Votre recherche dans le corpus : 292 résultats dans 6062 notices du site.Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix (1850-1857 : Une nouvelle posture publique établie, académies et salons)
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26. Val-Richer, Mardi 12 juin 1855, François Guizot à Dorothée de Lieven
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
26 Val Richer, Mardi 12 Juin 1855
4 heures
Je ne m'étonne pas que vous n’appreniez rien. Il n’y a plus de nouvelles que celles du canon, et celles-là, on n'en sait rien, et on n'en raisonne pas d'avance, comme de ce qui se passe dans une conférence. Le général Pélissier a certainement donné à la guerre une forte impulsion. S’il prend Sébastopol, il y ramassera le bâton du Maréchal St Arnaud. Sébastopol pris, regardera-t-on sa ruine comme une limitation suffisante à votre prépotence dans la mer Noire ? C'était l’avis de Lord Lansdowne au mois d'Octobre dernier, à Bruxelles. Mais je doute que ce soit aujourd’hui l’avis de Lord Palmerston. Je ne demande pas mieux que de me tromper.
Je viens de me promener. Le temps est d’une douceur extrême un peu voilé, mais vraiment chaud. Je n'ose pourtant pas encore m'asseoir longtemps dehors, et quand j’ai marché une heure, je suis fatigué. Je n’ai plus de mal, je dors, je mange ; il faudra bien que la force me revienne. J’ai recommencé aujourd’hui à ne plus déjeuner et dîner dans mon cabinet. On n'est guéri que lorsqu’on rentre dans la vie commune.
Je ne comprenais pas pourquoi les Holland n'allaient pas à la cour. Rien ne les gêne, ce me semble, pour concilier tous les sentiments. Sir Henry Ellis est-il toujours à Paris ? Si vous le voyez, soyez assez bonne, je vous prie pour me rappeler à son souvenir. Et faites moi la grâce, auprès de toutes les personnes que vous voyez, et qui se sont préoccupées de ma santé de les remercier de ma part en leur disant que je vais bien.
Si j'étais à Paris et bien portant, j'irais peut-être voir Mlle Ristori. Mon fils, qui est un connaisseur, l'admire beaucoup.
J’aime à voir lever les soleils. Je suis pourtant si désa coutumé du spectacle que, lorsqu’il m’arrive d’y aller, je le trouve toujours mauvais. Rien ne me satisfait. Dans la solitude, on perd toute complaisance pour la routine, et le goûtdevient plus difficile. C'est ce qui m’arrive pour la politique. Il n’y a rien de tel que d'être spectateur pour être sévère.
4 heures
Je ne m'étonne pas que vous n’appreniez rien. Il n’y a plus de nouvelles que celles du canon, et celles-là, on n'en sait rien, et on n'en raisonne pas d'avance, comme de ce qui se passe dans une conférence. Le général Pélissier a certainement donné à la guerre une forte impulsion. S’il prend Sébastopol, il y ramassera le bâton du Maréchal St Arnaud. Sébastopol pris, regardera-t-on sa ruine comme une limitation suffisante à votre prépotence dans la mer Noire ? C'était l’avis de Lord Lansdowne au mois d'Octobre dernier, à Bruxelles. Mais je doute que ce soit aujourd’hui l’avis de Lord Palmerston. Je ne demande pas mieux que de me tromper.
Je viens de me promener. Le temps est d’une douceur extrême un peu voilé, mais vraiment chaud. Je n'ose pourtant pas encore m'asseoir longtemps dehors, et quand j’ai marché une heure, je suis fatigué. Je n’ai plus de mal, je dors, je mange ; il faudra bien que la force me revienne. J’ai recommencé aujourd’hui à ne plus déjeuner et dîner dans mon cabinet. On n'est guéri que lorsqu’on rentre dans la vie commune.
Je ne comprenais pas pourquoi les Holland n'allaient pas à la cour. Rien ne les gêne, ce me semble, pour concilier tous les sentiments. Sir Henry Ellis est-il toujours à Paris ? Si vous le voyez, soyez assez bonne, je vous prie pour me rappeler à son souvenir. Et faites moi la grâce, auprès de toutes les personnes que vous voyez, et qui se sont préoccupées de ma santé de les remercier de ma part en leur disant que je vais bien.
Si j'étais à Paris et bien portant, j'irais peut-être voir Mlle Ristori. Mon fils, qui est un connaisseur, l'admire beaucoup.
J’aime à voir lever les soleils. Je suis pourtant si désa coutumé du spectacle que, lorsqu’il m’arrive d’y aller, je le trouve toujours mauvais. Rien ne me satisfait. Dans la solitude, on perd toute complaisance pour la routine, et le goûtdevient plus difficile. C'est ce qui m’arrive pour la politique. Il n’y a rien de tel que d'être spectateur pour être sévère.
Mercredi 13 10 heures
Je viens de me lever. Ma nuit a été très bonne. Je me sens bien ce matin. Dans quelques jours, ce sera moi qui vous demanderai de la force. Quel orage, cette nuit !
J'écrirai quelques lignes à Carrera. Soyez assez bonne pour me dire, s’il loge aux Tuileries.
Adieu, Adieu. G.
27. Val-Richer, Mercredi 13 juin 1855, François Guizot à Dorothée de Lieven
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
27 Val Richer Mercredi 13 Juin 1855
Cinq heures
Les pertes sont certainement bien grandes de part et d'autre. On m'envoie une lettre d’un jeune capitaine d'infanterie qui dit qu’en vingt jours, dans un corps qui comptait une centaine d'officiers, 32 ont été qui hors de combat. Du reste plein d’entrain et d’espoir. Vous pourriez fort bien avoir raison quant au commandement unique. Grande faiblesse du gouvernement Anglais, s’il y laisse arriver de la sorte le général Pélissier, n'osant pas rappeler Lord Raglan et n'ayant pas de quoi le remplacer. Qu’arriverait-il si, après vous avoir chassés de Crimée, en l'occupant fortement, et en vous fermant l’isthme de Pénékop, on se contentait d'ailleurs de vous faire la guerre maritime, et de posséder la mer noire et la Baltique, vous laissant la charge de prendre l'offensive pour rentrer en Crimée ou la triste apparence d’y renoncer ?
Je viens d'écrire à Carrera. Ne sachant pas son adresse et ne voulant pas attendre votre réponse, de peur que son Roi ne parte, je joins ici ma lettre. Seriez-vous assez bonne pour la faire tout simplement mettre à sa porte ? Je ne sais pas non plus qu’elle est maintenant sa qualité auprès de son Roi, et je n’ai mis sur l'adresse que son nom. Pardon de vous donner cet ennui. La modeste obscurité de Walewski m'étonne un peu. Il faut qu’il croie que cela convient à son maître. On est du reste enclin à être bien pour lui, dans son département, tant son prédécesseur y est peu regretté.
Cinq heures
Les pertes sont certainement bien grandes de part et d'autre. On m'envoie une lettre d’un jeune capitaine d'infanterie qui dit qu’en vingt jours, dans un corps qui comptait une centaine d'officiers, 32 ont été qui hors de combat. Du reste plein d’entrain et d’espoir. Vous pourriez fort bien avoir raison quant au commandement unique. Grande faiblesse du gouvernement Anglais, s’il y laisse arriver de la sorte le général Pélissier, n'osant pas rappeler Lord Raglan et n'ayant pas de quoi le remplacer. Qu’arriverait-il si, après vous avoir chassés de Crimée, en l'occupant fortement, et en vous fermant l’isthme de Pénékop, on se contentait d'ailleurs de vous faire la guerre maritime, et de posséder la mer noire et la Baltique, vous laissant la charge de prendre l'offensive pour rentrer en Crimée ou la triste apparence d’y renoncer ?
Je viens d'écrire à Carrera. Ne sachant pas son adresse et ne voulant pas attendre votre réponse, de peur que son Roi ne parte, je joins ici ma lettre. Seriez-vous assez bonne pour la faire tout simplement mettre à sa porte ? Je ne sais pas non plus qu’elle est maintenant sa qualité auprès de son Roi, et je n’ai mis sur l'adresse que son nom. Pardon de vous donner cet ennui. La modeste obscurité de Walewski m'étonne un peu. Il faut qu’il croie que cela convient à son maître. On est du reste enclin à être bien pour lui, dans son département, tant son prédécesseur y est peu regretté.
Jeudi 14 10 heures
Mauvais temps hier 16 degrés Réaumur à mon thermomitre ; ce matin 8 et demie. Je l’ai pressenti à une disposition de toux qui m’a repris hier soir. Il n'en a rien été cette nuit. J'ai bien dormi et je me sens bien ce matin. Mais je suis encore bien susceptible. Je suis charmé que la séance de l'Académie soit fixée au 28. Je me soigne pour pouvoir aller à Paris. Je l’espère tout-à-fait. Mais il me faut certainement le chemin de fer. Chasseloup me l'a déjà fait offrir quand je voudrais avant le 1er Juillet. Je vous en parlerai demain. Adieu, Adieu. G.
27. Paris, Jeudi 14 juin 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
27. Paris le 14 juin 1855
Morny et Noailles se sont rencontrés chez moi hier. L’Académie a été le topik.
Morny est très bien, net et judicieux sur cela comme sur autre chose. Il a proposé au duc de Noailles d’aller expli quer l’affaire à l’Empereur. Il a volontiers accepté, il est donc probable que cela aura lieu, mais le duc s’est refusé à votre lettre du 3 juin qu’il trouve excellente, je ne l’avais montrée qu’à Fould. Morny l'a lue hier attentivement elle lui semble si bonne & si bien qu’il voulait me l’enlever pour la montrer au maître. Je m'y suis refusée. Je ne veux pas que mon nom soit mêlé à une affaire quelleconque. Mais voici ce que vous ferez. Vous écrirez à Morny une lettre copie exacte de celle que je vous renvoye, il l’a trouvée admirable, et [?] et concluante et enlevante. (Je ne sais si cela se dit.) Vous y mettrez quelques mots à l’adresse de l’Empereur & de Morny, comme vous savez les dire. Du reste n’omettez rien de ce que vous dites dans le N° 18. J’ai marqué les passages qui lui ont le plus plu, et qu'il faut sur tout conserver. Le conseil que je vous donne est le bon. Ceci m’a rappellé vos conseils à Bruxelles.
Cette lettre n'étant à autre fin je vous dis Adieu.
Morny et Noailles se sont rencontrés chez moi hier. L’Académie a été le topik.
Morny est très bien, net et judicieux sur cela comme sur autre chose. Il a proposé au duc de Noailles d’aller expli quer l’affaire à l’Empereur. Il a volontiers accepté, il est donc probable que cela aura lieu, mais le duc s’est refusé à votre lettre du 3 juin qu’il trouve excellente, je ne l’avais montrée qu’à Fould. Morny l'a lue hier attentivement elle lui semble si bonne & si bien qu’il voulait me l’enlever pour la montrer au maître. Je m'y suis refusée. Je ne veux pas que mon nom soit mêlé à une affaire quelleconque. Mais voici ce que vous ferez. Vous écrirez à Morny une lettre copie exacte de celle que je vous renvoye, il l’a trouvée admirable, et [?] et concluante et enlevante. (Je ne sais si cela se dit.) Vous y mettrez quelques mots à l’adresse de l’Empereur & de Morny, comme vous savez les dire. Du reste n’omettez rien de ce que vous dites dans le N° 18. J’ai marqué les passages qui lui ont le plus plu, et qu'il faut sur tout conserver. Le conseil que je vous donne est le bon. Ceci m’a rappellé vos conseils à Bruxelles.
Cette lettre n'étant à autre fin je vous dis Adieu.
28. Val-Richer, Jeudi 14 juin 1855, François Guizot à Dorothée de Lieven
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
28 Val Richer, Jeudi 14 Juin 1855
cinq heures
Je viens d'écrire à Chasseloup Laubat pour lui demander s’il peut exécuter le lundi 25, ou le mardi 26 de ce mois l’offre très courtoise qu’il avait faite à mon fils de me faire prendre à Lisieux, par un train du chemin de fer avant qu’il fût ouvert au public. Je me tiens pour sûr que le 25 ou le 26, je serai parfaitement en état de faire cette course par cette voie. Charmante perspective ! Nous passerons la semaine au moins ensemble, et je reviendrai ici, après le 1er Juillet, quand le chemin de fer sera ouvert à tout le monde.
Que de choses à nous dire ? Moi aussi je désire que la querelle de l'Académie soit vidée avant la séance. Cela doit convenir à tout le monde, car il y aura, sans cela, des ennuis pour tout le monde. Il est bon que le jour de la séance soit fixé, et qu’il y ait nécessité de se décider. La sagesse des hommes devance bien rarement la nécessité.
Voilà plusieurs des journaux Anglais déjà décidés à vous demander une large indemnité de guerre quand vous serez bien battus. Si cette idée s’établit, elle peut devenir un gros embarras. Les publics démocratiques sont très enclin à accueillir cette espérance de recouvrer quelque chose de ce que la guerre leur a couté. Dans ma très petite campagne contre le Maroc, j’ai eu grand peine à me faire pardonner d'avoir fait la paix sans exiger une indemmité de guerre. Il est vrai que j’avais affaire à des Chambres. Mais il y en a à Londres, et elles pourraient bien avoir la même fantaisie.
10 heures
Votre N°29 est triste et m'attriste. Enfin nous causerons bientôt. J’espère que Chasseloup maintiendra son offre. Si vous avez, par Duchâtel ou autre, quelque moyen indirect de l’y encourager, ce sera peut-être utile. Adieu, adieu.
cinq heures
Je viens d'écrire à Chasseloup Laubat pour lui demander s’il peut exécuter le lundi 25, ou le mardi 26 de ce mois l’offre très courtoise qu’il avait faite à mon fils de me faire prendre à Lisieux, par un train du chemin de fer avant qu’il fût ouvert au public. Je me tiens pour sûr que le 25 ou le 26, je serai parfaitement en état de faire cette course par cette voie. Charmante perspective ! Nous passerons la semaine au moins ensemble, et je reviendrai ici, après le 1er Juillet, quand le chemin de fer sera ouvert à tout le monde.
Que de choses à nous dire ? Moi aussi je désire que la querelle de l'Académie soit vidée avant la séance. Cela doit convenir à tout le monde, car il y aura, sans cela, des ennuis pour tout le monde. Il est bon que le jour de la séance soit fixé, et qu’il y ait nécessité de se décider. La sagesse des hommes devance bien rarement la nécessité.
Voilà plusieurs des journaux Anglais déjà décidés à vous demander une large indemnité de guerre quand vous serez bien battus. Si cette idée s’établit, elle peut devenir un gros embarras. Les publics démocratiques sont très enclin à accueillir cette espérance de recouvrer quelque chose de ce que la guerre leur a couté. Dans ma très petite campagne contre le Maroc, j’ai eu grand peine à me faire pardonner d'avoir fait la paix sans exiger une indemmité de guerre. Il est vrai que j’avais affaire à des Chambres. Mais il y en a à Londres, et elles pourraient bien avoir la même fantaisie.
10 heures
Votre N°29 est triste et m'attriste. Enfin nous causerons bientôt. J’espère que Chasseloup maintiendra son offre. Si vous avez, par Duchâtel ou autre, quelque moyen indirect de l’y encourager, ce sera peut-être utile. Adieu, adieu.
29. Paris, Jeudi 14 juin 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
29. Paris jeudi 14 juin 1855
Molé est arrivé hier, il est venu chez moi le soir. Il va je crois faire une course en Allemagne ; à Bade à ce qu'il dit, pour 15 jours ou trois semaines. Une idée toute nouvelle et drôle, pour lui qui prétendait qu’il ne se réunirait plus & qu'à notre âge, il faut surtout rester tranquille. Il a très bonne mine.
Le duc de Broglie aussi est venu hier soir, il part Samedi. Il veut revenir pour la séance. Tout le monde s’étonne que je ne fasse rien de mon été. Je crois que j’en suis étonné moi même. Mais il m’est impossible de me décider, je ne puis pas me tirer de mon repos.
Je tousse toujours. Oliffe dit que je ne me guérirai pas de cela. Il craint pour moi l'hiver prochain, et a l'air bien décidé de me le faire passer à Nice ! Belle perspective ! Je tourne à la mélancolie ; je ne le montre pas, mais je le sens.
Il n’y a toujours pas de nouvelle. au palais des Carrera loge Tuileries. Je crois qu’ils vont partir sous peu de jours. Voilà ma lettre aujourd’hui ! Il ne vaut guère la peine de vous l’envoyer. Je vous dis adieu, parce que je suis triste.
Molé est arrivé hier, il est venu chez moi le soir. Il va je crois faire une course en Allemagne ; à Bade à ce qu'il dit, pour 15 jours ou trois semaines. Une idée toute nouvelle et drôle, pour lui qui prétendait qu’il ne se réunirait plus & qu'à notre âge, il faut surtout rester tranquille. Il a très bonne mine.
Le duc de Broglie aussi est venu hier soir, il part Samedi. Il veut revenir pour la séance. Tout le monde s’étonne que je ne fasse rien de mon été. Je crois que j’en suis étonné moi même. Mais il m’est impossible de me décider, je ne puis pas me tirer de mon repos.
Je tousse toujours. Oliffe dit que je ne me guérirai pas de cela. Il craint pour moi l'hiver prochain, et a l'air bien décidé de me le faire passer à Nice ! Belle perspective ! Je tourne à la mélancolie ; je ne le montre pas, mais je le sens.
Il n’y a toujours pas de nouvelle. au palais des Carrera loge Tuileries. Je crois qu’ils vont partir sous peu de jours. Voilà ma lettre aujourd’hui ! Il ne vaut guère la peine de vous l’envoyer. Je vous dis adieu, parce que je suis triste.
30. Paris, Vendredi 15 juin 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
30. Paris le 15 juin 1855
Voilà du bien mauvais temps. Il faisait plus beau que cela il y a 50 ans à Châtenay. Qu'il y a loin de cela. Ah comme la vie passe ! J’ai appris hier que vous n’avez pas reçu encore mon N°27. Il vous arrivera cependant.
L'Empereur recevra le duc de Noailles quand il aura pris lecture d'un mémoire que lui prépare son Ministre plus je pense à Molé et plus je trouve drôle qu'il fasse un coup de tête. C’est demain je crois qu'il veut partir. J’ai dit au duc de Noailles, ce que j’en pensais. Mais je n’ai pas à me mêler des affaires de Molé s’il ne m'en parle pas.
On s’étonne extrêmement ici de la facilité avec la quelle nous abandonnons toutes nos places. J'en suis honteuse, et notre pavillon que nous mettons partout en poche. Heureusement que nous nous tenons bien à Sébastopol, mais cela ne pourra plus être long.
Je viens d'envoyer votre lettre à Carreira. On dit que l’Empereur a trouvé les vêpres siciliennes un spectacle inconvenant. C’est parfaitement vrai. Les Français massacrés. Mais on savait l’histoire, il ne fallait pas laisser monter cet opéra ici.
L. Greville me mande qu'il sera ici demain. On le dit bien changé. Point de nouvelles. Que dites-vous des protocoles de clôture. J’ai trouvé Bourqueney très irrité & que querelleur Il me semble que l’affaire était si facile à arranger. Adieu. Adieu.
Voilà du bien mauvais temps. Il faisait plus beau que cela il y a 50 ans à Châtenay. Qu'il y a loin de cela. Ah comme la vie passe ! J’ai appris hier que vous n’avez pas reçu encore mon N°27. Il vous arrivera cependant.
L'Empereur recevra le duc de Noailles quand il aura pris lecture d'un mémoire que lui prépare son Ministre plus je pense à Molé et plus je trouve drôle qu'il fasse un coup de tête. C’est demain je crois qu'il veut partir. J’ai dit au duc de Noailles, ce que j’en pensais. Mais je n’ai pas à me mêler des affaires de Molé s’il ne m'en parle pas.
On s’étonne extrêmement ici de la facilité avec la quelle nous abandonnons toutes nos places. J'en suis honteuse, et notre pavillon que nous mettons partout en poche. Heureusement que nous nous tenons bien à Sébastopol, mais cela ne pourra plus être long.
Je viens d'envoyer votre lettre à Carreira. On dit que l’Empereur a trouvé les vêpres siciliennes un spectacle inconvenant. C’est parfaitement vrai. Les Français massacrés. Mais on savait l’histoire, il ne fallait pas laisser monter cet opéra ici.
L. Greville me mande qu'il sera ici demain. On le dit bien changé. Point de nouvelles. Que dites-vous des protocoles de clôture. J’ai trouvé Bourqueney très irrité & que querelleur Il me semble que l’affaire était si facile à arranger. Adieu. Adieu.
31. Paris, Samedi 16 juin 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
31 Paris le 16 juin 1855
Ah que je vais être contente le 25 ou le 26 ! Je ferai parler à Chasseloup si j’ai par qui. Mon 27 n’a pas pu vous arriver. Le paquet était trop lourd. Vous renverrez aujourd'hui l’équivalent par une autre voix.
