Votre recherche dans le corpus : 6062 résultats dans 6062 notices du site.
Trier par :
Broglie, Vendredi 21 septembre 1849, François Guizot à Dorothée de Lieven
Collection : 1849 ( 19 Juillet - 14 novembre ) : François de retour en France, analyste ou acteur politique ?
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
Broglie. Vendredi 21 sept 1849 5 heures
Je vois ici bien du monde. Presque autant qu’au Val Richer. En gens du pays du moins. Tous les conservateurs des environs, anciens ou nouveaux viennent me voir. Je suis frappé de ce qu’il y a en même temps, de résolution et de timidité dans leur langage. Ils sont très réactionnaires ; ils demandent de l'ordre du pouvoir, tant qu’on voudra tant qu'on pourra leur en donner mais sous le régime actuel avec les noms actuels. Ils n'abordent pas l'idée, d'un changement au fond. La république peut devenir conservatrice, despotique, aristocratique même ; ou lui en saura gré. Mais la République, je ne vois presque personne qui pense, qui veuille dire du moins qu’il pense à autre chose. Les plus hardis disent que la République pourrait bien n'être qu'une expérience, et une expérience qui ne réussira pas. Mais ils admettent tous l'expérience, et ne la regardent que comme déjà faite. Ils attendent et blâmeraient ceux qui ne voudraient pas attendre. Pour trouver des gens qui maudissent tout haut la République, qui n’en attendent rien et qui demandent pourquoi on attend ; il faut descendre beaucoup plus bas que les gens qui viennent me voir. Il faut aller parmi le peuple chez les paysans. La point de gêne, point de retenue. Et très généralement. L'Empire serait très bien reçu. Le comte de Paris serait très bien reçu. Henri V, c’est plus douteux. La Monarchie est populaire, la légitimité non. Mais pas plus pour le comte de Paris ou pour l'Empereur que pour Henri V, aucun de ceux qui maudissent la République ne remuerait le doigt. Les paysans qui demandent pourquoi on attend attendant aussi tranquillement que les bourgeois. A dire vrai depuis que les rouges ont été bien battus et qu’on croit qu'ils le seraient encore, s'ils remuaient, l’ordre règne partout, l'administration marche, les affaires se font, les intérêts privés s'arrangent, à peu près comme en temps ordinaire. Il est facile ici de renverser les gouvernement très difficile de bouleverser la société ; elle reprend très vite, son aplomb. A très courte échéance, il est vrai ; personne ne fait ni projets, ni longues affaires ; personne ne bâtit une grande maison ; personne ne prête son argent pour plus de deux ans jusqu'aux approches de la prochaine élection du Président et de l'Assemblée. Combien de temps un grand pays peut-il se passer absolument d’avenir ? Pas toujours j’en suis sûr. Mais ce pays-ci assez longtemps, j'en ai peur. S'il est grand, les hommes qui l'habitent sont si petits qu’ils ont bien moins besoin d'avenir. Ce qui est petit se résigne bien plus aisément à être court. Il est vrai qu'on en devient plus Petit, et qu’on souffre de ce rapetissement forcé de toutes les Affaires, de toutes les transactions, de toutes les entreprises, de toutes les existences. Je crois même que cette souffrance ira croissant, et finira par devenir insupportable Mais, pour le moment elle est encore assez limité ; et on la supporte assez bien. Singulier état ! Très triste à voir, mais très nouveau et très curieux à observer. Jamais certainement pays si malade au fond n'a eu si peu l’air, d'être malade, pour quelqu'un qui me ferait que le voir en passant. M de Falloux, dit très malade. Sa mort serait presque un évènement. Les légitimistes comptent sur lui, non seulement pour l'avenir, Mais pour prendre une part chaque jour un peu plu grosse en attendant. Il n'ont personne pour le remplacer.
Samedi 22- sept heures
Pouvez-vous me dire que les portraits de Mad. de Caraman sont d’une ressemblance frappante, et que vous ne voulez pas poser parce que cela vous ennuie trop ? Vous ne savez pas quel plaisir me ferait un portrait de vous vraiment ressemblant, ou bien vous n’avez pas le courage de vous donner cet ennui pour me donner ce plaisir. Si j'étais là, je vous gronderais beaucoup. De loin, il faut être court. Depuis que vous n’avez plus d’yeux, je ne sais plus que m'affliger de votre ennui. Je ne peux plus vous dire : lisez, écrivez. Vous devriez trouver une lectrice qui pût vous lire du français. Cela doit se trouver, même à Richmond. Elle vous lirait une heure ou deux dans la journée, la Revue des deux mondes, Mad. de Krudener. Quoiqu'on ne publie plus grand chose de bon à Paris, il y aurait cependant de quoi vous désennuyer un peu. Vous n'aurez plus besoin de cela à Paris. Il y aura assez de conversation pour remplir votre temps. Barante, Ste Aulaire, Duchâtel y passeront l’hiver. Tout ce qui me revient me persuade de plus en plus qu’il n’y aura point de gros événement ; rien dans les rues. Il n’y aurait que la dislocation de la majorité dans l’Assemblée qui pût amener quelque chose de gros. Mais elle me paraît bien décidée à ne pas le disloquer. Il y a, dans la masse honnête des légitimistes, beaucoup d'humeur contre leurs journaux qui les poussent, et les compromettent.
9 heures
Merci de votre longue lettre, et de cette de Lord Beauvale. Très intéressantes. Je n'ai que le temps de vous dire adieu. J'ai là des épreuves de mon livre qu’il faut que je corrige et que je renvoie sur le champ à Paris. Je n'ai rien de là ce matin. Adieu, adieu, adieu. G.
Je vois ici bien du monde. Presque autant qu’au Val Richer. En gens du pays du moins. Tous les conservateurs des environs, anciens ou nouveaux viennent me voir. Je suis frappé de ce qu’il y a en même temps, de résolution et de timidité dans leur langage. Ils sont très réactionnaires ; ils demandent de l'ordre du pouvoir, tant qu’on voudra tant qu'on pourra leur en donner mais sous le régime actuel avec les noms actuels. Ils n'abordent pas l'idée, d'un changement au fond. La république peut devenir conservatrice, despotique, aristocratique même ; ou lui en saura gré. Mais la République, je ne vois presque personne qui pense, qui veuille dire du moins qu’il pense à autre chose. Les plus hardis disent que la République pourrait bien n'être qu'une expérience, et une expérience qui ne réussira pas. Mais ils admettent tous l'expérience, et ne la regardent que comme déjà faite. Ils attendent et blâmeraient ceux qui ne voudraient pas attendre. Pour trouver des gens qui maudissent tout haut la République, qui n’en attendent rien et qui demandent pourquoi on attend ; il faut descendre beaucoup plus bas que les gens qui viennent me voir. Il faut aller parmi le peuple chez les paysans. La point de gêne, point de retenue. Et très généralement. L'Empire serait très bien reçu. Le comte de Paris serait très bien reçu. Henri V, c’est plus douteux. La Monarchie est populaire, la légitimité non. Mais pas plus pour le comte de Paris ou pour l'Empereur que pour Henri V, aucun de ceux qui maudissent la République ne remuerait le doigt. Les paysans qui demandent pourquoi on attend attendant aussi tranquillement que les bourgeois. A dire vrai depuis que les rouges ont été bien battus et qu’on croit qu'ils le seraient encore, s'ils remuaient, l’ordre règne partout, l'administration marche, les affaires se font, les intérêts privés s'arrangent, à peu près comme en temps ordinaire. Il est facile ici de renverser les gouvernement très difficile de bouleverser la société ; elle reprend très vite, son aplomb. A très courte échéance, il est vrai ; personne ne fait ni projets, ni longues affaires ; personne ne bâtit une grande maison ; personne ne prête son argent pour plus de deux ans jusqu'aux approches de la prochaine élection du Président et de l'Assemblée. Combien de temps un grand pays peut-il se passer absolument d’avenir ? Pas toujours j’en suis sûr. Mais ce pays-ci assez longtemps, j'en ai peur. S'il est grand, les hommes qui l'habitent sont si petits qu’ils ont bien moins besoin d'avenir. Ce qui est petit se résigne bien plus aisément à être court. Il est vrai qu'on en devient plus Petit, et qu’on souffre de ce rapetissement forcé de toutes les Affaires, de toutes les transactions, de toutes les entreprises, de toutes les existences. Je crois même que cette souffrance ira croissant, et finira par devenir insupportable Mais, pour le moment elle est encore assez limité ; et on la supporte assez bien. Singulier état ! Très triste à voir, mais très nouveau et très curieux à observer. Jamais certainement pays si malade au fond n'a eu si peu l’air, d'être malade, pour quelqu'un qui me ferait que le voir en passant. M de Falloux, dit très malade. Sa mort serait presque un évènement. Les légitimistes comptent sur lui, non seulement pour l'avenir, Mais pour prendre une part chaque jour un peu plu grosse en attendant. Il n'ont personne pour le remplacer.
Samedi 22- sept heures
Pouvez-vous me dire que les portraits de Mad. de Caraman sont d’une ressemblance frappante, et que vous ne voulez pas poser parce que cela vous ennuie trop ? Vous ne savez pas quel plaisir me ferait un portrait de vous vraiment ressemblant, ou bien vous n’avez pas le courage de vous donner cet ennui pour me donner ce plaisir. Si j'étais là, je vous gronderais beaucoup. De loin, il faut être court. Depuis que vous n’avez plus d’yeux, je ne sais plus que m'affliger de votre ennui. Je ne peux plus vous dire : lisez, écrivez. Vous devriez trouver une lectrice qui pût vous lire du français. Cela doit se trouver, même à Richmond. Elle vous lirait une heure ou deux dans la journée, la Revue des deux mondes, Mad. de Krudener. Quoiqu'on ne publie plus grand chose de bon à Paris, il y aurait cependant de quoi vous désennuyer un peu. Vous n'aurez plus besoin de cela à Paris. Il y aura assez de conversation pour remplir votre temps. Barante, Ste Aulaire, Duchâtel y passeront l’hiver. Tout ce qui me revient me persuade de plus en plus qu’il n’y aura point de gros événement ; rien dans les rues. Il n’y aurait que la dislocation de la majorité dans l’Assemblée qui pût amener quelque chose de gros. Mais elle me paraît bien décidée à ne pas le disloquer. Il y a, dans la masse honnête des légitimistes, beaucoup d'humeur contre leurs journaux qui les poussent, et les compromettent.
9 heures
Merci de votre longue lettre, et de cette de Lord Beauvale. Très intéressantes. Je n'ai que le temps de vous dire adieu. J'ai là des épreuves de mon livre qu’il faut que je corrige et que je renvoie sur le champ à Paris. Je n'ai rien de là ce matin. Adieu, adieu, adieu. G.
Brogly, le 20 septembre 1849, G. Picchioni à François Guizot
Collection : 153_Correspondances : 1845-1866
Auteurs : Picchioni, G. (?-18?)
Brompton, 1849, Thomas Wright à François Guizot
Collection : 182_Correspondances : 1831-1861
Auteurs : Wright, Thomas (1810-1877)
Brompton, Dimanche 1er juillet 1849, François Guizot à Dorothée de Lieven
Collection : 1849 ( 1er janvier - 18 juillet) : De la Démocratie en France, Guizot reprend la parole
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
Brompton. Dimanche 1 Juillet 1849
une heure
Quand nous avons passé une journée ensemble une si douce journée, il me déplait presque de vous écrire, et je ne sais que vous dire. Il faudra bien s’y raccoutumer. J’ai eu tout juste le temps de m'habiller pour aller dîner chez Lord Aberdeen. Lord Haddington, Lord Brougham, Lord Heytesbury Lord Redesdale, Lord Canning, le fils de Lord Stanley, M. Gladstone. Killmansegge & Bonne conversation. Rien de nouveau. On regarde la campagne prussienne sur le Rhin comme terminée. Deux ou trois chefs insurgés ont été traduits sur le champ devant le conseil de guerre et fusillés. Rome est un inépuisable sujet de questions d'étonnement et d'attente. Je vous envoie une lettre assez intéressante de Paul Daru. Renvoyez-la moi tout de suite, je vous prie. La visite de Thiers à St. Leonard fera un peu de bruit. Et il aura beau dire. Les Vieux ne croiront pas qu’il vienne pour eux. Cela confirme fort mon soupçon sur toutes les visites que j'ai reçues ces jours ci et qui venaient d'autour de Thiers. Que de complications et d'embarras se préparent là ! Je ne sais pas si j'y verrai plus clair du Val Richer que de Brompton. Je crois que non. Mais il est sûr que, d’ici, je ne vois pas clair du tout dans l'avenir. Pourtant je persiste dans mes pressentiments. Duchâtel est venu hier pendant que je n’y étais pas. Il me propose, et j'accepte d'aller à St Leonard Samedi prochain 7. Dumon, et probablement d’Haussonville et Albert de Broglie. viendront par le bateau qui passe le 6 de Dieppe à Newhaven. Je vais écrire au Roi pour lui demander, si ce jour lui convient. Et à Madame la Duchesse d'Orléans. Adieu. Adieu. Il fait bien beau aujourd’hui. J’espère que vous aurez Marion tout le jour. Adieu. Adieu. G.
une heure
Quand nous avons passé une journée ensemble une si douce journée, il me déplait presque de vous écrire, et je ne sais que vous dire. Il faudra bien s’y raccoutumer. J’ai eu tout juste le temps de m'habiller pour aller dîner chez Lord Aberdeen. Lord Haddington, Lord Brougham, Lord Heytesbury Lord Redesdale, Lord Canning, le fils de Lord Stanley, M. Gladstone. Killmansegge & Bonne conversation. Rien de nouveau. On regarde la campagne prussienne sur le Rhin comme terminée. Deux ou trois chefs insurgés ont été traduits sur le champ devant le conseil de guerre et fusillés. Rome est un inépuisable sujet de questions d'étonnement et d'attente. Je vous envoie une lettre assez intéressante de Paul Daru. Renvoyez-la moi tout de suite, je vous prie. La visite de Thiers à St. Leonard fera un peu de bruit. Et il aura beau dire. Les Vieux ne croiront pas qu’il vienne pour eux. Cela confirme fort mon soupçon sur toutes les visites que j'ai reçues ces jours ci et qui venaient d'autour de Thiers. Que de complications et d'embarras se préparent là ! Je ne sais pas si j'y verrai plus clair du Val Richer que de Brompton. Je crois que non. Mais il est sûr que, d’ici, je ne vois pas clair du tout dans l'avenir. Pourtant je persiste dans mes pressentiments. Duchâtel est venu hier pendant que je n’y étais pas. Il me propose, et j'accepte d'aller à St Leonard Samedi prochain 7. Dumon, et probablement d’Haussonville et Albert de Broglie. viendront par le bateau qui passe le 6 de Dieppe à Newhaven. Je vais écrire au Roi pour lui demander, si ce jour lui convient. Et à Madame la Duchesse d'Orléans. Adieu. Adieu. Il fait bien beau aujourd’hui. J’espère que vous aurez Marion tout le jour. Adieu. Adieu. G.
Brompton, Dimanche 1er octobre 1848, François Guizot à Dorothée de Lieven
Collection : 1848 ( 1er août -24 novembre) : Le silence de l'exil
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
Brompton Dimanche 1 oct. 1848
Midi.
Voici la note sur la composition de l'Assemblée nationale. Je compte recevoir bientôt un travail plus complet et plus précis Mais je ne crois pas qu’il change grand chose aux proportions de celui-ci.
Je viens de lire tout Thiers, dans le Constitutionnel. Horriblement long et très spirituel, sensé, naturel, agréable et utile. C’est toujours comme s’il parlait. Il m’a intéressé et amusé. Il est révolté et découragé. Pas mal d'humeur. Il a écrit son livre " à la faveur des loisirs que lui ont faits les électeurs de son pays natal. " Plein de raison sans voir le fond des choses, et de courage en faisant là, et là des concessions qui pourraient tout perdre. Cela doit plaire au bon parti, sans le fortifier beaucoup. Le mauvais en sera plus blessé qu'intimidé.
Vous serez bien aimable de me garder tous les numéros du journal où il continuera. Comme de raison, point de nouvelles, ce matin. Le spectateur de Londres fait une rude guerre à Cavaignac. A propos de Cavaignac, je suis assez frappé que Lady Normanby ait choisi la duchesse de Montebello pour lui écrire ce qu’elle lui a écrit. Il faut qu’elle pense bien mal de tout cela, et ne se soucie guère qu’on le répète. Je ne sais pas l’adresse de M. de Salvo. Je vais la chercher. Il nous faut le mot de l’énigme. Les bêtises vous plaisent. En voici une que je trouve dans le Courrier de l’Europe. Elle mériterait d’être dans le Corsaire. Peut-être l’y aurez-vous déjà vue. Adieu. Adieu.
Je ne fermerai ma lettre qu’après 4 heures. Mais je ne pense pas qu’il ne vienne personne ce matin. Point de rhume à la suite de mon voyage d’hier. Adieu. G.
Midi.
Voici la note sur la composition de l'Assemblée nationale. Je compte recevoir bientôt un travail plus complet et plus précis Mais je ne crois pas qu’il change grand chose aux proportions de celui-ci.
Je viens de lire tout Thiers, dans le Constitutionnel. Horriblement long et très spirituel, sensé, naturel, agréable et utile. C’est toujours comme s’il parlait. Il m’a intéressé et amusé. Il est révolté et découragé. Pas mal d'humeur. Il a écrit son livre " à la faveur des loisirs que lui ont faits les électeurs de son pays natal. " Plein de raison sans voir le fond des choses, et de courage en faisant là, et là des concessions qui pourraient tout perdre. Cela doit plaire au bon parti, sans le fortifier beaucoup. Le mauvais en sera plus blessé qu'intimidé.
Vous serez bien aimable de me garder tous les numéros du journal où il continuera. Comme de raison, point de nouvelles, ce matin. Le spectateur de Londres fait une rude guerre à Cavaignac. A propos de Cavaignac, je suis assez frappé que Lady Normanby ait choisi la duchesse de Montebello pour lui écrire ce qu’elle lui a écrit. Il faut qu’elle pense bien mal de tout cela, et ne se soucie guère qu’on le répète. Je ne sais pas l’adresse de M. de Salvo. Je vais la chercher. Il nous faut le mot de l’énigme. Les bêtises vous plaisent. En voici une que je trouve dans le Courrier de l’Europe. Elle mériterait d’être dans le Corsaire. Peut-être l’y aurez-vous déjà vue. Adieu. Adieu.
Je ne fermerai ma lettre qu’après 4 heures. Mais je ne pense pas qu’il ne vienne personne ce matin. Point de rhume à la suite de mon voyage d’hier. Adieu. G.
