raconté le sens des lnvalides. On y est arrivé de la revue après 7 heures pour visiter le tombeau de Napoléon. On a allumé tant bien que mal quelques touches, lumière douteuse. Très funèbre, moment très solennel & lorsque la reine s’est approchée, du tombeau l'orgue à entonné le God save the queen. Cela a causé un frémissement général. Quel rapprochement ! Il était tout ému en le racontant. Ce devait être en effet très émouvant. J’ai trouvé lord Clarendon veilli. Il ne m’aura pas trouvé plus jeune. Je n’ai parlé ni de la guerre, ni de moi.
Tout Paris était hier à Versailles. J’ai eu Montebello le soir, Vous devriez passer chez Greville 18 Bruton Street, si vous avez des loisirs. Il ne sait pas que vous êtes. à Londres.
2 heures.
Toujours dans mon lit. Je ne suis pas de l’avis d'Oliffe & j'ai peur. Je vous écrirai encore demain pour tous les cas. Mais J’espère que ce sera une lettre perdue. Adieu. Adieu.
Mots-clés : Autoportrait, Diplomatie (France-Angleterre), Femme (politique), France (1852-1870, Second Empire), Guerre de Crimée (1853-1856), Napoléon 1 (1769-1821 ; empereur des Français), Napoléon III (1808-1873 ; empereur des Français), Politique (Angleterre), Réseau social et politique, Salon, Santé (Dorothée), Victoria (1819-1901 ; reine de Grande-Bretagne)
80. Paris, Lundi 27 août 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
D’abord rectification sur Versailles. Olliffe ne savait ce qu'il disait. Cela a été superbe de tous points. Tout le monde me l’a dit.
C’est le jour de la St Louis, la fête du grand roi, que cette fête se passait dans son Palais. Ensuite ma santé. Je ne me suis levée que ce matin. Hier tout le jour dans mon lit. Un grand bout. J’ai été inquiète. Olliff un peu aussi. Mais enfin aujourd’huy je suis beaucoup mieux. J'oserai peut être sortir, mais J’attends Andral.
Quoique dans mon lit j’ai rien quelques personnes hier ; entre autres Hazfeld. Hubner n’est pas venu à Versailles. Il ne sort plus, personne ne le voit. La Reine est partie au moment où je vous écris. Triomphale sortie par compensation de l’entrée manquée. Le temps est superbe, la troupe. Les voitures de gala c’est très magnifique. Et voilà un séjour mémorable, fini très brillamment.
Adieu. Adieu & au revoir.
81. Maintenon, Mardi 4 septembre 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
J'ai eu le cœur bien serré en entendant le bruit de la voiture à 7 heures. C’est si dommage c’est si triste que vous soyez parti. Je n’ai rien à vous dire. Vous savez comme la journée passé, comme elle peut passer. J'ai fait cependant deux promenades. Il y a eu du soleil. Il y en a aujourd’hui, & c’est bien beau.
Les Holland ne viennent pas. On attend Molé mais on a du doute. Je ne vous ai pas écrit hier, je n’en avais pas le courage, ni le coeur aujourd’hui je suis rassurée sur ce qui m’inquiétait. Il y a beaucoup de mes connaissances anglaises à Paris. J’y retourne demain. Le duc de Noailles me ramène. 4 h.
Molé ne vient pas. Je fais ma seconde promenade. La journée est belle. Adieu. Adieu. A moins d'événement je doute que je vous écrive demain. Je n’aurai rien à vous dire d'ici & j’arriverai à Paris trop tard pour y apprendre des nouvelles. Adieu. Adieu
On vous a trouvé bien aimable ici, Dumon non. On dit qu'il était triste & que cela provient que son gendre veut se remarier. Est-ce vrai ?
82. Maintenon, Mercredi 5 septembre 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Je vais partir tout à l’heure. Je vous Je dis encore un mot d'ici. J’ai eu une lettre d’Alexandre de Courlande. Il est voisin des Pahlen qu'il voit beaucoup. On ne se doute pas de la guerre dans ces pays. Le commerce va comme du temps de paix. Les prix sont ce qu’ils étaient et notre change sur Londres hausse même au delà de ce qu’il était avant la guerre. Voilà qui est singulier.