Je vous ai dit je crois combien Morny & le duc de Noailles avaient trouvé votre N°17 excellent. On voulait me l’enlever. Je n’ai pas voulu. Je ne suis pas ici pour être mêlée à quoique ce soit.
Je n’ai pas revu Molé hier ce qui m'étonne, car c’est aujourd’hui qu’il veut partir. Je persiste dans ma critique mais je ne le dis qu’au Duc de Noailles qui est tout cousu de rétiscences. J'ai encore revu Morny hier. On dit dans le monde qu'il est devenu bien belliqueux depuis que les affaires vont bien.
J’ai lu à Hatzfeld un passage d'une de vos lettres où vous parlez bien de son roi. Je ne manque jamais les bons comérages. Je n’ai pas reçu Hubner. Il fait aussi froid qu'en novembre. J’espère que vous savez cela. Adieu. Adieu.
Ah que je vais être contente le 25 ou le 26 ! Je ferai parler à Chasseloup si j’ai par qui. Mon 27 n’a pas pu vous arriver. Le paquet était trop lourd. Vous renverrez aujourd'hui l’équivalent par une autre voix.
Je vous ai dit je crois combien Morny & le duc de Noailles avaient trouvé votre N°17 excellent. On voulait me l’enlever. Je n’ai pas voulu. Je ne suis pas ici pour être mêlée à quoique ce soit.
Je n’ai pas revu Molé hier ce qui m'étonne, car c’est aujourd’hui qu’il veut partir. Je persiste dans ma critique mais je ne le dis qu’au Duc de Noailles qui est tout cousu de rétiscences. J'ai encore revu Morny hier. On dit dans le monde qu'il est devenu bien belliqueux depuis que les affaires vont bien.
J’ai lu à Hatzfeld un passage d'une de vos lettres où vous parlez bien de son roi. Je ne manque jamais les bons comérages. Je n’ai pas reçu Hubner. Il fait aussi froid qu'en novembre. J’espère que vous savez cela. Adieu. Adieu.
29. Val-Richer, Samedi 16 juin 1855, François Guizot à Dorothée de Lieven
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
29 Val Richer, Samedi 16 Juin 1855
8 heures
Je cesse de me lever tard. Je dors très bien la nuit et je ne sens plus le besoin de me reposer encore le matin. J’ai repris hier aussi, mon travail. A moins d'accident bien imprévu, et que je ne provoquerai par aucune imprudence, je serai parfaitement en état d'aller vous voir le 25. J’attends impatiemment la réponse de Chasseloup. J'espère qu’il n’est pas Gascon.
Nous causerons de votre toux et de l'hiver prochain. Avez-vous revu Andral et vous a-t-il dit quelque chose de l’idée d'Oliffe ? Il faudra faire tout ce qui sera nécessaire ; mais j’ai grand peine à croire que, pour une toux qui n’est l'effet que de la fatigue, et de l’âge, qui ne tient à aucun mal organique, le repos et les soins de Paris, l'excellente et toujours égale température de votre appartement, et le mouvement doux de la société de vos amis ne vaillent pas mieux qu’un changement de climat.
Le Rapport de l’amiral Bruat est curieux. un peu dur pour vous. La résistance n’a pas été ce qu’on attendait. J’avais été frappé du rapport du général Wrangel qui avait un air de trouble ; surtout par sa grande exagération des forces ennemies. Evidemment vos forces à vous n'étaient pas grandes sur ce point.
Avez-vous remarqué le discours du Prince Albert au dîner de la corporation de la Trinité ? Très sensé et opportun sur les difficultés de la guerre et de la politique actuelles, mais sans indécision ni inquiétude. Palmerston a dû en être fort content. Je n'ai encore vu que de court extraits du Protocole final de la conférence de Vienne. Je pense qu’on le publiera tout entier. J’en suis curieux. Il me paraît que chacun des plénipotentiaires a longuement parlé pour bien déterminer sa position au moment de la rupture. Croit-on à une réduction notable de l’armée Autrichienne.
4 heures
Le temps s'améliore. Il fait chaud ce matin et chaud sans pluie. Mais il n’y a point de beau temps qui vaille celui de Châtenay, il y a 18 ans. surtout quand nous sommes séparés. Ensemble, tout est bon. Adieu, adieu. Mon facteur est pressé. G.
8 heures
Je cesse de me lever tard. Je dors très bien la nuit et je ne sens plus le besoin de me reposer encore le matin. J’ai repris hier aussi, mon travail. A moins d'accident bien imprévu, et que je ne provoquerai par aucune imprudence, je serai parfaitement en état d'aller vous voir le 25. J’attends impatiemment la réponse de Chasseloup. J'espère qu’il n’est pas Gascon.
Nous causerons de votre toux et de l'hiver prochain. Avez-vous revu Andral et vous a-t-il dit quelque chose de l’idée d'Oliffe ? Il faudra faire tout ce qui sera nécessaire ; mais j’ai grand peine à croire que, pour une toux qui n’est l'effet que de la fatigue, et de l’âge, qui ne tient à aucun mal organique, le repos et les soins de Paris, l'excellente et toujours égale température de votre appartement, et le mouvement doux de la société de vos amis ne vaillent pas mieux qu’un changement de climat.
Le Rapport de l’amiral Bruat est curieux. un peu dur pour vous. La résistance n’a pas été ce qu’on attendait. J’avais été frappé du rapport du général Wrangel qui avait un air de trouble ; surtout par sa grande exagération des forces ennemies. Evidemment vos forces à vous n'étaient pas grandes sur ce point.
Avez-vous remarqué le discours du Prince Albert au dîner de la corporation de la Trinité ? Très sensé et opportun sur les difficultés de la guerre et de la politique actuelles, mais sans indécision ni inquiétude. Palmerston a dû en être fort content. Je n'ai encore vu que de court extraits du Protocole final de la conférence de Vienne. Je pense qu’on le publiera tout entier. J’en suis curieux. Il me paraît que chacun des plénipotentiaires a longuement parlé pour bien déterminer sa position au moment de la rupture. Croit-on à une réduction notable de l’armée Autrichienne.
4 heures
Le temps s'améliore. Il fait chaud ce matin et chaud sans pluie. Mais il n’y a point de beau temps qui vaille celui de Châtenay, il y a 18 ans. surtout quand nous sommes séparés. Ensemble, tout est bon. Adieu, adieu. Mon facteur est pressé. G.
32. Paris, Dimanche 17 juin 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
32 Paris Dimanche le 17 Juin 1855
Vous êtes à mille lieues de Paris si vous avez pu avoir chaud depuis 3 jours que nous sommes ici à 8 degrès seulement, et des déluges de pluie & tempête. C’est abominable, et pourtant j'en suis bien aise, point de regret de la campagne. Mais viennent les beaux jours, et comme je deviendrai féroce.
Molé est parti hier soir. Je ne l’ai pas revu. Il a dit une absence de 15 jours. Duchatel part demain. Il reviendra pour le 30 l’élection de de M. de Lavergne. Dumon a la scarlatine dans la maison. Je ne le recevrai pas. Viel Castel part demain, Montebello aussi, il ne me reste rien que le duc de Noailles pour quelques jours encore. Avez-vous dans votre bibliothèque Les Mémoires de Dartagnan ? On dit que cela m'amuserait. Je vais faire reporter chez vous tous vos livres, je les ai lus, je suis à sec.
Hubner est venu hier. Doux, promettant la paix pour la fin de l'été ; quelle bêtise ! Il ne m’a pas dit de nouvelle. Greville est arrivé. Je vais le voir. C'est le duc de Noailles qui s’est chargé d’épéronner Chasseloup. Duchatel ne le voit pas, d’ailleurs, il part. Interrompue par Greville. Adieu. Adieu.
Vous êtes à mille lieues de Paris si vous avez pu avoir chaud depuis 3 jours que nous sommes ici à 8 degrès seulement, et des déluges de pluie & tempête. C’est abominable, et pourtant j'en suis bien aise, point de regret de la campagne. Mais viennent les beaux jours, et comme je deviendrai féroce.
Molé est parti hier soir. Je ne l’ai pas revu. Il a dit une absence de 15 jours. Duchatel part demain. Il reviendra pour le 30 l’élection de de M. de Lavergne. Dumon a la scarlatine dans la maison. Je ne le recevrai pas. Viel Castel part demain, Montebello aussi, il ne me reste rien que le duc de Noailles pour quelques jours encore. Avez-vous dans votre bibliothèque Les Mémoires de Dartagnan ? On dit que cela m'amuserait. Je vais faire reporter chez vous tous vos livres, je les ai lus, je suis à sec.
Hubner est venu hier. Doux, promettant la paix pour la fin de l'été ; quelle bêtise ! Il ne m’a pas dit de nouvelle. Greville est arrivé. Je vais le voir. C'est le duc de Noailles qui s’est chargé d’épéronner Chasseloup. Duchatel ne le voit pas, d’ailleurs, il part. Interrompue par Greville. Adieu. Adieu.
30. Val-Richer, Dimanche 17 juin 1855, François Guizot à Dorothée de Lieven
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
30 Val Richer, Dimanche 17 Juin 1855
Le protocole de clôture est triste à lire. Des deux côtés un parti pris. Il y a trop de paroles pour une telle situation. Celles de Bourqueney sont sèches ; celles du Prince Gortschakoff pas nettes. Les plénipotentiaires avaient-ils réellement envie que la négociation se prolongeât, ou bien est-ce uniquement par égard pour l’Autriche qu’ils se sont montrés disposés à admettre l'art 2 de sa nouvelle proposition comme base de négociation sur le 3e point ? Je ne vois pas bien. A en juger par les apparences, il semble qu’on eût pu vous amener à admettre en fait, dans une négociation séparée avec la Porte, cette limitation mutuelle des forces navales des deux Etats dans la mer Noire que vous vous êtes absolument refusés à admettre en principe dans la négociation avec l'Europe. Si cette chance existait, on ne s’y est pas bien pris pour la réaliser, les ménagements de procédé et le habilités de rédaction ont manqué. Si au lieu d’une chance, il n’y avait là qu’un leurre, on a bien fait de ne pas s’y laisser prendre et d'en finir. Il n’y a pas moyen de juger de cela de loin et d'après les papiers seuls. Voilà les Piémontais qui commencent à prendre leur part des pertes et des souffrances. Ils les supporteront bravement. C'est une race ferme, réservée et pleine d'amour propre. Il y a entre le caractère de la nation et celui de la maison de Savoie une analogie frappante.
C'est dommage que le Duc de Noailles, ne puisse pas, comme l'Empereur avoir lu d'avance, le Mémoire de M. Fortoul, en réponse aux réclamations de l'Académie. Je crains un peu l'imprévu des objections et de la discussion. Je connais bien peu l'Empereur ; mais, d'après le peu que j'en connais, je suis convaincu qu'au nom de la politique intelligente, et des anciens droits, ou usages, on peut, dans cette affaire, agir beaucoup sur son esprit qui m’a paru disposé à accueillir les idées et les raisons auxquelles, de lui-même, il n’avait pas pensé.
10 heures
Je répondrai demain au Duc de Noailles. Il m’arrive un tas de lettres ce matin, et deux ou trois auxquelles, il faut que je dise un mot tout de suite. Adieu, Adieu. G.
Le protocole de clôture est triste à lire. Des deux côtés un parti pris. Il y a trop de paroles pour une telle situation. Celles de Bourqueney sont sèches ; celles du Prince Gortschakoff pas nettes. Les plénipotentiaires avaient-ils réellement envie que la négociation se prolongeât, ou bien est-ce uniquement par égard pour l’Autriche qu’ils se sont montrés disposés à admettre l'art 2 de sa nouvelle proposition comme base de négociation sur le 3e point ? Je ne vois pas bien. A en juger par les apparences, il semble qu’on eût pu vous amener à admettre en fait, dans une négociation séparée avec la Porte, cette limitation mutuelle des forces navales des deux Etats dans la mer Noire que vous vous êtes absolument refusés à admettre en principe dans la négociation avec l'Europe. Si cette chance existait, on ne s’y est pas bien pris pour la réaliser, les ménagements de procédé et le habilités de rédaction ont manqué. Si au lieu d’une chance, il n’y avait là qu’un leurre, on a bien fait de ne pas s’y laisser prendre et d'en finir. Il n’y a pas moyen de juger de cela de loin et d'après les papiers seuls. Voilà les Piémontais qui commencent à prendre leur part des pertes et des souffrances. Ils les supporteront bravement. C'est une race ferme, réservée et pleine d'amour propre. Il y a entre le caractère de la nation et celui de la maison de Savoie une analogie frappante.
C'est dommage que le Duc de Noailles, ne puisse pas, comme l'Empereur avoir lu d'avance, le Mémoire de M. Fortoul, en réponse aux réclamations de l'Académie. Je crains un peu l'imprévu des objections et de la discussion. Je connais bien peu l'Empereur ; mais, d'après le peu que j'en connais, je suis convaincu qu'au nom de la politique intelligente, et des anciens droits, ou usages, on peut, dans cette affaire, agir beaucoup sur son esprit qui m’a paru disposé à accueillir les idées et les raisons auxquelles, de lui-même, il n’avait pas pensé.
10 heures
Je répondrai demain au Duc de Noailles. Il m’arrive un tas de lettres ce matin, et deux ou trois auxquelles, il faut que je dise un mot tout de suite. Adieu, Adieu. G.
33. Paris, Lundi 18 juin 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
33 Paris le 18 juin 1855
Voici le plus saillant d'une première conversation avec Greville. La Crimée conquise et on y compte, ou au moins un succés brillant, l'Angleterre ne se contentera pas des conditions qu’elle proposait à Vienne, elle les veut bien plus dures. La guerre de terre finit de ce côté ; on se portera en Asie pour nous prendre la gorge. Est-ce que la France se mêlera de cet intérêt anglais là ?
On ne pense pas à la Pologne. Si on y songeait on aurait toute l’Allemagne sur les bras, & la France songerait au Rhin. Or cela jamais l'Angleterre n'y consentira. Je vous dis l'abrégé. Il y a beaucoup de plus à dire. Je le reverrai aujourd’hui.
Le duc de Noailles va demain à Orléans. Il en revient Mardi. Tout le monde part. Que ferai-je au mois de juillet ? Je frémis d’y songer. Hatzfeld est revenu hier beaucoup plus causant & très sensé. Tous ces Allemands respirent, ils sentent que pour cette année le danger est écarté ! Pas de nouvelle. On en attend de bien grandes. Adieu. Adieu. Morny est parti hier pour sa terre d'Auvergne. Il sera du retour jeudi. Adieu. Tout Paris parle du voyage de Molé & on dit que c’est pour aller trouver le comte de Chambord. On s’étonne fort et on blâme fort.
Voici le plus saillant d'une première conversation avec Greville. La Crimée conquise et on y compte, ou au moins un succés brillant, l'Angleterre ne se contentera pas des conditions qu’elle proposait à Vienne, elle les veut bien plus dures. La guerre de terre finit de ce côté ; on se portera en Asie pour nous prendre la gorge. Est-ce que la France se mêlera de cet intérêt anglais là ?
On ne pense pas à la Pologne. Si on y songeait on aurait toute l’Allemagne sur les bras, & la France songerait au Rhin. Or cela jamais l'Angleterre n'y consentira. Je vous dis l'abrégé. Il y a beaucoup de plus à dire. Je le reverrai aujourd’hui.
Le duc de Noailles va demain à Orléans. Il en revient Mardi. Tout le monde part. Que ferai-je au mois de juillet ? Je frémis d’y songer. Hatzfeld est revenu hier beaucoup plus causant & très sensé. Tous ces Allemands respirent, ils sentent que pour cette année le danger est écarté ! Pas de nouvelle. On en attend de bien grandes. Adieu. Adieu. Morny est parti hier pour sa terre d'Auvergne. Il sera du retour jeudi. Adieu. Tout Paris parle du voyage de Molé & on dit que c’est pour aller trouver le comte de Chambord. On s’étonne fort et on blâme fort.
31. Val-Richer, Lundi 18 juin 1855, François Guizot à Dorothée de Lieven
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
31 Val Richer Lundi 18 Juin 1855
Certainement il fait froid ; 8 degrés Réaumur seulement. Vous voyez que mon thermomètre me sert. Je n’ai pas mis le nez hors de la maison depuis trois jours. Je fais bon feu partout. J’ai chaud, et pourtant je sens qu’il fait froid, et que je fais bien de ne pas sortir. J’ai à la fois le sentiment de la santé qui revient et celui de la susceptibilité qui dure. Singulier mélange. Vous savez que je n’aime pas les sentiments combattus. J’attends impatiemment la réponse de Chasseloup.
Vous avez bien fait de ne pas vous laisser prendre, mon N°17. Vous ne devez, comme vous dites, être mêlée à quoi que ce soit. J’ai fait du reste, au sujet de ce N°, ce qu’on désirait je serai bien aise qu’on s’en serve, s’il peut servir.
L’ordre du jour du général Pélissier à l’armée est remarquable par le ton de fermeté sans vanité et de confiance, sans fanfaronnade. Il n’y a pas plus de phrases que dans ceux du général Canrobert, et ce n'est pas terne du tout. Les rapports des officiers de la marine anglaise sur leur expédition dans la mer d'Azof sont sensés et simples, mais trop longs et sans effet. Si vous avez été forcés de détruire là, comme ils le disent, des approvisionnements de quatre mois pour une armée de 100 000 hommes, ce doit être, pour vous un grand embarras. Si l'Empereur Nicolas, dans ses ouvertures à Sir Hamilton Seymour, a eu pour but, comme on l’a dit, et même, je crois, comme il l’a dit, de résoudre lui-même une question qu’il redoutait pour son fils comme un trop lourd fardeau, il s'est cruellement trompé.
10 heures
Je ne crois pas avoir les mémoires de Dartagnan. Je vais dire à mon fils de s'en assurer. Adieu, Adieu. G.
Certainement il fait froid ; 8 degrés Réaumur seulement. Vous voyez que mon thermomètre me sert. Je n’ai pas mis le nez hors de la maison depuis trois jours. Je fais bon feu partout. J’ai chaud, et pourtant je sens qu’il fait froid, et que je fais bien de ne pas sortir. J’ai à la fois le sentiment de la santé qui revient et celui de la susceptibilité qui dure. Singulier mélange. Vous savez que je n’aime pas les sentiments combattus. J’attends impatiemment la réponse de Chasseloup.
Vous avez bien fait de ne pas vous laisser prendre, mon N°17. Vous ne devez, comme vous dites, être mêlée à quoi que ce soit. J’ai fait du reste, au sujet de ce N°, ce qu’on désirait je serai bien aise qu’on s’en serve, s’il peut servir.
L’ordre du jour du général Pélissier à l’armée est remarquable par le ton de fermeté sans vanité et de confiance, sans fanfaronnade. Il n’y a pas plus de phrases que dans ceux du général Canrobert, et ce n'est pas terne du tout. Les rapports des officiers de la marine anglaise sur leur expédition dans la mer d'Azof sont sensés et simples, mais trop longs et sans effet. Si vous avez été forcés de détruire là, comme ils le disent, des approvisionnements de quatre mois pour une armée de 100 000 hommes, ce doit être, pour vous un grand embarras. Si l'Empereur Nicolas, dans ses ouvertures à Sir Hamilton Seymour, a eu pour but, comme on l’a dit, et même, je crois, comme il l’a dit, de résoudre lui-même une question qu’il redoutait pour son fils comme un trop lourd fardeau, il s'est cruellement trompé.
10 heures
Je ne crois pas avoir les mémoires de Dartagnan. Je vais dire à mon fils de s'en assurer. Adieu, Adieu. G.
34. Paris, Mardi 19 juin 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
34. Paris le 19 juin 1855
Il n’est pas question de rappeller Raglan, non plus que Redcliffe. Cela ira comme cela a été. Any how ! Pleine assurance que Clarendon ne se préterait jamais à des projets de nationalité si même Palmerston y pensait et il n’y pense pas.
Du reste pas de nouvelle découverte dans ma promenade avec G. hier. Véritable goût et affection de toute la famille royale pour l’Empereur & l’Impératrice des détails curieux et intérieurs sur cela.
Le bombardement a commencé le 16 sur toute la ligne, voilà tout ce que je sais. Ah mon Dieu quelle horreur. Je vous remercie de rester chez vous par ce vilain hiver.
J’ai été interrompue par Carreira. Ravie de votre lettre il vous a répondu. Brave excellent homme, & plein d’excellent jugement et d’esprit. Ils partent jeudi, ils verront l’Italie & puis ils s’en reviendront par la Seine en Angleterre & le 15 août à Lisbonne. Le roi entre en possession du gouvernement le 16 septembre.
Autre interruption il faut que je vous dise vite Adieu.
Il n’est pas question de rappeller Raglan, non plus que Redcliffe. Cela ira comme cela a été. Any how ! Pleine assurance que Clarendon ne se préterait jamais à des projets de nationalité si même Palmerston y pensait et il n’y pense pas.