Mots-clés : Femme (politique), Politique (France), Portrait, Réseau social et politique
Brompton, Dimanche 3 décembre 1848, François Guizot à Sarah Austin
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
Mots-clés : Exil, Femme (de lettres), France (1848-1852, 2e République), Presse, Publication, Traduction
Brompton, Dimanche 3 juin 1849, François Guizot à Dorothée de Lieven
Collection : 1849 ( 1er janvier - 18 juillet) : De la Démocratie en France, Guizot reprend la parole
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
Que vous arrive-t-il donc ? Point de lettre de vous hier. Point ce matin. Ni vous non plus. Êtes-vous malade ? Il est quatre heures. Je suis vraiment inquiet. Si vous ne venez pas ce matin, et si je n’avais pas de lettre demain matin, je serais très inquiet. J’irais à Richmond sur le champ. Je ne comprends pas. C’est une séparation qui commence mal. Dieu veuille que ce ne soit qu’un commencement ! Point de nouvelles aujourd’hui. Je ne suis pas allé à l'Athenaeum. Je vous attends. François Delassort et sa femme sortent de chez moi. Ils sont arrivés hier. Bien sombres. Mais point de fait nouveau, et précis. Ils viennent passer un peu de temps. Mais qu’est-ce que cela me fait ? J'espère bien que vous n'êtes pas malade, si vous êtes malade, comment ne m'avoir pas fait écrire un mot ? Adieu. Adieu
Brompton, Dimanche 3 Juin 1849 4 heures
Brompton, Dimanche 3 Juin 1849 4 heures
Mots-clés : Inquiétude, Santé (Dorothée)
Brompton, Dimanche 4 février 1849, François Guizot à Dorothée de Lieven
Collection : 1849 ( 1er janvier - 18 juillet) : De la Démocratie en France, Guizot reprend la parole
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
Brompton, Dimanche 4 fév. 1849
Je crois qu’il y avait complot lundi. C’est à dire un peu plus de complot qu’il n’y en a tous les jours. Le Gouvernement a eu raison de faire ce qu’il a fait. Il en a fait seulement plus qu’il ne fallait, et aujourd’hui on se sert du trop contre lui. La lutte est bien vive ; les deux partis sont bien irrités, bien de même taille et bien corps à corps. J’ai peine à croire que cette situation puisse durer deux mois jusqu'aux élections, cependant je vois qu’on l'espère assez à Paris. Si le Président tient bon avec les modérés, et si les élections se font sous cette influence, il se donne je ne sais quel temps de vie de plus mais certainement assez de temps. La prochaine assemblée aurait, en ce cas, la constitution à refaire. Peut-être la referait-on meilleure sous le manteau de la République que sous tout autre. Ce sera long et obscur. C'est ce que j’y vois de plus clair.
Jour sans nouvelles. J’irai à l'Athenaeum. Mais les journaux français n’y arrivent que tard. D'ailleurs nous n’y aurons que ceux d’hier matin. C'est ceux de ce matin qu’il nous faut. Je vous écrirai demain matin avant de partir pour Claremont. Et puis demain soir, de chez Croker où je n’arriverai pas avant 3 où 4 heures. Mais je ne sais pas à quelle heure la poste part de chez lui. J'écrirai toujours. Si nous étions ensemble Nous parlerions toujours. Ce serait mieux.
Voici ma réponse à votre nouvelle attaque à propos de Béhier. C'est une lettre de lui que Pauline a reçue. Jeudi, et où il explique pourquoi il n’est pas arrivé dimanche. J’ai eu un moment envie de me fâcher. Mais j’aurais eu tort, quoique vous ayez tort. Je n’ai pas toujours été exact. Vous restez méfiante trop longtemps. C’est tout simple. Molière était très jaloux de sa femme qui était très coquette. Et la querellait un jour. Il s’arrêta tout à coup en disant : " Au fait, je n’ai pas le droit de m'étonner qu'elle ne puisse pas s'empêcher d'être coquette, moi qui ne peux pas m'empêcher d'être jaloux. " Je ne pourrais pas m'empêcher d'être jaloux. Mais, je peux fort bien m'empêcher d'être inexact. Et vous faites bien d’insister, même quand vous vous trompez. Vous finirez par n’y plus revenir Adieu. Adieu Votre écriture est bien bonne ce matin. Adieu. G.
Je crois qu’il y avait complot lundi. C’est à dire un peu plus de complot qu’il n’y en a tous les jours. Le Gouvernement a eu raison de faire ce qu’il a fait. Il en a fait seulement plus qu’il ne fallait, et aujourd’hui on se sert du trop contre lui. La lutte est bien vive ; les deux partis sont bien irrités, bien de même taille et bien corps à corps. J’ai peine à croire que cette situation puisse durer deux mois jusqu'aux élections, cependant je vois qu’on l'espère assez à Paris. Si le Président tient bon avec les modérés, et si les élections se font sous cette influence, il se donne je ne sais quel temps de vie de plus mais certainement assez de temps. La prochaine assemblée aurait, en ce cas, la constitution à refaire. Peut-être la referait-on meilleure sous le manteau de la République que sous tout autre. Ce sera long et obscur. C'est ce que j’y vois de plus clair.
Jour sans nouvelles. J’irai à l'Athenaeum. Mais les journaux français n’y arrivent que tard. D'ailleurs nous n’y aurons que ceux d’hier matin. C'est ceux de ce matin qu’il nous faut. Je vous écrirai demain matin avant de partir pour Claremont. Et puis demain soir, de chez Croker où je n’arriverai pas avant 3 où 4 heures. Mais je ne sais pas à quelle heure la poste part de chez lui. J'écrirai toujours. Si nous étions ensemble Nous parlerions toujours. Ce serait mieux.
Voici ma réponse à votre nouvelle attaque à propos de Béhier. C'est une lettre de lui que Pauline a reçue. Jeudi, et où il explique pourquoi il n’est pas arrivé dimanche. J’ai eu un moment envie de me fâcher. Mais j’aurais eu tort, quoique vous ayez tort. Je n’ai pas toujours été exact. Vous restez méfiante trop longtemps. C’est tout simple. Molière était très jaloux de sa femme qui était très coquette. Et la querellait un jour. Il s’arrêta tout à coup en disant : " Au fait, je n’ai pas le droit de m'étonner qu'elle ne puisse pas s'empêcher d'être coquette, moi qui ne peux pas m'empêcher d'être jaloux. " Je ne pourrais pas m'empêcher d'être jaloux. Mais, je peux fort bien m'empêcher d'être inexact. Et vous faites bien d’insister, même quand vous vous trompez. Vous finirez par n’y plus revenir Adieu. Adieu Votre écriture est bien bonne ce matin. Adieu. G.
Brompton, Dimanche 7 janvier 1849, François Guizot à Dorothée de Lieven
Collection : 1849 ( 1er janvier - 18 juillet) : De la Démocratie en France, Guizot reprend la parole
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
Brompton Dimanche 7 Janv 1849
9 heures
Voici du nouveau et du dessous de cartes. Nous avons été étonnés que les interpolations sur la retraite de M. de Malleville n’arrivassent pas. Les ministres et les patrons de Louis B. en ont été aussi étonnés que nous. Ils s’y attendaient. C'était de la gauche, des amis de Cavaignac, que l’attaque devait venir. Pourquoi point d’attaque ? Ils ont soupçonné quelque piège quelque intelligence entre la gauche de l’assemblée et le président de la République. Ils avaient raison. Les gens de la gauche, les républicains avaient fait dire au Président : « On se moque de vous ; on ne vous a ouvert la porte que pour vous jeter par la fenêtre. Les modérés ne veulent pas plus de vous que de nous. Ils veulent la Monarchie, le comte de Paris, Henri V. Venez à nous. Nous ne voulions pas de vous pour Président de la République. Mais nous voulons la République, et vous pour son président. puisque vous l'êtes. Avec nous vous aurez la majorité dans l'Assemblée, un cabinet qui sera vraiment à vous, non à des protestants ennemis, et de l'avenir." Le Président a écouté. Des pourparlers ont eu lieu. Rien n’était convenu mais tout était proposé. Le Général Cavaignac devait faire un discours d'adhésion au Président. Le rapprochement ainsi motivé et affiché, on se rapprochait en effet. Le Président gardait deux ou trois de ses ministres, ceux qu’il croit fidèles. Lacrosse à la marine, peut-être Drouyn de Lhuys aux Affaires Etrangères. Il renvoyait les autres, et prenait à leur place Dufaure, Vivien, Tourret, Billault. Le Gal Lamoricière rentrait à la guerre. Cavaignac remplaçait Bugeaud dans le commandement de l’armée des Alpes. Changarnier était réduit au com mandement de la garde nationale. Odilon Barrot se retirait dans la Vice Présidence de la République. L'alarme a été grande dans le camp modéré, parmi les patrons officiels de l'élection de Louis B, et de son Cabinet. Ils ont reconnu qu'avec les ministres actuels, le poste était mal gardé, et ne serait pas gardé longtemps. Ils se sont demandé s’ils ne devaient pas se résigner à prendre eux mêmes en main les affaires de la République et de son président. C'est l’avis du Mal Bugeaud. Il a insisté. M. Molé a douté. M. Thiers a rechigné. Les patrons en second, les journalistes du parti modéré qui ont poussé à l'élection de Louis B., se sont fâchés Véron et Emile Girardin sont allés trouver Thiers et lui ont déclaré que les choses ne pouvaient pas aller de le sorte que le nouveau gouvernement n’allait pas du tout qu’ils s'étaient, eux, engagés dans cette élection sur la parole à lui, comme chef du parti modéré que les chefs devaient conduire ; que, pour eux ils voulaient décidément savoir si c'était les chefs du parti modéré qui refusaient leur concours au Président, ou le Président qui ne voulait pas de leur concours; et qu'après s'être éclairés eux-mêmes à ce sujet, ils éclaireraient le public. Forte humeur et grand embarras de Thiers, Véron et Girardin ont annoncé qu'ils allaient faire la même démarche, auprès de M. Molé et du Mal Bugeaud. On en est là. Le Président entre deux selles, ses protecteurs au pied du mur, et les Républicains à l'assaut. On croit à un replâtrage, à quelque déclaration donnée, à quelque renfort apporté par les protecteurs au Président. On doute qu'ils prennent eux-mêmes la défense de la place. Mais il est clair que le Président ne se laissera pas mettre tout doucement à la porte et que les Républicains sont prêts à entrer pour le soutenir. On ne sortira pas de sitôt du gâchis, et tout le monde, protecteurs et protégés, s’y barbouillera, plus ou moins. Il paraît que tout en veillant à la sureté de la République, le général Cavaignac, est fort désabusé, sur son compte. Quelqu'un lui disait qu’il devait trouver la France bien ingrate ; il a répondu: « Non. On n’est pas ingrat, on me sait gré de ce que j’ai fait ; la France m’a tout, simplement déclaré qu’elle n’était pas républicaine.» A un autre, il a dit : « Je me suis trompé ; j'ai cru la France républicaine, ou disposée à le devenir ; elle ne l'est point. Louis Napoléon la croit Bonapartiste ; il se trompe comme moi ; elle ne l’est pas davantage. " Je vous envoie ceci pour le plaisir de Marion. Je suis bien aise que son héros ait du bon sens. J’aime le bon sens partout, même chez mes ennemis. J’ai passé hier ma soirée seul, au coin importante dans la législation réciproque de la France et de l'Angleterre, l'extradition réciproque des banqueroutiers frauduleux. " Vous ne savez peut-être pas que le fromage de Brie était une des grandes friandises de Lady Holland, et que M. de Talleyrand en ferait venir pour elle par le portefeuille, quand il voulait lui plaire Adieu. Adieu. Je ne fermerai ma lettre qu'à la fin de la matinée. J’irai à l' Athenaeum puis dîner chez Duchâtel. Adieu. G.
3 heures
Je sors pour faire deux visites. De là à l' Athenaeum. De la chez Duchâtel. Si j'apprends du nouveau, ce sera pour demain. En voilà assez pour aujourd’hui d'ailleurs, il n’y aura rien, aujourd’hui dimanche. Adieu. G. Une nouvelle lettre de Lady Jersey, insistant plus fort pour Middleton. J'élude toujours. Je n'ai ni le temps, ni le désir. G.
9 heures
Voici du nouveau et du dessous de cartes. Nous avons été étonnés que les interpolations sur la retraite de M. de Malleville n’arrivassent pas. Les ministres et les patrons de Louis B. en ont été aussi étonnés que nous. Ils s’y attendaient. C'était de la gauche, des amis de Cavaignac, que l’attaque devait venir. Pourquoi point d’attaque ? Ils ont soupçonné quelque piège quelque intelligence entre la gauche de l’assemblée et le président de la République. Ils avaient raison. Les gens de la gauche, les républicains avaient fait dire au Président : « On se moque de vous ; on ne vous a ouvert la porte que pour vous jeter par la fenêtre. Les modérés ne veulent pas plus de vous que de nous. Ils veulent la Monarchie, le comte de Paris, Henri V. Venez à nous. Nous ne voulions pas de vous pour Président de la République. Mais nous voulons la République, et vous pour son président. puisque vous l'êtes. Avec nous vous aurez la majorité dans l'Assemblée, un cabinet qui sera vraiment à vous, non à des protestants ennemis, et de l'avenir." Le Président a écouté. Des pourparlers ont eu lieu. Rien n’était convenu mais tout était proposé. Le Général Cavaignac devait faire un discours d'adhésion au Président. Le rapprochement ainsi motivé et affiché, on se rapprochait en effet. Le Président gardait deux ou trois de ses ministres, ceux qu’il croit fidèles. Lacrosse à la marine, peut-être Drouyn de Lhuys aux Affaires Etrangères. Il renvoyait les autres, et prenait à leur place Dufaure, Vivien, Tourret, Billault. Le Gal Lamoricière rentrait à la guerre. Cavaignac remplaçait Bugeaud dans le commandement de l’armée des Alpes. Changarnier était réduit au com mandement de la garde nationale. Odilon Barrot se retirait dans la Vice Présidence de la République. L'alarme a été grande dans le camp modéré, parmi les patrons officiels de l'élection de Louis B, et de son Cabinet. Ils ont reconnu qu'avec les ministres actuels, le poste était mal gardé, et ne serait pas gardé longtemps. Ils se sont demandé s’ils ne devaient pas se résigner à prendre eux mêmes en main les affaires de la République et de son président. C'est l’avis du Mal Bugeaud. Il a insisté. M. Molé a douté. M. Thiers a rechigné. Les patrons en second, les journalistes du parti modéré qui ont poussé à l'élection de Louis B., se sont fâchés Véron et Emile Girardin sont allés trouver Thiers et lui ont déclaré que les choses ne pouvaient pas aller de le sorte que le nouveau gouvernement n’allait pas du tout qu’ils s'étaient, eux, engagés dans cette élection sur la parole à lui, comme chef du parti modéré que les chefs devaient conduire ; que, pour eux ils voulaient décidément savoir si c'était les chefs du parti modéré qui refusaient leur concours au Président, ou le Président qui ne voulait pas de leur concours; et qu'après s'être éclairés eux-mêmes à ce sujet, ils éclaireraient le public. Forte humeur et grand embarras de Thiers, Véron et Girardin ont annoncé qu'ils allaient faire la même démarche, auprès de M. Molé et du Mal Bugeaud. On en est là. Le Président entre deux selles, ses protecteurs au pied du mur, et les Républicains à l'assaut. On croit à un replâtrage, à quelque déclaration donnée, à quelque renfort apporté par les protecteurs au Président. On doute qu'ils prennent eux-mêmes la défense de la place. Mais il est clair que le Président ne se laissera pas mettre tout doucement à la porte et que les Républicains sont prêts à entrer pour le soutenir. On ne sortira pas de sitôt du gâchis, et tout le monde, protecteurs et protégés, s’y barbouillera, plus ou moins. Il paraît que tout en veillant à la sureté de la République, le général Cavaignac, est fort désabusé, sur son compte. Quelqu'un lui disait qu’il devait trouver la France bien ingrate ; il a répondu: « Non. On n’est pas ingrat, on me sait gré de ce que j’ai fait ; la France m’a tout, simplement déclaré qu’elle n’était pas républicaine.» A un autre, il a dit : « Je me suis trompé ; j'ai cru la France républicaine, ou disposée à le devenir ; elle ne l'est point. Louis Napoléon la croit Bonapartiste ; il se trompe comme moi ; elle ne l’est pas davantage. " Je vous envoie ceci pour le plaisir de Marion. Je suis bien aise que son héros ait du bon sens. J’aime le bon sens partout, même chez mes ennemis. J’ai passé hier ma soirée seul, au coin importante dans la législation réciproque de la France et de l'Angleterre, l'extradition réciproque des banqueroutiers frauduleux. " Vous ne savez peut-être pas que le fromage de Brie était une des grandes friandises de Lady Holland, et que M. de Talleyrand en ferait venir pour elle par le portefeuille, quand il voulait lui plaire Adieu. Adieu. Je ne fermerai ma lettre qu'à la fin de la matinée. J’irai à l' Athenaeum puis dîner chez Duchâtel. Adieu. G.
3 heures
Je sors pour faire deux visites. De là à l' Athenaeum. De la chez Duchâtel. Si j'apprends du nouveau, ce sera pour demain. En voilà assez pour aujourd’hui d'ailleurs, il n’y aura rien, aujourd’hui dimanche. Adieu. G. Une nouvelle lettre de Lady Jersey, insistant plus fort pour Middleton. J'élude toujours. Je n'ai ni le temps, ni le désir. G.
Brompton, Dimanche 8 juillet 1849, François Guizot à Dorothée de Lieven
Collection : 1849 ( 1er janvier - 18 juillet) : De la Démocratie en France, Guizot reprend la parole
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
Votre nuit blanche, me déplait beaucoup. Je ne puis dîner avec vous aujourd’hui. Mais je serai à Richmond à 2 heures. C'est le plutôt possible, par l’arrangement des trains. Vous me ramènerez à Putney. Il fera un peu moins chand à cette heure-là. Adieu. Adieu. Adieu. G.
Brompton, 8 Juillet 1849 Midi.
Brompton, 8 Juillet 1849 Midi.
Mots-clés : Relation François-Dorothée, Santé (Dorothée)
Brompton, Dimanche 10 juin 1849, François Guizot à Dorothée de Lieven
Collection : 1849 ( 1er janvier - 18 juillet) : De la Démocratie en France, Guizot reprend la parole
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
Brompton Dimanche 10 Juin 1849
2 heures
Voilà donc Rome pris, ou à peu près pris, ou près d'être pris. Je ne sais encore que le Morning Chronicle, 3e édition, que je n'ai pas même lu. Guillaume m'a rapporté les nouvelles du bureau du journal. Il y a trop de détails pour que le fond ne soit pas vrai. Pourtant je ne trouve pas ce fond bien clair. Je désire que tout soit vrai. Amour-propre à part, un échec à Rome serait bien mauvais à Paris. Je veux bien qu’on se batte avec les Montagnards ; mais je ne veux pas que les Montagnards se battent en ayant le vent pour eux. Un échec devant Rome dégoûterait l’armée, l’armée de Paris. Il faut qu’elle ait cœur à se battre pour le Gouvernement. Les raisons abandent. Que d’embarras suivront la victoire ! Autant qu’il y aurait de périls dans le revers. Le Dimanche est plus insupportable, aujourd’hui que jamais. Rome, la santé du Maréchal Bugeaud. Ledru Rollin mort ou vivant. Attendre m'impatiente aujourd’hui presque autant que vous. Je ne me suis pas ennuyé hier chez Lady Alice. A table, j'ai assez causé avec elle, de vous surtout. Elle vous aime. Je ne m'y trompe pas. Elle a un peu trop de peine à comprendre ce qu'on lui dit. Le marquis, et la marquise d’Exter, le duc de Ruttand, Lord Granby, Lord Chelsea, Lord Jermyn, Lord Forrester, Sir James Gaham, M. Goulburn, Kielmansegge, Lady Aylesbury, Lord Jocelyn. J’étais chez moi à onze heures. Duchâtel sort d’ici. Il ne savait rien.
