Guizot épistolier

François Guizot épistolier :
Les correspondances académiques, politiques et diplomatiques d’un acteur du XIXe siècle

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Collection : 1840 (octobre)- 1847 (septembre) : Guizot au pouvoir, le ministère des Affaires étrangères (La correspondance croisée entre François Guizot et Dorothée de Lieven : 1836-1856)

Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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24. Saint-Germain jeudi 6 août 1846
Je me suis levée fort tard aujourd’hui parce que j’avais eu une bien mauvaise nuit. Des points dans la poitrine qui m'ôtaient la respiration. J’ai fait tout ce que je sais faire, mais sans succès. Ce n’est que vers le matin que les douleurs se sont un peu calmées. Je viens d'écrire à mon médecin, j’espère que ce ne sera rien. Hier un bel orage le soir, mais le temps n'est guère rafraichi. Lonepeleun et Fagel ont dîné chez moi. Tous les diplomates sont frappés d'avance du bon que les élections produiront partout, et de la grande importance que cette législation soit bonne, pour le cas d'un changement de règne. Cela fera un véritable événement. en Europe. J’en demande. pardon à la France mais ce n’est que parce que vous êtes son ministre que cela me touche & m’enchante. Voici votre lettre d’hier. Je vous renvoie vite Fontenay, intéressant. Je comprends fort bien la mauvaise humeur contre le journal des Débats, seulement on est bien sot chez nous si l'on ne voit pas que tout changerait si nous changions. Je garde jusqu'à demain le Caucase, car il me faut du temps pour lire cette fine. écriture. J'ai eu une lettre de Normanby, (à propos de Verity qu’il prend) il me dit que comme Cowley annonce à Palmerston qu’il ne peut pas sortir de l’hôtel avant le 20, Normanby ne viendra qu’après et pour peu de jours se rendant à Vichy. Enchanté de son nouveau poste. Le temps est joli aujourd'hui Je me suis déjà fait traîner dans la forêt pour me remettre de ma mauvaise nuit. Adieu dearest, le 13 je vous verrai donc, savez-vous que c’est dans huit jours. 7 même. Vous vous arrêterez ici le matin & vous déciderez ce que je dois faire. Tout-à-fait la ville c'est bientôt par ce temps ravissant, mais je ferai votre volonté. Adieu. Adieu.

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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24 Val Richer, Mercredi 20 août 1845

Comment, le feu était à bord du bateau pendant que vous passiez ! Je suis ravi que vous ne l'ayez su qu'à Boulogne. Et irrité à l’idée que vous auriez pu courir un grand danger moi n'étant pas là ! Que la vie est difficile à arranger avec un peu de sécurité !
Votre conversation avec Bulwer vaut fort la peine qu’on y pense. Ce serait excellent s’il y avait certitude, probabilité seulement que les deux mariages faits, les deux maris vivraient bien ensemble. Mais c’est le contraire qui est probable. Ce serait, je le crains une forme de plus pour la rivalité. Pourtant j’en parlerai à qui de droit.
Certainement on a envie à Londres de m’inquiéter de me tracasser sur Tahiti et en nous rendant le séjour insupportable de nous amener à l'abandon. On se trompe. Je ne le ferai pas. Je ne puis pas. Pour nous conduire là, il faut commencer par mettre quelqu’un à ma place. Je tiendrai donc bon à Tahiti dans les limites du Protectorat reconnu par l'Angleterre, rétabli comme elle l'a désiré. C’est une très ennuyeuse affaire. Je ne l’ai pas cherchée. Mais je l’ai acceptée. Je la porterai jusqu'au bout. On ferait bien mieux à Londres de l'accepter aussi simplement, et de donner aux agents anglais des instructions sérieuses pour qu'ils l’acceptent aussi, tranquillement, ce qu'ils ne font pas. Et après tout pour vous dire le fond de mon âme, on ne m'inquiétera pas. Nous ne nous brouillerons pas pour Tahiti. Nous en avons eu les plus belles occasions ; et quand nous nous sommes vus au bord de ce fossé là, ni les uns, ni les autres, nous n'avons voulu sauter. Nous ferons de même. Raison de plus pour se résigner effectivement de part et d'autre aux ennuis de cette misère, et pour travailler à les chasser, au lieu de les nourrir. Si on prenait cette résolution, à Londres comme à Paris, vous n’entendriez bientôt plus parler de Tahiti.
Je me porte très bien. Beaucoup marcher m'est évidemment très bon. Ici j’en ai l'occasion et le loisir. Le beau temps, s’est gâté. Cependant, il revient deux ou trois fois dans la journée, et on peut toujours se promener. Nous nous promènerons à Beauséjour. Bien plus doux encore qu’il n’est beau. Je le retrouverai avec délices. Vous regardez mon cabinet ; moi le vôtre. Nous nous gardons l’un l'autre.
Rothschild dit que M. de Metternich est très mécontent du Roi de Prusse qui n’a pas voulu accepter la conversation sur la constitution. Je doute que ce soit vrai. Les émeutes saxonnes refroidiront un peu, je pense, les goûts populaires du Roi de Prusse. On m'écrit de Paris : " Quel fou que ce Roi qui mécontente tous les gouvernements absolus et en même temps s'amuse à nous insulter dans ses calembours de corps de garde ! " La Duchesse de Sutherland me fait demander si je connais une honnête famille qui veuille recevoir et loger, à Paris, son fils et un précepteur. Vous en a-t-elle parlé ? Adieu. Adieu.
Etienne vous a-t-il écrit si Page était venu le voir, et lui donner son adresse ? Il faut surveiller l’exécution des lettres de Guillet comme celle des instructions du Père Roothaan. Les Jésuites ont quitté leur maison de la Rue des Postes. C'est le commencement de la soumission. Adieu. Adieu. G.

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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24 Val-Richer Vendredi 7 août 1846

Voici ce que me mande Duchâtel sur le résultat définitif des élections. " Nous avons gagné sur l'opposition 49 batailles. Mais, parmi, les candidats que nous avons appuyés, il y en a deux ou trois un peu douteux."
" L'opposition nous a battus, par des candidats. de ses diverses nuances, dans 28 Collèges. Il y a sur ce nombre deux ou trois membres qui peuvent, je crois, être ramenés."
" Elle a fait passer contre nos candidats, dix candidats conservateurs auxquels elle a donné la préférence sur les nôtres, qui sont, à très peu d’exceptions près, bons au fond, mais qui auront besoin d'être disciplinés." " Les pertes de l'opposition dans ses diverses fractions. se résumant ainsi : Légitimistes, 17 pertes. 6 membres nouveaux. Perte nette 11. Extrême gauche, 7 pertes. 1 membre nouveau Perte nette 6."
"gauche et centre gauche, parti Thiers, Barrot. 30 pertes. 19 Membres nouveaux. Perte nette 11"
Il est parfaitement content. Je lui ai écrit hier très amicalement. Le Roi aussi est très content. J’ai reçu cette nuit à 2 heures deux lettres de lui, et copie de la lettre qu’il a écrite à Duchâtel après le succès. Je suis charmé et du succès et de sa joie. Je prendrai garde seulement qu'il ne croie pas que tout est possible.
Longues nouvelles de Madrid. Rien de vraiment nouveau. Bulwer malade. Assez malade, pour être dans son lit et ne voir personne. Je crois qu’il use beaucoup de la maladie. Pas mal d'inquiétude dans le gouvernement Espagnol et les deux Reines, sur les penchants et les projets du Cabinet anglais en faveur des Progressistes. Forte aigreur entre Madrid et Lisbonne jusqu'à craindre une entrée des Espagnols au Portugal ce qui y amènerait les Anglais. Bresson s'emploie beaucoup à calmer cela. De Berlin, commencements de réforme, dans l'administration de la justice, les codes, les procès. Le Roi entrant toujours en conversation et en discussion avec son peuple. M. de Canitz un peu mieux. Je vous renvoie la lettre de Lord John. Si vous lui écrivez, parlez-lui de moi, je vous prie.
Oui, je vous verrai le 13 au matin, et nous réglerons votre marche. Ma volonté sera ce qui vous plaira. D’abord ce qui vous sera bon. Au fond, je suis très exigeant très romanesque comme vous dîtes. Mais je ne me laisse pas être tout ce que j’aurais envie d'être. Pas même avec vous. Glücksbierg vient d’arriver. Jarnac arrive pour dîner. Je les renverrai demain tous les deux au château d’Eu, d’où Jarnac partira pour Londres et Glücksbierg pour Madrid en repassant par ici. Je tiens à causer de nouveau avec lui quand il aura vu le Roi. Je vous quitte pour écrire à Stockhausen qui m’a écrit, il y a plus de quinze jours, pour me presser. Grace à Dieu, cette affaire-là est finie Elle m’a bien ennuyé. Il me fallait absolument Lavalette. Je suis charmé que Bacourt apprécie l'habilité avec laquelle je m’en suis tiré. Adieu dearest. J’espère bien que votre mauvaise nuit n'aura pas eu de suite. Cette nuit, quand l’estafette du Rois m’a réveillé, j’ai été trois quarts d’heure sans me rendormir pensant à vous. Adieu. Adieu. Adieu. G.

Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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25 Boulogne Vendredi le 22 août dix heures.

Décidément l'air de la mer ne me va pas, j’attends le premier oiseau de passage et je m’envole avec lui. Hier Lord Cowley a passé la journée au lit, malade comme moi d’une attaque de bile qu'il attribue uniquement à l'air de la mer. Midi Votre lettre qui m'arrive à l’instant me prouve que Tahiti vous tracasse. C’est bien cela aussi qui tracasse le plus Lord Aberdeen. Il faut vraiment s’arranger pour que cette épine ne blesse pas sans cesse. Les Cowley trouvent qu'à Londres on est un peu trop exigeant.
Que je voudrais que vous vous vissiez Aberdeen & vous ! Au surplus l’entrevue me parait certaine. Il n’en doutait pas. Passez donc 20 mille à Pritchard & que ce soit chose faite. Comment est-ce qu'on parlemente encore sur ce point au bout d un an ? Le désastre à Rouen est épouvantable à lire. Ici la tempête a été furieuse pendant 36 heures & je disais toujours que la maison allait être renversée. Vraiment elle est solide pour avoir résisté à cette épreuve. Dieu merci vous m'écrivez de Mercredi. C'est mardi qu'a été le plus fort. Adieu. Adieu.
Je serai bien aise d'être à Paris c.a.d. à Beauséjour. Adieu. J’écris toujours courtement à cause de mes yeux, vous le savez bien. Car j'aimerais bien à causer beaucoup. Adieu.

