Guizot épistolier

François Guizot épistolier :
Les correspondances académiques, politiques et diplomatiques d’un acteur du XIXe siècle


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Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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20 Paris, Samedi 18 mars 1854

Le Prince Pierre d'Arenberg, qui part aujourd’hui pour Bruxelles, est venu hier me demander si j’avais quelque chose à vous envoyer. Je n'avais rien du tout. Il n’y a ici rien de nouveau. On ne croit guère à vos nouvelles propositions dont parle le Times, et encore moins à leur efficacité qu'à leur réalité. On parle à peine de la neutralité de la Prusse. Rien ne fait grand effet. On n’a pas plus de goût pour la guerre qu’il y a six semaines, mais on y est plus résigné.
Les préparatifs de l'expédition se font plus vivement depuis huit jours. Quatre ou cinq mille hommes de la garnison de Paris sont partis hier et avant hier par le chemin de fer de Marseille. On attend un corps de cavalerie anglaise qui doit traverser la France. Le maréchal St Arnaud ne partira, dit-on, qu’au commencement d'Avril.
M. Molé était chez moi hier, en même temps que le Prince Pierre. Il a été, pendant deux jours, très inquiet de la Duchesse d’Agen qui avait une fièvre violente sans que rien n'indiqua pourquoi. Une fièvre scarlatine simple et régulière s'est déclarée. Ils ne sont plus inquiets du tout. Mais Molé ferme sa maison. Plus de Mardi.
Mad. de Laborde est morte hier, à midi. Vraie douleur pour ses enfants qui l’aimaient tous beaucoup. C’est une famille très unie, en dépit de toutes les dissidences. Elle est morte d’un retour caché du mal dont elle avait été, il y a deux ans, opérée et guérie.
Avant hier soir, assez de monde chez moi ; Broglie, qui ne me quitte guère, Montalembert, sir Henry Ellis, Senior, Berryer, Moulin, Lavergne, Cuvillier. Fleury, Vitet. Hier soir, j’ai passé une heure, chez Mad. de Montalembert, et la fin de ma soirée chez Broglie. Sa belle fille est bien souffrante, et abattue de sa grossesse. C'est la cinquième. Il n'en faudrait pas, je crains, beaucoup d’autres. Je vous donne les petits détails de la vie de vos connaissances.
Je vois avec plaisir que le banquet du Reform-Club n'a guère réussi en Angleterre. Je l’avais trouvé inconvenant et ridicule. Dans tous ces toasts et speeches, c’est Napier qui a été le plus réservé, et le plus modeste. Rien n’est tel que d'avoir le fardeau sur ses épaules. L'Emprunt sera archi-couvert. Aussi dit-on qu’on le doublera pour mettre sur le champ à profit cet empressement des capitaux, au lieu de lui faire un nouvel appel dans six mois. Ce pays-ci est très riche et s'enrichit tous les jours. Adieu.
Voilà, le facteur qui m’apporte plusieurs lettres, et rien de vous. J'espère Montalembert, sir Henry Ellis, Senior, bien avoir quelque chose, dans la journée. Adieu. Adieu. G.

Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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15 Bruxelles le 18 mars 1854

Je vous ai écrit hier par une occasion. Au fond les occasions sont des bêtises c’est toujours plus incertain et plus lent que la poste, et comme je ne me compromets pas en disant ce que je pense, parce que je pense très bien, on me dit quelquefois trop bien, j'en resterai à l’ordinaire. Rien de nouveau. Mon neveu a reçu l’ordre de rester à Berlin, cela me fait plaisir. Il est évident que le rappel était de la bouderie pour la cour de Prusse, & que l’ordre contraire prouve que nous sommes content d’elle. L’Empereur est allé à Sveaborg. Je crois vous avoir dit cela. Une énorme activité dans nos préparatifs maritimes. Je crois qu'on se fait des illusions à l’Occident. Nous sommes & nous serons très forts et très persistants, et toujours plus forts à la longue. Ah mon Dieu qu’on fasse donc que cela soit court.
Pas de Brunnow encore ce qui est drôle. Votre empereur me disait " quelques coups de canons & tout sera fini." Que je voudrais qu’il eût dit vrai ! Van Praet tous les jours. Brouckère souvent. Tous les diplomates presque quotidiens, voilà mon régime. Pas de conversation comme était mon habitude, ah que je ferais des coquetteries à la moitié des derniers de ceux que je voyais tous les jours ! Je pense même à Chasseloup Laubat. Adieu. Adieu.

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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21 Paris, dimanche 19 mars 1854

Je reçois de bonne heure votre lettre d’hier 18 mais celle d'avant hier 17 n'est pas encore venue. J'espère qu’elle viendra dans la journée.
Hier dîner chez Mad. Mollien. Le Duc et la Duchesse de Dalmatie. Ste Aulaire, Bussierre, Vitet et M. Regnier le précepteur du comte de Paris. Le soir, quelques personnes de plus, le général de la Rue, Salvandy, Langsdorff & Le Maréchal St Arnaud va mieux, et partira décidément dans les premiers jours d'Avril, décidé, dit-on, à mener la campagne, très vivement. Il attend ces jours-ci, Lord Raglan pour se concerter définitivement avec lui. Mais on est toujours, en suspens sur cette question passerez-vous, ou ne passerez-vous pas le Danube ? Le caractère de la guerre dépend de là ; de la guerre de terre. La guerre de mer commencera plutôt. Pas un vaisseau Français n'a encore rejoint l’amiral Napier et l'escadre de l’amiral Parseval n’est pas prête. On dit qu’on s’en étonne un peu en Angleterre.
Mad. de Benckendorff doit être charmée que son mari lui reste à Berlin. C'est en effet un symptôme que vous êtes contents de la Prusse. Tout ce qui nous en revient ici donne à croire que vous y êtes très peu populaires dans le pays, du moins, et qu’une neutralité, bienveillante pour la politique de l'Occident sans s’y associer, est le maximum que vous puissiez espérer. M. de Manteuffel a pris très nettement, à ce qu’il paraît, cette position-là.
Le Duc de Noailles est venu me voir hier. Sa belle-fille va bien. Ce n’est qu’une fièvre scarlatine régulière et douce. Il est rentré dans son travail sur Mad. de Maintenon ; pas bien ardemment. Il me fait l'effet d’un homme fatigué sans avoir marché. Molé cesse ses mardi. Le salon de Mad de Boigne se peuple. On dit que Mad. de Caraman voudrait bien essayer de rester chez elle tous les soirs et d'hériter de vous. Je ne crois pas qu’elle essaie. Adieu, Adieu.

Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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16. Bruxelles le 19 mars. 1854

Je pense que ma lettre vous trouvera encore avant votre départ. Cela m'ennuie que vous soyez plus loin de moi pendant 4 jours. Ah que les jours sont longs pour moi. Quel supplice que cet exil, et quand finira- t-il. Nesselrode écrit : " la lutte sera longue. Les préparatifs chez nous sont énormes, il n’y aura pas moyen de nous entamer." Qui se lassera le premier ? Je doute que ce soit nous. Entêtés, éloignés et barbares. Il ne me paraît plus qu'il puisse être question d’arrangement. L'Angleterre veut l'annulation des anciens traités. Jamais nous n'accorderons cela à moins que le nouveau nous vaille mieux et cela n’est pas possible. J'ai beaucoup de doutes sur les Allemands. La Prusse nous donne des bonnes paroles qui déplaisent beaucoup à Londres & à Paris. Elle ameute les états secondaires, la Saxe, la Bavière, le Wurtemberg, et voudrait qu'avec l’Autriche, l’Allemagne fédérale déclarât sa neutralité ; c’est bel et bon, mais si l'[Angleterre] va ravager les côtes de la Prusse, & la France fait avancer ses bataillons, je doute qu’on reste neutre. Tout cela est une énorme affaire, et qui se présente vraiment comme la fin du monde. Je suis bien triste.
Le soir j’ai toujours Van Praet, et quelques diplomates, le mien qui n’est pas brillant. Je suis très au courant de tout ce qu'on sait ici. Et mon rôle est comme à Paris la confidente de tout le monde. Mais la causerie où est elle ? Adieu. Adieu.
Je coupe Cromwell c’est encore tout ce que je puis faire, mais je tombe sur des sublimités toujours.

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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22 Lundi 20 mars 1854

Si Lord Stratford obtient pour les Chrétiens les quatre concessions qu’il a dit-on, formellement demandées, l'abolition du Karatoch, le droit de témoigner en justice, le droit de posséder des terres et celui d'entrer dans l'administration civile et dans la milice, je ne comprends pas ce qui vous restera à demander spécialement pour les chrétiens grecs. Il est vrai que vous avez manifesté, dit-on, l’intention de ne vous occuper que des Chrétiens grecs et de ne pas vouloir que les concessions fussent communes entre eux et les autres. Ceci vous mettrait encore, vis-à-vis de l'Europe, sur un plus mauvais terrain. J’ai peine à y croire.
On disait hier soir que votre refus péremptoire d'obtempérer à la sommation Anglo-française était arrivé le matin, et que vous aviez répondu sur le champ, sans attendre le terme des six jours. On en concluait que vos flottes de la Baltique s'étaient mises en sûreté, autant qu'elles le peuvent sans quoi, vous auriez profité du délai de six jours.
J’ai dîné hier chez Mad. de Boigne ; le chancelier, M. et Mad. de Rémusat, Mad. de Chastenay, d'Haubersart et Lagrené. Le soir, il est venu assez de monde, Dumon, la Duchesse de Maillé, Mad. Mollien, le général d’Arbouville, la petite Lagrené qui est bien jolie. Sa mère ne sort pas ; leur seconde fille sort à peine d’une fièvre typhoïde qui l’a mise en grand danger. le plus de votre absence.
Barante est arrivé, bien portant, et assez en train. Il me semble que, l’hiver dernier, vous l'aviez repris en grâce. Pour moi, amitié à part, je retrouve toujours sa conversation avec plaisir. Il a l’esprit juste, fin, varié et libre, et nous avons le même passé ; grande sympathie. Je ne puis en conscience répéter à Chasseloup Laubat votre compliment de regret.

