Votre recherche dans le corpus : 1140 résultats dans 5377 notices du site.Collection : 1850-1857 : Une nouvelle posture publique établie, académies et salons (La correspondance croisée entre François Guizot et Dorothée de Lieven : 1836-1856)
41. Schlangenbad (Allemagne), Mardi 2 août 1853, Dorothée de Lieven à François Guizot
41. Val-Richer, Jeudi 15 juillet 1852, François Guizot à Dorothée de Lieven
Je n'ai point eu de lettre de vous hier, et je ne vous ai pas écrit. Point par représailles, mais je n'avais vraiment rien à vous dire. J’espère que ce matin, je vous saurai arrivée à Dieppe. Pourvu que les lettres à Dieppe ne soient pas obligées de passer par Paris pour venir ici. J'en ai peur. Avez vous idée du temps que vous passerez là ? Je serais bien fâché si le monde finissait aujourd’hui, comme on dit que le dit M. Arage ; j’ai envie que nous nous revoyons encore dans celui-ci avant de nous rejoindre vous l'autre.
Vous me parlez beaucoup des tendresses de l'Impératrice, et c'est à merveille ; mais vous ne me dites rien des résultats. Est-ce qu'elle ne vous a rien promis pour les passeports de vos fils ? Elle n’a peut être pas osé. Pardonnez-moi ; j'oublie toujours le pouvoir absolu.
J’attends avec quelque curiosité le remplacement des ministres belges. Je me méfie beaucoup du bon sens et du savoir faire du parti catholique. Je lui connais quelques hommes très distingués ; mais ils sont eux-mêmes sous le jeu de prétentions ecclésiastiques impraticables. Le Roi Léopold est patient, et habile. Il trouvera des moyens termes, et il gagnera du temps. Quand donc ferez-vous tout-à-fait votre paix avec lui ?
Les journaux annoncent positivement et à jours fixe l’arrivée du comte de Chambord, à Wiesbaden. J’ai peine à y croire. En avez-vous entendu parler ? Parle-t-on aussi du voyage de Changarnier à Vienne.
11 heures
Pas de lettre. Dieppe passe sans doute par Paris. À demain donc. J’ai envie de vous savoir arrivée, sans trop de malaise par cette chaleur. Adieu. Adieu. G.
41. Val Richer, Mardi 2 août 1853, François Guizot à Dorothée de Lieven
J’ai beau faire ; je ne puis partager vos inquiétudes ; ce serait trop fou et trop faux, et trop contraire à tout le passé. Je comprends qu’on soit impatient à Londres, et qu’on vous l'écrive vivement. J’attends la confirmation des nouvelles du [?]. Il me paraît que tout le monde est réservé avec vous, la Reine des Pays-Bas et le Général Changarnier. J’ai toujours entendu dire que la Reine des Pays Bas était charmante. Je vois qu’elle sait l'être de plus d’une façon, discrète ou expansive, en parlant ou en écoutant. Encore une connaissance, et un plaisir que je vous envie. Il faudrait, en traversant la vie, voir au moins une fois toutes les personnes rares qui la traversent en même temps.
Lisez-vous l'Assemblée nationale ? Outre que sa politique est fort sensée ses lettres parisiennes continuent à être quelquefois drôles. Le Général Gortschakoff y a remplacé le Prince Mentchikoff. C'est bien rare qu’il y ait quelque chose de drôle dans les journaux, le défaut de liberté tue la comédie aussi bien que la tragédie. Je ne puis faire dire à mon petit ami d’aller vous voir ; il n’est pas sur le Rhin, et je ne sais s’il ira cette année. S'il y va, ce ne sera que tard, d'après ce qu’il m’a dit ; vous aurez probablement quitté Schlangenbad. Avez- vous fixé le moment de votre départ, et irez-vous passer quelque temps à Bade, comme vous en aviez le projet ? Décidément, nous n'aurons point d'été ; la pluie, et le froid continuent ; ma fille Pauline, qui était allée prendre quelques bains de mer à Trouville, y a été prise d’une fièvre intermittente qui l’a beaucoup fatiguée ; elle est revenue ici ; la fièvre a été coupée promptement, et ma fille va bien ; mais beaucoup de gens se ressentent de cette mauvaise saison. Les inquiétudes sur la récolte recommencent.
10 heures
Voilà votre N°39 de bonne heure, au contraire de vous à qui la poste arrive tard, ou par du tout. Nous verrons ces jours-ci ce que deviendront vos doutes sur la paix. Je rabâche et je persiste. Il est vrai qu'Aberdeen a peut-être un peu trop étalé la paix ; non pas qu’il en ait trop dit sur ce qu’il la voulait ; mais il n’a peut-être pas assez dit qu’il fallait qu’on la voulût aussi de l'autre côté. On n'a de force complète, que lorsqu’on se montre très décidé dans ce qu’on veut et prêt à ce qu’on ne voudrait pas. Mais je reviens à ce que je vous disais l’autre jour, Aberdeen ne serait pas le Ministre de la guerre. Ce serait Palmerston avec toutes ses conséquences. Adieu, Adieu. G.
Mes amitiés à Marion. Il me semble que je ne lui en ai fait aucune depuis votre départ. Je l’aime pourtant beaucoup.
42. Bruxelles, Vendredi 28 avril 1854, Dorothée de Lieven à François Guizot
Le duc de Noailles passe encore la journée ici. Il s’amuse, il y a de la variété & toujours des nouvelles. Il a dîné hier chez Lamoricière avec M. de Rémusat. Avant hier à un bal chez Brockhausen, Morny y a été aussi. Très élégant bal dit-on.
La convention austro prussienne n’est pas tout-à-fait conclue. Le duc George est encore à Berlin. Sebach en arrive, il dit qu'on est peu russe à Berlin et encore moins français.
On écrit ici de Pétersbourg qu'on a fait transporter à Moscou le trésor de la forteresse 400 millions. De tous côtés cependant on doute qu’on puisse attaquer Cronstadt. Lamoricière qui connaît la place a dit au duc de [Noailles] que par mer elle est imprenable, par terre ce serait possible avec un corps de 30 m h. On dit cela aussi de Sevastopol. Mes yeux vont mal depuis hier. Je fais économie et ceci ira par le duc de [Noailles]. Je me ravise. On ne sait pas l’avenir autant vaut vous envoyer toujours ce bout de lettre par la voie ordinaire sauf à écrire encore si je puis. Adieu. Adieu.
42. Dieppe, Samedi 24 juillet 1852, Dorothée de Lieven à François Guizot
J'ai eu une discussion assez vive hier avec lord Cowley sur lord Palmerston. Amusant, il a fini par ne plus savoir que dire. Au reste il faut en prendre son parti. Palmerston reviendra au pouvoir plus puissant que jamais, premier ministre. C’est l'homme le plus considérable et le plus populaire de l'Angleterre dans ce moment. Voilà Lady Allice Palmerston aussi. Je ne sais sur le voyage de Bade rien que ce que me dit Stolham et ce n’est pas grand chose.
Le Prince a fait visite au Margram Guillaume, il n’avait pas vu la Princesse de Prusse encore. Le Régent. de retour à Carlsrohe de Berlin est très embarrassé, il ne sait que faire. Le grand duc de Hesse a envoyé son ordre par son premier ministre. Le Prince en retour lui a envoyé la légion par le colonel Fleury. On regarde tout ce voyage comme une intrigue de femmes finissant par un mariage. Le Prince se promène avec la [Marquise] Douglas entouré de la police française. Voilà la lettre du correspondant de [Stolham]. Thouvenel avait entendu dire que Fould aurait la secrétairerie d'Etat, moi je doute. Quant à Drouyn de Lhuys c'est sûr il a les affaires étrangères.
Vous ne me trouverez pas en bon état, et je ne sais vraiment que faire de ma personne. J’essaye tout ce qu’on me prescrit, & puis il survient des symptômes qui font qu'il faut changer. Cela ne m’inspire naturellement aucune confiance de corps. Le repos, la tranquillité d'âme & la distraction d'esprit. Voilà ce qu'il me faut. Le premier dépend de moi, les deux autres, des autres et là se produit ma misère. Vous m'aiderez au N°2 quant à la troisième condition elle ne peut venir qu'avec l'hiver. A quelle heure serez vous ici Mardi ? Vous pourriez vous dispenser d'amener votre valet de chambre. J’ai tout mon monde ici. Voilà des visites. Adieu. Adieu.
Mots-clés : Aristocratie, Femme (politique), Politique (Angleterre), Portrait
42. Schlangenbad, Jeudi 4 août 1853, Dorothée de Lieven à François Guizot
Décidement mon voyage ne me profite pas. Je rapporterai à Paris tous mes maux avec & quelques nouveautés p. e. des crampes affreuses dans les jambes. Vous voyez bien que les médecins sont des imbéciles. Le temps est assez beau. Je prends de l’air tout ce que j’en puis prendre. Je ne m'ennuie pas, et quelques fois même je m’amuse. Marion a fait hier chez les vieux Rothschild un dîner impayable. La Princesse Louise de Prusse, Klingworth celui-ci bavardant & mentant, elle idiote. Des Allemands les Croy. Elle est revenue de là impayable de moquerie. Tous les Rotschild sont partis. Les vieux ce matin, Mad. James avant hier rappelée par son mari. Le Général est parti aussi. Tout cela sera rempli par des Biberes, ancien hospoder. C’est une lanterne magique. Nous rions souvent le roi et moi, il a vraiment bien de l’esprit. Le Prince Emile vient aussi me voir de Wisbade, tout autre genre, de la très bonne espèce. L'Empereur Napoléon vient de lui envoyer son grand cordon de la légion d’honneur en souvenir des grandes campagnes. Je ne sais rien de plus sur l'Orient. Cela finira pas la guerre après avoir fait éclater des révolutions à Constantinople le sultan est très menacé.
Je crois que mon fils Alexandre va venir bientôt ici. Je déciderai avec lui de mes mouvements ultérieurs. Je penche un peu pour Paris. Adieu. Adieu.
42. Val-Richer, Vendredi 16 juillet 1852, François Guizot à Dorothée de Lieven
J’attendais votre lettre pour vous écrire, et mon facteur arrive horriblement tard. Un orage en route ; point ici. Vous n'aurez que trois lignes. Je vous répondrai à mon aise demain.
Je crois en effet que nous ne sommes pas loin, et j'en suis charmé. Charmé aussi que vous ayez une chambre à me donner. Je m’arrangerai pour en profiter. Votre méfiance m'amuse et me choque. Adieu. adieu.
J’espère bien qu'enfin vous aurez Aggy. Adieu. G.
42. Val Richer, Jeudi 4 août 1853, François Guizot à Dorothée de Lieven
J’ai devant moi le plus épais brouillard que j'ai vu depuis longtemps dans un pays où j'en vois beaucoup ; mais c’est un brouillard blanc du matin que le soleil élève et dissipe en une heure, et qui présage une belle journée. Nous en retrouvons quelques unes, mais sans suite et sans sécurité mêlées de mal et précaires, comme tous les biens de la vie.
Je ne suis pas inquiet comme vous ; je suis pourtant moins tranquille que je ne l’ai été jusqu'ici. La question primitive et turque me paraît arrangée ; vous demandez moins que vous ne vouliez d'abord ; la Porte dira ce que vous voulez ; vous lui répondrez comme elle vous le demande ; il n’y a là plus d’embarras. Mais il y en a maintenant entre l'Europe et vous ; un gros et un petit. Le gros tient à la position isolée que vous travaillez à reprendre envers la Porte ; le petit a été créé par les circulaires de M. de Nesselrode. Une question de vieille politique et une question d’amour propre récent. J'espère bien, ou plutôt je compte que ni l’une, ni l’autre n’amènera la guerre ; mais je ne vois pas encore comment on les arrangera l’une et l'autre, à la quasi satisfaction des partis intéressés, condition nécessaire de tout arrangement. Il faudra bien qu’on en vienne à bout. Quand ce sera fait, je me donnerai le plaisir de vous dire ce que, depuis longtemps, j’ai à vous dire, et je ne vous dis pas.