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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26 Val-Richer, jeudi 21 août 1845
Six heures du matin

Je compte sur mes doigts. Ceci doit être le N°26. Je crois que je me suis trompé hier. Prenez sans compter. J’ai été réveillé tout-à-l'heure par une estafette du château d'Eu. Rien de grave. Un échange de croix napolitaines. Neuf Pairs pris dans la Chambre des députés à mettre au Moniteur. Ce qui est plus grave, ce sont les plis et replis, tours et retours des Jésuites pour échapper à l'exécution des promesses de Rome. Il a bien fallu commencer ; mais on a commencé, d’une façon qui n'aurait point de fin. C’est une affaire à suivre jour par jour, sans se lasser et sans s'impatienter un moment.
Cette bile me déplait. Soignez votre estomac autant que vos yeux. Là non plus, il n’y a rien de grave. Mais il y faut toujours regarder. De la vigilance, sans inquiétude. Je prêche, toujours, n’est-ce pas ? Je vous aime encore bien plus que je ne vous prêche. Vous avez raison de vous être bien trouvée à Londres et de vous plaire à cette société-là. Grande, sensée et honnête. Je suis charmé que vous en rapportiez une impression agréable. Que de choses vous aurez à me dire ! Vos longues lettres m’ont beaucoup, beaucoup manqué. Mais en les regrettant beaucoup, je ne me suis pas surpris une seule fois à les désirer. J’aime encore mieux vos yeux que vos lettres. C’est bien beau ce que je dis là. De près, c'est sûr ; j'aime mieux vos yeux. De loin, il y a bien de la vertu pour moi à le dire.
Dites-moi pourquoi Brignole m'écrit si tendrement. Voici ce qui m’arrive de lui ce matin. Je vais lui répondre bien poliment. J’attendais le Chancelier à déjeuner ce matin. Il m'écrit qu'il est pris de courbature et de fièvre et qu’il reste encore à Paris. J’aurai, d’aujourd’hui à Mercredi prochain 60 personnes à déjeuner en trois fois. Et samedi 30, à 5 heures du matin, je serai sur la route de Beauséjour.
On m’écrit de Mayence du 17. " S. M. Britanique avait annoncé à la chapelle Anglicane qu’elle assisterait ce matin au service divin, à 10 heures et demie. Mais au dernier moment, il y a eu subitement contre-ordre, & demande d’un second service pour 3 heures ; lequel, en troisième ordre a été porte à 4 heures. Cette instabilité se manifeste en toutes choses. " Grande disette de Princes Allemands à Mayence. Rien que le Prince et la Princesse héréditaire de Hesse d'Armstadt ; encore venus après longue hésitation et délibération. Personne de Bade, ni de Würtemberg, ni de Hesse-Cassel. " On s'attendait à voir arriver la Duchesse douairière de Nassau avec le Duc régnant. Mais le refus donné par la Reine de passer par Biberich, était si peu oublié que le Duc ne s’est pas gêné de venir hier à Mayence, comme simple particulier, & de prendre part, comme tout le monde, à ce qui se passait au débarcadère et à la parade. " Mon correspondant finit par cette drôle de phrase: " En résultat général, jusqu'à présent, il paraît y avoir eu plus de mauvais sang que de bon sang ? "
Ne me faites pas de mauvais commérages, je vous prie vous savez que vous n'en faites que de bons. Adieu. Je suppose que cette lettre vous trouvera encore à Boulogne. En tous cas vous aurez informé Génie de vos mouvements. Adieu Adieu. G.

Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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26. Boulogne Samedi le 23 août 1845
Onze heures

Bulwer n’est pas arrivé encore ; Madame de Flahaut non plus. Voilà une chance de compagnon de voyage. En attendant. on cherche à Boulogne quelque amateur pace qu’après tout, faire venir de Paris est bien long et vraiment trop fort. Lady Alice Peel m’est arrivée hier. Elle demeure chez moi. Elle n'est venue que pour moi, quelle idée ! Enfin c’est de la société de plus. Cowley a aussi quelques visites d'Angleterre. Il est venu & part pour Londres après demain. Je ne puis assez vous dire combien il est bien sur Tahiti. Il veut aller là parler au Duc & à Peel.
Je fais ma promenade en voiture dans la journée avec Lady Cowley & sa fille. Je ne risque de marcher que là où il y a de l'ombre, & pas de vent. & cela est rare à rencontrer à Boulogne. Dans huit jours, quel bonheur ! Vos nouvelles sur la reine d'Angleterre me divertissent. à Londres on s'inquiétait un peu de sa perpétuelle agitation Mais il n’y a pas lieu. Ce n'est que de la fantaisie de principe & de despotisme. Les ministres sont trop complaisants & le public très soumis en renonçant on veut bien contrarier un vieux roi, cela vaut la peine. Mais une jeune femme ! Cela ne compte pas. Brignole est vraiment bien plat. Mais les vrais courtisans sont sincères dans le moment où ils flattent. J'ai été comme cela.
Cowley a envoyé à Lord Aberdeen le petit mot que vous lui avez répondu sur Tahiti. Il veut que cette affaire soit traitée & s'il se peut coulée à fond entre vous et lui sans autre intermédiaire. Il sera à Paris le 10 septembre. Il tremble de la Chambre quand il faudra demander l’argent, & moi aussi. N’y a-t-il pas un moyen d'arranger cela ? Voici Lady Cowley qui me prie de la rapeller à vous. Adieu. Adieu.
Je ne sais vraiment quand je partirai de Boulogne. Je compte toujours sur le lendemain. La seule chose sûre est que je serai à Beauséjour avant vous, si Dieu le permet. Vraiment. Il arrive des accidents si inattendus si effroyables qu'il est presque impie de se croire sûre de quelque chose. Vous ne me parlez pas de cette affreuse catastrophe de Rouen ? Adieu. Adieu. Adieu.

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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26 Val Richer Vendredi 22 août 1845

Temps charmant ce matin. Par un si beau soleil, dans un si joli pays, je ne me promène pas seul sans un vif regret. Je cherche à chaque instant ce je sais bien quoi qui me manque. Quand je dis seul, j’ai tort. Désages vient de m’arriver, et je me promenais, tout-à-l'heure avec lui. Mais ce n'est pas Désages qui me manque. Peut-on se promener à Boulogne ? Il ne m’a pas paru que le pays fût beau aux environs.
On m'écrit de Hambourg que décidément votre Impératrice, va passer l’hiver à Palerme, et que le Pince Wolkonski aux eaux de Pyrmont a reçu des instructions, pour prendre les informations, et faire les préparatifs nécessaires. J’ai peine à y croire. N'avez-vous point de nouvelles de Constantin ? Vous me l'auriez dit. Je suis impatient à cause de lui, que cette campagne finisse. Il me paraît que les difficultés sont toujours grandes. L'Empereur a fait un grand pas en acceptant. la publicité de ces bulletins. Il ne pourra plus cesser de parler. A la vérité, il n’est pas obligé de dire la vérité, personne n'étant là, pour le contredire.
Au moment où la Reine d’Angleterre est arrivée à Mayence, les Rothschild avaient été faire quelque chose de fort galant en envoyant pour elle, au débarcadère, trois superbes voitures. Le Prince Guillaume de Prusse s’est fâché, a renvoyé ces voitures de l’enceinte du port, et la Reine est montée dans la sienne. Elle a été, dit-on, beaucoup plus gaie et de meilleure humeur à Mayence qu'à Brühl. Pas d’autres détails intéressants. Je vous quitte pour faire ma toilette. Je vous reviendrai après déjeuner. De demain Samedi en huit jours, je ne vous quitterai que pour retrouver en une minute. Adieu. Adieu.

10 heures et demie
J'aurai des embarras en Gréce. Colettis et Métaxa se brouilleront. J’espère que Colettis et Mavrocordato se racommoderont. Si cela arrive, j’aurai gagné au change. Si au contraire Metaxás et Mavrocordato se coalisant Colettis seul sera-t-il assez fort et assez sage ? Je n'en sais rien. Piscatory a confiance. Et s’il ne s’agissait que d'Athènes, j'aurais bien confiance aussi. Mais Paris, Londres et Pétersbourg ! Nous verrons. En tous cas malgré ses défauts Piscatory est un très bon agent, et puissant là Que de choses moi aussi j'aurai à vous dire. Quand on est ensemble on ne sait pas tout ce qu’on se dit. En tout, nous ne sentons jamais, le bien assez vivement, assez complètement quand il est là. Qu’est allé faire Lord Cowley à Londres ? Rien que pour ses propres affaires à coup sûr. Lord Aberdeen prend-il plaisir à ses voyages ? S’il a le goût des questions religieuses, il trouvera en Allemagne de quoi le satisfaire. Ce sera sérieux d'ici à peu de temps. Adieu.
Le déjeuner sonne. J’espère que Page vous fera de bons déjeuners. Adieu. Adieu. G.

Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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27 Boulogne Dimanche 24 août 1845
Onze heures

C’est charmant de voir commencer la semaine où nous devons nous revoir ! Voici votre lettre de vendredi, vous y pensez aussi beaucoup. Que de bonne causerie nous aurons ensemble ! Bulwer s'annonce pour aujourd’hui, S'il veut m'accepter, nous irons ensemble ; si non, j’ai d’autres ressources. Le temps a été beau hier, je me promène mais pas beaucoup. Je suis en constante défiance de mes yeux. Je crois que l’Impératrice ira en Italie. Mad. Fréderic me l’a mandé aussi. J'ai eu à Londres, une lettre de mon bon Constantin. Il campait dans la neige, voici cette lettre. Elle vous intéresse pour lui. Gardez la moi je vous prie pour me la rendre.
Moi, j’ai peur des Montagnards. ils reculent, ils attirent, & Dieu sait ce que nous trouverons au delà. Rien de plus fin qu’un asiatique. Bulwer a dit à Londres ce qu’il pensait de Lyon, c.a.d. qu'il en a très mal parlé. On lui a répondu par le Duc de Norfolk. Je passe mon temps ici assez doucement. Ma bile s’est calmé. Je renonce tout-à-fait à Mouchy ; cela m'ennuierait. Adieu, adieu. Adieu.