Midi
Je viens de lire les deux premières des nouvelles pièces communiquées au Parlement. Le Memorandum de 1844 vous vaut mieux que la dépêche de Seymour de 1853. Je n'ai pas encore entendu parler de votre occasion. Adieu. Je pars ce soir pour le Val Richer ; d’où je vous écrirai après-demain mercredi. leur seconde fille sort à peine d’une fièvre Je serai de retour à Paris vendredi matin. Adieu, Adieu. G.

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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23 Val Richer, Mercredi 22 mars 1854

Que vous dirai-je d’ici, sinon qu’il fait un temps superbe quoique un peu froid ? Ce lieu me plaît, et je m'y retrouve toujours avec plaisir, même en l’air et seul. J'en repars demain soir. Je vous écrirai vendredi de Paris. La guerre ne plait pas aux gens qui m'entourent ici, ni bourgeois, ni paysans. Mais les bourgeois n'en payent pas et les paysans ne s'en battront pas moins bien. Il n'y a pas un conscrit réfractaire dans tout l’arrondissement de Lisieux, et on y a déjà souscrit 500 000 fr, pour l'emprunt. Il me semble qu’on m’a dit quelque chose lundi dans la matinée avant mon départ, mais je ne m'en souviens pas. J’ai vu quelques personnes Broglie, Dumon, Mallac, Darey. J’ai rendu à Flahaut sa visite, mais je ne l’ai pas trouvé.
Je me souviens. On a dit Lundi à la Bourse que la police avait fait une visite chez moi, et que, je venais au Val Richer parce qu’on m’y avait engagé. Si c'était des haussiers ou des baissiers qui me feraient l’honneur de se servir de mon nom pour mentir, je n'en sais rien. Je veux croire que c'était des baissiers. Adieu. J'espère bien, aujourd’hui, ou demain, avoir ici un mot de vous. Adieu. G.

Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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17 Bruxelles le 22 mars 1854

Quel ennui que ce N°15 égaré ou retardé ! Je crois que j’y répondais à votre charmant projet de me me voir. J’accepte la date avec bonheur. Dites-moi quand vous aurez reçu cette lettre chanceuse. On est très vif ici à propos de la nouvelle de Constantinople. Certainement l'envoi des troupes dépendait des consentements de la porte à la demande d'émancipation des Chrétiens. Si cette émancipation est vraiment obtenue et on y croit, et si mon empereur à la bonne foi & le bon esprit de s'en tenir pour satisfait voilà la guerre évitée, mais c’est trop beau pour croire à ce facile dévouement.
Lord Holland & M. Barrot se sont rencontrés chez moi hier, bien contents & tous deux bien pacifiques. J’ai été très contente du langage de l'Anglais, un grand changement depuis huit jours. Le français avait toujours été convenable et bien. On annonce Brunnow pour aujourd’hui. Quelle curieuse correspondance que celle qu’on vient de produire au parlement. Pauvre dépêche que celle de lord John, mais quel entrain de mon empereur. Dites-moi je vous prie votre avis de tout cela. La publi cation ne me paraît pas une chose bien inventée, pourquoi avons-nous provoqué cela ? à tout instant je me sens le besoin de vous interroger, de vous entendre. Je n’ai pas encore lu cette correspondance jusqu'au bout. Mes yeux sont très capricieux. Je les croyais mieux, ils sont repris. Le temps est froid. Je serai charmée de vous savoir revenu à Paris.
Adieu. Adieu, je suis restée deux jours sans vous écrire à cause de votre absence. J'ai eu peut être tort, mais je croyais que mes lettres reposeraient à Paris. Adieu.

Auteurs : Austin, Sarah (1793-1867)

Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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18 Bruxelles le 24 mars 1854

Hélène Kotchoubey reçoit aujourd’hui de Pétersbourg la nouvelle qu'il y a eu une rencontre entre nos vaisseaux & les Turcs & Anglais sur la côte d’Asie, 3 frégates turques, 4 vapeurs anglais qui nous ont enjoint de nous retirer nous avons attaqué, & coulé bas les 3 frégates & 2 vapeurs anglais. Les 2 autres sont allés en porter la nouvelle à Constantinople notre amiral a été tué & 8 officiers. Voilà tout ce qu’on dit. Le courrier porteur des rapports officiels n’a fait que traverser Pétersbourg pour aller rejoindre l'Empereur en Finlande. Tout ceci est verbal, sans désignation de lieu ni de date, mais nous allons savoir tout cela officiellement. Voilà donc la guerre commencée ! Les publications anglaises sont inconcevables, et déplorables. Nous ne savions pas ce que nous allions chercher qu’allez-vous me dire de tout cela ? Je grille de ne pouvoir dire à personne tout ce que j'en pense. Je n’ai pas eu un mot de vous du Val Richer.
Vous me direz j’espère si tous mes N° sont en règle, et puis j’attends une réponse. Il n’est peut-être pas trop tard. Je ne vois pas que la nouvelle de Constantinople soit confir mée. Vraiment si les Turcs accordent tout ce qu'on leur demande ils sont bien plus annulés qu'ils ne l'eussent été en cédant à nos demandes. De toute façon je crois que c'est un pays perdu. Je reviens aux publications. Ne vous figurez-vous pas en les lisant que vous êtes la postérité. Dans 60 ans à la bonne heure, mais aujourd’hui. Rien de secret, rien de sacré. Enfin c’est incroyable, je ne sais pas encore l'effet que cela produit. à Paris. Dites le moi je vous en prie. Ici l’effet ne nous est pas favorable. Adieu. Adieu. Le temps est mauvais et mes yeux. vont mal. Dites moi un mot pour Barrot. Adieu.

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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24 Paris, Vendredi 24 mars 1854

J’arrive fatigué, et endormi. J’ai très mal dormi cette nuit et dans la malle poste et sans le chemin de fer. Je ne suis bon à rien ce matin.
Les deux ou trois personnes que je viens de voir ne m'ont parlé que de l'affaire de Montalembert qui fait quelque bruit. On croit en général que le corps législatif autorisera, les poursuites, mais avec une grosse minorité. Cela ne me paraît pas sage, n'étant pas nécessaire. Pourquoi faire du bruit de ce qui n'en faisait pas ? Je ne sais rien d'ailleurs. Je voudrais bien avoir des nouvelles de l'Émancipation des Chrétiens. Je persiste dans mon projet d’aller vous voir. Adieu.
Je serai moins endormi demain. Adieu. G.

Auteurs : Guizot, François (1787-1874) ; Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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25 Paris, Samedi 25 Mars 1854

Je voudrais bien espérer que votre Empereur saisira l'occasion de l'Émancipation des Chrétiens, si elle arrive, pour nous tirer tous, et lui-même de cette détestable situation. Il ferait deux grandes choses ; il sauverait l’Europe du chaos révolutionnaire où elle tombera. Si la guerre éclate et dure ; il ferait évanouir d’un seul coup, les méfiances dont il est lui-même l'objet, et deviendrait le chef de l’ordre Européen. Remettre le monde sur sa base et remonter soi-même au sommet cette double gloire vaut bien la peine qu’on ne la manque pas. Mais je vous avoue que j'espère peu. Ce qui s’est passé depuis un an, ce que je lis depuis deux mois, me laisse une impression triste. L'âme et la politique de votre Empereur sont pleines de troubles, et de combats intérieurs. Je suis convaincu qu’il désire la paix, qu’il n’a nul dessein de renverser l'Empire Ottoman et d'en prendre promptement ce qui lui convient. Et pourtant, par les conversations de 1844 et de 1853 à Londres, et à Pétersbourg, il a donné lieu au cabinet anglais, de croire le contraire. Préparer ce qu’on ne veut pas faire, se montrer pressé de régler d'avance une succession qu’on serait fâché de voir ouvrir, est-ce prudent, est-ce conséquent ? Autre désaccord. J’ai quelquefois trouvé, et je vous ai dit, que, dans ses manifestations officielles, tout en se disant décidé à maintenir la paix et l’ordre Européen, votre Empereur devrait avouer plus hautement la politique générale, que lui prescrivaient, et la position géographique de son empire et les traditions de la race ; on en eût ajouté plus de confiance à sa modération, et on lui en est eût plus de gré. Or, en même temps qu’il ne faisait pas cela dans ses manifestations officielles, il le faisait dans ses communications confidentielles ; il entrait, avec le Cabinet Anglais, dans le détail des vues traditionnelles qu’il était obligé de suivre, et qu’il s'ouvrait au moment de la crise de l'Empire Turc : " Je tolérerai ceci, et non pas cela ; je prendrai ceci et non pas et prenez ceci vous-même, mais non pas cela. " Étrange. contraste entre le désintéressement affiché en public et les desseins avoués en secret ! Et puis, après avoir eu, avec le Cabinet anglais ces épanchements si intimes et si bien cachés, votre Empereur y fait tout-à-coup un appel public, oubliant que l'Angleterre est un pays de publicité, et que ses ministres ne peuvent être provoqués ou défiés, par un souverain étranger sans répondre. aussitôt à son défi. Pourquoi ces alternatives ces incohérences, ces perplexités dans la conduite comme dans le langage ? Parce que votre Empereur n'est, ou pas assez ambitieux, ou pas assez conservateur, trop peu Russe, ou trop peu Européen. Il ne se gouverne pas par une idée simple, permanente, dominante ; il flotte entre ses propres vues, qui sont pour la paix, et les traditions de ses ancêtres, qui sont pour l’agrandissement. Il se préoccupe trop à la fois du présent et de l'avenir. Quelque puissant qu’on soit, on ne peut pas être tout et tout faire à la fois, la paix et la guerre, maintenir, et partager les Empires ; il faut choisir. Si la Porte accorde l'Émancipation des Chrétiens, Dieu donnera encore là, à votre Empereur, à la dernière heure, l'occasion de faire son choix, un bon et grand choix. Puisse-t-il lui donner en même temps la volonté de le faire en effet et de rendre la paix à l’Europe, au lieu d'encourir la responsabilité de tous les maux, prévus et imprévus, que la guerre nous attirera à tous !
Voilà votre N°18 qui m’arrive. J’ai tous les précédents, sans lacune. Je vous ai écrit Mercredi du Val Richer. Je m'étonne des nouvelles de la Mer Noire que la princesse Kotschoubey a reçues de Pétersbourg comment n'en savait-on rien à Vienne le 20 mars et à Constantinople le 14 ? C’est étrange.
Je compte toujours partir le 31 pour aller vous voir. Soyez assez bonne pour me faire assurer une chambre à l'hôtel Bellevue, si c’est possible, comme je l’espère, et un petit cabinet pour mon domestique. Ce sera charmant de causer.
Adieu, Adieu. G.

Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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19 Bruxelles le 26 mars 1854

Evidemment la nouvelle donnée à Hélène est fausse mais c’est étrange. Brunnow est venu chez moi à son débotté avant d’avoir vu aucun de ses collègues. Il se disait ignorant de l'objet de sa venue. Chreptovitch qui était à la chasse tenait les dépêches enfermées chez lui. Il sera plus édifié aujourd’hui. Le ministre d'Angleterre n’est pas inquiet. Il ne peut voir dans tout cela qu'une pensée de paix. Mais comment la concevoir aujourd’hui ? Lord Howard. a rencontré chez moi Brunnow, très bien ensemble. L'Anglais est très aimable pour moi. Je suis le dernier fil, car on ne va plus les uns chez les autres.
Vous trouverez votre chambre à Bellevue. C’est rempli mais je me suis assuré de ce qu’il vous faut. Que je serai aise de causer, d'entendre. du bon français d’abord ! N’allez pas vous ennuyer ici, cela n’est pas bouffon. Tout ce que vous me dites sur nos affaires & notre conduite. est admirable de vérité. Je vois bien que même les Russes. pensent comme vous là dessus, mais il n'osent pas se le dire. En attendant l'exaltation est énorme en Russie. L’Empereur en visitant Cronstadt a fait faire en sa présence l’essai d'un nouvelle invention épouvantable comme destruc tion. Cela a parfaitement réussi. Il a ôté son casque ici en disant : " Venez messieurs les Anglais, nous sommes prêts. " Voyez-vous tout cela je le trouve abominable. Décidément je ne suis plus bonne qu'au peace society.
Le temps est fort laid, froid ; mettez-vous chaudement. Au reste les voitures sont chauffées sur le chemin de fer. Vous me direz par quel convoi vous comptez partir. 7 du matin vous amène ici à 2. C’est le plus accéléré. Celui de 11 1/2 n’arrive qu'à 10 1/2. Ne prenez pas celui du soir vous seriez trop fatigué le lendemain. Vous l’étiez tant en venant du Val Richer. Adieu, quel plaisir de m’occuper du bout de la semaine.

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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26 Paris, Dimanche 26 mars 1854

Hier soir, Mad. Mollien et Mad. Lenormant. Assez de monde dans l’une et l'autre maison. La tribu des Ste Aulaire, Mad. de Montesquiou, le duc de Noailles, M. Villemain, M. Mérimé &
La guerre et Montalembert se partagent les coeurs. Personne ne croit à la nouvelle d’une rencontre dans la Mer Noire. Personne n'en a entendu parler ici. Il est à peu près impossible qu’il ne nous en fût rien revenu par Marseille et par Vienne. On présume que c’est un bruit répandu à Pétersbourg pour exciter vos marins de la Baltique.
L'effet des papiers publics, à Londres, est bien mauvais pour vous. Et d’une façon très générale. On ne comprend pas que votre Empereur ait ainsi provoqué sans prévoir. Les puristes en diplomatie trouvent que le gouvernement anglais n'aurait dû publier que les deux Memorandum de M. de Nesselrode, avec les dépêches de Lord John et de Lord Clarendon, mais non par les lettres confidentielles de Seymour rendant compte de ses entretiens avec l'Empereur. Mais quand on leur répond que le Journal de St Pétersbourg a lui-même parlé de ces entretiens, et que les Memorandum de Nesselrode, et les dépêches de Lord John et de Clarendon s'y réfèrent à chaque mot, ils ne savent plus que dire.
La commission Montalembert l'a appelé et entendu hier. Il a répondu brièvement et simplement ne connaissant la lettre, mais disant qu’il n'en avait, ni fait, ni autorisé la publication. La commission nommera son rapporteur demain lundi ; il lira son rapport mercredi à la commission, et Jeudi au corps législatif qui prononcera vendredi au samedi. On croit que les poursuites seront autorisées avec une minorité de 50 ou 60 voix. Voilà ce qu’on dit.
La Reine Marie-Amélie quitte décidément Séville après Pâques, et retourne directement en Angleterre, par l'Océan. Séville lui a pleinement rendu la santé. La Reine d’Espagne, a mis à sa disposition un beau bateau à vapeur.
L'emprunt est comblé par les souscription et au delà. Adieu, Adieu.
J’irai ce soir chez Mad. de Boigne et chez Broglie. G.

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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27 Paris, lundi 27 mars 1854

Il y avait du monde hier soir chez Mad. de Boigne, le nonce, Viel Castel, Flavigny, Mérode, Henri de Mortemart, Lebrun, M. d'Osmond, les duchesses de Maillé, Mesdames de Chastenay, de Flavigny, Mortier, de Fizensac, & C'était plein.
On y était fort occupé de l'affaire et Montalembert. Tout le monde me paraît avoir envie qu’elle s’arrange ; quelque chose qui soit une réparation pour l'Empereur sans être une faiblesse pour Montalembert. Quand on a vraiment envie de s’arranger, il faut être bien maladroit pour n'y pas réussir. Il est vrai qu’il y a de grands exemples, car je persiste à croire que votre Empereur a toujours eu envie de s’arranger. Le nonce est en blâme ouvert de l’Autriche ; elle aurait dû prendre son parti et se mettre en parfaite sûreté en Italie en s'alliant avec l'occident. Il est évidemment très inquiet pour son propre pays.
De chez Mad. de Boigne chez le Duc de Broglie. Rien que le petit cercle intime, et plus occupé de Cromwell que de Montalembert. George d'Harcourt arrive de Londres, très frappé de l'animation de tout le pays. Les dernières publications ont fait un très grand effet. On approuve pleinement Lord John. On trouve que Clarendon sous sa dépêche du 23 mars 1853 vous a fait trop de concessions en acceptant, toutes vos idées négatives sur l'avenir de Constantinople. Certainement votre Empereur a fait là, une provocation qui lui a mal tourné. Que dira-t-il de l'article du Moniteur, et du commentaire du Times sur les ouvertures de Kisseleff aux Tuileries ? Il est vrai que des conversations laissent moins de traces que les dépêches.

2 heures
Adieu, adieu. J’ai eu du monde toute la matinée. Merci des sécurités que vous me donnez. Je m’arrangerai pour n'avoir pas froid, et je prendrai très probablement le convoi de 7 h. du matin. Adieu. G.

Auteurs : Wright, Thomas (1810-1877)

Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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20. Bruxelles Mardi le 28 Mars 1854

Voilà donc la guerre déclarée ; et bien qu'on se batte, mais qu’on fasse vite, et que cela finisse. Hélas c’est cela qui sera difficile. L’Empereur retire toutes les promesses d’Olmentz, il ne se gouvernera plus que selon les circonstances. Nous sommes intoxicated. J'ai eu 4 heures de tête-à-tête avec Brunnow. Il a beaucoup d’esprit. Et il est fort triste. Kisseleff rit tout le jour avec tout le monde excepté moi avec qui il ne rit ni ne pense car je ne le vois jamais. Tous les autres Russes sont très soigneux de moi. L’Autriche ne se déclarera que si nous passons le Danube. Je crois que nous ne le passerons pas.
Je suis charmée que vous preniez le convoi de 7 heures du matin. Mais envoyez encore à Paris prendre des informations précises. Je pense avec tant de joie aux bonnes causeries que nous allons avoir ! Je vous écrirai encore un mot demain. Adieu. Adieu. 

Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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21 Bruxelles le 29 mars 1854 Mercredi

Voici une commission. Priez votre valet de chambre de la faire et de m’apporter cela & de la payer. Je le rembourserai exactement ici. Qu'il ne prenne pas du carré arrondi ; il faut rond rond. Ma derniers lettre, c’est charmant ! Mais après il faudra recommencer. Ce qui est affreux c’est de n’avoir aucun bonheur tranquille en perspective. Nous ne croyons pas ici au passage du Danube par nos troupes. défensive, défensive, pas autre chose. Brunnow est sur cela très affirmatif. Dieu ! Qu'il est laid. Vous me trouverez mauvaise même. Je suis malade depuis Paris. Ces quelques jours me feront du bien. Adieu. Adieu.

