La correspondance inédite du géomètre Gaspard Monge (1746-1818)

La correspondance inédite du géomètre Gaspard Monge (1746-1818)


189. Monge à Dolomieu


Auteur : Monge, Gaspard
Collection : 1798-1799 : Le voyage de Civitavecchia à Malte. l'expédition d'Égypte et le retour en France. Prairial an VI – nivôse an VIII  - Voir les autres notices de cette collection

Transcription & Analyse

Transcription linéaire de tout le contenu :
Au Caire, le 16 fructidor de l'an VI
 
Je ne sais, mon cher collègue,[1] si vous avez appris que l'Institut du Caire est établi, que nous avons déjà tenu deux séances, outre celle de l'établissement, et que nous attendons avec impatience que vous soyez enfin réuni avec nous, pour lui donner plus de lustre et plus d'activité.[2]
J'ai lu votre lettre au général en chef. Vous devez avoir reçu de l'argent pour mettre la Commission des Arts un peu moins mal à l'aise.[3] Il vous conseille d'arriver le plus promptement possible au Caire où nous avons en logement et en subsistances ce qu'on peut raisonnablement désirer.[4] Quant aux gros effets, et même les imprimeries, ne pourrait-on les faire venir à Rahmanieh par le canal d'Alexandrie, en les chargeant sur de petites djermes,[5] ou sur les chaloupes des bâtiments du convoi, et en les faisant escorter par un ou deux bataillons qui viendraient d'Alexandrie au Caire ?[6] C'est du moins l'avis du Général en chef. Mais si l'on prend ce parti, il faut une escorte assez forte, et qui ne se laisse pas intimider par une troupe de Bédouins qui ne sont eux-mêmes pas très braves.[7]
Tout le monde se porte ici à merveille : l'air y est parfaitement sain, les chaleurs qui n'ont jamais été très redoutables, commencent à baisser, et je commence à croire que si nous sommes destinés à prolonger notre séjour dans ce pays, on peut s'arranger de façon à n'être pas malheureux.
Je vous embrasse tendrement et vous attends.
Salut et fraternité.
Monge
 
 

[1] Déodat Guy Sylvain Tancrède de Gratet de DOLOMIEU (1750-1801) est encore à Alexandrie. Les soldats débarquent à Alexandrie le 1er juillet 1798, les savants eux débarquent le 4 juillet. Les savants sont partagés en trois groupes, le premier reste à Alexandrie, ville de leur arrivée, le deuxième part en exploration pour Rosette et le troisième constitué notamment de Monge et de Berthollet suit l’armée et le général Bonaparte. 

[2] Après la victoire des Pyramides le 3 thermidor an VI [ 21 juillet 1798], Le Caire capitule le 4 thermidor [22 juillet] et Napoléon entre dans la ville le 6 [24]. Par un arrêté du 3 fructidor an VI [20 août 1798], Bonaparte ordonne l’établissement de l’Institut d’Égypte, institut pour les Sciences et les Arts. La première séance a eu lien le 6 fructidor [23 août 1798] et la deuxième 5 jours plus tard le 11 fructidor. C’est lors de cette séance que Monge lit son Mémoire sur le phénomène d’Optique, connu sous le nom de Mirage publié ensuite en 1798 dans le numéro deux de La Décade Égyptienne. (Vol. I. pp. 37-46) Le 16 fructidor, date à laquelle Monge écrit à Dolomieu a lieu la troisième séance. L’Institut se rassemble tous les cinq jours les primidi et sextidi de chaque décade. Sur les premières séances de l’Institut voir la Décade égyptienne, journal littéraire et d’économie politique, Premier volume, 1798.

[3] Bonaparte charge Monge de régler les affaires relatives aux activités des savants en Égypte. 

[4] Au Caire, les savants et les artistes sont logés au Palais de Kacim Bey ainsi que dans le Palais contigü d'Hassan Bey et dans deux autres maisons attenantes; un jardin immense agrémente cet ensemble qui constitue le Quartier-Général des Sciences et des Arts. Y sont aussi installés progressivement une volière, une ménagerie, un jardin d'essai, puis un cabinet de physique, un laboratoire de chimie, un cabinet d'histoire naturelle, auxquels vont encore s’ajouter d'autres aménagements et des collections; comme un observatoire et des ateliers de mécanique qui apportent les perfectionnements aux outillages industriel ou agricole du pays, comme aux instruments de travail de la colonie savante de Kacim bey. BEAUCOUR F. (1970), « L’institut d’Égypte », Souvenir napoléonien, n°255, p. 11-13.

[5] Petit navire de cabotage le long des côtes d’Alexandrie et du Nil.

[6] En utilisant les chaloupes des vaisseaux qui ont un tirant d’eau permettant de naviguer sur le canal d’Alexandrie, l’équipement de l’Institut peut être conduit jusqu’à Rahmanieh pour ensuite être acheminé sur le Nil de Rahmanieh au Caire.

[7] Voir lettres n°192 et 195 sur le transport d’Alexandrie au Caire des imprimeries, des instruments et des ouvrages. Tout cela arrivera deux jours avant la révolte du Caire le 30 vendémiaire an VII [20 octobre 1798].

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Analyse : Transcription établie par René Taton.

Relations entre les documents


Collection 1798-1799 : Le voyage de Civitavecchia à Malte. l'expédition d'Égypte et le retour en France. Prairial an VI – nivôse an VIII

        Ce document relation :
       
192. Monge à sa femme Catherine Huart

Collection 1795-1796 : Les débuts de l’École polytechnique. Fin de la Convention et premiers mois du Directoire. Thermidor an III - pluviôse an IV

       
5. Monge à son gendre Nicolas-Joseph Marey
        a pour thème Institut d'Egypte comme ce document

Collection 1798-1799 : Le voyage de Civitavecchia à Malte. l'expédition d'Égypte et le retour en France. Prairial an VI – nivôse an VIII

       
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Autres relations : Sur les activités de l'Institut du Caire voir les lettres n°192 et 195.
Notice créée par Marie Dupond Notice créée le 12/01/2018 Dernière modification le 20/02/2020