Votre recherche dans le corpus : 292 résultats dans 6062 notices du site.Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix (1850-1857 : Une nouvelle posture publique établie, académies et salons)
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126. Paris, Dimanche 21 octobre 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
126. Paris Dimanche 21 octobre 1855
La duchesse de Sutherland est ici, elle est venue chez moi hier soir. Je lui ferais volontiers votre commission, mais je crois qu’elle aimera une une lettre de votre part. Elle est descendu à l'hôtel [?] Vous n’avez pas d’idée de ce qu’elle est devenue la tour Malakoff. Je ne parviens pas à voir Brougham. Hier encore et m’a manqué. Je le verrai aujourd’hui. On me dit qu'il est très pacifique. J'ai encore vu Morny hier. Je vois assez souvent M. de Romberg le substitut de Hatzfeld. Il jase, il a de l’esprit, et un mauvais regard. Interruption. Adieu.
La duchesse de Sutherland est ici, elle est venue chez moi hier soir. Je lui ferais volontiers votre commission, mais je crois qu’elle aimera une une lettre de votre part. Elle est descendu à l'hôtel [?] Vous n’avez pas d’idée de ce qu’elle est devenue la tour Malakoff. Je ne parviens pas à voir Brougham. Hier encore et m’a manqué. Je le verrai aujourd’hui. On me dit qu'il est très pacifique. J'ai encore vu Morny hier. Je vois assez souvent M. de Romberg le substitut de Hatzfeld. Il jase, il a de l’esprit, et un mauvais regard. Interruption. Adieu.
127. Paris, Lundi 22 octobre 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
127 Paris le 22 octobre 1855
Il me semble que dans le portrait de Lady Carlisle, il y a deux mots à mon adresse. Je crois que je suis impertinente mais ce n’est pas pour affecter un pouvoir que je n’ai pas. C’est tout simplement quand on me gêne ou m'ennuie. Cela m'est même arrivé hier deux fois le matin, & le soir. J’ai vu beaucoup de monde Brougham pendant deux heures. Celui-là m’a amusé, et intéressant. Il était hier plein de sens. Certainement un grand désir de la paix. Quand on a tant d’esprit pourquoi n’avoir pas un peu plus de courage. Lui & Lundhurst cherchent. [?] les aider. J'avais hier ici un anglais, Ministre au Mexique, et Thone. L'Anglais a dit toutes les sottises possibles de l'Autriche. J’ai eu de la peine à l’arrêter. Heckern était là aussi, un peu gêné avec l'Anglais. La petite scène vous aurait amusé. L'Anglais est un Irlandais que rien n'intimide. Les Collaredo m'ont interrompu. Il y a plus une minute à perdre. Adieu.
Il me semble que dans le portrait de Lady Carlisle, il y a deux mots à mon adresse. Je crois que je suis impertinente mais ce n’est pas pour affecter un pouvoir que je n’ai pas. C’est tout simplement quand on me gêne ou m'ennuie. Cela m'est même arrivé hier deux fois le matin, & le soir. J’ai vu beaucoup de monde Brougham pendant deux heures. Celui-là m’a amusé, et intéressant. Il était hier plein de sens. Certainement un grand désir de la paix. Quand on a tant d’esprit pourquoi n’avoir pas un peu plus de courage. Lui & Lundhurst cherchent. [?] les aider. J'avais hier ici un anglais, Ministre au Mexique, et Thone. L'Anglais a dit toutes les sottises possibles de l'Autriche. J’ai eu de la peine à l’arrêter. Heckern était là aussi, un peu gêné avec l'Anglais. La petite scène vous aurait amusé. L'Anglais est un Irlandais que rien n'intimide. Les Collaredo m'ont interrompu. Il y a plus une minute à perdre. Adieu.
126. Val-Richer, Vendredi 19 octobre 1855, François Guizot à Dorothée de Lieven
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
126 Val Richer, Dimanche 21 Oct. 1855
J’ai vu hier dans mon Galignani, après vous avoir écrit, que la Duchesse de Sutherland venait d’arriver à Meurice. Soyez assez bonne pour me dire si elle y restera longtemps, et si je dois lui écrire là pour avoir mon renseignement sur Lady Carlisle, ou attendre qu’elle soit de retour à Londres. Je ne voudrais pas lui donner la peine d'écrire en Angleterre, pour cela, quand elle y sera, quelques mots de conversation avec les savants de sa famille, lui suffiront pour me répondre, si elle le peut et si elle a des savants sous sa main.