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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29 Paris, Mardi 29 Mars 1854

Voici mon dernier mot. Je m'assurerai ce matin qu’il y a un train à 7 heures ; mais tout le monde me dit que c’est sûr. J’ai dîné hier chez Bussierre. Broglie, les d'Harcourt, les Langsdorff, les Daru, Beragast, d'Haubersart & ; toujours les mêmes ; toujours gens d’esprit et honnêtes gens.
Sans aucun intérêt personnel pour le Duc de Parme, ce nouvel assassinat révolte et trouble. On ne sait encore rien de la cause. On disait hier que Mazzini avait quitté l’Angleterre. Pour l'Allemagne ou pour l'Italie ? On ne savait pas. Point de nouvelles d’ailleurs. On n'a plus qu'à attendre.
Je me casse la tête à chercher une issue quelque façon de revenir à la paix qui soit acceptable pour tout le monde quand on se sera vivement, et inutilement battu. Car, à moins de se battre vingt ans, on se battra inutilement ; la question qui se pose maintenant comme le motif et le fond de la guerre, est trop grande pour être résolue en une ou deux campagnes. Je ne trouve, pour en finir bientôt, rien qui me satisfasse. C'est déplorable.
Je ne comprends rien à votre brouille avec Kisseleff. En tout cas, c'est absurde. Adieu.
Il fait ici un temps superbe. Un soleil doux. Les connaisseurs demandent de la pluie. En attendant, je jouis du soleil. Adieu. A après-demain. C’est charmant à dire.

Auteurs : Monod, Adolphe (1802-1856)

Auteurs : Carné, Louis de (1804-1876)

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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30 Paris Jeudi 6 avril 1854

Je suis arrivé à 11 heures un quart et j'étais dans mon lit à minuit, heureux de vous avoir vue, triste de vous avoir quittée. Que tout est imparfait en ce monde ! Dans mon âme, je ne me résigne pas du tout à cette imperfection quoique extérieurement je fasse comme si je m’y résignais. Ce qui me manque me manque amèrement. Voici en quoi j’ai un bon esprit et un bon caractère ; malgré ce qui me manque, je jouis de ce qui m’est donné. Le mal ne me gâte pas le bien. J’ai vivement joui de ces cinq jours, et j'en jouis encore, quoiqu’ils soient passés. Je vous voudrais la même disposition ; et pourtant je ne voudrais pas vous changer ; pas du tout.
Je n'ai encore vu presque personne. On me paraît très préoccupé de la lettre de votre Empereur au Roi de Prusse. On désire toujours la paix ; on se demande comment elle pourrait sortir de là, et aussi comment la guerre pourrait continuer. Si votre Empereur se déclarait satisfait pour les Chrétiens, et évacuait les Principautés. Si cet incident avorte, ce sera dommage, car il est pris fort au sérieux. On est frappé aussi de l’entière latitude que laisse le dernier débat du Parlement pour les ouvertures, et les bases de la paix. Ce que nous nous sommes dit à ce sujet a été également remarqué ici par les gens intelligents. Adieu Adieu.
Je ne suis qu’un peu fatigué. Mon enrouement n'est rien. J'ai besoin d’une bonne nuit de sommeil. Il fait très bien ici ; mais j'aimerais bien le beau temps dans le bois de la Cambre. Adieu. Adieu.
Mes respects vraiment affectueux, je vous prie, à la Princesse Kotchoubey. Adieu encore.

Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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22 Bruxelles jeudi le 6 avril 1854

J'ai eu du courage tout le jour. La nuit, non, mon chagrin est aussi grand que ma joie avait été grande. Je me retrouve plus seule que jamais, et triste, triste. J’ai vu Brunnow longtemps. Il doute de la nouvelle. On a dit me dit que Kisseleff : " Qu’est-ce que nous font les Chrétiens." C'est à Van Praet qu'il a dit cela. C’est un sot. Brunnow convient que si elle est vraie elle peut & doit mener à tout. Le public de ce pays-ci était hier en extase. Le soir Van Praet & Lebeau, un doctrinaire. Certainement de l'esprit et hier en grande coquetterie. Ils sont drôles ici, ils me prennent pour un bel esprit.
Dites-moi je vous prie vos idées sur la nouvelle de Berlin. Brockhausen m'envoie le journal semi officiel qui la contient. Cela a l’air bien vrai, il me semble impossible que cette avance ne soit pas accueillie avec joie mais que de chemin à faire encore avant que cela aboutisse. J’ai écrit à Ellice ; ignorant. qu’il vienne à Paris, je dis quelques paroles qui pourraient toucher Marion. J’attends quelque chose de votre entrevue avec elle. Au fait vous pourriez bien lui rappeler qu’elle a lutté avec ses parents quand il s’est agi de venir chez moi, pour leur plaisir à elles, qu’elle pourrait bien lutter aussi quand cela devient une charité pour moi, et que je ne mérite pas cet abandon. Enfin, je suis sûre que vous direz ce qu'il faudra. Me voilà à cette même. table où nous étions il y a 24 heures. Mais votre place est vide. Cela me serre le cœur, et je suis prête à pleurer. Ah que votre visite m’a fait de joie et laissé de peine. Adieu. Adieu.

Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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23 Bruxelles le 7 avril

Je vais vous quereller. Vous vous faites meilleur que moi en cas. Vous me dites : " Malgré ce qui me manque, je jouis de ce qui m’est donné. " Faites moi l’amitié de me dire ce qui m’est donné. Mais je sais que vous avez un home, des enfants, et des yeux.
Hier soir, Brunnow, Van Praet, Le prince de Ligne & Mad. Villers qui me raconte son dialogue à dîner avec le Maréchal Vaillant. La promenade au bois avec Hélène a été bien sérieuse. Je me suis fait lire la discussion. Chasseloup a bien parlé. Montalembert a été bien imprudent. Je conçois que tout ceci ait fort animé Paris pour un jour. Je n’ai pas un mot de Constantin. Je ne conçois pas cela. Brockausen attendait encore hier au soir le courrier de Berlin qui devait passer ici le 3. Des lettres de Pétersbourg disent que l’[Empereur] a dit à la table ronde chez sa femme. " Je puis très bien m’arranger avec les Turcs s'ils imaginent les Chrétiens, mais avec les Anglais c’est autre chose." Adieu. Adieu.
Je suis plus triste aujourd’hui qu'hier cela ira comme cela. Adieu & Je vous écris par le Pce de Ligne. Dites moi si vous avez reçu ce N°.

Auteurs : Orléans, Henri (duc d' Aumale) (1822-1897)

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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32 Paris, samedi 8 avril 1854

Si vous savez un peu précisément quand les Ellice doivent venir à Paris, avertissez moi. Je dirai à Marion tout ce qu’il y a à lui dire. Sans être sûr du succès. J’ai dit à Montebello qu’il devrait bien aller vous voir, et ce qu’il faut pour l’y engager votre désir, votre château &. Il en a bien envie ; mais il doute et je doute. Ses affaires, ses enfants, leurs études, leurs examens & & Il a ici son fils le marin, pour quelques jours. Ce n'est pas sur le Tilit, mais sur l'Inflexible, le vaisseau de l’amiral Parseval, que s’embarque ce jeune homme. Il vient d'avoir à Brest une quasi pleurésie, et il tonne encore beaucoup. Le père est inquiet, et je trouve qu’il a raison.
Hier matin, l'Académie des inscriptions. Rien que de la science sur l'Orient, le grand Orient, l'Inde, la Chine, celui où la guerre n’est pas encore.
Dîner chez moi, tête à tête avec mon fils. Le soir chez Montalembert. Assez de monde pour sa satisfaction, pas trop. Ste Aulaire, Flavigny, Janvier, Mortemart, Chasseloup Laubat. Les honneurs du Débat, pour l'opposition, sont à ce dernier. Il a vraiment très bien parlé, modérément, habilement, et chaudement.
Montalembert est appelé aujourd’hui devant le juge d'instruction pour être interrogé sur la publication de sa lettre. Il maintiendra pleinement son dire que la publication n'a été, ni son intention, ni son fait. On m’a paru content dans la maison, le ménage et les amis. Tout le monde dit que l'Empereur dit que Montalembert n'ira point en prison. On tient surtout à ce qu’il perde ses droits civiques, ce qui le mettra hors du Corps législatif. Quelques personnes s'engagent à donner sa démission, il n’en fera rien ; il veut être chassé.
De chez Montalembert, chez Broglie. Personne que l’intérieur et Piscatory qui ne fait que traverser Paris. Il mène sa femme et ses enfans s'amuser six semaines en Italie. Le Duc de Broglie aussi pacifique que jamais souhaitant vivement que la lettre le Berlin ait quelque vertu, mais voulant beaucoup, et de l’intention, et de l'efficacité. Adieu. Adieu.
Je n'ai rien de vous ce matin. Je sors de bonne heure. On commence à se lamenter du beau temps. Adieu. G.

Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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24 Bruxelles le 8 avril 1854

[Brockausen] n’a pas reçu son courrier encore. Cela prouve qu'on veut lui envoyer les choses faites. Ces choses sont un nouveau protocole à 4 plus obligatoire pour les Allemands que les précédents, mais sans aller encore jusqu'à l’action. On commence à douter tout-à-fait des propositions pacifique de mon Empereur. Hélas, que nous avons été enfants de nous réjouir !
Voici votre lettre, bonne longue, intéressante. Constantin m'écrit. Pas un mot des nouvelles propositions. Nous irons jusqu'au rempart de Trajan, pas au-delà. Nous démantelons ou détruisons toutes les places que nous ne pouvons défendre. Nous avons fait cela en Circassie. Nous le faisons dans la Baltique. Alaud ne sera pas défendu, les ouvrages ont été détruits. Que de sacrifices déjà !
Hier le bois de la Cambre. Le soir Brokham, [Chreptovitch], le fidèle Van [Praet], Dalabier. Une journée comme toutes les journées, pesant bien lourdement sur le coeur et sur l'esprit. Ce beau temps m'agace. Paris doit être si beau ! Je voudrais me figurer qu'il y pleut. Mettez donc comme je fais un petit morceau de papier dans l'enveloppe, entre le cachet & la lettre. La vôtre est toujours collée au cachet. Voilà une des choses intéressantes que j’ai oubliée de vous dire ici. Il y en a d’autres meilleures. Si l'on vous parle de Kisseleff et de moi, je vous prie de ne pas vous gêner et de dire la vérité. J’espère bien que vous n'avez pas parlé de ce qui m’a tant occupé les derniers jours. Tout devient clabaudage aujourd’hui. J’aime bien votre forme de gouvernement, le silence. Croyez-vous franchement qu’un français puisse s'empêcher d’être indiscret. Je n’ai presque pas vu mon fils depuis votre départ. Je ne sais ce qu’il devient. Constantin croit à la neutralité arrivée de toute l’Allemagne mais rien n'était signé encore. Adieu. Adieu. Et Adieu.