4 heures
J’ai été interrompu par Paul Dara qui arrive de Paris en passant par St Léonard.. Il a eu le choléra. 14 personnes dans la maison de son frère avec qui il habite, ont eu le choléra. Deux sont morts, le beau père de son frère et le cuisinier. Toujours brave mais aussi triste que brave. De mon avis pourtant en ce point que, s’il est vrai que le mal à beaucoup, grandi, il est vrai aussi que les moyens de résistance ne manquent point la majorité, le Président, encore l'armée. C'est le courage qui manque, et encore plus le courage de l’espérance que celui de la défense. On se croit perdu. On se défendrait si on croit relever la tête et regarder l'ennemi. Les légitimistes sauf la petite coterie de M. de la Rochejacquelin sont sensé, dans l'Assemblée. Il est convenu contre les grands partis, qu’on n'élèvera aucune question politique aucune question de prétendant, qu’on ne pensera, d'ici à trois ans qu’à se défendre du danger commun. On cherche un successeur au Président actuel qui ne sera point réélu. On ne pense qu'au Prince de Joinville. C'est le seul roi dans l’air. La duchesse d'Orléans arrive le 25. Le Prince et la Princesse de Joinville vont la voir à Eisenach. Le duc de Nemours ira la prendre à Ostende. Je vous donne pêle-mêle ce que m'a donné Daru. Il passe ici quelques jours. Adieu. Je vais à l’Athenaeum. Il fait froid, gris. Beaucoup de vent. Les Delassort m'ont fait demander, si je serai chez moi ce voir. Ils viendront à 9 heures. On me reparle d'élection dans le Calvados à propos de la mort de M. Deslongrais. Je nous montrerai ce que je réponds. Vous approuverez. Adieu. Adieu. G.
2 heures
Voilà donc Rome pris, ou à peu près pris, ou près d'être pris. Je ne sais encore que le Morning Chronicle, 3e édition, que je n'ai pas même lu. Guillaume m'a rapporté les nouvelles du bureau du journal. Il y a trop de détails pour que le fond ne soit pas vrai. Pourtant je ne trouve pas ce fond bien clair. Je désire que tout soit vrai. Amour-propre à part, un échec à Rome serait bien mauvais à Paris. Je veux bien qu’on se batte avec les Montagnards ; mais je ne veux pas que les Montagnards se battent en ayant le vent pour eux. Un échec devant Rome dégoûterait l’armée, l’armée de Paris. Il faut qu’elle ait cœur à se battre pour le Gouvernement. Les raisons abandent. Que d’embarras suivront la victoire ! Autant qu’il y aurait de périls dans le revers. Le Dimanche est plus insupportable, aujourd’hui que jamais. Rome, la santé du Maréchal Bugeaud. Ledru Rollin mort ou vivant. Attendre m'impatiente aujourd’hui presque autant que vous. Je ne me suis pas ennuyé hier chez Lady Alice. A table, j'ai assez causé avec elle, de vous surtout. Elle vous aime. Je ne m'y trompe pas. Elle a un peu trop de peine à comprendre ce qu'on lui dit. Le marquis, et la marquise d’Exter, le duc de Ruttand, Lord Granby, Lord Chelsea, Lord Jermyn, Lord Forrester, Sir James Gaham, M. Goulburn, Kielmansegge, Lady Aylesbury, Lord Jocelyn. J’étais chez moi à onze heures. Duchâtel sort d’ici. Il ne savait rien.
4 heures
J’ai été interrompu par Paul Dara qui arrive de Paris en passant par St Léonard.. Il a eu le choléra. 14 personnes dans la maison de son frère avec qui il habite, ont eu le choléra. Deux sont morts, le beau père de son frère et le cuisinier. Toujours brave mais aussi triste que brave. De mon avis pourtant en ce point que, s’il est vrai que le mal à beaucoup, grandi, il est vrai aussi que les moyens de résistance ne manquent point la majorité, le Président, encore l'armée. C'est le courage qui manque, et encore plus le courage de l’espérance que celui de la défense. On se croit perdu. On se défendrait si on croit relever la tête et regarder l'ennemi. Les légitimistes sauf la petite coterie de M. de la Rochejacquelin sont sensé, dans l'Assemblée. Il est convenu contre les grands partis, qu’on n'élèvera aucune question politique aucune question de prétendant, qu’on ne pensera, d'ici à trois ans qu’à se défendre du danger commun. On cherche un successeur au Président actuel qui ne sera point réélu. On ne pense qu'au Prince de Joinville. C'est le seul roi dans l’air. La duchesse d'Orléans arrive le 25. Le Prince et la Princesse de Joinville vont la voir à Eisenach. Le duc de Nemours ira la prendre à Ostende. Je vous donne pêle-mêle ce que m'a donné Daru. Il passe ici quelques jours. Adieu. Je vais à l’Athenaeum. Il fait froid, gris. Beaucoup de vent. Les Delassort m'ont fait demander, si je serai chez moi ce voir. Ils viendront à 9 heures. On me reparle d'élection dans le Calvados à propos de la mort de M. Deslongrais. Je nous montrerai ce que je réponds. Vous approuverez. Adieu. Adieu. G.
Brompton, Dimanche 11 février 1849, François Guizot à Dorothée de Lieven
Collection : 1849 ( 1er janvier - 18 juillet) : De la Démocratie en France, Guizot reprend la parole
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
Brompton Dimanche 11 fév 1849
Dimanche est décidément un bien mauvais jour. Surtout quand je vous ai quittée le Samedi. Je n'ai vu personne, que des gens qui ne disent rien, et à qui on ne dit rien. J’irai ce matin à l'Athenoeum, et j'y trouverai Duchâtel. Mais nous n'aurons évidemment pas de nouvelles d’ici à quelque temps. Nous en attendons plus rien que la fin régulière de l'Assemblée dans deux ou trois mois. Deux ou trois mois sans rien, c’est difficile. Milner m'a envoyé hier un pamphlet qu’il vient de publier : the event of 1848, a letter to the marquess of Lansdowne. Lord Lansdowne a le vol des pamphlets. Celui-ci, est au fond Palmerstonien. C’est la politique de l’Europe, dans ses rapports avec l'Angleterre, Italien et anti Russe. Un billet très amical, auquel j'ai répondu par un billet assez franc. Je passerai aujourd’hui et demain à écrire des lettres.
Cornélis de Witt part demain soir pour Paris. Je veux vider tout ce que j'ai à dire à propos de la dernière lettre dont je vous ai laissé un feuillet que j'espère recevoir demain. Plus je pense à ce travail contre moi, plus je trouve cela misérable et au dessous de la situation. C’est décidément le plus grand mal de mon pays que la situation surpasse infiniment les hommes. Ils n'ont ni l’esprit, ni le cœur assez grand pour ce qu’il y a à faire. Les petites passions ne disparaissent jamais, mais elles tiennent bien moins de place dans un horizon plus haut. Adieu, Adieu, si vous étiez à Londres, ou moi à Brighton, nous causerions sans fin. Mais de loin aujourd’hui, je n'ai rien à vous dire. Je m'irrite d'attendre jusqu’à demain pour savoir comment va votre rhume. Il fait bien beau ce matin. Adieu. Adieu. G.
Dimanche est décidément un bien mauvais jour. Surtout quand je vous ai quittée le Samedi. Je n'ai vu personne, que des gens qui ne disent rien, et à qui on ne dit rien. J’irai ce matin à l'Athenoeum, et j'y trouverai Duchâtel. Mais nous n'aurons évidemment pas de nouvelles d’ici à quelque temps. Nous en attendons plus rien que la fin régulière de l'Assemblée dans deux ou trois mois. Deux ou trois mois sans rien, c’est difficile. Milner m'a envoyé hier un pamphlet qu’il vient de publier : the event of 1848, a letter to the marquess of Lansdowne. Lord Lansdowne a le vol des pamphlets. Celui-ci, est au fond Palmerstonien. C’est la politique de l’Europe, dans ses rapports avec l'Angleterre, Italien et anti Russe. Un billet très amical, auquel j'ai répondu par un billet assez franc. Je passerai aujourd’hui et demain à écrire des lettres.
Cornélis de Witt part demain soir pour Paris. Je veux vider tout ce que j'ai à dire à propos de la dernière lettre dont je vous ai laissé un feuillet que j'espère recevoir demain. Plus je pense à ce travail contre moi, plus je trouve cela misérable et au dessous de la situation. C’est décidément le plus grand mal de mon pays que la situation surpasse infiniment les hommes. Ils n'ont ni l’esprit, ni le cœur assez grand pour ce qu’il y a à faire. Les petites passions ne disparaissent jamais, mais elles tiennent bien moins de place dans un horizon plus haut. Adieu, Adieu, si vous étiez à Londres, ou moi à Brighton, nous causerions sans fin. Mais de loin aujourd’hui, je n'ai rien à vous dire. Je m'irrite d'attendre jusqu’à demain pour savoir comment va votre rhume. Il fait bien beau ce matin. Adieu. Adieu. G.
Mots-clés : Politique (Angleterre), Politique (Europe), Posture politique
Brompton, Dimanche 14 janvier 1849, François Guizot à Dorothée de Lieven
Collection : 1849 ( 1er janvier - 18 juillet) : De la Démocratie en France, Guizot reprend la parole
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
Brompton. Dimanche 14 Janv. 1849
Je mettrai ceci à la poste à Londres en sortant de l’Athenaeum où j'irai à 4 heures. Vous l'aurez demain à 3 heures, je pense. Je ne veux pas que le Dimanche soit tout à fait stérile. J'ai pour le débat qui a dû finir hier plus de curiosité qu’il n’a d’importance. Il importe fort peu, en soi, que l'assemblée se dissolve le 4 ou le 30 mars. Or c'est entre ces deux temps qu’on hésite. Tout le monde est décidé ou résigné à la dissolution prochaine. Je ne me fais pas encore une idée claire de l'assemblée qui succédera. Je présume qu’elle sera encore très mêlée, et par conséquent, très orageuse. Orléanistes, légitimistes et républicains y seront forts. Et très acharnés en même temps que forts. La république rouge seule sera si je ne me trompe à peu près éliminée. Elle se remettra derrière la République tricolore, comme elle l’a fait de 1830 à 1848. Et la République tricolore acceptera de nouveau cette queue. On fera effort pour sortir du chaos. On n'en sortira pas d'un coup. Je vous assure qu’il y a bien à examiner s'il me convient de redescendre déjà dans la mêlée; car entrer dans l’Assemblée, c’est redescendre dans la mêlée. Peut-être vaudrait-il mieux, pour moi-même, et pour le moment décisif quand il viendra me tenir encore quelque temps à l'écart, sur la hauteur, disant mon avis aux combattants et sur les combattants. Nous en causerons. Je n'ai aucune lettre importante de Paris. Rien que des détails sur le succès de ma brochure. Je regarde la réconciliation et l’intimité active de Girardin et de Lamartine, comme un fait assez grave. Ce sont peut-être les deux hommes les plus mischievous parce que ce sont eux qui savent faire le plus de dupes parmi les honnêtes gens et les gens d'esprit badauds. J’ai une longue lettre de Brougham. En grands compliments sur ma brochure. Quelques observations, peu fondées, je crois. Evidemment décidé à être bien avec moi. Il compte quitter Cannes du 18 au 20. Il ne me dit pas s'il s’arrêtera à Paris en revenant. La tentative de conciliation du Roi Léopold entre l'Angleterre et l’Espagne a décidément échoué. Palmerston veut toujours un retour de Bulwer à Madrid. Narvaez ne veut pas. Et on ne veut pas à Madrid, renverser Narvaez. J’ai pourtant trouvé le Roi l’autre jour, peu en bienveillance et en confiance pour la Reine Christine. J’ai entrevu qu’elle insistait comme la Reine sa fille, pour que la Duchesse de Montpensier vint à Madrid, et qu'elle aussi ne serait peut-être pas fâchée que la Duchesse suivit les bons exemples. On est très susceptible à cet endroit. Vous n'avez pas d’idée du sentiment d'aversion et de dégoût que la corruption des cours de Madrid et de Naples a laissé dans le ménage qui y a assisté sans y prendre part. Adieu. Je ne vous écrirai pas demain. Mardi, à 2 heures J’espère qu’il fera aussi doux qu'aujourd’hui, et que je pourrai rester aussi frais qu’il vous conviendra. Adieu. Adieu G. Vous ne saurez qu’elles sont les quatre pages qui plaisent tant au Prince de Metternich. Si j'apprends quelque chose à l'Athenoeum je l’ajouterai à ma lettre.
Je mettrai ceci à la poste à Londres en sortant de l’Athenaeum où j'irai à 4 heures. Vous l'aurez demain à 3 heures, je pense. Je ne veux pas que le Dimanche soit tout à fait stérile. J'ai pour le débat qui a dû finir hier plus de curiosité qu’il n’a d’importance. Il importe fort peu, en soi, que l'assemblée se dissolve le 4 ou le 30 mars. Or c'est entre ces deux temps qu’on hésite. Tout le monde est décidé ou résigné à la dissolution prochaine. Je ne me fais pas encore une idée claire de l'assemblée qui succédera. Je présume qu’elle sera encore très mêlée, et par conséquent, très orageuse. Orléanistes, légitimistes et républicains y seront forts. Et très acharnés en même temps que forts. La république rouge seule sera si je ne me trompe à peu près éliminée. Elle se remettra derrière la République tricolore, comme elle l’a fait de 1830 à 1848. Et la République tricolore acceptera de nouveau cette queue. On fera effort pour sortir du chaos. On n'en sortira pas d'un coup. Je vous assure qu’il y a bien à examiner s'il me convient de redescendre déjà dans la mêlée; car entrer dans l’Assemblée, c’est redescendre dans la mêlée. Peut-être vaudrait-il mieux, pour moi-même, et pour le moment décisif quand il viendra me tenir encore quelque temps à l'écart, sur la hauteur, disant mon avis aux combattants et sur les combattants. Nous en causerons. Je n'ai aucune lettre importante de Paris. Rien que des détails sur le succès de ma brochure. Je regarde la réconciliation et l’intimité active de Girardin et de Lamartine, comme un fait assez grave. Ce sont peut-être les deux hommes les plus mischievous parce que ce sont eux qui savent faire le plus de dupes parmi les honnêtes gens et les gens d'esprit badauds. J’ai une longue lettre de Brougham. En grands compliments sur ma brochure. Quelques observations, peu fondées, je crois. Evidemment décidé à être bien avec moi. Il compte quitter Cannes du 18 au 20. Il ne me dit pas s'il s’arrêtera à Paris en revenant. La tentative de conciliation du Roi Léopold entre l'Angleterre et l’Espagne a décidément échoué. Palmerston veut toujours un retour de Bulwer à Madrid. Narvaez ne veut pas. Et on ne veut pas à Madrid, renverser Narvaez. J’ai pourtant trouvé le Roi l’autre jour, peu en bienveillance et en confiance pour la Reine Christine. J’ai entrevu qu’elle insistait comme la Reine sa fille, pour que la Duchesse de Montpensier vint à Madrid, et qu'elle aussi ne serait peut-être pas fâchée que la Duchesse suivit les bons exemples. On est très susceptible à cet endroit. Vous n'avez pas d’idée du sentiment d'aversion et de dégoût que la corruption des cours de Madrid et de Naples a laissé dans le ménage qui y a assisté sans y prendre part. Adieu. Je ne vous écrirai pas demain. Mardi, à 2 heures J’espère qu’il fera aussi doux qu'aujourd’hui, et que je pourrai rester aussi frais qu’il vous conviendra. Adieu. Adieu G. Vous ne saurez qu’elles sont les quatre pages qui plaisent tant au Prince de Metternich. Si j'apprends quelque chose à l'Athenoeum je l’ajouterai à ma lettre.
Brompton, Dimanche 21 janvier 1849, François Guizot à Dorothée de Lieven
Collection : 1849 ( 1er janvier - 18 juillet) : De la Démocratie en France, Guizot reprend la parole
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
Brompton Dimanche 21 Janv. 1849
Je ne me suis jamais accoutumé à cette date du 21 Janvier. J’étais si enfant que je n'en ai aucun souvenir personnel. Mais l'impression m'en reste profonde. Je suis bien près de l’avis de Madame de Metternich. On peut oublier le champ de bataille d’Eylau, non pas la place Louis XV. J’aime cent fois mieux courir le risque de la non élection que courir, ou avoir l’air de courir après l'élection. Je viens d’écrire dans ce sens au duc de Broglie. Il est à Paris très sombre. Dumon aussi. Ce que Barante vous écrit est vrai. J’ai une lettre de lui où il me dit la même chose, et toutes celles qu’on m’apporte les confirment. De sombres pronostics, et des intrigues pitoyables, il n’y a que cela. Ce que fera le pays en masse sera peut-être bon; et à de bons instincts. Ce que feront les individus isolés ceux dont nous savons les noms, sera mauvais ; ils sont plus aigris qu'éclairés. On croit que décidément l'assemblée n'assignera point de terme fixe pour son départ. Elle se contentera de réduire à trois ou quatre le nombre des lois organiques, et voudra faire celles-là ainsi que le budget ; ce qui pourra bien la conduire jusqu'au mois de juillet. Il y a autant de mécontentement que d’abattement, et vice versa. Le public trouve que les légitimistes se remuent beaucoup, et commence à s’en impatienter. On dit que le grand dîner de M. de Falloux a déplu. On dit cependant, en même temps, que depuis quelques jours, Thiers tourne à la fusion. Mais on ajoute que ce pourrait bien être uniquement un trick de quelques jours. Des Ministres actuels. Léon Faucher est le meilleur, le plus laborieux, et le plus sérieux. Il a donc raison d’être glorieux. Mais on dit aussi qu’il est désagréable, maussade, dur, impoli et détesté. Je vous répète les rapports de deux ou trois personnes que je viens de voir, entr'autres de Duchâtel qui est revenu hier au soir de Belvair, frappé de la splendeur, de l'ordre, de la froideur et de l’ennui. Il dit que s’il n’avait pas eu pour causer un peu, Lady Alice et M. Stafford O’Brien, il ne sait pas ce qu’il serait devenu. Le duc de Rutland était en effet malade. Tout s’est passé sans lui. Duchâtel l’a vu dans sa chambre la veille de son départ. Duchâtel a bien envie, aussi de prolonger son séjour à Londres jusqu'après les élections à moins qu'elles ne soient retardées jusqu'au mois de Juillet. Nous n'aurions, en ce cas, aucune raison de ne pas retourner, dans le cours de mars. Notre retour n'aurait aucun air électoral. Votre lettre pour Barante part aujourd'hui. J’ai effacé baron et mis l'adresse. Il est place Vendôme n°8. Je vous rapporterai la sienne samedi. Adieu. Adieu. J’aime bien les longues lettres mais ne fatiguez pas vos yeux. Adieu G.