Cette Lady Carlisle, d'il y a 200 ans piquerait votre curiosité comme la mienne. Si vous y aviez regardé comme moi. Beaucoup d’esprit et de savoir faire, un peu sans foi, ni loi, amis successivement, et probablement très intime, de Stratford, de Pym, de Cromwell, de Monk se mêlant de tout, en gardant toujours sa liberté. J’entrevois qu’elle était bonne, obligeante, pas plus haineuse que fidèle, quelque fois très impertinente, l'impertinence est l’une des petitesses des femmes, même distinguées ; elles y prennent un plaisir d'enfant ; c’est leur manière d'étaler le pouvoir qu'elles ont ou d'affecter, celui qu'elles n’ont pas. Bref, j'en voudrais savoir davantage sur Lady Carlisle. Je doute que personne en sache assez pour m’apprendre ce que je voudrais, tant de personnes, très distinguées ; les femmes surtout, tombent si vite dans un si profond oubli, mais enfin, je veux questionner.
Si j'étais votre Empereur, je trouverais mauvais que votre neveu Constantin eût été mal pour Rodolphe Appony. La Russie doit savoir gré à l’Autriche de sa neutralité, et conserver soigneusement les liens, de politique ou de personnes, qu’elle a encore avec Vienne.
Après le concordat qu’elle vient de conclure avec le Pape, l’Autriche doit être très bien en cour de Rome. Joseph II, et même Marie Thérése, seraient un peu étonnés et irrités s'ils lisaient cela ; tout d’indépendance. à l'Eglise ! J’aurais objection à plus d’un article, mais à tout prendre, je crois que le jeune Empereur a eu raison et que s’il perd à ce concordat, quelque autorité dans l’Eglise, il y gagnera beaucoup d’appui pour son autorité dans l'Etat.
Onze heures
Je suis bien aise que votre neveu vous ait écrit sur ce ton et très fâché qu’il rentre dans la guerre active. Dieu sait qui en reviendra Adieu, adieu. G.
Vous savez bien que je vais, tous les ans passer quelques jours chez Broglie. Ordinairement quinze jours. Beaucoup moins cette année-ci. Je ne sais pas encore quel jour j’irai. Je veux finir ici ce que j'ai commencé. Adieu. G.
J’ai vu hier dans mon Galignani, après vous avoir écrit, que la Duchesse de Sutherland venait d’arriver à Meurice. Soyez assez bonne pour me dire si elle y restera longtemps, et si je dois lui écrire là pour avoir mon renseignement sur Lady Carlisle, ou attendre qu’elle soit de retour à Londres. Je ne voudrais pas lui donner la peine d'écrire en Angleterre, pour cela, quand elle y sera, quelques mots de conversation avec les savants de sa famille, lui suffiront pour me répondre, si elle le peut et si elle a des savants sous sa main.
Cette Lady Carlisle, d'il y a 200 ans piquerait votre curiosité comme la mienne. Si vous y aviez regardé comme moi. Beaucoup d’esprit et de savoir faire, un peu sans foi, ni loi, amis successivement, et probablement très intime, de Stratford, de Pym, de Cromwell, de Monk se mêlant de tout, en gardant toujours sa liberté. J’entrevois qu’elle était bonne, obligeante, pas plus haineuse que fidèle, quelque fois très impertinente, l'impertinence est l’une des petitesses des femmes, même distinguées ; elles y prennent un plaisir d'enfant ; c’est leur manière d'étaler le pouvoir qu'elles ont ou d'affecter, celui qu'elles n’ont pas. Bref, j'en voudrais savoir davantage sur Lady Carlisle. Je doute que personne en sache assez pour m’apprendre ce que je voudrais, tant de personnes, très distinguées ; les femmes surtout, tombent si vite dans un si profond oubli, mais enfin, je veux questionner.
Si j'étais votre Empereur, je trouverais mauvais que votre neveu Constantin eût été mal pour Rodolphe Appony. La Russie doit savoir gré à l’Autriche de sa neutralité, et conserver soigneusement les liens, de politique ou de personnes, qu’elle a encore avec Vienne.
Après le concordat qu’elle vient de conclure avec le Pape, l’Autriche doit être très bien en cour de Rome. Joseph II, et même Marie Thérése, seraient un peu étonnés et irrités s'ils lisaient cela ; tout d’indépendance. à l'Eglise ! J’aurais objection à plus d’un article, mais à tout prendre, je crois que le jeune Empereur a eu raison et que s’il perd à ce concordat, quelque autorité dans l’Eglise, il y gagnera beaucoup d’appui pour son autorité dans l'Etat.