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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33 Paris, Dimanche 9 avril 1854

Peu importe le retard du courrier de Brocks ; il n’apportera rien qui change le cours des choses. Personne ne croit que les propositions de votre Empereur soient sérieuses ; et le fussent-elles, il faudrait pour arrêter le flot, bien autre chose que des propositions.
J’ai vu hier un Anglais de ma connaissance, homme d’esprit, radical modéré, qui vient passer ici huit jours. Sa conversation m’a beaucoup frappé. Point d'enthousiasme de guerre grand regret de la paix ; mais parti pris d’aller jusqu’au bout, à tout risque à tout prix, et quelque loin que soit le bout. La longue durée de la lutte, le poids de nouvelles taxes, l'alliance avec les nations mécontentes, le remaniement de l'Europe, rien n’arrête ; on s'attend à tout cela, ; on est très riche ; on aura des points d'appui partout. Si on peut en finir en une campagne, tant mieux ; c’est très désirable : sinon, soit ; les longues guerres ont coûté très cher à l’Angleterre ; mais après tout, elle en est toujours sortie plus grande et plus forte. Elle se repose, depuis 40 ans. Evidemment les deux terreurs de notre mémoire à nous, les révolutions et les guerres n'effraient plus la génération actuelle ; elle veut suivre sa fantaisie et faire son trait dans le monde.
Mon radical est inquiet pour le cabinet anglais. Si Lord John persiste dans son bill de réforme, il sera battu et le cabinet se retirera. Nul autre n'est possible. Les reformers feront eux-même une démarche pour engager Lord John à ajourner son bill. Il cédera peut-être. Alors, point de grand embarras. Lord Aberdeen très affaibli. Il s'en irait si Lord Lansdowne voulait bien prendre l’office de premier ; mais il ne veut, à aucun prix. Lord Palmerston the most popular man in England, mais hors d'état de faire un gouvernement. Le plus probable est qu'on restera comme on est et que tout le monde ira jusqu'au bout ; fallût-il même mettre les puissances Allemandes au pied du mur et leur déclarer qu’on leur fera la guerre si elles ne vous la font pas.
Plusieurs personnes m'ont parlé de Kisseleff et j’ai dit, sans me gêner, ce qui en était. Tout le monde s'étonne et le blâme fort. On ne comprend pas. Je crois franchement qu’un Français peut s'empêcher d'être indiscret, et je le prouve. L'indiscrétion est partout, et partout. Il y a des discrets.
Rien hier matin que Mad. Mollien, et le soir que Mad. Lenormant. Assez de monde-là, et la musique de Lulli pour les amuser. Adieu, Adieu.
Je voudrais qu'il plût, pour nos champs et pour votre consolation ; mais il fait toujours très beau. Adieu. G.

Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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25. Bruxelles dimanche le 9 mars 1854

Le protocole signé à quatre a une grande valeur en ceci, qu'il témoigne l’accord avec les Allemands après là déclaration de guerre. Voilà l'importance de cet acte, car du reste je crois qu'il ne fait que confirmer les précédentes. Nous avons en effet proposé tout ce que vous savez et que disaient les journaux. " Si l'émancipation des Chrétiens est garantie par traité " & & Mais cela ne peut être qu’un acte de Sultan, ainsi pas de traité. Les affaires intérieures ne peuvent pas être réglées par des étrangers, il y aura des firmans, pas de traité. De cette façon notre proposition n’est pas acceptée. Repoussée à Londres, elle le sera à Paris. Reste l’idée d’un congrès tenu à Berlin. On en prend acte pour l’avenir, & c'est un progrès, car nous n’avions jamais voulu entendre parler de cela. Ce serait pour la question religieuse seulement. Voilà où en sont mes nouvelles.
Brunnow, Labensby, Kisseleff le matin. Celui-ci exactement embarrassé, et moi très froide, il n’est pas resté longtemps. Brunnow m’a vu dîner. Le soir Van [Praet], & [Brockhausen] ma promenade au bois, et toujours le beau temps. Il commence ainsi à m'ennuyer. Adieu. Adieu. Avez-vous entendu parler du Pce de Ligne. Adieu.

Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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26 Bruxelles le 10 mars 1854

Bual en apprenant nos propositions a dit, il est trop tard. L’Autriche ne se prononce pas encore hostilement mais elle aime à nous laisser dans l’inquiétude. Meyendorff est dans son lit de colère et de vexation. Brouillé tout-à-fait avec son beau frère. Tout a très mauvaise apparence. Ce que vous me dites de votre anglais ne présente pas une perspective passable prochaine. Ah mon Dieu que notre joie aura été courte ! A point seulement pour m'empêcher de pleurer quand je me suis séparée de vous. Mais que de soupires je pousse depuis.
Hier un arrivant russe de Vienne. Mad. Barrot, [Chrepto vitch] [Brockhausen] Van Stratten, je n’ai pas vu autre chose. J'oublie Kisseleff cinq minutes pour une commission indirecte. Même froideur de mon côté. Brunnow m’a parlé de lui, du repentir. Et bien qu'il le montre. La commission c’était Mercier lui écrivant de Dresde à propos d'une dame de compagnie, un écho de Mad. Bilinska. Grand commérage déjà. Seebach passera par ici demain se rendant à Dresde. Ah mon Dieu que les jours sont longs.
Vous ne me dites pas si vous avez reçu tous mes N° avez-vous eu le 23 ? Sans importance mais for regularity's sake.
Le Maréchal Paskevitch a des pleins pouvoirs prodigieux militaires et diplomatiques. Il commande tout depuis la Crimée jusqu’à la Baltique et prendra une résidence centrale d'où il dirigera tous les mouvements. Pétersbourg est trop loin. Nous nous replions sur nous-même abandonnant tous les postes exposés. Je crois vous avoir déjà dit cela. Je me souviens d'avoir l'année 34 proposé à l’Empereur de faire cadeau à quelqu’un des îles d'Ossil et Dago. Habitées par des sauvages, car j'en avais vu à bord du bâtiment où j’étais sur la Baltique. Nous avions pensé échoué là sur des rochers, et ces animaux étaient venus nous porter secours. Une honte d’avoir de pareils sujets si près de la capitale. Adieu. Adieu.
Que deviendrai- je sans vos lettres ! Pas un moment de soulagement pour mon esprit dans toute une longue journée. Et Paris, si beau si charmant, si vert, si animé, l'air si doux, et la causerie ! et vous deux fois le jour, quel paradis. Adieu.

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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34 Paris, lundi 10 avril 1854

Hier matin, le chancelier ; hier soir le Duc de Noailles, Molé, Duchâtel, Savandy, Berryer. Personne ne sait et n'attend rien de nouveau, si ce n'est la guerre réelle. Vous semblez partout décidés à une guerre purement défensive. C'est la guerre indéfiniment. Il faudra pourtant bien qu’elle finisse, dit-on. Qui sait ? Je suis triste, et plein de sombres pronostics. Je ne connais rien de plus inattendu, de moins nécessaire, de plus factice que tout ce qui arrive. Apparemment Dieu le veut. Si la paix n’est pas faite, l'hiver prochain, nous en aurons pour dix ans, et l'Europe entière bouleversée.
Le nouveau protocole, après la déclaration de guerre a en effet une grande valeur. On dit que la lettre de l'Empereur d’Autriche à l'Empereur Napoléon, en ce sens. " Maintenant, approbation de la politique occidentale, entente continuée dans la neutralité ; avec la Russie, jamais union active ; avec la France et l'Angleterre, union active peut-être, probablement plus tard, certainement le jour où les intérêts propres de l’Autriche seraient engagés. "
Voici une moins grande question. La mort de M. Tissot laisse une place vacante à l'Académie Française. M. l’évêque d'Orléans se présentera-t-il pour faire, en lui succédant, l'éloge d’un vieux Jacobin archi-voltairien ? Je voterai pour lui, s’il se présente ; mais je serais étonné qu’il se présentât. Il y a encore dans l'Académie quatre octogénaires, dont deux malades. M. l'évêque d'Orléans n'attendra pas longtemps une autre vacance.
J’irai aujourd'hui voir et renverser la prince de Ligne. On ne se rencontre plus nulle part. Le Chancelier ne donne plus à dîner. Molé ne reçoit plus. Dans trois ou quatre semaines, tout le monde sera disposé.
J’attends ma fille Pauline demain, et certainement avant le 15 Mai. Je serai rétabli au Val Richer. Quand les grandes satisfactions de l’âme me manquent, je prends les petites en dégoût, et je ne me plais plus que dans le libre repos de la famille et de la campagne.
Kisseleff a bien peu d’esprit d'être revenu chez vous sans commencer par vous offrir son appartement avec ses excuses. L’égoïsme finit toujours par être sot et ridicule. La moindre société humaine vaut un peu de bienveillance sincère et de sacrifices mutuels, je dirai volontiers un peu d’amitié. Où il n’y en a pas du tout, la simple politesse même et le bon goût disparaissent bientôt. Adieu, Adieu.
On commence à se désoler sérieusement du beau temps. On dit que si ce soleil sec dure encore quinze jours, la moitié de la récolte prochaine sera perdue. La disette avec Dantzig et Odessa de moins, ce serait grave. Adieu encore. G.

