Guizot épistolier

François Guizot épistolier :
Les correspondances académiques, politiques et diplomatiques d’un acteur du XIXe siècle

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Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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102. Paris le 25 septembre 1855

Madame Sébach est revenue hier, mais ne raconte ou ne sait absolument rien. Je la trouve fort calme, son mari aussi plus de gasconades. Le changement d’itinéraire de mon empereur est un événement. Quand M. m' écrivait le 13 il n'était pas question de cela, & on savait alors Sévastopol. Il me parait évident que nous resterons en Crimée & que nous nous défendrons. Cela peut durer, & surtout coûter encore beaucoup de monde. Ah mon dieu.
Lady Allice me mande en date de hier que la duchesse d’Orléans part aujourd’hui. pour Esenach. Départ un peu brusque car on avait annoncé qu’elle resterait jusqu'au 1er. Le prince de Prusse fait son chemin auprès de la princesse royale. Cela va très bien à Balmoral. Le mariage cependant ne pourra guère se faire.
J’entends de tous côtés faire l’éloge des qualités de cœur de mon empereur mais de l’esprit, personne ne lui en donne. C’est bien dommage. We cannot help it. Moi je crois qu'il a bien des qualités s'acour de qui valent cela. L'amour de la justice et on dit ferme. Adieu. Adieu.

Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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103 Paris le 27 septembre 1855

Les Shaftesbury sont venus me voir hier, & sont partis ce matin pour Londres. Longue conversation avec eux. Ils affirment que la paix est désirée par tout le monde en Angleterre, et que celui qui la désire le plus c'est Lord Palmerston. Si vous avez entendu le ton de vérité et de conviction avec lequel ils me l'ont dit vous croiriez. Moi, j’ai cru, & vous savez cependant tout ce que je pense sur lui. Pas questions d’indemnités pas de conquêtes. Du garalton. Mais vous les avez prises ? fortéresse, vaissaux tout est fini. Il faut que cela ne puisse plus recommencer. Quoi ? Pour cela, je n'en sais rien. Peut-être une phrase heureuse.
La duchesse de Galliena est venue me faire visite le soir. Elle revient d'Echer. La duchesse d’Orléans lui a paru très changée Des tâches noires sur la figure dans le cercle de famille. Deux camps. Le comte de Paris est plus grand que le Prince de Joinville. Visage un peu irrégulier. Une joue plus forte que l’autre. Ressemblant à sa mère. pas joli, & l’air déguingandé. Voilà toutes les nouvelles que j'ai ramassées hier. Je n’ai vu personne hors cela. Lady Holland d'une fidèlité quotidienne. Je ne crois pas que Morny revienne avant le 15 octobre. Adieu. Adieu.

Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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104. Paris le 28 septembre vendredi 1855

On a été très occupé hier de la représentation d'un opéra de la composition du duc de Cobourg. On voulait le faire réussir et il a réussi. Beaucoup de monde, le beau monde qui reste. L'Empereur très applaudi.
On me dit que la reine Christine est fort mêlée dans les affaires Carlistes et qu’elle est en rapport aux Cabrera. Ce parti lui semble sa seule chance de rentrer en Espagne. Quelle chose étrange. Olozaga se loue beaucoup du gouvernement français et dit qu'à aucune époque son gouvernement n'a eu autant à se louer de la France.
Le Galignani dit que le fils de Meyendorff est tué. J’espère que non, mais je tremble. Le père m’a écrit depuis Sévastopol. Il ne savait donc pas. Pauvre homme. Adieu. Adieu.

Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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105. Paris le 29 septembre 1855

Décidément vous avez mal lu, ou je me suis bien maladroitement exprimée au sujet de la princesse royale. Le mariage est arrêté, il se fera, seulement Elle est trop jeune encore, pas quinze ans, il faut attendre deux ans au moins.
Vous ne sauriez concevoir l’ébahissement des diplomates en apprenant hier tout à coup que Walenski était parti pour Bruxelles. Une circulaire à fait connaitre qu’il ne recevrait pas hier matin, qui est le seul jour de la semaine où tout le monde est admis, les autres jours il faut demander des audience. et bien donc, voilà qu'on se casse la tête, car Bruxelles était le secret. Vous concevez les commentaires. Fould qui est venu me voir a eu l’air de l’apprendre chez moi, et m'a dit qu'il le croyait à la campagne. Il n’admettait pas un autre but à l'absence. J’ai donc regardé cela comme un [?]. Cependant on m’assure qu'il est à Bruxelles, mais dans le plus grand incongnito étant allé trouver une tante polonaise qui y demeure. Je vous donne toute ma science.
On dit que vous faites de armements énormes dans vos chantiers vaissaux de ligne, vapeurs. Vous êtes d'une grande activité. J’entends fort exalter la bravour des Russes, & le bon ménage qu'ils font avec les Français. Nous parlons des Français avec la plus grande admiration & amitié. Et il faut se battre. Ah mon Dieu ! Ce pauvre Meyendorff. a perdu son fils. C’est le tout dernier boulet qui l’a emporté lorsqu'il était occupé à couvrir la retraite sur le pont. Quel malheur je ne sais comment écrire à ce pauvre père.
Je trouve Fould plus que jamais ardent pour la paix. Le rappel de Radcliffe recom mence à être douteux. Quelle faiblesse ! Molé est arrivé pour quelques jours. Je l’ai vu hier soir. Le roi de Prusse arrive à Aix la Chapelle le 1er. La Reine Amélie à Laslen le 1er pour y passer quatre jours. Adieu. Adieu.

Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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106 Paris le 30 septembre 1855

Walensky est revenu & dit qu’il a été à Bruxelles. voir une tante. Les gens de Bruxelles savent qu'il y a été incognito, mais ne l'ont pas vu. Et voilà tout la diplomatie ne se contente pas de ces données. Je n’ai pas de lettre et ne sais rien du tout. En Angleterre on est bien blessé de l’affaire du 8, et le Tedeum aujourd’hui sera pour remercier Dieu du triomphe des Français, car les Anglais n’y sont pour rien. Le Times veut une victime, ce sera le gl Simpson. Il est vrai qu'il n’a pas brillé.
Stolzenfels aura été brillant, rois & Ministres voisins sont accourus. Aujourd’hui c’est fini. Je sais que mon fils aîné est toujours à Schlangenbad. Mais il n'y a du reste personne. Voyez comme je suis stérile. Adieu. Adieu.

Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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107. Paris le 1er octobre 1855

Je ne suis pas très contente de l'annonce de votre visite. Qu’est-ce que du 15 au 20 ?! cela m’annonce pour le fixé définitif. Je le croyais pour les tous premiers jours de novembre. J’espère que je ne me trompe pas. Vous ne pouvez pas rester à la campa gne au delà de ce terme. Tout le monde dit que vous êtes là dans une grande humidité. Je crains d’avoir l’air égoïste ne vous parlant de votre santé et vous faites peu d’attention Je renonce à mes avis. volontiers à votre visite Si vous venez plutôt pour vous fixer. L'année dernière vous n'êtes venu que le 19 Novembre parce que disiez-vous, je n’y étais pas. J’y serais, vous viendrez les premiers jours de Novembre n’est-ce pas ? Je vous prie, je vous prie. Et ne faites pas la course pour moi avant, elle ne me ferait aucun plaisir. Il n’y a pas un mot de nouvelle. Le boulevard Sévasto pol. Molé a dîné avec moi hier. Nous avons le même régime. Il n’est pas pressé d'aller à Maintenon. Il s’arrêtera encore à Paris en en revenant. Nous avons beaucoup causé ces deux jours. De politique à peu près pas du tout. Philosophie, observa tions beaucoup, il y a mis du naturel, et un naturel, Je n’ai du aimable. reste personne ici comme vous savez. C’est vraiment désolant, Adieu. Voilà une maussade lettre. Adieu.

Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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108 Paris Mardi le 2 octobre 1855

Lorsque la Prusse a fait à Londres et ici des ouvertures officieuses l'Angleterre a répondu qu’elle n’accepterait l’intervention d’aucune des deux grandes puissances allemandes. Si l'Emp. Alexandre désire la paix il pourrait s'adresser à un petit état, p.e. le Danemark. Le roi de Hollande a envoyé à l’Empereur Napoléon son ordre militaire. La reine [?] en apprenant cela a demandé ses passeports je crois qu'on ne les lui donnera pas et qu’elle se calmera.
Morny a été bien malade. Voilà ce qu’il m'écrit hier après 15 jours de silence. Je vous ai dit que les Brabant arrivent ici le 12. Ils seront logés à St Cloud, et resteront 7 jours. Le prince de Chimay les accompagne. Et quatre aides de camps, deux dames d’honneur & & Clarendon n’ose pas rappeller Radcliffe. Adieu. Adieu.
Votre petit ami sort d'ici et me donne une bien bonne nouvelle. Vous rentrerez à Paris dans les premiers bravo jours de 9bre Si vous me donnez par dessus le marché les quelques jours d'octobre c’est à merveille. Mais si cela vous gêne le moins du monde ne le faites pas. Je tiens ma satisfac tion pour acquise. Voilà !

Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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109 Paris le 3 octobre 1855

Il y a dans votre lettre de ce matin un petit mot qui m’amuse. La grande et libre publicité dans un pays qui peut le supporter sans en être bouleversé & & &. Je n’ai pas besoin de développer tout ce que je pense à la suite. Petit à petit vous en viendrez à trouver que le régime anglais convient à peine à l'Angleterre.
C’est demain le 4 octobre. Passé 20 ans, il m'est impossible de féliciter un homme sur son âge. (les femmes je les arrête à 15) Je ne vous félicite que d'une chose, c’est d’être entouré de votre famille.
Greville n’a pas la plus légère espérance de la paix. Vous voyez d’après tout ce qui revient de Russie que personne là n’y rêve. a hopeless case. On dit beaucoup que nous manquons d’argent. Je ne m’aperçois d’aucune dimi nution dans notre change.
J’ai dit à Meyendorff tout ce que vous désirez que je lui dise sur son malheur pauvre, pauvre homme. Sir Henry Ellice vient de mourir à Brighton. J’en suis vraiment désolée. Je l'aimais & l'estimais beaucoup. Excellent esprit, très droit.
On dit que Lord Westimorland sera remplacé à Vienne, par lord Napier, grand radical. Drôle de choix, pour Vienne. Adieu. Adieu. 

Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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110 Paris jeudi le 4 octobre 1855

Tout ce que je puis dire en réponse à vos calculs c’est que je suis bien fâché d'aimer un littéra teur, un historien. mais puisque cela est, je reprends vos chiffres. Les cinq jours dépensés auprès de moi pourraient être déduits de votre compte. Et alors au lieu de du 15 au 20 Novembre vous viendrez for good du 10 au 15. Je crois qu’il n’y a pas de réplique à cela. Pour moi je préfère tout à fait le définitif cela m’est odieux de vous voir repartir pour quelques pages d’histoire ou pour tout autre chose. Voilà pour le moment mon impression positive. Ainsi point d'octobre entre nous.
J’ai revu Heckern hier. Il a passé dix jours à Vienne. Il a beaucoup vu Bourqueney, & Balabini. Bourqueney arrive aujourd’hui. L’Autriche (gouvernement) est très occidentale. La société toujours non. On ne parle que de la France, il dit qu’il n’a pas entendu parler de Russie. Il est pour nous d'un dédain qui m’a amusée. Il est impossible d’être plus vantard que lui. L’alliance avec l'Angleterre éternelle. Il faut prendre les provinces du Rhin, pour ici faire un état indépendant séparé. La Crimée je ne sais plus à qui il la donne.
Redcliffe s’est querellé avec Thouvenel qui a envoyé ici le dialogue écrit par lui au crayon pour ne rien omettre des aménités de l'Anglais à Vienne on ne doutait pas de son rappel (à Londres où on en doute comme je vous l'ai dit) Je vous ai redit Hekern. Il m’amuse toujours. C’est son état de divertir les gens. Du reste je n’ai vu personne d’intéressant hier. Et je m'ennuie ! Selon le dire de Fould l’autre jours, le Gl. Bosquet est en voie de guérison. Il me parait qu'on va chasser d'Angleterre, les triumvirs Mazzini, Kossuth, Ledru Rollin, ce sera très bien fait. Adieu. Adieu.
Sir Alexandre Mallet gendre de Brougham, Ministre d'Angleterre près de la diète. de Francfort a fait dernière ment publiquement une sortie des plus vives contre le roi de Prusse. Ils sont étonnés ces Anglais. Vous avez lu la lettre de mon empereur au gouverneur de Moscou.

Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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111 Paris le 5 octobre 1855
Vendredi

Quelle insolence que l’article du Times à propos des mariages Prussiens. Et quelle bêtise. Elles ne peuvent donc pas prendre de mari étranger les pauvres princesses anglaises. Et la loi de famille défend les Maris sujets anglais.
J'ai causé longtemps hier avec un chanoine, causeries secret du Pape. Je ne sais ce que veut dire cette charge. L'homme a de l’esprit, il vient d’accompagner les Brabant dans leur voyage d’Orient. Ah quel triste ménage si c'en est un ! Il n’avait rien, il ne s'occupe de rien froid, hautain, silencieux, désobligeant pour sa femme. Elle, ignorante comme une paysanne, mais gaie, naturelle mais perdant peu à peu tout cela à côté d'un pauvre mari. Mon Chanoine croit que cela n’ira pas longtemps. Elle le quittera. Le Roi a bien mal élevé ses enfants. Il n'a jamais venu avec eux. Un quart d’heure de visite dans la journée. Aucune espèce de récréation de leur âge. De l’étude et puis se tenir droit sur sa chaise. Ce même chanoine a été l'un des précepteurs de l'Empe reur d'Autriche. Il le dit très appliqué, voulant savoir le pourquoi de toute chose. Moins brillant d’esprit que son frère Maximilien. Caractère décidé !( l’Empereur). Molé est revenu de Main tenon et passera ici quelques jours. Adieu. Adieu.

Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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112 Paris le 6 octobre 1855

J'ai eu hier une longue visite de Lord Granville. Il n’est venu que pour deux jours. Son langage est très à la guerre, naturellement. Il n’y a pas moyen de voir autre chose. L'ennivrement de la reine pour Paris et ses hôtes continue. Elle en parle sans cesse.
J’ai vu hier aussi le comte Caroli, un Autrichien fort content. Il me dit entre autre, nous tenons les principautés. Nous n’en sortirons pas. Il n’est pas inquiet pour l’Italie. Son fils est [chargé d’affaires] à Londres. Il y va dans ce moment. Colloredo est absent.
J'ai reçu une curieuse lettre aujourd’hui. Elle porte la date du 23 Mai 1799, et avait été remise en dépôt alors à une dame de Livonie par mon ancienne gouvernante française. On l’a retrouvée cachetée intacte dans les papiers de cette dame morte il y à 25 ans. Cette lettre me demande l’annonce pour sa famille, à Montbéliard. Je vais faire rechercher s’il existe encore quelqu'un de son nom au bout de 56 ans.
Je n'ai rien de plus moderne à vous mander aujourd’hui Lord Lyndhurst est venu me voir hier sans me trouver. Adieu. Adieu.
Je ne suis pas tout à fait de votre avis sur Luther, et je vous réserve une bonne discussion. J’ai trouvé de bien mauvais goût la reproduction dans le [Journal] des [Débats] de l’article dans Times sur le jeune prince de Prusse.

Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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113. Paris le 7 octobre dimanche 1855

J’ai vu Fould hier très longtemps. Sa conversation me plait toujours et pour le fonds & pour la forme. Il est bien étonné de la poltronerie anglaise à l’en droit de Radcliffe. C’est incroyable de le laisser là après ce qui s’est passé avec le sultan, et on ajoute avec votre ambassadeur. (Quoique lui ne se répéte qu’en confidence.) Au reste, I don't care. Il ne peut pas faire plus de mal qu’il n'y a déjà fait.
Adais n’est pas mort parce qu’il était vieux 92 ans. Il est tombé de son lit à Woburn une mauvaise chute. Je le regrette aussi. Les grandes manières ; ce qui ne se voit plus, et ce qui ne s'enseigne pas.
J'avais hier soir chez moi la comtesse Montéjo, Molé, Sebach Viel Castel, & d’Haubersaert revenu pour l'hiver et bien maigre. Ses richesses ne l'engraissent pas. Quel homme bizarre. Quel parti pris d'exagération et de non sense. Autre genre que Hekerne et de meilleur goût, mais pour moi aussi risible. Pas possible de disputer, car c’est trop fort. Viel-Castel reste huit jours & repart. Molé part ce matin. Mad. Montéjo a positivement beaucoup d’esprit. Elle n’a parlé qu'Espagne et a raconté de curieuses choses. Comme on traite cette reine. Elle en est révoltée. Elle croit à des mouvements à Madrid, à une révolution peut être, mais elle y retourne. Cela ne l’effraie pas. C’est l’état ordinaire de son pays.
Je prends des notes sur la liberté de la Prusse et sur Luther. J’ai dans ma tête de quoi vous tenir tête. Mais pas assez de force pour le faire par écrit. Adieu. Adieu.

Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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114 Paris le 8 octobre 1855

Je me trompe, ce n’est pas de la presse, mais du jugement des hommes & du jugement de Dieu que j’aurai à vous parler. Rappelez-moi cela et Luther.
J’ai vu quelques personnes hier, mais vraiment rien d’intéressant, et je serai sans doute tenté de ne pas vous envoyer de lettre aujourd’hui.
Mardi 9
J'ai fait comme j’ai dit. Ne Vous fâchez pas mais comment voulez-vous que j’envoie un pareil chiffre. Je ne vaudrai pas mieux aujourd’hui, mais à force de double cela deviendra peut être quelque chose. Hubner est venu parfaite ment content. Il allait dîner chez Walevsky avec Bourqueney le télégraphe annonce que Radcliffe s'est exécuté. Je suppose donner les satisfactions prescrites par son gouvernement je ne sais lesquelles mais la conséquence, est qu'il reste.
Les Brabant resteront ici du 12 au 24 6 spectacles dont 3 à St Cloud, & grands dîners après lesquels on dansera. Les matinées occupées à tout voir. Lord Lyndhurst n’est pas revenu quoique je lui a fait revoir mes heures. La duchesse de Sutherland arrive le 15. Je ne sais plus quand viendra Morny. Me voilà au bout. Ce n’est pas brillant. Adieu. Adieu.

Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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115 Paris le 10 octobre Jeudi 1855

Lord Lyndhurst est venu hier. I am lame, blind and deaf. a pity you are not. mute. Il n’a pas entendu ou pas voulu comprendre. Il a eu effet toutes les infirmités dont il se vante mais il a bon visage. Il veut la paix. Qu’est ce que cela fait ? On me dit que les généraux exilés ont demandé à faire leur cour à la reine Amélie pendant son séjour à Bruxelles. Elle a refusé de les voir.
Vous savez que le duc de Nemours leur a donné à dîner à Anvers, en consé quence de quoi on a prié le duc de ne point passer par Bruxelles. Canning revient d’Allema gne où il a passé son temps avec mon fils. Il m'en donne de bonnes nouvelles. Sa conversation m’a intéressée. Homme d'esprit très éclairé, très au courant. Il m’a pris toute une heure. Il est tard. Je n’ai pas de nouvelle à vous dire. Le temps est très laid. Adieu. Adieu.

Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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116. Paris le 11 octobre 1855 Jeudi.

Molke me parle souvent de son pays, je n’en retiens pas un mot. Je m'en vais questionner et comprendre à votre intention. Il est très content de la France pour l’affaire du Sernd, & la France recom mande toujours de se bien mettre avec nous sur ce point. Ainsi par le Danemark ou plutôt pour le Danemark vous et nous sommes bien ensemble. J’apprends qu’on est très bien ici avec l'Autriche. Je l’avais jugé ainsi à la mine vantarde de Hubner. On fait grand état par tout de l'habileté du gouvernement Gortchakoff. Sa retraite parait en effet comme il le disait, extraordinaire. Vous en aurez lu l’éloge même dans le Times. Depuis le 22 août il avait décidé de se retirer et tout préparé pour l'évènement du 8 Septembre.
Je ne sais pas où est mon Empereur. Mon fils aîné est revenu à Bruxelles depuis hier. J’ai vu le duc de Noailles un moment, mais il se consacrait hier à la D. de Talleyrand, que je n’ai pas vue encore, Nous nous sommes manquées. Adieu. Adieu.

Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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117 Paris Vendredi 12 octobre 1855

C’est aujourd’hui que les Brabant arrivent. Le Prince Napoléon les recevra à la gare, & l’Empereur au haut du palier à St Cloud. Fould que j’ai vu hier ne digère pas la visite du Prince. Il trouve cela un grand manque de sentiment ou plutôt de ressentiment. Il y a d’autres personnes qui sont du même avis. Je trouve moi que les nécessités et les convenences politiques sont indépendantes des questions de sentiment et que la Belgique devait la réciprocité de la visite du Prince Napoléon. Nous avons beaucoup rabaché sur la guerre et la paix, rien de nouveaux, pas de perspective. Il m’a confirmé que l’entente avec l'Autriche était redevenue très bonne.
Lord Cowley m'abandonne cependant pas ses anciennes défiances. Le duc de Noailles m' échappe. Il est reparti sans dire gare, ce qui m'étonne un peu. Je ne l’ai donc a proprement parler pas vu. Le temps devient laid, et J’ai presque froid, mais je ne fais pas de feu encore. Adieu. Adieu.
Je vous ai dit que Villa Rial est mort ?

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118. Paris le 13 octobre 1855

Une seule minute pour vous dire bonjour. Pas même le temps de vous dire pourquoi & par quoi je suis dérangée.
Le prince Napoléon qui devait se trouver hier à la gare pour recevoir les Brabant n'y est pas venu. Mais puisque le Moniteur dit ce matin qu'il y était, c’est réparé. J’ai des nouvelles d'Angleterre on ne bombardera pas Odessa, on veut mieux que cela, Nicolaief. On évacuera Sévastopol et les alliés hiverneront dans des hutes & sous des tentes. Mon empereur est certainement en Crimée.
Hubner qui est venu hier me dit, que l’Italie est la mesure des bonnes relations avec la France et il est content. Seulement il n’est pas content de n'être prié à St Cloud que le 21. C’est cependant son archiduchesse.
Clarendon a bien lavé la tête à Radcliffe. C'est tout ce que lui a permis Palmerston. Mais on espère qu'il donnera sa démission. Quant à Palmerston, il désire que Redcliffe reste, l'Ambas sadeur à son image. Simpson demande à revenir. On ne sait que prendre, & décidé ment on ne veut pas se mettre sous le commandement de Pelessier.
Les finances donnent du souci à Londres, mais on croit là qu'on en a davantage ici. J’ai vu longtemps chez moi Mad. de Talleyrand. Beaucoup d’esprit et intéressante. Quelques confidences piquantes. Adieu. Adieu.
Très vite.

Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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119. Paris le 14 octobre 1855

Votre opinion du rapport de Gortchakoff ne ressemble pas à celle du Journal des Débats on ne dira pas que c’est vous qui le dirige. Je crois votre opinion la meilleure. C’est celle de toutes les personnes que je vois, inclus mes ennuyeux. Hübner entre autres. Lord Lyndhurst est revenu hier je lui ai dit votre lettre. Il n’a guère répondu à l'article finances, il m’a semblé cependant qu’il ne faisait pas grand cas des difficultés. Il se rejoint beaucoup de causer avec vous. J’espère qu’il sera encore ici quand vous reviendrez. Je vois beaucoup d'Anglais mais pas de votre connaissance. Tous furieux contre Lord Cowley. Il ne veut en voir aucune et ils n'ont aucun moyen de se faire présenter à la cour. C’est drôle aussi. J’ai vu passer hier la cour. Cinq voitures découvertes l'Empereur, l’Impératrice, le duc & la Duchesse de Brabant dans la première. J’ai idée que la première plaira. Elle m’a plu à Bruxelles. Mais elle est bien timide.
Lady Jersey va venir. Qu’est-ce que j’en ferai Viel-Castel est reparti. Je n’ai plus, personne. Hier soir de la jeunesse. Cela m'ennuie fort. mais la petite Dupin est gentille. Je ne sais pas encore un mot des Meyendorff depuis leur malheur. Adieu, Adieu.
Vos lettres sont plus que précieuses. Outre les commentaires Elles m’instruisent. Vous me faites faire attention aux choses qui m'échappent.

Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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120. Paris le 15 octobre 1855 Lundi.