Je ne me suis jamais accoutumé à cette date du 21 Janvier. J’étais si enfant que je n'en ai aucun souvenir personnel. Mais l'impression m'en reste profonde. Je suis bien près de l’avis de Madame de Metternich. On peut oublier le champ de bataille d’Eylau, non pas la place Louis XV. J’aime cent fois mieux courir le risque de la non élection que courir, ou avoir l’air de courir après l'élection. Je viens d’écrire dans ce sens au duc de Broglie. Il est à Paris très sombre. Dumon aussi. Ce que Barante vous écrit est vrai. J’ai une lettre de lui où il me dit la même chose, et toutes celles qu’on m’apporte les confirment. De sombres pronostics, et des intrigues pitoyables, il n’y a que cela. Ce que fera le pays en masse sera peut-être bon; et à de bons instincts. Ce que feront les individus isolés ceux dont nous savons les noms, sera mauvais ; ils sont plus aigris qu'éclairés. On croit que décidément l'assemblée n'assignera point de terme fixe pour son départ. Elle se contentera de réduire à trois ou quatre le nombre des lois organiques, et voudra faire celles-là ainsi que le budget ; ce qui pourra bien la conduire jusqu'au mois de juillet. Il y a autant de mécontentement que d’abattement, et vice versa. Le public trouve que les légitimistes se remuent beaucoup, et commence à s’en impatienter. On dit que le grand dîner de M. de Falloux a déplu. On dit cependant, en même temps, que depuis quelques jours, Thiers tourne à la fusion. Mais on ajoute que ce pourrait bien être uniquement un trick de quelques jours. Des Ministres actuels. Léon Faucher est le meilleur, le plus laborieux, et le plus sérieux. Il a donc raison d’être glorieux. Mais on dit aussi qu’il est désagréable, maussade, dur, impoli et détesté. Je vous répète les rapports de deux ou trois personnes que je viens de voir, entr'autres de Duchâtel qui est revenu hier au soir de Belvair, frappé de la splendeur, de l'ordre, de la froideur et de l’ennui. Il dit que s’il n’avait pas eu pour causer un peu, Lady Alice et M. Stafford O’Brien, il ne sait pas ce qu’il serait devenu. Le duc de Rutland était en effet malade. Tout s’est passé sans lui. Duchâtel l’a vu dans sa chambre la veille de son départ. Duchâtel a bien envie, aussi de prolonger son séjour à Londres jusqu'après les élections à moins qu'elles ne soient retardées jusqu'au mois de Juillet. Nous n'aurions, en ce cas, aucune raison de ne pas retourner, dans le cours de mars. Notre retour n'aurait aucun air électoral. Votre lettre pour Barante part aujourd'hui. J’ai effacé baron et mis l'adresse. Il est place Vendôme n°8. Je vous rapporterai la sienne samedi. Adieu. Adieu. J’aime bien les longues lettres mais ne fatiguez pas vos yeux. Adieu G.
Brompton, Dimanche 25 juin 1848, François Guizot à Sarah Austin
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
Mots-clés : Exil, Femme (de lettres), France (1848-1852, 2e République), Publication, Traduction
Brompton, Jeud 12 juillet 1849, François Guizot à Dorothée de Lieven
Collection : 1849 ( 1er janvier - 18 juillet) : De la Démocratie en France, Guizot reprend la parole
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
Brompton, Jeudi 12 Juillet 1849
4 heures
Je viens de faire mon luncheon chez Lady Jersey et vingt et une visites. Lady Jersey m’a demandé de lui écrire. J’ai dit que je vivrais dans mon nid que je n'aurais point de nouvelles à lui donner. Elle dit que ce ne sont pas mes nouvelles qu’elle veut, mais mes idées. Elle part dans quinze jours pour l'Allemagne. Elle reviendra, fin d'octobre, par la France. Elle m’a montré une lettre qui lui disait que Debreezin était gris. Où Kossuth tiendra-t-il sa Diète ? Je n'ai rien de Paris, sinon une petite lettre que je vous apporterai demain avec la réponse que j'y ai faite. Je ne dinerai pas avec vous demain. J’irai vous voir en sortant de chez Lord Aberdeen. Je serai à Richmond à 2 heures trois quarts, et j'en repartirai à 5 heures et demie. Je dînerai avec vous dimanche. Il ne fait pas trop chaud. Peut-être serez-vous venu ce matin à Londres. Je pense que non, à cause du Choléra. Je n'en ai rien, entendu dire de nouveau. Je viens de passer à la porte de ces pauvres Coltman, et d’y laisser quelques lignes pour la veuve. Adieu.
Il faudra bien, quand nous serons séparés, que je reprenne un peu de vif plaisir à vous écrire. J’y ai bien de la peine quand je vous ai vue la veille et que je vous verrai, le lendemain sachant que nous touchons au moment où nous ne nous aurons plus. Il y a là un de ces mélanges de plaisir et de peine qui troublent l’âme jusqu'au fond, et ne portent qu'au silence. Adieu. Adieu. G.
4 heures
Je viens de faire mon luncheon chez Lady Jersey et vingt et une visites. Lady Jersey m’a demandé de lui écrire. J’ai dit que je vivrais dans mon nid que je n'aurais point de nouvelles à lui donner. Elle dit que ce ne sont pas mes nouvelles qu’elle veut, mais mes idées. Elle part dans quinze jours pour l'Allemagne. Elle reviendra, fin d'octobre, par la France. Elle m’a montré une lettre qui lui disait que Debreezin était gris. Où Kossuth tiendra-t-il sa Diète ? Je n'ai rien de Paris, sinon une petite lettre que je vous apporterai demain avec la réponse que j'y ai faite. Je ne dinerai pas avec vous demain. J’irai vous voir en sortant de chez Lord Aberdeen. Je serai à Richmond à 2 heures trois quarts, et j'en repartirai à 5 heures et demie. Je dînerai avec vous dimanche. Il ne fait pas trop chaud. Peut-être serez-vous venu ce matin à Londres. Je pense que non, à cause du Choléra. Je n'en ai rien, entendu dire de nouveau. Je viens de passer à la porte de ces pauvres Coltman, et d’y laisser quelques lignes pour la veuve. Adieu.
Il faudra bien, quand nous serons séparés, que je reprenne un peu de vif plaisir à vous écrire. J’y ai bien de la peine quand je vous ai vue la veille et que je vous verrai, le lendemain sachant que nous touchons au moment où nous ne nous aurons plus. Il y a là un de ces mélanges de plaisir et de peine qui troublent l’âme jusqu'au fond, et ne portent qu'au silence. Adieu. Adieu. G.
Brompton, Jeudi 1er février 1849, François Guizot à Dorothée de Lieven
Collection : 1849 ( 1er janvier - 18 juillet) : De la Démocratie en France, Guizot reprend la parole
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
Brompton jeudi 1er fév. 1849
Une heure
Une heure
Le Parlement s’ouvre en ce moment. Je suis assez curieux du discours de la Reine. Je m’attends à une phrase très vague sur l'Italie et au silence sur l'Espagne. Tout le monde annonce une attaque grande et générale de Lord Stanley sur la politique étrangère. Greville m’a dit avant hier beaucoup de bien de son talent, et beaucoup de mal de lui. Il n’a pas ouvert la bouche sur le leadership de M. Disraeli, et je n’ai pas voulu le questionner. Je suis sûr qu’il redit tout à Lord John. Il est toujours assez vif contre Lord Palmerston, mais d’une vivacité qui est et qui veut être sans conséquence. Je trouve la conduite de la Prusse, en effet très bonne. Pourvu qu’elle se soutienne. On dit que la prochaine assemblée de Berlin pourrait bien forcer la main au Roi pour l'Empire, et le Roi de laisser forcer la main. Cela pourrait bien arriver si le parti novateur allemand se montrait fort et capable. Mais évidemment la force et la capacité lui manquent. Les ambitieux timides ne se confieront pas à sa barque. C'est là ce qui me rassure le plus Pas de journaux encore ce matin. Je ne crois plus beaucoup à l'Empire. Le parti monarchique n’y travaillera pas. Le parti républicain y résistera. Il faudrait donc quelque grand coup de vent populaire une seconde édition de l'élection de Louis Napoléon. Cela me paraît peu probable. Surtout depuis que la République se montre si disposée à transiger. Vous avez raison : personne n'a envie de se battre. On finira par là pourtant. La république ne saura pas vivre et ne voudra pas mourir. Il y faudra la force. Je vous renvoie la lettre de Barante. Tous mes amis sont du même avis, et j'en ai été avant eux. Je crois aux élections. pour le mois d’avril. Je n'irai que Lundi à Claremont. Je vais écrire au Roi pour le prier de permettre que je lui amène Croker qui me le demande. De Claremont j'irai dîner et coucher chez Croker. Je reviendrai mardi dîner à Brompton, et j'irai vous voir Jeudi. Je crois que je n’amènerai pas mes filles à Brighton. Adieu. Adieu. Le retour de froid. se fait-il sentir à vos yeux ? Adieu
Mots-clés : Politique (Angleterre), Politique (France), Politique internationale
Brompton, Jeudi 5 juillet 1849, François Guizot à Dorothée de Lieven
Collection : 1849 ( 1er janvier - 18 juillet) : De la Démocratie en France, Guizot reprend la parole
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
Brompton Jeudi 5 juillet 1849
Vous avez raison ; nos bons moments sont courts et rares. Ne les employons pas à nous quereller. Je veux seulement vous dire que quand votre lettre m'est arrivée ce matin, je venais d’arranger ma semaine prochaine pour avoir le plus de jours possible pour nous. Si vous pouviez bien croire une fois que ces jours-là me manquent autant qu'à vous, et que j’en jouis autant que vous ! Je suis décidé à ne pas mourir avant de vous avoir vue sachant tout à fait combien je vous aime. Quelles pitoyables lettres que ces lettres de Benjamin Constant à Mad. Récamier que je viens de lire dans la Presse ! Tendres avec tant d'effort ! Spirituelles avec tant d'affectation.
Je suis, comme vous, bien aise de Rome. Par cette raison-ci surtout. Il est bon que la République Romaine soit morte de la main de la République française. Je craignais toujours quelque simulacre de raccommodement. Si le Pape a un peu d’esprit et de bons conseils, il fera ses conditions comme il voudra. Ni ses sujets, ni ses protecteurs, ni Romains, ni Autrichiens, ni Français, ne sont en état de lui imposer ce dont il ne voudra pas. Mais je crois bien qu’il n'ait point d'esprit. Bedeau est en effet un peu ridicule et Oudinot peut le recevoir en souriant. Je suppose qu’il (Bedeau) s’arrêtera à Marseille où il aura appris la nouvelle. M. de Corcelles est un négociateur honnête, et très ami du Pape, mais esprit faux. J’ai eu ce matin, des nouvelles d'Italie, assez curieuses. Leçon très insuffisante. Les élections qui vont se faire en Piémont seront républicaines. Il y aura là une nouvelle explosion, non de guerre autrichienne, mais d’anarchie intérieure. Le chef du Cabinet actuel, M d'Azeglio est un Odilon Barrot moins courageux, moins expérimenté, et qui ne croit pas avoir rien à expier. Le pays, tous ces petits pays Italiens sont ruinés ; peuples et gouvernements. La Toscane vient de s'endetter pour 50 millions. Les Etats Romains pour 70. Peu d’étrangers et beaucoup d’oisifs. Et la violence des haines a remplacé, la vivacité des espérances. Les hommes semés ont les plus sinistres pressentiments. J’ai vu Bunsen. Plus unitaire que jamais et répétant que l’armée prussienne, après avoir vaincu la République, saura bien vaincre aussi le cabinet Brandebourg. Il venait de recevoir la nouvelle que Landau s'est rendu, et que les Prussiens ont dû y entrer le 2.
Ce que vous me dites du Prince de Mett. me chagrine. Quand une vie a été grande, je n’aime pas à en voir disparaître la grande ombre. Flahaut dit qu’il a été bien des fois, à Vienne dans le même état. Adieu. Adieu. A demain à 5 heures. Adieu. Adieu. Voilà le courrier de 2 heures qui ne m’apporte rien. Adieu. G.
Vous avez raison ; nos bons moments sont courts et rares. Ne les employons pas à nous quereller. Je veux seulement vous dire que quand votre lettre m'est arrivée ce matin, je venais d’arranger ma semaine prochaine pour avoir le plus de jours possible pour nous. Si vous pouviez bien croire une fois que ces jours-là me manquent autant qu'à vous, et que j’en jouis autant que vous ! Je suis décidé à ne pas mourir avant de vous avoir vue sachant tout à fait combien je vous aime. Quelles pitoyables lettres que ces lettres de Benjamin Constant à Mad. Récamier que je viens de lire dans la Presse ! Tendres avec tant d'effort ! Spirituelles avec tant d'affectation.
Je suis, comme vous, bien aise de Rome. Par cette raison-ci surtout. Il est bon que la République Romaine soit morte de la main de la République française. Je craignais toujours quelque simulacre de raccommodement. Si le Pape a un peu d’esprit et de bons conseils, il fera ses conditions comme il voudra. Ni ses sujets, ni ses protecteurs, ni Romains, ni Autrichiens, ni Français, ne sont en état de lui imposer ce dont il ne voudra pas. Mais je crois bien qu’il n'ait point d'esprit. Bedeau est en effet un peu ridicule et Oudinot peut le recevoir en souriant. Je suppose qu’il (Bedeau) s’arrêtera à Marseille où il aura appris la nouvelle. M. de Corcelles est un négociateur honnête, et très ami du Pape, mais esprit faux. J’ai eu ce matin, des nouvelles d'Italie, assez curieuses. Leçon très insuffisante. Les élections qui vont se faire en Piémont seront républicaines. Il y aura là une nouvelle explosion, non de guerre autrichienne, mais d’anarchie intérieure. Le chef du Cabinet actuel, M d'Azeglio est un Odilon Barrot moins courageux, moins expérimenté, et qui ne croit pas avoir rien à expier. Le pays, tous ces petits pays Italiens sont ruinés ; peuples et gouvernements. La Toscane vient de s'endetter pour 50 millions. Les Etats Romains pour 70. Peu d’étrangers et beaucoup d’oisifs. Et la violence des haines a remplacé, la vivacité des espérances. Les hommes semés ont les plus sinistres pressentiments. J’ai vu Bunsen. Plus unitaire que jamais et répétant que l’armée prussienne, après avoir vaincu la République, saura bien vaincre aussi le cabinet Brandebourg. Il venait de recevoir la nouvelle que Landau s'est rendu, et que les Prussiens ont dû y entrer le 2.
Ce que vous me dites du Prince de Mett. me chagrine. Quand une vie a été grande, je n’aime pas à en voir disparaître la grande ombre. Flahaut dit qu’il a été bien des fois, à Vienne dans le même état. Adieu. Adieu. A demain à 5 heures. Adieu. Adieu. Voilà le courrier de 2 heures qui ne m’apporte rien. Adieu. G.
Brompton, Jeudi 7 juin 1849, François Guizot à Dorothée de Lieven
Collection : 1849 ( 1er janvier - 18 juillet) : De la Démocratie en France, Guizot reprend la parole
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
Brompton, Jeudi 7 Juin 1849
8 heures
Voici la lettre que vous désirez. Montrez la mais ne la donnez à personne je vous prie dans l'état ou la France est près de tomber de telles vérités, si, par un accident quelconque, on savait qui les a dites, peuvent devenir des questions de vie ou de mort. M. P., en me rendant compte des négociations ministérielles auxquelles il a pris part, finit par cette phrase : " Je n’ai emporté de tout cela qu’une impression, c’est que le Président et La Redorte s'étaient très bien conduits, qu'on pouvait en toute sécurité, être le collègue du second et que le premier très loyal, très simple, très désintéressé sans vanité, sans susceptibilité aurait fait un roi constitutionnel excellent, mais que Dieu ne l'a destiné ni à sauver, ni à fonder des Empires. Qui sait cependant, car il a la foi ? " Hier une heure après votre départ, j'ai reçu de M. Mallac une lettre écrite avant-hier au soir, qui contient ceci : « J'ai vu le Maréchal ce matin. Il se tient à l'écart et en réserve. L'état de l’armée l’inquiète. Les lettres qu’il reçoit des commandants des corps qui forment l’armée des Alpes, ne sont pas rassurantes. L'esprit des troupes se gâte ; les folles idées qui sont répandues dans le peuple, fermentent dans la tête des soldats. Les règles de la discipline sont observés mais il faut les appliquer sans cesse. L'obéissance est devenue grondeuse et lente. Tout annoncé enfin que le mal fait des progrès, et que nous sommes en dérive. L'armée nous échappera comme tout le reste avant peu, s’il n’arrive pas un grand événement qui nous fasse sortir de l'impasse où nous sommes. Faire de l’ordre avec le désordre moral et du gouvernement avec l'absence de tout gouvernement, c'est un problème insoluble ; il faut que cette situation éclate, et qu’il en sorte le despotisme de Louis Nap. ou celui de la rue. Le dernier me paraît le plus probable. J’attache bien peu d'importance à ce que fera le nouveau Cabinet, s'il apporte des lois répressives, il pourra avancer l'heure de la lutte et c’est là notre meilleure chance, s’il se borne à vivre au jour le jour, il fera durer la situation quelques mois encore pendant lesquels tous les moyens de résistance auront péri. Alors le triomphe de la rue me parait certain. Toute la politique se réduit aujourd’hui à comparer les forces de l’insurrection et celles de la résistance et à savoir quand et comment la bataille s’engagera. " Vous voyez que tout le monde est unanimement noir. J’ai vu hier soir, chez la marquise de Westminster, beaucoup de monde rose et blanc qui ne pensait pas à autre chose, qu’à se montrer et à se regarder. Je n’y ai rien appris. J'ai trouvé Kielmansegge assez inquiet de la Constitution de Berlin et de la République des bords du Rhin. Il craint les amours propres d'auteurs et les ambitions populaires. Ici, l'attaque de lord John avant hier soir contre MM. Bright et Cobden, fait assez d'effet. Le mot narrow-minded a beaucoup blessé les radicaux. Les Torys ont beaucoup applaudi. Je le veux bien, pourvu qu'ils n'oublient pas qu’il y a peu de sureté à vaincre par la main de ses adversaires ; on finit toujours par payer les frais de la victoire. Adieu. Je sors à midi, pour aller passer une partie de ma journée en pleine Eglise anglicane, à St Paul dans le banc de l'Evêque de Londres d'où j’entendrai l'Evêque d'Oxford. Puis, j’irai la finir chez les Quakers, au milieu de la tribu des Gurney. On me dit qu'il y en aura cinquante avec qui je dinerai sous une tente. Braves gens, amis, au fond de l’autorité qu’ils tutoient. Et leurs femmes sous leur petite coiffe blanche, ne sont mi moins jolies que d'autres, ni moins charmées qu'on les trouve jolies. Ce que j’ai écrit il y a quelques mois, en parlant de la démocratie a fait son chemin. Lord Chelsea me disait hier à dîner : " Comment peut-on dire que c'est la forme de gouvernement qui fait la sureté ? Il y a aujourd’hui trois gouvernements forts et tranquilles l’Angleterre, monarchie constitutionnelle ; la Russie, despotisme, les Etats-Unis, république. Reste toujours l'embarras de choisir. " Adieu. Adieu. Je vous prie de prier qu’il ne pleuve pas puisque je dois dîner sous la tente. Je n'y resterai certainement pas s’il pleut. J'ai le cerveau encore pris un peu moins. pourtant. Adieu. A demain. G.