Le 6. Jeudi
J'ai fait mon voyage très bien avec le Duc de Noailles. J’ai trouvé chez moi van de Straten qui arrivait de Bruxelles & qui part aujourd’hui pour Lisbonne, envoyé pour assister au couronnement du roi de Portugal. Il arrive d'Autriche. On est mécontent là de la position. Brun le contraire.
L’Empereur F. P. paraît jouer un triste rôle. On n’a pas grande opinion de son esprit. Le pays veut rester en paix. Elle n’a pas de quoi faire la guerre. Les affaires avec Naples se gâtent beaucoup. Le roi a vraiment fait une impertinence ici. Comment est-il possible qu'il se permette cela, et avec l'Angleterre en même temps ?
Antonini a changé une scène. Cerini a quitté Londres. J’ai vu Sébach, Molke, lady Holland, Dumon, Viel Castel, revu le duc de Noailles. Le temps est affreux, très froid, Paris est un désert. L’aspect le plus triste. Maintenon avait été superbe avant hier.
Hélène m'écrit à propos de Villa Vial que je lui avais recommandé, une lettre amicale, sans nouvelle, excepté que l’Emp. comptait aller à Moscou et à Varsovie. Elle me dit aussi que Paul dans ses lettres l'inquiète sur sa santé. J’espère qu’elle me dit cela pour m’inquièter & m’attirer hors d'ici.
Vos maux d’entrailles me dérangent et aujourd’hui je n’ai pas de lettres.
Je veux vous rassurer sur ce que vous appellez mon impolitesse. Comme il n’est point venu de renfort à Maintenon j’ai compris que comme on ne faisait de frais que pour moi. Je serais un débarras en partant. Je crois que c’est vrai, car on n’a pas insisté du tout. Mais j’ai été très aimable, & Cerini a bien chanté & tout cela a bien fini, pour recommencer mieux l'années prochaine, s'il y a une année prochaine.
Le Times demande qu’on envoye quelques vaisseaux pour bombarder Naples. Adieu. Adieu.
Voici votre lettre. Vous ne dites rien de votre santé. C’est donc passé .
83. Paris, Vendredi 7 septembre 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Je n'ai absolument pas un mot à vous dire. C’est trop peu et je suis presque tentée de ne pas vous écrire. Il fait froid comme en Sibérie, je ne m'en porte pas plus mal, ni mieux.
L’Impératrice avance bien dans sa grossesse. Sa mère va retourner à Madrid bientôt. Elle reviendra ici en février pour l’époque des couches.
Samedi 2. Vous voyez, je n’ai pas eu le courage de vous envoyer cela tout seul. Aujourd’hui je vous raconterai Naples. Tout y va de travers. Le Roi n’a plus un seul noble qui lui soit dévoué. Il les a irrités tous. Proscription, prison, dedain. La bourgeoisie est maltraitée aussi. Il a pour lui 100 m Lazzaroni armés, & huit mille Suisses. L’armée napolitaine, il ne faut pas compter sur elle. Le roi est fou voilà ce qu’on croit. On ne lui donne pas longtemps à demeurer sur son trône. Et on acceptera volontiers là tout autre que lui. On croit que vous y enverrez une armée. La France occupant Naples à l'Angleterre, la Sicile. Ce ne sont pas des contes que je vous fais là. Je tiens tout ceci de bonne source, & j’y crois parfaitement. Les Napolitains ici ont tous maigri.
Les [Bruce] sont venus me voir hier. Il est très spirituel lui, pas notre ami, je crois. Le Prince Woronzow leur oncle est à Petersbourg malade, & mourant de cette guerre. Son fils unique général, vient d’être blessé, à Sévastopol depuis l’affaire de la Tchernaja. Je suis de l’avis des Débats, & je crois que le D. Gortchakoff a perdu la bataille par ses fautes. Je trouve abominable de les mettre sur le compte du mort.
Hubner est dit-on dans un grand contentement. Très satis fait des relations avec ici, depuis les dernières explica tions. Lord Grey est arrivé. Il est venu me voir sans me trouver. Je le verrai après m'être sentie assez bien, me revoilà un peu souffrante aujourd’hui. C'est bien ennuyeux et Olliffe à Trouville. Dumon est venu me dire Adieu hier. Lundi je perdrai Viel Castel, et alors il ne me restera plus rien. Adieu. Adieu.