Onze heures
Je suis bien aise que votre neveu vous ait écrit sur ce ton et très fâché qu’il rentre dans la guerre active. Dieu sait qui en reviendra Adieu, adieu. G.
Vous savez bien que je vais, tous les ans passer quelques jours chez Broglie. Ordinairement quinze jours. Beaucoup moins cette année-ci. Je ne sais pas encore quel jour j’irai. Je veux finir ici ce que j'ai commencé. Adieu. G.
128. Paris, Mardi 23 octobre 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
128. Paris le 23 octobre 1855
Les deux Scandinaves ont eu l'ordre de paraître à tous les Tédéum futurs, je crois vous avoir déjà dit cela. Un signe de déplaisir ici à tout de suite fait qu'on s’est soumis. On ne faisait pas mieux sous le premier Empire. Le fait est que vous êtes très puissants.
Canrobert va porter à Stokholm la légion d’honneur au roi. Il fera sans doute plus que cela. Les Brabant se séparent d'ici avec tant de chagrin qu'on dit qu’on a obtenu jusqu’à Samedi au lieu de demain. La duchesse est enivrée. On s’amuse beaucoup, surtout les jours où il n'y a pas spectacle. On fait des charades, & &. La gaieté est générale. Je ne sais pas si Nicolaief est abordable, mais c’est certainement là le but.
Je vois Morny presque tous les jours il avait dîné hier à St Cloud, il y déjeune aujour d’hui. Colloredo est fort dégagé. Quand je lui dis " vous êtes l’allié de nos ennemis" il me dit que c’est pour nous servir, et que l'Autriche ne pense qu'à cela c-a-d à la paix, et qu'on y parviendra. Adieu. Adieu.
Les deux Scandinaves ont eu l'ordre de paraître à tous les Tédéum futurs, je crois vous avoir déjà dit cela. Un signe de déplaisir ici à tout de suite fait qu'on s’est soumis. On ne faisait pas mieux sous le premier Empire. Le fait est que vous êtes très puissants.
Canrobert va porter à Stokholm la légion d’honneur au roi. Il fera sans doute plus que cela. Les Brabant se séparent d'ici avec tant de chagrin qu'on dit qu’on a obtenu jusqu’à Samedi au lieu de demain. La duchesse est enivrée. On s’amuse beaucoup, surtout les jours où il n'y a pas spectacle. On fait des charades, & &. La gaieté est générale. Je ne sais pas si Nicolaief est abordable, mais c’est certainement là le but.
Je vois Morny presque tous les jours il avait dîné hier à St Cloud, il y déjeune aujour d’hui. Colloredo est fort dégagé. Quand je lui dis " vous êtes l’allié de nos ennemis" il me dit que c’est pour nous servir, et que l'Autriche ne pense qu'à cela c-a-d à la paix, et qu'on y parviendra. Adieu. Adieu.
127. Val-Richer, Lundi 22 octobre 1855, François Guizot à Dorothée de Lieven
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
127 Val Richer, Lundi 22 oct. 1855
Ce qu’on veut faire me semble clair, on vient de prendre Kimburu, ou prendre Oczakoff, et on partira de là pour remonter jusqu'à Nicolajeff. Je me figure que ce ne sera pas cette année ; les préparatifs pour une campagne navale dans un fleuve, doivent être long et la saison fera bientôt, obstacle à tout. Ce sera pour le printemps prochain. On dit que, Nicolajeff tombé, il vous sera absolument impossible de défendre la Crimée, si elle n’a pas été conquise d’ici- là.
J’ai grande compassion de votre nièce Louise, et je plains son mari d'aller faire cette triste guerre, que vous ne ferez certain nement pas sans gloire, mais où votre principale espérance est, ce me semble, de la prolonger indéfiniment et de lasser vos ennemis sous le poids de leurs succès. On dit que vous ne voulez pas de la paix. Je voudrais qu’on me dit qui en veut.
Vous devriez faire, demander, à la circulating Library de Galignani, deux nouveaux romans anglais, North and South, de Mistriss Gaskall, ce Merkland, par l’auteur de Margaret Maitland que je vous engage aussi à lire. Tous les trois sont pleins de vérité et d'intérêt. Les éditions que mes filles ont ici sont si fines qu'elle ne vous serviraient à rien ; mais les éditions originales Anglaises sont en assez gros caractères, et Galignani doit les avoir à la fin de la matinée vers 6 heures quand je suis las de travailler, je lis les romans qui m'intéressent vraiment beaucoup.