Du reste pas de nouvelle découverte dans ma promenade avec G. hier. Véritable goût et affection de toute la famille royale pour l’Empereur & l’Impératrice des détails curieux et intérieurs sur cela.
Le bombardement a commencé le 16 sur toute la ligne, voilà tout ce que je sais. Ah mon Dieu quelle horreur. Je vous remercie de rester chez vous par ce vilain hiver.
J’ai été interrompue par Carreira. Ravie de votre lettre il vous a répondu. Brave excellent homme, & plein d’excellent jugement et d’esprit. Ils partent jeudi, ils verront l’Italie & puis ils s’en reviendront par la Seine en Angleterre & le 15 août à Lisbonne. Le roi entre en possession du gouvernement le 16 septembre.
Autre interruption il faut que je vous dise vite Adieu.
32. Val-Richer, Mardi 19 juin 1855, François Guizot à Dorothée de Lieven
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
32 Val Richer, Mardi 19 Juin 1855
Ce n’est pas le temps d'aujourd’hui qui vous fera regretter la campagne. Brouillard, pluie et froid. Je ne m'en ressens pas mais à condition de ne pas quitter le coin de mon feu.
Les journaux sont parfaitement vides. Ils attendent, comme nous, les coups de canon, et ne savent pas parler d'autre chose. J'espère pour vous, que Greville ne vient pas à Paris pour trois ou quatre jours seulement. Sa conversation vous intéressera. D’autant que la question, n'en doutez pas, ne se videra qu'à Londres et quand Londres voudra la vider. Pétersbourg ne peut pas avoir la prétention d'être maussade pour Paris quand cela lui plaît, et puis de redevenir aimable, quand il en a besoin, pour brouiller Paris, avec Londres. Il y a un reste de Barbarie à croire qu’on peut user tour à tour, et si vite, des mauvais procédés et des bonnes graces. Pardon de ma franchise. Dans la solitude, on devient paysan du Danube.
Que signifie ce que je vois dans les feuilles d'havas que le Prince Alexandre de Lieven est arrivé à Francfort ? Y a-t-il erreur, comme je le présume, ou bien votre fils Alexandre. vient-il se promener sur le Rhin ?
L'affaire du bateau parlementaire massacré à Hango fera un bien triste effet, si elle est vraie. Vous n'avez pas besoin de tels incidents.
Y a-t-il quelque fondement au bruit que votre Empereur va en Crimée ?
10 heures
Greville ne m'étonne pas, et tenez par certain que le concert subsistera jusqu’au bout. Carrera me répond une lettre très aimable pour son Roi et pour lui-même. Rien d'ailleurs. Adieu, adieu.
Ce n’est pas le temps d'aujourd’hui qui vous fera regretter la campagne. Brouillard, pluie et froid. Je ne m'en ressens pas mais à condition de ne pas quitter le coin de mon feu.
Les journaux sont parfaitement vides. Ils attendent, comme nous, les coups de canon, et ne savent pas parler d'autre chose. J'espère pour vous, que Greville ne vient pas à Paris pour trois ou quatre jours seulement. Sa conversation vous intéressera. D’autant que la question, n'en doutez pas, ne se videra qu'à Londres et quand Londres voudra la vider. Pétersbourg ne peut pas avoir la prétention d'être maussade pour Paris quand cela lui plaît, et puis de redevenir aimable, quand il en a besoin, pour brouiller Paris, avec Londres. Il y a un reste de Barbarie à croire qu’on peut user tour à tour, et si vite, des mauvais procédés et des bonnes graces. Pardon de ma franchise. Dans la solitude, on devient paysan du Danube.
Que signifie ce que je vois dans les feuilles d'havas que le Prince Alexandre de Lieven est arrivé à Francfort ? Y a-t-il erreur, comme je le présume, ou bien votre fils Alexandre. vient-il se promener sur le Rhin ?
L'affaire du bateau parlementaire massacré à Hango fera un bien triste effet, si elle est vraie. Vous n'avez pas besoin de tels incidents.
Y a-t-il quelque fondement au bruit que votre Empereur va en Crimée ?
10 heures
Greville ne m'étonne pas, et tenez par certain que le concert subsistera jusqu’au bout. Carrera me répond une lettre très aimable pour son Roi et pour lui-même. Rien d'ailleurs. Adieu, adieu.
35. Paris, Mercredi 20 juin 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
35. Paris le 20 juin 1855
Mon fils Alexandre est allé passer quelques jours avec son frère à Berlin avant de se rendre dans ses terres en Courlande. Il retourne dans 3 mois à Naples. Paul va à des bains en Westpalie, moi je reste ici, cela me parait clair.
Tout le monde me dit, sur des lettres de Pétersbourg, que nous somnnes préparés à perdre Sévastopol et même la Crimée, mais cela ne nous fait rien. L'absence de nouvelles du théâtre de la guerre inquiète ici le public. Je pense qu'il n'y a pas de quoi. On dit qu'il y a vu hier un petit bal charmant à la cour. J’en avais un sur ma tête. Ma voisine va partir pour les eaux. Bonnes aussi. L’Impératrice. y va dimanche. L’Empereur reste. Il fait aussi froid qu'en novembre. Comme vous seriez mieux à Paris qu'au Val Richer.
J’ai vu Hubner hier longtemps, très doux. Ardent pour la paix, spirituel, assez à son aise. Aurez-vous le chemin de fer pour le 25 ? Adieu. Adieu.
Mon fils Alexandre est allé passer quelques jours avec son frère à Berlin avant de se rendre dans ses terres en Courlande. Il retourne dans 3 mois à Naples. Paul va à des bains en Westpalie, moi je reste ici, cela me parait clair.
Tout le monde me dit, sur des lettres de Pétersbourg, que nous somnnes préparés à perdre Sévastopol et même la Crimée, mais cela ne nous fait rien. L'absence de nouvelles du théâtre de la guerre inquiète ici le public. Je pense qu'il n'y a pas de quoi. On dit qu'il y a vu hier un petit bal charmant à la cour. J’en avais un sur ma tête. Ma voisine va partir pour les eaux. Bonnes aussi. L’Impératrice. y va dimanche. L’Empereur reste. Il fait aussi froid qu'en novembre. Comme vous seriez mieux à Paris qu'au Val Richer.
J’ai vu Hubner hier longtemps, très doux. Ardent pour la paix, spirituel, assez à son aise. Aurez-vous le chemin de fer pour le 25 ? Adieu. Adieu.
33. Val-Richer, Mercredi 20 juin 1855, François Guizot à Dorothée de Lieven
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
33 Val Richer, Mercredi 20 Juin 1855
Je doute que l'Angleterre donne à la guerre contre vous une tournure si exclusivement anglaise qu’il soit embarrassant pour la France d'y rester associée. Au fond, ce sera bien l’intérêt anglais qui dominera, mais toujours sous la forme de l’intérêt Euro péen, et avec des apparences et des perspectives d’intérêt Français suffisantes pour justifier l'association. Si le cabinet anglais réussit à maintenu la lutte dans ces limites là, et à écarter toute tentative révolutionnaine comme la Pologne, ou l'Italie, il aura bien fait les affaires de son pays.
Sait-on quand Thouvenel doit partir pour Constantinople Les Allemands ont raison d'être contents s'ils pouvaient supprimer les ambitions et les méfiances rivales de l’Autriche et de la Prusse ils seraient bien puissants en Europe. Parle-t-on un peu des affaires d’Espagne ? La brouillerie d’Espartero et d'Odonnell avec le parti républicain et le mauvais succès des tentatives carlistes sont des faits graves, si la royauté de la Reine Isabelle résiste encore à cette épreuve et ce sera un singulier mélange de solidité et d'impuissance. Jamais la maxime régner sans gouverner n'aura été plus crument appliquée.
Il faut bien que Morny soit de retour à Paris, jeudi 21 s’il veut dire quelque chose pour l'affaire de l’Académie. On m'écrit que la séance est définitivement fixé au 25. Je n’ai pas encore de réponse de Chasseloup. J'espère qu’il ne tarde que pour me dire que le train du chemin de fer est arrangé pour lundi, ou mardi. Il me serait vraiment impossible de voyager la nuit. Je suis encore trop susceptible. Le froid de ces derniers jours me crispait intérieurement, dans mon cabinet. Le temps semble vouloir tourner au beau ce matin.
Onze heures
Moi aussi, je n'ai qu'à vous dire adieu. Le courrier ne m’apporte rien, ni de Prince, ni de Chasseloup. Adieu, Adieu.
Je doute que l'Angleterre donne à la guerre contre vous une tournure si exclusivement anglaise qu’il soit embarrassant pour la France d'y rester associée. Au fond, ce sera bien l’intérêt anglais qui dominera, mais toujours sous la forme de l’intérêt Euro péen, et avec des apparences et des perspectives d’intérêt Français suffisantes pour justifier l'association. Si le cabinet anglais réussit à maintenu la lutte dans ces limites là, et à écarter toute tentative révolutionnaine comme la Pologne, ou l'Italie, il aura bien fait les affaires de son pays.
Sait-on quand Thouvenel doit partir pour Constantinople Les Allemands ont raison d'être contents s'ils pouvaient supprimer les ambitions et les méfiances rivales de l’Autriche et de la Prusse ils seraient bien puissants en Europe. Parle-t-on un peu des affaires d’Espagne ? La brouillerie d’Espartero et d'Odonnell avec le parti républicain et le mauvais succès des tentatives carlistes sont des faits graves, si la royauté de la Reine Isabelle résiste encore à cette épreuve et ce sera un singulier mélange de solidité et d'impuissance. Jamais la maxime régner sans gouverner n'aura été plus crument appliquée.
Il faut bien que Morny soit de retour à Paris, jeudi 21 s’il veut dire quelque chose pour l'affaire de l’Académie. On m'écrit que la séance est définitivement fixé au 25. Je n’ai pas encore de réponse de Chasseloup. J'espère qu’il ne tarde que pour me dire que le train du chemin de fer est arrangé pour lundi, ou mardi. Il me serait vraiment impossible de voyager la nuit. Je suis encore trop susceptible. Le froid de ces derniers jours me crispait intérieurement, dans mon cabinet. Le temps semble vouloir tourner au beau ce matin.
Onze heures
Moi aussi, je n'ai qu'à vous dire adieu. Le courrier ne m’apporte rien, ni de Prince, ni de Chasseloup. Adieu, Adieu.
36. Paris, Jeudi 21 juin 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
36. Paris le 21 juin 1855 Aujourd’hui le solstice d'été, ce pourrait tout aussi bien être d’hiver. 8 degrès. Et le temps couvert, et le vent du Nord. C’est affreux. Je m'en ressens. Certainement il ne faut pas venir si vous n’avez pas le chemin de fer. Je viens d'écrire au duc de Noailles pour lui rappeler qu'il doit voir Chasseloup ce matin.
Je trouve le journal de St Pétersbourg d'une excessive modération. D'un ton excellent, & très bien fait. Mais vous, pluriel & singulier, trouvez mauvais tout ce qui vient de chez nous.
L’affaire du massacre à Hango fait beaucoup de bruit. J’attends ce que nous en dirons. Voilà les chambres convoquées. Morny revient aujourd’hui.
Il fait beau écouter Brignoles sur la conduite de son gouvernement envers nous. Ingratitude d’abord guerre injuste, impolitique, humiliante, ruineuse. Il développe tout cela très bien et n’a plus autre chose en tête.
Je passe mes soirées solitairement. Je n'ai plus un seul habitué à Paris. C’est gai, avec Cérini !
Les Holland partent demain pour Londres. Je les regretterai beaucoup. M Cavendish qui revient de là dit qu'on ne parle pas du tout du voyage de la Reine, qu'on en doute même. Moi je ne doute pas. Elle a beaucoup vu les Cambridge qui étaient jadis si hostiles ; aujourd’hui fanatiques pour l’Emp. & l'Imp. En fait de fanatisme voici un trait de Lady Allice. Son fils a été blessé devant Sévastapol, elle s'est contentée de dire, he deserves it why does he fight the russians. Adieu. Adieu.
oici Beroldingen qui m’interrompt.
Je trouve le journal de St Pétersbourg d'une excessive modération. D'un ton excellent, & très bien fait. Mais vous, pluriel & singulier, trouvez mauvais tout ce qui vient de chez nous.
L’affaire du massacre à Hango fait beaucoup de bruit. J’attends ce que nous en dirons. Voilà les chambres convoquées. Morny revient aujourd’hui.
Il fait beau écouter Brignoles sur la conduite de son gouvernement envers nous. Ingratitude d’abord guerre injuste, impolitique, humiliante, ruineuse. Il développe tout cela très bien et n’a plus autre chose en tête.
Je passe mes soirées solitairement. Je n'ai plus un seul habitué à Paris. C’est gai, avec Cérini !
Les Holland partent demain pour Londres. Je les regretterai beaucoup. M Cavendish qui revient de là dit qu'on ne parle pas du tout du voyage de la Reine, qu'on en doute même. Moi je ne doute pas. Elle a beaucoup vu les Cambridge qui étaient jadis si hostiles ; aujourd’hui fanatiques pour l’Emp. & l'Imp. En fait de fanatisme voici un trait de Lady Allice. Son fils a été blessé devant Sévastapol, elle s'est contentée de dire, he deserves it why does he fight the russians. Adieu. Adieu.
oici Beroldingen qui m’interrompt.
34. Val-Richer, Jeudi 21 juin 1855, François Guizot à Dorothée de Lieven
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
34 Val Richer, Jeudi 21 Juin 1855
8 heures
On ne nous a encore rien dit du bombardement recommencé le 16 sur toute la ligne. On n'en veut sans doute pas parler avant d'en savoir l'effet. Le bruit courait hier à Lisieux que les nouvelles étaient moins bonnes. Par goût par la victoire et pour la paix, je désire de tout mon coeur que le bombardement réussisse et qu’on en finisse de Sébastopol. C'est aujourd’hui notre seule chance d'en finir de la guerre et quoique je ne compte pas beaucoup sur cette chance là, au moins faut-il l’épuiser. Dans sa dernière note du 31 mai, en réponse à la Prusse, le comte Bual a l’air bien content de la position autrichienne et bien sûr que l'Allemagne sera de son avis. Est-il vrai, comme le disent les feuilles d'havas que vous avez formellement accepté les dernières propositions de l’Autriche et qu’elle va les présenter de nouveau à la France et à l'Angleterre en les informant de votre acceptation ?
Lisez-vous attentivement le Moniteur. comme moi ? Celui d'avant hier mardi contenait, une lettre écrite de Kertsch par un officier de marine Français qui m’a amusé ; une visite faite avec un officier de marine anglais à des ruines qui sont, dit-on, le tombeau de Mithridate ; l'enthousiasme savant de l’Anglais qui a pieusement ramassé quelques brins d'herbe, et un morceau de granit qu’il ne donnerait pas, dit-il pour 100 liv. st., et le demi sourire un peu sceptique, un peu moqueur et pourtant bienveillant, du Français qui a regardé et raconté, sans rien ramasser. Voilà donc Mithridate retrouvé et remis en gloire par les Barbares, Gaulois et Bretons dont il savait à peine le nom. Le monde a tourné ; la civilisation a passé à l'Occident et la Barbarie à l'Orient ; et on vient des côtes de la Manche, restaurer, sur alles de la mer d'avez, le tombeau de Mithridate.
10 heures
Je reçois une réponse de Chasseloup qui n'espère pouvoir me prendre, sur son chemin de fer que le 26 ou le 27. Tout ce que je demande, c’est que cette dernière parole soit bonne. Je m'en contenterai. Nous causerons enfin. Adieu, Adieu. G.
8 heures
On ne nous a encore rien dit du bombardement recommencé le 16 sur toute la ligne. On n'en veut sans doute pas parler avant d'en savoir l'effet. Le bruit courait hier à Lisieux que les nouvelles étaient moins bonnes. Par goût par la victoire et pour la paix, je désire de tout mon coeur que le bombardement réussisse et qu’on en finisse de Sébastopol. C'est aujourd’hui notre seule chance d'en finir de la guerre et quoique je ne compte pas beaucoup sur cette chance là, au moins faut-il l’épuiser. Dans sa dernière note du 31 mai, en réponse à la Prusse, le comte Bual a l’air bien content de la position autrichienne et bien sûr que l'Allemagne sera de son avis. Est-il vrai, comme le disent les feuilles d'havas que vous avez formellement accepté les dernières propositions de l’Autriche et qu’elle va les présenter de nouveau à la France et à l'Angleterre en les informant de votre acceptation ?
Lisez-vous attentivement le Moniteur. comme moi ? Celui d'avant hier mardi contenait, une lettre écrite de Kertsch par un officier de marine Français qui m’a amusé ; une visite faite avec un officier de marine anglais à des ruines qui sont, dit-on, le tombeau de Mithridate ; l'enthousiasme savant de l’Anglais qui a pieusement ramassé quelques brins d'herbe, et un morceau de granit qu’il ne donnerait pas, dit-il pour 100 liv. st., et le demi sourire un peu sceptique, un peu moqueur et pourtant bienveillant, du Français qui a regardé et raconté, sans rien ramasser. Voilà donc Mithridate retrouvé et remis en gloire par les Barbares, Gaulois et Bretons dont il savait à peine le nom. Le monde a tourné ; la civilisation a passé à l'Occident et la Barbarie à l'Orient ; et on vient des côtes de la Manche, restaurer, sur alles de la mer d'avez, le tombeau de Mithridate.
10 heures
Je reçois une réponse de Chasseloup qui n'espère pouvoir me prendre, sur son chemin de fer que le 26 ou le 27. Tout ce que je demande, c’est que cette dernière parole soit bonne. Je m'en contenterai. Nous causerons enfin. Adieu, Adieu. G.
37. Paris, Vendredi 22 juin 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
37 Paris le 22 juin 1855
Je trouve le Moniteur de ce matin grave. Chasseloup a dit hier au duc de Noailles que vous aurez votre train le 26. Enfin ce sera 26 ou 27 selon votre lettre. Vous me manquez plus que jamais car je passe mes soirées toute seule, c’est trop triste. Aussi je le sens.
J’ai vu hier Hubner & Hatzfield, mais à la fois, ce qui fait que je ne les ai pas vus. Pourquoi mes amis ne s'éparpillent-ils pas un peu ?
Vous n’avez pas idée de la violence des journaux anglais, Times, Post, tous, à propos de l’affaire de Hango. Il me parait à moi d’après les rapports que j’ai lu dans le Moniteur qu'il faudrait quelque chose de plus que le témoignage du matelot. En tous cas voilà des inci dents qui agravent beaucoup l'hostilité. Nous sommes joliment détestés en Angleterre.
Voilà l’indépendance qui cite le j. officiel de Pétersbourg. L’affaire de Hango est tout autre qu'on n’a dit. Nous avons tués cinq hommes, et fait prisonnier 11 inclus officier, médecin. Tout bonnement une descente repoussée ; accordez cela avec la relation anglaise ! Je suis charmée de ce démenti.
Toujours horrible temps. J’espère que votre prudence persiste. Adieu. Adieu.
Je trouve le Moniteur de ce matin grave. Chasseloup a dit hier au duc de Noailles que vous aurez votre train le 26. Enfin ce sera 26 ou 27 selon votre lettre. Vous me manquez plus que jamais car je passe mes soirées toute seule, c’est trop triste. Aussi je le sens.
J’ai vu hier Hubner & Hatzfield, mais à la fois, ce qui fait que je ne les ai pas vus. Pourquoi mes amis ne s'éparpillent-ils pas un peu ?
Vous n’avez pas idée de la violence des journaux anglais, Times, Post, tous, à propos de l’affaire de Hango. Il me parait à moi d’après les rapports que j’ai lu dans le Moniteur qu'il faudrait quelque chose de plus que le témoignage du matelot. En tous cas voilà des inci dents qui agravent beaucoup l'hostilité. Nous sommes joliment détestés en Angleterre.
Voilà l’indépendance qui cite le j. officiel de Pétersbourg. L’affaire de Hango est tout autre qu'on n’a dit. Nous avons tués cinq hommes, et fait prisonnier 11 inclus officier, médecin. Tout bonnement une descente repoussée ; accordez cela avec la relation anglaise ! Je suis charmée de ce démenti.
Toujours horrible temps. J’espère que votre prudence persiste. Adieu. Adieu.