Je vois que vous aussi vous faites parader vos flottes dans la Baltique comme dans la mer noire. Est-ce bien utile et de bien bon goût ? Cela me fait un peu le même effet que le camp de Chobham en Angleterre, un joujou rare et fragile dont on s'amuse. En général, il ne faut pas se mettre beaucoup en avant par le côté où l’on n'est pas le premier. Il paraît que notre ami Aberdeen a couru un véritable danger. Les cabs font bien du bruit à Londres. Je ne leur aurais jamais pardonné s'ils lui avaient fait vraiment mal, car je l’aime toujours beaucoup malgré son silence que je comprends. Plus on aurait envie de causer à coeur ouvert, moins on parle quand on ne le peut pas.
Avez-vous fait quelque attention, dans le Galignani, aux articles tirés d’un nouveau journal Anglais, the Press, qui me paraît se consacrer à la cause de l'Aristocratie territoriale, intelligente et libérale, de l'Angleterre ? Je viens d'en lire un, sur l’Angleterre, la Russie et les Etats-Unis, qui est très spirituel et très politique. Je voudrais bien que cette cause-là, qui est la bonne, fût bien défendue ; elle l'est bien faiblement depuis longtemps.
Je vous quitte pour faire ma toilette. Je pars ce matin à 10 heures, pour une course de campagne qui me prendra la journée. Je fais plus de ces courses-là que je ne voudrais. Mon gendre Conrad cherche à acheter une petite terre dans ce pays-ci, et il me demande d'aller voir tout ce qu’on lui propose. J’espère que ce sera bientôt fini. Pauline est encore un peu souffrante, plus de fièvre, mais une névralgie douloureuse, et qui l'abat.
10 heures
Adieu, adieu. Je pars sans que mon facteur soit arrivé, ce qui est toujours un grand ennui. G.
43. Bruxelles, Vendredi 28 avril 1854, Dorothée de Lieven à François Guizot
Grande haine à Pétersbourg contre les Anglais. Des invectives dans les rues aux passants russes qui ont la tournure anglaise. Pas un mot des Français, au contraire bonne amitié pour eux. Le plus gros juron russe est Palmerston. Les cochers disent cela entre eux. Le duc de Noailles vous répètera que l’Empereur Napoléon est rempli de désir de la paix, et de l'horreur de la propagande révolutionnaire. Morny a été bien vif et décidé sur ce chapitre à aucun prix on ne favoriserait ce parti. On se trouve en grande et bonne compagnie, en grand renom. On veut rester comme cela. On y restera. Persigny a tenu le même langage à Marion. (Elle me le mande.) On croit à une campagne stérile, on souhaite ardemment des propositions acceptables. La difficulté sera l'Angleterre mais on pèsera sur elle ; efficacement si on est à trois, et si non on pourrait bien sans elle se décider Morny a trouvé le roi Léopold assez mécontent de l'Angleterre. Il lui a dit de ne pas faire attention à ces bourrades contre les Russes à Bruxelles. Qu'il les garde, qu’il garde son indé pendance. On ne sait trop ce que ferait les Allemands. La Prusse certainement point d’action contre nous, si l’Autriche s'en mêlait ce serait bien douce ment. La neutralité le plus longtemps possible et toujours en position de négocier la paix. Mon empereur la veut ardemment. En consentant à un congrès c'est bien la plus grande preuve. Lui qui s'obstinait au tête-à-tête.
Mes pauvres yeux, je vous renvoye au duc de Noailles, il a tout entendu tout écouté. Sa rencontre si intime avec Morny l’a bien amusé. Du matin au soir avec lui car on déjeunait chez moi, et la nuit au bal dans ma voiture, mariés pour le quart d’heure. Moi aussi cela m'a bien amusée. Voilà que cela finit ! Pourquoi Montebello, Dumon, d'Haubersaert ne viendraient-ils pas ? Toujours mon château. Que je serais aise. Mais concevez-vous le malheur de me séparer d'Hélène. Et pourquoi Andral ne pouvait-il pas avoir un avis, le [?] Politique de confrère. C’est mal. Adieu Adieu.
N'oubliez par le courrier de Hatzfeld le 1er mai Lundi si vous avez de quoi.
43. Paris, Mardi 18 avril 1854, François Guizot à Dorothée de Lieven
Je me rectifie. Ce n’est pas aux Tuileries, c’est à l’Elysée, au milieu des décombres et des constructions qu'a eu lieu le bal donné hier au Duc de Cambridge. J’ai passé là à 3 heures ; les ouvriers en foule travaillaient à enlever les pierres, à cacher, les échafaudages à décorer la porte d’entrée qui n’est pas finie et qui sera belle. C’est une idée singulière qu’une fête dans un palais à demi-renversé, à demi construit. Je suppose que c’est pour avoir le soir, le plaisir de jardin qu’il n’y a pas moyen, d'avoir aux Tuileries. La jardin de l'Elysée est charmant dans le moment-ci. J’ai rarement vu un printemps si brillant.
J’ai fait hier quelques visites les Ellice, Milner, sur John Boileau, M. de Falloux. Je n’ai trouvé que Minles et sa femme qui est assez jolie et a l’air spirituelle. C'est la sœur de Lord Crew. M. de Falloux. meurt d'envie de l'Académie. Il ne se présentera pas pour les deux élections prochaines qui sont comme faites ; mais on prévoit bientôt une troisième vacance, et alors il insistera vivement. Il aura bien des concurrents, MM. de Marcellus, Pomard, Legouvé, de Bonnechose & & M. M. de Marcellus aura des voix. M. de Pastoret aussi voudrait bien se présenter ; mais il n’osera pas, et il aura raison. Je ne crois pas qu’il eût une voix.
Il n'y a pas plus de nouvelles ici qu'à Bruxelles. La maréchal St Arnaud a dit en partant qu'au commencement de Juin, il y aurait une armée Franco-Anglaise de 80 000 hommes dans les plaines d'Andrinople. Il est sûr qu’on fait partir de nouvelles troupes. J’ai vu hier un officier du 7e régiment de chasseurs qui n’avait encore entendu parler de rien, et qui vient de recevoir tout à coup l'ordre de partir. Je n’entends pas parler du tout de bruit que je vois dans les journaux Anglais que l’amiral Bruat remplacerait dans la mer Noire l’amiral Hamelin. Andral ne s’est pas encore expliqué, avec moi du moins. Il voulait recueillir des souvenirs et examiner avant de répondre. Mais je serais étonné s'il ne persistait pas pour Ems.
Adieu, adieu. Le bois de la Cambre doit commencer à verdir et à être charmant. Adieu. G.
43. Paris, Mercredi 19 avril 1854, François Guizot à Dorothée de Lieven
Personne hier que des Anglais après mon déjeuner, Brougham, Milnes, Senior. Ils viennent souvent. Il ne paraissent. plus attendre de l'exposition dans la Baltique qu’un blocus très étroit qui supprimera complètement le commerce Russe, le blocus continental de 1810 retourné contre la Prusse de la mer Noire je ne sais rien, sinon qu’on envoie à Gallipoli de grands renforts de troupes. L'effort de la guerre paraît se reporter alternativement du Nord au Midi et du Midi ou Nord. Si on ne réussit pas à faire sortir de cette situation la paix pour l'hiver prochain, c’est que les puissances Allemandes sont bien maladroites, ou Dieu bien décidé à changer la face du monde.
Le vide et la monotonie des conversations m'assomment. J'aime bien mieux la solitude. A mon grand regret je ne puis partir pour le Val Richer que ce 18 mai. Les deux élections à l'Académie Française auront bien ce jour- là, et je partirai le soir. L'évêque d'Orléans et M. de Sacy, c’est à peu près certain. Je dis à peu près par excès de précaution. Quel coup de feu pour Salvandy, qui se trouve directeur ! Déjà deux morts, sous son règne, et on en annonce pour ces jours-ci une troisième, celle de M. de Lacretelle qui à 89 ans et deux attaques d’apoplexie en dix jours. Deux et peut-être trois discours de réception à faire l'hiver prochain ! Il deviendra, l'entrepreneur des pompes funèbres de l’Académie.
Adieu. Je n’ai pas entendu parler d'Andral. C’est tout simple puisque la lettre est partie un jour plus tard. Du reste il se contentera probablement de répondre à Bruxelles sans me rien faire dire. Il n’a pas de temps à perdre, en billets inutiles. Adieu, Adieu. G.
43. Schlangenbad, Samedi 6 août 1853, Dorothée de Lieven à François Guizot
Je vous envoie copie de deux lettres. Tout cela a très mauvais air, & la réponse de Clarendon à la chambre haute complète et compliquée. Je ne vois plus le moyen d'éviter la guerre et je reste plus triste que jamais. Le roi de Wurtemberg vient sans cesse causer avec moi, il s’étonne et s’afflige car on ne voit pas le bout. Ce serait une grande surprise, aujourd’hui de voir l’affaire s’arranger. Je crains que nous ne voyions pas cela.
Ma santé me tracasse, rien de mieux et presque du pire. Je suis cependant si docile. Tous les Croy sont partis ce matin, c’est une petite très petite diminution pour mon salon, car ils n'ont point d’esprit. Je garde deux hommes de la suite de roi de [Wurtemberg]. Et le comte de Brie Belge qui a cloué les princes & qui est très agréable. Jeune et de bonne mine. Ma nièce reste toujours avec moi. Madame Oudinoff est ici. La Princesse Charles de Prusse est la plus ennuyeuse des femmes, Dieu merci elle ne vient pas. Elle avait voulu le faire mais elle a compris que le deuil de son père devait la retenir chez elle. Je n'ai rien à vous dire du tout qu’adieu.
Les lettres de Meyendorff sont pour vous seul.
43. Val-Richer, Samedi 17 juillet 1852, François Guizot à Dorothée de Lieven
Dites-moi votre adresse Dieppe ; encore faut-il que je sache où aller vous chercher, quoique je sois sûr que je vous trouverais partout où vous seriez. Je compte aller vous voir la semaine prochaine. Je ne puis vous dire aujourd’hui précisément quel jour. J’irai par Trouville. Le Havre et Rouen.
J’ai envie qu’il fasse encore beau ce jour-là. Il pleut aujourd’hui à la grande satisfaction du tout le monde et même à la mienne pour la première fois hier, j’ai souffert du chaud. J’avais si mal dormi, dans la nuit que je me suis levé à 4 heures du matin. J’ai très bien dormi cette nuit.
Je passerai deux jours avec vous. J’attends la semaine suivante, M. Hallam, et Sir John Boileau. J’aurai du plaisir à les revoir. Ils me donneront les détails sur l’Angleterre. L'échec électoral qui Peelistes est frappant, si notre ami Aberdeen était à élire, il n'aurait peut-être pas été réélu.
Le succès du Cabinet en Irlande prouve à quel point les élections sont surtout protestantes. Cette chambre des communes sera partagée par moitié. Donc bien difficile à gouverner et bien mauvais instrument du gouvernement. mais je persiste à croire, pas de danger.
Le Président se trompe, s’il se méfie du Prince de Ligne. Le Prince de Ligne sera comme voudra son Roi. Et d'ailleurs si, aise d'être à Paris, lui et sa femme, qu’ils feront ce qu’il faudra pour y rester, et pour y être bien venus.
Vous avez toujours trouvé à Fould les mérites que vous lui trouvé aujourd’hui, et qu’il a en effet. Preuve de votre pénétration et de votre tact. Je désire qu’il reste en faveur ; il ne donnera que de bons conseils.
Mes journaux d'aujourd’hui me diront s'il va à Strasbourg. Si vous avez la Revue des deux mondes, (1er et 15 Juillet) lisez deux articles de M. de Rémusat sur Horace Walpole, et Angleterre du 18 siècle. Vous le trouverez bien parlementaire, mais spirituel, et intéressant.
Voilà donc Mad. Seebach établie à Paris Elle y sera une lionne de toilette l'hiver prochain. La Russie sera-t-elle aussi brillante que l'hiver dernier ?
On m’a raconté bien des choses de Mad. Kalergi. Il me paraît que le séjour de Mlle Rachel à Berlin a été très orageux. Vous voyez que je lis les nouvelles frivoles, faute d'autres.
11 heures Enfin vous avez Aggy. J’en suis bien content. Vous vous soignerez l’une l’autre. Adieu, Adieu. Je suis à ma toilette. Votre adresse. Adieu. G.