Le van de Stratten de Madrid. est un cousin. Celui que vous connaissez revient de Lisbone où il avait été envoyé pour assister au courronement du roi don Pedro. Je l’ai vu avant hier à son passage retournant à Bruxelles. Lui, comme beaucoup de monde, blâme le voyage Brabant.
On donnait hier de mauvaises nouvelles pour nous. En Asie comme en Europe. Voici ce que me dit Molke sur le Prince Ferdinand de Danemark. Il n’a pas juré la première constitution, il ne veut pas davantage prêter serment à la seconde parcequ'il se réserve le droit d'abolir l'une & l’autre quand il sera roi. Voilà le secret, de son refus. La Constitution actuelle est beaucoup moins démocratique que la première. J’étais restée trois jours sans voir Molke. Voilà pourquoi ma réponse vous arrive si tard. Montebello est enfin revenu mais il croit sa mère mourante. Ce qui fait que je le verrai peu, le remplaçant provisoire de Hazfeld absent, est beaucoup plus causant que lui. La légation ne l’aime pas & se méfie de lui, & Hazfeld, le déteste, ça m’est égal.
Les diplomates ne sont pas pris à St Cloud pendant le séjour Brabant. Il y eu cependant trois spectacles. Adieu. Adieu.

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121. Paris le 16 octobre 1855

J’ai revu Bulwer hier. Plus préoccupé de trouver un poste que de tout autre chose. Il vient toujours à la survivance de Lord Redcliffe, & on s'obstine à croire qu’il ne pourra pas tenir à la mauvaise situation qu'il a amené pour lui à Constantinople, car il n'y donne plus du tout. Vous êtes plus puissants que lui, c’est très naturel.
Morny est arrivé hier. Il est venu me voir de suite. Excellent et charmant. Mais je trouve trop en poltronerie de l'Angleterre. c.a.d. lacheté devant elle de qui l’Empereur Napoléon. A-t-il besoin d’avoir peur au jourd’hui ? Tout le monde a peur de lui. Ecoutez la duchesse de Talleyrand, elle vous dira bien à quel point il règne en Allemagne, par la terreur, par l’admiration aussi, car on sait reconnaître son grand mérite.
J'ai vu hier Hubner. Assez curieuse révelation. Il m’a dit que dans le temps de l'affaire de Drouin de Luys, Cowley avait posé ici l’alternative. L'amitié de l'Angleterre ou l’amitié de l'Autriche. ou après l'Angleterre. Quand on nomme Drouin de Lhuys, c’est toujours de la part de tous avec regret. & respect. Vous ai-je dit que Madame Thiers est bien dangereuse ment malade. Adieu. Adieu.

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122 Paris le 17 octobre 1855

Absolument rien de nouveau à vous dire. J’ai encore revu Morny hier plein de sens. Il n’a pas vu l’Empereur encore. Il le verra demain. Il est très frappé du progrés des idées rouges en France. Frappé au point d’en être inquiet bien content de la grossesse. J’ai passé ma soirée, hier tout-à-fait seule. C’est rare et je suis bien aise que ce soit rare. Mad. Thiers allait mieux Je crains que la vieille Montebello n’aille plus mal. Il n’est pas venu hier. L’événement de Paris étonne tout le monde. Adieu. Adieu.

Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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123. Paris jeudi le 18 octobre 1855

J’ai vu hier Fould. Son langage. me plait beaucoup. Il n'est pas question d’étendre la guerre, certainement pas. Si on nous prend la Crimée ce sera pour nous la rendre. Il croit toujours pouvoir répon de que la paix se fera avant Je ne devine pas 6 mois. comment on s’y prendra pour cela. Mais la disposition est bonne.
Fould a rencontré ici Dumon arrivé d’hier. Il a toujours de plaisir. beaucoup à le voir. Ils ont beaucoup causé surtout Ce qui ne m’intéresse pas. Agriculture, canaux, chemin de fer.
On a trouvé le spectacle à St Cloud avant hier très amusant, mais très leste. Les premières armes de Richelieu. Cela semble un épigramme à l’adresse du duc de Brabant. Je ne crois pas à l’intention. Je ne connais pas la pièce, je vais Du reste les la lire. Augustes visiteurs plaisent & se plaisent beaucoup ici.
Nouvelle lettre de Greville bien persuadé que les Français resteront à Constantinople quoiqu'il arrive, & trouvant la paix surtout difficile pour que les alliés ne pourront pas s’accorder entre eux. C’est un côté nouveau de la question ! Il me dit aussi la retraite de Reeve, et tonne contre Le Times à quoi cela sert il ? Adieu. Adieu.

Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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124. Paris le 19 octobre 1855

Rodolphe Appony vient d’arriver, sans sa femme. Il vient s’amuser à Paris, il est ministre à Munich. J’ai été bien contente de le revoir. Il a trouvé chez moi Hubner. qu’il n’avait pas vu encore. & qui ne m’a pas paru très ravi de son arrivée. Il a peur de tout le monde & qu'on n'en veuille à son poste. Le fait est que Rodolphe l'aura certainement un jour. Je l’ai très bien accueilli, mieux que n’a fait Constantin qui a été très froid pour lui à une rencontre je ne sais où.
Lundhurst était chez moi hier aussi, très entrain de la paix, voulant absolument. trouver des moyens. Avide de causer avec de bons causeurs bien pressé de vous voir vous, Broglie, Molé. Il sera trés utile d’avoir Lundhurst dans la bande pacifique lui aura le courage de parler, car tout le monde du reste me semble poltron en Angleterre. Adieu parce que je n’ai rien de plus.

Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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125 Paris le 20 octobre 1855

Je viens de recevoir une lettre de Constantin de Nikolaef. L'Empereur l'envoye en Crimée, pour y faire la campagne d'automne. Il me demande pardon du passé. Il me recommande sa femme et ses enfants. Ses paroles sont affectueuses. Simples, tristes. Je suis touchée, Alexandre me mande de Berlin que Louise est bouleversée dans cette nouvelle. Elle ne veut pas que mon fils la quitte. Constantin reste auprès d’elle. Il promet d’être à Berlin pour l'hiver. si... Ah, cette maudite guerre.
J’ai vu hier Morny. Il était fort content de l'accueil qui lui a été fait à St Cloud. L'opinion commence à s’établir que c’est nous qui ne voulons pas de la paix et c’est vrai, tout ce que j’apprends indirectement de Russie le confirme. J’étais sûre que vous seriez passé quelques jours chez le duc de Broglie. Lord Brougham est arrivé, il est venu me voir, je l'ai manqué. Madame Thiers est hors de danger. La mère de Montebello ne quitte plus le lit. Il ne veut plus la quitter le soir. Je suis très seule. Un peu Dumon, depuis deux jours. Adieu. Adieu.

Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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126. Paris Dimanche 21 octobre 1855

La duchesse de Sutherland est ici, elle est venue chez moi hier soir. Je lui ferais volontiers votre commission, mais je crois qu’elle aimera une une lettre de votre part. Elle est descendu à l'hôtel [?] Vous n’avez pas d’idée de ce qu’elle est devenue la tour Malakoff. Je ne parviens pas à voir Brougham. Hier encore et m’a manqué. Je le verrai aujourd’hui. On me dit qu'il est très pacifique. J'ai encore vu Morny hier. Je vois assez souvent M. de Romberg le substitut de Hatzfeld. Il jase, il a de l’esprit, et un mauvais regard. Interruption. Adieu.

Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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127 Paris le 22 octobre 1855

Il me semble que dans le portrait de Lady Carlisle, il y a deux mots à mon adresse. Je crois que je suis impertinente mais ce n’est pas pour affecter un pouvoir que je n’ai pas. C’est tout simplement quand on me gêne ou m'ennuie. Cela m'est même arrivé hier deux fois le matin, & le soir. J’ai vu beaucoup de monde Brougham pendant deux heures. Celui-là m’a amusé, et intéressant. Il était hier plein de sens. Certainement un grand désir de la paix. Quand on a tant d’esprit pourquoi n’avoir pas un peu plus de courage. Lui & Lundhurst cherchent. [?] les aider. J'avais hier ici un anglais, Ministre au Mexique, et Thone. L'Anglais a dit toutes les sottises possibles de l'Autriche. J’ai eu de la peine à l’arrêter. Heckern était là aussi, un peu gêné avec l'Anglais. La petite scène vous aurait amusé. L'Anglais est un Irlandais que rien n'intimide. Les Collaredo m'ont interrompu. Il y a plus une minute à perdre. Adieu.