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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27 Val Richer 24 août 1845

Voici un ennui. Page, qui habite à Neuilly, écrit à Guillet qu’il est fort malade, qu’on va lui faire une opération grave, (je ne sais quoi) et qu’il est hors d’état d’entrer chez vous dans ce moment. Guillet me dit que son second aide, Charles, qui est resté à Paris, peut faire votre cuisine jusqu’à notre arrivée et que lui Guillet continuera de s'en charger, si cela vous convient jusqu’à ce que Page soit rétabli. Je le fais écrire à Charles d'être à votre disposition, si vous le faites demander. Il est à Beauséjour. Chargez Mlle Lallemand de le chercher, et de vous l’amener. Cela me contrarie, car on mange tous les jours, vous serez probablement à Beauséjour demain lundi, et votre dîner ne peut pas attendre jusqu’à samedi. J’espère que Charles sera suffisant pour une semaine. Nous serons donc ensemble Samedi.
Voilà, le n° 25. J’espère que vous aurez trouvé un oiseau de passage convenable. Je ne demande pas mieux que d’en finir avec les 20 mille francs de Pritchard. C’est à Londres à présent qu’on demaude autre chose, Tenez pour certain que ce que je vous écrivais l’autre jour est vrai. Lord Aberdeen à ces complaisances là pour les missionnaires, pour l’amirauté, pour ceux de ses collègues qui grognent. Mais je ne suis pas obligé de ménager également les grogneries, et je ne me laisserai pas intimider par leur obstination. J'ai réduit Taïti à ce qu’il devait être pour qu’on n'eût à Londres, point de grief légitime. Je n'irai pas plus loin. Je suis d'ailleurs de plus en plus persuadé que Lord Aberdeen, au fond, n’y attache pas grande importance, & veut seulement avoir quelque chose à dire aux grognons. J’espère que nous viderons cela ensemble dans trois ou quatre semaines. J'ai la plus petite nouvelle.
Je suis toujours trés préoccupé de l’Allemagne et de la nécessité d'y avoir des agents capables. Là va passer le centre de l’agitation européenne. Je suis content de la correspondance de d'Eyragues. Je vais faire aujourd hui une longue promenade. Soyez tranquille ; pure promenade de quelques heures dans les vallées des environs. Nous n'avons ici point de tempête. Rouen est affreux. J’espère garder le soleil jusqu'à Samedi et puis le retrouver à Beauséjour. Adieu. La correspondance, m'impatiente. Je soupire après la conversation. Adieu. Adieu. Il n’y aura point de mer à Beauséjour. Donc plus de bile. G.

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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27. Val-Richer, Samedi 23 août 1845

Il me survient ce matin une nécessité absolue d'écrire une longue lettre au maréchal Bugeaud. Des difficultés, des tracasseries, des étourderies, sans intérêt pour vous, mais dont il faut que je m'occupe et qui me prennent le temps que je vous destinais. A Beauséjour, le mal n'est pas grand. Si quelque incident nous ôte un quart d’heure, nous le retrouvons bientôt. De loin, on ne répare rien. Je suis bien impatient du 30. Je voudrais qu’il fit aussi beau qu’aujourd’hui. Mais les soirées commencent à devenir longues, fraîches et longues. On ne peut plus guère sortir le soir. Comment vous arrangez-vous des lumières ? En tous cas, nous resterons, dans l’obscurité.
Je serai bien aise de causer avec Bulwer. J’en serais encore plus aise, si j’avais confiance. Mais enfin il a de l’esprit et point de mauvais vouloir. J'ai commencé à parcourir la Correspondance de Sir Stratford Canning sur les affaires de Syrie. Je la trouve bonne, sensée, nette, ferme. Je traiterais volontiers avec cet homme-là malgré son difficile caractère. Deux in folio de Parliamentary Papers sur la Syrie. Et j'ai beau chercher : je ne vois aucun moyen efficace d’arranger vraiment ces affaires-là. Il y faudrait la très bonne foi et le très actif concours de la Porte. Et la Porte est apathique, & nous trompe. Mes nouvelles d'Allemagne sont de plus en plus graves. Les populations très animées ; les gouvernements très inquiets et abattus. Le Roi de Prusse, toujours gai et confiant. M. de Metternich espérait un peu après Stolzenfel. Une visite de lui au Johannisberg. Le Roi retourne sans s'arrêter à Berlin. Le pauvre Roi de saxe est désolé. Il a dit, les larmes aux yeux, à la députation de Leipzig que c’était le jour le plus triste de sa vie. " Et comment les choses là m’arrivent-elles à moi qui n’ai jamais souhaité que le plus grand bonheur de mes sujets ? "
C'est singulier que dans les temps difficiles, il y ait toujours à côté des Rois, un frère compromettant. Adieu. Adieu.
Je vois qu’il n’y aura point de Mouchy. Si vous parlez demain Dimanche, vous serez donc à Beauséjour, après-demain lundi. Vous ai-je dit que Génie qui y est allé, l’a trouvé charmant plus fleuri que jamais ? Moi, j’ai du monde à déjeuner lundi. Salvandy mardi. Du monde à déjeuner Mercredi. Une visite à Lisieux Jeudi. Mes paquets vendredi. Samedi, à 5 heures du matin je serai en voiture. Je crois que vous me trouverez tres bonne mine. Adieu. Adieu. G.
Je pense en ce moment que cette lettre-ci n’ira plus vous chercher à Boulogne et vous sera portée Lundi à Beauséjour. Heureuse lettre !

Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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28 Boulogne lundi le 25 août 1845

Vous ou Génie m'avez joué un bien mauvais tour. Point de lettres ce matin, j’avais tant répété et écrit à Génie de continuer jusqu’à nouvel avis ! Vous voyez que je m'en prends à une étourderie ne voulant pas croire pire. Bulwer n’est pas arrivé encore, il faudra partir avec un étranger. J’aurais attendu encore deux jours mais vos lettres n’arrivant plus je serais inquiète. Comme c’est mal fait à vous ou à Génie. Quel mal si une lettre ne me trouvait plus à Boulogne ; elle avait toujours le temps de revenir à Paris avant moi. Vous n’êtes pas des practical people, & vous ne pensez pas assez à mes joies ou à mes peines. La correspondance était allé si bien ! Pouquoi innover ? C'était à moi à la régler, je sais mieux mes [?] que vous. Voyez-vous comme je retrouve des yeux lorsqu’il s’agit de vous quereller ?
Lord Cowley part aujourd'hui. Mad. de Flahaut est arrivée hier. Je ne l'ai pas vue encore.

1 heure. Voilà votre lettre, déchirez la première page et pardonnez moi. Je ne me gouverne pas. Vous me pardonnez n’est-ce pas ? Mad. de Flahaut s'en va à Eu. Je viens de la voir un moment Lord Cowley est vraiment excellent. Vous serez content de lui. Certainement vous verrez Bulwer, & je crois que vous pouvez vous fier à lui sous le rapport d’une extrême envie de rester bien ami ici. Adieu. Adieu. Je vais écrire un mot à Génie au sujet de mes lettres. Il me semble que je partirai après-demain. Adieu, merci, pardon, adieu.

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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28 Val-Richer Lundi 25 août 1845

Vous me faites trembler avec votre : " Je serai à Beauséjour avant vous si Dieu le permet. " C’est bien vrai, toujours vrai ; et on a grand tort de n’y pas penser toujours. J'ai donc raison de trembler, pourtant samedi prochain, c’est bien près. Oui, vous y serez avant moi, et j’y serai samedi. Et nous ne nous quitterons plus. Mais, je n’aime pas que vous attendiez un compagnon de voyage, je ne sais lequel. Je n’aime pas que vous soyez à la merci de ces incertitudes. Pourquoi n'avoir pas écrit à Génie ? Ma recommandation est tardive. Vous ne l'aurez qu’après demain. Et j'espère bien qu’après demain, Mercredi, vous seriez à Beauséjour, ou tout près d’y être. Certainement vous ne rencontrerez pas une trombe en route. J’ai beaucoup pensé à celle de Monville. Je vous en ai peu parlé parce que je n'aime pas à arrêter votre imagination sur les choses tristes et effrayantes. Vous vous en laissez trop saisir.
Si vous aviez des yeux, je vous enverrais une lettre de Barante, assez intéressanite. Il a quitté la Suisse et m’écrit d'Auvergne où il est allé pour son Conseil général. Il me dit : " Mon inutilité me pèse moins ici qu'à Paris." Je le comprends. Sa position est vraiment désagréable. Et il n'y a pas moyen qu’elle change.
Je suis fort sensible à la bonne intention de lord Cowley sur Tahiti. Il a raison, & j'y comptais. Je l’ai toujours trouvé excellent, plein de sens et de bon vouloir. Et je compte aussi beaucoup sur Lady Cowley, à qui j’ai toujours trouvé bien de l’esprit, et qui en a, j’en suis sûr plus qu’elle n'en montre. Elle est très franche & ne cache jamais ses sentiments ; mais elle n’en fait nul étalage. J’aime bien cette manière là.
On dit que le Roi de Prusse a dépensé, pour recevoir la Reine 400 000 thalers. C'est le compte de Berlin. L’émeute de Leipzig l’a frappé. Il est rentré à Berlin, en veine d'humeur et de répression contre la liberté religieuse. Il a fait défendre à Uhlich, Ronge et Czerski, toute promenade prosélytique. Mais personne ne le craint huit jours de suite.
Je me suis promené hier pendant quatre heures dans un pays charmant, tout autour du Val Richer, avec tout ce qui se peut d’escortes à cheval et à pied, d'arcs de triomphe de fleurs, de discours, de coups de fusil. J’ai rendu beaucoup de services à cette population. Ses affaires vont bien. Elle me trouve bon et de facile accès. Il y avait hier un sentiment de bienveillance vrai et général, et un désir vif de le manifester, et de s'amuser en le manifestant. Mes enfants étaient charmés. Cela m’a plu. Ce qui est assez remarquable, c'est l’empressement du Clergé. Jamais tant de curés ne sont venus me voir, et avec autant de témoignages de déférence et de dévouement. Evidemment ce que j’ai fait quant aux Jésuites ne m’a fait aucun tort parmi les prêtres. Au contraire. Mais on a peur des Jésuites et ces prêtres, qui sont plus constants que fâchés de les voir un peu battus, se seraient bien gardés de s'en laisser soupçonner auparavant.
Le chancelier est malade. Il devait venir passer un jour chez moi, en allant à Trouville où Mad. de Boigne a acheté une petite maison. Il est resté à Paris avec la fièvre. Duchâtel le trouve frappé et m’en paraît lui-même assez inquiet. Adieu. Vous ne me dites pas si toute bile est passée. Vous me direz ce qui vous convient en attendant Page. Adieu. Adieu. Dans six jours, un meilleur adieu. G.

Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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29. Boulogne Mardi le 26 août 1845, neuf heures

Pas de Bulwer. Il faudra m'embarquer avec un inconnu. Un révérend de Boulogne dont je vais faire la connaissance ce matin, je deviens bien impatiente de vous revoir, de causer avec vous. Nous voilà avancés dans notre semaine. Quel plaisir de se dire cela. Lord Cowley a eu hier une traversée fabuleuse. Le même bâteau se retrouvait à Boulogne au bout de cinq heures. Madame de Flahaut a bien envie qu'Andral lui conseille de passer l'hiver à Paris. Je vous préviens de cela ; avisez car cela ne vaudrait rien. C’est toujours la même Mad. de Flahaut au fond.

Midi. Voici votre lettre de dimanche. J'ai du malheur pour la cuisinière. Mais enfin le mois de Septembre coulera sous la protection de Guillet. Et vendredi je trouverai moyen de me nourir à Paris. Je compte partir demain matin pour aller coucher (très mal) à Granvilliers. Jeudi je serai à Paris. J'y trouverai deux lettres j’espère. Adieu. Adieu. Adieu.