Mots-clés : Amis et relations, Bonaparte, Charles-Louis-Napoléon (1808-1873), Conditions matérielles de la correspondance, Femme (politique), Fusion monarchique, Lecture, Politique (Angleterre), Politique (France), Portrait, Relation François-Dorothée, Réseau social et politique, Salon, Santé (Dorothée), Voyage
43. Val Richer, Samedi 6 août 1853, François Guizot à Dorothée de Lieven
Merci de la lettre de M. de [Meyendorff] qui m’a beaucoup intéressée. Je suis charmé que les miennes l’intéressent un peu. J’aimerais bien mieux causer avec lui. Je lui dirais que je n'ai jamais pensé à un protectorat collectif des Chrétiens en Turquie. J'en sais, comme lui, l'impossibilité pratique. Ce qui me paraissait praticable, c'était que votre Empereur, puisque on regardait un engagement de la Porte envers lui comme attentatoire à l’indépendance Ottomane, proposât lui-même que la Porte prit le même engagement, non plus envers lui seul, mais envers toutes les Puissances Chrétiennes, laissant chacune de ces Puissances protéger ensuite, pour son compte, ses propres dieux Chrétiens, l’une les Grecs, l'autre les Catholiques, l'autre les Protestants &
Mon idée n'était qu’un expédient pour sortir de la difficulté du moment par une porte qui ne fût plus seulement Grecque et Russe, mais Chrétienne et Européenne, qui fût par conséquent plus grande pour votre Empereur et unobjectionable pour les autres. Ce sont les situations prises qui décident. des affaires je voyais là une bonne situation à prendre, bonne pour la dignité et pour la solution. Voilà tout. Cela ne signifie plus rien aujourd’hui. Le sultan a beau se griser et traîner. L'affaire finira bientôt puisque tout le monde veut, qu'elle finisse. Les embarras ne sont des périls que lorsqu’il y a des puissants qui veulent en faire des périls.
Vous ne lisez probablement pas les récits de la révolution de Chine. S'ils sont vrais il y aura bientôt là, pour l'Europe, de nouveaux Chrétiens à protéger. Seront-ils Grecs, Catholiques ou Protestants ? Je crois que vous avez une mission religieuse à Pettiny. Du reste, ces Chrétiens chinois, orthodoxes ou non, me paraissent en train de se bien protéger eux-mêmes. Convaincu, comme je le suis, que le monde entier est destiné à devenir Chrétien, je serais bien aise de lui voir faire, de mon vivant, ce grand pas.
Avez-vous des nouvelles de la grande Duchesse Marie ? Le voyage de la grande Duchesse Olga en Angleterre est-il déterminé par la santé de sa sœur ? Dieu veuille épargner à votre Empereur cette affreuse épreuve ! Il m’arrive le contraire de ce qui arrive, dit-on, ordinairement ; je deviens en vieillissant, plus sympathique pour les douleurs des autres ; mes propres souvenirs me font trembler pour eux comme pour moi-même.
Je voudrais vous envoyer un peu du beau temps que nous avons depuis quelques jours ; très beau, mais pas chaud. C'est le vent du Nord avec le soleil. Nous n'aurons décidément point d'été. Vous ne me dites rien de l'effet de vos bains ; mais à en juger par l’air de votre silence, Schlangenbad vaut mieux qu'Ems.
Changarnier parle en effet trop de lui. Mais quand vous n'avez rien à faire des gens, vous ne savez pas assez les prendre par le bon côté, et mettre à profit ce qu’ils ont tout en voyant ce qui leur manque. Vous vous ennuyez trop de l'imperfection dès qu’elle ne vous est bonne à rien.
Adieu, adieu. Je ne fermerai ma lettre que quand mon facteur sera venu ; mais il ne m’apportera probablement rien à y ajouter. Adieu.
Mots-clés : Âge, Aristocratie, Autoportrait, Circulation épistolaire, Conditions matérielles de la correspondance, Femme (santé), Nicolas I (1796-1855 ; empereur de Russie), Politique (Internationale), Politique (Russie), Politique (Turquie), Portrait, Portrait (Dorothée), Religion, Réseau social et politique, Santé (Dorothée)
44. Bruxelles, Samedi 29 avril 1854, Dorothée de Lieven à François Guizot
Le duc de Noailles est parti ce matin. Vous le verrez sûrement dans la journée. Dites lui ma grande reconnaissance, mon grand chagrin, mon grand ennui. Cette semaine a été bien remplie et bien agréablement. J'ai encore eu une lettre de [Greville]. Très curieux de ce qui se fait entre Vienne & Berlin, n'en sachant pas le premier mot. Espérant bien que le bombardement d'Odessa n’est pas vrai." A sheer barbarity, without any sort of use."
Je n'ai rien à vous dire de nouveau depuis hier soir. J'écris beaucoup, cela fatigue mes yeux. Ce sera bien pire quand je n’aurai plus Hélène pour venir à mon aide. Ah qu'Andral aurait pu faire une autre réponse ! C'était si simple, répéter ce qu'il avait prescrit, peut être est il blessé de ce qu'on ne s'en soit pas tenu à cela. Si c'était vrai ce serait bien bon à dire, et peut-être à défaire encore le mal. Adieu. Vous voyez ma préoccupation de cette affreuse perspective d'isolement. Adieu.
44. Paris, Jeudi 20 avril 1854, François Guizot à Dorothée de Lieven
J’ai dîné hier chez M. Molé. La famille Molé et Noailles, MM. de Falloux, de Barante Berryer, Corrales, Mallac. Beaucoup plus d'Académie que de politique. Berryer se décide à se faire recevoir. Il ne peut pas se montrer plus difficile que ses amis dont l’un, l'évêque d'Orléans, va entrer, et dont l’autre, M. de Falloux, se présentera à la plus prochaine vacance. La réception de Berryer aura lieu probablement dans le cours du moi de Mai. Quelle fête pour Salvandy ! Trois discours de réception ; Berryer, tout à l’heure, M. de Sacy et l'évêque d'Orléans un mois de Décembre prochain. Le Duc de Noailles part lundi pour aller passer deux un trois jours à Bruxelles. Je m'en réjouis vraiment pour vous.
Montebello est parti pour conduire lui même son fils à Brest, où il va s’embarquer pour aller rejoindre l'amiral Parseval. Quoiqu’un peu rétabli, ce jeune homme est encore faible et tousse toujours à la suite d’une pleurésie. Mais à aucun prix, il n’a voulu manquer son embarquement. L'inquiétude du père m'a touché. Je ne crois pas que vous puissiez compter le voir à Bruxelles, ses enfants et ses affaires l'en empêcheront.
C'est l'Empereur Napoléon, dit-on, qui a insisté pour que le Duc de Cambridge passât par Vienne et fît un nouvel effort pour décider l’Autriche à entrer dans l'alliance.
J’ai vu hier Ellice, très appliqué à dire et à prouver que les deux gouvernements sont très contents l’un de l’autre, et que le gouvernement français fait tout ce qu’il doit et peut faire pour agir en Orient aussi efficacement et aussi promptement que le gouvernement anglais peut et doit le lui demander.
Sir H. Seymour persiste à dire, vous le voyez qu’il a perdu ses bagages. C’est incroyable, et cela fait ici plus de bruit que vous ne pouvez croire. On répète partout : " Barbares, barbares ! " et le mot de M. de Rulhières. " Entrouvez la veste. Vous verrez le poil encore tout rude." Les comédies, les opéras, les vaudevilles anti-russes se multiplient sur les théâtres.
Après le dîner chez Molé, la soirée chez Mad. d’Haussonville. Peu de monde, les Rémusat, les d'harcourt, Langsdorff, de Sahune. Le Duc de Broglie n’y était pas. Mad. de Staël est arrivée avant hier de Genève. On annonce une rentrée éclatante de Melle. Rachel dans une nouvelle tragédie de Médée, dont j’ai entendu la lecture il y a un an. Assez de talent. L’auteur, M. Legonel, sera l'un des concurrents de M. de Falloux aux prochaines vacances de l'Académie. Voilà votre N°34. Je me suis trompé de N°. Mardi, j'aurais dû mettre, 42 et non pas 43. Adieu. Adieu. G.
44. Schlangenbad, Dimanche 7 août 1853, Dorothée de Lieven à François Guizot
J'ai oublié de vous dire que j’ai donné à lire au roi de Wurtemberg trois de vos lettres qui traitent de la question d’Orient c.a.d. de nos circulaires. Il en a été ravi, il me les a renvoyées avec un billet que je vous montrerai. A propos ses plus intimes ici nient qu'ils aient jamais vu la face de Klingworth (belle face) Il vient ici sans cesse chez le roi.
2 heures. Le roi vient de recevoir une dépêche télégraphique en annonçant qu’à Pétersbourg le projet d'ultimatum à la Turquie a été agréé ; je ne pouvais en douter puisque cela s’est fait sous les yeux de Meyendorff. Reste à voir ce que dira Constantinople. Ce n’est plus aussi grave. Si les Turcs acceptent, l’affaire est terminée. S'ils refusent, ils n’auront plus l’appui des protecteurs qu'ils s’en tirent tout seuls. L’une on l’autre alternative est donc bonne pour nous.
Je suppose que cet ultimatum ne touche que l’affaire principale, la proposition Menchikoff. Les principautés seront une affaire séparée et secondaire ; mais je suis portée à croire que nous les évacuerons du moment que la Turquie se soumet à la note de Vienne.
Si la nouvelle que vient de me donner le roi est vraie et elle doit l’être, je vais me reposer de toutes mes agitations. J’attends aujourd’hui. mon fils Alexandre. Adieu. Adieu.
44. Schlangenbad, Mardi 9 août 1853, Dorothée de Lieven à François Guizot
Ma cour a consenti à l’Ultima tum que l’Autriche adresse à la Porte. Voilà une bonne affaire, très bonne pour Aberdeen. Il faut maintenant que la Porte accepte. Si elle le fait nous recevons son ambassadeur. Meyendorff qui me mande cela espère que la France & l'[Angleterre] soutiendront leur oeuvre et retireront tout appui à la Turquie si elle refuse cette dernière planche de salut. Comme démonstration de cette menace il faudrait rappeler les flottes et nous évacuerons les principautés ; il est en bonne espérance et content de lui même car ceci est son œuvre.
Pardonnez moi, mais votre critique des manoeuvres de notre flotte de la Baltique aussi bien que du camps de Chobane est singulière. Mais de tous temps on exerce des troupes. Et depuis que nous avons un vaisseau il fait des promenades. dans la saison d’été pour exercer les matelots à la manœuvre. Est-ce que vous n'envoyez pas les vôtres à droite et à gauche en été pour la même raison ? Nous restons dans notre coin la Baltique ; dans d’autres années ils viennent dans la mer du nord, voilà la différence pour cette année. Et les régimes Anglais ? Mais c’est un camps d’exercices comme Satory, comme St Omer, comme Krasno Selo où mon empereur. fait manoeuvrer tous les ans 100 m hommes. Le chiffre n’y fait rien.
Voilà qui est trop long pour la question militaire. Mon fils n’est pas arrivé encore, ce qui me surprend. Il y a depuis quelques jours un vent glacial, abominable. Mon rhume est plus fort que jamais. La duchesse de Nassau est venue me voir ; bien gentille et bonne. Mes impolitesses sont acceptées, je ne rends visite à personne. Adieu. Adieu.
44. Val-Richer, Dimanche 18 juillet 1852, François Guizot à Dorothée de Lieven
La poste, même française, me traite toujours plus mal que vous. Vous avez mes lettres le lendemain ; je n'ai les vôtres que le sur lendemain. Je ne comprends pas pourquoi cette différence.
Je serais charmé que votre fils, Paul rentrât au service. C'est vraiment dommage qu’un homme d’autant d’esprit perde sa vie comme il le fait. Il le regretteront un jour. Pour mener cette vie oisive, et s'en contenter, il faut être jeune ; la jeunesse remplit tout. Mais quand on devient vieux, deux choses deviennent nécessaires, une famille et ses occupations.
Si Schlangenbad, contribue, comme je le présume, à rendre ces arrangements-là plus faciles ou plus agréables, ce sera une bonne et juste récompense de votre fatigue.
Je ne savais pas que M. Molé fût à Trouville. Je l’y verrai en y passant pour aller vous voir. Je ne puis fixer précisément mon jour qu'après demain à cause d’une lettre que j’attends. Mais ce sera probablement vendredi ou samedi.
Malgré l'ennui, vous avez raison de vous coucher de bonne heure. Mon expérience d’ici me le persuade tout-à- fait. Je suis toujours couché à 10 heures et presque toujours levé à 5. Ce régime me réussit très bien. C'est l’ordre naturel.