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128. Paris le 23 octobre 1855

Les deux Scandinaves ont eu l'ordre de paraître à tous les Tédéum futurs, je crois vous avoir déjà dit cela. Un signe de déplaisir ici à tout de suite fait qu'on s’est soumis. On ne faisait pas mieux sous le premier Empire. Le fait est que vous êtes très puissants.
Canrobert va porter à Stokholm la légion d’honneur au roi. Il fera sans doute plus que cela. Les Brabant se séparent d'ici avec tant de chagrin qu'on dit qu’on a obtenu jusqu’à Samedi au lieu de demain. La duchesse est enivrée. On s’amuse beaucoup, surtout les jours où il n'y a pas spectacle. On fait des charades, & &. La gaieté est générale. Je ne sais pas si Nicolaief est abordable, mais c’est certainement là le but.
Je vois Morny presque tous les jours il avait dîné hier à St Cloud, il y déjeune aujour d’hui. Colloredo est fort dégagé. Quand je lui dis " vous êtes l’allié de nos ennemis" il me dit que c’est pour nous servir, et que l'Autriche ne pense qu'à cela c-a-d à la paix, et qu'on y parviendra. Adieu. Adieu.

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130. Paris le 25 octobre 1855

J'ai eu quatre longues pages de Meyendorff, déchirante. et ne me parlant que de son malheur. Je soupçonne que la religion ne lui sera pas d'un grand secours. C’est triste. Il me charge de vous remercier et avec tendresse et sympathie.
Longue visite de Bourqueney hier. J’ai été très contente de tout ce qu'il m’a dit. " On fait plus que parler de la paix, on y pense. Je repars pour Vienne bien content des dispositions ici." Voilà le gros. Le même c’est que l’Autriche marche avec les alliés, (marche est encore au figuré) et que nous serions dans une erreur fatale si nous pouvons croire qu’elle en nous fera par la guerre. Si cela traîne, elle la fera.
Les nouvelles hier étaient bien défavorables pour nous. Ochakoff pris, & notre armée en retraite. La situation de l’Empereur Napoléon énorme en Allemagne au moins, le successeur de l'Empe reur Nicolas, mais plus encore parce qu'on a peur de lui. Admi ration sans borne pour lui dans la famille impériale. Bourqueney repart dans quelques jours. Toute sa conversation m’a fort intéressée. On ne sait pas où est mon Empereur ici On le croit toujours à Nicolaieff. On trouve triste pour lui d'être arrivé là tout juste pour voir tous ces désastres.
Bourqueney a accepté de démissioner à l’ambassade d'Angleterre. Je l'ai trouvé que quand j’ai parlé de l'Angleterre. On me dit que Lord [?] remplacera Molesworth, et on parle beaucoup de Grand ville à Vienne. C'est un peu décheoir. Adieu. Adieu.

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181. Paris le 26 octobre 1855

Je m'ennuie pour vous de l'in gratitude de la poste. Que faire et moi, je ne vous envoie que des bouts de lettres. Il y a trop à dire et mon temps, comme il est pris ! Il y a les intimes avant la promenade. Les visites après. Et le jour qui tombe de si bonne heure. Il est bien temps que vous reveniez pour m’entendre bavarder.
Je vois Morny tous les jours. Hier soir, les Duchesses de Talleyrand et de Sutherland. La première fort spirituelle et de bon goût. Pas sur des échasses comme il y a de cela quelques années. Collaredo a été fort bien reçu par l’Empereur il dîne là aujour d’hui. On a refusé de voir un ministre de Prusse en Espagne qui passe ici pour s’y rendre. Ni général pas de présentations à la campagne.
Lord Lansdowne est arrivé hier. J’apprends que l’Empereur reste à Nicolaieff. Nos légations ont l’ordre de faire, les expéditions en doubles. Pétersbourg pour Nesselrode. Nicolaieff pour l’Emp. Le Baron de Lieven envoyé pour juger la situation militaire en Crimée fait un rapport satisfai sant ce qui veut dire je crois que nous restons là dans de bonnes conditions. Constantin a eu un commandement, hélas.
Les Brabant partent demain à 2 heures. Elle avec désespoir. J’ai rencontré toutes les deux cours hier dans l’allée la plus écartée du bois et où il n'y a que moi qui se promenais. J’étais à pied. Cinq calèches à quatre chevaux. Je n’avais pas fait de rencontre depuis bien bien longtemps.
Voilà Thiers qui m’envoie son 12ème volume. J'ouvre & je tombe juste sur la page 28 de l’avertissement. de là à la fin c.a.d. deux pages admirables. Je suis sure que vous en porterez. le même jugement. Adieu. Adieu.

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132 Paris le 27 octobre 1855

Je retire mon admiration de hier aux pages que je vous ai signalées hier. Elle reste au style et à quelques mots. heureux ; mais à la réflexion et après avoir relu, je me trouve en désaccord avec l'auteur. Il n’en sera pas de même de vous. Cela vous plaira tout de suite, & toujours comme cela me va à moi d'être étourdie. J’ai bien des défauts de femme & de jeunesse. J'en suis honteuse.
Je n’ai vu personne hier qui vaille. Colloredo a dû dîner hier à St Cloud, Hubner, je crois, pas. Benst et Van des Stratten sont ici, les deux première minis tres de Saxe & de Bavière. Vous n’avez pas d’idée de l’affluence des étrangers dans ce moment. Qu’est devenu ma lettre 129 ? J’espère, si elle est perdue qu'elle n'était pas intéressante.
Molé s'annonce pour Lundi, il vient assister au mariage d'une petite nièce la fille de M. de Caumont. Les Brabant partent tout à l'heure. Voilà l’Indépendance qui annonce un ordre du jour de Gortchakoff par lequel il informe l’armée qu'il défendra la Crimée à toute extrémité. Pour le coup j’ai peur. Nous sommes en infériorité de nombre et certainement en infériorité de talent. hélas. Adieu.

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133 Paris le 28 octobre Samedi.
1855

Nouvelle dégringolade à la troisième lecture. Je ne recom mencerai pas car il ne resterait plus rien. "Tous valent mieux qu’un." Tous ont fait 93 & 48. Comment oublier cela ? Je serai curieuse de votre jugement. Dumon mettait un peu hier soir l’avertissement en pièces. Il était ici et d'Haubersaert. Et la comtesse Montijo. On a causé très agréablement. Elle a vraiment de l’esprit.
Le vent est à la guerre, à une guerre terrible. Rien ne saurait résister à ce que veulent deux grandes puissances comme la France & l'Angleterre lorsqu’elles veulent bien. On Nous prendra Cronstadt. On inventera, on parviendra. Il me parait aussi qu'on ne voudra plus souffrir de neutres. Le printemps sera terrible. Les Brabant sont partis hier. La dernière soirée a été des plus gaies, & cette pauvre duchesse répétant à tout. le monde. " Et dire que demain à cette heure je serai à Bruxelles, non, c’est trop triste ". Son mari s'est un peu dégourdi ici, pas assez. Hubner était du dîner. Dans le monde onc ontinue à blamer le voyage & le plaisir qu’ils yont pris. On répéte beaucoup. Le Roi aurait mieux fait de venir lui même.
Je n’ai pas vu lord Lansdowne encore. Il a dit à quelqu’un qu'on délibère encore s'il faut faire sauter Sévastopol ou le conserver. Il commence à faire mauvais temps. Adieu. Adieu.

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134. Paris le 29 octobre 1855
Lundi

J’ai vu hier Lord Lansdowne Je lui ai rappellé Bruxelles. Il convient qu'il a dit cela mais il ajoute qu'il faut à présent le côté nord. C’est des mots. He is shuffling. En termes généraux il m’a dit que la paix pouvait être plus prochaine qu'on ne le pense. C'est pour se moquer de moi ou s’en débarasser. J'ai laissé là le sujet. Je ne l’ai vu d’ailleurs seule qu’un instant.
L’Empereur a reçu très gracieusement M. de Buat une demi-heure de conversa tion tête-à-tête. Il lui aura trouvé beaucoup d’esprit, & je crois qu'il aura su soutenir ses opinions. De son côté Buat a été charmé de l’Empereur. Je ne sais cela encore que par voie indirecte. Je le verrai aujourd’hui. Mon neveu Appony a eu son audience aussi, dont il est revenu enchanté. Celui là est un grand admirateur. L’Impératrice l’a reçu après et a été pleine de grace & de mémoire pour sa famille.
La lettre que je vous renvoye est bien touchante. Je vous remercie de me l’avoir fait lire. C'est bien élevé, je me suis bien petite. Adieu. Adieu.