35. Val-Richer, Vendredi 22 juin 1855, François Guizot à Dorothée de Lieven
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
35 Val Richer, Vendredi 22 Juin 1853
C'est dommage que la réponse de M. de Nesselrode, à Waleski soit trop longue. Le ton général en est très bon, et elle est très bonne, très effective, sur trois points essentiels, les Principautés, la protection des Chrétiens en général et votre adhésion à ce que les relations avec la Turquie soient une affaire Européenne. Vous prenez très bien sur ces trois points, avantage des concessions que vous avez faites, qui sont importantes et dont on n’a pas tenu un compte suffisant. La plus important à mon avis, c’est votre consentement à cette cause : " S'il survenait un conflit entre la sublime porte et l’une des parties contractantes les deux Etats ; avant de recourir à l'emploi de la force, devraient mettre les autres puissances en mesure de prévenir une pareille extrémité par les voies pacifiques. Je trouve presque que vous ne vous faites pas assez valoir de cette concession qui est, sinon un abandon, du moins un ajournement du droit de guerre ; ajournement qui n’a d'importance que pour vous seule Puissance, ou à peu près, qui ait avec la Porte des chances de guerre. Vous ne pourriez plus faire la guerre à la Porte qu'après examen et médiation de l'Europe. C'est beaucoup. Autre mérite de la pièce. Elle exprime, sur les rapports des Etats et la valeur des garanties diplomatiques, des idées plus élevées que celles qui sont maintenant à l'ordre du jour. Et aussi vrai qu'élevées, car il n’y a que les sots qui croient que la vérité se trouve terre à terre. La vérité est comme la lumière en haut.
Je persiste pourtant dans ma critique littéraire, qui est en même temps une critique de praticien ; la pièce est trop longue, ce qui en diminue l'effet. L'excellent est un peu noyé dans l’insignifiant.
10 heures
Mon fils qui m’arrive pour la journée a vu Chasseloup qui lui a de nouveau promis de mamener à Paris du 25 au 27. Je commence à y compter. Grand plaisir. J’attends bien impatiemment les nouvelles de l'effet du bombardement. Quel massacre Je crains beaucoup les conséquences de l'affaire d’Hango. Les Anglais peuvent devenir bien violents. On me parle d’un emprunt de 750 millions Mais l'argent et prêt. Nous en avons à revendre. Adieu, Adieu. G.
C'est dommage que la réponse de M. de Nesselrode, à Waleski soit trop longue. Le ton général en est très bon, et elle est très bonne, très effective, sur trois points essentiels, les Principautés, la protection des Chrétiens en général et votre adhésion à ce que les relations avec la Turquie soient une affaire Européenne. Vous prenez très bien sur ces trois points, avantage des concessions que vous avez faites, qui sont importantes et dont on n’a pas tenu un compte suffisant. La plus important à mon avis, c’est votre consentement à cette cause : " S'il survenait un conflit entre la sublime porte et l’une des parties contractantes les deux Etats ; avant de recourir à l'emploi de la force, devraient mettre les autres puissances en mesure de prévenir une pareille extrémité par les voies pacifiques. Je trouve presque que vous ne vous faites pas assez valoir de cette concession qui est, sinon un abandon, du moins un ajournement du droit de guerre ; ajournement qui n’a d'importance que pour vous seule Puissance, ou à peu près, qui ait avec la Porte des chances de guerre. Vous ne pourriez plus faire la guerre à la Porte qu'après examen et médiation de l'Europe. C'est beaucoup. Autre mérite de la pièce. Elle exprime, sur les rapports des Etats et la valeur des garanties diplomatiques, des idées plus élevées que celles qui sont maintenant à l'ordre du jour. Et aussi vrai qu'élevées, car il n’y a que les sots qui croient que la vérité se trouve terre à terre. La vérité est comme la lumière en haut.
Je persiste pourtant dans ma critique littéraire, qui est en même temps une critique de praticien ; la pièce est trop longue, ce qui en diminue l'effet. L'excellent est un peu noyé dans l’insignifiant.
10 heures
Mon fils qui m’arrive pour la journée a vu Chasseloup qui lui a de nouveau promis de mamener à Paris du 25 au 27. Je commence à y compter. Grand plaisir. J’attends bien impatiemment les nouvelles de l'effet du bombardement. Quel massacre Je crains beaucoup les conséquences de l'affaire d’Hango. Les Anglais peuvent devenir bien violents. On me parle d’un emprunt de 750 millions Mais l'argent et prêt. Nous en avons à revendre. Adieu, Adieu. G.
38. Paris, Samedi 23 juin 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
38 Paris le 23 juin 1855
Samedi
Votre jugement sur notre réponse à Walevski me plait. Je sais que lui aussi est content de cette pièce. Il l’a dit au duc de Noailles, il a surtout relevé ce que vous relevez aussi.
J’ai vu hier Morny, il a reçu de vous une lettre qu'il a de suite envoyée à l’Empereur. Il ne l’avait pas vu encore hier. Il n'était ici que depuis la veille. L’Impératrice part demain. L’Empereur ne l’accompagne pas. On jase beaucoup de la tentative manquée sur Malakoff. Comme de coutume on exagère les pertes, car on va jusqu’à parler de 1000 h. Je crois que personnes n’en sait rien, pas même le gouvernement peut-être. Mais il va arriver de là qu'il faudra du temps encore pour se refaire, & puis recommencer. Ah mon Dieu, et quand viendra un résultat ? Quelle faute vous avez faite de ne pas faire comme disait le Tartare. Vous pouviez prendre alors Sévastopol et la paix serait faite et depuis longtemps. Je ne sais comment s'éclaicira l'affaire de Hango. Croira-t-on le nègre plutôt que général Berg. ? Il ne parle pas de pavillon parlementaire. D’ailleurs les Anglais en ont déjà singulière ment abusé depuis le commencement de la guerre, à commencer par la rétribution ! Dans tous les cas ceci est une mauvaise affaire de plus, & l'Angleterre est enragée.
Le temps toujours mauvais. Adieu. Adieu.
P.S. vous avez eu deux généraux tués. Les Anglais ont perdu le général sir J. Campbell. On est consterné à Londres.
Samedi
Votre jugement sur notre réponse à Walevski me plait. Je sais que lui aussi est content de cette pièce. Il l’a dit au duc de Noailles, il a surtout relevé ce que vous relevez aussi.
J’ai vu hier Morny, il a reçu de vous une lettre qu'il a de suite envoyée à l’Empereur. Il ne l’avait pas vu encore hier. Il n'était ici que depuis la veille. L’Impératrice part demain. L’Empereur ne l’accompagne pas. On jase beaucoup de la tentative manquée sur Malakoff. Comme de coutume on exagère les pertes, car on va jusqu’à parler de 1000 h. Je crois que personnes n’en sait rien, pas même le gouvernement peut-être. Mais il va arriver de là qu'il faudra du temps encore pour se refaire, & puis recommencer. Ah mon Dieu, et quand viendra un résultat ? Quelle faute vous avez faite de ne pas faire comme disait le Tartare. Vous pouviez prendre alors Sévastopol et la paix serait faite et depuis longtemps. Je ne sais comment s'éclaicira l'affaire de Hango. Croira-t-on le nègre plutôt que général Berg. ? Il ne parle pas de pavillon parlementaire. D’ailleurs les Anglais en ont déjà singulière ment abusé depuis le commencement de la guerre, à commencer par la rétribution ! Dans tous les cas ceci est une mauvaise affaire de plus, & l'Angleterre est enragée.
Le temps toujours mauvais. Adieu. Adieu.
P.S. vous avez eu deux généraux tués. Les Anglais ont perdu le général sir J. Campbell. On est consterné à Londres.
36. Val-Richer, Samedi 23 juin 1855, François Guizot à Dorothée de Lieven
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
36 Val Richer, Samedi 23 Juin 1855
Je n'aurais jamais épousé Lady Alice. Qu’on sacrifie ses affections personnelles à ses devoirs politiques, je l'admets surtout pour un homme ; mais qu’on préfère les passions politiques à ses affections personnelles, c’est contre nature et disgracieux. J’aime mieux la Princesse Massalsky faisant, de mer de glace en mer de glace, l'assension, jusqu'ici impossible, du glacier le Moench, quoique je ne me sente pas la moindre disposition à l'accompagner.
Si les faits d’Hango sont tels qu’ils paraissent constatés aujourd’hui, c’est déplorable, et la guerre s'en ressentira. Elle n’a eu jusqu'ici presque aucun caractère de haine nationale ; mais il ne faudrait pas beaucoup d’incidents pareils pour que la haine se développât, et ce qui est arrivé contre un bateau anglais pourrait arriver contre un bateau Français. Je suppose que le Journal de Pétersbourg donnera quelque explication.
A propos du Journal de Pétersbourg, j’ai pris hier son article en réponse à Waleski pour une dépêche du comte Messelrode ; mais peu importe ; la source est la même et j'en pense de même.
Onze heures
Je désire que le Journal de p. Pétersbourg ait raison sur l'affaire d’Hange quoique je ne comprenne pas une tentative de déscente par 25 hommes. Et que devient, dans ce récit
la restitution des prisonniers russes, sans pavillon parlementaire.
Je suis charmé de pouvoir compter sur le 26 ou le 27. Pas de soleil encore aujourd’hui, mais un temps, très doux.
Adieu. Adieu. G.
Je n'aurais jamais épousé Lady Alice. Qu’on sacrifie ses affections personnelles à ses devoirs politiques, je l'admets surtout pour un homme ; mais qu’on préfère les passions politiques à ses affections personnelles, c’est contre nature et disgracieux. J’aime mieux la Princesse Massalsky faisant, de mer de glace en mer de glace, l'assension, jusqu'ici impossible, du glacier le Moench, quoique je ne me sente pas la moindre disposition à l'accompagner.
Si les faits d’Hango sont tels qu’ils paraissent constatés aujourd’hui, c’est déplorable, et la guerre s'en ressentira. Elle n’a eu jusqu'ici presque aucun caractère de haine nationale ; mais il ne faudrait pas beaucoup d’incidents pareils pour que la haine se développât, et ce qui est arrivé contre un bateau anglais pourrait arriver contre un bateau Français. Je suppose que le Journal de Pétersbourg donnera quelque explication.
A propos du Journal de Pétersbourg, j’ai pris hier son article en réponse à Waleski pour une dépêche du comte Messelrode ; mais peu importe ; la source est la même et j'en pense de même.
Onze heures
Je désire que le Journal de p. Pétersbourg ait raison sur l'affaire d’Hange quoique je ne comprenne pas une tentative de déscente par 25 hommes. Et que devient, dans ce récit
la restitution des prisonniers russes, sans pavillon parlementaire.
Je suis charmé de pouvoir compter sur le 26 ou le 27. Pas de soleil encore aujourd’hui, mais un temps, très doux.
Adieu. Adieu. G.
39. Paris, Dimanche 24 juin 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
39. Paris le 24 juin 1855 Dimanche.
C. Greville est revenu tout à coup de Vichy. Au bout de deux jours il a eu froid, il s’est ennuyé et il a tout planté là. C’est très anglais et très sensé. Il passe que quelques jours, vous le verrez j'en suis bien aise.
J’ai eu une lettre de Meyendorff. Ah comme il arrange les Anglais. Ils ne savant pas se battre, mais ce qui est pire ils n'aiment pas se battre. Voilà ce que dit toute notre armée. Quant aux Français C’est tout autre chose, aussi nous les aimons & les respectons, & quand un prisonnier français, blessé vient à mourir, on se cotise (les soldats) pour lui faire un beau cercueil, et on l’enterre avec tous les honneurs. La lettre de M. est curieuse sur tout cela. Il finit en disant : j’espère que l'Emp. Napoléon vivra assez pour venger le genre humain de cette nation si orgueuilleuse, si égoiste, aujour d’hui si misérable. En voilà de la passion ! Il parle des déprédations dans la mer d’Azoff comme des coups d’épingles sans portée sur le crédit.
Notre change ne baisse pas c’est vrai, je l'ai vu aujourd’hui par une remise qui m’a été faite.
J'ai revu Bulwer aussi qui est à Enghien. Il me dit que Westmorland se retire. Il croit que Hamilton Seymour le remplacera.
Je trouve la dépêche de Pélissier aujourd’hui peu polie, on ne dit pas de l'ennui qu'il a peur le lendemain du jour qu'on a été battu par lui. On ne le dit même jamais ce n’est pas français.
L’article du Journal des Débats sur le Prince Albert est bien fait. Le langage du Moniteur en réponse au J. de Pétersbourg ne me parait pas aussi courtois que nous le méritions. Il y a des mots qui choquent. Nous ne nous en servons jamais. Vous voyez que je suis entrain de critique, j’ai bien mal dormi et j’ai un mal de tête très désagréable.
Adieu. Adieu. Je crois presque que ceci sera ma dernière lettre. N’est-ce pas ? Adieu.
C. Greville est revenu tout à coup de Vichy. Au bout de deux jours il a eu froid, il s’est ennuyé et il a tout planté là. C’est très anglais et très sensé. Il passe que quelques jours, vous le verrez j'en suis bien aise.
J’ai eu une lettre de Meyendorff. Ah comme il arrange les Anglais. Ils ne savant pas se battre, mais ce qui est pire ils n'aiment pas se battre. Voilà ce que dit toute notre armée. Quant aux Français C’est tout autre chose, aussi nous les aimons & les respectons, & quand un prisonnier français, blessé vient à mourir, on se cotise (les soldats) pour lui faire un beau cercueil, et on l’enterre avec tous les honneurs. La lettre de M. est curieuse sur tout cela. Il finit en disant : j’espère que l'Emp. Napoléon vivra assez pour venger le genre humain de cette nation si orgueuilleuse, si égoiste, aujour d’hui si misérable. En voilà de la passion ! Il parle des déprédations dans la mer d’Azoff comme des coups d’épingles sans portée sur le crédit.
Notre change ne baisse pas c’est vrai, je l'ai vu aujourd’hui par une remise qui m’a été faite.
J'ai revu Bulwer aussi qui est à Enghien. Il me dit que Westmorland se retire. Il croit que Hamilton Seymour le remplacera.
Je trouve la dépêche de Pélissier aujourd’hui peu polie, on ne dit pas de l'ennui qu'il a peur le lendemain du jour qu'on a été battu par lui. On ne le dit même jamais ce n’est pas français.
L’article du Journal des Débats sur le Prince Albert est bien fait. Le langage du Moniteur en réponse au J. de Pétersbourg ne me parait pas aussi courtois que nous le méritions. Il y a des mots qui choquent. Nous ne nous en servons jamais. Vous voyez que je suis entrain de critique, j’ai bien mal dormi et j’ai un mal de tête très désagréable.
Adieu. Adieu. Je crois presque que ceci sera ma dernière lettre. N’est-ce pas ? Adieu.
37. Val-Richer, Dimanche 24 juin 1855, François Guizot à Dorothée de Lieven
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
37 Val Richer, Dimanche 24 Juin 1855
J’ai lu attentivement toutes les pièces relatives à l'affaire d’Hango. Il est impossible que l'article du Journal de St Pétersbourg, soit vrai, sauf en ce point que tout le monde n’a pas été tué et qu’il y a des prisonniers. Ces prisonniers seront un moyen d'éclaircir l'affaire. Mais je doute qu’elle s'éclaircisse à votre honneur, et j'en suis fâché car elle envenimera beaucoup la situation, si elle peut être encore envenimée du moins en Angleterre. Le mauvais succès de l'attaque du 15 sur la tour Malakoff n’est que de la mort de plus, pour ce jour-là, et pour l'avenir. On recommencera l'attaque, avec plus de monde. Il n’y a point d’évènement, victoire ou défaite, n'importe de quel côté, qui puisse amener une issue prochaine. Nous sommes tous encore bien loin de la lassitude.
Je trouve bonne la dépêche du comte Bual en réponse aux objections de Waleski contre le dernier plan Autrichien. C'est vraiment de la politique Européenne, une politique qui consacre deux grands faits, l'abolition du tête à tête entre la Russie et la Porte, l’union formellement stipulée de l’Autriche avec la France et l’Angleterre, en cas d’entreprise de la Russie contre la Porte. A mon avis, on tient de notre côté, trop peu de compte de ces deux faits acquis.
10 heures et 1/2
C'est décidément mardi 26 que Chasseloup me mène à Paris. J’y arriverai vers, 6, ou 7 heures du soir. Je vous ferai dire quand je serai arrivé. Je vous écrirai encore un mot demain, Adieu, Adieu. G.
J’ai lu attentivement toutes les pièces relatives à l'affaire d’Hango. Il est impossible que l'article du Journal de St Pétersbourg, soit vrai, sauf en ce point que tout le monde n’a pas été tué et qu’il y a des prisonniers. Ces prisonniers seront un moyen d'éclaircir l'affaire. Mais je doute qu’elle s'éclaircisse à votre honneur, et j'en suis fâché car elle envenimera beaucoup la situation, si elle peut être encore envenimée du moins en Angleterre. Le mauvais succès de l'attaque du 15 sur la tour Malakoff n’est que de la mort de plus, pour ce jour-là, et pour l'avenir. On recommencera l'attaque, avec plus de monde. Il n’y a point d’évènement, victoire ou défaite, n'importe de quel côté, qui puisse amener une issue prochaine. Nous sommes tous encore bien loin de la lassitude.
Je trouve bonne la dépêche du comte Bual en réponse aux objections de Waleski contre le dernier plan Autrichien. C'est vraiment de la politique Européenne, une politique qui consacre deux grands faits, l'abolition du tête à tête entre la Russie et la Porte, l’union formellement stipulée de l’Autriche avec la France et l’Angleterre, en cas d’entreprise de la Russie contre la Porte. A mon avis, on tient de notre côté, trop peu de compte de ces deux faits acquis.
10 heures et 1/2
C'est décidément mardi 26 que Chasseloup me mène à Paris. J’y arriverai vers, 6, ou 7 heures du soir. Je vous ferai dire quand je serai arrivé. Je vous écrirai encore un mot demain, Adieu, Adieu. G.
38. Val-Richer, Lundi 25 juin 1855, François Guizot à Dorothée de Lieven
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
38 Val Richer Lundi 25 Juin 1855
Deux mots seulement. Je pars toujours demain, entre midi, et une heure et je compte être à Paris entre 6 et 7. Je dînerai chez moi, et j’irai vous voir à 8 heures. Si vous êtes assez bonne pour m'envoyer votre voiture, j'en serai charmé. Je ne sortirai pas encore à pied le soir. Je vais bien et le temps semble devenir meilleur. Adieu. Adieu. G.
Voilà votre n°39 qui ne me donne rien à ajouter. Adieu. A demain.
Deux mots seulement. Je pars toujours demain, entre midi, et une heure et je compte être à Paris entre 6 et 7. Je dînerai chez moi, et j’irai vous voir à 8 heures. Si vous êtes assez bonne pour m'envoyer votre voiture, j'en serai charmé. Je ne sortirai pas encore à pied le soir. Je vais bien et le temps semble devenir meilleur. Adieu. Adieu. G.
Voilà votre n°39 qui ne me donne rien à ajouter. Adieu. A demain.
40. Paris, Samedi 7 juillet 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
40 Paris le 7 juillet 1855
Que je suis triste de rependre les numéros ! Je n’ai vu hier dans toute la matinée que Morny. Il a été charmé de votre suffrage de son discours. Il y a longtemps qu’il n’a causé avec son maître. Il a laissé hier Montalembert dire tout à son aise un discours politique. Personne ne lui a répondu. Montebello & Viel Castel, venus le soir. La fête chez Walevski a été superbe. Ni Morny ni Viel Castel n'y ont vu Hubner.
Comme je vous envoie ma lettre avant ma promenade, je n’aurai vu personne et je n’aurai rien à ajouter Adieu. Puisque nous n’avons plus que cela.
Que je suis triste de rependre les numéros ! Je n’ai vu hier dans toute la matinée que Morny. Il a été charmé de votre suffrage de son discours. Il y a longtemps qu’il n’a causé avec son maître. Il a laissé hier Montalembert dire tout à son aise un discours politique. Personne ne lui a répondu. Montebello & Viel Castel, venus le soir. La fête chez Walevski a été superbe. Ni Morny ni Viel Castel n'y ont vu Hubner.
Comme je vous envoie ma lettre avant ma promenade, je n’aurai vu personne et je n’aurai rien à ajouter Adieu. Puisque nous n’avons plus que cela.
39. Val-Richer, Samedi 7 juillet 1855, François Guizot à Dorothée de Lieven
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
39 Val Richer, Samedi 7 Juillet 1855
Je n’ai rien à vous dire sinon mon regret, toujours le même, en vous quittant, et mon arrivée ici, sans la moindre aventure, 5 heures un quart de Paris à Lisieux, une heure de Lisieux chez moi. Temps superbe et charmant pays. Dieu veuille que vous ayez le même temps à Trouville. Je suis sûr que vous ne vous en trouverez pas mal.
Tout mon monde va bien, grands et petits. Les petits m'aiment beaucoup et sont toujours ravis de me revoir. Ma vallée est charmante par ce brillant soleil ; mais vous me manquez partout, surtout à deux moments, quand nous venons de passer quelques jours ensemble. et quand j’ai passé beaucoup de jours sans vous voir. Je vous renvoie la lettre qui vous manque. Adieu, Adieu. G.