Je n’ai pas plus de nouvelles que vous. Les journaux, et j'en reçois sept ou huit, ne m’apportent rien. Montalembert, m'écrit de Vichy, où il s'ennuie fort, me dit-il. Il m'envoie ce qu’il a dit, l'avant veille de la clôture du corps législatif, sur les décrets du 22 Janvier, commençant par cette phrase : " Je désire faire une très courte observation et je vous promets d'avance de ne pas demander l'autorisation d'imprimer ce que je vais dire " et finissant par celles-ci : " Nous aurons sans aucun doute, un jour à discuter cette mesure ; les lois de finances nous y amèneront ; nous le ferons alors en toute liberté. D’ici là, il faut qu’on sache, que nous n'y sommes en rien associés, ni compromis. Quant à moi, je profite de cette première occasion pour élever dans le triple intérêt de la propriété cruellement ébranlée, de la justice méconnue et d’une auguste infortune, mes solennelles réserves contre une faute qui a été sans excuse, sans prétexte, sans provocation aucune, et que l’on s’attache chaque jour davantage à rendre irréparable."
Vous voyez que selon sa coutume, il n’a pas mâché les paroles. La Reine, et le duc de Nemours lui ont écrit pour le remercier. Adieu.
J’aimerai mieux la fin de cette semaine que le commencement. Adieu.
44. Val Richer, Lundi 8 août 1853, François Guizot à Dorothée de Lieven
Comme société, Schlangenbad vous traite mieux qu'Ems. Je suis charmé qu'au moins vous n'ayez pas d’ennui. Je connais le prince Bibesco, un Valaque libéral. Ce que vous me dites du Prince Emile de Hesse me donne envie de le connaître. A vrai dire, il n’y a qu’un homme en Europe avec qui j’ai sérieusement envie de causer, c’est votre Empereur. Cela ne m’arrivera probablement jamais.
Il paraît qu’on fait à Paris des préparatifs énormes pour le 15, et qu’il y va un monde énorme. Vous perdez un beau coup d’oeil de vos fenêtres. Des bâtiments et des fêtes, c’est là ce qui remplace pour nous, le panem et circenses de l'Empire romain. J’ai beau être triste et inquiet je suis convaincu que nous n'en sommes pas à l'Empire romain. Je ne crois point à la décadence de mon temps. C’est un temps très nouveau, nouveau jusqu'à l’inconnu, non pas un temps usé. Il sortira je ne sais pas quoi de tout ce que nous avons vu, mais il en sortira quelque chose de grand. Recevez-vous le Constitutionnel et le Pays, les deux journaux impériaux ? Je suis assez frappé de leur dissidence sur la question de la paix. Est-ce la politique ou la prévoyance au gouvernement qui est indécise ? On dirait qu’il veut avoir marché dans les deux routes, et se trouver au point où l'on arrivera, quel qu’il soit.
Je ne comprends pas bien ce qui fait tant de bruit à Londres, les ordres du Prince Gortschakoff aux hospodars sur leurs relations avec la Porte ; est-ce une simple conséquence de l'occupation ou une mesure d'avenir ? ces petites complications successives, et qui restent quelque temps inexpliqués, aggravent la difficulté de la situation ; il me semble qu'elles pourraient être évitées, soit en faisant moins, soit en disant d'avantage, et d'avance. Je fais comme vous je vous quitte n'ayant rien de plus à vous dire. Je fais encore une course aujourd’hui pour voir des terres ; mon avant dernière, j’espère.
Adieu, Adieu.
Hélas, les médecins sont des imbéciles comme tout le monde ; ils ne sont ni infaillibles, ni tout puissants.
45. Bruxelles, Lundi 1er mai 1854, Dorothée de Lieven à François Guizot
Je vous écris une lettre ostensible pour être lue par Andral. Hélène est tout aussi intéressée à cela que moi, car elle est sûre pour son compte qu’Ems is the thing. Seulement l’esprit de la malade est troublée, et la sentence nette d’Andral décidera tout. Je vous prie je vous prie, Hélène vous supplie, ne perdez pas de temps. J'ai eu une bonne lettre de Morny mais rien de lui. Seulement il a retrouvé le langage plus accoutumé à la guerre. Il n’avait pas encore vu l’Empereur il allait le voir hier. Il me parle des bombardements d’Odessa comme de quelque chose de sauvage. J’ai peine à y croire. Ici on ne sait pas encore d'une manière précise. Vaudrait et Brockhausen sont toujours mes plus fidèles.
Mad. Salvoy m’a écrit de Vienne tout bonnement une lettre spirituelle. Au milieu des récits de toilettes et de fêtes, il y a des observations. Hubner petit rôle, rien du tout. Bual embarrassé. Le public enthousiaste pour la France. Dans la rue hourah pour l'équipage de Bourguenay. Tous les généraux autrichiens, russes. Il pleut, je ne me promène plus. Adieu. Adieu.
Si Andral faisait encore des façons, il me semble qu’il pourrait pour le moins formuler son opinion comme voici, sur l’autre nuance de vert. Vous voyez comme cela m'occupe, mais Hélène est bien mon compère aussi je vous en réponds. Adieu. Vous dites de belles paroles dans votre discours !
45. Paris, Vendredi 21 avril 1854, François Guizot à Dorothée de Lieven
Hier à dîner chez Duchâtel, Lord Brougham, les trois Ellice, M. et Mme Emile Cornudet, Flahault, Dalmatie d'Haubersart, Dejean. Je m’en suis allé en sortant de table. J'avais du monde chez moi, le soir, les Boileau. Dumon, Senior, Liadières, le Prince, et la Princesse de Broglie et huit ou dix anciens déportés conservateurs que vous ne connaissez pas même de nom. Trés honnêtes gens, à la fois fidèles et sensés. Il y avait, et il y a encore là, dans notre ancien parti conservateur, un fonds d'excellent parti de gouvernement. Trop petits ; ils ne voyaient pas d’assez haut. Mais leur bon sens subsiste ; ils sont toujours pour la politique de la paix et de l’ordre Européen. Ils en veulent à votre Empereur de l'avoir sacrifiée pour courir après un peu plus d'influence, apparente peut-être, à Constantinople.
Personne ne croit à aucun arrangement. actuel ; il faut qu’on se batte, et qu’on se batte en vain. L'Autriche se réserve pour reprendre le rôle de médiateur l'hiver prochain, quand on se sera battu en vain tout l'été. Les Anglais se résignent à ne pas faire grand chose dans la Baltique, grand' chose d'éclatant ; mais ils bloqueront tous vos ports, toutes vos côtes ; effectivement, ce qui écarte les neutres et ce qui doit ruiner tout-à-fait votre commerce, c'est-à-dire vos grands propriétaires. Je les trouve un peu tristes dans leur langage, mais obstinés et patients ; ils sentent qu’ils ont fait trop de bruit et trop promis ; mais ils persistent, quoique plus modestement.
Voilà leur traité d'alliance offensive et défensive avec la France conclu et signé. On prépare ici de nouveaux envois de troupes. On crie beaucoup contre la folie des Turcs qui, en expulsant les grecs, ont expulsé tous les négociants, tous les fournisseurs avec lesquels ils avaient passé des marchés pour l'approvisionnement des armées alliées. Les marchés s'en vont avec les marchands de là de grands embarras et une juste humeur.
Le Moniteur énumère ce matin nos trois escadres. On dit que M. Ducos a dit à l'Empereur qu’il en avait dans la main une quatrième ; à quoi l'Empereur répondu : " Fâchez de la faire remonter dans la manche." Mad. de la Redorte vient d'être très malade. Sa fille était très jolie hier, chez Duchâtel ; mais on dit que ses yeux ont plus d’esprit qu’elle. Mad. de Caraman avait avant hier soir, une lecture des Mémoires sur les Cent Jours, de M. Villemain. J'en ai entendu un long fragment l’hiver dernier. C'est piquant. Cela paraîtra au mois d'octobre.
On dit beaucoup que la Chambre du Conseil va déclarer qu’il n’y a lieu à suivre contre M. de Montalembert. Ce bruit se soutient, et se confirme depuis plusieurs jours. Ce serait, pour le gouvernement, un désagrément momentané qui lui épargnerait un long embarras. Adieu.
Il a plu hier tout le jour. On dit que c’est excellent et je le crois. Pour moi, j’aime mieux le soleil. Adieu, Adieu. G.
45. Schlangenbad, Jeudi 11 août 1853, Dorothée de Lieven à François Guizot
Mon fils Alexandre est arrivé hier, il est vieux de Paris. Je suis plus franchement informée par Meyendorff, mais il me rapporte l'impression des Russes de France, qu’après tout nous avons fort avancé nos affaires, quoique au prix de notre bonne réputation. Celle-là restera fort endommagée. Hier la porte a totalement manqué à Schlangenbad. C’est odieux, ni lettres, ni journaux. Constantinople n’est plus pour moi que question de curiosité.
Les Princes du voisinage se croient obligés quand ils viennent faire la cour au roi de Wurtemberg et à la Princesse Charles de Prusse de se présenter chez moi aussi. C’est ainsi que j’ai vu l’autre jour le Prince régnant de Waldek, beau garçon de 22 ans, timide, embarras sé, labourant le Français avec une peine infinie, à la torture pour trouver un mot. Une scène de comédie ; son premier. ministre était avec lui. important, empesé, grotesque J'ai bien ri après. Marion me fait une collection de portraits des personnes qui viennent chez moi. Elle a un talent rare. Elle se souvient le lendemain matin des visages de la veille, des ressemblances frappantes. Mon fils trouve ceci charmant et ne demande pas mieux que de prolonger notre séjour. Je me laisse aller sans arrêter de place. Le froid diminue voilà tout ce que je puis dire du temps. Adieu. Adieu.
45. Val Richer, Mardi 9 août 1853, François Guizot à Dorothée de Lieven
3 heures
Il se peut fort bien que votre Empereur ait eu raison de penser à la Russie plus qu’à l'Europe. Je ne suis pas juge du cas particulier ; mais en thèse générale, on a toujours raison de se préoccuper du dedans plus que du dehors. Le pauvre roi Louis-Philippe se préoccupait infiniment du dedans ; à ce point qu’il en désespérait. Il a certainement en grand tort de faiblir le 22 février, et cette faiblesse a été la cause prochaine de sa chute ; mais il a été de tous, le moins surpris de ce qui lui est arrivé, tant, il en connaissait les causes générales et lointaines, et les regardait comme irrésistibles. Deux dispositions parfaitement contradictoires s'alliaient en lui ; dans l’ensemble, il était sans espérance, sans confiance, convaincu qu’il ne réussirait pas à fonder sa monarchie, que la France était vouée à l’anarchie et à la révolution dans chaque occasion particulière, quand le jour du péril venait, il était imprévoyant et sanguin, convaincu qu’avec un peu d'adresse, de souplesse et de patience. Il reviendrait sur l'eau et se relèverait après avoir plié, les deux dispositions ont également contribué à le perdre ; il a vu à la fois trop en noir et trop en beau ; il a trop désespèré du présent et trop espéré de l'avenir. On pouvait très bien résister en Février 1848, il ne l’a pas cru. Il a cru qu’il reviendrait du renvoi de son cabinet et même de son abdication ; et cela ne se pouvait pas. Il avait cela, et seulement cela, de commun avec Louis XI qu'il faisait beaucoup de fautes, et qu’il excellait. à s'en tirer, et qu’il espérait toujours avoir le temps de s’en tirer. Le temps lui a manqué pour se tirer de la dernière. Le chagrin a été pour plus de moitié dans sa mort. Le désespoir de votre N°43 est mal tombé, ce matin, après les quatre lignes du Moniteur d'hier. Vous aurez certainement eu directement l’avis de l'adhésion de votre Empereur à la proposition combinée à Vienne ? Je tiens pour impossible que le sultan n’y adhère pas aussi. Je suis donc de l’avis du Moniteur, et de la Bourse Je regarde l'affaire comme finie. Vous vous serez beaucoup tourmentée en pure perte. A part l’intérêt Européen, je suis charmé que vous voyez un terme de vos inquiétudes.