8 heures
Voici la lettre que vous désirez. Montrez la mais ne la donnez à personne je vous prie dans l'état ou la France est près de tomber de telles vérités, si, par un accident quelconque, on savait qui les a dites, peuvent devenir des questions de vie ou de mort. M. P., en me rendant compte des négociations ministérielles auxquelles il a pris part, finit par cette phrase : " Je n’ai emporté de tout cela qu’une impression, c’est que le Président et La Redorte s'étaient très bien conduits, qu'on pouvait en toute sécurité, être le collègue du second et que le premier très loyal, très simple, très désintéressé sans vanité, sans susceptibilité aurait fait un roi constitutionnel excellent, mais que Dieu ne l'a destiné ni à sauver, ni à fonder des Empires. Qui sait cependant, car il a la foi ? " Hier une heure après votre départ, j'ai reçu de M. Mallac une lettre écrite avant-hier au soir, qui contient ceci : « J'ai vu le Maréchal ce matin. Il se tient à l'écart et en réserve. L'état de l’armée l’inquiète. Les lettres qu’il reçoit des commandants des corps qui forment l’armée des Alpes, ne sont pas rassurantes. L'esprit des troupes se gâte ; les folles idées qui sont répandues dans le peuple, fermentent dans la tête des soldats. Les règles de la discipline sont observés mais il faut les appliquer sans cesse. L'obéissance est devenue grondeuse et lente. Tout annoncé enfin que le mal fait des progrès, et que nous sommes en dérive. L'armée nous échappera comme tout le reste avant peu, s’il n’arrive pas un grand événement qui nous fasse sortir de l'impasse où nous sommes. Faire de l’ordre avec le désordre moral et du gouvernement avec l'absence de tout gouvernement, c'est un problème insoluble ; il faut que cette situation éclate, et qu’il en sorte le despotisme de Louis Nap. ou celui de la rue. Le dernier me paraît le plus probable. J’attache bien peu d'importance à ce que fera le nouveau Cabinet, s'il apporte des lois répressives, il pourra avancer l'heure de la lutte et c’est là notre meilleure chance, s’il se borne à vivre au jour le jour, il fera durer la situation quelques mois encore pendant lesquels tous les moyens de résistance auront péri. Alors le triomphe de la rue me parait certain. Toute la politique se réduit aujourd’hui à comparer les forces de l’insurrection et celles de la résistance et à savoir quand et comment la bataille s’engagera. " Vous voyez que tout le monde est unanimement noir. J’ai vu hier soir, chez la marquise de Westminster, beaucoup de monde rose et blanc qui ne pensait pas à autre chose, qu’à se montrer et à se regarder. Je n’y ai rien appris. J'ai trouvé Kielmansegge assez inquiet de la Constitution de Berlin et de la République des bords du Rhin. Il craint les amours propres d'auteurs et les ambitions populaires. Ici, l'attaque de lord John avant hier soir contre MM. Bright et Cobden, fait assez d'effet. Le mot narrow-minded a beaucoup blessé les radicaux. Les Torys ont beaucoup applaudi. Je le veux bien, pourvu qu'ils n'oublient pas qu’il y a peu de sureté à vaincre par la main de ses adversaires ; on finit toujours par payer les frais de la victoire. Adieu. Je sors à midi, pour aller passer une partie de ma journée en pleine Eglise anglicane, à St Paul dans le banc de l'Evêque de Londres d'où j’entendrai l'Evêque d'Oxford. Puis, j’irai la finir chez les Quakers, au milieu de la tribu des Gurney. On me dit qu'il y en aura cinquante avec qui je dinerai sous une tente. Braves gens, amis, au fond de l’autorité qu’ils tutoient. Et leurs femmes sous leur petite coiffe blanche, ne sont mi moins jolies que d'autres, ni moins charmées qu'on les trouve jolies. Ce que j’ai écrit il y a quelques mois, en parlant de la démocratie a fait son chemin. Lord Chelsea me disait hier à dîner : " Comment peut-on dire que c'est la forme de gouvernement qui fait la sureté ? Il y a aujourd’hui trois gouvernements forts et tranquilles l’Angleterre, monarchie constitutionnelle ; la Russie, despotisme, les Etats-Unis, république. Reste toujours l'embarras de choisir. " Adieu. Adieu. Je vous prie de prier qu’il ne pleuve pas puisque je dois dîner sous la tente. Je n'y resterai certainement pas s’il pleut. J'ai le cerveau encore pris un peu moins. pourtant. Adieu. A demain. G.
Brompton, Jeudi 7 septembre 1848, François Guizot à Dorothée de Lieven
Collection : 1848 ( 1er août -24 novembre) : Le silence de l'exil
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
Voilà vos deux lettres. Sans nul doute, il faut aller dîner chez Miss Mitchell. Je suis curieux de M. de Beaumont. J’irai vous voir demain matin, par le train qui arrivera à Richmond à une heure. Nous causerons du discours de la Reine, et de tout.
Oui l'absence du mot république déplaira à Paris. Pas à tout Paris tant s'en faut. Les Débats sont très bons en effet, surtout aujourd’hui. Une indifférence si tranquille sur la non durée de tout ceci ! Mais les possesseurs se défendront jusqu'au bout. Cavaignac révèle un peu plus chaque jour son fanatisme. Il pressent le combat et déclare à ses ennemis qu'il les tuera tant qu’il pourra. Lisez un peu le discours de M. Fresneau. Je dis un peu parce qu'il est bien métaphysique pour vous. C’est évidemment, un homme d’esprit. Légitimiste. Adieu. Adieu. Adieu. G.
Jeudi 7 sept 1848 Onze heures
Oui l'absence du mot république déplaira à Paris. Pas à tout Paris tant s'en faut. Les Débats sont très bons en effet, surtout aujourd’hui. Une indifférence si tranquille sur la non durée de tout ceci ! Mais les possesseurs se défendront jusqu'au bout. Cavaignac révèle un peu plus chaque jour son fanatisme. Il pressent le combat et déclare à ses ennemis qu'il les tuera tant qu’il pourra. Lisez un peu le discours de M. Fresneau. Je dis un peu parce qu'il est bien métaphysique pour vous. C’est évidemment, un homme d’esprit. Légitimiste. Adieu. Adieu. Adieu. G.
Jeudi 7 sept 1848 Onze heures
Brompton, Jeudi 7 septembre 1848, François Guizot à Dorothée de Lieven
Collection : 1848 ( 1er août -24 novembre) : Le silence de l'exil
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
Brompton Jeudi 7 Sept 1848
8 heures
Je suis arrivé hier trop tard pour vous écrire. Je ne vous dirai pas grand chose ce matin. Demain à dîner. Visite intéressante et utile. Très bonne disposition. Peu d’espérance et beaucoup de sagesse. Quand je dis peu d’espérance, je veux dire peu d’espérance pour le bon gouvernement de l'avenir. Grand effroi des difficultés, peut-être des impossibilités. Le monde s’en va. Ce qui est aujourd'hui s'en ira certainement. Mais comment fera, pour ne pas, s'en aller aussi ce qui viendra après, quoique ce soit assez de penchant à croire qu’il a été la dernière bonne chance, et que n'ayant pas réussi, rien ne réussira. Un peu moins d’inquiétude sur ses intérêts privés mais se créant à lui-même, sur ce point toutes sortes de questions et d'embarras. Extrêmement préoccupé des chances de guerre. Si elle éclate ce n’est plus seulement le monde qui s’en va c’est le monde qui finit. Guerre générale. Un peu plus tôt, un peu plus tard, l'Angleterre y sera attirée. En résumé, tout son ancien esprit, point d’esprit nouveau. Rien n'entre plus. Assez blessé et je le comprends de cette parfaite similitude, égalité établie, dans le discours de la Reine, entre les rapports actuels des deux pays et les rapports antérieurs. Vous aurez bien vu, en lisant le discours que je ne l’avais pas bien entendu. Encore bien plus blessé de l’article du Times d’hier. Les Princes sont allés au Parlement par égard, pour la Reine qui leur avait envoyé des billets. Cela seul aurait dû les faire traiter eux-mêmes avec plus d'égard.
Très bonnes nouvelles d'Espagne et de Séville en particulier. Attendant la nouvelle de l'accouchement. Le Duc et la Duchesse de Montpensier en très bonne position, même auprès des Progresistas qui les épouseraient, au besoin. Quelque inquiétude, non pas sur, mais pour Narvaez. Il pourrait bien être remplacé par O’Donnell, sans que le pouvoir sortît des mains des modérés. La Reine Christine pourrait bien vouloir cela, pour se raccommoder un peu avec Londres. Penchant à croire qu'elle aurait tort, mais ne s'en inquiétant pas beaucoup. L'important, c'est le pouvoir de la Reine Christine et des moderados, et celui-là n’est pas du tout compromis. Grande satisfaction de la correspondance d'Eisenach. L’attitude y est bonne et en parfaite harmonie avec celle de toute la famille. Mais on dit que la Duchesse d'Orléans a maigri. J'ai vu les trois Princes qui revenaient de la chasse. On leur a donné la chasse de l'Avemont. Grand soulagement à l'ennui.
J’ai rencontré en revenant la Reine douairière qui y allait. Et j'y rencontre toujours Lady Cowley, et Georgina. Nous sommes revenus d'Esher ensemble. Le reste à la conversation de demain.
En fait d’intérêts privés, je vous donnerai des nouvelles du procès qui vous touche. Je crois qu’il y a bien des chances d’arrangement. Je vous dirai ce que vous auriez à dire pour y aider. J’attends votre lettre à 9 heures. Mais je ferme celle-ci pour qu’elle parte tout de suite et que vous l'ayez dans la journée. Si quelque chose m’arrive, je vous écrirai ce soir. En tout cas, à demain dîner. Adieu Adieu. G.
8 heures
Je suis arrivé hier trop tard pour vous écrire. Je ne vous dirai pas grand chose ce matin. Demain à dîner. Visite intéressante et utile. Très bonne disposition. Peu d’espérance et beaucoup de sagesse. Quand je dis peu d’espérance, je veux dire peu d’espérance pour le bon gouvernement de l'avenir. Grand effroi des difficultés, peut-être des impossibilités. Le monde s’en va. Ce qui est aujourd'hui s'en ira certainement. Mais comment fera, pour ne pas, s'en aller aussi ce qui viendra après, quoique ce soit assez de penchant à croire qu’il a été la dernière bonne chance, et que n'ayant pas réussi, rien ne réussira. Un peu moins d’inquiétude sur ses intérêts privés mais se créant à lui-même, sur ce point toutes sortes de questions et d'embarras. Extrêmement préoccupé des chances de guerre. Si elle éclate ce n’est plus seulement le monde qui s’en va c’est le monde qui finit. Guerre générale. Un peu plus tôt, un peu plus tard, l'Angleterre y sera attirée. En résumé, tout son ancien esprit, point d’esprit nouveau. Rien n'entre plus. Assez blessé et je le comprends de cette parfaite similitude, égalité établie, dans le discours de la Reine, entre les rapports actuels des deux pays et les rapports antérieurs. Vous aurez bien vu, en lisant le discours que je ne l’avais pas bien entendu. Encore bien plus blessé de l’article du Times d’hier. Les Princes sont allés au Parlement par égard, pour la Reine qui leur avait envoyé des billets. Cela seul aurait dû les faire traiter eux-mêmes avec plus d'égard.
Très bonnes nouvelles d'Espagne et de Séville en particulier. Attendant la nouvelle de l'accouchement. Le Duc et la Duchesse de Montpensier en très bonne position, même auprès des Progresistas qui les épouseraient, au besoin. Quelque inquiétude, non pas sur, mais pour Narvaez. Il pourrait bien être remplacé par O’Donnell, sans que le pouvoir sortît des mains des modérés. La Reine Christine pourrait bien vouloir cela, pour se raccommoder un peu avec Londres. Penchant à croire qu'elle aurait tort, mais ne s'en inquiétant pas beaucoup. L'important, c'est le pouvoir de la Reine Christine et des moderados, et celui-là n’est pas du tout compromis. Grande satisfaction de la correspondance d'Eisenach. L’attitude y est bonne et en parfaite harmonie avec celle de toute la famille. Mais on dit que la Duchesse d'Orléans a maigri. J'ai vu les trois Princes qui revenaient de la chasse. On leur a donné la chasse de l'Avemont. Grand soulagement à l'ennui.
J’ai rencontré en revenant la Reine douairière qui y allait. Et j'y rencontre toujours Lady Cowley, et Georgina. Nous sommes revenus d'Esher ensemble. Le reste à la conversation de demain.
En fait d’intérêts privés, je vous donnerai des nouvelles du procès qui vous touche. Je crois qu’il y a bien des chances d’arrangement. Je vous dirai ce que vous auriez à dire pour y aider. J’attends votre lettre à 9 heures. Mais je ferme celle-ci pour qu’elle parte tout de suite et que vous l'ayez dans la journée. Si quelque chose m’arrive, je vous écrirai ce soir. En tout cas, à demain dîner. Adieu Adieu. G.
Brompton, Jeudi 9 novembre 1848, François Guizot à Dorothée de Lieven
Collection : 1848 ( 1er août -24 novembre) : Le silence de l'exil
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
Brompton Jeudi 9 nov. 1848
5 heures et demie
J’ai été mettre une carte chez Mad. de Lavalette à Regent Park. J’ai eu du monde toute la matinée. Je vous arrive trop tard pour aujourd’hui. Mes nouvelles de Paris sont un peu moins sombres. M. Vitet, qui a passé une heure et demie ici avec Duchâtel croit peu à une bataille avant le 10 décembre. Cavaignac, à tort selon lui, n'est pas sans espérance électorale. Dufaure l’y entretient. C’est une illusion. Louis Bonaparte a toujours les plus grandes chances. Pas telles cependant que Cavaignac se regarde, dès aujourd’hui comme battu. Il attend donc, et ne fera point de bruit en attendant. Comment en faire après tout de suite après, si Louis Napoléon est élu ? Ce sera difficile. On pourra bien essayer de susciter quelque tumulte impérial pour se donner un prétexte de sauver la République. Il est douteux qu’on y réussisse. Les Impériaux seront fort sur leurs gardes. Probablement donc une situation fort tendue, sans explosion. La misère publique et la détresse financière plus grandes, plus croissantes, le peuple de Paris plus désespéré qu’on ne peut dire, Louis Bonaparte prudent et silencieux, dans le présent, se promettant d'être très très conservateur dans l'avenir. Il parle à ses confidents de je ne sais quel plébiscite impérial d'il y a plus de 40 ans qui lui permettra de rétablir une Chambre des Pairs héréditaire formée de tout ce qui reste de Sénateurs de l'Empire, de Pairs de la Restauration et de Pairs de Juillet. La fusion ainsi accomplie en même temps que l’hérédité rétablie. Des intentions très bonnes et très ridicules, qui peuvent être utiles après lui. Le propos des légitimistes et des conservateurs, est ceci : " Les Bourbons ne peuvent pas succéder à la République. Il faut les Bonaparte entre deux comme la première fois. "
On m’écrit de Paris : " Le bruit se répand que votre candidature fait de tels progrès dans le Calvados que votre sélection y serait faite à l'unanimité. Le candidat légitimiste qui devait être porté M. Thomine, a écrit, dit-on à M. de Falloux qu’il se retirait et que lui se retirant, votre élection croit d'elle-même. " Je doute de ceci. Cependant il faut prévoir cette chance que je sois élu malgré ce que j'ai dit et fait dire. Ce sera un grave embarras.
J’ai oublié de vous dire que de bonne source, on attribue au Général Lamoricière ce propos : " Si on nous envoie Louis Napoléon pour Président. nous le recevrons à coups de fusil ; je mettrais le feu à Paris de mes propres mains plutôt que de le subir. " C’est bien violent. Pourtant cela indique le dessein de ne rien faire avant l'élection.
Voici une lettre du duc de Noailles qui m’est arrivée avec son livre. Renvoyez-la moi, je vous prie. J'ai vu ce matin le Médecin du Roi. Il arrivait de Richmond. On y va mieux. Il n'a d’inquiétude pour personne malgré les rechutes. La Reine était très souffrante. On a de nouveau analysé l'eau la veille du départ, en présence de plusieurs chimistes anglais, extraordinairement chargée de plomb. Ce sont des réparations faites il y a près de deux ans, à des conduits, et à une citerne. Claremont avait à peine été habité depuis. Rien de singulier donc. Deux maids aussi ont été malades. Duchâtel penchait à croire à quelque empoisonnement factice, à quelque coquin envoyé de Paris et gagnant un domestique. Je n'y crois pas. Le médecin non plus. Tout s’explique naturellement. Adieu. Adieu. A demain matin.
Vendredi 10. 9 heures
Je n’ai rien ce matin. Sinon Adieu, adieu, ce qui n’est pas nouveau et n'en vaut que mieux. Adieu donc. J’ai eu hier soir, à 8 heures, votre lettre du matin.