Je n’ai rien à vous dire sinon mon regret, toujours le même, en vous quittant, et mon arrivée ici, sans la moindre aventure, 5 heures un quart de Paris à Lisieux, une heure de Lisieux chez moi. Temps superbe et charmant pays. Dieu veuille que vous ayez le même temps à Trouville. Je suis sûr que vous ne vous en trouverez pas mal.
Tout mon monde va bien, grands et petits. Les petits m'aiment beaucoup et sont toujours ravis de me revoir. Ma vallée est charmante par ce brillant soleil ; mais vous me manquez partout, surtout à deux moments, quand nous venons de passer quelques jours ensemble. et quand j’ai passé beaucoup de jours sans vous voir. Je vous renvoie la lettre qui vous manque. Adieu, Adieu. G.
41. Paris, Dimanche 8 juillet 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
41. Paris le 8 juillet 1855
Mazarin est illisible pour moi, tous ces chiffres me confondent. I cannot go on. J'en dirai autant du Médecin. C’est trop triste. Vous avez surement Molière, j’ai envie de le reprendre, puis-je le demander à Génie ?
Je n'ai rien vu d’intéressant hier. Mad. de Flahaut qui part demain, Duchâtel qui a chaud ; Moltke & Sébach, qui sont spirituels comme de coutume.
Vous êtes bien heureux d'avoir vos petits enfants. Je comprends qu’ils vous aiment. Puisque je n’en ai pas moi, je voudrais être eux.
Le temps est divin. Pas un mot de nouvelle. J’ai vu hier Greville aussi qui n'en savait pas, il part aujourd’hui. Personne n’a aperçu Hubner, cela fait rire. Il n’est pas aimé. Hatzfeld rit surtout, je ne l’ai pas vu , mais on me le dit. Je viens de lire dans le Times le discours de John Russell. Quelle naïve effronterie. Le discours de Montalembert est sans doute fort abrégé dans le moniteur. Ce qu’il me donne est très bien. Adieu. Adieu.
Mazarin est illisible pour moi, tous ces chiffres me confondent. I cannot go on. J'en dirai autant du Médecin. C’est trop triste. Vous avez surement Molière, j’ai envie de le reprendre, puis-je le demander à Génie ?
Je n'ai rien vu d’intéressant hier. Mad. de Flahaut qui part demain, Duchâtel qui a chaud ; Moltke & Sébach, qui sont spirituels comme de coutume.
Vous êtes bien heureux d'avoir vos petits enfants. Je comprends qu’ils vous aiment. Puisque je n’en ai pas moi, je voudrais être eux.
Le temps est divin. Pas un mot de nouvelle. J’ai vu hier Greville aussi qui n'en savait pas, il part aujourd’hui. Personne n’a aperçu Hubner, cela fait rire. Il n’est pas aimé. Hatzfeld rit surtout, je ne l’ai pas vu , mais on me le dit. Je viens de lire dans le Times le discours de John Russell. Quelle naïve effronterie. Le discours de Montalembert est sans doute fort abrégé dans le moniteur. Ce qu’il me donne est très bien. Adieu. Adieu.
40. Val-Richer, Dimanche 8 juillet 1855, François Guizot à Dorothée de Lieven
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
40 Val Richer, Dimanche 8 Juillet 1855
Je trouve la correspondance du général de Berg avec l’amiral Dundas bonne pour vous, et je penche à croire que dans l'affaire d’Hango, vous n'avez pas eu si grand tort. L'effet d’indignation contre vous n'en a pas moins été produit. Herbet qui est venu me voir hier, me disait qu’il n’avait jamais vu à Londres, une fureur semblable, vraie fureur de sauvages qui ont un affront à venger. Ce que vous y gagnerez c’est qu’on ne recommencera pas de telles expéditions. Kertch a fait aussi diversion à Hango.
C'est un grand ennui d'avoir à substituer quelques lignes de réflexions solitaires à nos conversations de ces jours derniers. Vous revient-il, comme le disent les feuilles d'Havas d’hier, que l’Autriche et la Prusse sont près de s'entendre et de donner à toute l'Allemagne dans l'affaire d'Orient, une seule et même politique ? Que de sottises et de maux s’épargneraient les hommes s’il commençaient par où ils finissent ! Onze heures. Moi aussi je n’ai vu personne, et je n’ai rien à ajouter. Adieu, Adieu. G.
Je trouve la correspondance du général de Berg avec l’amiral Dundas bonne pour vous, et je penche à croire que dans l'affaire d’Hango, vous n'avez pas eu si grand tort. L'effet d’indignation contre vous n'en a pas moins été produit. Herbet qui est venu me voir hier, me disait qu’il n’avait jamais vu à Londres, une fureur semblable, vraie fureur de sauvages qui ont un affront à venger. Ce que vous y gagnerez c’est qu’on ne recommencera pas de telles expéditions. Kertch a fait aussi diversion à Hango.
C'est un grand ennui d'avoir à substituer quelques lignes de réflexions solitaires à nos conversations de ces jours derniers. Vous revient-il, comme le disent les feuilles d'Havas d’hier, que l’Autriche et la Prusse sont près de s'entendre et de donner à toute l'Allemagne dans l'affaire d'Orient, une seule et même politique ? Que de sottises et de maux s’épargneraient les hommes s’il commençaient par où ils finissent ! Onze heures. Moi aussi je n’ai vu personne, et je n’ai rien à ajouter. Adieu, Adieu. G.
42. Paris, Lundi 9 juillet 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
42. Paris le 9 juillet Lundi
1855
Une dépêche de Pelissier de hier soir annonce que les Russes ont fait deux sorties. contre le mamelon ; & les carrières. Et qu’elles ont été vigoureusement repoussées. Voilà tout ce qu’on dit. Greville reste encore aujour d’hui pour un dîner à St Cloud. Il ne partira que demain. Cela lui plaît et à moi aussi. C'est un grand dîner aujourd’hui. Il y a beaucoup d'Anglais. On ne disait rien de nouveau. hier, & je n’ai vu personne Montebello & Viel Castel le soir. Greville n’a pas assez d’épithêtes injurieuses et méprisantes pour Lord John.
Je commence à trouver Hatzfield grossier outre qu'il est original. Il ne vient plus jamais. Hubner à la bonne heure cela s’explique mais Hatzfeld. Vous voyez donc que je suis réduite à bien peu. Cela reduit aussi mes lettres à vous. Il ne m’en est venu de nulle part.
On me dit que le duc de Noailles est parti pour l'Angleterre. Est-ce que lui aussi s'échappe comme un voleur ? Adieu. Adieu. Il fait bien chaud.
1855
Une dépêche de Pelissier de hier soir annonce que les Russes ont fait deux sorties. contre le mamelon ; & les carrières. Et qu’elles ont été vigoureusement repoussées. Voilà tout ce qu’on dit. Greville reste encore aujour d’hui pour un dîner à St Cloud. Il ne partira que demain. Cela lui plaît et à moi aussi. C'est un grand dîner aujourd’hui. Il y a beaucoup d'Anglais. On ne disait rien de nouveau. hier, & je n’ai vu personne Montebello & Viel Castel le soir. Greville n’a pas assez d’épithêtes injurieuses et méprisantes pour Lord John.
Je commence à trouver Hatzfield grossier outre qu'il est original. Il ne vient plus jamais. Hubner à la bonne heure cela s’explique mais Hatzfeld. Vous voyez donc que je suis réduite à bien peu. Cela reduit aussi mes lettres à vous. Il ne m’en est venu de nulle part.
On me dit que le duc de Noailles est parti pour l'Angleterre. Est-ce que lui aussi s'échappe comme un voleur ? Adieu. Adieu. Il fait bien chaud.
41. Val-Richer, Lundi 9 juillet 1855, François Guizot à Dorothée de Lieven
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
41 Val Richer Lundi 9 Juillet 1855
Je suis curieux de la discussion dans le Parlement où lord John a reconnu qu’il avait acquissée, comme Drouyn de Lhuys, aux dernières propositions de l’Autriche. Il est bien décidé à ne plus sortir des affaires. On dit que Lord Palmerston l'a mollement défendu. Il ne peut pourtant pas s'en passer. Ceci est certainement dans l’histoire du gouvernement anglais, une des époques les moins glorieuses pour les acteurs.
Le rapport du Prince Gortschakoff sur l'affaire du 18 prouve qu’elle a été bien rude pour tout le monde. Il avoue de son côté plus de 4000 hommes hors de combat. Mes filles ont eu hier des lettres d’Angleterre qui sont le pendant de celle de mon petit sous lientenant d’Escayrac. Le fils de Sir John Boileau a été blessé à l'attaque du Redan ; deux balles, l’une dans la jambe, l'autre dans le côté comme il se lançait en avant pour entrainer ses soldats. C’est un tout jeune homme. On le croit hors de danger. Morny a bien fait de laisser toute liberté de parole à Montalembert. Je ne crois pas que le retour à des Débats sérieux animés, prolonger fût tolérable pour le pouvoir actuel ; mais un beau discours libre, de temps en temps. entretient un peu de vie dans le public, et est, pour le pouvoir lui-même, un ornement sans danger. On dit que tous les gouvernements périssent par l'exagération de leur principe ; l'Empire fera bien de ne pas exagérer le pouvoir absolu, en le gardant. Il ne peut ni s'en passer, ni l'exercer rudement.
10 heures
Pas de lettre aujourd’hui. Pourquoi ? C’est très ennuyeux, pourvu que ce ne soit pas pas. Adieu. Adieu. G.
Je suis curieux de la discussion dans le Parlement où lord John a reconnu qu’il avait acquissée, comme Drouyn de Lhuys, aux dernières propositions de l’Autriche. Il est bien décidé à ne plus sortir des affaires. On dit que Lord Palmerston l'a mollement défendu. Il ne peut pourtant pas s'en passer. Ceci est certainement dans l’histoire du gouvernement anglais, une des époques les moins glorieuses pour les acteurs.
Le rapport du Prince Gortschakoff sur l'affaire du 18 prouve qu’elle a été bien rude pour tout le monde. Il avoue de son côté plus de 4000 hommes hors de combat. Mes filles ont eu hier des lettres d’Angleterre qui sont le pendant de celle de mon petit sous lientenant d’Escayrac. Le fils de Sir John Boileau a été blessé à l'attaque du Redan ; deux balles, l’une dans la jambe, l'autre dans le côté comme il se lançait en avant pour entrainer ses soldats. C’est un tout jeune homme. On le croit hors de danger. Morny a bien fait de laisser toute liberté de parole à Montalembert. Je ne crois pas que le retour à des Débats sérieux animés, prolonger fût tolérable pour le pouvoir actuel ; mais un beau discours libre, de temps en temps. entretient un peu de vie dans le public, et est, pour le pouvoir lui-même, un ornement sans danger. On dit que tous les gouvernements périssent par l'exagération de leur principe ; l'Empire fera bien de ne pas exagérer le pouvoir absolu, en le gardant. Il ne peut ni s'en passer, ni l'exercer rudement.
10 heures
Pas de lettre aujourd’hui. Pourquoi ? C’est très ennuyeux, pourvu que ce ne soit pas pas. Adieu. Adieu. G.
42. Val-Richer, Mardi 10 juillet 1855, François Guizot à Dorothée de Lieven
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
42 Val Richer, Mardi 10 Juillet 1855
7 heures
J’ai eu hier des lettres de Paris et mes journaux. Donc ce n’est pas la faute du chemin de fer si la vôtre ne m'est pas venue. Vous l'aurez fait mettre trop tard à la poste, en revenant de la promenade. Je ne trouve que cette raison là, et j'attends impatiemment ce matin une lettre ou deux. Le discours de Lord John est bien embarrassé et il y avait de quoi. Rester pour la guerre après avoir accepté les propositions de paix. et pourtant il y a quelque chose d'original et de ferme dans la franchise avec laquelle il a exposé sa conduite, et accepté d'avance tous les blâmes. Autrefois les ministres se chargeaient de résoudre les questions ; aujourd’hui, ils ne s'en chargent plus ; les questions sont trop lourdes pour eux, trop compliquées ; ils font des essais, ils offrent des solutions. On n'en veut pas, ou c’est trop difficile à faire accepter. Soit, ils renoncent à leurs propositions et restent pour faire le contraire de ce qu’ils avaient proposé.
Il ne manque au discours de Lord John qu’une chose l'éloge de M. Drouyn de Lhuys et de sa retraite. Est-il vrai que M. de Meyendorff doit passer quelques jours à Vienne en se rendant à Ischel ? Le moment semble bon en effet pour que Mad. de Meyendorff se réconcilie avec son frère.
Onze heures
Voilà mes deux lettres. C’est tout ce qu’il me faut, et je suis content. Prenez Molière dans ma bibliothèque édition des classiques français, de Didot. C'est la meilleure. Je trouve Hatzfeldt comme vous le trouvez. De plus, c’est une bêtise. Adieu, Adieu. G.
7 heures
J’ai eu hier des lettres de Paris et mes journaux. Donc ce n’est pas la faute du chemin de fer si la vôtre ne m'est pas venue. Vous l'aurez fait mettre trop tard à la poste, en revenant de la promenade. Je ne trouve que cette raison là, et j'attends impatiemment ce matin une lettre ou deux. Le discours de Lord John est bien embarrassé et il y avait de quoi. Rester pour la guerre après avoir accepté les propositions de paix. et pourtant il y a quelque chose d'original et de ferme dans la franchise avec laquelle il a exposé sa conduite, et accepté d'avance tous les blâmes. Autrefois les ministres se chargeaient de résoudre les questions ; aujourd’hui, ils ne s'en chargent plus ; les questions sont trop lourdes pour eux, trop compliquées ; ils font des essais, ils offrent des solutions. On n'en veut pas, ou c’est trop difficile à faire accepter. Soit, ils renoncent à leurs propositions et restent pour faire le contraire de ce qu’ils avaient proposé.
Il ne manque au discours de Lord John qu’une chose l'éloge de M. Drouyn de Lhuys et de sa retraite. Est-il vrai que M. de Meyendorff doit passer quelques jours à Vienne en se rendant à Ischel ? Le moment semble bon en effet pour que Mad. de Meyendorff se réconcilie avec son frère.
Onze heures
Voilà mes deux lettres. C’est tout ce qu’il me faut, et je suis content. Prenez Molière dans ma bibliothèque édition des classiques français, de Didot. C'est la meilleure. Je trouve Hatzfeldt comme vous le trouvez. De plus, c’est une bêtise. Adieu, Adieu. G.
44. Paris, Mercredi 11 juillet 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
44. Paris le 11 Juillet 1855
Tout le monde a été surpris hier de ne pas voir confirmée la nouvelle de la veille. Elle était officielle, et l’Empereur lui-même l'a contée à dîner à Lady Ashburton mais dans la soirée est venu comme je vous l’ai dit le démenti. C’est un singulier mistake. Il faut que Pélissier soit un peu étourdi. Hubner qui était venu chez moi m’avait conté la première dépêche ajoutant avec une satisfaction continue que nous avions été repoussés avec des pertes immenses. enfin pour le moment, nous ne sommes pas encore battus.
Hubner a un air dégagé. Je ne lui ai pas parlé du discours du trône, (délicatesse exagérée) lui était comme de coutume aigre pour nous et nous décla rant ruinés. Je lui ai demandé le cours de change de Vienne. & je lui ai dit le nôtre. Il m’a dit que cela ne prouvait rien. Il a un parti pris de se montrer content. Je sais cependant qu'il a eu des prises assez vives ici.
Les nouvelles de Londres sont assez mêlées. La situation de Lord John dans le Cabinet ne parait pas tenable, & l’indignation de la Chambre est soulevée contre lui. C’est très bien d’être franc, mais pourquoi n'a-t-il pas commencé par là en venant de Vienne ?
Vous avez donc oublié son premier discours alors. Plus belliqueux que qui que ce soit C'était après vos victoires du mamelon vert. Ceci est après la tour Malakoff manquée. Le fond de tout cela est qu'il veut redevenir premier ministre, et qu'il y aura encore du scandale à la Chambre.
Toutes les lettres le disent. Greville est reparti hier après m’avoir pris toute ma matinée. Je le regrette bien. Sa dernière journée avait été passé à Villeneuve l’étang. Petit couvert de 12 personnes. Promenade en bateau. Promenade en char à boeux. Enfin toutes les faveurs.
Vous voyez le bruit que fait le mot à Londres. Je ne pense pas que ce soit grand, cependant c’est mauvais.
La reine arrive le 17 août. Morny part Samedi pour Ems. Je le regretterai. Flahaut retourne Lundi à Londres. Les Shelbourne restent encore ici.
Lady Holland m'écrit mille choses exagerées sur la situation anglaise. Adieu. Adieu.
P.S.. Je viens de causer avec un italien le Dr Pantaleone venant de Rome, homme d’esprit, je ne sais pas du reste ce qu'il est, il me dit, que la situation temporelle du Pape est détestable. Elle ne tiendra pas. Il restera Pape à Rome mais le reste de ses états lui échappera. Si les Français quittaient, ce serait fait de tout, on serait entre les mains des égorgeurs. Il est grand ami de Palmerston, Minto, John Russell. Les révolutionnaires italiens détestent surtout l’Emp. Napoléon.
Je vous ai dit je crois que le duc de Noailles est parti hier pour Londres, avec sa femme & ses enfants. Il reviendra dans huit ou dix jours On me dit que l’Empereur a reçu à merveille M. de Sacy.
Tout le monde a été surpris hier de ne pas voir confirmée la nouvelle de la veille. Elle était officielle, et l’Empereur lui-même l'a contée à dîner à Lady Ashburton mais dans la soirée est venu comme je vous l’ai dit le démenti. C’est un singulier mistake. Il faut que Pélissier soit un peu étourdi. Hubner qui était venu chez moi m’avait conté la première dépêche ajoutant avec une satisfaction continue que nous avions été repoussés avec des pertes immenses. enfin pour le moment, nous ne sommes pas encore battus.
Hubner a un air dégagé. Je ne lui ai pas parlé du discours du trône, (délicatesse exagérée) lui était comme de coutume aigre pour nous et nous décla rant ruinés. Je lui ai demandé le cours de change de Vienne. & je lui ai dit le nôtre. Il m’a dit que cela ne prouvait rien. Il a un parti pris de se montrer content. Je sais cependant qu'il a eu des prises assez vives ici.
Les nouvelles de Londres sont assez mêlées. La situation de Lord John dans le Cabinet ne parait pas tenable, & l’indignation de la Chambre est soulevée contre lui. C’est très bien d’être franc, mais pourquoi n'a-t-il pas commencé par là en venant de Vienne ?
Vous avez donc oublié son premier discours alors. Plus belliqueux que qui que ce soit C'était après vos victoires du mamelon vert. Ceci est après la tour Malakoff manquée. Le fond de tout cela est qu'il veut redevenir premier ministre, et qu'il y aura encore du scandale à la Chambre.
Toutes les lettres le disent. Greville est reparti hier après m’avoir pris toute ma matinée. Je le regrette bien. Sa dernière journée avait été passé à Villeneuve l’étang. Petit couvert de 12 personnes. Promenade en bateau. Promenade en char à boeux. Enfin toutes les faveurs.
Vous voyez le bruit que fait le mot à Londres. Je ne pense pas que ce soit grand, cependant c’est mauvais.
La reine arrive le 17 août. Morny part Samedi pour Ems. Je le regretterai. Flahaut retourne Lundi à Londres. Les Shelbourne restent encore ici.
Lady Holland m'écrit mille choses exagerées sur la situation anglaise. Adieu. Adieu.
P.S.. Je viens de causer avec un italien le Dr Pantaleone venant de Rome, homme d’esprit, je ne sais pas du reste ce qu'il est, il me dit, que la situation temporelle du Pape est détestable. Elle ne tiendra pas. Il restera Pape à Rome mais le reste de ses états lui échappera. Si les Français quittaient, ce serait fait de tout, on serait entre les mains des égorgeurs. Il est grand ami de Palmerston, Minto, John Russell. Les révolutionnaires italiens détestent surtout l’Emp. Napoléon.
Je vous ai dit je crois que le duc de Noailles est parti hier pour Londres, avec sa femme & ses enfants. Il reviendra dans huit ou dix jours On me dit que l’Empereur a reçu à merveille M. de Sacy.
43. Val-Richer, Mercredi 11 juillet 1855, François Guizot à Dorothée de Lieven
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
43 Val Richer, Mercredi 11 Juillet 1855
Avez-vous remarqué, dans les Débats d’hier correspondance de Kamiesch du 24 Juin, le paragraphe : " En revanche, le 19, dans l'attaque de nuit que l'ennemi a tentée sur le mamelon vert, il a été rudement, reconduit la bayonnette dans les remis, malgré le nombre des assaillants. Nos soldats ont pris là une belle revanche, et ont rendu aux Russes tout le mal au moins qu’ils nous avaient fait la veille ? Qu'est-ce que cette affaire du 19, heureuse pour nous, dont on ne nous avait, ce me semble, point parlé ? Serait-ce la même chose que la dépêche télégraphique de Pélissier dont vous me parlez avant hier. Elle serait bien en retard. Je ne comprends pas. Les Anglais supporteront tout, étourderies, folies, ou platitudes, au dedans comme au dehors de leurs ministres comme de leurs alliés. Ils n’ont qu’une idée, et un but ; réussir dans leur entreprise contre vous, vous affaiblir et vous abaisser par la guerre et par la paix. Nation vraiment politique même quand elle fait de la mauvaise politique. Je ne doute pas que la plupart d’entre eux ne pensent de la conduite de Lord John ce qu’en dit Greville ; mais Lord John restera au pouvoir, et sans tracasserie sérieuse ; on a besoin de lui pour ce qu’on fait.