Mercredi 10 9 heures
Il me revient que Kisseleff est très content, et qu'on est très content de lui à Paris. Son attitude. et son langage, pendant toute cette crise, ont été très fermes et très tranquilles. C'est Morny qui a renversé M. de Maupas, et fait supprimer le ministre de la police. Il s'est allié pour cela avec Persigny. L'Empereur Napoléon est content de Drouyn de Lhuys et du mélange de pacifique et de guerrier qu’il a mis dans ses conversations et dans ses pièces. Bon pour tous les en cas. M. d’Hautpoul a obtenu la permission de recommencer à se promener, en mer avec son yacht de Trouville.
Mad. la Duchesse d'Orléans confie M. le comte de Paris à Paul de Ségur pour aller faire un tour en Irlande. Adieu, adieu. J'espère que demain le facteur m’apportera votre tranquillité au lieu de votre désespoir.
Par grand hasard, j’ai reçu hier une lettre de Massi ; on me dit : " La paix jusqu'ici n’est pas troublée par l'occupation ; les troupes russes observent la plus exacte discipline et payent tout ce qu'elles consomment.” Adieu. G.
Mots-clés : Affaire d'Orient, Bonaparte, Charles-Louis-Napoléon (1808-1873), Diplomatie (Russie), Empire (France), Famille royale (France), Histoire (France), Louis-Philippe 1er, Nicolas I (1796-1855 ; empereur de Russie), Politique (Analyse), Politique (France), Politique (Russie), Politique (Turquie), Portrait, Relation François-Dorothée (Politique), Révolution
46. Bruxelles, Mardi 2 mai 1854, Dorothée de Lieven à François Guizot
Je commence par reprendre les chevaux blancs et les acclamations à Bourguenay. J'avais la France pour Fiancée c'est un peu différent. Mauvais griffonnage & des mauvais yeux. C’est très ridicule de vous avoir mandé cela & nous en avons bien ri le soir. Ensuite bonne nouvelle pour moi. Le médecin d'ici a de son propre mouvement (pas trop propre soit dit bien entre nous) renoncé complètement à Spa pour sa malade. & c’est à Ems que nous allons tous. Si vous n'avez rien fait ne faites rien. Si c’est fait tant mieux cela confirme. Merci, pardon, & surtout merci.
Sir H. Seymour est ici. Il parle très bien de mon Empereur, très mal de tous ses serviteurs. Pour lui plaire on le trompe, et il ne s’étonne que d'une chose c’est qu’il ne soit pas trompé davantage. Il ne veut voir aucun Russe ici excepté moi. Il y a recrudescence d’irritation. Chez nous l’approche du danger excite à ce sentiment. Meyendorff a demandé à Bual si l'évacuation de la petite Valachie ne produisait pas une bonne impression sur son cabinet. Pas le moins du monde. On ne sera satisfait que de la retraite absolu des [Principautés]. J'ai beaucoup écrit hier à Pétersbourg pour le courrier de Hatzfeld qui devait passer cette nuit. Brockhausen m’a dit que ce ne serait que la nuit prochaine. C’est ennuyeux. Brunnow vient de louer ici une maison, il se lance dans le monde. Hier deux heures de tête-à-tête avec lui. C’est drôle ! Si intime avec Brunnow et brouillé avec [Kisseleff] car c'est fini, il ne revient plus. Adieu. Adieu.
46. Paris, Samedi 22 avril 1854, François Guizot à Dorothée de Lieven
9 heures
Je viens de lire les deux pièces de votre Empereur. La première la réponse à la déclaration de guerre, est bien faite, modérée, simple, digne et plausible, quoique toujours entachée, à mon avis, du défaut que j’ai toujours trouvé, vous le savez dans le langage de Pétersbourg depuis un an, ne pas avouer assez franchement la politique géographique, naturelle et traditionnelle de la Russie dans ses rapports avec la Turquie. Vous auriez inspiré moins de méfiances si vous aviez accepté hautement votre situation permanente et obligée, et l'on vous aurait su plus de gré de votre modération depuis 1830. La seconde pièce sur les publications Anglaises ne me plaît pas ; elle est embarrassée et évasive sans efficacité ; elle n'affaiblira point l'impression que les rapports de Seymour ont partout produite. En tout, ne vous fâchez pas, c’est la netteté qui manque surtout à votre diplomatie. Elle s'enveloppe de sa modération comme d’un manteau, autant pour se cacher que pour se faire valoir. Parce que vous n'êtes pas, des ambitieux agressifs, vous voulez qu'on vous croie des Saints désintéressés. Et comme vous ne voulez cependant renoncer réellement, ni à votre passé, ni à votre avenir russe, cela jette, dans votre conduite et dans votre langage, des embarras, des obscurités, des inconséquences qui vous rendent suspects, et vous affaiblissent, même quand vous n’avez aucun secret dessein.
Voilà votre N° 36. Vous voyez que mon impression sur les deux pièces. ressemble à la vôtre.
Je passe à la politique privée. La question est de savoir si vous avez plus d'envie de l'appartement de Kiss. que de fierté blessée par son mauvais procédé. Je ne trouve dans votre démarche ni dans votre lettre, rien d'inconvenant pour vous, et contrairement c'est lui qui sera dans l'embarras s’il vous cède tant mieux, s'il ne vous cède pas, vous ne serez pas plus mal avec lui que vous n'êtes, et il sera encore plus dans son tort. Ne me demandez pas ce que je ferais à votre place, vous savez que mes envies sont moins vives que les vôtres et ma susceptibilité plus raide.
Je vous quitte pour recevoir l'évêque d'Orléans qui vient me parler de sa candidature à l'Académie. Il sera élu le 18 mai, ainsi que M. de Sacy. Adieu, Adieu. G.
46. Val-Richer, Mardi 20 juillet 1852, François Guizot à Dorothée de Lieven
J’ai eu hier trois lettres de Paris toutes également insignifiantes, quoique de gens bien informés. La chaleur, le voyage du président, et les chiens enragés, on ne s'occupe que de cela. Je ne vois pas que nulle part en Europe, on fasse rien de plus important, excepté en Angleterre. Croyez-vous que la question ministérielle se décide à la petite session qui va avoir lieu à la fin d'août, ou que ce soit une pure formalité, après laquelle tout débat sera remis au mois de Novembre ?
Quel est le journal Anglais auquel s'adresse le communiqué du Moniteur. Je ne lis ici que mon Galignani qui ne contenait absolument rien de semblable.
Le Roi Léopold tarde bien à revenir à Bruxelles. Il veut probablement laisser en paix ses ministres qui s'en vont dans l’embarras avant de s'y mettre lui-même. Je trouve qu’il serait bien bon d'accepter cet embarras. Ses ministres actuels ont encore la majorité Ils sont tenus de gouverner tant qu’ils ne l’ont pas perdue. C'est le jeu du Roi, je pense de les obliger à rester jusqu'à ce qu’ils la perdent en effet, et à convenir qu’ils ne se croient pas en état d'affronter les élections. Les Rois constitutionnels ont bien des ressources quand ils ont l’esprit et le courage d’un [?].
11 heures
Voilà mon facteur. Je n’irai vous voir que mardi prochain 27. Le Duc de Broglie m’écrit qu’il part le 29 pour la Suisse et il me demande, s’il peut venir que voir d’ici à lundi. Il ne peut me dire précisément quel jour ayant du monde, chez lui. Je tiens à le voir avant son départ. Je resterai donc chez moi jusqu'à lundi 26 inclusivement, et mardi, j'irai vous voir. Wasa est un beau nom même détrôné. Adieu. Adieu.
Je suis charmé, pour vous, que le temps soit rafraîchi. Pour moi, je regrette le soleil. Adieu. G.
Mots-clés : Amis et relations, Politique (Analyse), Politique (Angleterre), Politique (France), Presse, Voyage
[46. Val Richer, Vendredi 12 Août 1853]
47. Bruxelles, Mercredi 3 mai 1854, Dorothée de Lieven à François Guizot
Constantin me mande en date d’avant hier qu'en Asie nous allons avancer en Arménie et assiéger Kars. De ce côté-ci nous mettons le siège devant Silistrie tout en conser vant notre position dans la [?] Nous évacuons toute la petite Valachie par égard pour l’Autriche et parce que militairement cette occupation n’est qu’une charge. En juin, nous aurons 700.000 hommes d’infanterie, le reste à l’avenant. Sur lesquels 200.000 en Pologne. [...]
Mots-clés : Guerre de Crimée (1853-1856)
47. Paris, Dimanche 23 avril 1854, François Guizot à Dorothée de Lieven
Andral n’est pas toujours prompt à répondre ; il est à la fois très occupé et un peu indolent. Si vous me dites encore une fois qu’il n'a pas répondu, je le ferai prier de s’en souvenir.
Je ne suis pas sorti hier soir. J’avais un peu mal à la gorge, et j’ai à parler samedi prochain, dans l’un des nombreux meetings protestants que nous avons toujours à cette époque de l'année, après Pâques. Les visites, et les conversations abondent, Laymen and Clergymen. Je m’y prête de bonne grâce, mais il n’y a point de conversation qui me satisfasse et me plaise. Je cause comme un indifférent avec des étrangers. L'impression des personnes que j’ai vues hier dans la matinée est conforme à la vôtre et à la mienne. On approuva la première de vos deux Pièces ; on trouve la seconde bien faible. En tout, on est très froid sur toutes choses, pièces et nouvelles. On n'attend rien de décisif, ni comme guerre ni comme paix, et on vit dans une apathie sans sécurité.
Voilà le Moniteur qui m’apporte le traité d'alliance Anglo-française. Ce n'est rien de plus que la sanction officielle du fait, sans engagement plus étendus ni plus précis. Je trouve la réplique du Moniteur à votre réponse vague et terne. Là aussi, il y a un air d’ennui et de lassitude ; il semble qu’on ne voie plus rien à dire ni à faire, et qu’on se laisse couler au flot des événements sans savoir où ni pour combien de temps.
Adieu. Je n’ai rien de plus à vous dire. Vous causerez demain avec le duc de Noailles. Je dîne demain chez sir Henry Ellice avec la plupart des Anglais qui sont à Paris. Ils repartiront dans le cours de la semaine. Ils disent tous que la seconde partie de leur session sera courte et froide. Adieu, Adieu. G.
47. Schlangenbad, Lundi 15 août 1853, Dorothée de Lieven à François Guizot
Constantin est arrivé hier ici très inopinément. Il y passera quelques jours. Je n'ai rien décidé encore pour mon départ, mais il est très probable que je serai à Paris avant la fin du mois. J’ai lu la pièce acceptée par mon gouvernement et sans doute aussi par la Turquie & qui termine cette maudite affaire. Il me semble que c’est même plus explicite et plus obligatoire que ce que nous demandions. Les Anglais et Français ont confectionné cette pièce et c'est Lord Radcliffe qui dans ce temps avait conseillé la résistance ! Le roi de Wurtemberg est parti ce matin. Il a passé hier la soirée chez moi. Très aimable ; je regrette qu’il n’y soit plus.
Voici votre lettre du 12. Et Votre explication de notre conduite. Je l'enverrai à [Meyendorff]. Elle est curieuse et juste. Je ne lui enverrai pas l'autre page qui traite du Prince de Joinville. Elle n’est pas digne de vous. Il n’a aucun mérite à sa dénonciation. Les plus simples lois d'honneur et d’humanité lui en faisaient un devoir.
Je crois sans en être bien sure que je quitterai ceci le 23. Si je ne fais pas de halte ou de détour je serai à Paris le 26 ou 27. Vous serez informé et dans ce cas vous me donneriez bien autant de jours qu'à l'Académie ? Lady Jersey est arrivée à Wisbade et me demande un rendez-vous. Cela m'ennuie. Adieu. Adieu. Adieu.
47. Val Richer, Dimanche 14 août 1853, François Guizot à Dorothée de Lieven
Vous avez raison ; mon impression sur les promenades de votre flotte dans la Batique et sur le camp de Chobham n'était pas fondée. Au fait, rien n’est plus naturel. Je ne doute pas que si la Porte se refusait à accepter la note de Vienne, la France et l'Angleterre ne lui retirassent leur appui. Il n’y aurait pas moyen de faire autrement. Mais je suis convaincu qu’on n'en viendra pas là. Il paraît que la vivacité du public anglais sur cette affaire était réelle et qu’elle avait gagné même les gros marchands de la Cité. Un de mes amis m’écrit en sortant de chez Samuel Gurney “ J’ai remarqué avec assez de surprise que le pacifique Duché partageait le sentiment d'impatience et d’irritation qu'inspire généralement ici la politique russe ; on est peut-être plus animé sur la question d'Orient à Manchester et à Birmingham qu'au camp de Chobham." On n'en sera pas moins fort aise de pouvoir se calmer.” Je viens de lire les détails de la Revue de Spithead. Ce devait être beau. Je vois que votre grande Duchesse Olga y était. C’est de bon goût. Tout le monde aime la paix aujourd’hui les rois comme les peuples ; la guerre dérangerait tout le monde.