84. Paris, Lundi 9 septembre 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Dimanche
Je n’ai vu dans toute la journée hier que Henry Greville. mais il m'a beaucoup contre Quoique toujours la vieille. chanson. Il est ultra pacifique, l'Angleterre tout entière est le contraire à l’exception de ce petit noyau que vous connaissez. Palmerston très vieilli. La Reine enjouée de tout ici. Il n'y a que le prince Napoléon qui ne lui a pas plu dit-on.
Le Moniteur parle d'une coup de pistolet hier soir, sans doute pour effrayer l’Impératrice. Quelle abomination. Je ne verrai personne jusqu’à ma lettre partie.
Merci de me faire de la morale. J'en ai besoin et C’est très sain pour moi. Voici ce que me dit C. Greville. There is a passionate desire to talk Sévastapol and à sort of rumour against russia becauce she has baffled us so long, and mortified the national vanity & pride. Lovinplen dit que la Suède s'enrichit en nous fournissant des denrées caloniales. La Prusse ne s’appauvrit pas non plus en rentrant nos blés et autres produits. Les deux Greville s’attendant à un grand coup en Crimée d'ici au 12.
Les Sangonsko sortent d'ici. Ils étaient hier aux Italiens. L’Impératrice n’y était pas. Le public a vu le coup de pistolet sur le champs. L’Empereur a été applaudi avec enthousiasme à son entrée et sa sortie. Adieu. Adieu.
Mots-clés : Circulation épistolaire, Economie, Femme (politique), France (1852-1870, Second Empire), Guerre de Crimée (1853-1856), Napoléon III (1808-1873 ; empereur des Français), Politique (Angleterre), Politique (France), Politique (Prusse), Réseau social et politique, Salon, Victoria (1819-1901 ; reine de Grande-Bretagne), Vieillissement
85. Paris, Mardi 10 septembre 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Je tiens le jugement de votre gendre Cornellis pour très bon, et je suis sûre qu'il a raison. C’est raffraîchissant et rare de rencontrer autant d'impartialité. Voilà Malakoff pris, mais pressentir de le bulletin fait grandes pertes. J’ai vu hier assez de monde le petit duc de Melri, très intelligent, parlant de l’Italie de Naples malade, ce roi ressemble beaucoup à Paul Ier. Lord Chelsea grand ennemi du parti Derby Lady Ely fort agréable. Elle avait été à St Cloud le matin. Les dames ont eu la vitre cassée. L'Empereur arrivé deux minutes après elle a été étonné de l'air enthousiaste au théâtre ; c’est alors que Pietri est venu lui raconter le coup de pistolet.
Lovinplen a eu une audience de l’Empereur hier matin. Il n’a pas été question de l'événement. Viel Castel est parti ce matin, maintenant il ne me reste plus un seul français. Ces trois semaines vont être abominables. Je vais être malade d'ennui, au lieu des entrailles et des bronches, si non par dessus tout cela.
Adieu. Adieu.
86. Paris, Mardi 11 septembre 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Voilà de grands évenements mais quelle boucherie cela à dû être. W. Cowper que j’ai vu hier soir me dit que Malakoff seul a coûté 5000 Français et [?] 2000 Anglais et le lendemain ? Nous ne savons pas encore le chiffre. En attendant voilà le but atteint. Sévastopol n’existe plus. Vous ne l'avez pas pris, nous ne l’avons pas rendu, nous l’avons détruit dit votre dépêche. Vous voulez sa destruction, c’est fait la Turquie est à l'abri de nos coups. Vous nous avez fait la guerre pour cela. que voulez-vous encore ?
Hübner n'était pas venu chez moi depuis le 3 août. Il est arrivé hier. Il cherchait à contenir sa joie. Il a parlé de paix, je l’ai envoyé promener. Il m’a l’air effrayé de l’Italie. On me dit que vous voulez vous montrer très modérés, mais vous demandez satisfactions.
La Sardaigne & la Toscane se brouillent, petit commencement hier à 7 h. du soir le canon a annoncé la victoire. Les édifices publics étaient tous illuminés. On m’a envoyé le supplément du Moniteur, rien du corps diplomatique, dont il avait l’air choqué. Lord Grey est venu me voir. Je lui ai fait en présence de Hubner de grands éloges sur son courage & ses beaux discours. je ne me rappelle pas bien ni en parlant bien de nous. Il n’a pas un peu mal parlé de l'Autriche. Je le trouve bien noir sur l'Angleterre. Ah qu'il est laid ! Adieu. Adieu.