5 heures et demie
J’ai été mettre une carte chez Mad. de Lavalette à Regent Park. J’ai eu du monde toute la matinée. Je vous arrive trop tard pour aujourd’hui. Mes nouvelles de Paris sont un peu moins sombres. M. Vitet, qui a passé une heure et demie ici avec Duchâtel croit peu à une bataille avant le 10 décembre. Cavaignac, à tort selon lui, n'est pas sans espérance électorale. Dufaure l’y entretient. C’est une illusion. Louis Bonaparte a toujours les plus grandes chances. Pas telles cependant que Cavaignac se regarde, dès aujourd’hui comme battu. Il attend donc, et ne fera point de bruit en attendant. Comment en faire après tout de suite après, si Louis Napoléon est élu ? Ce sera difficile. On pourra bien essayer de susciter quelque tumulte impérial pour se donner un prétexte de sauver la République. Il est douteux qu’on y réussisse. Les Impériaux seront fort sur leurs gardes. Probablement donc une situation fort tendue, sans explosion. La misère publique et la détresse financière plus grandes, plus croissantes, le peuple de Paris plus désespéré qu’on ne peut dire, Louis Bonaparte prudent et silencieux, dans le présent, se promettant d'être très très conservateur dans l'avenir. Il parle à ses confidents de je ne sais quel plébiscite impérial d'il y a plus de 40 ans qui lui permettra de rétablir une Chambre des Pairs héréditaire formée de tout ce qui reste de Sénateurs de l'Empire, de Pairs de la Restauration et de Pairs de Juillet. La fusion ainsi accomplie en même temps que l’hérédité rétablie. Des intentions très bonnes et très ridicules, qui peuvent être utiles après lui. Le propos des légitimistes et des conservateurs, est ceci : " Les Bourbons ne peuvent pas succéder à la République. Il faut les Bonaparte entre deux comme la première fois. "
On m’écrit de Paris : " Le bruit se répand que votre candidature fait de tels progrès dans le Calvados que votre sélection y serait faite à l'unanimité. Le candidat légitimiste qui devait être porté M. Thomine, a écrit, dit-on à M. de Falloux qu’il se retirait et que lui se retirant, votre élection croit d'elle-même. " Je doute de ceci. Cependant il faut prévoir cette chance que je sois élu malgré ce que j'ai dit et fait dire. Ce sera un grave embarras.
J’ai oublié de vous dire que de bonne source, on attribue au Général Lamoricière ce propos : " Si on nous envoie Louis Napoléon pour Président. nous le recevrons à coups de fusil ; je mettrais le feu à Paris de mes propres mains plutôt que de le subir. " C’est bien violent. Pourtant cela indique le dessein de ne rien faire avant l'élection.
Voici une lettre du duc de Noailles qui m’est arrivée avec son livre. Renvoyez-la moi, je vous prie. J'ai vu ce matin le Médecin du Roi. Il arrivait de Richmond. On y va mieux. Il n'a d’inquiétude pour personne malgré les rechutes. La Reine était très souffrante. On a de nouveau analysé l'eau la veille du départ, en présence de plusieurs chimistes anglais, extraordinairement chargée de plomb. Ce sont des réparations faites il y a près de deux ans, à des conduits, et à une citerne. Claremont avait à peine été habité depuis. Rien de singulier donc. Deux maids aussi ont été malades. Duchâtel penchait à croire à quelque empoisonnement factice, à quelque coquin envoyé de Paris et gagnant un domestique. Je n'y crois pas. Le médecin non plus. Tout s’explique naturellement. Adieu. Adieu. A demain matin.
Vendredi 10. 9 heures
Je n’ai rien ce matin. Sinon Adieu, adieu, ce qui n’est pas nouveau et n'en vaut que mieux. Adieu donc. J’ai eu hier soir, à 8 heures, votre lettre du matin.
Brompton, Jeudi 11 janvier 1849, François Guizot à Dorothée de Lieven
Collection : 1849 ( 1er janvier - 18 juillet) : De la Démocratie en France, Guizot reprend la parole
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
Brompton. Jeudi 11 Janv. 1849
Je vous ai envoyé ce matin par le railway, quatre exemplaires de ma brochure. Vous, le Prince de Metternich, Marion et Lord Mahon. Aurez-vous la bonté de charger Jean de porter le dernier exemplaire ? Je n'ai reçu qu’hier l’édition française. Les journaux commencent à en parler. Vous serez contente des Débats et de l'Assemblée nationale. Voyez-vous celle-ci ? Avez-vous lu le Morning Chronicle ? Me voilà bien et dument aristocrate. Je suis frappé du tour de quelques uns des journaux anglais. Ils sont évidemment plus démocrates que moi. J’ai été hier chez C. Greville. Bien pris de goutte. Grands compliments. J’y ai trouvé, Lord Ellesmere, Henri Greville et un M. Stanley que je ne connais pas. Nous avons beaucoup causé, mais trop de monde. Rien n'est fini pour le remplacement de Lord Auckland. On croyait assez là à Lord Carlisle.
Je n'ai rien de Paris ce matin. Louis Nap. n’ira pas. Mais il ne s'en ira pas sitôt. Si j’avais à parier je parierais qu’il finira par se mettre entre les mains de Cavaignac et des Républicains. C’est contre son origine, mais c’est selon sa nature, et sa sureté. Je serais étonné si nous avions à traverser la phase de l’Empire. Je la crois usée d'avance par le décri de l'homme. Henri Greville avait hier des lettres de Paris qui m’en tarissaient pas sur les ridicules, et sur les quolibets dont il est l'objet, parmi le peuple comme plus haut. Certainement les gros bonnets modérés ne s’entendent. pas. Et plus ils iront, moins ils s’entendront. Au fond, ils ne veulent point la même chose. Ils sont comme le pays ; il n'y a que l’extrême danger qui les unisse Adieu. Adieu. Je vais chez Lord Aberdeen. J’ai je ne sais combien de billets à écrire. Nous aurons bien à causer mardi. Je vous rapporterai Lady P. et Contantin. Adieu Je persiste à croire que les tablettes d'une révolution sont de Capefigue.
Je vous ai envoyé ce matin par le railway, quatre exemplaires de ma brochure. Vous, le Prince de Metternich, Marion et Lord Mahon. Aurez-vous la bonté de charger Jean de porter le dernier exemplaire ? Je n'ai reçu qu’hier l’édition française. Les journaux commencent à en parler. Vous serez contente des Débats et de l'Assemblée nationale. Voyez-vous celle-ci ? Avez-vous lu le Morning Chronicle ? Me voilà bien et dument aristocrate. Je suis frappé du tour de quelques uns des journaux anglais. Ils sont évidemment plus démocrates que moi. J’ai été hier chez C. Greville. Bien pris de goutte. Grands compliments. J’y ai trouvé, Lord Ellesmere, Henri Greville et un M. Stanley que je ne connais pas. Nous avons beaucoup causé, mais trop de monde. Rien n'est fini pour le remplacement de Lord Auckland. On croyait assez là à Lord Carlisle.
Je n'ai rien de Paris ce matin. Louis Nap. n’ira pas. Mais il ne s'en ira pas sitôt. Si j’avais à parier je parierais qu’il finira par se mettre entre les mains de Cavaignac et des Républicains. C’est contre son origine, mais c’est selon sa nature, et sa sureté. Je serais étonné si nous avions à traverser la phase de l’Empire. Je la crois usée d'avance par le décri de l'homme. Henri Greville avait hier des lettres de Paris qui m’en tarissaient pas sur les ridicules, et sur les quolibets dont il est l'objet, parmi le peuple comme plus haut. Certainement les gros bonnets modérés ne s’entendent. pas. Et plus ils iront, moins ils s’entendront. Au fond, ils ne veulent point la même chose. Ils sont comme le pays ; il n'y a que l’extrême danger qui les unisse Adieu. Adieu. Je vais chez Lord Aberdeen. J’ai je ne sais combien de billets à écrire. Nous aurons bien à causer mardi. Je vous rapporterai Lady P. et Contantin. Adieu Je persiste à croire que les tablettes d'une révolution sont de Capefigue.
Brompton, Jeudi 14 juin 1849, François Guizot à Dorothée de Lieven
Collection : 1849 ( 1er janvier - 18 juillet) : De la Démocratie en France, Guizot reprend la parole
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
Je ne vous comprends pas. Je vous quittais une demi-minute pour rassurer mes enfants qui attendaient avec anxiété les nouvelles qu’ils savaient que je venais de recevoir. Je ne faisais qu'ouvrir et refermer la porte. Et vous vous en allez sur le champ ! Et vous me dîtes que j'ai 24 heures, et que vos moments sont comptés. Je ne veux pas vous dire en ce moment ce que me fait éprouver tant d’injustice. Je vous en parlerai demain, soit à Brompton si vous venez, soit à Richmond si vous ne venez pas.
Adieu. Adieu. Jeudi 14, 3h. 1/2
Adieu. Adieu. Jeudi 14, 3h. 1/2
Mots-clés : Enfants (Guizot), Relation François-Dorothée (Dispute)
Brompton, Jeudi 15 février 1849, François Guizot à Dorothée de Lieven
Collection : 1849 ( 1er janvier - 18 juillet) : De la Démocratie en France, Guizot reprend la parole
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
Brompton, jeudi 15 février 1849
J’aime bien votre écriture. Et ce temps doux qui doit vous être bon même ne sortant pas. Soyez sure que ce sont vos promenades par le froid, qui vous ont donné ce redoublement. Que je serai content samedi, car j'y compte et sans rhume. Voulez-vous que je vienne dîner samedi, avec vous ? Ne manquez pas de me dire à quelle heure, vous arriverez. J’attends le vote définitif sur la proposition Lanjuinais. Mais je ne crois au succès d’aucun des amendements tentés pour ajourner les élections. J’ai eu hier une nouvelle lettre de Génie contenant de nouveaux détails sur ce qui me touche. Toujours la même chose. Et Molé se faisant valoir à Dumon de sa bonne conduite, déplorant les passions du centre gauche : " La révolution de Février ne leur a rien appris ; ils sont toujours personnels, jaloux, envieux, mêlés à toute sorte d’intrigues ! " M. Marrast sera renommé président pour le mois prochain, malgré ses mésaventures à l'opéra. Dimanche dernier quand il est entré dans sa loge, les chuts, les Ah ! Ah ! ont été si vifs et si soutenus qu’il n’y a pas eu moyen de rester. Au moment où il sortait, le sifflet de la coulisse a donné le signal de la rentrée en scène. Le public a aussitôt appliqué ce sifflet à Marrast, applaudissant et criant bravo. C’est la troisième fois qu’il est forcé de renoncer à sa soirée d'Opéra. Les républicains sont les seuls qui ne s'amusent pas. Mad. Lenormant m'écrit matin : " Paris est tout en danse. C’est une frénésie. On a hâte de mettre à profit la sorte de trêve dont nous jouissons. Le faubourg St Germain n'est pas le moins pressé de se divertir. La Duchesse de Laynes donne de très beaux bals. Au dernier, on a agité la question de savoir si le faubourg St G. irait au bal du Président (il en donne un vendredi). Après des discours éloquents de ces dames, on a décidé qu’on devait son concours au Président ; concours de sa personne ; c'est pourquoi les hommes prennent toujours les armes au premier coup du rappel ; mais qu’il n’y avait pas urgence à prêter un concours moral, et qu’on s'abstiendrait. Ainsi le concours moral, c'est le concours dansant. " Je vous envoie mes balivernes.
Avez-vous vu celle-ci dans vos journaux ? Au spectacle, je ne sais lequel, on chantait un couplet contre la République. Un coup de sifflet se fait entendre. Un homme se lève de sa place et dit très haut : " Est-ce qu’il y aurait ici un républicain ? " Le siffleur s’est tu. Le public a applaudi. Voilà les consolations de la France. Adieu. Adieu. Vous auriez bien dû me dire si vous aviez dormi. Vous ne savez pas ce qu’il faut dire. Je vous écrirai encore demain. Vous ne partirez certainement pas, samedi avant 11 heures. Probablement à 1 heure, adieu. Adieu. G.
J’aime bien votre écriture. Et ce temps doux qui doit vous être bon même ne sortant pas. Soyez sure que ce sont vos promenades par le froid, qui vous ont donné ce redoublement. Que je serai content samedi, car j'y compte et sans rhume. Voulez-vous que je vienne dîner samedi, avec vous ? Ne manquez pas de me dire à quelle heure, vous arriverez. J’attends le vote définitif sur la proposition Lanjuinais. Mais je ne crois au succès d’aucun des amendements tentés pour ajourner les élections. J’ai eu hier une nouvelle lettre de Génie contenant de nouveaux détails sur ce qui me touche. Toujours la même chose. Et Molé se faisant valoir à Dumon de sa bonne conduite, déplorant les passions du centre gauche : " La révolution de Février ne leur a rien appris ; ils sont toujours personnels, jaloux, envieux, mêlés à toute sorte d’intrigues ! " M. Marrast sera renommé président pour le mois prochain, malgré ses mésaventures à l'opéra. Dimanche dernier quand il est entré dans sa loge, les chuts, les Ah ! Ah ! ont été si vifs et si soutenus qu’il n’y a pas eu moyen de rester. Au moment où il sortait, le sifflet de la coulisse a donné le signal de la rentrée en scène. Le public a aussitôt appliqué ce sifflet à Marrast, applaudissant et criant bravo. C’est la troisième fois qu’il est forcé de renoncer à sa soirée d'Opéra. Les républicains sont les seuls qui ne s'amusent pas. Mad. Lenormant m'écrit matin : " Paris est tout en danse. C’est une frénésie. On a hâte de mettre à profit la sorte de trêve dont nous jouissons. Le faubourg St Germain n'est pas le moins pressé de se divertir. La Duchesse de Laynes donne de très beaux bals. Au dernier, on a agité la question de savoir si le faubourg St G. irait au bal du Président (il en donne un vendredi). Après des discours éloquents de ces dames, on a décidé qu’on devait son concours au Président ; concours de sa personne ; c'est pourquoi les hommes prennent toujours les armes au premier coup du rappel ; mais qu’il n’y avait pas urgence à prêter un concours moral, et qu’on s'abstiendrait. Ainsi le concours moral, c'est le concours dansant. " Je vous envoie mes balivernes.
Avez-vous vu celle-ci dans vos journaux ? Au spectacle, je ne sais lequel, on chantait un couplet contre la République. Un coup de sifflet se fait entendre. Un homme se lève de sa place et dit très haut : " Est-ce qu’il y aurait ici un républicain ? " Le siffleur s’est tu. Le public a applaudi. Voilà les consolations de la France. Adieu. Adieu. Vous auriez bien dû me dire si vous aviez dormi. Vous ne savez pas ce qu’il faut dire. Je vous écrirai encore demain. Vous ne partirez certainement pas, samedi avant 11 heures. Probablement à 1 heure, adieu. Adieu. G.
Brompton, Jeudi 16 novembre 1848, François Guizot à Dorothée de Lieven
Collection : 1848 ( 1er août -24 novembre) : Le silence de l'exil
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
Brompton Jeudi 16 nov. 1848
Onze heures
Je n'ai encore rien de vous. J'espère bien qu’il viendra quelque chose dans la journée. Vous avoir quitté hier à onze heures n’est pas du tout une raison pour que je n’ai rien aujourd’hui. Je vais à Richmond après déjeuner. Le train passe à Putney, à midi 3/4. J’espère être de retour assez tôt pour vous donner des nouvelles de ma visite. Cependant cela dépend un peu du Roi. La dernière poste part de Brompton un peu avant 5 heures.
Ce que je vous ai envoyé hier de Montebello, était un peu meilleur pour la Reine. J’ai eu le soir des nouvelles du médecin. Un peu meilleures aussi, mais pas tout à fait sans inquiétude. Dormez sur les Princes. Je voudrais qu’ils allassent à Holland-house. J'insisterai. Les premiers escomptes présentés par M. Ellis ont causé un vif émoi. Plus de 1000 fr. par jour. Le loyer n’est pas cher. Mais la table et tout le reste énormément cher.
Je ne comprends toujours pas bien les Débats d’hier. Ni M. Vitet non plus qui est venu hier dîner avec moi. Il suppose, comme moi, qu’on a eu à relever une impertinence, et à déjouer une rouerie de Th[iers]. Il est plus enclin que moi à croire à une faiblesse possible en faveur de Cavaignac. Mais le tout l’inquiète, et Duchâtel aussi. Et moi aussi. J’attends impatiemment quelque explication de G[énie]. Duchâtel a les mêmes nouvelles que moi sur notre procès. La cour, de concert avec le Cabinet, a décidé qu’elle en finirait avant l'élection du Président. Je soupçonne que les Républicains veulent avoir ce mérite-là envers nous, et ne pas le laisser à Louis Bonaparte. Je n'ai pas encore mes journaux de ce matin.
Je mettrai ceci à la poste en partant pour Richmond, de peur de retard. Si je reviens à temps vous aurez une autre lettre. Adieu. Adieu.
Midi Je viens de déjeuner et je pars pour Richmond. Il fait froid. Décidément Brighton est plus gai. Adieu. Adieu. G.
Onze heures
Je n'ai encore rien de vous. J'espère bien qu’il viendra quelque chose dans la journée. Vous avoir quitté hier à onze heures n’est pas du tout une raison pour que je n’ai rien aujourd’hui. Je vais à Richmond après déjeuner. Le train passe à Putney, à midi 3/4. J’espère être de retour assez tôt pour vous donner des nouvelles de ma visite. Cependant cela dépend un peu du Roi. La dernière poste part de Brompton un peu avant 5 heures.
Ce que je vous ai envoyé hier de Montebello, était un peu meilleur pour la Reine. J’ai eu le soir des nouvelles du médecin. Un peu meilleures aussi, mais pas tout à fait sans inquiétude. Dormez sur les Princes. Je voudrais qu’ils allassent à Holland-house. J'insisterai. Les premiers escomptes présentés par M. Ellis ont causé un vif émoi. Plus de 1000 fr. par jour. Le loyer n’est pas cher. Mais la table et tout le reste énormément cher.
Je ne comprends toujours pas bien les Débats d’hier. Ni M. Vitet non plus qui est venu hier dîner avec moi. Il suppose, comme moi, qu’on a eu à relever une impertinence, et à déjouer une rouerie de Th[iers]. Il est plus enclin que moi à croire à une faiblesse possible en faveur de Cavaignac. Mais le tout l’inquiète, et Duchâtel aussi. Et moi aussi. J’attends impatiemment quelque explication de G[énie]. Duchâtel a les mêmes nouvelles que moi sur notre procès. La cour, de concert avec le Cabinet, a décidé qu’elle en finirait avant l'élection du Président. Je soupçonne que les Républicains veulent avoir ce mérite-là envers nous, et ne pas le laisser à Louis Bonaparte. Je n'ai pas encore mes journaux de ce matin.
Je mettrai ceci à la poste en partant pour Richmond, de peur de retard. Si je reviens à temps vous aurez une autre lettre. Adieu. Adieu.
Midi Je viens de déjeuner et je pars pour Richmond. Il fait froid. Décidément Brighton est plus gai. Adieu. Adieu. G.
Brompton, Jeudi 18 janvier 1849, François Guizot à Dorothée de Lieven
Collection : 1849 ( 1er janvier - 18 juillet) : De la Démocratie en France, Guizot reprend la parole
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
Brompton Jeudi 18 Janv. 1849
3 heures
Je trouve en arrivant de bonnes nouvelles de mes affaires électorales dans le Calvados. Mes amis conservateurs reprennent courage. Les légitimistes m'épousent chaudement. On me dit que bientôt les candidats qui essayaient de m'écarter viendront me prier de les aider. Tout cela me confirme dans la résolution convenue. Des nouvelles contraires produiraient le même effet. Voici une lettre de M. Vitet homme d’esprit, froid, juste et sagace. Vous verrez qu'il est sombre, même après le succès futur, s’il vient. Renvoyez-la moi, je vous prie. Point de nouvelles générales. Duchâtel est de retour de Belvain. Il vient de me renvoyer un livre. Je le verrai probablement demain. On a fait en Belgique une contrefaçon de ma Démocratie. Si petite qu'on l'envoie dans des lettres. pour 10 sous. Comment passe-ton si vite du plaisir au regret ? Une minute creuse un abyme. Adieu. Adieu. Ne vous fatiguez pas à lire.