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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29 Val Richer Mardi 26 août 1845

Je me brouille dans mes Numéros. Mais ce n'est plus la peine de compter sur mes doigts. Je n’ai plus que trois fois à vous écrire. Charmant plaisir samedi. Jarnac m'écrit : " Ma petite course à Southampton m’a fait perdre les deux derniers jours de Madame de Lieven à Londres ce que j’ai fort regretté. Je crois qu’elle s’est plu ici, et qu’elle est contente de ses consultations. Ce qui m'en revient indirectement est fort satisfaisant. " J'ai toujours préféré que vous passassiez le temps de mon absence, en Angleterre. Quand vous n'êtes pas avec moi, je vous aime mieux là qu'ailleurs. Je ne vous trouve bien que là.
J’ai eu hier mes 20 amis à déjeuner, bien contents de moi, je crois, et de Guillet. Après déjeuner, c’est-à-dire vers 4 heures comme j’allais me promener, le général de la Rue m'est arrivée du château d’Eu où il venait d'arriver d'Afrique après avoir échangé les tarifications du dernier traité avec le Maroc. C’est un homme d'assez d’esprit avec le plus beau coup de sabre imaginable sur la joue gauche. Il m’a intéressé sur l’Afrique, le maréchal Bugeaud, l’Empereur de Maroc, Sir Robert Wilson, Sidi Bousalam &. Sir Robert malgré la verte réprimande de Lord Stanley, continue toujours à se mêler beaucoup du Maroc et à y faire ce qu’il peut contre notre influence. Il agit par le consul Marocain à Gibraltar et par le Pacha de Sétuan, jeune grand seigneur marocain avec qui il est lié et qu’il va voir souvent. Notre campagne de l’année dernière contre le Maroc a fait là un effet immense et qui subsiste, à ce qu’il parait.
Le pauvre Consul Général d'Angleterre, M. Drummond Hay excellent et très loyal homme, est mort de chagrin de n'avoir pas réussi à prévenir l’évènement et d’avoir vu la prépondérance, à peu près exclusive de son pays périr là, entre ses mains. Le nom du Prince de Joinville reste là fort grand. Il a laissé chez les Marocains une vive impression de courage, de savoir-faire, de sagesse, et de politesse. Le Général de la Rue m'a quitté à 9 heures. Le Maréchal Bugeaud vient passer trois mois en France, chez lui, et va faire, en arrivant une visite de quelques jours au Maréchal Soult à Soultberg-(Le Maréchal ne dit et n'écrit jamais autrement. Par tendresse pour la Maréchale Allemande.) La conversation entre les deux Maréchaux sera fort tendue, fort diplomatique, & par moments fort orageuse. Je vais faire ma toilette. J’attends tout-à-l ’heure Salvandy et Broglie.

9 heures
Voici un courrier qui m’apporte de grosses nouvelles, la destitution de Riga Pacha à Constantinople la retraite de Métaxa à Athènes. Je m’attendais à celle-ci et elle me déplaît quoique tout ce qui me revient de Grèce me porte à croire que Colettis n’en sera pas ébranlé. Mais rien absolument n’annonçait la première, et elle a été imprévue pour tout le corps diplomatique européen. Bourqueney ne se l’explique pas bien encore. Cependant, au premier aspect, il la considère comme une victoire du parti réformateur en Turquie.
Je vais lire tout cela, attentivement. Raisonnablement, le moment vient de retourner à Paris. C’est bien heureux que la raison me fasse tant de plaisir. Je reçois une lettre du Duc de Noailles. Il a eu son fils malade, mais le rétablissement est complet. Il me demande beaucoup de vos nouvelles. et finit en me disant : " Madame de Lieven aurait bien mérité, par son aimable intérêt, d'être invitée à la cérémonie qui aura lieu ici. Dimanche prochain, la pose de la première pierre du viaduc à Maintenon du chemin de fer de Chartres. " Adieu. Adieu. G.

Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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30 Boulogne Mercredi le 27 août 1845 7 heures du matin

Je pars, et je veux vous dire adieu. Je prends avec moi le révérend Groves, prêtre Anglais de Boulogne. Bulwer arrive dans ce moment mais ... des aventures. Je vous divertirai. Adieu. Adieu Mille fois adieu.

Mots-clés :

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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29 Val Richer, Mercredi 27 août 1845
9 heures

Quand vos inquiétudes ne durent pas assez longtemps pour vous faire mal, je vous les pardonne aisément car je les aime. Donc la première page du N°28 est pardonnée. Je ne suis jamais étourdi pour vous, sachez bien cela. Vous partez aujourd’hui. Vous serez à Beauséjour demain. Moi le surlendemain. Plus j’y pense plus je trouve cela charmant.
Presque toute ma maison part vendredi, et sera arrivée samedi matin. Guillet en tête. Il m’aime de tout son cœur. Je lui avais permis d'amener ici sa femme qui était souffrante. Elle s’en retourne se portant à merveille. Je pense qu'en arrivant vous avez fait appeler Charles.
Vous n'aurez que quelques lignes ce matin. Je viens d’écrire une longue lettre à Piscatory. Je n’aime pas cet excès de triomphe de Colettis et du parti français. J’espère que les deux hommes. Colettis et Piscatory, auront assez d’esprit pour comprendre cela. Je le leur explique et le leur recommande très bien. La sédition de Madrid est réprimée. Cela recommence souvent. Pour cette fois, il y avait une cause sérieuse. Le nouveau système de finances de M. Mon augmente les impôts & fait user les abus. Les fripons et les contribuables se défendent. J’espère qu’ils seront battus. Le gouvernement Espagnol a besoin d’argent. Il en prend à ceux qui en ont et ne souffre plus qu’on le vole. M. Mon est un honnête homme et un homme de courage. Je viens de lui faire donner le grand cordon. Il faut soutenir les amis. Quoique tout soit bien précaire dans le pays, j'ai assez bon espoir. Bresson est à Bayonne, attendant M. le duc de Nemours qu’il accompagnera à Pampelune. Adieu. Adieu.
J’ai plusieurs ordres à donner à Génie, ma toilette à faire, 25 personnes à déjeuner. C'est le dernier. D'après vos lettres, je suis content de vos yeux. L’écriture est ferme. Et puis vous n'en parlez pas. Adieu. Adieu. G.

Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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31. Rue St Florentin, jeudi 28 août 1845
3 heures

Me voici arrivée à temps pour vous le dire encore aujourd’hui. J’ai bien fait mon voyage. Mon compagnon, un brave homme. Je viens d'envoyer chez Génie demander mes lettres & sa visite. Personne de reste ne sait ma venue. Je suis un peu fatiguée & je pense à Samedi avec transport. J'espère que c'est bien samedi, après demain, le 30. Adieu. Adieu. Adieu.
Voici vos trois bonnes lettres. Merci, merci, mille fois adieu. à Sameit adieu. Ah mon Dieu ! Mon bien aimé Constantin blessé, blessé plusieurs fois. On dit pas de danger comment puis je le croire. Le Malheur me poursuit. Ah que j'ai besoin de vous. Ce cher Constantin. Adieu. Adieu.

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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30 ou 31 Val Richer, Jeudi 28 août 1845

Vous arrivez aujourd’hui à Beauséjour. Je vous écrirai demain pour la dernière fois, pour que vous ayez un mot, samedi matin ; et samedi soir entre 6 et 7 heures, je serai près de vous. Il y a deux joies, celle d'être avec vous, celle d'avoir échappé à tous les périls à toutes les chances de la séparation. J'en parle comme si nous étions déjà réunis. Que dieu me le pardonne ! A après-demain.
Madame de Flahaut aura vu Andral avant moi. Je ne pourrai donc pas influer, sur l’avis qui lui sera donné. Je suis et j’ai toujours été convaincu que c'était et que ce serait toujours la même personne. Rien n'y peut rien. D'ailleurs, je lui ai rendu un grand service, c’est vrai. Mais je n'ai jamais fait ni dit la plus petite chose pour lui plaire. Cela se sent. J'espère bien cependant qu’elle ne restera pas cet hiver à Paris. Si je ne me trompe ; s'il ne survient pas d’incident nouveau, il n’y aura, dans la session prochaine, point de question grande, claire et vive. Mais les petites influences, les petits propos, les petites intrigues, n'en ont que plus d'importance.
Je vois, en relisant votre lettre que vous arriverez aujourd’hui à Paris, et que vous y resterez demain. Vous avez raison. Je ne pense qu’à Beauséjour parce que c’est là que j’arriverai. Mais vous ferez bien mieux de vous faire nourrir demain à Paris.
On m’écrit qu'Albert Esterhazy est bien près de sa fin. C'est décidément. M. de Canitz qui a l’intérim des Affaires étrangères à Berlin. Le Roi conserve à Bülow son titre avec un congé indéfini. Je préfère M. de Canitz à l'Armin de Bruxelles qui était aussi sur les rangs. Adieu. Adieu.
Je ne vous écrirai plus qu’un mot. J’ai une foule de petites affaires les deux jours-ci, et j'aurai encore plus de visites que d’affaires. Adieu. G.

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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31 Val Richer Vendredi 29 août 1845

Dieu merci, vous voilà arrivée. Je reçois les 30 et 31. Je savais les blessures de ce bon Constantin. Je vous les aurais dites si j’avais été près de vous. Je n'ai pas voulu vous les écrire.
Rayneval me dit textuellement : " Le comte Constantin de Benkendorff a été grièvement blessé. Pas un mot de plus : rien qui indique, aucune crainte sérieuse sur les suites des blessures. Il nomme quelques tués entr'autres le prince Wassiltchikoff. Il me dit évidemment tout ce qu’il sait. J’espère que vous avez déjà, ou que vous aurez bientôt des détails. Je porte vraiment à cet excellent jeune homme, un tendre intérêt. Et vous par dessus tout ! Si comme je l'espère bien ses blessures n’ont pas de suite le voilà, pour longtemps, hors de cette guerre si rude, & qui me semble assez stérile. Demain, vous me direz tout ce que vous savez. Oui, demain nous nous verrons. Presque tous mes gens partent aujourd’hui, Guillet entr'autres. Je ne vous parle pas d’autre chose. Adieu. A demain. Adieu. Adieu. Dearest, je ne pense qu’à vous et à Constantin. Et à demain 30 août. Adieu. G.

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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Je suis désolé de ces indispositions continuelles. Je vous attendrai à Auteuil à 4 heures et demie. Nous irons nous promener si vous voulez. Mais soyez donc mieux.
Je n’ai rien de Tanger, ni de Pétersbourg. Des conversations de Londres, rien de plus que des conversations. Nous en causerons. Adieu. Adieu.
J’ai là cinq ou six personnes.
Adieu Dim. Midi

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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Auteuil - Dimanche 16 juin 1844.
Midi

Merci de votre billet d’hier soir. Je l'espérais, sans être sûr que ce fût possible. Entre nous, il n'y a de limite que l’impossible. Comment, nous nous sommes quittés le 15 Juin ! Nous avons eu tort. Mais ce tort là ne m'inquiète pas. Nous en sommes à ce point où rien ne peut plus inquiéter. Ayez la même confiance. Vous ne savez pas avoir confiance, toute confiance. Je répète que votre expérience de la vie doit avoir été bien froide, et triste. Vous avez grand peine à croire à l'affection parfaite, à l’intimité parfaite, au dévouement parfait. C’est très rare, mais cela est possible et cela est. Adieu. Adieu.