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135. Paris le 30 octobre 1855

A la bonne heure et nous pensons de même. Nous étions inquiets de vous, Molé et moi hier. Nous voilà rassurés. La tyrannie de tous, odieuse. Molé était venu hier pour le mariage de sa petite nièce, et il m’a demandé à dîner. Après le dîner sont venus Lord Lansdowne & Montebello Et bien le mariage dérange. Lorsqu'on s’est présenté chez le maire, Mad. de Caumont y était venue pour s'opposer. Elle est folle. Berryer la soutient et la défend, il est depuis quelques temps pour toutes les mauvaises causes.
Molé a usé dans la journée du peu qu'il a d'influence et on va faire prononcer la séparation qui donnera au Pair seul toute autorité. En attendant voilà un esclandre. Lady Allice m'écrit, fort réjoui ede la perspective d'une brouille avec les Etats Unis. Elle ajoute. I think we deserve any misfortune that may befall us. Voilà une bonne anglaise. Je ne crois pas que j’ai la moindre nouvelle à vous dire. Adieu. Adieu.

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136. Paris le 31 octobre 1855
Mercredi.

Bualt est venu me voir hier plein de ses et de viens. C’est un homme important ici Allemagne. Il se croit sûr qu'elle est nièce et le restera. Il croit aussi que l’Autriche, ne bougera pas. Il est bien content de son audience auprès de l’Empereur, de tout ce qu'on lui a permis de dire & de tout ce que l’Empereur lui a dit. Il dîne aujourd’hui à St Cloud. J’ai vu Fould hier et je suis bien contente de son langage. parfaitement à la paix. Hubner est survenu. Superlativement pacifique, & déclamant vivement sur ce ton si bien qu'il a fini par craindre d'en avoir trop dit, il est parti brusquement en évident mécontentement de lui-même. Nous en avons bien ri Fould et moi.
Il parait qu’il n’y aura plus d'opérations militaires cette année. On restera comme on est. Le roi de Sardaigne arrive le 24 Novembre ou prolonge l'ouverture de l'exposition jusque sur la fin du mois. Et la cloture n’aura lieu que le 2 Xbre. J’ai oublié de vous dire que la question d’hivernage des vaissaux dans les ports suédois ne peut pas être une question. Le gouvernement suèdois dés l'origine de la guerre a déclaré ses ports étaient ouverts, sauf deux, je crois, par conséquent il n’y a pas à négocier. C'est de Molke que je tiens ceci. Greville m'engage fort à lire the Pruss qui contient dit-il d’admirables articles pour la paix. Cela vient. d'Israeli. Il n’est pas vrai qu'il y a coalition entre lui, Gladstone & Bright. Adieu pour aujourd’hui.

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137. Paris le 1er Novembre

Pas de nouvelle aujour d’hui, mais je retire la prolongation de l'exposition. Elle était résolue, mais La prince Napoléon s'y est opposé absolument. Appony à dîné à St Cloud avant hier. Hier Bunt. Aujourd’hui Van des Stratten. Tous sans les ministres résidents. Il pleut à verse, il fait un temps affreux, et je n'ai rien à vous dire. Ainsi Adieu.

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138 Paris le 2 Novembre 1855

Si vous lisez le Galignani vous y aurez trouvé que le Times dépasse Havas à propos de Thiers. Je me trompe. Il dit de même excepté les fausses splendeurs du 1er Empire. Hier il a été chez le Prince Jérôme qui l’a même fait passer avant les ministres d’état de Saxe et de Bavière. Il est fort glorieux. L’Empereur a amené Bunt dans son Cabinet et a causé plus d'une heure avec lui après le dîner. Rodolphe était là, très bien traité aussi par l’Emp.
Hubner s’inquiète de Rodolphe un rival. Il a raison je ne sais pas ce que veulent dire les privilèges rendus à la noblesse russe. Le seul qu'on lui ait retiré, c'est Le droit illimité de résider à l’étranger. Et à dire vrai. Ce droit ne devrait pas exister pour des Russes. Il y a trouvé du plaisir à n'être pas chez soi. La grande duchesse Stéphanie arrive demain, mais elle ne veut pas absolument demeurer à la cour. On dit qu’elle boude, Je ne sais pour quoi ?

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139. Paris le 3 Novembre 1855

Je crois vraiment que j’ai oublié hier de vous dire, adieu.
Bunt est entré, il est resté très longtemps, l'heure était avancée. J'ai fermé ma lettre en toute hâte. Bunt part content sans être tout-à-fait édifié. La disposi tion est très bonne, la résolu tion évidement n’est pas prise. D’ailleurs on ne le dirait pas. Il est très frappé de la profondeur d'esprit de l’Empereur, de la dignité de ses manières. Il est bien content d’être venu regardé de prés. C’est ce qui arrivera à tous ceux qui s’approcheront. Lyndhurst sera encore ici à votre arrivée. Vous aurez le temps de causer, et il y a de quoi. Il ne rêve qu’aux moyens d’arriver à la paix. Je ne sais pas la lui fournir. La querelle avec l’Amérique le tracasse. Morny n'était pas in aussi high spirits hier que de coutume. Il dine aujourd’hui à St Cloud avec Lord Lansdowne.
Caumont a trouvé moyen d'escamoter le mariage en dépit de là folle et de Berryer. Ils sont mariés hier, non pas eux mais les jeunes gens. Je n’ai pas de nouvelles. à vous dire. Votre flotte revient à Toulon. Il ne reste du Orient que les navires légers. Adieu. Adieu.
Dumon m’a dit hier que La Reine Amélie était assez malade pour avoir fait venir de Paris la sœur. qui a soigné le roi dans sa dernière maladie.

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140. Paris dimanche le 4 Nov. 1855

Quel temps affreux. Et pas de nouvelles. Le Tédéum chanté à l’église grecque à Athènes de vant le roi, n’est pas vrai. L’église n’est pas encore inaugurée même achevée. Mais il me parait qu'on veut charmer roi et reine. En attendant leur popularité s’accroit dit-on de tout ce qu'on leur fait éprouver de tracasserie. Je vous raconte là tout ce que me raconte Molke. Mais que la Grèce soit mon enfant, comme disait Nesslrode, je m'en occupe peu.
Je n’ai vu personne d’intéressant hier. Seulement Rodolphe dont la conversation est bonne. L'Indépendance dit aujour d’hui que quoique cela ait été tenu secret, la volonté de l’Empereur Napoléon a tou jours été d'épargner Odessa. Cela me fait bien plaisir et j’espère que c’est vrai.
Louise m'écrit, très touchée de ce que dans mes lettres à Alexandre je témoigne tant d’intérêt à elle & Constantin. C’est égal, quand il sera parti sans & sauf de la fournaise, il faudra qu'il revienne à ses anciennes relations avec moi, ou bien le silence recommencera. Le général Dufour demeure à St Cloud à ce qu'on me dit. Il a diné là avant hier avec un général prussien. C’est énorme la foule qui se porte à l'exposition. Cependant tout le transept est bouleversé. Adieu. Adieu.

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141. Paris le 5 Novembre 1853

Pardonnez-moi si ma lettre est triste et décousue. Je suis triste et décousue moi même. Je vous dirai pourquoi, quand je vous reverrai. Si je vous révois. Les chances humaines sont si incertaines.
Hier Thiers est venu me voir. Je lui ai lu quatre ou cinq lignes de votre lettre du 29 où vous me Parlez de sa préface, il a eu l’air enchanté ! Il me promet de revenir causer. Hier il a trouvé Mad. de Talleyrand qui l’a au reste bien accueilli. J’ai vu Morny aussi qui chasse aujourd’hui. avec l’Empereur à Fontainebleau. La grande duchesse Stéphanie est arrivée, et est descendue à l’hôtel de Londres. L'Empereur est allé la voir. On ne dit aucun nouvelle. J'ai eu quelques femmes hier au soir, entre autres. la Mse Strossi, qui est fort agréable, et qui vous plaira si vous la voyez.
Comme je voudrais être plus forte de raison de patience ; vous êtes bien heureux, rien ne vous trouble. Moi dans toutes les circonstances, je vois le plus noir possible, certainement la mort ne m'effrayera pas, car je le vois sans cesse au bout de tout ce qui m'agite. Je suis bien fâchée qu'il doive encore se passer huit jours avant votre retour. Adieu. Adieu.