Adieu.
Je n'ai vraiment rien à vous dire. M. Mallac me disait l'autre jour, à propos de l'Assemblée nationale : " Que deviendrons- nous maintenant et de quoi parlerons-nous, la question d'Orient terminée ? : " Nous n'aurions pas le même embarras si nous causions, mais de loin, le cercle est plus restreint. Barante va venir à Paris pour les couches de sa belle fille. Il viendra me voir ici. Duchâtel part demain pour le Médoc. Le Duc de Broglie est à Broglie. Molé au Marais. Je ne trouverai personne, à Paris la semaine prochaine. Quelques personnes y viendront pour la séance de l'Académie. J'en repartirai le lendemain. On dit qu’il faut lire les Mémoires de la baronne d'Oberkirch. Adieu. J'espère que vous avez votre fils. G.
48. Bruxelles, Jeudi 4 mai 1854, Dorothée de Lieven à François Guizot
J’ai retrouvé quatre de vos lettres commencement de l'année dernière, de juillet. Admirable de jugement, de prévision, et d’actualité comme on dit. Tout ce que vous annoncez s’est fait et se fait. C’est vraiment bien curieux. J'en ai régalé Brunnow qui entre pétrifié. Vous connaissiez l'Angleterre mieux que lui. [?] auquel j’ai donné aussi la joie de lire cela, dit, qu’il vaut bien la peine de rester en exil quand on reçoit de pareilles lettres. Elles sont vraiment frappantes.
Mlle de Cérini est arrivée hier, elle est tout ce que vous me dites et la première vue lui a été toute favorable. Nous verrons. J’apprends de bonne source de Londres qu’on est inquiet de se voir si dégarni de troupes. Il ne reste plus rien. Tout cela s'est fait bien à la légère ; on accuse Palmerston d’avoir poussé à la guerre. La cour lui en veut. On appelle la milice pour avoir une force armée quelconque. En Prusse, haine énorme contre l'Angleterre, le roi, enragé. Il voulait mettre Bunsen sous jugement, des fureurs. Il est très ferme dans son amitié pour nous. Le parti opposé est cependant bien fort.
Manteuffel donne la nouvelle que dans l’attaque sur Odessa, on a démonté deux de nos pièces, brûlé 4 vaisseaux anglais, 3 Français un prussien, après quoi et avec quelques dommages à ses propres navires la flotte alliée a pris le large. Si tout cela est vrai voilà une expédition peu glorieuse. J’attends avec curiosité ce Moniteur. Et les nouvelles étrangères. Adieu. Adieu.
Demain je vous écrirai au Val Richer. C’est ennuyeux de vous voir vous éloigner. Adieu.
48. Paris, Lundi 24 avril 1854, François Guizot à Dorothée de Lieven
3 heures
Votre N°37 m'arrive à l'instant et je vous écris deux mots par scrupule. Je ne sais rien de nouveau quoique j'aie vu assez de monde ce matin, Ellice, Duchâtel, sir John Boileau & Plus on s'enferme dans la guerre, plus elle paraît impraticable. Tout le monde le dit. Dieu veuille qu’on le croie, qu'on le voie réellement, et qu’on agisse en conséquence. Je ne connais personne qui ne parie pour la paix l'automne prochain. Je vais demander à Andral de sortir de son silence. C'est paresse, et peut-être aussi un peu scrupule. Les médecins n'aiment guère à donner un avis de loin. Je doute beaucoup qu’il donne un avis contraire au premier. Mais cela ne vous suffit pas.
Je n’ai pas entendu dire que Mad. de Hatzfeld fût accouchée si elle l'était, je le saurais. Adieu. Adieu. G.
48. Schlangenbad, Mercredi 17 août 1853, Dorothée de Lieven à François Guizot
J’ai vu hier lady Jersey arrivant de Londres. Très opposition, mais disant que le Ministère se soutiendra. Prévoyant la chute de l'Angleterre. Elle ne reste debout que pas l’amour et le respect qu’on a pour la Reine.
La G. D. Olga fait furrore. C'est une admiration extraordinaire. Voilà tout Lady Jersey. Mme Rothschild me mande de Paris que Lord Cowley se plaint du gouvernement français qu'il trouve trop russe, ou plutôt trop pressé de la paix. Il me semble que l'Angleterre ne l’est pas moins. On ne sait rien encore de sûr de Constantinople, et il y a encore bien des difficultés à vaincre. Il pleut ici, j'en suis bien fâchée, cela gâte mes derniers moments. C’est mardi le 23 que je quitterai ceci. Adieu. Adieu.
48. Val-Richer, Jeudi 22 juillet 1852, François Guizot à Dorothée de Lieven
Ce retard, jusqu'à mardi me contrarie beaucoup. Je m'étais promis de vous voir demain. Je ne pouvais pas refuser cette semaine à Broglie qui part pour trois mois, la semaine prochaine. Et toutes choses sont ennuyeuses à arranger de loin. Enfin, à Mardi.
Je voudrais vous envoyer tous les jours quelque nouvelle un peu amusante. Il n’y a pas moyen. Pour surcroît de disette, mon Journal des Débats m’a manqué hier. Il n’en sait et n'en dit pas plus que les autres, mais je suis accoutumé à mettre un peu plus de valeur à ce qu’il dit. Puisque le Président va à Bade, et prolonge son séjour à à Strasbourg, je présume qu’il arrange son mariage à la bonne heure.
Je sais gré à votre Empereur de ne vouloir pas de cette Princesse pour son fils à cause de son voisin. Il n’est pas intraitable, et sait soigner ce qui lui convient, même quand l'origine lui en déplait. C'est le complément de sa visite au Roi Charles-Jean.
10 heures et demie
Voilà votre lettre d'avant hier mardi, car décidément vous ne m’avez pas écrit lundi. J'espère que votre souffrance est passée. J’ai entendu bien parler de M. Godet, à des connaisseurs.
Le temps qu’il fait doit vous convenir, chaud et point étouffant.
Je crois que vous êtes injuste envers lord Aberdeen. Il n’est pour rien dans le Morning Chronicle. Ce sont, il est vrai, des gens de ses amis, le Duc de Noailles, Lord Canning, M. Smythe qui ont acheté, ce journal est qui le fait faire. Mais lui n'en est point et ne s'en mêle point. Je ne lui connais en fait de journaux, de relations qu'avec le Times et il met trop d'importance à celle-là, pour en cultiver d'autres.
Si la Princesse de Prusse quitte Bade au moment même, ce sera en effet une assez grosse impolitesse. J’en doute. La curiosité l'emportera.
Je viens de jeter un coup d’oeil sur mes Débats, deux numéros à la fois. Ils annoncent la modification ministérielle, M. Magne est un très bon ministre des travaux publics. Mais je ne comprends pas pourquoi M. Turgot à la secrétairerie d'Etat à la place et M. Casabianca.
On m'écrit que le comte de Chambord vient d'adresser à ses amis une nouvelle note encore plus catégorique quant au serment. Il l'a fait à cause des élections prochaines des consuls généraux. Cela chagrinera bien des gens ; mais si j'en juge par ce qui m’entoure et ce qui me revient, la plupart, obéiront. Adieu, Adieu.
La cloche sonne, le déjeuner. G.
48. Val Richer, Mardi 16 août 1853, François Guizot à Dorothée de Lieven
Puisque votre fils trouve Schlangenbad charmant et que votre santé s'en trouve, sinon beaucoup mieux, du moins pas plus mal. Vous avez raison d'y rester encore. Le changement sans rien savoir pourquoi, est un grand ennui. Nous aurons, sans doute avant la clôture, un grand exposé de l'affaire Turque dans le Parlement ; Lord John l’a promis. Il n’y sera pas embarrassé ; le cabinet Anglais a bien conduit sa barque ; il a maintenu la paix, en se montrant prêt à faire la guerre ; il a protégé efficacement la Turquie et rallié à lui la France sans se mettre à leur disposition. C'est de la bonne politique de temporisation et d’ajournement des questions. Personne aujourd’hui n'est en état, ni en goût d'avoir une politique qui les décida. Vous me dites que les Russes de Paris trouvent qu'après tout, et au prix de votre bonne réputation en Europe, vous avez fort avancé vous affaires ; je ne connais pas assez bien les faits pour en bien juger ; mais si cela est, soyez contents aussi ; tout le monde le sera. La Turquie l'est certainement autant que peut l'être un mourant qui n’est n'est pas mort, et pour la France, on dit qu’elle l'est beaucoup. Le public l'est car il voulait la paix, et il sait gré au gouvernement de l'avoir maintenue. Le gouvernement a de quoi l'être, car il a sa part dans le succès pacifique, et il s'est mis fort bien avec l'Angleterre. L’est-il bien réellement, au fond de l'âme ? J'en doute un peu. Mon instinct est que l'Empereur Napoléon aurait préféré l’union belligérante avec l’Angleterre, le Ministère de Lord Palmerston et toutes les chances de cet avenir-là. Je penche à croire que c’est là le but que, de loin et sans bruit, il poursuivait. Mais il ne s'y est pas compromis ; et ce n’est pas un échec pour lui de ne l'avoir pas atteint. Il peut donc se féliciter aussi. J’ai rarement vu une affaire où tout le monde ait été si embarrassé pour être, à la fin, si satisfait.
Je ne pense pas que l'Empereur Napoléon, se soit fait, dans le public, le même bien par le Rapport qu’il s’est fait faire pour montrer en perspective huit ou dix millions à payer en vertu du testament de son oncle. C'est se donner un gros embarras pour une nécessité bien peu pressante. Il y a assez de questions vivantes ; pourquoi exhumer les mortes ?
10 heures
Voilà votre N°46. Je ne partage pas du tout les soupçons de lord Greville à l'endroit des Principautés. Vous êtes entrés nécessairement. pour couvrir vos concessions sur vos premières demandes à Constantinople ; vous vous en irez loyalement. Question d’honneur dans l’un et l'autre cas. Adieu, adieu. G.
Mots-clés : Bonaparte, Charles-Louis-Napoléon (1808-1873), Diplomatie (France-Angleterre), Enfants (Benckendorff), Napoléon 1 (1769-1821 ; empereur des Français), Opinion publique, Politique (Analyse), Politique (Angleterre), Politique (Internationale), Politique (Russie), Politique (Turquie), Santé (Dorothée)
49. Bruxelles, Vendredi 5 mai 1854, Dorothée de Lieven à François Guizot
Point de lettre ce matin. Pourquoi ? Je m’étonne, je m'inquiète, je m'effraye. Voilà les degrés. Ma journée va être gâtée. C'est si charmant d’être sûr de son plaisir tous les matins.
Une longue lettre de Londres. Mais rien de nouveau. Le duc de Cambridge a rendu compte à Clarendon d'une longue audience auprès de l’Empereur d’Autriche, très satisfaisante pour la politique anglaise. On augmente les forces de terre et de mer, cela est encore populaire. On ne se dégraisse qu’à la fin de l’été si la campagne est stérile. Il parait que vos canons ont fait des dégâts dans la ville d’Odessa. Le palais Woonsore vraiment brûlé. Lui le plus anglomane des hommes. Et boudé par le fait de son propre neveu Sidney Herbert Ministre de la guerre. Seymour retourne à Londres aujourd’hui ; il n’est pas venu me voir quoi qu'il se soit fait annoncer. Je vous ai dit qu’il parle de l’Empereur très bien, de ses serviteurs très mal.
Brunnow a appris qu’on tracasse, et qu'on s’inquiète à Londres de son séjour ici. Il a dit : " si cela continue je prendrai une maison, & si cela continue encore après, je prendrai une maîtresse."
Je vous ai dit que tous les consuls sont rappelés respectivement de partout. Nous avons renvoyé assez rudement les Anglais, très grande politesse pour les Français.
Les vraies nouvelles d'Odessa manquent encore. Le silence du Moniteur est curieux.