Je ne finis pas, mais j’ai envie de vous dire adieu. Je n'ai rien ce matin, sinon des nouvelles de Washington qui vous touchent peu. Vous avez tort. Il y a là une question, l’indépendance du Texas qui amènera une rupture entre l'Angleterre et les Etats-Unis. Cette rupture amènera la dislocation des Etats-Unis en deux ou trois Etats séparés. Et nous aurons nous un parti très délicat à prendre dans cette lutte. Mon opinion est presque arrêtée. Je vous en parlerai, s’il y a moyen de vous intéresser à ce monde-là. Mais mon opinion sera difficile à faire adopter autour de moi. N'importe. Je commence à me blaser sur cette difficulté.
On parle beaucoup en Italie surtout dans les Légations du Duc de Leuchtenberg. Les mécontents se servent de son nom. On parle de lui dans des proclamations imprimées. La Cour de Rome ne s'en inquiète pas, mais s'en étonne un peu. Le Duc d'Anhalt Dessau vient à Paris pour consulter les médecins. En demandant à Humann de viser son passeport, il a écrit : " dast es sein Vorsatz wäre, werm der Körperliche zustand es irgend zulässe, Si Majestät dem Könige Louis-Philippe, auf zu warten, und sich dier zus besondern Ehre acchnen wurde. " Humann a visé le passeport. M. Pasquier épousera Mad. de Boigne.
Je viens d'avoir à déjeuner le duc de Broglie, M. Rossi, le comte Dalton, M. Libri, Génie & &... Rien de nouveau sinon une vive préoccupation de la nomination de la Commission sur l’instruction secondaire, qui aura lieu demain dans nos bureaux. Thiers désire avec passion en être. Nous verrons. Il a bonne chance, car il est président de son bureau. Adieu. Je vais au Conseil. Toujours pour le Prince de Joinville et le Maroc. Nous en finirons pourtant aujourd’hui. Le Prince part demain. Adieu Adieu.
Génie attend ma lettre pour l'emporter à Paris. Adieu. A demain. Hélas, M. Beauvais ! Je n'y comptais pas. Adieu. G.

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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Voici une vive contrariété. Le Conseil sera plus long que je ne croyais Nous aurons plus d'une affaire à y traiter. J'ai peur de n’en sortir que bien après 3 heures. Et puis en en sortant, j'aurai un courrier à expédier à Cadix pour compléter les instructions de Glücksberg sur la négociation avec le Maroc. Cela peut m'enlever toute liberté. Et la soirée ne vaudra pas mieux que la matinée. Quel ennui !
Pourvoyez-vous d'un compagnon de promenade. Je ne veux pas que vous soyez à la merci de mes affaires. Je passerai en tous cas par la Muette et si l’heure me le permet, l’heure et mon courrier, je suivrai notre plan d’hier. Mais je n’ose y compter. J’aurais pourtant bien à causer avec vous. En tous cas, à demain midi. C’est un pauvre remède que demain. Adieu. Adieu. G.

Dim. 15 sept 1844 -
Midi

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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Toutes les contrariétés s’amassent. Il faut que je sois à Neuilly à 5 heures pour le baptême du Duc d'Alençon, et puis le dîner. J’ai appris cela au Conseil. Je vous attendrai jusqu'à la dernière limite du possible. Mais si vous n'êtes pas ici à 5 heures moins un quart, il faudra bien partir. Quel ennui ! Tout un jour. Car ce soir, vous vous promènerez encore puis vous vous coucherez. Adieu. Adieu.
Je trouve tout cela très mauvais Dim. 4 h. et demie

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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Je n'étais pas content de moi hier soir. J’avais toujours mal à la tête. Je n'avais que achever mon potage. J’ai pris, en me couchant, un bain de son. J’ai eu une très bonne nuit. Plus de mal de tête ce matin. Je me sens quelque disposition d’appétit. Je compte sur une bonne journée. Charmante à 4 heures. Et comme le Roi, mes collègues, tout le monde me recommande de me reposer, je me reposerai en effet, un ou deux jours de plus. Rien n’en souffre. Mais, pour complèter mon repos, je voudrais qu’il fit beau & pouvoir me promener.
Le Roi a eu avec M. Rossi une conversation qui fait pendant de celle de Fagel. Il est en verve sur le sujet. Adieu. Adieu.
J'espère que vous ne vous êtes pas trop ennuyée hier soir. Adieu. G.

Dimanche 22 sept. 1844
8 h. 1/2

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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Auteuil Jeudi 1 août 1844
7 heures du matin

J’ai donc passé hier tout le jour sans vous voir. Je ne le crois pas. Mon impression est que je vous ai vue que je suis entré dans votre chambre à midi et demie toutes les portes ouvertes, à cause de la chaleur, charmé de vous apercevoir tout de suite en entrant dans le salon, fâché, ensuite que toutes les portes fussent ouvertes. Je ne puis me persuader que mon droit, mon plaisir de chaque jour m'ait manqué. Ma journée a été pourtant bien pleine. A Neuilly, après déjeuner. Longue conversation avec le Roi, et la Reine. De là au ministère. Desages, Brenier, mes affaires. Puis la Chambre des Pairs ; la discussion de mon budget, MM. du Bouchage, de Bussière, Pelet de la Lozère, Boissy. Celui-ci rappelé à l’ordre deux fois par le Chancelier, hué par la Chambre; mais imperturbable dans sa bêtise & ravi de sa gloire. Martyr de la liberté de la tribune, canonisé par la liberté de la presse. J'ai dit quelques paroles sur la négociation du droit de visite et sur l'exequatur du Consul anglais à Alger. Il n’y avait point de question dans l’esprit de personne. La Chambre finira, samedi 3 et nous clorons la session lundi 5. Le Maroc ne va pas bien. La Chimère, partie de Cadix le 25 et arrivée à Toulon le 30, annonce que le 24, le Prince de Joinville était revenu à Cadix en ayant réussi à enlever de Tanger, par ruse, notre consul, sa famille, et quelques uns de nos nationaux. " La Chimère ajoute que les notes diplomatiques de Muley Abdurrahman sont peu satisfaisantes. Il y parait bien. J’aurai les détails après demain. Ce sera une grosse affaire. Rien de plus pourvu que je la maintienne sur le terrain où je l’ai placée : la guerre, s'il le faut, mais point de conquête. Je suis très décidé à y réussir. Lord Aberdeen a reçu de son côté des nouvelles de Tahiti, Pritchard est arrivé à Londres, racontant, comme de raison, dans son sens et à son avantage, ce qui s’est passé. Mais il a tort. On a pu le renvoyer de l’île sans aucun oubli du droit des gens. Il avait amené son pavillon et abdiqué lui-même son caractère de consul, en novembre dernier, quand du Petit Thouars a pris possession de la souveraineté de Tahiti, et en déclarant formellement qu’il cessait ses fonctions pour ne pas reconnaitre cette souveraineté, même provisoirement. Mais ce sera encore un embarras. Il faut que je me redise souvent que mon métier est d’en avoir. La tentative contre le Roi de Prusse fait beaucoup d’effet à Berlin. On regrette que pas un membre de la famille royale ne soit là pour recueillir cet effet et le cultiver. On s'étonne que le Roi, ait continué son voyage. On s'attend au prompt retour du Prince de Prusse. Il y a eu un Te deum d'actions de grâces. Le corps diplomatique n’y a pas été invité. Les Ministres y ont assisté en frac. Les hommes qui gouvernent aux prises avec l’esprit révolutionnaire, sont bien perplexes. Tantôt ils grossissent, tantôt ils atténuent. Ils affectent tour à tour l'inquiétude et l’indifférence. Il faut une attitude plus décidée et toujours la même et regarder et représenter constamment la lutte comme très grave, sans avoir peur du reste, sur Berlin, vous saurez à Bade tout ce qu'on peut savoir. Vous voyez bien que je me fais illusion. Je crois que vous êtes là et que nous causons. Rien de nouveau au dedans. Mad. la Princesse de Joinville n'accouche pas. Elle va bien. Pourtant cet hiver-ci l’a fort éprouvée. De petits rhumes continuels. Elle ira probablement passer l’hiver prochain au château de Pau, assez restauré pour la recevoir. Tout le monde dit que c’est un séjour charmant. Elle occupera l’appartement où Jeanne d'Albret est accouchée d'Henri IV. C'est dommage qu’elle n’y accouche pas. Mad. la Duchesse de Nemours est au mieux. Parlez moi des Princesses Allemandes pour se bien porter. Je vous quitte. Je vous reprendrai à Paris avant d’aller à la Chambre des Pairs. Aurai-je aujourd’hui de vos nouvelles de Sézanne ? C’est-à-dire de Château-Thierry ? Je l’espère peu. Vous serez arrivée après le départ de la poste. Adieu. Adieu.

2 heures Rien de Château-Thierry. Je ne l'espérais pas. Lord Cowley et le ministre de l'intérieur sortent de chez moi. Le premier venait me parler de Tahiti. Les journaux Anglais font beaucoup de bruit. Les communications de Lord Aberdeen m’arrivent ce matin, par Jarnac. Je les lirai ce soir. Plus j' y regarde, plus je trouve que nous sommes dans notre droit. Mas l'un de nos officiers de marine a été bien brutal. Adieu. Il faut que j'aille à la chambre des Pairs. D'autant que Mackan est dans son lit. Il a pris froid l'autre soir sur sa terrasse au milieu du feu d'artifice. Je ferai bien de faire la paix, car les deux ministres de guerre sont sur le grabat. Adieu. Adieu. Adieu. G.

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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Le Prince de Joinville a été le 9 à Gibraltar. Il y a été reçu non seulement avec faveur, mais avec acclamations, non seulement par le Gouverneur, mais par la population. C’est au mieux. Il revenait de Tanger où il est allé le 8. Le Pacha de Larache à écrit à notre Consul par ordre de l'Empereur, qu’il désavouait les agressions sur notre territoire, qu’il venait d’adjoindre à son fils d'en destituer et d'en punir les auteurs et qu’il voulait le maintien de la paix. Reste à voir comment l'Empereur fera sa volonté sur notre frontière & se débarrassera d’Abdel Kader. Il nous faut absolument, cela. Adieu. Adieu. Pauvre soirée ! Adieu. G.
Auteuil, jeudi 18. 6 h. 1/4

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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Je voudrais voir, comment vous êtes, comment vous avez passé la nuit. Il faut que j’écrive et que j'attende. Je serai, chez vous vers 11 heures et demie.
Voilà l’élection de Rouen gagnée. Faites moi dire si vous êtes un peu mieux, car vous ne pourrez probablement pas me l’écrire. Adieu Adieu G.
Jeudi 27 Juin, 8 heures

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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Le Conseil et la Chambre m’ont pris toute ma matinée. Il est 5 heures. Je retourne à Auteuil où l’amiral Mackan vient dîner avec moi. Ne soyez je vous prie, entre Passy et Auteuil qu’à 8 heures et demie. Je ne veux pas vous faire attendre, et j'aurai peut-être besoin d’un quart d'heure de plus.
Je voudrais que vous sussiez combien de fois par jour, je pense à arranger mon temps pour en avoir un peu avec vous. Et toujours si peu !
Je viens de recevoir le courrier d'Orient. Le Cabinet, Mavrocordato ne s’est point retiré. Il n'en est pas question. Cela vous est égal. Vous avez tort, car cela ne m’est pas égal.
Le Prince de Joinville ne part que demain. Nous avons encore conseil demain matin, à 10 heures, pour ses instructions. Adieu. Adieu.
A 8 heures et demie. G.