J'ai vu deux lettres de Constantinople, assez curieuses, en ce qui touche l’armée anglaise, elle se fortifie, et se reforme. Il y a beaucoup d’ardeur parmi les officiers, un désir passionné de retrouver leur part de succès, et les nouveaux soldats profitent des exemples Français. Ils travaillent davantage, supportent mieux la fatigue. Ceux qui écrivent sont des officiers français blessés et point suspects de complaisance anglaise.
Onze heures
Brougham pacifique, Lyndhurst pacifique, Gladstone pacifique, d'Israeli pacifique. Qu'importe ? J'écrirai à la Duchesse de Sutherland. Adieu, adieu. G.
Ce qu’on veut faire me semble clair, on vient de prendre Kimburu, ou prendre Oczakoff, et on partira de là pour remonter jusqu'à Nicolajeff. Je me figure que ce ne sera pas cette année ; les préparatifs pour une campagne navale dans un fleuve, doivent être long et la saison fera bientôt, obstacle à tout. Ce sera pour le printemps prochain. On dit que, Nicolajeff tombé, il vous sera absolument impossible de défendre la Crimée, si elle n’a pas été conquise d’ici- là.
J’ai grande compassion de votre nièce Louise, et je plains son mari d'aller faire cette triste guerre, que vous ne ferez certain nement pas sans gloire, mais où votre principale espérance est, ce me semble, de la prolonger indéfiniment et de lasser vos ennemis sous le poids de leurs succès. On dit que vous ne voulez pas de la paix. Je voudrais qu’on me dit qui en veut.
Vous devriez faire, demander, à la circulating Library de Galignani, deux nouveaux romans anglais, North and South, de Mistriss Gaskall, ce Merkland, par l’auteur de Margaret Maitland que je vous engage aussi à lire. Tous les trois sont pleins de vérité et d'intérêt. Les éditions que mes filles ont ici sont si fines qu'elle ne vous serviraient à rien ; mais les éditions originales Anglaises sont en assez gros caractères, et Galignani doit les avoir à la fin de la matinée vers 6 heures quand je suis las de travailler, je lis les romans qui m'intéressent vraiment beaucoup.
J'ai vu deux lettres de Constantinople, assez curieuses, en ce qui touche l’armée anglaise, elle se fortifie, et se reforme. Il y a beaucoup d’ardeur parmi les officiers, un désir passionné de retrouver leur part de succès, et les nouveaux soldats profitent des exemples Français. Ils travaillent davantage, supportent mieux la fatigue. Ceux qui écrivent sont des officiers français blessés et point suspects de complaisance anglaise.
Onze heures
Brougham pacifique, Lyndhurst pacifique, Gladstone pacifique, d'Israeli pacifique. Qu'importe ? J'écrirai à la Duchesse de Sutherland. Adieu, adieu. G.
128. Val-Richer, Mardi 23 octobre 1855, François Guizot à Dorothée de Lieven
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
128 Val Richer, Mardi 20 Oct. 1855
Je me suis amusé hier à relire dans M. de Ségur le voyage de l'Impératrice Catherine en Crimée, le siège d'Oczakow, le Duc de Richelieu, le comte Roger de Damas, sortant du bal et montant les premiers, en habit habillé, et en bas de soie, sur les remparts. Que les temps sont changés ! Je comprends que l'Empereur Nicolas soit mort de chagrin.
Ici, le gouvernement a raison, au milieu de ses efforts pour la guerre, de ne pas négliger les nécessités de l’ordre au dedans sa création des élèves gendarmes, qui n’est au fond qu’une augmentation de la gendarmerie, est une bonne mesure. Il y a dans le pays, des inquiétudes sérieuses, pour l'hiver prochain. J'habite la province, la plus tranquille de France, quoique ce soit en même temps celle où le blé est le le plus cher. Je ne crois pas qu’il y ait de désordre ici ; mais on le devra au bon esprit des habitants et à l'étendue de la charité publique. On ne se pas aussi sage partout.
On m’écrit de Paris, et je vois dans Havas que Bourqueney retournera à Vienne comme ambassadeur. Cela ne peut arriver sans qu’on en fasse autant pour Hübner. Il serait bien content.
Est-il vrai que Richard. Metternich aille à Madrid, et que sir William Molesworth soit très mal ? Pure curiosité de conversation, car ni l’une ni l'autre n'a d'importance politique, et ne m'inspire vraiment d'intérêt personnel. Dans trois semaines, je n'écrirai plus mes questions.