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142. Paris le novembre 1855
Mardi

D’abord vous m'avez volé deux Nos. Le dernier de Val Richer était 139 (c'est égal). Ensuite je suis mieux aujourd’hui que je n’étais hier. J’ai dormi cela me relève. Dumon est à la campagne et ne revient que demain. Je ne puis donc rien vous dire sur Gènes. Montebello croyait savoir par Chomel que la reine allait mieux. Elle changera de maison. Celle qu'on lui avait retenue est détestable et mal située.
Pacha a l'air de croire que le Portugal aussi sera ici trainé dans l’alliance. Effet moral seulement car matériellement le secours. sera maigre. Après tout je ne sais pas, si l’Europe, entière liguée, ne serait pas une bonne raison pour se soumettre à la nécessité.
En attendant selon ce que je lis des secours qui arrivent en Crimée. Nous allons y avoir une bien belle armée. L'élite de nos troupes, une partie du moins. On me mande de Londres. que Palmerston a offert les Colonies à Lord Stanley, sur l’avis de son père, il a refusé. Lord Stanley n’est cependant sur de rien dans les idées de Lord Derby. Il est très radical et très pour la paix, fort lié avec Bright. Palmerston est fort embarrassé à qui donner les Colonies. Le parti de la paix fait des progrès souterrains. On me recommande de soigner lord Lyndhurst venez m'aider. Adieu. Adieu.

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143 Paris le 7 octobre 1855

Je suis fâchée de vous causer de l'anxiété et du trouble sur mon compte. Mais je ne puis vous l'ôter, ni vous en dire la raison. Je reste très agitée. Vous saurez pourquoi Lundi, mais lundi est si loin. Et d'ici là ce peut être pire.
J’ai vu hier lord Stanhope. Il est assez mauvais sur la question de de la guerre. Je ne sais si c’est ce qui m’a fait trouver qu'il a au fond peu d’esprit. Ils sont encore ici pour quelques jours. Sa femme s’est cassé le bras. Mais elle va même Lady Jersey va arriver, ce n’est pas pour me divertir. J’ai vu Morny, il n'y a pas la moindre nouvelle. Lord Shelburne est revenu. Beaucoup d'Anglais arrivent pour la clôture.
Votre vie à Broglie me parait très douce et agréable. Je vous l'envie c.a.d. que je voudrais la partager. Du repos, pas de souci, bonne conversa tion. M. de Broglie me plait et pourrait me plaire beaucoup. Mais j’ai idée que je ne lui plais pas du tout. Rodolphe m’a interrompue. Il repart ce soir. Bien brave homme & de l’esprit. Adieu. Adieu.

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144. Paris le 8 octobre 1855

Ah que je suis fatiguée, de ces N° et comme j’ai besoin de vous revoir. Je dis besoin avant plaisir car il me faut du soutien. Je n’en puis plus. Thiers est revenu hier long tête-à-tête. Parfaitement sensé sur la grande question. Si on l’est chez nous on fera la paix. On ne sera pas sensé. Rothschild aussi m’a entrepris sur le même thème. Tout le monde ici a raison. Je le suis comme tout le monde.
Mad. Kalergi est revenue. Elle ne m’apprend rien à Pétersbourg, il y a un commencement de parti de la paix, mais qu'est- que cela veut dire ? Avez-vous lu Cobden ? Des monuments d’éloquence superbes. Voilà du soleil, qu’est ce que me fait le soleil ? Rien ne me tire de mes tristes préoccupations. Adieu. Adieu.
L’Evêque d’Oxford sort de chez moi. Il se réjouit bien de vous voir.

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145. Paris le 9 Novembre 1855

Lady Holland est venue hier, toute farcie de nouvelles. Petite nouvelles ; importations du palais royal, Brunner nouveau à Naples, où il est désagréable. au roi. Delacour passe au conseil d’état. Montessui de Florence à Francfort, & les [?] qui s’en suivent. Lord Hondeu rappelé de Madrid parce qu'il a passé 3 mois à Paris sans s'être présenté à la cour. Lordelgin à la porte, en place de Canning. Les Colonies, à personne encore.
Le duc de Cambridge arrive le 14. Il descendra aux Tuileries. Lord Lansdowne est venu me faire ses adieux hier au soir. Il regrette bien de ne pas vous revoir. Je lui ai encore rappellé ce qu'il vous a dit à Bruxelles. Il me répond qu’il pense toujours de même et qu'on devrait... à quoi il travaille. J’ai revu enfin le duc de Noailles. Il doit avoir quelque occupation, ou préoccupation. je ne sais laquelle. Il retourne aujourd’hui à Maintenon. Il doit y faire bien froid. Vous serez content du colonel Clarmont, commissaire anglais. Il vient me voir quelques fois. Il a beaucoup d’esprit & une charmante figure. Morny donne des dîners élégants et brillants. Il a l’air content. La cour rentre en ville le 12. Adieu. Adieu.

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146 Paris le 10 novembre 1855

J’espère que ceci est ma dernière lettre. Ah quel bonheur ! J’ai vu bien du monde hier, petit monde, comme nouvelles. Je suis frappée du Times. Quelle ovation au roi de Sardaigne. Il ira à Londres Il sera reçu avec des transports régénérateur de l’Italie. Grandes avancées à la Suède. C’est naturel mais tout le monde dit que malgré le sentiment national la Suède n'osera pas. Nous verrons.
Voilà mon empereur reve nu à Pétersbourg. J’en suis bien aise. Là se trouvent. les veilles gens, les conseils sensés. Ah que nous ferons bien de faire la paix mais je n’ose pas l’espèrer. Adieu et au revoir. Adieu.

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108 Schlangenbad 2 août 1854

Je suis arrivée ici hier. Olliff m’a accompagnée. Il ne s’est arrêté ici qu'une demi-heure Il est reparti pour Paris. Je n’ai eu ni le temps ni le besoin de le charger d'une lettre. La poste nous sert aussi bien. J’ai trouvé ici votre 128 Toutes vos observations sont justes. Nous pensons de même sur tout ce qui se passe. Impuissante opinion, ce serait charmant de se parler quand il n’y aurait que cela sans le plaisir de se trouver ensemble.
Ellice le Bear était ici quelques heures avant moi, je le garde jusqu'à samedi. Hélène vient ici aujourd’hui pour 10 jours. Hier la journée a seulement été superbe. Aujourd’hui des torrents de pluie. Je suis bien logée, je commence les bains aujourd’hui.
Ce que vous me dites des lettres produites par l'amiral Berkeley me rappelle que le roi Léopold a dit à propos du projet de prendre Cronstadt. " Mes chers Anglais vont se casser le nez." On dit que l’effet de cette retraite de la flotte après s’être promenée huit jours devant la forteresse, a produit beaucoup de sensation à Pétersbourg de l'orgueil, de la moquerie, & un grand enthousiasme dans le public.
Il est certain que tout cela a l'air ridicule. Et ce mot se retrouve dans la conversation des Anglais que je rencontre. Ellice ne voit pas comment nous pourrons vous atteindre & il est convaincu que les vrais coups n’auront lieu qu’entre les Autrichiens et nous. Il me dit que l’intimité politique est complète entre Lord John & Palmerston. Sir George Grey en est, et à eux trois ils veulent la poursuite de la guerre au prix de tous les sacrifices. Il y a bien longtemps que je n'ai eu des nouvelles de Constantin. Il est toujours auprès de l’Empereur. Adieu. Adieu.