Auteurs : Orléans, Louis Charles Philippe Raphaël d' (duc de Nemours) (1814-1896)

Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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27 Bruxelles le 11 avril 1854

Oui, tout est bien triste, ce que vous me dites de la lettre de l'[Empereur] d’Autriche c’est le protocole. Approbation de la guerre. Entente pour la paix, si elle est possible. Aucun engagement actuel de la part des Allemands. Ce qui est sûr c’est qu'ils se mettront du côté du plus fort si on les force à se prononcer. On dit couramment que la Prusse nous a déserté. On travaille la Suède maintenant. Il sera facile de l'entraîner, elle aura cédé à la force, cela ne gâtera pas son avenir. Et voilà comment nous aurons tout le monde sur les bras.
Marcellus aspire à l’Académie et m'écrit une lettre fort bien tournée pour obtenir vos bonnes grâces. Pourquoi pas lui, si l'Evêque d’Orléans n'en veut pas ? Que dois-je lui répondre ? Hier M. Barrot, Labensky, Mad. Pourtalis revenant de Paris, qui m’a conté toute la partie frivole. Mad. Chreptovitch a fait avec moi le bois de la Cambre. Le soir le beau (on dit que je lui plais beaucoup. Je m'étonne, il m’endort.) Van Praet et voilà tout. Vous allez être bien content au jourd'hui du retour de votre fille et de vos petits-enfants. Vous êtes bien heureux. Si j’avais cela et la campagne comme vous ! Mais je n'ai rien. Brunnow vient aussi se loger à Bellevue. Adieu, le beau temps continue pour narguer ma tristesse. Adieu. Adieu.
Barrot m’a dit sur vous d’excellentes paroles, & cité de très bonnes choses que vous lui avez dites, et à d’autres aussi. Le [gouvernement] français aurait à se féliciter de vos bons propos.

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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35 Pars Mardi 11 Avril 1854

Je suis sorti tard hier de chez moi, j’ai eu beaucoup de monde le matin ; le Duc de Broglie, Dumon, Rémusat, Marcellus, Guisard, Greg (mon Anglais, quasi-radical), d'Escayrac, Génie & &
à 4 heures et demie, je suis allé chez Mad. de Sebach que je n’ai pas trouvée. De là, chez le Prince de Ligne ; personne. De là chez les Hatzfeldt ; personne. Le soir,des affaires protestantes. Je n'ai rien appris du tout. On se rencontre encore moins dans la semaine sainte.
Il me paraît clair que le protocole signé après la déclaration de guerre est une satisfaction diplomatique qui ne fera pas sortir les Allemands de la neutralité. Je ne crois pas à ce qu’on vous a dit sur Thouvenet à Constantinople. Personne ici n'en a entendu parler. Mais je n'ai pas encore vu sa sœur.
J’ai rencontré hier Flahaut dans la rue du faubourg St Honoré. Il m’a reconduit vingt minutes. Triste ne voyant point d'issue à tout ceci ; défendant un peu votre Empereur ; blâmant beaucoup le procès Montalembert ; le langage d'un ami découragé, qui ne craint pas grand chose, mais qui n'espère pas davantage. Porté à croire qu’en Angleterre le sentiment de la difficulté est en progrès. Il ne paraît pas qu’on ait obtenu pour les Chrétiens, rien au delà des deux firmans que les journaux viennent de publier. J’ai une lettre à Athènes, du 31 mars, d’un assez bon observateur. La conclusion est ceci : " Je vois un entraînement général dans toutes les classes, et ceux là même qui, par sympathie pour la France et l'Angleterre ou par crainte de leur ressentiment, paraissent blâmer le mouvement, le secondent de leurs voeux et secrètement de leur argent. Vivres munitions, habillement, tous les genres de secours sont envoyés d’ici. Le Roi, la Reine, le gouvernement agissant sous l'impression de sentiments favorables aux Russes, ou bien mus par une ambition que vous connaissez ou bien entraîner par le soin de leur popularité sont à la tête du mouvement, et le dissimulent à peine autant que leur position officielle de demande."
Pas plus de petites nouvelles que de grandes. Montalembert a été interrogé par le juge d’instruction, mais on ne lui a rien dit, ni rien demandé qui indique qu’on ait la moindre preuve qu’il ait contribué à la publication de sa lettre, ce qui, devant les juges, est là question. Ils sont embarrassés. Adieu, Adieu. G.

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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28 Bruxelles le 12 avril 1854

Il y a huit jours vous étiez là encore à déjeuner vis-à-vis de moi. Ah mon Dieu quand ? Un nouveau bonheur. Ellice & Marion arrivent à Paris aujourd’hui ou demain. Ils demeureront à l'hotel Windsor rue Rivoli. Le retrait des reform bill par Lord John assure la durée du ministère. J'ai eu hier des nouvelles très intimes de Berlin. Le parti de la guerre l'emportera. Le roi ne résistera pas longtemps & la Prusse nous fera la guerre. On n’en doute pas. Je ne sais si nous savons cela tout-à-fait.
Hier Brunnow, Vilchonsky [Chreptovich], [Brockhausen], Howard le matin. Le soir Van Praet, [Brockhausen] encore & Labensky, un temps superbe. Lord Howard me dit que c’est parce que notre ouverture est venue par l’entremise de la Prusse qu’elle n’a pas pu être accueillie en [Angleterre]. Mauvaise excuse, ce qui a plus de valeur, c'est que la forme de traité avec la porte ne peut pas être admise ce serait du protectorat et on nous l’a dénié à nous. Or, nous affirmons que la porte n’est tenue à rien tant qu’elle ne se lie que par firmans. Howard dit que l’émancipation complète sera obtenue aussitôt les troupes débarquées à Constantinople. Adieu. Adieu.
Toujours le soleil ! Adieu. Le ministère danois a été obligé de se retirer parce qu'il était Russe.

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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37 Paris, Jeudi 13 Avril 1854

J’ai vu hier, chez Mad. de Sebach, l'autre jeune baronne saxonne, Mlle de Chérigny, dont la princesse Kotchoubey m’avait parlé. Je lui en dis à elle-même, en détail, mon impression exacte. Ce n’est pas la peine que je vous la répète. Toutes les apparences sont bonnes.
Le rappel de Bunsen est-il vrai ? La façon dont Clarendon en a parlé me porte à y croire. Ce serait en contradiction avec la pente sur laquelle à Berlin même, on paraît d'ailleurs se placer. Mais c’est par les contradictions que les faibles espèrent se tirer des difficultés. L'entrée des Autrichiens, en Servie, à la suite de votre violation du territoire Serbe, fait ici assez d'effet. Les confiants s'en promettent l'engagement décisif de l’Autriche contre vous. Les méfiants demandent, si l’Autriche ne saisit pas cette occasion d'occuper la servir, comme vous la Valachie et la Moldavie. Les Russes à Bucharest, les Autrichiens à Belgrade, les Anglais et les Français aux Dardanelles, voilà l’intégrité et l’indépendance de l'Empire Ottoman parfaitement garanties.
On dit que la revue d’hier a été belle. L'infanterie surtout a frappé les étrangers par sa bonne mine, sa bonne tenue, la précision et la rapidité de ses mouvements. Les chasseurs de Vincennes ont été applaudis au défilé, par l'Impératrice, et par le public. Aussi la garde municipale.
Décidément, la cavalerie anglaise ne traversera pas la France. Je vois sans cesse M. de Marcellus. Il fait ses affaires avec une extrême assiduité. Je lui ai dit que vous m'aviez parlé de lui.
L’évêque d'Orléans et M. de Sacy entreront les premiers à l'Académie. M. de Marcellus sera ensuite sur la même ligne que deux ou trois poètes que vous ne connaissez pas, M. Ponsard, M. Legouvé & &. On dit que le gouvernement veut mettre en avant l'archevêque de Paris contre l'évêque d'Orléans. Ce serait une grande gaucherie. Il n'aurait pas la moindre chance.
Voilà le cabinet anglais hors d'embarras pour son nouveau bill réforme. Ce n'est pas pour une session seulement qu’il est ajourné, mais jusqu'à ce que la guerre soit finie. Quand le grand génie politique manque dans ce pays là, ils ont toujours la ressource du bon sens. Adieu, adieu.
Quand vous recevrez M. Barrot, ayez, je vous prie, la bonté de lui dire que j'ai été très sensible à sa courtoisie, et point du tout surpris. Il était conservateur de mon temps il a eu bien raison de rester ce qu’il était. Adieu. G.

Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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29 Bruxelles le 13 avril 1854

Le protocole n’a pu être signé que le 9. Il a fallu en référer à Paris. Dans la conférence, Bual a été le plus vif contre nous, plus que Bourguenay. Les quatre sont d’accord sur le principe de la guerre, et le but l'évacuation des principautés. L'Autriche et la Prusse approuvent l’action des puissances maritimes. Comme vous dites l’action suivra de près l’approbation. Cependant nous sommes toujours contents de la Prusse, c’est-ce que me dit encore une lettre reçue ce matin.
Meyendorff dit qu’aujourd’hui que Canning a obtenu ce qu'il voulait à Constantinople, il est très possible qu’il veuille la paix et qu'il la fasse. Redshid veut garder les étrangers il n'y a de sûreté pour ses oeuvres et pour lui- même que dans leur présence. Le pauvre Meyendorff est dans son lit et très malade. Il n’a pas pu m'écrire ici, à Brunnow à qui il a cependant envoyé un courrier.
Savez-vous comment s’arrange le commandement de l’armée entre St Arnaud & Raglan ? Ni moi je ne puis croire à la saisie des meubles de Seymour. Ils peuvent ne pas lui être arrivés encore mais les prendre, c’est impossible. Quel article dans le Times sur cela ! Quel grossier langage, bon pour l'écurie. Je pense avec plaisir au plaisir que vous donnent vos enfants et petits enfants. Je ne suis pas selfish. Adieu. Adieu.

