Votre recherche dans le corpus : 292 résultats dans 6062 notices du site.Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix (1850-1857 : Une nouvelle posture publique établie, académies et salons)
1. Paris, Vendredi 18 mai 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Ah que je me suis réveillée triste, comme j’ai le cœur serré ! Le duc de Noailles & Morny se sont rencontrés hier, très bien entendus. J’ai vu Flahaut un moment aussi. Il m’a raconté ce qu'annonce le Moniteur ce matin. Canrobert cédant le commandement à Pélissier. Remarquez ce qu'il y a déjà de victimes de le guerre depuis un an. Chez nous Menchikoff, l’Empereur Nicolas ; de ce côté St Arnaud. Le ministère Aberdeen, Drouin de Luys, Rechid Pacha, Canrobert, tous les principaux personnages disparus de la scène.
Montebello & les Sébach m'ont tenu compagnie le soir. Tout le monde est curieux de l’Académie. Morny avait bien l’air décidé d'en parler à l’Empereur.
Il devait y avoir hier un dîner aux Tuileries, les Flahaut en étaient. Ils ont été décommandés au dernier moment. On ne sait pourquoi car l’Impératrice & l’Emp. se sont promenés comme de coutume. Lisez Maudt dans le journal des Débats de ce matin. Je trouve le récit bien, il m'a bien intéressée. Je viens de voir votre petit gros qui ne m'a rien dit qui mérite d’être relevé.
A propos hier M. me dit que les nouvelles de Vienne étaient mauvaises, mauvaises pour vous. J'ai dormi cette nuit, mais ma toux ne me quitte pas Vous voilà bien content chez vous, vos fleurs, vos arbres. vos enfants, que de propriétés et de prospérités. Moi j'ai Cérini. Adieu. Adieu.
2. Paris, Samedi 19 mai 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Je n’ai rien vu d'intéressant hier. Le soir Molé & Montebello On trouve la réponse à Canrabert bien froide. Et puis on s’étonne d'une santé qui peut commande un corps, ne pouvant pas commander une armée. Comme action physique le premier commande ment demande plus de forces. Je ne crois pas à la retraite de Nesselrode annoncée dans les journaux anglais.
Lady Allice me mande que tous les peelistes voteront pour la motion de Mr Gibson. Lord Grey a ajourné la sienne. On dit le Cabinet très divisé sur la question de la paix. Lord de Maulay est mort. Vous le connaissez, je crois. On m’a porté hier un beau bouquet de le lilas. Je vous en remercie bien.
Le temps se remet, mais moi pas. On ne me permet pas encore de sortir.
Voilà une pauvre lettre, ce pendant il vous en faut une. Adieu. Adieu.
3. Paris, Dimanche 20 mai 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Dimanche
Envoyez-moi toujours votre esprit. Cela vaut plus que le reste, mais quand vous pourrez me dire le reste ce sera bien aussi. Je n’aime pas qui vous ne puissiez pas répondre tout de suite à mes lettres.
Je n'ai rien à vous dire aujourd’hui Je n’ai vu que des femmes hier matin. Et hier soir Noailles, Dumon & Mérode. Ils ne m'ont rien appris. tout le monde s’étonne de Canrobert c.a.d. de la façon. Quant au fait il se rattache évidement à un nouveau plan de guerre. On laissera des forces considérables devant Sébastapol & le reste c.a.d. La grande majorité des Anglais, beaucoup de Français tous les pièmontais iront chercher l'ennui plus loin. Canrobert peut être très prudent n'était pas de cet avis. Pélissier sera plus entrain.
Décidement Gladstone parlera demain. On est très curieux de cela à Londres. Lord Brougham est encore ici. Adieu. Adieu.
J'ai une foule de petits maux nouveaux depuis votre départ. Mon nez, mon pied, mes gencives. Je suis pitoyable. Encore adieu.
4. Paris, Lundi 21 mai 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
J’ai vu Fould hier. Nous avons bien de l’arrivée. Le voyage d'Angleterre, le voyage manqué, le coup de pistolet. Drouin de Lhuys, Canrobert, si bien que l’Académie n’est venue qu’entre la porte au moment où il sortait. Ah pour cela il ne faut pas compter sur lui En deux mots, il trouve les décrets excellents, seulement pas assez forts, & se fait fort de vous le prouver à vous même. Voilà qui est fort. Nous repren drons le sujet. Drouin de Lhuys n'a fait que gâter les affaires. Il espère que Walewski donnera la paix.
On me mande et je sais d'ici, que l’Autriche travaille encore d’accord avec les deux autres ; qu'on fait toujours bon ménage. et qu'on veut continuer comme cela.
On s’attend cette semaine à une grande bataille vers Simpherapol. A l’assaut peut être, enfin un coup décisif.
Comment trouvez-vous la circulaire du comte Nesselrode ? Elle me parait bien, & claire. C’est de Brunnow, je crois. Bulwer qui était ici hier soir dit, que de toutes les fautes qu'on a faites la plus grande est l’alliance avec le Piémont qui prive l’Italie révolutionnaire de tout appui. C’est vrai et naïf. Je suis très souffrante de la tête, l’enflure gagne, je ne sais ce que c’est. Je vous quitte pour me reposer. Adieu. Adieu.
5. Paris, Mardi 22 mai 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Je suis vraiment bien prise. La bouche enflée au point que je ne sais pas comment je pourrai manger. Je n’avais jamais eu cela. J'en suis bien impatientée.
Morny que j’ai vu hier m’a parlé de l’Académie autrement que Fould. Il croit que l’Empereur désire arranger l’affaire, et lui Morny en est bien d’avis. Vous voyez qu’on tente de nou velles propositions de paix. Il est impossible qu’elles aboutissent. Nous ne les accepterons pas. C’est du temps de perdu ou plutôt de gagné pour l’Autriche.
Les connaisseurs ici trouvent nos pièces très bien faites. On dit que le roi de Wurtemberg va venir à Paris. Je ne demande pas mieux, mais je ne m'y attendais pas.
Ma réponse peut venir bientôt. J'y suis je crois indifférente. Je me sens si mal à mon aise que le mieux ne me fera aucun plaisir.
Je n’ai vu ni Hubner, ni Hatzfeld. J’ai des petits qui ne savent jamais rien. Hier les Waleski ont dîné chez les Holland, avec Thiers Richard Metternich est en grande faveur à la cour. Avant hier il y a dîné, joué dansé.
Vous voyez que les nouvelles négociations ont fait retirer la motion de Gibson. Je vous réponds que Gladstone devait parler. Ce que vous me dites des Peelistes est très vrai. Adieu. Adieu.
Mots-clés : Académie des sciences morales et politiques, Diplomatie (Russie), France (1852-1870, Second Empire), Guerre de Crimée (1853-1856), Napoléon III (1808-1873 ; empereur des Français), Politique (Angleterre), Politique (Autriche), Politique (France), Politique (Russie), Réseau social et politique, Santé (Dorothée)
6. Paris, Mercredi 23 mai 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
L’Autriche envoie ici de nouvelles propositions. On n’en est encore qu'à l’ébauche. Il faut s’entendre d’abord avec Londres & Paris. Et puis seulement l’Autriche nous enverra ce travail. Vous voyez que cela mangera du temps. Les opérations marcheront en attendant. On persiste à penser que l’Autriche n'entre ra pas en campagne & que Personne ne l’y obligera.
J’ai vu hier Hatzfeld, mais tout envahi par ses petits griefs personnels. Le soir beaucoup de monde quatre ! Molé, Montebello Viel Castel & Merode. Tous en grand éloge de notre écrivain. Vous êtes plus en critique, mais je suis d’avis de ce que vous me dites.
Quel radotage que le rapport de Raglan du 8 mai. Lisez-le jusqu'au bout. C'est si bête. Vous voyez l’avortement de la motion Gibson. Lord Harry Vane devait second the motion. Evidement ils ont tous eu peur. Le speech des Cabarets est contre. J’ai vu mon dentiste ce matin. Cataplasmes, bêtises, la prison, tout cela pour m'épargner une dent. Je suis d’avis de la perdre ça m’est égal. Mais tout cela m'ennuie bien.
Je ne sais pas de nouvelles. Duchâtel chante ce soir. Molé passe sa journée à Champlatreux. Adieu. Adieu. On parle mal de l'exposition, plus qu'il ne faut je crois. Mais enfin le début n'est pas brillant.
7. Paris, Jeudi 24 mai 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
On dit que l’Empereur (le vôtre) serait disposé à accepter la proposition autrichienne ; il faut voir si à Londres on pense de même, et puis et par dessus tout, si on en voudra à Pétersbourg. Hier le bruit s’est répandu que le ministère anglais était en danger, D. Télég : Je ne vois rien ce matin qui confirme ce bruit. La dépêche de Raglan était donc un houx. Le Moniteur aussi l’avait copié. Je regrette que ce ne soit pas vrai, c’était drôle. Mérimée dit que Fould ne veut pas s’occuper de l’Académie et dit que l’Emp. ne lui en a jamais parlé. La tirade de l’autre jour était donc très personnelle à lui. Depuis, il s'ex prime avec plus de douceur dit-on. Voilà l’Indépendance qui reproduit la dépêche de Raglan tirée de la gazette de Londres, ce qui est officiel. Je ne demande pas mieux que de la rescuciter.
Je vais un peu mieux. On veut me conserver ma dent. J’ai main tenant deux dentistes, Dieu sait pourquoi.