2 h. Je rentre. J’ai été à la Chapelle grecque. C’est la fête de mon Empereur. J’ai pensé à la tristesse avec laquelle cela sera célébré à Pétersbourg, et il m'a semblé que je lui devais cet hommage à raison des tristes auspices. Pas un visage connu, et ce qu'il y avait très shabby. Une lettre très curieuse de C. Greville. On s’attend à de grands désastres pour les Turcs en Asie. Beaucoup d'anecdotes très intéressantes sur le séjour ici. Trop long à raconter.
87. Paris, Jeudi 13 septembre 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
L’évacuation du sud est complète. Comme ce dénouement après tout a été prompt.
Vous comprenez à quel point mes pensées sont à Pétersbourg dans ce cercle de la famille impériale. Hier, quelle triste fête. Les Anglais m'ont l’air bien peinés de n’avoir point cueilli de lauriers à cette dernière journée. Ils affirment, je vous cite les Holland, Henry Greville, que l’opinion publique a en Angleterre va pousser à la paix. Nous verrons demain Tedeume.
Je suis étonnée de ne pas voir le corps diplomatique nouveau dans le programme. J’ai vu très peu de personnes hier. Molke & Sebach, ahuris. Les journaux Allemands vont être curieux. Il me semble qu’il n’y aura pas de Fontainebleau je ne puis pas le faire seule. Adieu. Adieu.
Merci toujours de toutes vos réflexions sur toutes choses. Continuez.
88. Paris, Jeudi 13 septembre 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Généraux tués et blessés le 8. Blessés. Malinot. Bosquet, de Faille, de la Motte-Rouge, Bourbaki, Trochu, & peut être Mac-Mahon. Tués Breton, St Pal, Rivet, Marolles disparu. Ceci vient des Ministère de la guerre. C'est un diplomate qui m’a donné la liste. Quel carnage cela a dû être, quelle horreur, on dit que cela dépasse tout ce qui a jamais été vu dans le monde. J’ai vu au moins dix Anglais hier. Ils fondent sur moi. Tous parlent de paix mais cela n’est pas croyable. Mais ne la demanderons pas. Nous continuerons comme cela. Si battus. Nous ferons le vide, la destruction partout. Avancez.
Lady Mary Wood la femme du ministre est venu hier aussi. Et lady Howard de Bruxelles, Les diplomates très empêtrées à propos du Tedeum. Veut-pn qu’ils y viennent on non ? Beaucoup n'y iraient pas, les neutres. Mais il y a de l’hésitation jusqu'à hier soir ils n’avaient reçu aucune avis. Je me figure que Hubner au moins aura sollicité d'y aller. Au fond je suis très triste. Adieu. Adieu.
2 heures.
On me dit qu’il n'y a que la Suède, le Danemark, & la Belgique qui se soient obstinés. C’est le nom qu' a envoyé une circulaire portant qu'il y aurait une tribune pour ceux des diplomates que voudraient assister. Je crois que Sebach aussi n’a pas été mais je ne sais pas.
89. Paris, Vendredi 14 septembre 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Hier au Tedeum l’Empereur rayonnant, l’air inspiré. C'est Hubner qui me l’a redit. Les aplaudissiments enthousiastes en entrant à l’église. L'Empereur a de suite jeté les yeux sur la Tribune diplomatique, ayant l'air de compter avec attention & intention les présents & les absents. De ceux-ci il y a avait 6. Suède, Danemark Belgique, Wurtemberg, Bavière, Saxe (représentés par un secrétaire). A propos des Allemands Hubner me dit " ces petits, cela ne compte pas. Il y avait l’Autriche & la Prusse, voilà l’Allemagne." L’Empereur n’a pas répondu au huit pacifique de l’archevagne. Hubner prêche la paix. à quoi bon, si on ne la veut pas ? Tous les Anglais ici la désirent. Hier encore des nouveaux, les frères de Granville. On est curieux de voir ce que notre armée va faire tenir bon dans les forts, ou les faire sauter aussi ? Continuer à tenir la campagne, on ne replier sur Pérékop ? Nous verrons bientôt. On a l’air de croire à une grande bataille. Le duc de Noailles est venu mais pour quelques heures. seulement.
Hubner espère calmer les affaires de Naples. Les vaissaux anglais attendront quelques temps à Lisbonne. Et pendant ce temps où attendra le renvoi des ministres de la police qui est la satisfaction demandée. Ici on est très modéré dit Hubner. Son assiduité nouvelle auprès de moi m'étonne. J’accepte. Adieu. Adieu.