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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38 Paris, Vendredi 14 avril 1854

Pardon du petit papier. J’ai eu des lettres d'affaires à écrire. Ce matin, et je pars pour aller au Sermon qui sera très long. J’aime mieux vous écrire quatre lignes que rien du tout. Ellice est ici depuis trois jours. Je n'en ai pas encore entendu parler, ni de Marion. Je soupçonne un peu d’embarras. Il faudra bien que je les vois et que je cause.
Les Anglais arrivent, Milnes, sir John Boileau & On n'en annonce aucun bien gros.
On assure que le marchal St Arnaud part mardi. Il a fait à la revue, l'effet, les uns disent d’un mourant, les autres d’un mort. S’il vit, il commandera toute l’armée alliée. Adieu. Adieu.
Je reçois le N°29

Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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30 Bruxelles vendredi 14 Avril 1854

Bunsen a un congé de 6 mois, ce qui équivaut à un rappel. J’ai bien peur qu'on ne m’enlève Brockhausen ce qui serait pour moi un vrai chagrin. J’ai vu votre lettre à Hélène, et si well as far as it goes. Merci mille fois d'avoir pris la peine de cet examen. Je crains les susceptibilités Allemandes, et une personne susceptible ne m’irait pas du tout. Je vais encore causer avec Sebach & voir à me décider. C’est grave après les sottes épreuves que j’ai faites à Londres.
Ah Marion ! Pourquoi ne se déciderait-elle pas à passer avec moi 6 mois par exemple ? Rien de nouveau. L’arrangement entre les deux Allemands n’est pas signé encore. Où est Montebello ? Je lui ai écrit deux fois, il ne me répond pas. Hier Brunnow, Sebach, [Chreptovitch] Van Praet. Adieu. Adieu pauvre lettre qui ne dit rien qu’adieu. Samedi le 15 Elle est restée par bêtise. J'ajoute sans avoir cependant rien à dire. Il y a eu à Londres presque catastrophe. John s'entêtait. Aberdeen a montré beaucoup d'énergie & de volonté, on le porte aux nues là & ici. Et tout danger est conjuré. Hier longtemps Lord Howard. Très sensé et clever. Il aimerait à rencontrer Brunnow, mais le hasard ne sait pas. Je suis rendue de chaleur et de fatigue d'écriture. Un courrier à Pétersbourg and no help. Ah si vous pouvez me rendre Marion. Adieu. Adieu.

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)

Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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31 Bruxelles le 16 avril 1854

Voici que j'ai bien besoin de vous. Et vite. Andral avait ordonné Ems à Melle de Offenberg. Ici, un médecin le déconseille, & veut l'envoyer à Spa. Elle consulte Andral aujourd’hui par lettre, lui soumettant le motif du changement, mais attendant qu'il décide par ce que sa confiance est à Andral tout-à-fait. Je vous en conjure décidez Andral à persister dans son premier jugement. Je suis perdue s'il fléchit, car tout ce voyage est pour la santé de cette jeune personne & Hélène y subordonne tous ses mouvements.
Voyez comme c’est pressé et comme c’est grand pour moi. Je suis curieuse de votre rencontre avec Marion. Ah que de choses frappantes à lui dire. M’abandonner, parce que je suis dans le malheur ? Avoir de la résolution et de la volonté pour s'amuser, en manquer quand il s'agit de charité. Je ne suis pas un Cosaque, elle le sait bien et vous encore mieux. Tout ceci me tracasse beaucoup et m'empêche de dormir. Ni embarquer avec une étrangère, grande dame, car on me dit qu’elle l'est quoique ce soit une affaire d’argent. Les mouvements de la dame de compagnie avec l’obligation de faire des cérémonies. Les alle mandes tiennent à cela. Il faudra peut-être que je lui porte sa chaise. Voyez-vous. tout cela se présente à moi sous un jour peu engageant. Ah Marion ! A propos si son père lui refusait de l’argent vous savez bien avec quelle joie je lui livrerais tout ce que j'ai. Je me souviens qu’elle me disait à Brighton : " Si vous me donniez comme à Miss Gibbon 100 £ comme je vous servirais mieux qu’elle ! " Enfin je rabâche avec moi- même, & je vous envoie en rabâchant avec nous. Dans ce moment le pressé, très pressé c’est Andral, car il est capable de répondre dans la journée. Hélas il n'y a donc pas une minute à perdre. Le ferez-vous ?
Hier Brunnow, Van Praet, Van Straten, Brockhausen, celui-ci deux fois par jour régulièrement. Vous ai-je dit qu’ici on a envoyé promener une fois pour toutes les insinuations à propos de la réunion russe. Jamais on ne dit rien de Paris. Les tracasseries venaient de Londres. On dit que la Prusse tente des nouvelles propositions auprès de nous, pour que nous en fassions à notre tour. Tout ce que vous me dites aujourd’hui est plein de good sense. Brockhausen a dû recevoir son courrier régulier ce matin, il ne m'a rien apporté. Sans doute oubli. Adieu. Adieu.

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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40 Paris, Dimanche 16 avril 1854

J’ai vu hier Marion ; elle est entrée chez moi au moment où je venais de lui écrire, et avant que ma lettre lui eût été portée. Longue conversation. Affectueuse pour vous ; mais ni le père, ni personne de la famille n'a donné comme possible qu’elle aille vivre quelques mois auprès de vous tant que durera la situation actuelle. Cela étonnerait et choquerait tous ceux qui les connaissent. Il n’y a pas moyen d’y penser. J’ai dit tout ce qui se pouvait, tout ce qui se devait dire. Le langage a été catégorique, avec une tristesse sincère, mais sans incertitude. Son oncle lui a offert de la ramener en Angleterre par Bruxelles pour vous voir en passant. J’ai laissé passer cette idée sans l'accueillir. Je ne pense pas que cela vous convienne, et Marion ne le pense pas non plus. Elle est préoccupée de vous, de votre isolement quand la princesse Kotschoubey vous aura quittée. J’ai entrevu qu’en elle-même, elle n'écartait pas toute idée d'aller alors passer quelque temps auprès de vous, mais bien en elle-même, prévoyant beaucoup d'obstacles, et surtout, ne voulant prendre, ni laisser croire qu'elle pouvait prendre aucun engagement. Je vous dis les choses exactement comme elles sont, ni plus, ni moins. Elle cherche quelqu'un qui puisse vous convenir. Les Rothschild lui ont parlé d'une dame Allemande, très bien née, veuve, dont ils disent beaucoup de bien ; Marion doit la voir ces jours-ci. Elle m'en reparlera.
Je dîne avec les Ellice jeudi prochain. chez Duchâtel. L'oncle était venu chez moi jeudi dernier, le soir ; mais je ne recevais pas le Jeudi saint.
Hier soir, chez Mad. de Boigne. Le chancelier. Molé, M. Osmond, M. de La Guiche, le général de La Rue, M. de Solvo. Point d'autre conversation que Cromwell, et les élections de l'Académie. L'évêque d'Orléans accepte ; M. de Sacy et lui seront nommés.
On attend les nouvelles de la Baltique. Point des bouches du Danube. On dit que là, Russes et Turcs, armées et flottes sont à l'état d'attente et ne feront rien de sérieux d’ici à quelque temps. Il pleut beaucoup ; le sol est impraticable et mal soin pour tout le monde. Voilà le Maréchal, St Arnaud parti.
Adieu, Adieu. Je n'ai point eu de lettre d’hier. J'y compte aujourd’hui ; mais elle se fait attendre. Adieu. G.

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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41 Paris, lundi 17 Avril 1854

Deux jours sans lettres, ni hier, ni avant hier. Je ne comprends pas. J’ai la confiance que si vous étiez malade et hors d'Etat de m'écrire deux lignes, Hélène me donnerait de vos nouvelles. J'espère donc que vous n'êtes pas malade. Mais le déplaisir est grand.

10 heures et demie
En voilà deux 30 et 31. J’aurais dû avoir le 30 hier. Mon plaisir de ce moment me fait oublier mon ennui de deux jours.
Votre commission pour Andrial sera faite avant 2 heures. Elle est un peu délicate ; mais je m’arrangerai pour la bien faire, et j'espère qu’il pourra persister en conscience dans son propre avis. J'y mets presque autant d'importance que vous-même. La Princesse Kotschoubey auprès de vous m'est une grande sécurité. Au moins faut-il que vous l'ayez tout l'été.
Je vous ai dit mon impuissance auprès de Marion. Soyez sûre de deux choses, que j’ai dit tout ce que je pouvais, tout ce qui se pouvait dire, et qu’il n’y a pas moyen. Toute la famille a un parti pris. Et puis, au fond du cœur, sans me le dire, on vous craint.
Laissez lui prendre un pied chez vous ; elle en aura bientôt pris quatre. Vous avez abusé ; il y a un degré d’exigence qui tue la puissance. Aggy n'était pas en état de se défendre ; mais il lui est resté une grande peur de succomber. Marion sait se défendre ; mais elle n’a pas envie d'y être obligée. Elles se sont jadis très étourdiment engagées ; elles ne veulent plus s’engager du tout. Je vous ai dit, la chance que Marion m’avait laissé entrevoir ; si j’avais voulu amener cette chance à devenir une promesse, j’aurais eu un non positif. Vous connaissez la brutalité des Anglais quand ils sont décidés. Je n’ai pas encore vu Ellice. Je causerai Jeudi avec lui.
Brougham aussi est arrivé. Ils parlent beaucoup l’un et l'autre, des difficultés de la guerre ; ils ne se promettent point de succès prompts et décisifs ; mais ils se montrent et ils disent que leur pays est très résolu à continuer, tant qu’il faudra ; ils indiquent trois ans comme le minimum de la durée. C'est presque aussi ridicule que trois jours ou trois siècles. Personne ne peut rien entrevoir dans l'avenir de cet apathique chaos.
Le Duc de Cambridge s'amuse beaucoup ici. Il a retardé son départ pour un grand bal qu’on lui donne aujourd’hui aux Tuileries.
Le maréchal St Arnaud ne commandera point Lord Raglan. Il y aura concert entre les deux armées, mais non unité. Ainsi ont opéré, le Duc de Marlborough et le Prince Eugène, Wellington, et Blücher. Cela a des inconvénients, mais des inconvénients qui n'empêchent pas les victoires.
Je n’avais pas oublié, le courrier de Brock. Mais je n’avais rien à vous dire qui en valût la peine. Hier matin, Duchâtel longtemps et Molé. Hier soir Broglie et Ste Aulaire. Personne ne sait rien, et tout le monde attend sans grande curiosité. L'indifférence politique a remplacé l'indifférence religieuse, ce qui ne veut pas dire qu’il y ait beaucoup de chaleur religieuse. Adieu, Adieu.
Je vous quitte pour faire ma toilette et m'occuper ensuite d'Andral. Adieu. G.

Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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32 Bruxelles lundi le 17 avril 1854

Merci des efforts infructueux au près de Marion. Certes il n’y aura pas ici de votre faute. Cette manière de voir est bien étroite, je dirai bien bourgeoise. J'espère que vous réussirez auprès d'Andral, car je me figure que le changement est une fantaisie des médecins d'ici.
Brunnow a rencontré hier Lord Howard chez moi. Celui-ci a dit entre autres choses qu'il ne à aucune impression. se fierait jamais ou opinion de Seymour. Voilà qui est Drôle. La conversation avait commencé très banale & froide. J'ai chauffé cela et c’est demain piquant & bon du côté anglais. Seymour va venir passer quelque jours ici. le soir Van Praet & Lebeau. [Brackhausen] cela va sans dire. Pas l'ombre d'une nouvelle aujourd’hui. On dit ici que l'accueil du public pour le duc de Cambridge a été froid, et que les Anglais se plaignent des lenteurs des Français. Ah si tout cela pouvait n'être pas nécessaire. Adieu. Adieu.
Mes yeux ont la fièvre intermittente, aujourd’hui le mauvais jour. Adieu.

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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43 Paris, Mardi 18 Avril 1854

Je me rectifie. Ce n’est pas aux Tuileries, c’est à l’Elysée, au milieu des décombres et des constructions qu'a eu lieu le bal donné hier au Duc de Cambridge. J’ai passé là à 3 heures ; les ouvriers en foule travaillaient à enlever les pierres, à cacher, les échafaudages à décorer la porte d’entrée qui n’est pas finie et qui sera belle. C’est une idée singulière qu’une fête dans un palais à demi-renversé, à demi construit. Je suppose que c’est pour avoir le soir, le plaisir de jardin qu’il n’y a pas moyen, d'avoir aux Tuileries. La jardin de l'Elysée est charmant dans le moment-ci. J’ai rarement vu un printemps si brillant.
J’ai fait hier quelques visites les Ellice, Milner, sur John Boileau, M. de Falloux. Je n’ai trouvé que Minles et sa femme qui est assez jolie et a l’air spirituelle. C'est la sœur de Lord Crew. M. de Falloux. meurt d'envie de l'Académie. Il ne se présentera pas pour les deux élections prochaines qui sont comme faites ; mais on prévoit bientôt une troisième vacance, et alors il insistera vivement. Il aura bien des concurrents, MM. de Marcellus, Pomard, Legouvé, de Bonnechose & & M. M. de Marcellus aura des voix. M. de Pastoret aussi voudrait bien se présenter ; mais il n’osera pas, et il aura raison. Je ne crois pas qu’il eût une voix.
Il n'y a pas plus de nouvelles ici qu'à Bruxelles. La maréchal St Arnaud a dit en partant qu'au commencement de Juin, il y aurait une armée Franco-Anglaise de 80 000 hommes dans les plaines d'Andrinople. Il est sûr qu’on fait partir de nouvelles troupes. J’ai vu hier un officier du 7e régiment de chasseurs qui n’avait encore entendu parler de rien, et qui vient de recevoir tout à coup l'ordre de partir. Je n’entends pas parler du tout de bruit que je vois dans les journaux Anglais que l’amiral Bruat remplacerait dans la mer Noire l’amiral Hamelin. Andral ne s’est pas encore expliqué, avec moi du moins. Il voulait recueillir des souvenirs et examiner avant de répondre. Mais je serais étonné s'il ne persistait pas pour Ems.
Adieu, adieu. Le bois de la Cambre doit commencer à verdir et à être charmant. Adieu. G.

Auteurs : Orléans, Louis Charles Philippe Raphaël d' (duc de Nemours) (1814-1896)

Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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33 Bruxelles le 18 avril 1854

Merci de tout ce que vous faites pour moi. Quelle révélation que tout ce que vous me dites sur Marion. Je m'interroge et je vous jure que je ne me trouve d’autre tort que de l’avoir trop aimée, et de l’avoir trouvé trop indis pensable à mon bonheur. Oui égoïste comme cela et sans réflexion, car une fois la parole donnée j'ai cru que ni elle ni sa soeur n’y manqueraient et j’avais arrangé ma vie sur cela et je me suis donc trompée, que de déception dans la vie ! J’ai appris que la lettre pour Andral n’est partie que hier, je serai bien inquiète jusqu'à la réponse. Vous avez été bien exact et bon. Vous ne me tromperez pas vous !
M. Ozeroff notre Ministre à Lisbonne est arrivé se rendant à son poste, et ne sachant comment y aller. On croit que je pourrai l’y aider. Il faut traverser ou l'Angleterre ou la France et on ne communique plus avec l'un ou l’autre. On écrit d’Italie de grands éloges sur la Duchesse de Parme elle montre beaucoup de tête et d’énergie, elle vient de faire un emprunt pour lequel elle a offert la garantie de toute sa fortune privée. Montessin est allé la complimenter de Florence. Pas de nouvelle. Tout le monde dit Cronstadt imprenable. Sweaburg ditto. Si cela est, cette grande expédition navale fera peu de chose, et c’est cependant de ce côté qu’on porte le plus de forces, et qu’on fait le plus de fracas comme tout ceci peut devenir ridicule. Adieu, Adieu.

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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43 Paris Mercredi 19 avril 1854

Personne hier que des Anglais après mon déjeuner, Brougham, Milnes, Senior. Ils viennent souvent. Il ne paraissent. plus attendre de l'exposition dans la Baltique qu’un blocus très étroit qui supprimera complètement le commerce Russe, le blocus continental de 1810 retourné contre la Prusse de la mer Noire je ne sais rien, sinon qu’on envoie à Gallipoli de grands renforts de troupes. L'effort de la guerre paraît se reporter alternativement du Nord au Midi et du Midi ou Nord. Si on ne réussit pas à faire sortir de cette situation la paix pour l'hiver prochain, c’est que les puissances Allemandes sont bien maladroites, ou Dieu bien décidé à changer la face du monde.
Le vide et la monotonie des conversations m'assomment. J'aime bien mieux la solitude. A mon grand regret je ne puis partir pour le Val Richer que ce 18 mai. Les deux élections à l'Académie Française auront bien ce jour- là, et je partirai le soir. L'évêque d'Orléans et M. de Sacy, c’est à peu près certain. Je dis à peu près par excès de précaution. Quel coup de feu pour Salvandy, qui se trouve directeur ! Déjà deux morts, sous son règne, et on en annonce pour ces jours-ci une troisième, celle de M. de Lacretelle qui à 89 ans et deux attaques d’apoplexie en dix jours. Deux et peut-être trois discours de réception à faire l'hiver prochain ! Il deviendra, l'entrepreneur des pompes funèbres de l’Académie.
Adieu. Je n’ai pas entendu parler d'Andral. C’est tout simple puisque la lettre est partie un jour plus tard. Du reste il se contentera probablement de répondre à Bruxelles sans me rien faire dire. Il n’a pas de temps à perdre, en billets inutiles. Adieu, Adieu. G.

Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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34 Bruxelles le 19 avril 1854

Vous vous trompez de N° ou bien j’aurai encore une lettre. Vous mettez 41. Lundi 17 et 43. Mardi 18. puis je n’ai absolument rien à vous dire. Vous savez sans doute que Richer a été appelé subitement à Vienne. Je ne sais s'il passe ou a passé par Bruxelles ou Strasbourg. Le beau temps s’obstine, et il fait si chaud dans mon salon que je serai obligée de décamper. J’espère trouver un coin au nord à Bellevue mais moins élégant que ceci qui ne l’est guère. C'est bien de l'ennui, petit ennui à côté du gros chagrin. Je ne sais ce qui fait dire de tous côtés que toute cette aventure sera courte. Ah si c'était possible.
Je suis très bien avec Brunnow. Je n’ai plus revu Kisseleff depuis les deux jours de suite qui étaient une commission dont on l’avait chargé. Je suis convaincue que je ne le reverrai plus du tout. Vous savez que le duc de Cambridge est parti hier pour Vienne, sans doute pour assister au mariage, politesse que mon Empereur aurait peut-être faite en personne. Si, j’ignore si la France y envoie quelqu’un de Berlin. Ce sera le Prince de Prusse. Je n’ai plus rien à vous dire. Tous les soirs Van Praet & Brockhausen, quelques fois Lebeau, souvent les autres diplomates qui ne sont pas très amusants. Tous les jours le bois de la Cambre. Ah que j’y pense à vous. Quand est-ce que je n'y pense pas ! Je sais bien que vous me plaignez. Adieu. Adieu.
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