Melle Cérini réussit. Cela sera réglé dans la journée. Mais où est ma lettre ? Je ne pense qu’à cela, et en voilà jusqu’à demain matin. C'est bien long. Ah que vous m'êtes nécessaire et cher. Adieu. Adieu.
49. Paris, Mardi 25 avril 1854, François Guizot à Dorothée de Lieven
Ce froid me déplait beaucoup. J’ai mal à la gorge, et très mal à propos dans une semaine de meetings et de conversations. Le soleil tout brillant qu’il est, est peu efficace contre le vent dur et sec. Enveloppez-vous bien dans le bois de La Cambre, et n'abusez pas de la voiture ouverte ; vous avez, sur ce dernier point, des habitudes Anglo-russes dont je me méfie. Vous n’avez plus que cela d' Anglo-Russe.
Hier soir, un Comité Protestant et Mad. de Champlouis avec de la musique. Bonne à ce qu’on dit, et à ce que je crois parce qu'elle m’a plu. Vous avez beau vous moquez de mon ignorance ; je persiste à accepter. mon plaisir quand il me vient. Les arts, la musique surtout ont le privilège qu’on n'a pas besoin de s'y connaître pour en jouir. Ils trouvent toujours, dans les plus inexpérimentés, des fibres qu’ils remuent, et qui à leur tour, remuent toute l'âme.
Le traité de la Prusse et de l’Autriche fait de l'effet. On dit qu’il sera communiqué à la Diète de Francfort qui l’approuvera, et qu'alors, c’est-à-dire vers l'automne, au nom de toute l'Allemagne, on demandera aux Puissances belligérantes de mettre fin, par une transaction, à une situation interminable par la guerre. On parle même déjà des bases de la transaction ; on dirait que votre Empereur a eu tort dans les deux moyens qu’il a pris pour imposer à la Porte ses demandes, sa mission du Prince Mentchikoff et l’occupation des Principautés ; mais il avait réellement quelque chose à demander, et la Porte a eu tort de lui refuser toute satisfaction, et les Puissances occidentales ont eu tort de ne pas engager sérieusement la Porte à lui en accorder une. Tous ces torts admis, on en viendrait à l’évacuation des Principautés, et à un congrès, si mieux n’aimaient votre Empereur et la Porte en finir tout de suite par quelque chose d’analogue à la Note de Vienne un peu modifiée et sans commentaire. Voilà les prédictions. Je n’ai pas trouvé Andral hier quand j’ai passé chez lui. Je lui écrivais ce matin pour le presser, si vous ne me dites pas qu’il a répondu.
Les départs commencent. Henriette part lundi prochain pour le Val Richer, avec son mari et son enfant. Pauline et les siens resteront avec moi jusqu’au 19 Mai. Nous ferons les élections de l' Académie Française le 18, et celles de l'Académie des inscriptions le 19 et le soir même je partirai, à ma grande satisfaction. Les Broglie seront retenus un peu plus longtemps à Paris à cause des couches de la belle-fille qui va très bien. Les Ste Aulaire et les Duchâtel seront partis.
Adieu, Adieu. Avez-vous repensé à Mlle de Chériny ou à quelque autre ? Je dois dire que M. de Chériny n'a pas du tout l’air d’une grande dame Allemande à qui il faut apporter sa chaise. Adieu, G
Mots-clés : Académies, Diplomatie, Discours du for intérieur, Enfants (Guizot), Femme (maternité), Femme (portrait), Guerre de Crimée (1853-1856), Musique, Nicolas I (1796-1855 ; empereur de Russie), Politique (Allemagne), Politique (Autriche), Politique (Prusse), Portrait (Dorothée), Réseau social et politique, Santé (Dorothée), Santé (François)
49. Schlangenbad, Vendredi 19 août 1853, Dorothée de Lieven à François Guizot
Je vois d’après votre dernière lettre que vous voulez requitter. Paris le 26. Je ne suis pas sûre d'y être arrivée même ce jour-là, cela dépend de plusieurs choses trop longues à vous dire. Dans cette incer titude, il vaudra mieux ne pas m'attendre, car de mon côté cela m’étranglerait si j'étais obligée de me trouver là à jour fixe. Ecrivez-moi à Francfort. s/m en réponse à ceci. Hotel de Russie.
Je commence à m'inquiéter de la réponse de Constantinople. Acceptera- t-on là ce qui a été trouvé bon à Pétersbourg ? D'un autre côté Pétersbourg avalera- t-il aisément ce que Clarendon a dit le 9 que l’évacuation des principautés devait faire la base de toute négociation ? J’en doute. Greville déclare que la flotte anglaise ne se retirera que lorsque nous rentrerons chez nous. Elle aura mauvais temps. Enfin tout n’est pas fini. Je trouve très bons les quelques mots que votre empereur à dit à lord Cowley. Adieu. Adieu.
49. Val-Richer, Vendredi 23 juillet 1852, François Guizot à Dorothée de Lieven
M. de Persigny a de l’esprit et de la foi, ce qui est bien plus efficace que de l’esprit. Son discours aux articles a dû agir sur eux ; la foi est communicative. Mais les commentaires ne valent pas le texte, en voici un que je trouve dans les feuilles d'havas : " L’art a désormais de beaux horizons ; dans son libre développement, il côtoiera les merveilles de la civilisation moderne sans descendre des sommités où il plane, car le prodigieux avènement du Prince Louis Napoléon a ranimé cette fibre poétique qui sommeillait chez le peuple depuis l'Empire, et qui s'accommode, si bien des inspirations de l'art. Les artistes auront désormais un protecteur plus puissant que tous les rois de la terre le peuple lui-même ressaisissant, avec sa dignité ses allures chevaleresques et artistiques. " Nous n'avons plus maintenant qu'à attendre des Michel Ange et des Raphaël démocratiques.
Je viens de me lever. Le temps, est magnifique ; le soleil, qui se lève, en même temps que moi, chasse devant lui les vapeurs de ma vallée. Je suis vraiment bien fâché de ne pas aller vous voir aujourd’hui. J’aurais aimé à arriver à Dieppe, par ce beau temps. J'espère qu’il fera aussi beau mardi.
Si le Président revient aujourd’hui à Paris, il sera mieux traité du ciel qu’il ne l'a été à Strasbourg au moment du défilé villageois. Je prends toujours en compassion les fêtes populaires dérangées par la pluie.
Il me paraît que tous les Princes Allemands se sont conduits courtoisement dans cette occasion, Prusse, Wurtemberg, Bade, Hesse, et je ne sais combien d’autres. Je serai curieux de la relation que vous donnera Fould, car j'ai enfin trouvé son nom dans les Débats.
Que faites-vous du duc de Richelieu ? Je soupçonne qu’il est de ceux qu’on rencontre volontiers une demi heure une fois par semaine, mais dont la société quotidienne et prolongée n’a pas grand intérêt. Il ne me paraît pas qu’on s'amuse beaucoup à Trouville ; le chancelier a souffert de la chaleur. On attend beaucoup de monde, dans le mois d'Août.
Vous ne me dites rien d’Aggy. Comment se trouve-t-elle et comment vous en trouvez-vous ? Comme conversation elle ne vaut pas Marion. Je présume qu'Ellice ne lui écrit pas autant qu'à sa sœur. Savez- vous ce qu’il dit de leurs élections ?
11 heures
Pas de lettre et rien de plus à vous dire. Adieu donc. G.
50. Bruxelles, Samedi 6 mai 1854, Dorothée de Lieven à François Guizot
Je vous écris encore de mon lit et avant la poste. Je suis dans la plus vive attente de cette poste. Il me faut une lettre, car j’ai passé hier toute la journée dans l’inquiétude.
Pas de nouvelles ici. Le silence du Moniteur sur Odessa étonne. Il y a à Londres beaucoup de faillites cela commence à inquiéter l'insurrection grecque va mal, et l’intervention anglo-franco-autrichien va sans doute l'achever. Car cette intervention parait résolue.
La légion populaire se forme. On recrute partout, & Adam Czartoryski mène tout cela successfully.
Seymour est reparti sans venir me voir. Il a eu peur de rencontrer l'un de nos ministres. Je vous ai dit que son langage sur l’Empereur était trés bon. Il ne trouve pas que son gouvernement fasse assez de cas de lui, le public le comble, mais il n’y a aucun profit à ces démonstrations.
Voilà votre lettre d’hier le 59. Pas de 58. Qu’est-il devenu ? Où le réclamer ? Que concluait-il ? Vous en souvenez-vous, pourriez-vous recommencer, ou du moins vous souvenir un peu ? C’est le jeudi 4 qui me manque. Celui-ci est bien court, & vous voilà bien loin. Cet éloignement me désole. Se parler & se répondre dans 48 heures c’est encore charmant quand on n’a pas mieux.
Mlle Cerini (c’est bien cela famille Italienne de Florence) est repartie ce matin. Nos arrangements sont faits. Elle est tout ce que vous me dites d'elle reste à m’accoutumer à elle et à oublier Marion, ce qui est bien difficile. Elle viendra for good vers le 25 de ce mois. Je compte aller le 6 juin à Ems. Ce sera avec une grande tristesse. M'éloigner de vous encore davantage, c’est à pleurer ! Le Moniteur de ce matin est encore maigre sur Odessa. Il y reste au 22. Je suis curieuse de votre relation, et enfin, de la fin. Brockhausen deux fois le jour, Van Praet une, les Creptovitch, Brunnow souvent, Labensky, voilà sur quoi je roule. La petite Olga me plait bien, elle lit & m’amuse. Adieu. Adieu.
50. Paris, Mercredi 26 avril 1854, François Guizot à Dorothée de Lieven
J’avais hier les Boileau à dîner. Je ne suis pas sorti le soir. Le matin, l'Académie et des pièces de vers à juger pour un concours de poésie. L’histoire de l'Acropole d'Athènes pour sujet. On a lu une pièce qui a eu du succès et qui contient vraiment des beautés. Les indiscrets disent qu’elle est d’une dame autrefois belle et toujours chère à M. Cousin, malgré Mad. de Longueville. Elle s’appelle Mad. Louise Colet. Vous n'en avez peut être jamais entendu parler. Je vous parle de ce qui m'occupe. Ne manquez pas de vous faire lire le dernier article de M. Cousin sur Mad. de Longueville et la marquise de Sablé dans la Revue des deux mondes, (du 1er avril, je crois). Il y a là quelques lettres de Mad. de Longueville à son frère, au sujet de ses fils, qui sont d’un grand et bon coeur, princières, Chrétiennes et Maternelles, au fond de son couvent et sincérement détachée dn monde, elle s'inquiétait des intérêts et du salut de ses fils avec une tendresse, vertueuse et une justice fière qui m'ont touché. Evidemment, la piété l'élevait au dessus de ce frère qu’elle avait tant aimé la religieuse n’avait plus peur du grand Condé et le grand Condé avait peur d'elle.
On ne se demande même plus des nouvelles ; on les attend, en silence et avec un air de fatigue ennuyée, comme si l'on avait déjà fait de grands efforts. Tous les Anglais qui sont ici sont frappés du peu de goût, et du peu d'activité de ce pays-ci pour la guerre. Ils cherchent comment on pourra en sortir l'hiver prochain. Jusqu'ici, ils ne le trouvent pas ; et alors ils tombent dans les crises révolutionnaires, l'Italie et la Hongrie soulevées, l'Europe remanié, les nationalités en lutte déclarée, comme moyen de se tirer d'embarras. Plus je vais, plus je me confirme dans ma vieille conviction ; il n’y a pas de milieu entre la politique conservatrice et pacifique et la politique révolutionnaire ; on ne sort pas de l’une sans tomber dans l'autre. Nous sommes encore trop près des grands bouleversements sociaux pour qu’on puisse toucher au monde sans l'ébranler. Soit dessein, soit légèreté, on a oublié cela depuis un an ; on l'a oublié partout, à Londres, à Paris, à Pétersbourg. On en est déjà puni par l'impuissance. Si on n'a pas le bon sens de reconnaître la faute, et de s'arrêter, on en sera puni par la révolution.
On m’apporte les journaux. Le Moniteur prend bien des précautions pour ne pas trop froisser les relations commerciales de la France avec la Russie. On n’a jamais plus doucement préparé, et atténué d'avance la guerre.
Le Moniteur me traite moins bien que les négociants Russes. Il ordonne décidément la prolongation du boulevard Malesherbes et la démolition des maisons situées sur sa route. C'est mon cas. Grand dérangement et vif déplaisir.