3 heures
Je trouve en arrivant de bonnes nouvelles de mes affaires électorales dans le Calvados. Mes amis conservateurs reprennent courage. Les légitimistes m'épousent chaudement. On me dit que bientôt les candidats qui essayaient de m'écarter viendront me prier de les aider. Tout cela me confirme dans la résolution convenue. Des nouvelles contraires produiraient le même effet. Voici une lettre de M. Vitet homme d’esprit, froid, juste et sagace. Vous verrez qu'il est sombre, même après le succès futur, s’il vient. Renvoyez-la moi, je vous prie. Point de nouvelles générales. Duchâtel est de retour de Belvain. Il vient de me renvoyer un livre. Je le verrai probablement demain. On a fait en Belgique une contrefaçon de ma Démocratie. Si petite qu'on l'envoie dans des lettres. pour 10 sous. Comment passe-ton si vite du plaisir au regret ? Une minute creuse un abyme. Adieu. Adieu. Ne vous fatiguez pas à lire.
Brompton, Jeudi 23 novembre 1848, François Guizot à Dorothée de Lieven
Collection : 1848 ( 1er août -24 novembre) : Le silence de l'exil
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
Brompton. Jeudi 23 nov. 1848
Voici une immense et curieuse lettre de Paris. J'en ai retranché deux feuillets qui n'étaient relatifs qu’à des affaires personnelles, maisons, vins, Calvados &. Je vous envoie tout ce qui est intéressant : la dernière page retranchée dit à la fin. " Lundi 20 nov. On m’apporte la lettre que vous m'avez écrite le 17. Vous avez parfaitement compris l’article des Débats, une impertinence à réprimer ; le ressentiment de la liberté qu’on avait prise de disposer, sans dire gare, de toute le parti modéré ; une rouerie à déjouer ; une position pour l'avenir. Il y a eu de tout cela ; et lorsque j'ai lu tout à l'heure à Bertin ce passage de votre lettre, il a ..." Le reste sur les feuillets que je vous envoie. Renvoyez-moi, je vous prie, dès que vous les aurez lus. Je veux répondre par ma prochaine occasion. C’est bien fin. Mais l'encre est un peu plus noire.
Merci de la lettre du duc de Noailles. Je vous la renverrai demain. Je veux la relire, et je suis pressé ce matin. J’apporterai mardi tout ce que vous me prescrivez. Je ne regrette pas, Miss Gibbons pour vous. Nous trouverons bien l’équivalent quand il le faudra absolument. Je vous ai dit hier mon impression sur Berlin. Bien d'accord avec la vôtre. Je ne m'étonne pas du galimatias du Prince de Metternich. C'est l'Allemagne. Il a respiré cela toute sa vie. Ce qui est de lui, c’est le bon jugement.
Je n’ai pas encore mes journaux français. Adieu. Adieu. J’aimerais mieux dire à demain qu'à mardi. J'ai beaucoup à vous dire. Adieu. G.
Voici une immense et curieuse lettre de Paris. J'en ai retranché deux feuillets qui n'étaient relatifs qu’à des affaires personnelles, maisons, vins, Calvados &. Je vous envoie tout ce qui est intéressant : la dernière page retranchée dit à la fin. " Lundi 20 nov. On m’apporte la lettre que vous m'avez écrite le 17. Vous avez parfaitement compris l’article des Débats, une impertinence à réprimer ; le ressentiment de la liberté qu’on avait prise de disposer, sans dire gare, de toute le parti modéré ; une rouerie à déjouer ; une position pour l'avenir. Il y a eu de tout cela ; et lorsque j'ai lu tout à l'heure à Bertin ce passage de votre lettre, il a ..." Le reste sur les feuillets que je vous envoie. Renvoyez-moi, je vous prie, dès que vous les aurez lus. Je veux répondre par ma prochaine occasion. C’est bien fin. Mais l'encre est un peu plus noire.
Merci de la lettre du duc de Noailles. Je vous la renverrai demain. Je veux la relire, et je suis pressé ce matin. J’apporterai mardi tout ce que vous me prescrivez. Je ne regrette pas, Miss Gibbons pour vous. Nous trouverons bien l’équivalent quand il le faudra absolument. Je vous ai dit hier mon impression sur Berlin. Bien d'accord avec la vôtre. Je ne m'étonne pas du galimatias du Prince de Metternich. C'est l'Allemagne. Il a respiré cela toute sa vie. Ce qui est de lui, c’est le bon jugement.
Je n’ai pas encore mes journaux français. Adieu. Adieu. J’aimerais mieux dire à demain qu'à mardi. J'ai beaucoup à vous dire. Adieu. G.
Brompton, Jeudi 25 janvier 1849, François Guizot à Dorothée de Lieven
Collection : 1849 ( 1er janvier - 18 juillet) : De la Démocratie en France, Guizot reprend la parole
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
Brompton jeudi 25 janv 1849
Très petit dîner hier à Holland house. Plus petit même qu’il ne devait être. Macaulay était engaged. Lady Malet dans son lit. Rien que Brougham arrivé la veille et moi avec un peintre et un inconnu (de moi du moins) qui vivent dans la maison. Pourtant le dîner a été agréable. Bonne conversation animée, sur toutes choses. J’ai fait des frais. Je voulais que Holland house parût agréable à ses maîtres. J’ai fait des frais aussi pour Lady Holland, pour lui donner bon air aux yeux de son mari. Elle s'en est aperçue et m'en a su gré. Le ménage a l’apparence convenable. Ils vont passer deux ou trois mois à Paris. Puis ils reviendront à Holland-House quand le parc sera vert et le jardin en fleurs. Lord Holland aime la verdure et les fleurs. Je ne le savais pai si champêtre ! Lady Holland part la première, lundi ou mardi. Elle vous demande vos commissions, vos lettres, vos ordres. Je les lui rapporterai lundi. Elle ne partira certainement pas avant mardi. Elle se chargera de tout ce que vous voudrez, lettres, affaires ; d'inspecter votre appartement, vos gens, vos meubles. Elle est reconnaissante et voudrait l'être encore plus. Elle ira samedi à Claremont prendre les ordres du Roi, et de la Reine. Lord Holland a eu une attaque de goutte effroyable. Il est changé, et se traine avec peine. Lord Brougham en train, bon enfant ; très noir sur Paris. Racontant toujours Arago, encore plus noir que lui. Croyant au progrès et pas au succès des légitimistes. Il n’a pas vu Thiers, ni Broglie. Il a dîné chez Molé, avec Cousin, Mignet, Dupin. Son grand ami du moment, c'est le Roi des Würtemberg, le plus spirituel des Rois, peut-être des hommes. Pas un fait à retenir de tout ce qu’il a dit. Je viens de voir un membre de l'Assemblée nationale un ancien conservateur progressiste, qui repart ce soir, M. Sallandrouze. Celui-là croit au succès des légitimistes. C'était un des suivants de Henri de Castellane. Vous vous rappelez peut-être son nom. Il est bien honteux du passé, bien abattu sous le présent. Grand manufacturier Tapis d’Aubusson. Lord Aberdeen vient de me renvoyer de Drayton. Manor, la lettre de Bulwer. Il me dit qu’il sera samedi et dimanche à Brighton, et me propose de me mener Dimanche entendre un very good preacher. Je me laisserai mener. J’ai une longue et curieuse lettre de Dumon. Je vous l’apporterai. Point de fait nouveau. Une bonne appréciation de la situation. M. Sallandronze a reçu ce matin la nouvelle de la formation probable d’un ministre Lamartine, Billault, Emile Girardin. Je n'y crois pas. J'en aurais presque envie, pour user encore cela. Adieu. Adieu. A après-demain. Mais je vous écrirai encore demain. Adieu G.
Très petit dîner hier à Holland house. Plus petit même qu’il ne devait être. Macaulay était engaged. Lady Malet dans son lit. Rien que Brougham arrivé la veille et moi avec un peintre et un inconnu (de moi du moins) qui vivent dans la maison. Pourtant le dîner a été agréable. Bonne conversation animée, sur toutes choses. J’ai fait des frais. Je voulais que Holland house parût agréable à ses maîtres. J’ai fait des frais aussi pour Lady Holland, pour lui donner bon air aux yeux de son mari. Elle s'en est aperçue et m'en a su gré. Le ménage a l’apparence convenable. Ils vont passer deux ou trois mois à Paris. Puis ils reviendront à Holland-House quand le parc sera vert et le jardin en fleurs. Lord Holland aime la verdure et les fleurs. Je ne le savais pai si champêtre ! Lady Holland part la première, lundi ou mardi. Elle vous demande vos commissions, vos lettres, vos ordres. Je les lui rapporterai lundi. Elle ne partira certainement pas avant mardi. Elle se chargera de tout ce que vous voudrez, lettres, affaires ; d'inspecter votre appartement, vos gens, vos meubles. Elle est reconnaissante et voudrait l'être encore plus. Elle ira samedi à Claremont prendre les ordres du Roi, et de la Reine. Lord Holland a eu une attaque de goutte effroyable. Il est changé, et se traine avec peine. Lord Brougham en train, bon enfant ; très noir sur Paris. Racontant toujours Arago, encore plus noir que lui. Croyant au progrès et pas au succès des légitimistes. Il n’a pas vu Thiers, ni Broglie. Il a dîné chez Molé, avec Cousin, Mignet, Dupin. Son grand ami du moment, c'est le Roi des Würtemberg, le plus spirituel des Rois, peut-être des hommes. Pas un fait à retenir de tout ce qu’il a dit. Je viens de voir un membre de l'Assemblée nationale un ancien conservateur progressiste, qui repart ce soir, M. Sallandrouze. Celui-là croit au succès des légitimistes. C'était un des suivants de Henri de Castellane. Vous vous rappelez peut-être son nom. Il est bien honteux du passé, bien abattu sous le présent. Grand manufacturier Tapis d’Aubusson. Lord Aberdeen vient de me renvoyer de Drayton. Manor, la lettre de Bulwer. Il me dit qu’il sera samedi et dimanche à Brighton, et me propose de me mener Dimanche entendre un very good preacher. Je me laisserai mener. J’ai une longue et curieuse lettre de Dumon. Je vous l’apporterai. Point de fait nouveau. Une bonne appréciation de la situation. M. Sallandronze a reçu ce matin la nouvelle de la formation probable d’un ministre Lamartine, Billault, Emile Girardin. Je n'y crois pas. J'en aurais presque envie, pour user encore cela. Adieu. Adieu. A après-demain. Mais je vous écrirai encore demain. Adieu G.
Mots-clés : Politique (France), Réseau social et politique
Brompton, Jeudi 28 juin 1849, François Guizot à Dorothée de Lieven
Collection : 1849 ( 1er janvier - 18 juillet) : De la Démocratie en France, Guizot reprend la parole
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
Brompton. Jeudi 28 juin 1849, 3 heures
J'espérais vous voir un moment ce matin. J’aime même les moments. Mais il est 3 heures. Vous ne viendrez pas. J’écris donc. Je rectifie votre nouvelle à l'Impératrice sur mes assiduités au bal. Je viens de vérifier mon tableau d’invitations en Mai et Juin. J’ai mené deux fois Pauline au bal ( Henriette n'y va pas) et elle y est allée deux fois sans moi. Est-ce assez pour que ce soit drôle ? Je tiens à ma rectification parce que je suis de votre avis dans l'état de mon pays et dans mon état à moi hors de mon pays, le bal ne me convient pas. Je n'irai certes jamais sans mes filles, et comme vous le voyez, je ne les y mène que bien peu. 4 heures et demie Je reprends ma lettre. Je ne veux pas que [vous] soyez tout demain sans moi. Votre tristesse me pèse douloureusement, quoi que je fusse bien fâché si vous n'étiez pas triste. Depuis bien longtemps, je ne vous vois pas, je ne pense pas à vous sans avoir devant les yeux cette amère séparation. Elle est inévitable. J’ai tardé autant que je l’ai pu décemment, à rentrer dans mon pays. Je ne puis pas ne pas y rentrer, et ne pas saisir le bon moment d’y rentrer. Et en y rentrant, je ne puis pas ne pas aller d'abord m'établir au Val-Richer. Toutes les nécessités de toute sorte, tous les avis de tous mes amis m'en font une loi. Si vous pouviez croire que j’en suis, que j’en serai aussi triste que vous ! Si vous saviez tout ce que sont pour moi votre affection, votre conversation, votre présence, notre intimité ! Vous me manquez déjà tant quand nous sommes près, quand nous nous verrons demain ! Que sera-ce quand nous serons loin, et sans savoir quand nous nous verrons ? Je suis plus enclin que vous à l'espérance, à la confiance. Vous viendrez bientôt à Paris. Vous y resterez plus longtemps que vous n'aurez dit. Nous nous y rejoindrons plus souvent que nous ne l'attendons. Je crois cela. Je le crois vraiment. Croyons le ensemble. Nous serons encore bien assez tristes. En le croyant, nous ferons bien mieux ce qu’il faudra pour que cela soit. J’aime mieux vous l'écrire que vous le dire. Je compte partir du 15 au 20 juillet. Je ne veux pas manquer le moment opportun et que tout le monde juge opportun. Tout le monde s'attend à me voir revenir bientôt. On ne comprendrait pas pourquoi je tarde plus longtemps et si je tardais longtemps, on demanderait ensuite pourquoi je reviens. De plus, le bail de ma maison finit le 18 Juillet. J'espère que d'ici là le choléra aura quitté Paris, et que vous aussi vous y retournerez vers la même époque. Quand nous serons ensemble en France, ce sera un commencement de réunion. Je ne puis pas vous parler d'autre chose, quand même j'aurais autre chose à vous dire. Je mettrai, cette lettre à la poste en allant dîner. Vous l'aurez demain, à je ne sais quelle heure. Après-demain. nous aurons quelques bonnes heures. J’espère que cela ne tient pas uniquement à mon tour d'esprit, plus optimiste que le vôtre ; mais j’ai la confiance que nous aurons encore de bonnes années. J’ai une peine immense à me figurer que je n'aurai pas ce que je désire ardemment. J'ai pourtant assez vécu pour savoir que je m’y suis souvent trompé. Adieu, adieu. Adieu. Adieu. G.
J'espérais vous voir un moment ce matin. J’aime même les moments. Mais il est 3 heures. Vous ne viendrez pas. J’écris donc. Je rectifie votre nouvelle à l'Impératrice sur mes assiduités au bal. Je viens de vérifier mon tableau d’invitations en Mai et Juin. J’ai mené deux fois Pauline au bal ( Henriette n'y va pas) et elle y est allée deux fois sans moi. Est-ce assez pour que ce soit drôle ? Je tiens à ma rectification parce que je suis de votre avis dans l'état de mon pays et dans mon état à moi hors de mon pays, le bal ne me convient pas. Je n'irai certes jamais sans mes filles, et comme vous le voyez, je ne les y mène que bien peu. 4 heures et demie Je reprends ma lettre. Je ne veux pas que [vous] soyez tout demain sans moi. Votre tristesse me pèse douloureusement, quoi que je fusse bien fâché si vous n'étiez pas triste. Depuis bien longtemps, je ne vous vois pas, je ne pense pas à vous sans avoir devant les yeux cette amère séparation. Elle est inévitable. J’ai tardé autant que je l’ai pu décemment, à rentrer dans mon pays. Je ne puis pas ne pas y rentrer, et ne pas saisir le bon moment d’y rentrer. Et en y rentrant, je ne puis pas ne pas aller d'abord m'établir au Val-Richer. Toutes les nécessités de toute sorte, tous les avis de tous mes amis m'en font une loi. Si vous pouviez croire que j’en suis, que j’en serai aussi triste que vous ! Si vous saviez tout ce que sont pour moi votre affection, votre conversation, votre présence, notre intimité ! Vous me manquez déjà tant quand nous sommes près, quand nous nous verrons demain ! Que sera-ce quand nous serons loin, et sans savoir quand nous nous verrons ? Je suis plus enclin que vous à l'espérance, à la confiance. Vous viendrez bientôt à Paris. Vous y resterez plus longtemps que vous n'aurez dit. Nous nous y rejoindrons plus souvent que nous ne l'attendons. Je crois cela. Je le crois vraiment. Croyons le ensemble. Nous serons encore bien assez tristes. En le croyant, nous ferons bien mieux ce qu’il faudra pour que cela soit. J’aime mieux vous l'écrire que vous le dire. Je compte partir du 15 au 20 juillet. Je ne veux pas manquer le moment opportun et que tout le monde juge opportun. Tout le monde s'attend à me voir revenir bientôt. On ne comprendrait pas pourquoi je tarde plus longtemps et si je tardais longtemps, on demanderait ensuite pourquoi je reviens. De plus, le bail de ma maison finit le 18 Juillet. J'espère que d'ici là le choléra aura quitté Paris, et que vous aussi vous y retournerez vers la même époque. Quand nous serons ensemble en France, ce sera un commencement de réunion. Je ne puis pas vous parler d'autre chose, quand même j'aurais autre chose à vous dire. Je mettrai, cette lettre à la poste en allant dîner. Vous l'aurez demain, à je ne sais quelle heure. Après-demain. nous aurons quelques bonnes heures. J’espère que cela ne tient pas uniquement à mon tour d'esprit, plus optimiste que le vôtre ; mais j’ai la confiance que nous aurons encore de bonnes années. J’ai une peine immense à me figurer que je n'aurai pas ce que je désire ardemment. J'ai pourtant assez vécu pour savoir que je m’y suis souvent trompé. Adieu, adieu. Adieu. Adieu. G.
Brompton, le 1er août 1848, François Guizot à Sarah Austin
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
Brompton, le 1er juillet 1848, François Guizot à Louis Vitet
Collection : 164_Lettres de Louis Vitet : 1832-1867
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
Brompton, le 5 avril 1849, François Guizot à Sarah Austin
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
Brompton, le 5 octobre 1848, François Guizot à Louis Vitet
Collection : 164_Lettres de Louis Vitet : 1832-1867
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
Brompton, le 10 juin 1848, François Guizot à Sarah Austin
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
Brompton, le 11 décembre 1848, François Guizot à Sarah Austin
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
Brompton, le 11 janvier 1849, François Guizot au général Baudrand
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
Lettre de M. Guizot à M. Lenormant, le 11 janvier 1849, Admirable tableau des vices et des vertus du partir conservateur.