90. Paris, Samedi 15 septembre 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Je crois que les les ministres étrangers absents au Tedeum ont eu à régler leurs comptes hier aux Aff. étrangères. Je sais que Molke a exhibé une dépêche de Mai 1855 lui interdisant sa présence à toute manifestation de ce genre. Pareil ordre avait été envoyé de Copenhagen à Pétersbourg & à Londres. Il est donc en règle. Walenski avait témoigné de l’étonnement, vu que la Prusse même avait assisté. Je suis tout à fait de votre avis sur la question des neutres. Je diffère pour ce qui vous regarde.
Si vous aviez été à Paris, incontestablement il fallait aller à Notre Dame. Ce que vous me dites de nos hableries me fait le même effet qu’à vous. Au reste il faut voir encore le rapport du P. Gortchakoff. Mes fils vont passer l'hiver à Bruxelles. Cela me plait bien comme voisinage. Mais y gagnerai-je autrement ?
C’est étonnant comme tous les Anglais que je vois sont pacifiques. Il faut donc qu’ils soient bien poltrons pour n'oser pas le dire publiquement. Lord Elsure hier encore bien prononcée. Sydney Herbert va arriver. Aucun de ces Anglais ne voit Lord Cowley. Ils sont bien mécontents de lui. Je n’ai pas de nouvelle vous dire. Mon empereur arrive le 21 à Varsovie. Mais je doute que le Cte Nesselrode l’accompagne Ce n’est sans doute qu'une revue militaire ! Adieu. Adieu.
91. Paris, Dimanche 16 septembre 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
La belle lettre que vous m'avez écrite hier sur nos affaires. Comme vous dites-vrai ! Dans le monde on s'occupe toujours des abstentions au Tedeum. Celle de la Belgique surtout. La Suisse est dans une situation identique. Elle a cependant assisté. Enfin il parait qu'on espère qu'à la prochaine occasion cela se passera autrement. C’est un avertissement si ne n’est une menace. Greville me mande que l'Angleterre est plus furieuse que jamais. Le démembrement de la Russie, voilà ce que demandait les radicau et les Tories. Enfin il y a unanimité de la presse pour la poursuite de la guerre. Je crois que si elle était libre ici, elle ferait des voeux pour la paix. C’est certainement le désir général. Molé m’est arrivé hier soir, questionnant beaucoup que sachant rien. Moi aussi je ne sais rien. Seulement bien sûr, personne n'osera parler de paix, nous n'en voudrons pas plus que vous.
Morny m'écrit, bien autre, mais bien sensé et bien d’avis de se contenter de ce triomphe incontestable, qui fait que nos ennemis & nos alliés surtout regarde ront à deux fois à nous manquer à l’avenir. Nous ne pouvons que perdre à continuer. Adieu. Adieu.
92. Paris, Lundi 17 septembre 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Je n’ai vu personne hier que Molé et le duc de Noailles qui ont accepté mon heure & mon dîner. Beaucoup de causerie qui n’apprend rien. Il me semble que je ne suis plus curieuse. Je suis si sûre de ne rien apprendre qui me plaise. La guerre, sans terme. Morny m'écrit qu’il est bien d’avis de rester sur une position énorme. Tous les honneurs de la campagne vous reviennent, & la France n'a rien à gagner matériellement elle ne peut que perdre à continuer. Je vous donne ses paroles. Hatzfeld a passé ces deux jours à Chantilly. chez Lord Cowley. Il ira trouver son roi à Stolayafels à la fin de la semaine. Je voudrais y aller, aller quelque part. Le temps est beau encore et on pourrit ici. Duchâtel m'écrit des bains de mer d’Arcachon Gironde. Enchanté du lieu et curieux des nouvelles. Je ne puis lui envoyer que mes tristesses. Adieu. Adieu.
93. Paris, Mardi 18 septembre 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Point de lettre de vous, c’est mon premier souci aujourd’hui. En fait d’autres, vous savez que je n’en manque jamais. J'ai vu M. Fould hier. Naturellement content, mais certainement désireux de la paix quoiqu'il reconnaisse qu’on n’en puisse pas parler pas plus ici qu'à Petersbourg. Dans ce moment, ou peut-être de quelque temps. Tout son langage est très convenable, mais je répète, il est bien satisfait, & trouve que la gloire & la gloriole Française ont pleine satisfaction. Et que son maître est bien puissant.