Mad. de Boigne est venue hier. Je ne l’ai pas trouvée trop changée. Quoiqu'il se fut passé 1 an 1/2. Je n’ai rien à vous dire de nouveau du tout. Je n’attends rien de la motion de Disraeli, tout avorte. Adieu. Adieu.
8. Paris, Vendredi 25 mai 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Pétersbourg 15 mai. Je suis heureux de voir par votre lettre du 4 que votre santé vous permet de songer à un déplacement pour l’été, et que vous voulez avant tout faire ce qu’il faut pour vivre. Vous avez bien raison et ne vous préoccupez pas des suites. Vous êtes redevenu parisien. Pouvez-vous entrepen dre un grand voyage ? Vers le nord p. e. non, et bien, il est pour vous très important d’être à la portée de vos médecins, de vos habitudes, ainsi less said, best inconded.
Le 16. J’ai vu hier soir ceux dont le suffrage vous tient à cœur. Je leur ai annoncé votre petit voyage à Schlangenbad et retour. Cela n’a pas motivé d'observation à cette soirée, il padrone a lu votre lettre avec beaucoup d’intérêt, et sa mère vous fait dire mille choses affectueuses.
Voilà ce côté assuré je pense vous le pensez aussi n’est-ce pas ? Dites-moi votre avis Point de nouvelle à vous dire. Cowley a donné hier soir birthday dinner. Le ministère Français, les autorités, & les Anglais de rang pas beaucoup, pas un seul diplomate. Cette ommission est contre tous les usages. On me mande de Bruxelles " l’Autriche est bien bien mécontente", & on ajoute, c’est toujours très grave quoique cela ne change pas le fond des choses. mais les derniers incidents sont facheux. " qu’est-ce que cela veut dire ? Facheux pour quoi ? Mécontente de quoi ? on ne m’explique rien. Le duc de Cobourg ne revenant de Londres a dit que tout et tous étaient là à la guerre. J’entends le canon. Je suppose que c'est pour le roi de Portugal qui arrive aujourd’hui.
J’ai vu bien peu de monde hier. Je suis sortie en voiture un moment, mais j’ai peur. Adieu. Adieu.
Meyendorff me demande quelques titres de Livres pour l'Impératrice, et pour lui même. Pourriez-vous m’indi quer ?
Le canon est pour Makan au lieu du roi.
9. Paris, Samedi 26 mai 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Vous avez éprouvé de grandes pertes dans le combat dont rend compte le Moniteur 1000 hommes au moins hors de combat et 35 officiers. Mais vous avez remporté un avantage de position notable. Greville m'écrit que nouvelle expédition pour Kertch devait être partie samedi dernier. 3000 Anglais 3000 Français, 5000 Turcs. On a été bien mécontent de l'avortement de la première expédition mais me dit gr. " We can not complain of anything the Emperor does."
Il me dit du reste qu'il y a peu d’accord dans les rangs de l'opposition. Israely, Layard Rocbuck chacun tire de son côté ! Il en résultera, que le gouvernement durera au moins pendant la session ! J'ai vu hier lady Ashburton, elle est de cet avis aussi. Lord Grey va faire une attaque de fond sur Redcliffe. L’ardeur pour la guerre toujours immense !
Montalembert a assisté au débat lundi à la Chambre, il a trouvé que Gladstone parlait comme un preatcher. and d'Israely very bad taste. Palmerston worst than all. Bright seul excellent. Que dites-vous de la Circulaire de Walewski ? (répondre à Nesselrode). J’aurais bien à jaser si vous étiez là, c’est toujours comme cela. Je vais mieux mais toujours fatiguée. Adieu. Adieu.
10. Paris, Dimanche 27 mai 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Voilà donc le fruit de notre séparation ! Vous êtes malade, pour avoir quitté Paris. Vous ne pouviez pas attendre que le temps se mit au chaud ? je suis furieuse & désolée. Et j’attendrai votre lettre demain avec redoublement d'impatience.
Je n’ai vu de gros bonnets hier que Flahaut, il ne savait rien. Je me trompe Morny aussi, mais Ditto rien. On n’est occupé que des coups de Pellisier, on en attend de gros.
Vous voyez la grande majorité pour les ministres. On dit que Gladstone n'a jamais si bien parlé. Lord John trop longue ment. Je ne l’ai pas lu en Anglais. et d’après ce qu'on me dit, le Moniteur de ce matin évoque les parties les plus vives. Il en reste bien assez. Vous voyez qu'on ne compte guère sur l'Autriche, immédiate au moins.
M. Bandin votre ch. d’affaires à Londres a été blamé dit-on pour avoir présenté le prince Ladislas Czartorisky à la Reine. Cela ne le regardait pas.
Vous voyez que je n’ai point de nouvelles à vous donner. Il fait bien beau, mais je ne dors pas. Adieu. Adieu.
11. Paris, Lundi 28 mai 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Quel ennui votre bronchite ! Ah comme vous vous portiez mieux à Paris. J’espère de meilleures nouvelles demain. Nous voilà donc battus et de tous les côtés. Je redeviens russe car cela me fait beaucoup de peine. Si de cela pouvait ressortir la paix, passe, mais de notre côté comme du côté Anglais il y aura redoublement. Ici je suis sûre que vous seriez plus sensé, mais vous n'oserez pas être seuls sensés.
Enfin cela fait un gros événement.
Je trouve le discours de Gladstone bien beau. Je n’ai pas encore lu les autres. Je me contente de savoir que l’esprit en est mauvais. Le ministère va rester & même triomphalement et la guerre aussi. J’ai vu Hazfeld hier, mais rien comme de coutume. J’ai été interrompue, d'abord Beroldingen, & puis le comte Schouvalov avec lequel j’ai beaucoup causé c.a.d. c’est lui qui m’a raconté. Il n’est pas frais de Pétersbourg, mais il sait beaucoup de choses. Je suis too late for the post pour vous les conter aujourd’hui. Je ne dors pas, je ne sais que faire. God bless you et remettez vous vite. Adieu.
12. Paris, Mardi 29 mai 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Je vous en prie soignez-vous bien une rechute serait bien mauvaise. Ne sortez pas, à moins que l'air ne soit très chaud, il ne l’est pas aujourd’hui. Je suis bien ennuyée de vous savoir malade.
Plus j’y pense, plus je trouve les nouvelles d’hier, importante. Vous allez prendre pied en Crimée, l'Angleterre restera à Kertch. Vous nous délogerez de la péninsule. Tout cela n’amène pas la paix. J’ai vu hier soir la Duchesse de Hamilton & Dalleira. Molé, Barante, Dumon, C'était beaucoup pour moi. Je vous ai dit que Montebello, est allé à Londres pour affaires. Dumon y va vendredi. Molé vendredi ainsi à Champlâtreux. Cela éclaircit bien mes rangs. Que ferai-je cet été ? car je commence à me sentir, si lasse que je ne puis pas me résoudre aux paquets, aux voyages, aux auberges. Je ne trouve rien de tolérable aux environs de Paris, à moins de m'isoler, ce qui serait pire que tout. Et mon esprit. devient comme mon corps. Est- ce que je me pétrifie ?
Ah comme Cérini est bête. Ce n’est pas un emplâtre puisque je ne la vois que quand il me plait mais quand elle y est je la trouve si inutile. Je pourrais pour 5000 Francs qu’elle me coûte avoir quelqu’un qui lise, qui parle. Celle-ci chante, mais voilà tout & c’est toujours le même air.
J’ai été interrompue par Beroldingen. Il dine aujourd’hui. à la cour. Bien bon homme et que je conserverai un peu à Paris. Adieu. Adieu.
13. Paris, Mercredi 30 mai 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Vous allez mieux & le temps va plus mal, voilà ce qui m’inquiète. Vous n’aurez pas regardé au vent qui est nord, au thermomètre qui ne marque que 10 degrès. Vous serez sorti et vous aurez une réchute Je suis très tourmentée de cette idée.
J’ai vu hier Flahaut & Morny tous deux en joie des bonnes nouvelles. Ils la comprimaient un peu en ma présence. Je vois toute la gravité de cela. Vous allez vous emparer de la péninsule mais cela fait il me semble que la guerre de terre serait ou devrait être suspendue. Tout ce que vous cherchez serait accompli, et maîtres des trois mers vous nous bloqueriez à toute éternité. Ce serait au moins la boucherie d'épargnée. Ellice me parle d'un gouvernenement provisoire à établir à Simpheropol. Voilà d'agréable propos à entendre. Jusqu'à ce qu'on ne vienne là cependant, il faudra bien encore se battre ! Mais je le répète, je crois à votre succès. Vous êtes très forts.
On trouve que le Roi de Portugal a l’air d'un séminariste, mais très bien élevé, très instruit. Il fera une longue visite & cela doit ennuyer aux Tuileries. C’est Ferrière qui mande que Le roi de Wurtemberg veut venir. Beroldingen n’en sait rien, et doute. La grande Duchesse Olga revient à Stuttgard mais peu de jours.
Vos collègues de l’Académie sont un peu perplexes. Il faut comme d'usage annoncer au Ministre qu'on va tenir une séance de réception. C’est Salvandy lui-même qui a fait il y a 8 ans cette inno vation à la règle. Voilà venir la crise. Le duc de Noailles. regrette bien votre absence. On n’est pas d’accord sur la rédaction. Salvandy est allé à Bellevue composer son discours. Il dit toujours qu'il sera prêt pour le 7 mais il est probable que ce ne sera pas avant le 14. Ce n’est que le 15 qu'on ouvre le chemin de fer.