Si vous n'avez pas lu l’histoire de Jean Sobieski, de Salvandy, faites la prendre chez moi ; elle est ou dans mon cabinet, ou chez mon fils. Génie la trouvera. Elle vous intéressera. Il y a beaucoup de lettres de Sobieski que Salvandy a publiées pour la première fois. Les feuilles d'havas donnent en voyage du Prince de Prusse à St Pétersbourg, un but très politique, l’offre de nouvelles propositions de paix, venues de Vienne et approuvées à Berlin. Quoique vous ne voyez plus Hatzfeldt, en savez-vous quelque chose ?
Onze heures
Pas de lettre de vous encore ce matin. Il y a certainement quelque irrégularité dans la mise de vos lettres à la poste. Adieu, Adieu. G.
Avez-vous remarqué, dans les Débats d’hier correspondance de Kamiesch du 24 Juin, le paragraphe : " En revanche, le 19, dans l'attaque de nuit que l'ennemi a tentée sur le mamelon vert, il a été rudement, reconduit la bayonnette dans les remis, malgré le nombre des assaillants. Nos soldats ont pris là une belle revanche, et ont rendu aux Russes tout le mal au moins qu’ils nous avaient fait la veille ? Qu'est-ce que cette affaire du 19, heureuse pour nous, dont on ne nous avait, ce me semble, point parlé ? Serait-ce la même chose que la dépêche télégraphique de Pélissier dont vous me parlez avant hier. Elle serait bien en retard. Je ne comprends pas. Les Anglais supporteront tout, étourderies, folies, ou platitudes, au dedans comme au dehors de leurs ministres comme de leurs alliés. Ils n’ont qu’une idée, et un but ; réussir dans leur entreprise contre vous, vous affaiblir et vous abaisser par la guerre et par la paix. Nation vraiment politique même quand elle fait de la mauvaise politique. Je ne doute pas que la plupart d’entre eux ne pensent de la conduite de Lord John ce qu’en dit Greville ; mais Lord John restera au pouvoir, et sans tracasserie sérieuse ; on a besoin de lui pour ce qu’on fait.
Si vous n'avez pas lu l’histoire de Jean Sobieski, de Salvandy, faites la prendre chez moi ; elle est ou dans mon cabinet, ou chez mon fils. Génie la trouvera. Elle vous intéressera. Il y a beaucoup de lettres de Sobieski que Salvandy a publiées pour la première fois. Les feuilles d'havas donnent en voyage du Prince de Prusse à St Pétersbourg, un but très politique, l’offre de nouvelles propositions de paix, venues de Vienne et approuvées à Berlin. Quoique vous ne voyez plus Hatzfeldt, en savez-vous quelque chose ?
Onze heures
Pas de lettre de vous encore ce matin. Il y a certainement quelque irrégularité dans la mise de vos lettres à la poste. Adieu, Adieu. G.
45. Paris, Jeudi 12 juillet 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
45 Paris le 12 juillet 1855
C’est moi-même qui jette mes lettres à la poste en sortant à deux heures. Then is no mistake.
Vous voyez dans le Moniteur aujourd’hui la correspondance officielle sur la Baltique. Il me semble que tout cela aigrit encore. Qu’en pensez-vous ? Nous sommes bien montés. Le pillage à Ketch a été abominable. Des officiers anglais ont enlevé des images très riches des églises. Le fils de Cowley en a envoyé une à son père. Il la montre. On m’a prié de ne pas le dire. Je ne le dis qu'à vous.
Haztfeld est venu hier soir, tard pour 3 minutes, me dire Adieu. Il part ce matin et très subitement pour ses terres en Westphalie. Il n’ira pas même à Berlin. Il avait l’air égaré. S'il devenait fou je n’en serai pas étonnée. Il a sûrement quelque chagrin personnel, de fortune j’entend. Sa femme est à Aix en Savoie.
Le Moniteur dit des choses gracieuse à la Sardaigne. Je suis portée à croire que le voyage du Prince de Prusse n'a d’autre but que sa soeur dont c’est la fête demain. Leurs opinions politiques sont si différentes et depuis bien des années que je doute de la partie politique de ce voyage.
On parle beaucoup dans le public du mauvais état de santé de mon empereur. Il a toujours eu la poitrine. délicate, mais je crois pas qu'il y ait de danger. J’ai rencontré hier chez Mad. Svetchine, M. de Falloux. Il me déplait toujours davantage. L'air si Jésuite. Il allait hier à Champlatreux. Vous ai-je dit à propos de l’Autriche ce que m’a dit Greville ? " Pour se mettre activement de la partie elle demande deux choses : une armée pour la soutenir et de l’argent, La France des hommes. ne peut pas ; de l’argent l'Angleterre ne veut pas. On se passera d’elle." On reste très curieux de ce qui va se passer à Londres. Adieu. Adieu.
C’est moi-même qui jette mes lettres à la poste en sortant à deux heures. Then is no mistake.
Vous voyez dans le Moniteur aujourd’hui la correspondance officielle sur la Baltique. Il me semble que tout cela aigrit encore. Qu’en pensez-vous ? Nous sommes bien montés. Le pillage à Ketch a été abominable. Des officiers anglais ont enlevé des images très riches des églises. Le fils de Cowley en a envoyé une à son père. Il la montre. On m’a prié de ne pas le dire. Je ne le dis qu'à vous.
Haztfeld est venu hier soir, tard pour 3 minutes, me dire Adieu. Il part ce matin et très subitement pour ses terres en Westphalie. Il n’ira pas même à Berlin. Il avait l’air égaré. S'il devenait fou je n’en serai pas étonnée. Il a sûrement quelque chagrin personnel, de fortune j’entend. Sa femme est à Aix en Savoie.
Le Moniteur dit des choses gracieuse à la Sardaigne. Je suis portée à croire que le voyage du Prince de Prusse n'a d’autre but que sa soeur dont c’est la fête demain. Leurs opinions politiques sont si différentes et depuis bien des années que je doute de la partie politique de ce voyage.
On parle beaucoup dans le public du mauvais état de santé de mon empereur. Il a toujours eu la poitrine. délicate, mais je crois pas qu'il y ait de danger. J’ai rencontré hier chez Mad. Svetchine, M. de Falloux. Il me déplait toujours davantage. L'air si Jésuite. Il allait hier à Champlatreux. Vous ai-je dit à propos de l’Autriche ce que m’a dit Greville ? " Pour se mettre activement de la partie elle demande deux choses : une armée pour la soutenir et de l’argent, La France des hommes. ne peut pas ; de l’argent l'Angleterre ne veut pas. On se passera d’elle." On reste très curieux de ce qui va se passer à Londres. Adieu. Adieu.
44. Val-Richer, Jeudi 12 juillet 1855, François Guizot à Dorothée de Lieven
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
44 Val Richer, Jeudi 1 Juillet 1855
J’attends ma, c'est-à-dire mes lettres. Je vous assure que c’est très amusant, de faire de l’agriculture. J’assiste à l’ardeur qu’on y porte autour de moi, mon gendre, ma fille, leurs domestiques. Il fait du soleil ; vite, les foins ; on se pressé, on court ; on rassemble des faucheurs, des faneurs, des faneuses ; les foins tombent, les meules s'élèvent. La pluie vient ; on laisse là les foins qu’ils attendent ; il faut transplanter les betteraves, les turneps, il faut rentrer à l'étable les moutons, qui s'enrhumeraient. C'est une activité continuelle, une attention de tous les moments, au temps qu’il fait, au vent qui souffle une vivacité d'impressions, une variété d'occupations qui remplissent l’esprit et la vie. Je me figure que, si j'étais plus jeune, je pourrais m’arranger de cette vie là ; mais je ne me figure pas cela pour vous, et vous me manqueriez dans les champs comme ailleurs.
Vous trouviez que le mot avait raison dans ses premiers meetings à Hyde Park. Selon sa coutume, il s'est vite dépêché d'avoir tort. Il demandait à pouvoir acheter de quoi manger le dimanche. On le lui accorde. Il casse les vitres et enfonce les portes de ceux qui le lui accordent. Quel dommage que les grands, pour ne pas faire de sottises, aient besoin que les petits les avertissent en en faisant d'autres, et de plus bruyantes !
Je vois que Lord Palmerston et sir George Grey ont promis, pour dimanche prochain, une répression efficace. Ils feront bien de ne pas attendre. Avez-vous remarqué les articles, des journaux anglais de l'Examiner entre autres, pour comparer Lord Raglan aux généraux Français ? Si nos journaux à nous pouvaient parler, et s'ils traitaient Lord Raglan, sir George Brown et autres comme ceux de Londres traitent, St Arnaud. Canrobert et Pélissier, l'harmonie courrait risque d'être un peu troublée.
Onze heures
Voilà le N°46. Je n’ai pas le 43. Je déteste les lettres perdues. Le 44 est intéressant ; mais il ne remplace rien. Adieu, Adieu. G.
J’attends ma, c'est-à-dire mes lettres. Je vous assure que c’est très amusant, de faire de l’agriculture. J’assiste à l’ardeur qu’on y porte autour de moi, mon gendre, ma fille, leurs domestiques. Il fait du soleil ; vite, les foins ; on se pressé, on court ; on rassemble des faucheurs, des faneurs, des faneuses ; les foins tombent, les meules s'élèvent. La pluie vient ; on laisse là les foins qu’ils attendent ; il faut transplanter les betteraves, les turneps, il faut rentrer à l'étable les moutons, qui s'enrhumeraient. C'est une activité continuelle, une attention de tous les moments, au temps qu’il fait, au vent qui souffle une vivacité d'impressions, une variété d'occupations qui remplissent l’esprit et la vie. Je me figure que, si j'étais plus jeune, je pourrais m’arranger de cette vie là ; mais je ne me figure pas cela pour vous, et vous me manqueriez dans les champs comme ailleurs.
Vous trouviez que le mot avait raison dans ses premiers meetings à Hyde Park. Selon sa coutume, il s'est vite dépêché d'avoir tort. Il demandait à pouvoir acheter de quoi manger le dimanche. On le lui accorde. Il casse les vitres et enfonce les portes de ceux qui le lui accordent. Quel dommage que les grands, pour ne pas faire de sottises, aient besoin que les petits les avertissent en en faisant d'autres, et de plus bruyantes !
Je vois que Lord Palmerston et sir George Grey ont promis, pour dimanche prochain, une répression efficace. Ils feront bien de ne pas attendre. Avez-vous remarqué les articles, des journaux anglais de l'Examiner entre autres, pour comparer Lord Raglan aux généraux Français ? Si nos journaux à nous pouvaient parler, et s'ils traitaient Lord Raglan, sir George Brown et autres comme ceux de Londres traitent, St Arnaud. Canrobert et Pélissier, l'harmonie courrait risque d'être un peu troublée.
Onze heures
Voilà le N°46. Je n’ai pas le 43. Je déteste les lettres perdues. Le 44 est intéressant ; mais il ne remplace rien. Adieu, Adieu. G.
46. Paris, Vendredi 13 juillet 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
46. Paris le 13 Juillet 1855
Les foins, les navets tout cela est bien joli dans votre lettre, & vous avez fait là dessus une page charmante en fait de champêtre. J’aimerais cependant mieux me faire jardinier. Les fleurs, cela me plait davantage.
J'ai eu hier la visite de la comtesse Montijo. J’avais en même temps Flahaut. Tête-à-tête avec personne. Et Bibesco avec tout cela dont les yeux ont bien étonnés les autres.
Pas de lettres d'Angleterre et pas de Times hier. On dit qu'il a été saisi, je ne puis pas le croire. En attendant les Anglais sont inquiets de la crise. On dit que John se retire. Je ne crois pas cela. Hier les Shelburn & d' autres Anglais ont dîné chez l'Empereur. Il ira chercher l’Impératrice. Je ne sais pas quand mais je pense que ce ne sera pas plus tard que le commencement d’août.
Comme je regrette mon Greville. Le soir, j’ai Montebello presque toujours. Viel-Castel part. D’Haubersaert est venu pour 3 jours. Je vois des Anglais, mais pas le soir. Lady Ashburton a beaucoup d’esprit. Adieu. Adieu, car je n'ai rien de plus à vous dire.
Les foins, les navets tout cela est bien joli dans votre lettre, & vous avez fait là dessus une page charmante en fait de champêtre. J’aimerais cependant mieux me faire jardinier. Les fleurs, cela me plait davantage.
J'ai eu hier la visite de la comtesse Montijo. J’avais en même temps Flahaut. Tête-à-tête avec personne. Et Bibesco avec tout cela dont les yeux ont bien étonnés les autres.
Pas de lettres d'Angleterre et pas de Times hier. On dit qu'il a été saisi, je ne puis pas le croire. En attendant les Anglais sont inquiets de la crise. On dit que John se retire. Je ne crois pas cela. Hier les Shelburn & d' autres Anglais ont dîné chez l'Empereur. Il ira chercher l’Impératrice. Je ne sais pas quand mais je pense que ce ne sera pas plus tard que le commencement d’août.
Comme je regrette mon Greville. Le soir, j’ai Montebello presque toujours. Viel-Castel part. D’Haubersaert est venu pour 3 jours. Je vois des Anglais, mais pas le soir. Lady Ashburton a beaucoup d’esprit. Adieu. Adieu, car je n'ai rien de plus à vous dire.
45. Val-Richer, Vendredi 13 juillet 1855, François Guizot à Dorothée de Lieven
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
45 Val Richer, Vendredi 13 Juillet 1855
Le Dr Pantaleone est le premier médecin de Rome, celui qu'Andral recom mande à ses chiens qui vont en Italie ; homme d’esprit en effet, à ce que disent mes enfants qui l’ont vu souvent ; libéral, empris sonné dans la réaction après le siège, mais bientôt mis en liberté parce que la plupart des cardinaux ne peuvent se passer de lui. Très Français d’idées et de goût. Je crois vrai ce qu’il vous a dit de l'état du Pape, à Rome. Le Pape et le Sultan ne se soutiennent plus que par les armées étran gères. Les affaires du Pape peuvent encore s’arranger ; mais pour celles du Sultan, c’est fini de son indépendance. Je ne me lasse pas d'admirer la sottise et le néant de ce qui se fait. On vient de se battre, ou l’on se bat probablement à l'heure qu’il est. Dieu veuille que ce soit avec un résultat. Je doute que ce résultat soit la paix ; mais il fera au moins faire un pas aux événements. Je ne connais rien de plus triste que cette boucherie prolongée et sterile.
La proclamation du Prince Gortschakoff après le 15 est vantarde, beaucoup moins convenable que celle du général Pélissier. Le succès inspire souvent moins bien que le revers. Peut-être est-ce ainsi qu’il faut parler aux Russes ; mais l’Europe lit tout.
La manière de Hübner ne m'étonne pas. C’est toujours le même rôle. Faine à Vienne de la neutralité et à Paris de la bonne grace. Ne point se donner et ne se brouiller à aucun prix. Cela a réussi jusqu'à présent, et je ne vois pas pourquoi, cela ne réussirait pas jusqu'au bat. Ni à Londres, ni à Paris, on n'est en mesure non plus de se brouiller. Il faudrait des succès immenses pour qu’on court cette chance là, et alors l’Autriche ne la couvrait pas. Avec vous surtout, Hübner sera toujours très occidental.
Je trouve que le Roi de Naples l'est bien peu pour un Prince si exposé et si timide. Interdire l'exportation de toutes les denrées quand c'est l’Angleterre et la France seule qui peuvent les acheter ce n’est pas même de la neutralité.
Pourquoi, Antonini a-t-il empêché Serra Capriola de passer par Paris comme il le projetait ?
Honneur à part, les mouvements de Lord John sont trop brusques ; on ne devient pas tour à tour du jour au lendemain, le ministre de la guerre et la paix. Il y a de l'influence et de l'impatience de femme là dedans. Quand les Anglais se laissent prendre par les femmes, légitimes, ou illégitimes, ils sont plus pris que personne. Je ne connais pas grand chose de plus honteux que Lord Nelson à Naples sous le joug de Lady Hamilton. Lady John ne fera rien faire de semblable à son mari, mais beaucoup de pauvretés, probablement inutiles. J’en suis fâché, car elle me plaît, et lui aussi Je ne me préoccupe guère des désordres de Londres. Nos journaux sont des badauds de voir là une grande lutte de l’aristocratie et de la démocratie déjà ceux de Londres Torys, Whigs, ou radicaux, prêchent contre les émentiers.
Onze heures
Je n’ai rien à ajouter qu'adieu, et adieu. G.
Le Dr Pantaleone est le premier médecin de Rome, celui qu'Andral recom mande à ses chiens qui vont en Italie ; homme d’esprit en effet, à ce que disent mes enfants qui l’ont vu souvent ; libéral, empris sonné dans la réaction après le siège, mais bientôt mis en liberté parce que la plupart des cardinaux ne peuvent se passer de lui. Très Français d’idées et de goût. Je crois vrai ce qu’il vous a dit de l'état du Pape, à Rome. Le Pape et le Sultan ne se soutiennent plus que par les armées étran gères. Les affaires du Pape peuvent encore s’arranger ; mais pour celles du Sultan, c’est fini de son indépendance. Je ne me lasse pas d'admirer la sottise et le néant de ce qui se fait. On vient de se battre, ou l’on se bat probablement à l'heure qu’il est. Dieu veuille que ce soit avec un résultat. Je doute que ce résultat soit la paix ; mais il fera au moins faire un pas aux événements. Je ne connais rien de plus triste que cette boucherie prolongée et sterile.
La proclamation du Prince Gortschakoff après le 15 est vantarde, beaucoup moins convenable que celle du général Pélissier. Le succès inspire souvent moins bien que le revers. Peut-être est-ce ainsi qu’il faut parler aux Russes ; mais l’Europe lit tout.
La manière de Hübner ne m'étonne pas. C’est toujours le même rôle. Faine à Vienne de la neutralité et à Paris de la bonne grace. Ne point se donner et ne se brouiller à aucun prix. Cela a réussi jusqu'à présent, et je ne vois pas pourquoi, cela ne réussirait pas jusqu'au bat. Ni à Londres, ni à Paris, on n'est en mesure non plus de se brouiller. Il faudrait des succès immenses pour qu’on court cette chance là, et alors l’Autriche ne la couvrait pas. Avec vous surtout, Hübner sera toujours très occidental.
Je trouve que le Roi de Naples l'est bien peu pour un Prince si exposé et si timide. Interdire l'exportation de toutes les denrées quand c'est l’Angleterre et la France seule qui peuvent les acheter ce n’est pas même de la neutralité.
Pourquoi, Antonini a-t-il empêché Serra Capriola de passer par Paris comme il le projetait ?
Honneur à part, les mouvements de Lord John sont trop brusques ; on ne devient pas tour à tour du jour au lendemain, le ministre de la guerre et la paix. Il y a de l'influence et de l'impatience de femme là dedans. Quand les Anglais se laissent prendre par les femmes, légitimes, ou illégitimes, ils sont plus pris que personne. Je ne connais pas grand chose de plus honteux que Lord Nelson à Naples sous le joug de Lady Hamilton. Lady John ne fera rien faire de semblable à son mari, mais beaucoup de pauvretés, probablement inutiles. J’en suis fâché, car elle me plaît, et lui aussi Je ne me préoccupe guère des désordres de Londres. Nos journaux sont des badauds de voir là une grande lutte de l’aristocratie et de la démocratie déjà ceux de Londres Torys, Whigs, ou radicaux, prêchent contre les émentiers.
Onze heures
Je n’ai rien à ajouter qu'adieu, et adieu. G.
47. Paris, Samedi 14 juillet 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
47 Paris le 14 juillet 1855
Le dîner d’avant hier aux Tuileries à Paris à l’Empereur si agréable qu'il a réuni hier à Villemême l’Etang la même société. Elle se compose de Lady Mandeville, Lady Escho, lady Shelburne, Mad. Walevski, très joli choix. Flahaut et Morny ont été des deux dîners.
Pas la moindre nouvelle. Mérode est venu le soir. Il est ici pour deux. jours. Son beau frère est parti pour Contrexéville ; tout le monde part. Cependant Paris est bien plein toujours, beaucoup d’étrangers. Le temps s’est remis au beau. Et je meure d'envie de l’air des champs, mais où l’aller chercher. Où trouver des humains ? Je pense un peu à Versailles. Comment faire pour accrocher la M. Saint-Marc Girardin. Je ne le connais pas du tout. Comment m'y prendre avec un peu de convenance ? Adieu, Adieu.