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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Vous dormez peut-être déjà. N'importe. Je vous écris. Mon budget est voté, tout entier, sans aucun retranchement et presque sans débat. J'ai pourtant eu l'occasion de bien parler de M. Piscatory. Voici la dépêche qui m’arrive de Tanger (télégraphique - 26 juin à Tanger. " Un exprès arrivé de Fez en quatre jours m’annonce que le Prince héréditaire a envoyé, un nouveau gouverneur à Ouchda avec ordre de faire arrêter, enchainer et conduire à Fez les deux caïds qui ont dirigé ou toléré les actes d'agression des 30 mai et l5 Juin. "
" Cette nouvelle est très probable mais mérite confirmation. " Nous verrons si elle se confirmera. Mes nouvelles de Berlin (4 Juillet) sont très mauvaises sur la grande duchesse et même un peu, sur la santé de l'Empereur. A Copenhague, on dit que l'Empereur fera épouser au Prince de Hesse, veuf de sa fille, une des filles de la grande Duchesse Hélène. On y a pris le deuil du Comte de Marne pour trois jours. Adieu. Adieu. C’est bien long.
G.

Auteuil. Lundi 8 Juillet 1844
9 heures

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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Je vais très bien. Furieux, contre cet abominable temps qui m'empêchera de me promener, ce qui est à présent tout ce qu’il me faut. Je n’ai plus qu’un peu de fatigue. Je recommencerai aujourd'hui à m'occuper ici.
Je ferai venir Desages que je n'ai pas vu depuis son arrivée. J'ai bien des choses à régler et à faire avant mon départ. Que le vie est courte ! et bien plus courte, encore pour autre chose que pour les affaires. Adieu, Adieu.
J’attends 4 heures. Adieu. G.

Auteuil, lundi 23 sept. 1844

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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J’arrive de Neuilly. Le Roi est resté cette nuit jusqu'à 3 heures à m’écrire. Pour rien, comme il vient d’en tomber d'accord avec moi ; mais son esprit avait travaillé sur l'affaire de Pritchard. C'est l'homme le plus infatigable que je connaisse.
Rien de nouveau. Rien de Londres. Bresson et Bulwer toujours en intimité de Gibralter, à Madrid. J’ai bien envie que nous fassions la paix au Maroc. Rien de certain encore sur les dispositions de l'Empereur, quoique de tous côtés, il me revienne que sa consternation est extrême. Adieu.
A ce soir. Quel beau temps ! Jouissez-en à St Germain. Je passerai ma matinée à causer. Sans plaisir. à ce soir mon plaisir. Adieu. Adieu. G.

Auteuil, mardi 3 sept. 1844
11 heures

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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J'ai déjà vu du monde, des Français seulement. Le succès comme il arrive des vrais succès, devient plus clair tous les jours. J’ai eu des nouvelles de 2, par quelqu’un qui avait passé hier une heure avec lui. Il est frappé au point d'être abattu. Il dit que c’est très brillant que ce ne sera point usé à l'ouverture de la session qu’il faut se résigner et attendre autre chose. 6 est parti, tout aussi abattu, d’autant qu’il avait beaucoup d'espoir et se préparait déjà à abandonner Tahiti. Il avait tenu dimanche matin deux personnes pendant trois heures, à leur en développer les motifs, avec sa verve accoutumée. Point de nouvelles d'ailleurs.
Je vais passer ma matinée à rabâcher, sur la même chose. Cela ne me plaît qu'avec vous. Promenez-vous. Il fait beau. J’espère que votre estomac vous laisse en paix. Adieu. Adieu à ce soir. Adieu. G.

Auteuil Mardi 10 sept.1844
Midi.

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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Je reviens de Neuilly. Je crois qu’il n’y aura pas de Te deum. Le Roi est tout-à-fait revenu à cet avis. Le Conseil est convoqué pour demain une heure afin d'y ramener aussi les Ministres qui ont conseillé ou approuvé le Te deum.
On s'est battu à Tahiti. L’insurrection a été fortement réprimée. On lui a tué 102 hommes. Nous avons eu deux officiers tués et quelques hommes blessés. Je n’ai pas encore vu les détails. On avait bien raison de renvoyer Pritchard. J'ai là du monde qui m'attend. Adieu. Adieu. à ce soir, 8 heures et demie. Le temps est bien lourd. Adieu. G.

Auteuil, Mardi 17 Sept. 1844
Une heure

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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Quel plaisir de vous revoir ! Mais vous avez pris, pour arriver, un mauvais jour, celui où je reçois le matin, à Auteuil. Il n'y a pas eu moyen hier de faire avertir tout ce monde là, à quelle heure arriverez-vous ? Quel ennui si mon plaisir est retardé de quelques heures ! Je ne souffre pas l’idée que vous entriez rue St Florentin, & que je ne sois pas là cinq minutes après, cinq minutes avant. Vous rappelez- vous votre arrivée à Londres, Lansdowne Hotel ? Faites dire sur le champ à Génie que vous êtes là. Il ira vous voir. Quelqu'un avant moi ! Et il m’écrira sur le champ. S’il n’est pas absolument impossible de m'échapper dans la matinée, j’irai à Paris, sinon je serai rue St Florentin tout de suite après dîner, à 7 heures et demie.
Pourquoi arrivez-vous le mardi 3 ? Tout autre jour, je serais allé m'établir au Ministère, à midi, et je vous aurais attendue là. Enfin vous arrivez. Le soleil, je me trompe le brouillard qui s'est levé ce matin, vous verra entrer. Vous ne devez pas avoir un trop mauvais temps en route. Vous aurez laissé le mauvais temps à Baden. Adieu. Adieu. Adieu

Auteuil. Mardi 20 août 1844
8 heures

Voici une lettre que j’ai pour vous depuis deux jours.

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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Quelle pitoyable journée hier. Vous avez bien raison. Nous massacrons nos meilleurs jours. Et pendant que vous veniez à ma porte à Auteuil, j'envoyais Hennequin courir à Versailles pour vous porter une lettre au crayon, écrite à 7 heures et demie en sortant de la Chambre. Il est revenu à Auteuil après 10 heures, et vous a porté ma lettre à Paris. J'y vais ce matin de très bonne heure. Je remettrai ceci à votre porte en passant. Et je serai chez vous à 11 heures et demie car j’ai conseil chez le Maréchal à midi et demie. Mais enfin, je vous verrai ce matin. Adieu. Adieu.
Hier n'a été bon qu'à la Chambre. Adieu. G.
Auteuil mardi 25 juin 7 heures
P. S. Voici le mémoire que je reçois sur le petit marin. Nous en causerons.

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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Je vous envoie. Génie. J’aurai une journée horriblement occupée. Je suis à l’ouvrage depuis 5 heures et demie.
Pourquoi n’êtes vous pas à Beauséjour ? Rien de nouveau ce matin. Il y en a assez. A tout prendre, je suis content. C’est périlleux mais cela a bien bon air. Je crois que je mènerai le tout à bien.
A ce soir, 8 heures un quart. Si vous vous promenez ce matin, au bois de Boulogne, vous seriez charmante de passer à Auteuil, cinq minutes. Adieu. Adieu.

Mardi 27 août 1844. 11 h. 1/2

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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Voilà une lettre du Roi qui me demande d'aller à Neuilly ce soir avec l'amiral Mackan. Il n’y a pas moyen d'y manquer. Je ne pourrai donc pas aller vous voir. Je sortirai de Neuilly à je ne sais quelle heure. C’est toujours le Maroc qui me dérange. Adieu. Adieu. A demain midi et demie.
J'ai trouvé, la Chambre en train d'aller si vite que la session pourra bien finir quelques jours plutôt du 1er au 3 août. Adieu. Adieu. Que l’été prochain ne ressemble pas à celui-ci. G.
Auteuil. Mercredi 17 Juillet 1844
5 h 3/4

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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Je serai à Paris entre 4 et 5 heures. Fatigué, mais bien parfaitement purifié. Vous seriez charmante de venir me voir aux Affaires Etrangères après votre dîner vers 8 heures. Cela vous convient-il ?
J’ai de longues dépêches et lettres de Pétersbourg. Peu intéressantes. Encore, un homme qui ne sera pas grand chose. Mais cela vous intéressera toujours. Adieu. Adieu.
Je suis charmé de rentrer à Paris. J’ai assez bien dormi, et ce matin, je viens de manger un peu. Adieu.

Auteuil. Mercredi 25 Sept.
8 h 3/4 1844

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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Auteuil Mercredi 26 juin 1844,
9 heures