J’ai vu hier soir Molé & Noailles. Ils repartent tous deux aujourd’hui. Villamarina dit que son roi arrive, mais il ne sait pas le jour. Lady Allice me mande que la duchesse d’Orléans est arrivée à Clarmont. Vous voyez que le jeune prince de Prusse est allé faire visite à sa presque. fiancée à Balmoral. Pourquoi n’ai-je pas votre lettre. Very Strange. Adieu. Adieu.
94. Paris, Mercredi 19 septembre 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Vos deux lettres me sont arrivées ce matin. Si pleines de ce grand et bon esprit. On peut tout imaginer, tout dire, sur ce qui devrait être. Il me vient d’autre part aussi d’excellentes réflexions, mieux des conseils, à quoi bon ? Nous ne voudrons pas, nous ne pourrons pas parler. Je n’ai vu hier que le frère, de Lord Granville. Trés intelligent et sensé, pas la moindre espérance. De Russie je ne sais pas un mot. C'est un peu désolant.
Dans ce moment, j’ai bien peur que Meyendorff n’ait perdu son fils. Voilà trois mois qu’il ne m'écrit plus. Personne ne sait m'en dire des nouvelles. Pauvre Père que de malheurs privés pour dessus les malheurs publics. On dit que le roi de Naples compte sur nous pour le protéger. Ah le bel à propos. Moi je pense qu'il va mettre le genou en terre, et qu'il fera plus que ce qu'on lui demande. Je n’ai point de nouvelle à vous dire. Je crois encore à une bataille. Je crois que nous la perdrons. Adieu. Adieu.
95. Paris, Jeudi 20 septembre 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Le roi de Naples s’est exécuté, il a renvoyé son ministre de la police. vous. Sans doute il viendra son macaron on plutôt aux Anglais, et l’affaire s’arrangera. L’Espagne demande à entrer dans l’alliance et propose son contingent. L'Angleterre ne veut ici d’elle ni de son continent. La presse en Angleterre plus enragée que jamais. Démembrer la Russie personne n'ose parler de Paix ; devant un tel débordement Greville m'écrit, sur tout cela des réflexions très tristes.
Je suis fort triste aussi. Le temps est magnifique. J’en prends tant que je puis mont Valérien, Meudon. Je cherche pour mes promenades. les points les plus élevés. J’avais de l’air pour venir me renfermer dans le gouffre. Il y a assez de malades de ma connaissance ; des Anglais, tous les Howard, moins le mari qui est resté à Bruxelles. Adieu. Adieu.
96. Paris, Vendredi 21 septembre 1854, Dorothée de Lieven à François Guizot
97. Paris, Samedi 22 septembre 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
J’ai vu votre fils hier un moment, il viendra me prendre cette lettre aujourd’hui. Le ton de Hubner me semble changé. Très doux pour nous, louant la proclamation de mon empereur, disant qu’ici on a bien des embarras. Préoccupé des tentatives répétées contre la vie de l’Empereur. On avait dit hier qu’un cent-gardes l’avait blessé au bras avec un poignard. On ajoute que c’est faux, mais cela a fort couru. Mécontent d'une réception faite au comte Clam général Autrichien, auquel on n’a dit que deux mots et dans la foule. Enfin que peu grognon, pour ici.
Fould s’étonne que les Brabant viennent. Le petit fils de la reine Amélie, grande indélicatesse on ne les a pas invités. C’est une bassesse gratuite. Cependant ils seront logés à St Cloud. Il m’a confirmé ce que m’a dit Hübner que Radcliffe va sauter. Il ne s’arrange pas avec Thouvenel. Toujours dédaigneux pour l’Allemagne, pour tous. Il nie que ce soit une grosse peine. Je dis la plus grosse, le ventre de l'Europe. Il est vrai qu’elle pouvait se ainsi conduire, si elle s'était entendu. Elle pouvait empêcher la guerre. Il me parle d’indémnités, vous concevez que je ris, allez les demander à d’autres. Et bien oui, à la Prusse. Il a répété cela deux fois. Je lui ai rappellé "la France est assez riche pour payer là gloire." Quant au prétendu attentat, il en rapporte l’invention à tous les mauvais drôles, qui ont commencé l’agitation à Angers. J’ai reconnu cependant plus de colère que de mépris dans la façon de crier le coup du cent-gardes.