Romilly m'ennuie à périr. Je l'achève aujourd’hui & le ferai porter chez vous. Rappellez-vous les titres de livre pour Meyendorff et indiquez moi aussi ce que je puis trouver chez vous qui me convienne. Flahaut me charge de mille choses pour vous. Il était consterné d’apprendre que vous étiez malade. Adieu. Adieu.
Je voudrais bien un télégraphe électrique entre nous, pour vous apprendre d'où vient le vent et quand il faut sortir ou rester.
14. Paris, Jeudi 31 mai 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Ce que vous dit votre fils du roi. de Portugal est très spirituel, et agréablement dit. Vous l'avez donc pour deux jours, cela vous fera plaisir. Je serai bien contente d’avoir par lui de vos nouvelles.
Il m’a laissé avec Hubner, qui m’a suppliée de ne pas lui parler des choses auxquelles lui, moi, tout le monde pense le plus. Cela veut dire qu'il est embarrassé. Il en a tout-à-fait l’air. J'ai vu Hazfeld aussi, je n'ai rien tiré de lui que ceci : "Il y a quelque chose qui se passe. Et je sais pas quoi." Il n’est pas sorti de ces mots-là. Cela ne me mène pas loin !
Molé, Barante & Noailles. Hier au soir. Ils disent que la séance sera le 14 ou le 21. Plutôt le 21.
Greville m'écrit avec une exaltation triste. Les victoires en Crimée tournent les têtes. On nous fera des conditions tous les jours plus dures. Il sera ici dans 15 jours.
Lady Georgia Fullarton vient de perdre son fils unique, unique enfant. Pauvre femme ! Le temps est affreux, du vent de la pluie & froid. Soignez-vous bien.
Adieu. Adieu, car je n’ai rien à vous dire.
La Princesse Mathilde n'a pas voulu recevoir le Duc de Porto, elle prétend que le roi de Portugal vienne lui-même. Elle a raison.
15. Paris, Vendredi 1er juin 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Le temps coule et l’été ne vient pas, il fait encore très froid aujourd’hui. J’ai vu Morny longtemps mais je ne sais rien. Il n’y avait pas de nouvelles hier, & évidemment, il n'y a plus que le canon qui compte.
Je suis charmée de voir que vous regardez à la fenêtre, & que vous restez chez vous quand il ne fait pas beau. Il faut bien soigner les bronches. Je ne suis pas débarrassée de la mienne. Je n’ai pas de lettres, rien que lady Allice qui est furieuse du triomphe des Anglais.
J’ai vu hier la comtesse Stakelberg pour la première fois. Elle n'a rien fait, rien demandé, elle est tout bonnement restée à Paris. Personne ne lui a rien dit, de Pétersbourg. Elle va à Ems. Moi j’ai envie de n’aller nulle part. Voilà une disposition actuelle. Et puis il viendra un beau jour où je voudrai prendre le mors aux dents. Ce sera lorsqu'on ne sera pas venu causer le soir. Jusqu’ici je ne suis pas restée seule. Mais gare aujourd'hui- même, car les uns après les autres tout le monde part. Adieu. Adieu.
Voilà une intéressante. lettre !
16. Paris, Samedi 2 juin 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Je vous en prie remettez vous. Je suis inquiète, cela dure.
J’ai vu Fould hier. Il a repris sa question de l’Institut. Certainement il faut quelque chose. L'hostilité se faisait sentir à toute occasion. Legouvée préféré à Ponsard par nulle autre raison que celle qu’on savait être par là désagréable au pouvoir. Je n’ai pas eu de réplique là, & je ne me connais pas aux autres exemples cités. Sinon, & & & au total, il y a peut être eu exagération dans les décrets, mais l’essentiel doit subsister ; l’Institut ne peut pas se croire tout à fait indépendant de l’état. On va faire dresser un mémoire des doléances, & on examinera. En tout état de cause on ne veut pas se brouiller avec l’Académie. Voilà à peu près. J’ai été très contente de Fould. Une satisfaction éclatante et puis la paix quand même d’autres ne la voudraient pas.
On est bien maître et la paix est le désir sincère de tout le monde. Hubner a dit hier à un diplomate que puisque les prop. de l'Autriche n’avaient pas été agréées ici et à Londres, et qu'on n’avait pas proposé de ces côtés-ci de nouvelles conditions, l'Autriche était en liberté de rester neutre et le rester. On parle ici très lestement de l'Autriche, et on dit de Hubner qu'il est très empêtré.
J'ai des nouvelles indirectes. de Pétersbourg. Point de direction unique et suprême. Une volonté dominante ne se fait point sentir, ni en guerre, ni en politique. Nesselrode, Orloff, Dolgoronsky toujours en faveur du blame sur l'Emp. Nicolas grand organisateur, mais ni homme d’Etat, ni homme de guerre. La faveur du G. D. Constantin pas si grande qu'on le dit.
Le roi de Sardaigne épouse La princesse Mary de Cambridge. Je vous redis tout en grande confusion et adieu. Adieu un peu vite. car je suis prise par de sottes affaires. Toujours Petersbourg & mon argent. Quelles chicaneries.
Mots-clés : Académie des sciences morales et politiques, Diplomatie (Russie), Famille royale (France), Femme (politique), Finances (Dorothée), France (1852-1870, Second Empire), Guerre de Crimée (1853-1856), Institut impérial de France, Mariage, Nicolas I (1796-1855 ; empereur de Russie), Politique (Autriche), Politique (Russie), Réseau social et politique, Salon, Santé (François)
17. Paris, Dimanche 3 juin 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Si vous vous êtes promenés hier comme vous me l'annonciez vous aurez pris froid. Vous ne savez donc pas que le vent était au nord. N'y a-t-il pas de Girouettes chez vous ? C’est affreux de penser que vous n'avez pas le moindre souci des précau tions les plus simples, & personne autour de vous qui a le sens de ces choses-là. Vous voyez que je grogne.
J'ai vu hier Morny. Il n'y a rien de nouveau. On vit sur le Moniteur d'il y a huit jours probablement il faudra venir nous chercher un peu loin dans l’intérieur de la Crimée.
Une lettre de mon fils mais seulement pour m'annoncer qu’Olga se marie. Elle épouse un comte Schouvaloff. Très bien, riche et convenable. Sans doute la mère ne me donnera pas avis de cela.
Hier soir les Sebach & le duc de Noailles. Sebach est enragé et imbécile, il dit que la mer d’Azoff, Kertch & & Ce n’est rien du tout. Il crie, il gesticule, cela ne me convertit pas. Le duc de Noailles me dit que c’est tout au plutôt le 21 qu’aura lieu la séance.
Beaucoup d'Anglais vont arriver. Je n’ai vraiment aujourd’hui rien à vous dire. Adieu. Adieu.
18. Paris, Lundi 4 juin 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Lundi
Votre frisson intérieur, me le donne. De la chaleur, de la chaleur, il vous faut cela. Et pour cela il faut du soleil & le vent du midi. S'il y a de l’est ou du nord je vous conjure de ne pas sortir. Ah comme je saurais bien vous soigner & vous gouverner.
Bulwer hier soir m’a annoncé une grands victoire de Lyons au fond de la mer d’Azoff. Il me dit aussi que Palmerston est affirmi pour toute la session et cela ne lui plait guère. Il est fâché que le départ de Thouvenel soit retardé, car on compte sur lui pour renverser Redcliffe.
Interrompue par Brandebourg & Beroldingen. Je reviendrai demain sur le premier. Je n’ai que le temps de fermer ceci. Adieu. Adieu.
19. Paris, Mardi 5 juin 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Vous me désolez en me disant votre toux et votre mauvaise nuit. Mon inquiétude tombe toujours juste. Vous aurez vu cela par Quand donc aurez mes lettres. vous du good sense pour votre santé ? Pensez au mal que cela fait à la mienne. Je ferais bien d’aller à Lisieux, je vous soignerais et je mangerais des poulets à bon marché.
Le roi de Prusse a repris la fièvre. On est inquiet de lui. Voilà qui serait un grand malheur. Son frère changerait tout à coup la politique de la Prusse. Lui et sa femme sont très anglais.
On est enragé à Berlin et en Allemagne en général à propos du discours de Lord John, et il y a de quoi. Les officiers allemands non seul ment décorés "mais payés par la Russie". On a envie d’aller à Londres tout exprès pour le rosser.
Villamarina nie avec colère que son maître épouse la P. de Cambridge. Je crois cependant que c’est très sûr. Cela me vient de bonne source.
A la revue hier il n'y a eu que les alliés invités dans la tribune de l’Impératrice, et les Hatzfeld.
Je ne sais si cela a beaucoup convenu à Hubner. Il est venu chez moi me raconter. Son humeur est un peu flottante. Il marche sur des braises, il a peur de parler ou que je ne parle. Il espère des succés pour vous. Et puis la paix. Il n’ose pas me dire qu'il voudrait être parmi les battants, mais il est clair qu’il n’est pas tout-à-fait en aprobation de son gouvernement.