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109 Schlangenbad le 4 août 1854

Beaucoup de lettres de tous côtés. Constantin. On se croise les bras à Pétersbourg. Toutes nos mesures sont prises. On attend & même on rit. C’est le public, par le maître Meyendorff comblé, nouveau embre du Conseil de l’Empire, grand maître de la cour, rang de 1ère classe. On veut prouver par là qu’il n’y a pas disgrâce au contraire l’Emp. l’appelle. toujours son ami. Il reste dans la diplomatie. La garde impériale est partie pour la Pologne.
Lady Palmerston, charmée que son mari n’ait pas la guerre. On dira toujours si Pam. était là comme tout irait mieux. Lord Aberdeen bon homme, fausse position et obligé de pousser à la guerre parce que tout le monde est fou sur ce point.
C. Greville. à l'heure qu'il est la Crimée est envahie. Nous n'y avons que 35 m hommes. On a envoyé 70 m en débarquement, on attaque Sébastopol du côté de la mer en même temps que par terre, il faudra bien la prendre & cela doit être fait. Dans ce moment pas d'espoir de rien faire du côté de la Baltique. L’Empereur a pensé être pris en mer, [?] l’a fait échapper. Quelle capture ! Clarendon très inquiet de l’Espagne. Croyant Espartero pas capable de dominer le moment ou de le régler. Cela tourne à la République. Si Palmerston avait les affaires il s’en serait mêlé de façon ou d’autre. Maintenant on ne s'en mêlera pas et on a la confiance que la France ne le fera pas non plus, sous Palmerston on se serait querellé avec elle sur ce point
Morny. St Arnaud annonce des choses importantes prochaines mais pas sur le Danube. l’Autriche va marcher. La Prusse convoyée, conduite très embrouillée. Espartero soutient la Reine Isabelle. On ne se préoccupe pas de l’Espagne. L'Emp. dit : nous donnons la peste mais nous ne la prenons jamais. C'est très vrai. Le choléra serait très fort à Gallipoli.
Molé, très sensé et applaudissant fort à la conduite de votre Maître. L’Italie menace. On dit que vous allez envoyer encore des troupes et ce sera bien fait. Je crois que voilà tout. Paul part demain pour Bruxelles. Il trouve ceci trop pittoresque. Hélène est trop russe il m’est difficile de me mettre d’accord avec elle dans ses antipathies pour le reste. Ellice part demain aussi. Le Prince Charles de Prusse vient ici pour quelques jours. Je me baigne, je me soigne, & j’ai peine à trouver du temps pour mes correspondances. J’ai besoin d’écrire cependant pour recevoir des lettres. Adieu. Adieu.

Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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110. Schlangenbad le 6 août 1854
Votre exactitude à m'écrire me charme. Que ferais-je sans vos lettres ! J’y trouve toujours l’explication de ce qui se passe, l'appréciation du présent et de cet avenir nouveau que nous méconnaissons trop comme vous avez bien raison de le dire. Le prince Charles de Prusse est arrivé hier il est venu chez moi de suite. Il est très russe mais très sensé. Il déplore bien des fautes, la plus grande, celle de la reconnaissance incomplète. Il fait beaucoup l’éloge de votre maître et reconnaît la grande situation qu'il a acquis en Europe. Cette vérité est établie partout. Ellice & mon fils sont partis hier ensemble, grand vide pour moi. Hélène vient le soir dans la journée nous ne nous voyons pas, elle est dans une autre maison. Elle est si Cosaquee que les entretiens intimes en sont devenus peu faciles.
Le prince Charles & quelque idée d’un armistice, si cela pouvait être !
J’ai été interrompue par notre ministre à Francfort qui est venu de là me faire visite. Il m’a dit des choses assez nouvelles. L'Autriche & la Prusse assez mal ensemble, la Prusse fort appuyée par les royaumes allemands. Jamais la Prusse ne souffrira que l’Autriche acquiert des avantages en Orient, l'embouchure du Danube p. 2. L’occupation de principautés. L’Allemagne en général ne veut pas de l'accroissement pour la puissance autrichienne.
Kisseleff est toujours à Wiesbaden. Brunnow toujours à Darmstadt. Meyendorff a décidément fait des bêtises à Vienne, gouverné par ses nerfs. Adieu. Adieu & Adieu.

Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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111 Schlangenbad le 8 août 1854

Je vous adressais des éloges l’autre jour, aujourd’hui ce seront des plaintes. Quand je reste deux jours sans lettre, je me sens bien triste. J’ai des nouvelles un peu de partout. Le roi Léopold ira faire sa visite à votre Empereur probablement vers le 2 septembre à Boulogne. Le Prince Albert y viendra après. Je suis charmée de la première visite. L’esprit réfléchi et sage du roi plaira à l'Emp. Napoléon. On me dit qu'on a de lui (l'Emp.) une peur mortelle en Angleterre, on le comble. de flatteries, on le trouve bien puissant.
Le prince Woronzow est attendu ici, s’il ne vient pas trop tard. Je l’attendrai. Un ami intime de l’année 1801 ! Grand ami de mon frère.
Les Anglais saccagent les églises de la mer blanche. Ils s’attaquent à des moines et des pèlerins. On est exaspéré contre eux chez nous. L’entrée en campagne des Autrichiens traine un peu. Cependant il n’est douteux qu’ils n’acceptent la Valachie et que cela entraine les hostilités. La Prusse tâche toujours de se tirer en dehors. Combien longtemps le pourra-t-elle ? Le prince Charles ne dit pas. Tout le reste de l’Allemagne est avec elle. J’ai beaucoup causé avec ce Prince, le voilà reparti. Ce matin encore il m’a fait une longue visite. Il est au courant de tout, et très intime avec sa sœur, l’Impératrice. Il m’exhorte à lui prêcher la paix ; ah mon Dieu il y a longtemps que je prêche dans le désert. Mais ce n’est plus chez nous qu’il est besoin de le faire.
C’est l’Angleterre, la France, et si vous vouliez bien, l’Angleterre voudrait aussi. Je reconnais que votre Empereur avait raison de me dire qu’il avait mené. Il a mené, il mène et il pourrait mener longtemps. Il devrait bien mener à un congrès. Adieu. Adieu.

Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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112. Schlangenbad le 10 août 1854

J’ai eu votre lettre du 6. J'en ai eu d’autres aussi. Vos propositions nous seront transmises par Vienne. C’est les points que je crois vous avoir indiquer. Cela implique le protectorat autrichien dans les provinces du Danube ?
Egalité de force dans la mer noire, renonciation de notre part à tout droit de protection civile ou religieuse dans l’Empire ottoman. En un mot on nous dépouille de toute influence morale en même temps que de tout moyen matériel de peser sur la Turquie, (ne répétez pas ce que je vous dis.) Je pense que cela ne peut pas être accueilli par nous ; cependant c'est beaucoup déjà d’avoir conduit les affaires de telle sorte qu'on puisse très naturellement élever ces conditions. Ah mon dieu que nous avons fait de fautes.
J'ai eu des nouvelles de Morny par mon médecin à Ems. Il a été malade et il reste découragé et inquiet. Je l'exhorte à venir ici. Ces bains sont très calmants, les autres l’irritent. Plombières est impraticable à cause du choléra. Il ne veut pas retourner à Paris par cette même raison aussi et il est vraiment en pauvre état.
Moi aussi je suis mécontente. Aujourd’hui j’ai dû suspendre les bains. Et puis je m'ennuie, je m'ennuie beaucoup. Véritable maladie pire que toutes les autres. Montebello promet toujours de venir, mais il ne vient pas. Le temps est variable et mauvais, je n’ai pas l'humeur aimable. Je vous dis adieu pour me remettre en bonne humeur. Lady Pembroke vient d’arriver cela annonce sans doute son frère le prince Woronsow.

Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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113 Schlangenbad le 11 août 1854

Je ne suis pas de votre avis sur la lettre de votre Empereur à propos de la marche des troupes. Je trouve qu'il a très bien fait de lui donner de la publicité. L’adrection est juste et méritée, il est fort bon qu'on la connaisse. Cela peut incommoder quelques généraux, cela plaira au soldat et au public. Voilà le roi de Saxe mort d'un accident bien rare. C’est un événement. Il était dans la politique prussienne tout à fait & avec les trois autres rois fort bien disposé pour la Russie. On ne pas qui lui succédera. Son frère n’est pas propre à gouverner, un savant qui sait tout excepté le métier de roi, distrait, étrange. Il est probable qu'il abdiquera en faveur de son fils le Prince Albert qui a épousé une wasa. Ce prince Albert est tout-à-fait autrichien, et voilà ce qui ferait l’événement. On vient de donner au Prince Gortchakoff, le diplomate, le St Alexandre. Il n'y a que quatre semaines, pas même qu'il est à Vienne. Il faut donc qu'il ait fait quelque chose de considérable. ce doit être du bon, je voudrais bien le connaitre.
Lady Pembroke attend son frère le 15, toute sa famille arrive, les clan William, les Duccessione. Les Deverey, les Bruce. Tout cela reste ici au moins trois semaines. Nicolas Pahlen va venir, son frère est déjà ici, une vieille connaissance à moi, que je n’avais pas vu depuis l’année 18. Pas aussi agréable que Nicolas mais très bien. Tout cela fera du monde. Lady Pembroke est dans le désespoir de la guerre, elle en veut beaucoup à son fils de rester dans le ministère. Adieu. Adieu.
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