Vous me direz que vous avez reçu ce N°97. Je me méfie toujours de la prudence de la jeunesse. Adieu. Adieu.
98. Paris, Samedi 22 septembre 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Je donne une lettre à votre fils, mais toute réflexion faite cela ne me dispense pas de la poste. Je vous répéte que Redcliffe va être rapellé, s’il ne l’est pas déjà, c'est une bonne affaire mais qui eût même valu plutôt. Le vice roi d’Egypte attendu et annoncé ici avec une suite de 90 personnes, s’est arrêté à Malte malade dit-on. Il ne vient pas.
L’article du Moniteur pour est fait détruire toutes les craintes sur l’attentat. Au fond hier soir personne n’y croyait plus.
Abdel Kader à obtenu de l’Empereur la permission de résider à Damas au lieu de Brousse. Montebello est ici pour un jour. Adieu. Adieu.
99. Paris, Dimanche 23 septembre 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Je souffre un peu de la maladie commune ici les entrailles, et cela m'ennuie sans m'inquiéter encore. J'ai eu une lettre de Meyendorff. ses fils ne sont heureusement pas atteints. Toute la cour allait à Moscou, l’Impératrice avec. On y restera huit jours de là l’Empereur va à Varsovie et puis inspecter son armée dans les provinces Baltique. Toute l'absence sera de 6 semaines au plus. Le cri à Pétersbourg en apprenant la chute de Sévastopol a été " Voici le commencement de la véritable guerre." Toujours des réflexions sur la haine aux Anglais, l’amour aux Français.
Le commerce intérieur va très bien l'Asie ne vendra plus de produits anglais parce que la route des caravanes est conquis par nos trouppes en Asie mineure. La perse et les pays adjanes s’approvi sionnent chez nous. Voilà la lettre. Hubner est encore revenu hier. Aujourd’hui il présente à St Cloud, M. Prokech qui est je crois destiné à retourner à Constantinople.
Les grey's sont venus me dire Adieu. Pas de nouveaux arrivés anglais. Adieu. Adieu.
100. Paris, Lundi 24 septembre 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
101. Paris, Mardi 25 septembre 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Votre lettre ce matin contient des appréciations bien justes sur toutes choses. Elle me rappelle que j’ai entendu dire ici. "Nous prendrons des indemnités en Prusse." On me dit, mais pas de source que le vice roi d’Egypte ne vient pas craignant que sa réception en Angleterre ne répond pas à ce qui lui revient. Ni on lui préparait M. Fould m’a simplement l'Elysée. dit qu’il était tombé malade à Malte. J’ai revu hier le duc de Noailles. Il questionne, il ne dit rien. J'ai bien envie de me remettre je ne me remets pas. Le temps tourne au froid, cela m’ira mieux peut-être. Lord Lyndhurst vient passer l'hiver à Paris. Une lettre de Greville. Avec des commérages.
En voici un sur moi. J’ai écrit à Marion dans le temps un récit de la visite de la reine. Elle envoye une lettre à son oncle, l'oncle la renvoie à Lady Asherton à Londres, celle ci à lord Clarendon à sa campagne. & lord Clarendon à Balmoral à la Reine, qui en a été charmée. Voilà qui est long. Adieu. Adieu.
102. Paris, Mardi 25 septembre 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Madame Sébach est revenue hier, mais ne raconte ou ne sait absolument rien. Je la trouve fort calme, son mari aussi plus de gasconades. Le changement d’itinéraire de mon empereur est un événement. Quand M. m' écrivait le 13 il n'était pas question de cela, & on savait alors Sévastopol. Il me parait évident que nous resterons en Crimée & que nous nous défendrons. Cela peut durer, & surtout coûter encore beaucoup de monde. Ah mon dieu.
Lady Allice me mande en date de hier que la duchesse d’Orléans part aujourd’hui. pour Esenach. Départ un peu brusque car on avait annoncé qu’elle resterait jusqu'au 1er. Le prince de Prusse fait son chemin auprès de la princesse royale. Cela va très bien à Balmoral. Le mariage cependant ne pourra guère se faire.
J’entends de tous côtés faire l’éloge des qualités de cœur de mon empereur mais de l’esprit, personne ne lui en donne. C’est bien dommage. We cannot help it. Moi je crois qu'il a bien des qualités s'acour de qui valent cela. L'amour de la justice et on dit ferme. Adieu. Adieu.