Je commence à vous écrire d’ici, ne sachant quel temps j’aurai à Paris. Je vais à Neuilly tout de suite après déjeuner. De là au Conseil chez le Maréchal. De là à la Chambre, où l’on discutera aujourd’hui le chemin du Nord. Il faut que j'y sois. Vous n’avez pas d’idée de la passion qu'on met à ces chemins de fer. Boulogne était au désespoir. Calais l'emportait. Aujourd’hui Boulogne est dans la joie sans que Calais se désole. Les deux villes auront chacune son chemin. Qu’est-ce que cela vous fait ? Mais on m'en parle tant que j'en rabache un peu.
Vous prenez plus d’intérêt au Hoheit des Ducs de Saxe. Quelque chance leur vient à Francfort. Le parti pris de la France et de l'Angleterre embarrasse. La Prusse a toujours beaucoup d'humeur. L’Autriche est plus douce. On attend le retour du Roi de Saxe pour négocier, par son intermédiaire. On finira par un remaniement Général de toutes les titulatures allemandes et le hoheit des Cobourg passera dans la foule des changements. Mais l’affaire sera longue. Voilà ce qu’on dit à Francfort. A Darmstadt, on ne croit pas l'Empereur content de son voyage en Angleterre. à Biherich, on comptait sur sa visite. Le Duc et toute sa cour ont passé une journée entière à l'attendre en gala. A Florence, on a pris pour huit jours le deuil du comte de Marne.
A Barcelone, les bains réuississent à la petite Reine. Bresson m'écrit : " Sa mère me disait, il y a un quart d'heure, qu'elle n’était déjà plus reconnaissable, et que toute cette écaille noire qui lui couvrait les bras, les mains, les jambes et les pieds tombait à vue d'oeil. " La politique Constitutionnelle espagnole ne va pas si bien. Narvaez veut se retirer avec le marquis de Viluma. Tous les ministres se rendent à Barcelone.
Quel manque de sens dans tout ce monde là ! Il y en a davantage en Turquie. Le Sultan voyage. A Brousse, où il a passé plusieurs jours, il a reçu également bien tous les notables habitants, Musulmans & Rayas, et les uns comme les autres ont été revêtus de pelisses d’honneur. Bourqueney est charmé. Le Sultan le lui avait promis.
A Jérusalem le Conseil d'Angleterre, qui se trouvait absent, n'était pas venu faire visite au Consul de France le jour de la fête du Roi. Mais l’Evêque Anglican était venu avec son clergé. Le jour de la fête de la Reine Victoria, le Consul de France est allé faire visite au Consul d'Angleterre. Et non seulement, il y est allé, mais il y a fait aller le Révérendissime et tout le Discrétoire du couvent Latin. M. Young a été charmé. La tolérance et l’entente cordiale marchent du même pas. On en a encore plus besoin à Athènes qu'à Jérusalem. Un vieux Chef de Pallicares, le Général Privas s'est insurgé parce qu'il a vu qu’il ne serait pas élu à la nouvelle Chambre des Députés. Il s'est enfermé dans un village, avec une centaine d'hommes. On a envoyé le général Travellor pour le persuader ou le réduire. Cela n'inquiète pas Piscatory. Excellent agent ; point aveugle et jamais découragé. Toujours au mieux avec Lyons. Le Roi Othon leur a donné, à tous deux, sa grand croix. Celle de Pise a causé une humeur enragée à Brassier de St. Simon qui n'a pu s'en tenir et s'est plaint qu'on lui eût fait sauter plusieurs grades. Le Roi Othon s’est fâché : " Quand M. Piscatory n'aurait eu que la croix d’argent, je lui aurais donné la grand croix. Je dois une bonne partie de ma couronne et de notre repos à son influence et à ses conseils. " Voilà mon Journal. Adieu.
Je vais faire ma toilette. Je vous enverrai ceci de Paris en vous disant ce que je ferai ce soir. Adieu.

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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Je ne peux pas vous laisser partir sans savoir comment vous êtes. J’étais désolé, désolé hier de vous quitter, de vous quitter si souffrante. Pendant toute la soirée, j’avais envie d’en demander raison à tous les gens qui étaient là, qui m'empêchaient d'être avec vous. Tout notre dîner est venu, tous les Appony, tous les Cowley. Armin aussi. Je lui ai fait votre commission. Il avait de Berlin exactement les mêmes détails que moi. Il était touché de mon empressement, et de celui du Roi qui a envoyé sur le champ chez lui le Duc d'Estissac. Le Roi m'écrit : " Voilà donc ces horreurs qui se renouvellent. " Evidemment cela lui déplait beaucoup, et je le conçois. Il faudra y veiller plus attentivement que jamais. Il écrira demain une lettre autographe au Roi de Prusse.
Encore assez de monde hier soir. Peu de députés. Ils sont partis. Mais le corps diplomatique, très complet, des étrangers, je ne sais combien de Hollandais amenés par Fagel. Toute sorte de monde. J’ai dit qu’on me trouverait chez moi à Auteuil le mardi matin, de 2 à 5. Imaginez qu'Hennequin n’a trouvé de place à la diligence que pour dimanche. Tout était retenu d’ici là, dans toutes les voitures. Il n’a pas pu retenir sa place plutôt, dans l’incertitude du jour de votre départ. Il sera à Bade mardi.
Aujourd’hui le budget à la Chambre des Pairs. On dit qu'on parlera encore sur le mien. Des rhapsodies, chantées par des doublures. J’irai à Paris à mon heure ordinaire. Je passerai chez vous. Mais vous serez partie. Pourtant il ne fait pas beau. Faire, par la pluie, ce qui fait pleurer ! Je reconnais la convenance, la nécessité. Adieu, Adieu. Adieu.
Deux lignes pour me dire comment vous êtes. Adieu. Je vous écrirai demain puis tous les jours, puis par Hennequin. Adieu
Mercredi 31 Juillet 1844. 6 heures 3/4, Auteuil

P.S. Vous devez avoir le pâté. Je viens de faire lever Guillet qui me dit qu’il vous l’a envoyé hier. Adieu. Adieu. God bless you dearest !

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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Je vais bien mieux. J’ai très bien dormi. Je crois que je n’ai plus de fièvre du tout. Béhier va venir. Mais je suis sûr qu’il ne m'ordonnera plus que des bains, et peut-être un peu de petit lait. Je suis encore très fatigué mais d’une fatigue que le repos suffit à dissiper.
Quand vous viendrez me voir au lieu de tourner dans l'avenue d’Auteuil, suivez la grande route jusqu'à une grande grille qui est celle de mon jardin et qu'on vous ouvrira. Vous arriverez ainsi par un très bon chemin. Adieu. Adieu. Je serai charmé de reprendre Lundi ma vie accoutumée. Mais j’avais besoin de ces trois jours de repos. Adieu. Adieu. G.

Samedi 21 sept. 1844

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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Auteuil, Samedi 22 Juin 1844, 9 heures

Certainement, j’irai dîner avec vous demain. J’irai en sortant du Conseil de Neuilly. Profitez du beau soleil et du bon air. Ennuyez-vous un peu, pas assez pour vous faire mal. Cela durera ce que cela pourra. Le jour où vous reviendrez à Paris, je serai charmé. Mais je ne veux pas que vous y reveniez un jour plutôt.
J’ai fait écrire hier sur le champ, par Génie, au Préfet de Rouen de qui dépend le Havre, pour qu’il retînt par devers lui jusqu’aux premiers jours de Juillet, l'exequatur de Pogenpohl que j’ai signé par mégarde, au milieu d’un tas de papiers insignifiants que je signe sur la foi du Chef de service. Je crois même, d'après ce qu’on m’a dit, que ceci était signé, avant que vous m'en eussiez parlé. Mais c'est réparé. Pogenpohl peut se tenir tranquille à Paris, et n'aller au Havre que du 1er au 10 Juillet.
Je me suis couché hier de bonne heure et levé ce matin de bonne heure. Je vais à Paris après déjeuner. Quel traitre étourneau que Thiers ! Il m'aborde avant Hier à la Chambre, me fait une question sur Montevideo, me demande un rendez vous pour des gens qui en arrivent. Je réponds à la question, je donne le rendez-vous ; et je trouve tout cela ce matin, dans le siécle. Thiers, s'en fait valoir comme d'une preuve de son crédit après de moi. Heureusement je l’avais un peu prévu, et ne lui ai rien dit que je ne puisse dire tout haut. Il y a là encore plus du journaliste que du traître.
J’attends Génie qui vient déjeuner avec moi. Je ne fermerai, ma lettre qu'après. Il m’apportera peut-être quelque chose à vous dire. Je veux que mon garde municipal parte d’Auteuil. C’est un peu plus court. Il attendra votre réponse. Je la trouverai ici en revenant dîner.

10 heures et demi.
Génie est venu, et ne m’a rien apporté. Sinon une sottise de l’archevêque de Turin qui a laissé enlever et fait recevoir dans un couvent la fille du Ministre de Hollande, pour la convertir. Cela fait assez de bruit en Piémont. Le Roi a peur de l'archevèque. M. Abercromby et M. de Truchsess n’ont peur ni de l'un ni de l'autre. Le clergé fait partout des sottises. Adieu. Adieu. A demain. Que c’est loin. Adieu d’ici là. G.

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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Je vois sur l'affiche qu’on ne joue pas ce soir le Mari à la campagne. Ce n’est que pour Mardi. On joue aujourd’hui la Dame et la Demoiselle. Nous sommes des étourdis de n'avoir pas fait demander préalablement ce qu'on jouait. Y allez-vous toujours ? Si on ne vous trouve pas chez vous, & si vous ne me faites rien dire avant mon départ pour Auteuil, je viendrai toujours ce soir à 8 heures et demie. Adieu. Adieu. G.

Samedi 29 Juin 1844,
4 heures

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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Mes nouvelles sont bonnes. Incomplètes pourtant encore, et laissant une petite difficulté. Je crois de plus en plus au bon résultat. Je vois Neuilly.
J'ai besoin du Conseil ce matin chez le Roi, à 2 heures. J’irai vous voir, entre midi et une heure. Adieu. Adieu.

Auteuil Vendredi, 6 sept 1844 9 h. 1/2

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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J’ai peine à me persuader que je ne vous verrai que ce soir. Vous avez dans ma vie la place d'une charmante nécessité.
Je ne sais pas comment se passera votre matinée. Cela me déplait. Je n’ai de nouvelles que de Madrid. Assez curieuses. Mes instructions pour nos nouvelles ouvertures à l'Empereur de Maroc seront arrivées à Cadix le 7.
J’espère qu’avant un mois la question sera vidée. Avez-vous une réponse du Duc de Noailles ? Mon dîner d’hier était assez amusant. Le beau fils de M. Planta me convient. Très anglais et très français. Il était charmé de mon accueil. M. Ahlenschläger ne pouvait se rassasier de ma conversation et de mon dîner. On dit que c'est le plus grand poète de l'Allemagne d'aujourd’hui. Il veut faire jouer cet hiver une tragédie au théâtre français, par M. Ragel. Mad. de Sainte Aulaire a gagné son cœur. Elle a été créée et mise au monde pour les poètes Allemands. Elle m'a quitté pour aller à Neuilly. Ils retourneront à Londres, le 1er Octobre. Adieu. Adieu. à ce soir, 8 heures et demie. Soignez-vous bien d'ici là. Adieu. G.

Auteuil, Vendredi 13 sept. 1844
10 h un quart.

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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Je suis mieux, quoique j'ai encore de la fièvre. J’ai beaucoup et mal dormi. J’étais très agité. Tout mal de cœur est passé. C’est évidemment une courbature venu de froid, et de fatigue. J’ai tous les membres brisés. Je resterai encore quelques heures dans mon lit ; puis, je continuerai à me reposer levé, comme couché.
Si vous venez me voir entre 3 et 5 heures, nous serons parfaitement seuls. Dites moi à peu près à quelle heure vous pourriez venir. J’envoie chercher, Béhier. J'en encore une véritable horreur pour manger quoi que ce soit. Adieu. Adieu.
Ce ne sera rien du tout. C'est du repos qu’il me faut. J'ai les nerfs très tendus. Adieu

Auteuil Vendredi 20 sept.
8 heures

Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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Bade Samedi le 17 août 1844,
à 7 heures du matin

Je pars ; mes chevaux sont là. Je vous écrirai encore de la route. Mon frère est moins bien, mais si je restais, je ne partirais plus. Adieu. Adieu. Adieu.

Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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Beauséjour onze heures
Dimanche 7 septembre

Beau temps, bon vent. J'espère que cette reine arrivera aujourd’hui. Mais j’espère sur tout que le changement d'air vous aura été bon pour vous débarrasser de votre rhume. Hier j’ai vu chez moi Appony, les Flahaut, Keisseleff, Malkan.
L'arrivée de la reine n'a pas l’air de surprendre. beaucoup. Mais certainement elle ne plait pas à Appony Il n’est préoccupé au reste que de son gendre. Il ne peut plus traîner longtemps.
Je m’ennuie bien sans vous. Vous pourrez compter sur cela. Je m'en vais à l’église, & puis rentrer ici pour mon lunchon. Je renonce à tenir mes assises en ville, cela me gêne. D’ailleurs le temps est trop beau pour le dépenser là. 2 heures. Je rentre. Après l'église. J’ai vu Génie chez moi Il n'ttend de vos nouvelles qu’à 3 heures. C’est long. Je. voudrais pouvoir répondre & il me semble que cette lettre-ci partira avant l’entrée de la vôtre. Je la remets à votre fille. Adieu. Adieu. What a bore to be without you. Adieu.

Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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1. Beauséjour Samedi 11 heures. 12 août 1843,

Vous êtes encore à Auteuil peut être et déjà il me semble que le monde entier est placé entre vous et moi, que l’éternité commence. Je me trouve bien lâche de vous avoir laissé partir. Dites-moi, répétez-moi, jurez moi que je vous reverrai bien portant le 26 ? Je n’aurai pas un instant de tranquillité jusque là. J’attends et j’espère Génie. J'ai oublié de vous dire que Lord Howden est arrivé hier matin de Londres, & qu’il est réparti hier au soir pour l'Espagne. On disait Barcelone, et un simple voyage de curiosité. Mais il ne fera autre chose.
Midi. Voilà Génie venu et reparti. Nous avons causé de tout. Et surtout de votre voyage car je l'ai sur le cœur bien lourdement. Votre mère lui a dit ce matin, qu'elle resterait 15 jours plus au Val Richer. et puis 3 jours à Tréport et puis Auteuil vers le 1er Septembre. J’ai affirmé que c’était impossible. Génie me trouve innocente. Tout ce voyage comme affaire est parfaitement inutile. Les bois cela pouvait être fait par tout autre. Raisonnablement comment et pourquoi aller à 80 ans se trimbaler, s'exposer à être malade. Vos enfants toujours malades en voiture. Vous aurez mille tracas. C’était une pure fantaisie de votre mère à laquelle vous n'avez pas su résister. Ici, comme affaires tout le monde s’étonne et trouve le moment singulièrement choisi. Vous même il y a quinze jours. encore vous n'y croyiez pas, parce que vraiment cela n’est pas sensé. Enfin Génie a été très abondant et éloquent sur cette matière, et encore une fois il est surpris de ce que je sois encore à apprendre que pour peu que votre mère ait une fantaisie, vous ne trouvez d’autre ressource que de vous y soumettre. Et bien tout cela m’attriste beaucoup, beaucoup. Je me figure mille choses de plus maintenant. Pourquoi avez-vous été si faible ? S’il lui arrive quelque chose, sera-ce une grande consolation pour vous de savoir que vous avez fait sa volonté quand cette volonté n’est pas raisonnable. Et Génie persiste à dire que de toutes les façons cela n’est pas raisonnable. Mon Dieu, mon dieu, revenez. Mais vous ne reviendrez pas, maintenant je vois bien que vous ne jugerez aucune question assez importante pour revenir. Mais le 26 vous me l'avez juré. Adieu. Adieu. Je ne vous écrirai que de tristes lettres. Je suis très très triste beaucoup plus triste encore qu’il y a une heure. Adieu. Adieu. Ne trouvez- vous pas que je suis quelque chose, aussi ? Adieu.

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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9 Au château d'Eu. Mercredi 6 sept. 1843,
7 heures

Vous avez beau mépriser la musique instrumentale. Vous auriez été entrainée hier par un fragment d'une symphonie de Beethoven que les artistes du conservatoire ont exécutée, avec un ensemble, une précision, une vigueur et une finesse qui m'ont saisi, moi qui ne m’y connais pas et cette succession de si beaux accords, si nouveaux et si expressifs, étonne et remue profondément. Tout le monde, savants et ignorants, recevait la même impression que moi. Je craignais que ces deux soirées de musique n'ennuyassent la Reine. Il n’y a pas paru. Ce soir, le Vaudeville et Arnal. Nous avons trois pièces, mais nous n'en laisserons jouer que deux. Ce serait trop long. Avant le dîner, une petite promenade, au Tréport, toujours plein de monde, et toujours un excellent accueil. Avant la promenade, la visite de l’Eglise d’Eu qui est belle, et du caveau où sont les tombeaux des comtes d’Eu, les statues couchées sur le tombeau, les comtes d'un côté, leurs femmes de l'autre, et le caveau assez éclairé, par des bougies suspendues au plafond, pour qu’on vit bien tout, assez peu pour que l’aspect demeurât funèbre. Les Anglais sont très curieux de ces choses là. Ils s'arrêtaient à regarder les statues, à lire les inscriptions. Notre Reine et Mad. la Duchesse d'Orléans n'y ont pas tenu ; elles étaient là comme auprès du cercueil de Mrs. le Duc d'Orléans. Elles sont remontées précipitamment, seules, et la Protestante comme la Catholique sont tombées à genoux et en prières dans l’Eglise devant le premier Autel qu’elles ont rencontré. Nous les avons trouvées là, en remontant. Elles se sont levées, précipitamment aussi et la promenade, a continué.
J’ai eu hier encore une conversation d’une heure et demie avec Aberdeen. Excellente. Sur la Servie, sur l'Orient en Général et la Russie en Orient, sur Tahiti, sur le droit de visite, sur le traité de commerce. Nous reprendrons aujourd’hui l’Espagne pour nous bien résumer. Le droit de visite sera encore notre plus embarrassante affaire. " Il y a deux choses m’a-t-il dit, sur lesquelles notre pays n’est pas traitable, et moi pas aussi libre que je le souhaiterais, l'abolition de la traite et le Propagandisme protestant. Sur tout le reste, ne nous inquiétons, vous et moi, que de faire ce qui sera bon ; je me charge de faire approuver sur ces deux choses là, il y a de l’impossible en Angleterre, et bien des ménagements à garder. " Je lui demandais quelle était la force du parti des Saints dans les communes : " They are all Saints on these questions. " Je crois pourtant que nous parviendrons à nous entendre sur quelque chose. Il a aussi revu le Roi hier et ils sont tous deux très contents l’un de l'autre. La marée du matin sera demain à 10 heures. On pourra sortir du port de 10 h.
à midi.
Ce sera donc l'heure du départ, nous ramènerons la Reine à son bord comme nous avons été l’y chercher. Il fait toujours très beau. Je demande des chevaux pour demain soir, 9 heures. Je vous écrirai encore demain matin pour que vous sachiez tout jusqu’au dernier moment. Pas de santé de la Reine à dîner. Les toasts ne sont pas dans nos mœurs. Il faudrait porter aussi la santé du Roi, et celle de notre Reine, et peut-être pour compléter nos gracieusetés, celle du Prince Albert. Cela n'irait pas. Je ne me préoccupe point de ce qui se passe entre la Cité et Espartero. C'est ma nature, et ma volonté de faire peu d’attention aux incidents qui ne changeront pas le fond des choses. Lord Aberdeen, m'en a parlé le premier, pour me dire que ce n’était rien et blâmer positivement Peel d'avoir dit qu’Espartero était régent de jure. Il n’y a plus de régent de jure, m’a-t-il dit, quand il n’y a plus du tout de régent de facto. La régence n’est pas, comme la royauté, un caractère indélébile, un droit qu'on emporte partout avec soi. J’ai accepté son idée qui est juste son blâme de Peel sans le commenter, et son indifférence sur l'adresse de la Cité qui du reste est en effet bien peu de chose après la discussion et l’amendement qu’elle a subi.
Vous auriez ri de nous voir hier tous en revenant de la promenade, entrer dans le verger du Parc, le Roi et la Reine Victoria en tête, et nous arrêter devant des espaliers pour manger des pêches. On ne savait comment les peler. La Reine a mordu dedans, comme un enfant. Le Roi a tiré un couteau de sa poche : " Quand on a été, comme moi, un pauvre diable, on a un couteau dans sa poche. " Après les pêches, sont venues les poires et les noisettes. Les noisettes charmaient la Princesse de Joinville qui n’en avait jamais vu dans son pays. La Reine s'amuse parfaitement de tout cela. Lord Liverpool rit bruyamment. Lord Aberdeen sourit shyement. Et tout le monde est rentré au château de bonne humeur. Adieu. Adieu. J’oublie que j'ai des dépêches à annoter. Adieu pour ce moment.

Midi et demie
Nous venons de donner le grand cordon au Prince Albert, dans son cabinet. Le Roi. lui a fait un petit speech sur l’intimité de leurs familles, et des deux pays. Une fois le grand cordon passé : " Me voilà votre collègue, m'a-t-il dit en me prenant la main ; j’en suis charmé. " Je crois que la Jarretière ne tardera pas beaucoup. Je vous dirai pourquoi je le crois.
Le N° 7 est bien amusant. Pourquoi ne pas être un peu plus spirituel d'abord ? Cela dispenserait d'être si effronté après. Le pauvre Bresson a bon dos. Il n’a jamais voulu rien forcer, car il n’a jamais cru qu'on vînt. Je reçois à l’instant une lettre de lui. M. de Bunsen venait d’écrire à Berlin le voyage de la Reine comme certain. Bresson est ravi : " Il faut, me dit-il, avoir, comme moi, habité, respiré pendant longues années au milieu de tant d'étroites préventions de passions mesquines, et cependant ardentes, pour bien apprécier le service que vous avez rendu, et pour savoir combien vous déjouez de calculs, combien de triomphes vous changez en mécomptes. "
C'est le premier écho qui me revient. Je dirai aujourd’hui un mot de Bulwer. Soyez tranquille sur la mer. Nous ne ferons pas la moindre imprudence. Je me prévaudrais au besoin de la personne du Roi dont je réponds. Il n’y aura pas lieu. Le temps est très beau, l’air très calme. Le Prince Albert est allé nager ce matin avec nos Princes. Le Prince de Joinville reconduira la Reine jusqu'à Brighton et ne la quittera qu'après lui avoir vu mettre pied sur le sol anglais.
Voici ma plus impérieuse recommandation. Ne soyez pas souffrante. Que je vous trouve bon visage ; pas de jaune sous les yeux et aux coins de la bouche. Si vous saviez comme j'y regarde, et combien de fois en une heure ! Je n’arriverai Vendredi que bien après votre lever ; pas avant midi, si, comme je le présume, je ne pars qu'à 10 heures. Adieu. Adieu. Il faut pourtant vous quitter. Nous partons à deux heures pour une nouvelle et dernière promenade dans la forêt. Adieu. G.

Collections Musée Louis-Philippe du Château d'Eu
Eugène Isabey : Départ de la reine Victoria du Tréport
Huile sur toile, 1844
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