Lady Hollande mande qu'on parle beaucoup d'un Ministère Derby Palmerston. Mais je ne puis pas le croire.
Le dîner d’avant hier aux Tuileries à Paris à l’Empereur si agréable qu'il a réuni hier à Villemême l’Etang la même société. Elle se compose de Lady Mandeville, Lady Escho, lady Shelburne, Mad. Walevski, très joli choix. Flahaut et Morny ont été des deux dîners.
Pas la moindre nouvelle. Mérode est venu le soir. Il est ici pour deux. jours. Son beau frère est parti pour Contrexéville ; tout le monde part. Cependant Paris est bien plein toujours, beaucoup d’étrangers. Le temps s’est remis au beau. Et je meure d'envie de l’air des champs, mais où l’aller chercher. Où trouver des humains ? Je pense un peu à Versailles. Comment faire pour accrocher la M. Saint-Marc Girardin. Je ne le connais pas du tout. Comment m'y prendre avec un peu de convenance ? Adieu, Adieu.
Lady Hollande mande qu'on parle beaucoup d'un Ministère Derby Palmerston. Mais je ne puis pas le croire.
46. Val-Richer, Samedi 14 juillet 1855, François Guizot à Dorothée de Lieven
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
48 Val Richer, Samedi 14 Juillet 1855
Êtes vous assez française pour savoir ce que c’est que le 14 Juillet, et pour vous en émouvoit ans après ? C'est le jour de la prise de la Bastille, le jour de la première victoire et des premiers. meurtres populaires de la Révolution. Ce que deviendra la France actuelle, Dieu seul le sait ; mais c’est ce jour-là qu’elle a commencé dans sa force et dans sa folie. Je trouve en effet votre correspondance quant au pavillon parlementaire dans la Baltique bien aigre ; je dis votre, car c'est la vôtre qui est aigre ; celle de l’aminal Dundas est modérée et civilisée. Si les Anglais ont un effet abusé, comme vous le dites, du pavillon parlementaire, vous avez raison ; mais il faut que vous en soyez bien sûrs, car la mesure que vous prenez est bien dure, bien contraire aux usages des peuples Chrétiens. Interdire le pavillon, parlementaire partout excepté sur trois points, c'est le rendre impossible le jour et sur le point où il peut être indispensable, pour arrêter une effusion de sang inutile, pour convenir d’une suspension d'armes, pour emporter des blessés, pour échanger des prisonniers. Tant que la guerre dure, ces cas là peuvent se présenter partout, tous les jours, sur mer comme sur terre, dans la Baltique comme dans la mer noire. Jusqu'ici le droit des gens a été que, partout où des ennemis se rencontraient, ils pouvaient convenir qu’ils cesseraient un moment de se battre, s'aborder du moins pour en convenir, pour se le proposer. Vous abolissez ce droit des gens. Vous voulez qu'excepté sur trois points, on fasse la guerre incessamment impitoyablement, en Barbares, non plus en peuples civilisés, ni en Chrétiens. Je comprends que l’amiral Dundas et l’amiral Pénaud vous en renvoyent la responsabilité. Je souhaite qu’ils ne vous aient pas poussés à cette violence par un usage déloyal du droit commun.
Votre prompte réserve sur les chagrins personnels de Hatzfeld m’a amusé : " De fortune s’entend". Sa femme est à Aix en Savoie. Je serais fâché qu’il lui arrivât malheur, et qu’il devint fou. Je m'intéresse aux honnêtes gens, même quand ils n'ont pas beaucoup d’esprit.
Si la France et l'Angleterre, en demandant à l’Autriche de faire la guerre à la Russie ne veulent lui donner, ni hommes, ni argent, l’Autriche a parfaitement raison de s'y refuser. Quand elle n'en aurait aucune autre raison, celle-là suffirait.
10 heures
Rien dans les lettres, ni dans les journaux. Adieu. Adieu. G.
Êtes vous assez française pour savoir ce que c’est que le 14 Juillet, et pour vous en émouvoit ans après ? C'est le jour de la prise de la Bastille, le jour de la première victoire et des premiers. meurtres populaires de la Révolution. Ce que deviendra la France actuelle, Dieu seul le sait ; mais c’est ce jour-là qu’elle a commencé dans sa force et dans sa folie. Je trouve en effet votre correspondance quant au pavillon parlementaire dans la Baltique bien aigre ; je dis votre, car c'est la vôtre qui est aigre ; celle de l’aminal Dundas est modérée et civilisée. Si les Anglais ont un effet abusé, comme vous le dites, du pavillon parlementaire, vous avez raison ; mais il faut que vous en soyez bien sûrs, car la mesure que vous prenez est bien dure, bien contraire aux usages des peuples Chrétiens. Interdire le pavillon, parlementaire partout excepté sur trois points, c'est le rendre impossible le jour et sur le point où il peut être indispensable, pour arrêter une effusion de sang inutile, pour convenir d’une suspension d'armes, pour emporter des blessés, pour échanger des prisonniers. Tant que la guerre dure, ces cas là peuvent se présenter partout, tous les jours, sur mer comme sur terre, dans la Baltique comme dans la mer noire. Jusqu'ici le droit des gens a été que, partout où des ennemis se rencontraient, ils pouvaient convenir qu’ils cesseraient un moment de se battre, s'aborder du moins pour en convenir, pour se le proposer. Vous abolissez ce droit des gens. Vous voulez qu'excepté sur trois points, on fasse la guerre incessamment impitoyablement, en Barbares, non plus en peuples civilisés, ni en Chrétiens. Je comprends que l’amiral Dundas et l’amiral Pénaud vous en renvoyent la responsabilité. Je souhaite qu’ils ne vous aient pas poussés à cette violence par un usage déloyal du droit commun.
Votre prompte réserve sur les chagrins personnels de Hatzfeld m’a amusé : " De fortune s’entend". Sa femme est à Aix en Savoie. Je serais fâché qu’il lui arrivât malheur, et qu’il devint fou. Je m'intéresse aux honnêtes gens, même quand ils n'ont pas beaucoup d’esprit.
Si la France et l'Angleterre, en demandant à l’Autriche de faire la guerre à la Russie ne veulent lui donner, ni hommes, ni argent, l’Autriche a parfaitement raison de s'y refuser. Quand elle n'en aurait aucune autre raison, celle-là suffirait.
10 heures
Rien dans les lettres, ni dans les journaux. Adieu. Adieu. G.
48. Paris, Dimanche 15 juillet 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
48. Paris le 15 Juillet 1855
Pas la moindre nouvelle si ce n’est la démission de Lord John, et encore faut il savoir si elle est vraie. On n’en doute pas à l’Ambassade et que cela n’entraine une crise ministérielle. Palmerston doit cependant avoir dit que quoiqu'il arrive, il était déterminé à rester.
J’ai vu hier Morny, il part demain. Il est charmé d’aller à Ems. Il ne raconte pas beaucoup, même très peu J’ai connu des temps où il était plus en train de bonne humeur. Je suis étonnée du silence. de Greville.
Lady Holland. m'écrit mais rien qui mérite de vous être rapporté. Je suis honteuse de n’avoir rien à vous dire. I can not help it.
Je suis honteuse aussi de ne pas savoir prendre mon parti de mon été. Je veux aller quelque part. Je ne sais où. La solitude pas possible. Un peu loin, même Trouville, c’est trop loin, & des embarras. Cependant ici on étouffe. Et puis c’est humiliant. de voir partir tout le monde. Je crois que ce sentiment m'étouffe encore, plus que la chaleur.
Certainement je me suis souvenue hier de la Bastille. Vous savez que j’ai la mémoire des dates, & je trouve des souvenirs à tous les jours de l’année. Adieu. Adieu.
Je reçois un billet de lady Mary Labouchère qui confirme la démission de John. Elle a été amenée par le refus formel des partisans du gouvernement de lui contenir leur appui si il continuait à en faire partie. L'orage qui menaçait Lord Palmerston est pour le moment détourné. Voilà la fin du petit billet de tout à l'heure.
Une longue lettre de Greville, expliquant tout. Les amis même de John l'ont forcé à sortir. Il est tout simplement chassé par eux. On suppose maintenant. que Bulwer retirera sa motion, & que Palmerston is safe.
Pas la moindre nouvelle si ce n’est la démission de Lord John, et encore faut il savoir si elle est vraie. On n’en doute pas à l’Ambassade et que cela n’entraine une crise ministérielle. Palmerston doit cependant avoir dit que quoiqu'il arrive, il était déterminé à rester.
J’ai vu hier Morny, il part demain. Il est charmé d’aller à Ems. Il ne raconte pas beaucoup, même très peu J’ai connu des temps où il était plus en train de bonne humeur. Je suis étonnée du silence. de Greville.
Lady Holland. m'écrit mais rien qui mérite de vous être rapporté. Je suis honteuse de n’avoir rien à vous dire. I can not help it.
Je suis honteuse aussi de ne pas savoir prendre mon parti de mon été. Je veux aller quelque part. Je ne sais où. La solitude pas possible. Un peu loin, même Trouville, c’est trop loin, & des embarras. Cependant ici on étouffe. Et puis c’est humiliant. de voir partir tout le monde. Je crois que ce sentiment m'étouffe encore, plus que la chaleur.
Certainement je me suis souvenue hier de la Bastille. Vous savez que j’ai la mémoire des dates, & je trouve des souvenirs à tous les jours de l’année. Adieu. Adieu.
Je reçois un billet de lady Mary Labouchère qui confirme la démission de John. Elle a été amenée par le refus formel des partisans du gouvernement de lui contenir leur appui si il continuait à en faire partie. L'orage qui menaçait Lord Palmerston est pour le moment détourné. Voilà la fin du petit billet de tout à l'heure.
Une longue lettre de Greville, expliquant tout. Les amis même de John l'ont forcé à sortir. Il est tout simplement chassé par eux. On suppose maintenant. que Bulwer retirera sa motion, & que Palmerston is safe.
47. Val-Richer, Dimanche 15 juillet 1855, François Guizot à Dorothée de Lieven
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
47 Val Richer, Dimanche 15 Juillet 1855
Le N°43 n’est pas venu et ne viendra pas. Je soupçonne que vous ne m’avez pas écrit ce jour-là ; c'était le jour où Greville partant vous a pris toute votre matinée. Vous auriez mieux fait de me le dire. Si j’ai tort, pardonnez-moi, mon soupçon. Si j’ai raison, j’aime mieux vous l'avoir dit. Le feu des Anglais, le 10, contre le grand Redan, n'était évidemment combiné avec aucune attaque de notre côté, puisque nous n'avons pas bougé, ni même tiré. Tantôt nous agissons séparement ; tantôt, quand nous agissons ensemble, nous nous plaignons les uns des autres. Ma conjecture générale, c’est que nous nous battons mieux que les Anglais, et qu’ils disent plus vrai que nous.
Vous avez certainement remarqué le Morning Post du 12. Nous allons voir pourquoi lord John n’a pas fait comme Drouyn de Lhuys, ce qui nous apprendra ce qu’a fait Drouyn de Lhuys. Curieux spectacle. La publicité est comme la peste, contagieuse ; quand elle est quelque part, pour peu qu’on y touche, il n’y a pas moyen de s'en défendre. A propos de publicité, c’est une grande faveur que la lettre de l'Empereur à M. Véron et aussi une marque d’amitié pour Morny. Le livre, déjà fort répandu, en sera du bien davantage.
Puisque le général Jomini a obtenu la permission de venir vivre à Bruxelles, je présume qu’il y dirigera le journal, le Nord. Je doute que cette tentative nous réussisse. On sait trop que le journal vient de Pétersbourg. Il sera quasi officiel. Faire un journal officiel à 600 lieues de chez soi c’est bien hasardeux. Le général Jomini a de l’esprit, mais du vieil esprit qui ne va plus guère à l'état actuel des esprits, ni de l'Europe.
Onze heures
Vos généraux se font tuer comme les autres. Il me semble que vos amiraux surtout ont du malheur. Adieu. G.
Le N°43 n’est pas venu et ne viendra pas. Je soupçonne que vous ne m’avez pas écrit ce jour-là ; c'était le jour où Greville partant vous a pris toute votre matinée. Vous auriez mieux fait de me le dire. Si j’ai tort, pardonnez-moi, mon soupçon. Si j’ai raison, j’aime mieux vous l'avoir dit. Le feu des Anglais, le 10, contre le grand Redan, n'était évidemment combiné avec aucune attaque de notre côté, puisque nous n'avons pas bougé, ni même tiré. Tantôt nous agissons séparement ; tantôt, quand nous agissons ensemble, nous nous plaignons les uns des autres. Ma conjecture générale, c’est que nous nous battons mieux que les Anglais, et qu’ils disent plus vrai que nous.
Vous avez certainement remarqué le Morning Post du 12. Nous allons voir pourquoi lord John n’a pas fait comme Drouyn de Lhuys, ce qui nous apprendra ce qu’a fait Drouyn de Lhuys. Curieux spectacle. La publicité est comme la peste, contagieuse ; quand elle est quelque part, pour peu qu’on y touche, il n’y a pas moyen de s'en défendre. A propos de publicité, c’est une grande faveur que la lettre de l'Empereur à M. Véron et aussi une marque d’amitié pour Morny. Le livre, déjà fort répandu, en sera du bien davantage.
Puisque le général Jomini a obtenu la permission de venir vivre à Bruxelles, je présume qu’il y dirigera le journal, le Nord. Je doute que cette tentative nous réussisse. On sait trop que le journal vient de Pétersbourg. Il sera quasi officiel. Faire un journal officiel à 600 lieues de chez soi c’est bien hasardeux. Le général Jomini a de l’esprit, mais du vieil esprit qui ne va plus guère à l'état actuel des esprits, ni de l'Europe.
Onze heures
Vos généraux se font tuer comme les autres. Il me semble que vos amiraux surtout ont du malheur. Adieu. G.
49. Paris, Lundi 16 juillet 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
49. Paris le 16 juillet 1855
Certainement le 43 a été écrit, mais je ne vous dirai pas ce qu'il contenait. Il est resté cacheté. Dans ma poche jusqu'au lendemain parce que j’avais des misgivings sur la conve nance de vous l’envoyer. Cela a tourné en certitude que je ne devais pas le faire. Et voilà ! Une petite demie-feuille, que j’ai décidé deux jours après. Je pouvais vous dire cela plutôt, je sauvais un innocent, la poste. Mais la paresse l'a emporté, car c'était, comme cela est aujourd’hui une page d'écriture. Enfin vous me rappellerez ceci, quand nous nous reverrons. Je doute que ce soit à Trouville. Paresse aussi.
Morny est venu me dire Adieu. Il est parti ce matin pour Ems. Flahaut est venu aussi, il part demain pour Londres. Tous les diplomates parlent bien de Walevski ; très poli et de propos très doux. Très pacifique.
Il me sera impossible de lire les pièces déposées au Parlement. Vous m'en direz votre avis. On regarde le ministère comme hors d’affaire. Bulwer ne fera pas sa motion. Les dépêches de Clarendon ont eu un grand succès. Adieu. Adieu.
Certainement le 43 a été écrit, mais je ne vous dirai pas ce qu'il contenait. Il est resté cacheté. Dans ma poche jusqu'au lendemain parce que j’avais des misgivings sur la conve nance de vous l’envoyer. Cela a tourné en certitude que je ne devais pas le faire. Et voilà ! Une petite demie-feuille, que j’ai décidé deux jours après. Je pouvais vous dire cela plutôt, je sauvais un innocent, la poste. Mais la paresse l'a emporté, car c'était, comme cela est aujourd’hui une page d'écriture. Enfin vous me rappellerez ceci, quand nous nous reverrons. Je doute que ce soit à Trouville. Paresse aussi.
Morny est venu me dire Adieu. Il est parti ce matin pour Ems. Flahaut est venu aussi, il part demain pour Londres. Tous les diplomates parlent bien de Walevski ; très poli et de propos très doux. Très pacifique.
Il me sera impossible de lire les pièces déposées au Parlement. Vous m'en direz votre avis. On regarde le ministère comme hors d’affaire. Bulwer ne fera pas sa motion. Les dépêches de Clarendon ont eu un grand succès. Adieu. Adieu.
48. Val-Richer, Lundi 16 juillet 1855, François Guizot à Dorothée de Lieven
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
48 Val Richer Lundi 16 Juillet 1855
Contre mon usage, je me suis levé tard ce matin ; j’ai eu toutes sortes de petites affaires et l'heure me presse. Vous n'aurez que quelques lignes. Aussi bien je n’ai rien à vous dire. Nous ne nous disons jamais cela quand nous sommes ensemble.
Si vous allez à Versailles voulez-vous que j'écrive à St Marc Girardin ? C’est peut-être bien de la façon. Surtout aujourd’hui que votre situation est un peu délicate. Vous êtes compromettante. Il ne faut parler d'aller chez vous qu'aux gens dont on est sûr qu’ils n'en seront pas embarrassés. Peut-être vaudrait-il mieux en parler vous-même à Génie qui voit presque tous les jours se Marc Girardin au Journal des Débats, et qui pourrait lui en parler. Ce serait plus simple. Du reste, décidez ; je ferai ce que Vous voudrez.
Voilà votre lettre. Je trouve comique votre humiliation de rester à Paris quand tout le monde s'en va. Comment pouvez vous être humilié à si bon marche ? Toutes vos autres raisons de regretter la campagne sont bonnes. Celle-là ne vaut rien. La chute de Lord John est aujourd’hui une justice, et dans quelque temps peut être un avantage. Palmerston et lui ont tour à tour bien des petits plaisirs de vengeance mutuelle. Mais Palmerston a le dernier. Adieu, Adieu. G.
Contre mon usage, je me suis levé tard ce matin ; j’ai eu toutes sortes de petites affaires et l'heure me presse. Vous n'aurez que quelques lignes. Aussi bien je n’ai rien à vous dire. Nous ne nous disons jamais cela quand nous sommes ensemble.
Si vous allez à Versailles voulez-vous que j'écrive à St Marc Girardin ? C’est peut-être bien de la façon. Surtout aujourd’hui que votre situation est un peu délicate. Vous êtes compromettante. Il ne faut parler d'aller chez vous qu'aux gens dont on est sûr qu’ils n'en seront pas embarrassés. Peut-être vaudrait-il mieux en parler vous-même à Génie qui voit presque tous les jours se Marc Girardin au Journal des Débats, et qui pourrait lui en parler. Ce serait plus simple. Du reste, décidez ; je ferai ce que Vous voudrez.
Voilà votre lettre. Je trouve comique votre humiliation de rester à Paris quand tout le monde s'en va. Comment pouvez vous être humilié à si bon marche ? Toutes vos autres raisons de regretter la campagne sont bonnes. Celle-là ne vaut rien. La chute de Lord John est aujourd’hui une justice, et dans quelque temps peut être un avantage. Palmerston et lui ont tour à tour bien des petits plaisirs de vengeance mutuelle. Mais Palmerston a le dernier. Adieu, Adieu. G.
50. Paris, Mardi 17 juillet 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
50. Paris le 17 juillet Mardi 1855
Je renonce à faire la connaissance de M. St Marc Girardin. Vous avez raison je ne suis plus libre de suivre mes fantaisies. Quand on me dit que je suis une personne compromettante, mon premier mouvement est de l’étonnement, je me sens si innocente, & puis, je me rappelle que je suis russe & que nous sommes en guerre. Je devrais être trop heureuse que mes vieilles connaissances ne me renient pas.
C’est donc fini, d’ailleurs je doute que j'aille à Versailles. Mon été, mon dernier peut-être, massacré à Paris. J’ai eu hier une longue visite du prince de Wasa. Vous savez qu’il habite Vienne. Il m'a raconté d'assez étranges choses. Entre autres la contrariété qu’a éprouvée Bourqueney quand nous avons accepté les quatre points. Décidemment vous n’avez jamais voulu la paix. J’avais été très bonne pour ce prince Wasa il y a 35 ans. Il était bien jeune alors, je lui ai trouvé bien peu d’esprit. Il lui en est venu depuis, et sa conversation m’a fort intéressée. Il est intime là dans la famille impériale dont il est parent par sa mère. Lisez dans la revue des 1er juillet deux mondes un article sur son père Gustave IV.
Montebello me reste encore fidèle, mais quand il sera parti qu’est-ce qui me restera ? Adieu. Adieu.
Je renonce à faire la connaissance de M. St Marc Girardin. Vous avez raison je ne suis plus libre de suivre mes fantaisies. Quand on me dit que je suis une personne compromettante, mon premier mouvement est de l’étonnement, je me sens si innocente, & puis, je me rappelle que je suis russe & que nous sommes en guerre. Je devrais être trop heureuse que mes vieilles connaissances ne me renient pas.