Brompton, le 14 avril 1849, François Guizot à Louis Vitet
Collection : 164_Lettres de Louis Vitet : 1832-1867
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
Brompton, le 14 décembre 1848, François Guizot à Sarah Austin
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
Brompton, le 15 janvier 1849, François Guizot à Sarah Austin
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
Brompton, le 16 septembre 1848, François Guizot à Sarah Austin
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
Brompton, le 18 décembre 1848, François Guizot à Sarah Austin
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
Brompton, le 21 avril 1849, François Guizot à Louis Vitet
Collection : 164_Lettres de Louis Vitet : 1832-1867
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
Brompton, le 21 Avril 1849, François Guizot à Pierre-Sylvain Dumon
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
Brompton, le 23 janvier 1849, François Guizot au comte Molé
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
Brompton, le 24 février 1849, François Guizot à Sarah Austin
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
Brompton, le 30 juillet 1848, François Guizot à Sarah Austin
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
Brompton, Lundi 2 juillet 1849, François Guizot à Dorothée de Lieven
Collection : 1849 ( 1er janvier - 18 juillet) : De la Démocratie en France, Guizot reprend la parole
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
Brompton. Lundi 2 juillet 1849
Je crois vraiment, ce qu’écrit Thiers à Ellice qu’il n’y a plus d’émeutes dans les rues à craindre ; pour longtemps du moins. J’ai vu hier plusieurs personnes de Paris des gens accoutumés à flairer le vent. M. Véron entr'autres. Je les ai trouvés assez tranquilles sur les rouges, et plus convaincus que jamais qu’il n’y a rien à faire de la république, qu'aucun gouvernement ne sortira de ce qui existe, et qu’il faut recommencer à chercher ailleurs. Immense embarras, dont on ne sortira pas sans secousses. Mais embarras et secousses de Chambres plus que de vues. Voilà du moins le sentiment que je rencontre partout. Dieu veuille qu’ils aient raison. Je veux Paris sans émeutes. Vous y resterez. Il me paraît que ce voyage de Thiers est peu approuvé de ses amis. Duchâtel m'a dit hier soir que cela lui revenait de tous côtés. Collaredo est venu hier avec sa femme. C’est archi poli.
Point de nouvelles de Hongrie, mais bonne confiance. Chaque jour ajoute à l'étonnement sur Rome. Mazzini est un homme avec qui il faudra compter. On s’inquiète fort à Paris de ce que coûtera cette guerre. Passy a les plus mauvaises paroles ; il prononce le mot de banqueroute. Il payera dit-il, le semestre de septembre ; mais celui de mars 1840, personne n'en peut répondre ; et pour lui, il en doute fort. Mad. Duchâtel m'a dit que Marion restait à Richmond jusqu'à jeudi. J’en suis charmé. Je compte toujours sur vous demain. Ne venez me prendre, je vous prie, que le plus près possibles de 3 heures. J’attends quelqu’un entre 2 heures et 2 h. 1/2 qui part le soir pour Paris. Je viens de l'apprendre seulement à présent. Voilà des visites. Mad. Duchâtel. Lady Coltman, M. Hallam. Adieu. Adieu, à demain. C’est un grand bonheur de pouvoir dire à demain. Adieu. Adieu. Adieu. G.
Je crois vraiment, ce qu’écrit Thiers à Ellice qu’il n’y a plus d’émeutes dans les rues à craindre ; pour longtemps du moins. J’ai vu hier plusieurs personnes de Paris des gens accoutumés à flairer le vent. M. Véron entr'autres. Je les ai trouvés assez tranquilles sur les rouges, et plus convaincus que jamais qu’il n’y a rien à faire de la république, qu'aucun gouvernement ne sortira de ce qui existe, et qu’il faut recommencer à chercher ailleurs. Immense embarras, dont on ne sortira pas sans secousses. Mais embarras et secousses de Chambres plus que de vues. Voilà du moins le sentiment que je rencontre partout. Dieu veuille qu’ils aient raison. Je veux Paris sans émeutes. Vous y resterez. Il me paraît que ce voyage de Thiers est peu approuvé de ses amis. Duchâtel m'a dit hier soir que cela lui revenait de tous côtés. Collaredo est venu hier avec sa femme. C’est archi poli.
Point de nouvelles de Hongrie, mais bonne confiance. Chaque jour ajoute à l'étonnement sur Rome. Mazzini est un homme avec qui il faudra compter. On s’inquiète fort à Paris de ce que coûtera cette guerre. Passy a les plus mauvaises paroles ; il prononce le mot de banqueroute. Il payera dit-il, le semestre de septembre ; mais celui de mars 1840, personne n'en peut répondre ; et pour lui, il en doute fort. Mad. Duchâtel m'a dit que Marion restait à Richmond jusqu'à jeudi. J’en suis charmé. Je compte toujours sur vous demain. Ne venez me prendre, je vous prie, que le plus près possibles de 3 heures. J’attends quelqu’un entre 2 heures et 2 h. 1/2 qui part le soir pour Paris. Je viens de l'apprendre seulement à présent. Voilà des visites. Mad. Duchâtel. Lady Coltman, M. Hallam. Adieu. Adieu, à demain. C’est un grand bonheur de pouvoir dire à demain. Adieu. Adieu. Adieu. G.
Brompton, Lundi 2 octobre 1848, François Guizot à Dorothée de Lieven
Collection : 1848 ( 1er août -24 novembre) : Le silence de l'exil
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
Brompton. Lundi 2 oct. 1848
2 heures
J'espère bien que cette indisposition ne sera rien. Vous avez raison de vous tenir tranquille et de manger très peu. Le repos et la diète. Moi aussi, j’ai été un peu incommodé cette nuit. Mais ce n’est rien du tout. Je viens de me promener une heure par un joli temps. Le voilà qui se gâte. Quel déplaisir que la distance !
Je suis allé hier voir Dumon. Il y a dans ce quartier bien des maisons à louer. Même deux ou trois. Grosvenor Place qui me paraît un très bon emplacement. Dumon restera seul lundi prochain. Sa femme et sa fille retournent à Paris. Il quittera sa maison de Wilton-Street, et se rapprochera de l'Athenaeum, sa ressource contre la solitude. Mais il sera toujours fort à portée de ce quartier-là. Duchâtel revient à la fin d’octobre, et passera l’hiver à Londres. Si on ne peut pas le passer en France. Presque toutes les lettres de France croient à une crise prochaine qui nous y fera rentrer. Personne ne dit bien pourquoi ni comment. Mais tout le monde le dit, les simples comme les gens d’esprit, à mon profond regret, ce n’est pas mon impression. Voici la nouvelle qu’on m’apporte ce matin, tout bien examiné, tous calculs faits, Cavaignac et ses amis en sont venus à penser que si on tentait de le faire nommer Président maintenant il ne serait pas nommé, et que tout croulerait. Ils se sont rejetés alors dans l’expédient contraire qui serait d’ajourner la nomination du président de la République jusqu'au moment de la dissolution de l'Assemblée elle-même, c’est-à-dire après les lois organiques. Jusque-là, on resterait et exactement comme on est, sans toucher à cette machine qu'on ne peut pas toucher, sans la briser. On m'assure que c’est là ce qui sera proposé ces jours-ci. La réunion de la rue de Poitiers s'y opposera. Mais on croit qu’elle sera battue, toutes les autres portions de l'Assemblée, y compris les Montagnards, désirant éviter une crise dont elles ne se promettent rien de bon pour elles-mêmes. C’est un gouvernement de plus en plus convaincu qu'il ne peut pas vivre, et décidé à ne pas remuer pour ne pas mourir. En définitive, il n'en mourra pas moins. Mais cela peut durer encore quelque temps.
Les Italiens affluent ici, en colère croissante contre la France et la République. Cavaignac ne sait pas la valeur des moindres paroles en Affaires étrangères. Il a, lui-même tout récemment encore, donné aux gens de Milan, aux gens de Venise, aux gens de Sicile, des espérances qui sont tombées le lendemain après une séance du Conseil. On les renvoie à Londres, en disant : " Nous ferons comme Londres. " Et Londres ne dit rien du tout. Le Roi de Naples n'attaquera, pas Palerme. Il prendra, ou se conciliera successivement toutes les autres villes, laissant Palerme vivre comme elle pourra dans son anarchie. Le temps est pour lui. A Rome on augure très mal du Cabinet Rossi. On dit que le Pape l’usera et le laissera tomber comme les autres. Et s’il veut résister plus réellement que les autres, les Républicains demain le feront tomber. Les fantaisies républicaines sont en progrès dans tous les coins. L'avocat Guerazzi reste le maître à Livourne et se promet de devenir le président de la République Toscane. Le cabinet du grand Duc va se dissoudre. Son président, le marquis Capponi, capable et honnête, aveugle et impotent, déclare qu’il ne peut plus continuer, par impotence et par honnêteté. La fermentation républicaine gagne Gênes de plus en plus ; à ce point que l’idée y circule de s'annexer à la Lombardie autrichienne. Si l’Autriche doit consentir à accepter Gênes comme ville libre et port franc. L'Empereur d’Autriche protecteur du Hambourg de la Méditerranée. Vous voyez que tout n’est pas près de finir là. Adieu. Adieu.
J’ai trouvé l'adresse de Salvo. Il part cette semaine pour aller passer quinze jours à Paris. Adieu, j'espère que demain matin, je vous saurai bien. G.
2 heures
J'espère bien que cette indisposition ne sera rien. Vous avez raison de vous tenir tranquille et de manger très peu. Le repos et la diète. Moi aussi, j’ai été un peu incommodé cette nuit. Mais ce n’est rien du tout. Je viens de me promener une heure par un joli temps. Le voilà qui se gâte. Quel déplaisir que la distance !
Je suis allé hier voir Dumon. Il y a dans ce quartier bien des maisons à louer. Même deux ou trois. Grosvenor Place qui me paraît un très bon emplacement. Dumon restera seul lundi prochain. Sa femme et sa fille retournent à Paris. Il quittera sa maison de Wilton-Street, et se rapprochera de l'Athenaeum, sa ressource contre la solitude. Mais il sera toujours fort à portée de ce quartier-là. Duchâtel revient à la fin d’octobre, et passera l’hiver à Londres. Si on ne peut pas le passer en France. Presque toutes les lettres de France croient à une crise prochaine qui nous y fera rentrer. Personne ne dit bien pourquoi ni comment. Mais tout le monde le dit, les simples comme les gens d’esprit, à mon profond regret, ce n’est pas mon impression. Voici la nouvelle qu’on m’apporte ce matin, tout bien examiné, tous calculs faits, Cavaignac et ses amis en sont venus à penser que si on tentait de le faire nommer Président maintenant il ne serait pas nommé, et que tout croulerait. Ils se sont rejetés alors dans l’expédient contraire qui serait d’ajourner la nomination du président de la République jusqu'au moment de la dissolution de l'Assemblée elle-même, c’est-à-dire après les lois organiques. Jusque-là, on resterait et exactement comme on est, sans toucher à cette machine qu'on ne peut pas toucher, sans la briser. On m'assure que c’est là ce qui sera proposé ces jours-ci. La réunion de la rue de Poitiers s'y opposera. Mais on croit qu’elle sera battue, toutes les autres portions de l'Assemblée, y compris les Montagnards, désirant éviter une crise dont elles ne se promettent rien de bon pour elles-mêmes. C’est un gouvernement de plus en plus convaincu qu'il ne peut pas vivre, et décidé à ne pas remuer pour ne pas mourir. En définitive, il n'en mourra pas moins. Mais cela peut durer encore quelque temps.
Les Italiens affluent ici, en colère croissante contre la France et la République. Cavaignac ne sait pas la valeur des moindres paroles en Affaires étrangères. Il a, lui-même tout récemment encore, donné aux gens de Milan, aux gens de Venise, aux gens de Sicile, des espérances qui sont tombées le lendemain après une séance du Conseil. On les renvoie à Londres, en disant : " Nous ferons comme Londres. " Et Londres ne dit rien du tout. Le Roi de Naples n'attaquera, pas Palerme. Il prendra, ou se conciliera successivement toutes les autres villes, laissant Palerme vivre comme elle pourra dans son anarchie. Le temps est pour lui. A Rome on augure très mal du Cabinet Rossi. On dit que le Pape l’usera et le laissera tomber comme les autres. Et s’il veut résister plus réellement que les autres, les Républicains demain le feront tomber. Les fantaisies républicaines sont en progrès dans tous les coins. L'avocat Guerazzi reste le maître à Livourne et se promet de devenir le président de la République Toscane. Le cabinet du grand Duc va se dissoudre. Son président, le marquis Capponi, capable et honnête, aveugle et impotent, déclare qu’il ne peut plus continuer, par impotence et par honnêteté. La fermentation républicaine gagne Gênes de plus en plus ; à ce point que l’idée y circule de s'annexer à la Lombardie autrichienne. Si l’Autriche doit consentir à accepter Gênes comme ville libre et port franc. L'Empereur d’Autriche protecteur du Hambourg de la Méditerranée. Vous voyez que tout n’est pas près de finir là. Adieu. Adieu.
J’ai trouvé l'adresse de Salvo. Il part cette semaine pour aller passer quinze jours à Paris. Adieu, j'espère que demain matin, je vous saurai bien. G.
Brompton, Lundi 4 septembre 1848, François Guizot à Dorothée de Lieven
Collection : 1848 ( 1er août -24 novembre) : Le silence de l'exil
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
Brompton. Lundi 4 Sept. 1848
Midi
Je ne veux pas que vous soyez sans lettre demain toute la matinée Quoique je réserve pour le soir la longue conversation. J’ai vu Dumon hier au soir ; pas Salvandy qui dînait à Holland House, et en est sorti trop tard. Salvandy vient de m'écrire qu'il viendrait me voir demain matin. Il est, à ce qu’il paraît, en assez mauvaise santé et dans un état de grande excitation, ne pouvant ni travailler, ni donner. Il avait quelque envie d’aller se faire juger à Paris, pour donner quelque satisfaction à son agitation. Il a cédé aux premières objections de Dumon. Il est ici pour quelques jours. Montalivet est venu surtout pour les affaires privées du Roi. Elles paraissent en meilleur train. Le gouvernement veut en finir et a demandé que le Roi nommât un fondé de pouvoir avec lequel il pût débattre et traiter. On a indiqué en même temps que Dupin serait accepté. Dupin, consulté, a dit qu’il accepterait. Et le Roi, après quelque hésitation, vient de nommer Dupin. On est fort préoccupé, à Claremont de la crainte que quelque incident ne vienne déranger cette bonne veine. On avait entendu dire que je me proposais d'écrire. On a témoigné à Dumon le désir que j’attendisse. Il a fort rassuré. Montalivet a dit à Dumon les mêmes choses qu’à Montebello sur la fusion, et sur ce qu'on en pensait à Claremont. A demain les détails.
Lady Palmerston devrait bien me rendre un petit service, trop petit pour que je me fasse la petite affaire de la demander à son mari. Mad. Baudrand avait envoyé à mes filles, par André un petit pot à crème en argent, fort joli, dit-on. La douane l’a pris sur André et l’a retenu. Je voudrais bien qu’on me le fit rendre en payant, comme de raison les droit exigés, si mon ami Ellice était ici, c’est à lui que je m'adresserais. Il a fait toutes mes affaires de ce genre. Mais Glengwich est trop loin. Et je m'adresse à Dieu, à défaut de ses saints, si tant est qu’Ellice soit un saint, et un saint de Lord Palmerston. Pouvez-vous écrire ou dire à Lady Palmerston deux mots sur mon pot à crème ?
L'impression de Paris est à la guerre. Le gouvernement parait croire qu’une forte démonstration suffira pour rendre l’Autriche plus traitable. Mais les démonstrations mènent loin. Vous voyez qu'on en médite une sur le Rhin en même temps que sur les Alpes. Je persiste à douter. Pourtant, pour Cavaignac, l’alternative est cruelle. Si l’Autriche cède, ou s’il la bat, ce sera pour lui un grand succès. Londres a un bien grand intérêt à ne pas lui laisser courir cette chance, car c’est en le triomphe de Paris tout seul, ou la guerre générale. Je répète que je persiste à douter. Adieu. Adieu.
André a remis à Jean, avec vos paquets, deux bouteilles de vin de Bordeaux. Gardez-les moi, je vous prie. Adieu. Adieu. G.
Lord Aberdeen m’a renvoyé votre lettre du 28. Il ajoute : " I'm already in debt with the Princess, and will write to her very soon."
Midi
Je ne veux pas que vous soyez sans lettre demain toute la matinée Quoique je réserve pour le soir la longue conversation. J’ai vu Dumon hier au soir ; pas Salvandy qui dînait à Holland House, et en est sorti trop tard. Salvandy vient de m'écrire qu'il viendrait me voir demain matin. Il est, à ce qu’il paraît, en assez mauvaise santé et dans un état de grande excitation, ne pouvant ni travailler, ni donner. Il avait quelque envie d’aller se faire juger à Paris, pour donner quelque satisfaction à son agitation. Il a cédé aux premières objections de Dumon. Il est ici pour quelques jours. Montalivet est venu surtout pour les affaires privées du Roi. Elles paraissent en meilleur train. Le gouvernement veut en finir et a demandé que le Roi nommât un fondé de pouvoir avec lequel il pût débattre et traiter. On a indiqué en même temps que Dupin serait accepté. Dupin, consulté, a dit qu’il accepterait. Et le Roi, après quelque hésitation, vient de nommer Dupin. On est fort préoccupé, à Claremont de la crainte que quelque incident ne vienne déranger cette bonne veine. On avait entendu dire que je me proposais d'écrire. On a témoigné à Dumon le désir que j’attendisse. Il a fort rassuré. Montalivet a dit à Dumon les mêmes choses qu’à Montebello sur la fusion, et sur ce qu'on en pensait à Claremont. A demain les détails.
Lady Palmerston devrait bien me rendre un petit service, trop petit pour que je me fasse la petite affaire de la demander à son mari. Mad. Baudrand avait envoyé à mes filles, par André un petit pot à crème en argent, fort joli, dit-on. La douane l’a pris sur André et l’a retenu. Je voudrais bien qu’on me le fit rendre en payant, comme de raison les droit exigés, si mon ami Ellice était ici, c’est à lui que je m'adresserais. Il a fait toutes mes affaires de ce genre. Mais Glengwich est trop loin. Et je m'adresse à Dieu, à défaut de ses saints, si tant est qu’Ellice soit un saint, et un saint de Lord Palmerston. Pouvez-vous écrire ou dire à Lady Palmerston deux mots sur mon pot à crème ?
L'impression de Paris est à la guerre. Le gouvernement parait croire qu’une forte démonstration suffira pour rendre l’Autriche plus traitable. Mais les démonstrations mènent loin. Vous voyez qu'on en médite une sur le Rhin en même temps que sur les Alpes. Je persiste à douter. Pourtant, pour Cavaignac, l’alternative est cruelle. Si l’Autriche cède, ou s’il la bat, ce sera pour lui un grand succès. Londres a un bien grand intérêt à ne pas lui laisser courir cette chance, car c’est en le triomphe de Paris tout seul, ou la guerre générale. Je répète que je persiste à douter. Adieu. Adieu.
André a remis à Jean, avec vos paquets, deux bouteilles de vin de Bordeaux. Gardez-les moi, je vous prie. Adieu. Adieu. G.
Lord Aberdeen m’a renvoyé votre lettre du 28. Il ajoute : " I'm already in debt with the Princess, and will write to her very soon."