Deux lettres, l’une de la Haye où se trouve Mad. Kalergis, l’autre de Greville. Dans la première je vois de la tristesse & du mécontentement à Pétersbourg. "On s'occupe de niaiseries au lieu de penser aux choses sérieuses." Cela m’avait déjà été dit. C’est triste. Gr. me dit que l’effet des nouveaux succès est prodigieux. Il serait impossible maintenant d’accorder la paix aux termes proposés à Vienne. On veut nous accabler. Palmerston est triomphant. Adieu. Adieu.
Dites-moi que vous allez mieux. Je reste très inquiète. Adieu.
Mots-clés : Correspondance, Diplomatie (Russie), Famille royale (Angleterre), Femme (politique), France (1852-1870, Second Empire), Guerre de Crimée (1853-1856), Mariage, Politique (Angleterre), Politique (Prusse), Relation François-Dorothée, Réseau social et politique, Salon, Santé (Dorothée), Santé (François)
20. Paris, Mercredi 6 juin 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Je n’ai pas eu de lettre ce matin. Vous voulez bien que je sois inquiète, très inquiète. J’ai envoyé deux fois chez votre fils, je lui ai écrit, on ne le trouve pas. Je ne sais à quel saint me vouer. Ah quel malheur que votre bronchite, et vos imprudences.
J'ai eu hier une longue visite de Canera. D’abord son respect. pour vous, son regret de votre absence. Le roi de Portugal voulait demander à l’Empereur la permission de vous recevoir. Il a lu tout ce que vous avez écrit, civilisation, & il est très curieux de vous connaitre. Il passera encore 10 jours ici. Et puis il va à Rome.
On commence à croire que Montemolin pourrait arriver au trône. Et on n'en serait peut être pas trop mécontent ici. Ce qui mécontente c'est la Révolution et le désordre à côté de soi.
Les Anglais font une guerre de pirates très heureuse. Quant à l'honneur & la gloire, ils vous les laissent.
La chaleur est grande aujourd’hui si vous n’étiez pas sorti imprudement l’autre jour, je vous dirais de sortir aujourd’hui. Pour une bronchite vous savez que c’est le vent, même chaud qu'il faut éviter. En général il faut tout faire pour s'en guérir, car sans cela on est repris à chaque instant. C’est bien là ce qui m’arrive.
On me dit que le chemin de Lisieux ne sera ouvert que le 1er juillet. Voilà qui est bien contrariant. Je n’ai que des contrariétés. Adieu. Adieu.
Tout un jour sans lettre, et lorsque La dernière était mauvaise J’ai fait lire au duc de N. ce que vous me dites de l’Académie je le garde en poche pour la montrer à Fould. Noailles en a été bien content. Il répétait " C’est ce que je vous disais. " Or, je ne me rappelle pas du tout ce qu'il me disait. Adieu. Adieu encore.
Mots-clés : Académie des sciences morales et politiques, Chemin de fer, Circulation épistolaire, Civilisation, Enfants (Guizot), France (1852-1870, Second Empire), Guerre de Crimée (1853-1856), Politique (Angleterre), Politique (Italie), Réception (Guizot), Réseau social et politique, Révolution, Santé (François)
21. Paris, Jeudi 7 juin 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Jeudi
Ah. Enfin, deux lettres à la fois. J’ai passé une journée d'angoisse, quoique votre fils soit venu me rassurer. Je vous vois enfin bien pénétré de la nécessité d'une grande prudence. Vous avez du guignon. Voilà de belles journées. Vous ne pouvez pas sortir, et quand vous vous avisez de le faire vous choisissez un vent du nord. Si je n’avais pas eu de meilleures nouvelles aujourd’hui je faisais partir Behier. Et je vous déclare d’avance que je n'ai pas de lettre et si je suis inquiète je vous l’envoie. Vous ne vous étonnerez donc pas de le voir arriver. J'en fais mon affaire.
Fould est venu hier tout exprès pour savoir de vos nouvelles. On avait répondu au roi de Portugal qui avait voulu vous voir, que vous étiez très malade à la campagne. Fould veut que vous sachiez que sa visite à moi avait d’autre but que son anxiété de savoir comment vous êtes. Je lui ai donné à lire votre lettre qu'il a lue atten tivement. Après quoi comme il ne disait rien, je lui ai dit Et bien ? - "Et bien, (avec un sourire) cela s’arrangera", et il a parlé d’autre chose. Il part après demain pour Pau & sera de retour le 25. Il n’y aura pas d’intérimaire l'absence n'étant que de 15 jours.
Morny part dans 15 jours pour Ems. Barante après demain. pour Nîmes je crois. Tout le monde s’en va. Et me voilà, que faire ? Vous viendrez me le dire.
Je trouve le discours de Cobbet très bien. Je n’ai lu que le résumé. Je ne sais pas de nouvelles. Le roi de Prusse a une fièvre intermitente avec des accidents de peau. Adieu. Adieu.
Dites-moi, bien en détail comment vous êtes. Le sommeil, la toux, les forces. Votre médecin vient- il tous les jours ? Adieu.
22. Paris, Vendredi 8 juin 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Merci des meilleures nouvelles sur votre santé. Tout le monde m'en demande.
J’ai vu hier beaucoup de monde, mais tous les tête-à- tête intéressants interrompus. Ainsi Flahaut deux fois et jamais seul. Il revient d'Angleterre.
Hubner dans l'embarras flatté des éloges qu’on donne à la sagesse & à l'habilité de son gouvernement et fâché de ses mérites. Il dit toujours qu’on pourrait bien marcher contre nous. Il se plaint assez haut de l’austrophobie de Lord Cowley. Mais il fait bon ménage avec lui.
On dit qu’aussitôt le roi de Portugal parti l'Impératrice ira aux Eaux Bonnes, et y restera jusqu'à l’arrivée à Paris de la Reine d'Angleterre qui s'annonce pour le mois d’août et un séjour d'au moins 15 jours. Elle veut tout voir. Elle habitera St Cloud avec la cour. Il y a place pour tout le monde des deux cours.
Point de nouvelles. Regardez bien au temps, à la température, au vent, placez un thermomentre en dehors de la fenêtre de votre Cabinet. Il est au nord, ce n’est que comme cela qui vous saurez vraiment. ce qu'il fait dehors. Car à ce que m’a dit Guillaume le thermomêtre est dans la galerie qui à le midi. Il n’est bon à rien là.
Je vois Duchâtel très souvent, presque tous les jours. Montebello n’est pas encore revenu d'Angleterre. Voilà 15 jours qu'il y est. Hier l’Académie était pressée & voulait avoir sa séance le 21. Ne sera-ce pas trop tôt pour vous ? Voici ce que m'écrit Boyer. "M. Guizot n’a eu qu’une bronchite très simple, il s’était seulement fatigué à ranger des livres." Si cela va de pair avec le conseil de jouer le piano après avoir pris des pilulles. A-t-on jamais pris une bronchite par ce qu'on range des livres ? Adieu. Adieu.
Puisque je suis plus tranquille sur votre compte, je vais mieux aussi pour le mien. Je vous en prie soignez-vous. Adieu.
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23. Paris, Samedi 9 juin 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Je voulais passer ce matin chez votre fille Pauline et la prier de se charger d'un thermomètre pour vous. Et la voilà partie. J'en suis bien fâchée. J'insiste pourque vous fassiez changer de place au vôtre pour le mettre au nord. Il n’y avait que 12 degrés ce matin & beaucoup de vent. Ce serait mauvais pour sortir. Je m’inquiète de tout. Votre lettre est bonne cependant.
A propos je viens de recevoir un mot d'Hélène m’annonçant le mariage d’Olga avec le comte Schouvaloff, un très bon mariage. La lettre est simple & amicale, elle ne me dit que cela. Je lui ai répondu de même. C'est un pas de fait.
Hier on débitait bien des nouvelles. Une bataille engagée le 7. On attendait hier l'issue. Le Moniteur se tait. On prend beaucoup de peine pour persuader que rien n’est changé dans les rapports avec l’Autriche, et qu’elle accomplira ses engage ments. Il me semble qu'il ne l'obligent que pour le cas où nous l’attaquerions, ce qui n’arrivera pas. J’apprends que vous avez enlevé le mamelon vert, point important, et que vous nous avez fait prisonniers 400 artilleurs. C’est beaucoup. On dit que Mme Ristori aux Italiens est très superieur à Rachel et que celle-ci crève de jalousie. Voyez comme je vous donne toutes les nouvelles. Adieu. Adieu, on m'interrompt. Prenez garde au vent rien de plus mauvais pour les bronches.
24. Paris, Dimanche 10 juin 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Votre santé est la chose à laquelle je pense le plus à présent. Parlez m’en toujours en détail. Le temps est assez beau, mais ce n’est pas de la vraie chaleur
On me répète qu’après une vraie séance en Crimée on sera très pressé ici de faire la paix, et qu'on nous l’offrirait beaucoup plus palatable qu’à Vienne. Je veux bien le croire, mais les Anglais parlent une toute autre langue, et on a pour eux bien des égards pour ne pas dire de la faiblesse. Cependant il n’est personne qui ne reconnaisse que l'Angleterre est beaucoup plus dans votre dépendance ; que vous dans la sienne. Et la volonté de l’Empereur devrait être toute puissante. Sa situation est cela.
J’ai vu hier Flahaut et Morny. Montebello est revenu de Londres. Il a assisté au dernier débat, il admire beaucoup Bright & dit que Sidney Herbert a fait un admirable. discours. Tout le monde à la guerre, & tout le monde désirant la paix. Si le Times voulait la préconiser elle se ferait.