C’est donc fini, d’ailleurs je doute que j'aille à Versailles. Mon été, mon dernier peut-être, massacré à Paris. J’ai eu hier une longue visite du prince de Wasa. Vous savez qu’il habite Vienne. Il m'a raconté d'assez étranges choses. Entre autres la contrariété qu’a éprouvée Bourqueney quand nous avons accepté les quatre points. Décidemment vous n’avez jamais voulu la paix. J’avais été très bonne pour ce prince Wasa il y a 35 ans. Il était bien jeune alors, je lui ai trouvé bien peu d’esprit. Il lui en est venu depuis, et sa conversation m’a fort intéressée. Il est intime là dans la famille impériale dont il est parent par sa mère. Lisez dans la revue des 1er juillet deux mondes un article sur son père Gustave IV.
Montebello me reste encore fidèle, mais quand il sera parti qu’est-ce qui me restera ? Adieu. Adieu.
49. Val-Richer, Mardi 17 juillet 1855, François Guizot à Dorothée de Lieven
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
49 Val Richer, Mardi 17 Juillet 1851
Je persiste à penser qu’à tout prendre, et son honneur personnel à part, la retraite de Lord John est un bien. Elle prépare un premier ministre de la paix et ses amis qui le chassent aujourd’hui, seront charmés de le retrouver alors. A moins que le premier ministre de la guerre Lord Palmerston n'ait contre vous, des succès tels qu’il vous amène à faire la paix à des conditions plus dures que les dernières propositions Autrichiennes. Si vous êtes forcés d'accepter la limitation de vos forces navales dans la Mer noire. Lord John aura eu tort. Si la guerre se prolonge, indéfiniment, il faudra bien en revenir aux propositions autrichiennes, ou à quelque chose d’analogue et Lord John aura eu raison. Je mets toujours à part son honneur personnel et sa consistency politique. Il a certainement été bien belliqueux pour devenir si brusquement pacifique. Il a répoussé ce qu’il accepte et accepté ce qu’il repousse aujourd’hui. Je ne voudrais certes pas avoir passé par toutes ces métamorphoses volontaires. Mais les Whigs sont plus sévères envers lui que leur histoire leur donne le droit de l'être ; leurs deux grands ministres, sir Robert Walpole et Lord Chatham, ont bien plaisir à penser que la longue paix, maintenue autrement varié que Lord John, et souvent pour des motifs, ou avec des accompagnements bien moins avouables. Je répète : je ne exemple voudrais pas avoir agi de la sorte, mais je ne m'associe pas au tolle, et je suis bien aise qu’il y ait en réserve, un premier ministre de la paix. Les Peelites n’en ont pas un à fournir. Restent toujours les deux grandes questions : 1° Sébastopol sera-t-il pris ? 2° Ferez-vous la paix si Sébastopol est pris ? S’il faut répondre non à ces deux questions, ou seulement à la seconde, l'avenir réserve à Lord John bien des chances.
Je persiste à penser qu’à tout prendre, et son honneur personnel à part, la retraite de Lord John est un bien. Elle prépare un premier ministre de la paix et ses amis qui le chassent aujourd’hui, seront charmés de le retrouver alors. A moins que le premier ministre de la guerre Lord Palmerston n'ait contre vous, des succès tels qu’il vous amène à faire la paix à des conditions plus dures que les dernières propositions Autrichiennes. Si vous êtes forcés d'accepter la limitation de vos forces navales dans la Mer noire. Lord John aura eu tort. Si la guerre se prolonge, indéfiniment, il faudra bien en revenir aux propositions autrichiennes, ou à quelque chose d’analogue et Lord John aura eu raison. Je mets toujours à part son honneur personnel et sa consistency politique. Il a certainement été bien belliqueux pour devenir si brusquement pacifique. Il a répoussé ce qu’il accepte et accepté ce qu’il repousse aujourd’hui. Je ne voudrais certes pas avoir passé par toutes ces métamorphoses volontaires. Mais les Whigs sont plus sévères envers lui que leur histoire leur donne le droit de l'être ; leurs deux grands ministres, sir Robert Walpole et Lord Chatham, ont bien plaisir à penser que la longue paix, maintenue autrement varié que Lord John, et souvent pour des motifs, ou avec des accompagnements bien moins avouables. Je répète : je ne exemple voudrais pas avoir agi de la sorte, mais je ne m'associe pas au tolle, et je suis bien aise qu’il y ait en réserve, un premier ministre de la paix. Les Peelites n’en ont pas un à fournir. Restent toujours les deux grandes questions : 1° Sébastopol sera-t-il pris ? 2° Ferez-vous la paix si Sébastopol est pris ? S’il faut répondre non à ces deux questions, ou seulement à la seconde, l'avenir réserve à Lord John bien des chances.
Je crois et j’espère que Sébastopol sera pris. Vous vous défendez héroïquement ; mais vous êtes héroïquement attaqués ; et en définitive, la supériorité doit être à nous. Je déplore la guerre ; mais que de vertus inconnues de la paix elle fait éclater ! Le dévouement et le sacrifice, par amour du devoir ou de la gloire ? En disant cela, je prends un grand plaisir à penser que la longue paix, maintenue par la bonne politique, ne tarit pas la source de ces vertus là. En voilà un exemple éclatant.
Malgré ses exagérations de chiffres et ses erreurs de noms propres, le rapport du Prince Gortschakoff sur l'affaire du 15 est très convenable.
Dans vos désirs de campagne, prenez bien garde à la solitude. C'est, après tout ce que vous supportez le moins. Vous vous résignerez plus aisément à ce que vous appelez, je ne sais pourquoi, une humiliation.
Quand même Versailles vous donnerait St Marc Girardin, je ne vois là que lui, et il ne vous suffira pas. D’autant qu’il ne se donnera pas à vous tous les jours. Il aura ses réserves.
10 heures
Merci de votre page sur le 43. En tout cas,
vous avez bien fait de le garder. Adieu, adieu. G.
Malgré ses exagérations de chiffres et ses erreurs de noms propres, le rapport du Prince Gortschakoff sur l'affaire du 15 est très convenable.
Dans vos désirs de campagne, prenez bien garde à la solitude. C'est, après tout ce que vous supportez le moins. Vous vous résignerez plus aisément à ce que vous appelez, je ne sais pourquoi, une humiliation.
Quand même Versailles vous donnerait St Marc Girardin, je ne vois là que lui, et il ne vous suffira pas. D’autant qu’il ne se donnera pas à vous tous les jours. Il aura ses réserves.
10 heures
Merci de votre page sur le 43. En tout cas,
vous avez bien fait de le garder. Adieu, adieu. G.
51. Paris, Mercredi 18 juillet 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
51. Paris le 18 Juillet 1855
Sauf les Labouchère j’ai passé ma matinée toute seule hier et j’ai trouvé cela fort triste. Ils venaient de recevoir le télégraphe qui leur annonçait que les motions de Bulwer & Rocbulk sont toutes deux retirées. Voilà le chemin tout nettoyé pour Palmerston. Henry Bulwer que j’ai vu le soir, m’a paru très désapointé de ce dénouement.
Du reste, rien ; les enfants de la Reine sont malades. On espère que cela sera passé avant l’époque du voyage toujours fixé au 17 août.
Voici votre lettre. Very sensible. and élevée dans tout ce que vous dites sur lord John. Cérini me la copiera car j'en veux faire usage !
Je viens de lire dans le Moniteur le discours de John, je n’en suis pas contente. Qu’en dites-vous ? C’est Molesworth qui aura les colonies. Drouin de Luys à Paris à l’Elysée, avec les Sénateurs, avant hier. Je ne sais si l’Empereur lui a parlé.
Quel déchainement contre John. Tous les journaux Anglais contre lui. C’est bien injuste et sauvage. Je suis fâchée pour vous et pour moi de n’avoir absolument rien à vous dire. Adieu. Adieu.
Sauf les Labouchère j’ai passé ma matinée toute seule hier et j’ai trouvé cela fort triste. Ils venaient de recevoir le télégraphe qui leur annonçait que les motions de Bulwer & Rocbulk sont toutes deux retirées. Voilà le chemin tout nettoyé pour Palmerston. Henry Bulwer que j’ai vu le soir, m’a paru très désapointé de ce dénouement.
Du reste, rien ; les enfants de la Reine sont malades. On espère que cela sera passé avant l’époque du voyage toujours fixé au 17 août.
Voici votre lettre. Very sensible. and élevée dans tout ce que vous dites sur lord John. Cérini me la copiera car j'en veux faire usage !
Je viens de lire dans le Moniteur le discours de John, je n’en suis pas contente. Qu’en dites-vous ? C’est Molesworth qui aura les colonies. Drouin de Luys à Paris à l’Elysée, avec les Sénateurs, avant hier. Je ne sais si l’Empereur lui a parlé.
Quel déchainement contre John. Tous les journaux Anglais contre lui. C’est bien injuste et sauvage. Je suis fâchée pour vous et pour moi de n’avoir absolument rien à vous dire. Adieu. Adieu.
Mots-clés : Circulation épistolaire, Diplomatie (Russie), Femme (politique), France (1852-1870, Second Empire), Guerre de Crimée (1853-1856), Napoléon III (1808-1873 ; empereur des Français), Politique (Analyse), Politique (Angleterre), Réseau social et politique, Solitude, Victoria (1819-1901 ; reine de Grande-Bretagne)
50. Val-Richer, Mercredi 18 juillet 1855, François Guizot à Dorothée de Lieven
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
50 Val Richer, Mercredi 18 Juillet 1855
La dépêche de Lord Clarendon, est excellente si l’on admet deux idées ; la première, qu’il ne faut faire la paix que lorsqu’on aura matériellement détruit la prépondérance navale de la Russie dans la mer Noire ; la seconde que lorsqu’on aura atteint ce but, l'indépendance et l’intégrité de l'Empire Ottoman et l’équilibre Européen seront assurés. La politique de la guerre actuelle repose sur ces deux idées, mais que devient cette politique, si les deux idées ne sont pas justes et si elle ne fait que prolonger indéfiniment la guerre, sans assurer, même par son succès, ni l’indépus dance et l’intégrité de l'Empire Ottoman, ni l’équilibre Européen ? C'est par ses bases que pêche la circulaire de Clarendon. Il croit que Sébastopol détruit, la Russie ne sera plus ce qu’elle est et la Turquie, redeviendra ce qu’elle n’est plus. Double chimère. Admettez les deux chimères ; la politique est bonne et la circulaire aussi. Contestez-les ; c’est la politique et la circulaire qui à leur tour deviennent chimériques. Plus j'y pense, plus je m'obstine dans mon idée, la Turquie déclarée Etat neutre et sa neutralité garantie par l'Europe. Cela ne résout pas la question d'avenir, mais cela l’ajourne par la paix ; tandis que la politique matérialiste et superficielle, dans laquelle on s’est engagé devance la question d'avenir et la dévance par la guerre, et pour ne pas la résoudre pauvre Turquie et pauvre Europe !
La dépêche de Lord Clarendon, est excellente si l’on admet deux idées ; la première, qu’il ne faut faire la paix que lorsqu’on aura matériellement détruit la prépondérance navale de la Russie dans la mer Noire ; la seconde que lorsqu’on aura atteint ce but, l'indépendance et l’intégrité de l'Empire Ottoman et l’équilibre Européen seront assurés. La politique de la guerre actuelle repose sur ces deux idées, mais que devient cette politique, si les deux idées ne sont pas justes et si elle ne fait que prolonger indéfiniment la guerre, sans assurer, même par son succès, ni l’indépus dance et l’intégrité de l'Empire Ottoman, ni l’équilibre Européen ? C'est par ses bases que pêche la circulaire de Clarendon. Il croit que Sébastopol détruit, la Russie ne sera plus ce qu’elle est et la Turquie, redeviendra ce qu’elle n’est plus. Double chimère. Admettez les deux chimères ; la politique est bonne et la circulaire aussi. Contestez-les ; c’est la politique et la circulaire qui à leur tour deviennent chimériques. Plus j'y pense, plus je m'obstine dans mon idée, la Turquie déclarée Etat neutre et sa neutralité garantie par l'Europe. Cela ne résout pas la question d'avenir, mais cela l’ajourne par la paix ; tandis que la politique matérialiste et superficielle, dans laquelle on s’est engagé devance la question d'avenir et la dévance par la guerre, et pour ne pas la résoudre pauvre Turquie et pauvre Europe !
L’article du Morning Post (14 Juillet) est bien violent contre l’Autriche. Lord John sorti du Cabinet à Londres, comme Drouyn de Lhuys à Paris, j’ai peine à croire que le bon accord subsiste longtemps entre les trois puissances. L’Autriche y fera certainement de son mieux. Si elle réussit à rester en paix avec l'Occident comme avec l'Orient, ce sera un grand tour. Faut-il dire de force, ou d'adresse ?
Avez-vous entendu dire quelque chose de la mise en disponibilité du général Forest à qui en le rappelant de Crimée, on avait donné le commandement de la province d'Oran ? Pourquoi le lui ôte-t-on aujourd’hui ? Grande rigueur envers l'homme qui a arrêté les députés, le 2 décembre. Il faut qu’on ait quelque chose de bien gros à lui reprocher. Onze heures Rien de nouveau. Vous serez certainement moins seule à Paris qu’à Versailles. Je n’ai de lettres de nulle part. Adieu, adieu.
Avez-vous entendu dire quelque chose de la mise en disponibilité du général Forest à qui en le rappelant de Crimée, on avait donné le commandement de la province d'Oran ? Pourquoi le lui ôte-t-on aujourd’hui ? Grande rigueur envers l'homme qui a arrêté les députés, le 2 décembre. Il faut qu’on ait quelque chose de bien gros à lui reprocher. Onze heures Rien de nouveau. Vous serez certainement moins seule à Paris qu’à Versailles. Je n’ai de lettres de nulle part. Adieu, adieu.
52. Paris, Jeudi 19 juillet 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
52 Paris le 19 juillet 1855
Poodle Bygg, le M. de Salisbury. Les Demaison, les Shelburne Flahaut. Duchâtel, Molke et Fould, voilà ma matinée hier. Une dépêche télégraphique du Whipper in a appellé soudainement Labouchère à Londres hier. On ne comprend rien car tout semblait arrangé. Je suis très curieuse de ce qui viendra dans la journée.
Fould est resté longtemps, très aimable pour moi. Rien de nouveau ici. Mais nous avons causé de tout, en nous accordant sur tout. L'Autriche et la Prusse ne sont pas en faveur. Il n'y a qu’elles deux qui profitent à la guerre.
Les pauvres Roger ont perdu leur fils unique. Il est mort de ses blessures. Cette pauvre femme me fait une peine excessive. L’Empereur a dit quelques mots l’autre jour à [Drouin de Luys]. Fould a causé longtemps avec lui. Il ne l’avait pas revu depuis la démission. Il l’a trouvé très radouci.
Vos observations sur Clarendon sont admirables. Pourrais-je en envoyer copie à Greville ? Pourquoi pas ? Je ne le ferai cependant que si vous le permettez.
J’ai fort remarqué le MgPost, cela pourra tourner à l’aigre. Le gouvernement Crenneville est parti. Je n’ai pas revu Hubner. L’adversité pas plus que la prospérité pour son compte ne me profitent.
Entre autre anglais j’avais hier Lord Salesbury. Bien bête Adieu. Adieu.
Fould a vu longtemps chez lui Victoria, il voulait savoir si elle prononce assez bien le Français. Voici le projet Rachel veut jouer avec elle. Elle y consent de tout son cœur, elle prend une femme de chambre française et en février prochain vous les entendrez ensemble.
Poodle Bygg, le M. de Salisbury. Les Demaison, les Shelburne Flahaut. Duchâtel, Molke et Fould, voilà ma matinée hier. Une dépêche télégraphique du Whipper in a appellé soudainement Labouchère à Londres hier. On ne comprend rien car tout semblait arrangé. Je suis très curieuse de ce qui viendra dans la journée.
Fould est resté longtemps, très aimable pour moi. Rien de nouveau ici. Mais nous avons causé de tout, en nous accordant sur tout. L'Autriche et la Prusse ne sont pas en faveur. Il n'y a qu’elles deux qui profitent à la guerre.
Les pauvres Roger ont perdu leur fils unique. Il est mort de ses blessures. Cette pauvre femme me fait une peine excessive. L’Empereur a dit quelques mots l’autre jour à [Drouin de Luys]. Fould a causé longtemps avec lui. Il ne l’avait pas revu depuis la démission. Il l’a trouvé très radouci.
Vos observations sur Clarendon sont admirables. Pourrais-je en envoyer copie à Greville ? Pourquoi pas ? Je ne le ferai cependant que si vous le permettez.
J’ai fort remarqué le MgPost, cela pourra tourner à l’aigre. Le gouvernement Crenneville est parti. Je n’ai pas revu Hubner. L’adversité pas plus que la prospérité pour son compte ne me profitent.
Entre autre anglais j’avais hier Lord Salesbury. Bien bête Adieu. Adieu.
Fould a vu longtemps chez lui Victoria, il voulait savoir si elle prononce assez bien le Français. Voici le projet Rachel veut jouer avec elle. Elle y consent de tout son cœur, elle prend une femme de chambre française et en février prochain vous les entendrez ensemble.
51. Val-Richer, Jeudi 19 juillet 1855, François Guizot à Dorothée de Lieven
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
51 Val Richel, Jeudi 19 Juillet 1855
Je n'ai lu encore le discours de Lord John du 16 que dans de mauvais extraits ; mais il a été, ce me semble, bien embarrassé. Je m'étonne toujours qu’on ne prenne pas avec plus de hardiesse, et de hauteur la position qu’on s’est faite soi- même.
Les émeutes de Hyde Park sont finies, Grand mécompte pour les gens qui voulaient y voir une grande lutte entre l’aristocratie et la démocratie anglaises. Lisez un article de John Lemoinne à ce sujet dans le dernier N° de la Revue des deux Mondes. Il m’a amusé. Il y a deux sortes de Prophètes empressés des révolutions, ceux qui en ont peur et ceux qui en ont envie.
Je ne puis pas m'étonner de ce que vous a dit le Prince Wasa. Dans de bien rares et bien court moments seulement, j’ai cru qu’on voulait la paix, et qu’elle se ferait. Ma pente naturelle et habituelle a toujours été l’idée contraire. A bien plus forte raison maintenant que Palmerston gouverne seul. Il a eu d’abord, pour garde fou pacifique, les Peelites, puis Lord John. Il ne reste plus que Clarendon et Granville, suffiront-ils pour arrêter à temps ?
Dites-moi, je vous prie, ce qui vous rend si paresseuse ; est-ce fatigue physique, ou disposition morale. S’il faisait beau, je regretterais beaucoup votre paresse, dans l’intérêt surtout de votre santé ; le grand air doux vous serait bon. Mais depuis trois semaines, le temps est détestable. Vous ne vous promèneriez pas, comme moi, entre deux ondées, ou même sous un parapluie.
Onze heures
Voilà votre lettre, et je ferme la mienne en hâte. Il faut que j'aille assister au déjeuner de M. de Gasparin qui est ici depuis deux jours et qui part dans une heure. Adieu, Adieu. G.
Je n'ai lu encore le discours de Lord John du 16 que dans de mauvais extraits ; mais il a été, ce me semble, bien embarrassé. Je m'étonne toujours qu’on ne prenne pas avec plus de hardiesse, et de hauteur la position qu’on s’est faite soi- même.
Les émeutes de Hyde Park sont finies, Grand mécompte pour les gens qui voulaient y voir une grande lutte entre l’aristocratie et la démocratie anglaises. Lisez un article de John Lemoinne à ce sujet dans le dernier N° de la Revue des deux Mondes. Il m’a amusé. Il y a deux sortes de Prophètes empressés des révolutions, ceux qui en ont peur et ceux qui en ont envie.
Je ne puis pas m'étonner de ce que vous a dit le Prince Wasa. Dans de bien rares et bien court moments seulement, j’ai cru qu’on voulait la paix, et qu’elle se ferait. Ma pente naturelle et habituelle a toujours été l’idée contraire. A bien plus forte raison maintenant que Palmerston gouverne seul. Il a eu d’abord, pour garde fou pacifique, les Peelites, puis Lord John. Il ne reste plus que Clarendon et Granville, suffiront-ils pour arrêter à temps ?
Dites-moi, je vous prie, ce qui vous rend si paresseuse ; est-ce fatigue physique, ou disposition morale. S’il faisait beau, je regretterais beaucoup votre paresse, dans l’intérêt surtout de votre santé ; le grand air doux vous serait bon. Mais depuis trois semaines, le temps est détestable. Vous ne vous promèneriez pas, comme moi, entre deux ondées, ou même sous un parapluie.
Onze heures
Voilà votre lettre, et je ferme la mienne en hâte. Il faut que j'aille assister au déjeuner de M. de Gasparin qui est ici depuis deux jours et qui part dans une heure. Adieu, Adieu. G.