Adieu, Adieu. J’espère que Vendredi ou samedi, le Duc de Noailles m’apportera de vos nouvelles, un peu détaillées. Adieu. G.
50. Paris , Vendredi 19 août 1853, François Guizot à Dorothée de Lieven
La séance de l'Académie. Française a eu lieu huit jours plutôt que je ne pensais. Je suis arrivé hier matin pour y assister. Je repars demain. Il n’y a absolument personne ici. De mes amis ; Dumon seul.
Je trouve le public très rassuré ; et pourtant il court de mauvais bruits sur les Principautés ; on doute de la prompte évacuation. Je me soucie peu des bruits ; mais je suis frappé du débat du Parlement surtout, du discours de Palmerston. Il n’a jamais été si Turc, jamais si décidé à la guerre pour l'indépendance de la Turquie, jamais si confiant dans les moyens de résistance de la Porte et dans l'efficacité de l'alliance Anglo-française pour la soutenir. Ici, le langage et toutes les démonstrations du gouvernement sont archi pacifiques, et font regarder l'affaire comme terminée. Je sais qu’au ministère de la guerre, on n’a pas douté un moment de la paix et qu’on n’a fait aucun préparatif pour une autre chance. Mais je persiste à croire qu’on aurait accepté et qu’on accepterait volontiers cette autre chance, et que la sympathie est toujours grande pour Palmerston.
Mad. de Hatzfeld est la seule ressource du petit nombre d’âmes politiques en peine qui errent encore à Paris. Elle reçoit les jeudi et lundi. Je passerai à sa porte ce matin. Je ne la trouverai probablement pas. Il fait très beau. Tout le monde se promène. La fête du 15 a été très brillante. Paris était plein d'étrangers. Il se vide. J’ai vu Mad. de Boigne en passant à Trouville. La mort de sa belle-soeur a été pour elle un vrai chagrin, autant qu'elle peut avoir un chagrin. Mad. d'Osmond est morte tout à coup, par une pression du cœur sur les poumons ; elle a été asphyxiée. Sa fille, la Duchesse de Maillé, venait de la quitter ; on a couru après elle, sur le Boulevard. Elle est revenue en courant ; sa mère était morte. Mad. de Boigne attend ces jours-ci à Trouville toute sa famille.
On s'amuse beaucoup à la cour. La Reine Christine y est en grande faveur et fait ce qu’il faut pour être en faveur. On parle du mariage d’une de ses filles avec le Prince Napoléon. On reparle aussi du sacre et du Pape. En attendant l'Impératrice a de grands succès au jeu du ballon, en plein air. Adieu. Ce n’est pas la peine de venir à Paris pour n'y apprendre que cela. Aussi n’y suis-je pas venue pour rien apprendre. Adieu. G.
50. Schlangenbad, Dimanche 21 août 1853, Dorothée de Lieven à François Guizot
Je ne partage point du tout votre opinion sur la conduite des Anglais dans l’affaire d'Orient et je suis bien plus de l’avis de Duchatel qui m'écrivait ceci : " le gouvernement Français sort de l’épreuve à son honneur, pour lui c’est du côté de la sagesse et de la modération qu’il gagne. Je ne ferai pas le même compliment à l'Angleterre, aveuglément confiante au début. Absurdement colère dans la crise, devient la paix et ne recevant le dénouement qu’en grognant tout cela me parait une triste politique. "
La séance de 16 à la Chambre basse n’est pas brillante pour le ministère, et le Times même l'abandonne & se moque de lui. Hier est venu la nouvelle que l'Empereur d'Autriche est fiancé à une princesse de Bavière. Son père est duc en Bavière. Elles sont six soeurs pas jolies. J'ai été enfin rendre visite hier à la D. de Nassau à Wiesbade. Je lui devais cela pour l’année dernière et celle-ci. Un établissement ravissant. Palais Moresque dans le meilleur goût. Le temps est superbe. Je crains que l’été n’arrive tout juste lorsque je rentre dans un quartier d’hiver. Je pars après demain, mais je ne sais pas quelle route ni combien de temps je me trainerai en chemin. Adieu. Adieu.
50. Val-Richer, Samedi 24 juillet 1852, François Guizot à Dorothée de Lieven
C'est vrai, Mardi est bien loin ; mais il viendra dans trois jours, et quand nous aurons causé, vous serez convaincu comme moi que je ne pouvais faire autrement. Broglie n’est pas encore venu, je crois qu’il viendra ; mais ne vint-il pas, il fallait que je lui donnasse la semaine qu’il me demandait. Soyez sûre que vous serez de mon avis.
Je crois aussi que vous devez faire quelque chose sur ce sot communiqué du Moniteur. J’ai bien regretté et je regrette bien de n'être pas là, pour vous dire tout ce que je pense à ce sujet. Vous faites bien en tout cas de consulter Kisseleff. Peut-être serai-je à temps mardi.
Voilà des nouvelles qui m’arrivent de Londres, assez curieuses : « The government reckoned, on 307 which seemed tour un excessive estimate. They have got about 312 and may win two or three more. Such a party well disciplined may for a time be master of the house of common especially against a disjointed opposition without principles and without leaders. I think the main cause of Lord Derby's success has been the absence of my competitor or antagonist whom the country can tolerate and accept [?] Lord John Russell, leaned to the conservative side, he might have become such an Antagonist, and he has discovered this too late, for he is now in communication with lord Aberdeen. But by adopting the radicals, he destroyed his party and his position. The policy of the Whigs is now to avoid all hasty or premature attacks on Lord Derby, and to judge of the measures he is prepared to bring forward. But the position of the government is only the more critical, for at heads, a party prepared to demand more than it can execute... M. Lady Palmerston said to me last night triumphantly : " Observe, no one in the whole country dare, to call himself a follower of Lord John Russell ; even hastings Russell says he is a follower of sir R. Peel. " Vous connaissez mon correspondant. Adieu, Adieu.
Je voudrais bien que l’air de la mer vous fît un peu de bien. C'est vrai, je vous dois 5 fr.. Mais je ne veux pas recommencer. Je vous paierai mardi. Adieu. G.
51. Bruxelles, [Dimanche 7] mai 1854, Dorothée de Lieven à François Guizot
Dimanche
Voilà le 58 retrouvé, il vient de m'arriver mais sans le timbre de Paris. Je me trompe, le timbre y est, mais du 6 au lieu du 4 qui est la date de la lettre, il y aura eu négligence chez vous.
On ne sait rien ici. L'emprunt à Londres ne réussit pas. Il y a beaucoup de faillite dans la cité, tout cela peut servir la paix. Je ne sais que penser d'Odessa. Pourquoi ne donne t-on pas le rapport de l’amiral Hamelin ? C’est évidemment tronqué. Nous allons voir la version Russe. Car encore faut il écouter tout le monde. Meyendorff disait le Palais Woronzoff & la statue du duc de Richelieu détruits. Clarendon annonce que les flottes sont allées à Sevastopol.
Avez-vous remarqué dans l’Indépendance qu’on avait trouvé à Vienne Hubner trop anti russe ? Les lettres le disent bien plus encore que les journaux. Je pense qu'il va bientôt revenir et qu’il passera par Bruxelles. Je n’ai vraiment rien à vous dire mais je pense qu’il vous faut un papier vert au Val Richer. Avez-vous chanté, avez vous froid ? Ici il continue à faire très laid. Il y a quinze jours que je n’ai vu le bois de la Cambre. Adieu. Adieu.
M. de Lazaroff à Masa. Cela divertit toute la Colonie russe. It serves him right. La sortie de M. Bonin du Ministère prussien nous débarrasse du dernier ministre anti russe.
51. Paris, Jeudi 27 avril 1854, François Guizot à Dorothée de Lieven
Hier soir Mad. de Boigne. Rien que M. d'Osmond, la duchesse de Maillé, M. et Mad. Duchâtel. Point de politique. En fait de commérages, deux mariages et une fuite. Morny et Mlle de Bonteville, Bondeville ou Bonneville. On en parle sérieusement, si ce mot y va. Elle était chez lui un de ces jours, à un tirage de petite loterie. Elle a gagné un bijou qu’on appelle, je ne sais pourquoi, une rivale. Morny est allé chercher, parmi les fleurs, la plus belle rose, et la lui a apportée, en lui disant : " Je ne vous en connais point d'autre." Elle est très jolie et riche. Le Prince de Montléart est bien plus drôle ; il épouse Mad. Howard. On le dit très mal dans ses affaires depuis la mort de sa femme.
La fugitive est la petite Mad. de Bauffremont ; partie depuis huit jours avec ses diamants et ses dentelles, et accompagnée d’une femme dont on dit beaucoup de mal. On ne savait pas encore hier soir où elle était. Son mari la battait horriblement. Mais elle a eu tort de s'enfuir ; elle pouvait réclamer ouvertement sa séparation. Il l’a battue plusieurs fois devant témoins. J’ai eu bien tort d'envoyer ce petit Moniteur comme attaché à Washington.
Voilà mes histoires d'hier que vous savez peut-être déjà. J'étais rentré à 10 heures. J’ai toujours mal à la gorge. Il fait moins froid pourtant.
Les Anglais partent ; pas le Ellice pourtant ; ils restent encore quelques jours. Rien ne presse au Parlement ; Marion s'amuse et son oncle bavarde. Sir Henry Holland m’écrit : " I see Lord Aberdeen almost every day rather to preserve his health than to relieve him from any actual illness. In truth, he has surprised me by passing through the last twelve months of [?] and painful public business with better health than at any period during the last 15 or 20 years. "
Voilà votre N°39 qui me plait, quoique court. C'était bien la peine de vous envoyer le mariage de Morny. J'attendrai impatiemment demain, ou après demain. Adieu, adieu. G.
51. Schlangenbad, Lundi 22 août 1853, Dorothée de Lieven à François Guizot
Le N°50 est allé à Paris, je vous en préviens, votre lettre du 19 m’apprend votre changement d’époque pour votre séjour-là. Meyendorff me mande l'acceptation de la Porte de l’ultimatum reste à coordonner l’évacuation des principautés avec la retraite des flottes. Il pense qu'il y aura quelques courses de courrier, et que cela se fera sans beaucoup de diffi cultée, mais plus ou moins de temps.
Au fond nous sortions de mauvaise affaire très bien. Les [?] seront de notre côté. Il ne seront pas du côté de Lord Redcliffe. La Russie n’a pas été effrayée de l’Europe. Je pars demain matin avec regret, mais mon fils s'ennuie, il n’y a plus personne que des royautés qui l'incom modent. Je répugne à un nouvel établissement à Bade, je n’ai de ressource qu’en m’en retournant à Paris, et là personne, ce n’est pas brillant. Adieu. Adieu.
51. Val-Richer, Dimanche 25 juillet 1852, François Guizot à Dorothée de Lieven
Je partirai d’ici, Mardi matin, et j’espère bien arriver à Trouville avant que la marée n'emmène les steamers qui vont au Havre. Pourtant je ne sais pas bien exactement les heures de marée, et si je manquais la première je pourrais bien manquer aussi l’un des deux convois de chemin de fer dont j’ai besoin du Havre à Rouen, et de Rouen à Dieppe. Ne vous étonnez donc pas si je ne vous arrivais que Mercredi matin, cela tiendrait uniquement à quelque défaut de coïncidence dans les convois. Je ne veux pas arriver à Dieppe quand vous serez couchée. J’aimerais mieux coucher à Rouen.
On m'écrit que les ministres de Paris, pendant le voyage du Président niaient absolument toute modification dans le Cabinet. Turgot, disait-on, ne voulait pas entendre parler du Ministère d'Etat. On dit aussi que lorsqu'ils ont reçu les dépêches qui mettaient en saillie les cris de Vive l'Empereur, ils ont hésité un moment à les publier. Est-ce décidément la Princesse Wasa ou une Princesse de Leuchtenberg qui est l'objet de la recherche ?
Vous aurez remarqué ce qu’on m'écrit de Londres sur le rapport de Lord John Russell avec Lord Aberdeen. Il serait plaisant que Lord Palmerston passât dans le camp conservateur et Lord Aberdeen dans le camp Whig. Nous n’y verrons pas clair avant le mois de Novembre.
10 heures et demie Je n’ai rien à ajouter. Adieu jusqu'à après-demain. G