Montebello a vu Aberdeen. très vieilli. Toujours le même langage à la paix, Dumon est revenu hier aussi. Je ne l’ai pas vu encore. Mad. de Boigne est venue me dire adieu. Elle va à Trouville cette semaine. Adieu. Adieu.
Hier c'était Beroldingen qui est venu couper ma lettre. Il vient souvent, bon homme, sûr, & très éveillé. Adieu.
25. Paris, Lundi 11 juin 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Ce que vous me dites du Roi de Prusse est très vrai. Tricoupi que j’ai vu hier un moment (il passe en allant à Aix-la Chapelle) me dit qu’à Londres aujourd’hui on commence à bien parler de lui et très mal de nouveau de l’Autriche. Je suis de votre avis pour celle-ci. Sa situation conduite a été habile & sa situation est bonne.
Voilà de bien mauvaises nouvelles pour moi au Moniteur à ce train là Sévastopol va être bientôt pris. Et bien qu'il le soit et que cela finisse. Pourvu que cela fasse finir !
Je n'ai pas réussi pour Brandebourg. Il part aujourd’hui pour Londres, le Roi croit que c'est un avancement et c’est par amour pour le jeune homme qu'il le contrarie.
Dumon, que j’ai vu hier soir est ravi d’Estherazy, et a Londres en horreur. Il n'y a vu personne. Il y a eu une grande soirée samedi chez le Prince Napoléon. L’Empereur a été très aimable pour les Holland ce qui les obligera d’aller à la cour, ils n’y ont pas été encore depuis l’Empire.
Je n’ai vraiment pas de nouvelle à vous dire. Je vois beaucoup de monde mais je n’apprends rien Le soir c’est très réduit. Viel Castel hier, mais il part aussi.
Adieu. Adieu remettez- vous, & pour cela soignez- vous beaucoup. Adieu.
26. Paris, Mardi 12 juin 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Je n’ai pas revu Carréra ce qui fait que je n’ai pas pu lui dire encore ce que vous m'avez écrit à propos de son roi. Selon moi vous devriez écrire une note à Carrera lui-même. Vous avez appris l’intention (ne me nommez pas) et vous en témoignez votre reconnaissance & & La visite à vous est une exagération, il n’a jamais été question que de vous inviter à venir chez le roi mandez-moi si vous faites ce que je vous dis, car si vous ne le faisiez pas je couperai de votre lettre le paragraphe qui traite de cela, & je l'enverrai à Carrera.
Il reste encore ici la semaine. Je n’ai vu hier que le duc de Noailles, Montebello, Duchatel, les Sébastiani lui, radotte. Et quoiqu’il en dise, nos affaires vont mal. Walevski ne se prodique pas. On ne le voit pas du tout, et on ne parle pas de lui. C’est comme s’il n’y était pas. Je suis frappée d’un correspondant signé Y dans l’Indépendance qui traite de la nécessité d'une comman dement unique. Les opérations peuvent pas aboutir à moins de cela. Vous savez que l'Y vient de haut bien ici. Je pense que Pélissier usurpera le commandement en chef, que Raglan, donnera sa démission, et tout le monde sera content inclus le gouvernement Anglais.
Le temps est bien lourd. Je m'en ressens, je n’ai courage ni force à rien. Pas l'ombre d'une nouvelle à vous dire, si ce n’est qu'à l’attaque du 7 vous avez eu un général (de l’artillerie), et un colonel tués. Evidemment les pertes ont été graves de part et d’autre. Quelle tristesse et toujours sans résultat ! Adieu. Adieu.
27. Paris, Jeudi 14 juin 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Morny et Noailles se sont rencontrés chez moi hier. L’Académie a été le topik.
Morny est très bien, net et judicieux sur cela comme sur autre chose. Il a proposé au duc de Noailles d’aller expli quer l’affaire à l’Empereur. Il a volontiers accepté, il est donc probable que cela aura lieu, mais le duc s’est refusé à votre lettre du 3 juin qu’il trouve excellente, je ne l’avais montrée qu’à Fould. Morny l'a lue hier attentivement elle lui semble si bonne & si bien qu’il voulait me l’enlever pour la montrer au maître. Je m'y suis refusée. Je ne veux pas que mon nom soit mêlé à une affaire quelleconque. Mais voici ce que vous ferez. Vous écrirez à Morny une lettre copie exacte de celle que je vous renvoye, il l’a trouvée admirable, et [?] et concluante et enlevante. (Je ne sais si cela se dit.) Vous y mettrez quelques mots à l’adresse de l’Empereur & de Morny, comme vous savez les dire. Du reste n’omettez rien de ce que vous dites dans le N° 18. J’ai marqué les passages qui lui ont le plus plu, et qu'il faut sur tout conserver. Le conseil que je vous donne est le bon. Ceci m’a rappellé vos conseils à Bruxelles.
Cette lettre n'étant à autre fin je vous dis Adieu.
29. Paris, Jeudi 14 juin 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Molé est arrivé hier, il est venu chez moi le soir. Il va je crois faire une course en Allemagne ; à Bade à ce qu'il dit, pour 15 jours ou trois semaines. Une idée toute nouvelle et drôle, pour lui qui prétendait qu’il ne se réunirait plus & qu'à notre âge, il faut surtout rester tranquille. Il a très bonne mine.
Le duc de Broglie aussi est venu hier soir, il part Samedi. Il veut revenir pour la séance. Tout le monde s’étonne que je ne fasse rien de mon été. Je crois que j’en suis étonné moi même. Mais il m’est impossible de me décider, je ne puis pas me tirer de mon repos.
Je tousse toujours. Oliffe dit que je ne me guérirai pas de cela. Il craint pour moi l'hiver prochain, et a l'air bien décidé de me le faire passer à Nice ! Belle perspective ! Je tourne à la mélancolie ; je ne le montre pas, mais je le sens.
Il n’y a toujours pas de nouvelle. au palais des Carrera loge Tuileries. Je crois qu’ils vont partir sous peu de jours. Voilà ma lettre aujourd’hui ! Il ne vaut guère la peine de vous l’envoyer. Je vous dis adieu, parce que je suis triste.
30. Paris, Vendredi 15 juin 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Voilà du bien mauvais temps. Il faisait plus beau que cela il y a 50 ans à Châtenay. Qu'il y a loin de cela. Ah comme la vie passe ! J’ai appris hier que vous n’avez pas reçu encore mon N°27. Il vous arrivera cependant.
L'Empereur recevra le duc de Noailles quand il aura pris lecture d'un mémoire que lui prépare son Ministre plus je pense à Molé et plus je trouve drôle qu'il fasse un coup de tête. C’est demain je crois qu'il veut partir. J’ai dit au duc de Noailles, ce que j’en pensais. Mais je n’ai pas à me mêler des affaires de Molé s’il ne m'en parle pas.
On s’étonne extrêmement ici de la facilité avec la quelle nous abandonnons toutes nos places. J'en suis honteuse, et notre pavillon que nous mettons partout en poche. Heureusement que nous nous tenons bien à Sébastopol, mais cela ne pourra plus être long.
Je viens d'envoyer votre lettre à Carreira. On dit que l’Empereur a trouvé les vêpres siciliennes un spectacle inconvenant. C’est parfaitement vrai. Les Français massacrés. Mais on savait l’histoire, il ne fallait pas laisser monter cet opéra ici.
L. Greville me mande qu'il sera ici demain. On le dit bien changé. Point de nouvelles. Que dites-vous des protocoles de clôture. J’ai trouvé Bourqueney très irrité & que querelleur Il me semble que l’affaire était si facile à arranger. Adieu. Adieu.
31. Paris, Samedi 16 juin 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Ah que je vais être contente le 25 ou le 26 ! Je ferai parler à Chasseloup si j’ai par qui. Mon 27 n’a pas pu vous arriver. Le paquet était trop lourd. Vous renverrez aujourd'hui l’équivalent par une autre voix.
Je vous ai dit je crois combien Morny & le duc de Noailles avaient trouvé votre N°17 excellent. On voulait me l’enlever. Je n’ai pas voulu. Je ne suis pas ici pour être mêlée à quoique ce soit.
Je n’ai pas revu Molé hier ce qui m'étonne, car c’est aujourd’hui qu’il veut partir. Je persiste dans ma critique mais je ne le dis qu’au Duc de Noailles qui est tout cousu de rétiscences. J'ai encore revu Morny hier. On dit dans le monde qu'il est devenu bien belliqueux depuis que les affaires vont bien.
J’ai lu à Hatzfeld un passage d'une de vos lettres où vous parlez bien de son roi. Je ne manque jamais les bons comérages. Je n’ai pas reçu Hubner. Il fait aussi froid qu'en novembre. J’espère que vous savez cela. Adieu. Adieu.
32. Paris, Dimanche 17 juin 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Vous êtes à mille lieues de Paris si vous avez pu avoir chaud depuis 3 jours que nous sommes ici à 8 degrès seulement, et des déluges de pluie & tempête. C’est abominable, et pourtant j'en suis bien aise, point de regret de la campagne. Mais viennent les beaux jours, et comme je deviendrai féroce.
Molé est parti hier soir. Je ne l’ai pas revu. Il a dit une absence de 15 jours. Duchatel part demain. Il reviendra pour le 30 l’élection de de M. de Lavergne. Dumon a la scarlatine dans la maison. Je ne le recevrai pas. Viel Castel part demain, Montebello aussi, il ne me reste rien que le duc de Noailles pour quelques jours encore. Avez-vous dans votre bibliothèque Les Mémoires de Dartagnan ? On dit que cela m'amuserait. Je vais faire reporter chez vous tous vos livres, je les ai lus, je suis à sec.
Hubner est venu hier. Doux, promettant la paix pour la fin de l'été ; quelle bêtise ! Il ne m’a pas dit de nouvelle. Greville est arrivé. Je vais le voir. C'est le duc de Noailles qui s’est chargé d’épéronner Chasseloup. Duchatel ne le voit pas, d’ailleurs, il part. Interrompue par Greville. Adieu. Adieu.
33. Paris, Lundi 18 juin 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Voici le plus saillant d'une première conversation avec Greville. La Crimée conquise et on y compte, ou au moins un succés brillant, l'Angleterre ne se contentera pas des conditions qu’elle proposait à Vienne, elle les veut bien plus dures. La guerre de terre finit de ce côté ; on se portera en Asie pour nous prendre la gorge. Est-ce que la France se mêlera de cet intérêt anglais là ?
On ne pense pas à la Pologne. Si on y songeait on aurait toute l’Allemagne sur les bras, & la France songerait au Rhin. Or cela jamais l'Angleterre n'y consentira. Je vous dis l'abrégé. Il y a beaucoup de plus à dire. Je le reverrai aujourd’hui.
Le duc de Noailles va demain à Orléans. Il en revient Mardi. Tout le monde part. Que ferai-je au mois de juillet ? Je frémis d’y songer. Hatzfeld est revenu hier beaucoup plus causant & très sensé. Tous ces Allemands respirent, ils sentent que pour cette année le danger est écarté ! Pas de nouvelle. On en attend de bien grandes. Adieu. Adieu. Morny est parti hier pour sa terre d'Auvergne. Il sera du retour jeudi. Adieu. Tout Paris parle du voyage de Molé & on dit que c’est pour aller trouver le comte de Chambord. On s’étonne fort et on blâme fort.
34. Paris, Mardi 19 juin 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Il n’est pas question de rappeller Raglan, non plus que Redcliffe. Cela ira comme cela a été. Any how ! Pleine assurance que Clarendon ne se préterait jamais à des projets de nationalité si même Palmerston y pensait et il n’y pense pas.
Du reste pas de nouvelle découverte dans ma promenade avec G. hier. Véritable goût et affection de toute la famille royale pour l’Empereur & l’Impératrice des détails curieux et intérieurs sur cela.
Le bombardement a commencé le 16 sur toute la ligne, voilà tout ce que je sais. Ah mon Dieu quelle horreur. Je vous remercie de rester chez vous par ce vilain hiver.
J’ai été interrompue par Carreira. Ravie de votre lettre il vous a répondu. Brave excellent homme, & plein d’excellent jugement et d’esprit. Ils partent jeudi, ils verront l’Italie & puis ils s’en reviendront par la Seine en Angleterre & le 15 août à Lisbonne. Le roi entre en possession du gouvernement le 16 septembre.
Autre interruption il faut que je vous dise vite Adieu.
35. Paris, Mercredi 20 juin 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Mon fils Alexandre est allé passer quelques jours avec son frère à Berlin avant de se rendre dans ses terres en Courlande. Il retourne dans 3 mois à Naples. Paul va à des bains en Westpalie, moi je reste ici, cela me parait clair.
Tout le monde me dit, sur des lettres de Pétersbourg, que nous somnnes préparés à perdre Sévastopol et même la Crimée, mais cela ne nous fait rien. L'absence de nouvelles du théâtre de la guerre inquiète ici le public. Je pense qu'il n'y a pas de quoi. On dit qu'il y a vu hier un petit bal charmant à la cour. J’en avais un sur ma tête. Ma voisine va partir pour les eaux. Bonnes aussi. L’Impératrice. y va dimanche. L’Empereur reste. Il fait aussi froid qu'en novembre. Comme vous seriez mieux à Paris qu'au Val Richer.
J’ai vu Hubner hier longtemps, très doux. Ardent pour la paix, spirituel, assez à son aise. Aurez-vous le chemin de fer pour le 25 ? Adieu. Adieu.
36. Paris, Jeudi 21 juin 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Je trouve le journal de St Pétersbourg d'une excessive modération. D'un ton excellent, & très bien fait. Mais vous, pluriel & singulier, trouvez mauvais tout ce qui vient de chez nous.
L’affaire du massacre à Hango fait beaucoup de bruit. J’attends ce que nous en dirons. Voilà les chambres convoquées. Morny revient aujourd’hui.
Il fait beau écouter Brignoles sur la conduite de son gouvernement envers nous. Ingratitude d’abord guerre injuste, impolitique, humiliante, ruineuse. Il développe tout cela très bien et n’a plus autre chose en tête.
Je passe mes soirées solitairement. Je n'ai plus un seul habitué à Paris. C’est gai, avec Cérini !
Les Holland partent demain pour Londres. Je les regretterai beaucoup. M Cavendish qui revient de là dit qu'on ne parle pas du tout du voyage de la Reine, qu'on en doute même. Moi je ne doute pas. Elle a beaucoup vu les Cambridge qui étaient jadis si hostiles ; aujourd’hui fanatiques pour l’Emp. & l'Imp. En fait de fanatisme voici un trait de Lady Allice. Son fils a été blessé devant Sévastapol, elle s'est contentée de dire, he deserves it why does he fight the russians. Adieu. Adieu.
oici Beroldingen qui m’interrompt.
37. Paris, Vendredi 22 juin 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Je trouve le Moniteur de ce matin grave. Chasseloup a dit hier au duc de Noailles que vous aurez votre train le 26. Enfin ce sera 26 ou 27 selon votre lettre. Vous me manquez plus que jamais car je passe mes soirées toute seule, c’est trop triste. Aussi je le sens.
J’ai vu hier Hubner & Hatzfield, mais à la fois, ce qui fait que je ne les ai pas vus. Pourquoi mes amis ne s'éparpillent-ils pas un peu ?
Vous n’avez pas idée de la violence des journaux anglais, Times, Post, tous, à propos de l’affaire de Hango. Il me parait à moi d’après les rapports que j’ai lu dans le Moniteur qu'il faudrait quelque chose de plus que le témoignage du matelot. En tous cas voilà des inci dents qui agravent beaucoup l'hostilité. Nous sommes joliment détestés en Angleterre.
Voilà l’indépendance qui cite le j. officiel de Pétersbourg. L’affaire de Hango est tout autre qu'on n’a dit. Nous avons tués cinq hommes, et fait prisonnier 11 inclus officier, médecin. Tout bonnement une descente repoussée ; accordez cela avec la relation anglaise ! Je suis charmée de ce démenti.
Toujours horrible temps. J’espère que votre prudence persiste. Adieu. Adieu.
38. Paris, Samedi 23 juin 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Samedi
Votre jugement sur notre réponse à Walevski me plait. Je sais que lui aussi est content de cette pièce. Il l’a dit au duc de Noailles, il a surtout relevé ce que vous relevez aussi.
J’ai vu hier Morny, il a reçu de vous une lettre qu'il a de suite envoyée à l’Empereur. Il ne l’avait pas vu encore hier. Il n'était ici que depuis la veille. L’Impératrice part demain. L’Empereur ne l’accompagne pas. On jase beaucoup de la tentative manquée sur Malakoff. Comme de coutume on exagère les pertes, car on va jusqu’à parler de 1000 h. Je crois que personnes n’en sait rien, pas même le gouvernement peut-être. Mais il va arriver de là qu'il faudra du temps encore pour se refaire, & puis recommencer. Ah mon Dieu, et quand viendra un résultat ? Quelle faute vous avez faite de ne pas faire comme disait le Tartare. Vous pouviez prendre alors Sévastopol et la paix serait faite et depuis longtemps. Je ne sais comment s'éclaicira l'affaire de Hango. Croira-t-on le nègre plutôt que général Berg. ? Il ne parle pas de pavillon parlementaire. D’ailleurs les Anglais en ont déjà singulière ment abusé depuis le commencement de la guerre, à commencer par la rétribution ! Dans tous les cas ceci est une mauvaise affaire de plus, & l'Angleterre est enragée.
Le temps toujours mauvais. Adieu. Adieu.
P.S. vous avez eu deux généraux tués. Les Anglais ont perdu le général sir J. Campbell. On est consterné à Londres.
39. Paris, Dimanche 24 juin 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
C. Greville est revenu tout à coup de Vichy. Au bout de deux jours il a eu froid, il s’est ennuyé et il a tout planté là. C’est très anglais et très sensé. Il passe que quelques jours, vous le verrez j'en suis bien aise.
J’ai eu une lettre de Meyendorff. Ah comme il arrange les Anglais. Ils ne savant pas se battre, mais ce qui est pire ils n'aiment pas se battre. Voilà ce que dit toute notre armée. Quant aux Français C’est tout autre chose, aussi nous les aimons & les respectons, & quand un prisonnier français, blessé vient à mourir, on se cotise (les soldats) pour lui faire un beau cercueil, et on l’enterre avec tous les honneurs. La lettre de M. est curieuse sur tout cela. Il finit en disant : j’espère que l'Emp. Napoléon vivra assez pour venger le genre humain de cette nation si orgueuilleuse, si égoiste, aujour d’hui si misérable. En voilà de la passion ! Il parle des déprédations dans la mer d’Azoff comme des coups d’épingles sans portée sur le crédit.
Notre change ne baisse pas c’est vrai, je l'ai vu aujourd’hui par une remise qui m’a été faite.
J'ai revu Bulwer aussi qui est à Enghien. Il me dit que Westmorland se retire. Il croit que Hamilton Seymour le remplacera.
Je trouve la dépêche de Pélissier aujourd’hui peu polie, on ne dit pas de l'ennui qu'il a peur le lendemain du jour qu'on a été battu par lui. On ne le dit même jamais ce n’est pas français.
L’article du Journal des Débats sur le Prince Albert est bien fait. Le langage du Moniteur en réponse au J. de Pétersbourg ne me parait pas aussi courtois que nous le méritions. Il y a des mots qui choquent. Nous ne nous en servons jamais. Vous voyez que je suis entrain de critique, j’ai bien mal dormi et j’ai un mal de tête très désagréable.
Adieu. Adieu. Je crois presque que ceci sera ma dernière lettre. N’est-ce pas ? Adieu.
40. Paris, Samedi 7 juillet 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Que je suis triste de rependre les numéros ! Je n’ai vu hier dans toute la matinée que Morny. Il a été charmé de votre suffrage de son discours. Il y a longtemps qu’il n’a causé avec son maître. Il a laissé hier Montalembert dire tout à son aise un discours politique. Personne ne lui a répondu. Montebello & Viel Castel, venus le soir. La fête chez Walevski a été superbe. Ni Morny ni Viel Castel n'y ont vu Hubner.
Comme je vous envoie ma lettre avant ma promenade, je n’aurai vu personne et je n’aurai rien à ajouter Adieu. Puisque nous n’avons plus que cela.
41. Paris, Dimanche 8 juillet 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Mazarin est illisible pour moi, tous ces chiffres me confondent. I cannot go on. J'en dirai autant du Médecin. C’est trop triste. Vous avez surement Molière, j’ai envie de le reprendre, puis-je le demander à Génie ?
Je n'ai rien vu d’intéressant hier. Mad. de Flahaut qui part demain, Duchâtel qui a chaud ; Moltke & Sébach, qui sont spirituels comme de coutume.
Vous êtes bien heureux d'avoir vos petits enfants. Je comprends qu’ils vous aiment. Puisque je n’en ai pas moi, je voudrais être eux.
Le temps est divin. Pas un mot de nouvelle. J’ai vu hier Greville aussi qui n'en savait pas, il part aujourd’hui. Personne n’a aperçu Hubner, cela fait rire. Il n’est pas aimé. Hatzfeld rit surtout, je ne l’ai pas vu , mais on me le dit. Je viens de lire dans le Times le discours de John Russell. Quelle naïve effronterie. Le discours de Montalembert est sans doute fort abrégé dans le moniteur. Ce qu’il me donne est très bien. Adieu. Adieu.
42. Paris, Lundi 9 juillet 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
1855
Une dépêche de Pelissier de hier soir annonce que les Russes ont fait deux sorties. contre le mamelon ; & les carrières. Et qu’elles ont été vigoureusement repoussées. Voilà tout ce qu’on dit. Greville reste encore aujour d’hui pour un dîner à St Cloud. Il ne partira que demain. Cela lui plaît et à moi aussi. C'est un grand dîner aujourd’hui. Il y a beaucoup d'Anglais. On ne disait rien de nouveau. hier, & je n’ai vu personne Montebello & Viel Castel le soir. Greville n’a pas assez d’épithêtes injurieuses et méprisantes pour Lord John.
Je commence à trouver Hatzfield grossier outre qu'il est original. Il ne vient plus jamais. Hubner à la bonne heure cela s’explique mais Hatzfeld. Vous voyez donc que je suis réduite à bien peu. Cela reduit aussi mes lettres à vous. Il ne m’en est venu de nulle part.
On me dit que le duc de Noailles est parti pour l'Angleterre. Est-ce que lui aussi s'échappe comme un voleur ? Adieu. Adieu. Il fait bien chaud.
44. Paris, Mercredi 11 juillet 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Tout le monde a été surpris hier de ne pas voir confirmée la nouvelle de la veille. Elle était officielle, et l’Empereur lui-même l'a contée à dîner à Lady Ashburton mais dans la soirée est venu comme je vous l’ai dit le démenti. C’est un singulier mistake. Il faut que Pélissier soit un peu étourdi. Hubner qui était venu chez moi m’avait conté la première dépêche ajoutant avec une satisfaction continue que nous avions été repoussés avec des pertes immenses. enfin pour le moment, nous ne sommes pas encore battus.
Hubner a un air dégagé. Je ne lui ai pas parlé du discours du trône, (délicatesse exagérée) lui était comme de coutume aigre pour nous et nous décla rant ruinés. Je lui ai demandé le cours de change de Vienne. & je lui ai dit le nôtre. Il m’a dit que cela ne prouvait rien. Il a un parti pris de se montrer content. Je sais cependant qu'il a eu des prises assez vives ici.
Les nouvelles de Londres sont assez mêlées. La situation de Lord John dans le Cabinet ne parait pas tenable, & l’indignation de la Chambre est soulevée contre lui. C’est très bien d’être franc, mais pourquoi n'a-t-il pas commencé par là en venant de Vienne ?
Vous avez donc oublié son premier discours alors. Plus belliqueux que qui que ce soit C'était après vos victoires du mamelon vert. Ceci est après la tour Malakoff manquée. Le fond de tout cela est qu'il veut redevenir premier ministre, et qu'il y aura encore du scandale à la Chambre.
Toutes les lettres le disent. Greville est reparti hier après m’avoir pris toute ma matinée. Je le regrette bien. Sa dernière journée avait été passé à Villeneuve l’étang. Petit couvert de 12 personnes. Promenade en bateau. Promenade en char à boeux. Enfin toutes les faveurs.
Vous voyez le bruit que fait le mot à Londres. Je ne pense pas que ce soit grand, cependant c’est mauvais.
La reine arrive le 17 août. Morny part Samedi pour Ems. Je le regretterai. Flahaut retourne Lundi à Londres. Les Shelbourne restent encore ici.
Lady Holland m'écrit mille choses exagerées sur la situation anglaise. Adieu. Adieu.
P.S.. Je viens de causer avec un italien le Dr Pantaleone venant de Rome, homme d’esprit, je ne sais pas du reste ce qu'il est, il me dit, que la situation temporelle du Pape est détestable. Elle ne tiendra pas. Il restera Pape à Rome mais le reste de ses états lui échappera. Si les Français quittaient, ce serait fait de tout, on serait entre les mains des égorgeurs. Il est grand ami de Palmerston, Minto, John Russell. Les révolutionnaires italiens détestent surtout l’Emp. Napoléon.
Je vous ai dit je crois que le duc de Noailles est parti hier pour Londres, avec sa femme & ses enfants. Il reviendra dans huit ou dix jours On me dit que l’Empereur a reçu à merveille M. de Sacy.
45. Paris, Jeudi 12 juillet 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
C’est moi-même qui jette mes lettres à la poste en sortant à deux heures. Then is no mistake.
Vous voyez dans le Moniteur aujourd’hui la correspondance officielle sur la Baltique. Il me semble que tout cela aigrit encore. Qu’en pensez-vous ? Nous sommes bien montés. Le pillage à Ketch a été abominable. Des officiers anglais ont enlevé des images très riches des églises. Le fils de Cowley en a envoyé une à son père. Il la montre. On m’a prié de ne pas le dire. Je ne le dis qu'à vous.
Haztfeld est venu hier soir, tard pour 3 minutes, me dire Adieu. Il part ce matin et très subitement pour ses terres en Westphalie. Il n’ira pas même à Berlin. Il avait l’air égaré. S'il devenait fou je n’en serai pas étonnée. Il a sûrement quelque chagrin personnel, de fortune j’entend. Sa femme est à Aix en Savoie.
Le Moniteur dit des choses gracieuse à la Sardaigne. Je suis portée à croire que le voyage du Prince de Prusse n'a d’autre but que sa soeur dont c’est la fête demain. Leurs opinions politiques sont si différentes et depuis bien des années que je doute de la partie politique de ce voyage.
On parle beaucoup dans le public du mauvais état de santé de mon empereur. Il a toujours eu la poitrine. délicate, mais je crois pas qu'il y ait de danger. J’ai rencontré hier chez Mad. Svetchine, M. de Falloux. Il me déplait toujours davantage. L'air si Jésuite. Il allait hier à Champlatreux. Vous ai-je dit à propos de l’Autriche ce que m’a dit Greville ? " Pour se mettre activement de la partie elle demande deux choses : une armée pour la soutenir et de l’argent, La France des hommes. ne peut pas ; de l’argent l'Angleterre ne veut pas. On se passera d’elle." On reste très curieux de ce qui va se passer à Londres. Adieu. Adieu.
46. Paris, Vendredi 13 juillet 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Les foins, les navets tout cela est bien joli dans votre lettre, & vous avez fait là dessus une page charmante en fait de champêtre. J’aimerais cependant mieux me faire jardinier. Les fleurs, cela me plait davantage.
J'ai eu hier la visite de la comtesse Montijo. J’avais en même temps Flahaut. Tête-à-tête avec personne. Et Bibesco avec tout cela dont les yeux ont bien étonnés les autres.
Pas de lettres d'Angleterre et pas de Times hier. On dit qu'il a été saisi, je ne puis pas le croire. En attendant les Anglais sont inquiets de la crise. On dit que John se retire. Je ne crois pas cela. Hier les Shelburn & d' autres Anglais ont dîné chez l'Empereur. Il ira chercher l’Impératrice. Je ne sais pas quand mais je pense que ce ne sera pas plus tard que le commencement d’août.
Comme je regrette mon Greville. Le soir, j’ai Montebello presque toujours. Viel-Castel part. D’Haubersaert est venu pour 3 jours. Je vois des Anglais, mais pas le soir. Lady Ashburton a beaucoup d’esprit. Adieu. Adieu, car je n'ai rien de plus à vous dire.
47. Paris, Samedi 14 juillet 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Le dîner d’avant hier aux Tuileries à Paris à l’Empereur si agréable qu'il a réuni hier à Villemême l’Etang la même société. Elle se compose de Lady Mandeville, Lady Escho, lady Shelburne, Mad. Walevski, très joli choix. Flahaut et Morny ont été des deux dîners.
Pas la moindre nouvelle. Mérode est venu le soir. Il est ici pour deux. jours. Son beau frère est parti pour Contrexéville ; tout le monde part. Cependant Paris est bien plein toujours, beaucoup d’étrangers. Le temps s’est remis au beau. Et je meure d'envie de l’air des champs, mais où l’aller chercher. Où trouver des humains ? Je pense un peu à Versailles. Comment faire pour accrocher la M. Saint-Marc Girardin. Je ne le connais pas du tout. Comment m'y prendre avec un peu de convenance ? Adieu, Adieu.
Lady Hollande mande qu'on parle beaucoup d'un Ministère Derby Palmerston. Mais je ne puis pas le croire.
48. Paris, Dimanche 15 juillet 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Pas la moindre nouvelle si ce n’est la démission de Lord John, et encore faut il savoir si elle est vraie. On n’en doute pas à l’Ambassade et que cela n’entraine une crise ministérielle. Palmerston doit cependant avoir dit que quoiqu'il arrive, il était déterminé à rester.
J’ai vu hier Morny, il part demain. Il est charmé d’aller à Ems. Il ne raconte pas beaucoup, même très peu J’ai connu des temps où il était plus en train de bonne humeur. Je suis étonnée du silence. de Greville.
Lady Holland. m'écrit mais rien qui mérite de vous être rapporté. Je suis honteuse de n’avoir rien à vous dire. I can not help it.
Je suis honteuse aussi de ne pas savoir prendre mon parti de mon été. Je veux aller quelque part. Je ne sais où. La solitude pas possible. Un peu loin, même Trouville, c’est trop loin, & des embarras. Cependant ici on étouffe. Et puis c’est humiliant. de voir partir tout le monde. Je crois que ce sentiment m'étouffe encore, plus que la chaleur.
Certainement je me suis souvenue hier de la Bastille. Vous savez que j’ai la mémoire des dates, & je trouve des souvenirs à tous les jours de l’année. Adieu. Adieu.
Je reçois un billet de lady Mary Labouchère qui confirme la démission de John. Elle a été amenée par le refus formel des partisans du gouvernement de lui contenir leur appui si il continuait à en faire partie. L'orage qui menaçait Lord Palmerston est pour le moment détourné. Voilà la fin du petit billet de tout à l'heure.
Une longue lettre de Greville, expliquant tout. Les amis même de John l'ont forcé à sortir. Il est tout simplement chassé par eux. On suppose maintenant. que Bulwer retirera sa motion, & que Palmerston is safe.
49. Paris, Lundi 16 juillet 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Certainement le 43 a été écrit, mais je ne vous dirai pas ce qu'il contenait. Il est resté cacheté. Dans ma poche jusqu'au lendemain parce que j’avais des misgivings sur la conve nance de vous l’envoyer. Cela a tourné en certitude que je ne devais pas le faire. Et voilà ! Une petite demie-feuille, que j’ai décidé deux jours après. Je pouvais vous dire cela plutôt, je sauvais un innocent, la poste. Mais la paresse l'a emporté, car c'était, comme cela est aujourd’hui une page d'écriture. Enfin vous me rappellerez ceci, quand nous nous reverrons. Je doute que ce soit à Trouville. Paresse aussi.
Morny est venu me dire Adieu. Il est parti ce matin pour Ems. Flahaut est venu aussi, il part demain pour Londres. Tous les diplomates parlent bien de Walevski ; très poli et de propos très doux. Très pacifique.
Il me sera impossible de lire les pièces déposées au Parlement. Vous m'en direz votre avis. On regarde le ministère comme hors d’affaire. Bulwer ne fera pas sa motion. Les dépêches de Clarendon ont eu un grand succès. Adieu. Adieu.
50. Paris, Mardi 17 juillet 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Je renonce à faire la connaissance de M. St Marc Girardin. Vous avez raison je ne suis plus libre de suivre mes fantaisies. Quand on me dit que je suis une personne compromettante, mon premier mouvement est de l’étonnement, je me sens si innocente, & puis, je me rappelle que je suis russe & que nous sommes en guerre. Je devrais être trop heureuse que mes vieilles connaissances ne me renient pas.
C’est donc fini, d’ailleurs je doute que j'aille à Versailles. Mon été, mon dernier peut-être, massacré à Paris. J’ai eu hier une longue visite du prince de Wasa. Vous savez qu’il habite Vienne. Il m'a raconté d'assez étranges choses. Entre autres la contrariété qu’a éprouvée Bourqueney quand nous avons accepté les quatre points. Décidemment vous n’avez jamais voulu la paix. J’avais été très bonne pour ce prince Wasa il y a 35 ans. Il était bien jeune alors, je lui ai trouvé bien peu d’esprit. Il lui en est venu depuis, et sa conversation m’a fort intéressée. Il est intime là dans la famille impériale dont il est parent par sa mère. Lisez dans la revue des 1er juillet deux mondes un article sur son père Gustave IV.
Montebello me reste encore fidèle, mais quand il sera parti qu’est-ce qui me restera ? Adieu. Adieu.
51. Paris, Mercredi 18 juillet 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Sauf les Labouchère j’ai passé ma matinée toute seule hier et j’ai trouvé cela fort triste. Ils venaient de recevoir le télégraphe qui leur annonçait que les motions de Bulwer & Rocbulk sont toutes deux retirées. Voilà le chemin tout nettoyé pour Palmerston. Henry Bulwer que j’ai vu le soir, m’a paru très désapointé de ce dénouement.
Du reste, rien ; les enfants de la Reine sont malades. On espère que cela sera passé avant l’époque du voyage toujours fixé au 17 août.
Voici votre lettre. Very sensible. and élevée dans tout ce que vous dites sur lord John. Cérini me la copiera car j'en veux faire usage !
Je viens de lire dans le Moniteur le discours de John, je n’en suis pas contente. Qu’en dites-vous ? C’est Molesworth qui aura les colonies. Drouin de Luys à Paris à l’Elysée, avec les Sénateurs, avant hier. Je ne sais si l’Empereur lui a parlé.
Quel déchainement contre John. Tous les journaux Anglais contre lui. C’est bien injuste et sauvage. Je suis fâchée pour vous et pour moi de n’avoir absolument rien à vous dire. Adieu. Adieu.
Mots-clés : Circulation épistolaire, Diplomatie (Russie), Femme (politique), France (1852-1870, Second Empire), Guerre de Crimée (1853-1856), Napoléon III (1808-1873 ; empereur des Français), Politique (Analyse), Politique (Angleterre), Réseau social et politique, Solitude, Victoria (1819-1901 ; reine de Grande-Bretagne)
52. Paris, Jeudi 19 juillet 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Poodle Bygg, le M. de Salisbury. Les Demaison, les Shelburne Flahaut. Duchâtel, Molke et Fould, voilà ma matinée hier. Une dépêche télégraphique du Whipper in a appellé soudainement Labouchère à Londres hier. On ne comprend rien car tout semblait arrangé. Je suis très curieuse de ce qui viendra dans la journée.
Fould est resté longtemps, très aimable pour moi. Rien de nouveau ici. Mais nous avons causé de tout, en nous accordant sur tout. L'Autriche et la Prusse ne sont pas en faveur. Il n'y a qu’elles deux qui profitent à la guerre.
Les pauvres Roger ont perdu leur fils unique. Il est mort de ses blessures. Cette pauvre femme me fait une peine excessive. L’Empereur a dit quelques mots l’autre jour à [Drouin de Luys]. Fould a causé longtemps avec lui. Il ne l’avait pas revu depuis la démission. Il l’a trouvé très radouci.
Vos observations sur Clarendon sont admirables. Pourrais-je en envoyer copie à Greville ? Pourquoi pas ? Je ne le ferai cependant que si vous le permettez.
J’ai fort remarqué le MgPost, cela pourra tourner à l’aigre. Le gouvernement Crenneville est parti. Je n’ai pas revu Hubner. L’adversité pas plus que la prospérité pour son compte ne me profitent.
Entre autre anglais j’avais hier Lord Salesbury. Bien bête Adieu. Adieu.
Fould a vu longtemps chez lui Victoria, il voulait savoir si elle prononce assez bien le Français. Voici le projet Rachel veut jouer avec elle. Elle y consent de tout son cœur, elle prend une femme de chambre française et en février prochain vous les entendrez ensemble.