Onze heures
Pas de lettre. C'est certainement encore une irrégularité de la poste, service mal fait-ici. Adieu, Adieu. G.
Je me suis amusé hier à relire dans M. de Ségur le voyage de l'Impératrice Catherine en Crimée, le siège d'Oczakow, le Duc de Richelieu, le comte Roger de Damas, sortant du bal et montant les premiers, en habit habillé, et en bas de soie, sur les remparts. Que les temps sont changés ! Je comprends que l'Empereur Nicolas soit mort de chagrin.
Ici, le gouvernement a raison, au milieu de ses efforts pour la guerre, de ne pas négliger les nécessités de l’ordre au dedans sa création des élèves gendarmes, qui n’est au fond qu’une augmentation de la gendarmerie, est une bonne mesure. Il y a dans le pays, des inquiétudes sérieuses, pour l'hiver prochain. J'habite la province, la plus tranquille de France, quoique ce soit en même temps celle où le blé est le le plus cher. Je ne crois pas qu’il y ait de désordre ici ; mais on le devra au bon esprit des habitants et à l'étendue de la charité publique. On ne se pas aussi sage partout.
On m’écrit de Paris, et je vois dans Havas que Bourqueney retournera à Vienne comme ambassadeur. Cela ne peut arriver sans qu’on en fasse autant pour Hübner. Il serait bien content.
Est-il vrai que Richard. Metternich aille à Madrid, et que sir William Molesworth soit très mal ? Pure curiosité de conversation, car ni l’une ni l'autre n'a d'importance politique, et ne m'inspire vraiment d'intérêt personnel. Dans trois semaines, je n'écrirai plus mes questions.
Onze heures
Pas de lettre. C'est certainement encore une irrégularité de la poste, service mal fait-ici. Adieu, Adieu. G.
129. Val-Richer, Mercredi 24 octobre 1855, François Guizot à Dorothée de Lieven
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
129 Val Richer. Mercredi 24 Oct. 1855
Je vois dans les journaux que votre Empereur vient d’aggraver encore la loi contre les Russes qui restent à l'Etranger au delà du terme de leur passeport, et qu’au bout d’un an leurs biens seront confiqués. Est-ce vrai ? Il ne doit pas y avoir, en ce moment, grande nécessité d’une telle aggravation. On fait, ce me semble, de part et d'autre, en Crimée ses préparatifs pour l'établissement d'hiver. C'est un fait rare dans l’histoire qu’une guerre si lointaine ainsi prolongée, sans interruption, à travers toutes les saisons. Après l’incendie de Moscou, le vieux comte Daru conseilla à l'Empereur Napoléon de s’y établir, d'y passer l'hiver, et de recommencer la guerre au printemps en partant du coeur de la Russie : " C'est un conseil et l'Empereur ; mais nous sommes loin de chez nous que deviendrons nous si nos communications avec la France sont coupées ? " On n’a rien de semblable à craindre en Crimée, sauf la dépense, on peut rester chez vous tant qu’on voudra. Je viens d'écrire à la Duchesse de Sutherland à Meurice. C'est bien là qu'elle est, est-ce pas ?
Midi
Voilà votre lettre d’hier. Je ne pensais pas du tout, à propos de Lady Carlisle, aux petites, et très licites impertinences dont vous vous accusez ; une impertinence, pour se défaire d’un ennuyeux, c’est comme le mensonge qu’on fait quand on ferme sa porte pour ne pas le recevoir. Je pensais à des impertinences plus sérieuses, en même temps que plus spécialement féminines dont j’ai entrevu la trace chez Lady Carlisle, et où perce vraiment tantôt l’une, tantôt l'autre de ces fantaisies, étaler le pouvoir qu’on a, où affecter celui qu’on n’a pas. Les Brabant ont tout Adieu. Adieu. G.
Je vois dans les journaux que votre Empereur vient d’aggraver encore la loi contre les Russes qui restent à l'Etranger au delà du terme de leur passeport, et qu’au bout d’un an leurs biens seront confiqués. Est-ce vrai ? Il ne doit pas y avoir, en ce moment, grande nécessité d’une telle aggravation. On fait, ce me semble, de part et d'autre, en Crimée ses préparatifs pour l'établissement d'hiver. C'est un fait rare dans l’histoire qu’une guerre si lointaine ainsi prolongée, sans interruption, à travers toutes les saisons. Après l’incendie de Moscou, le vieux comte Daru conseilla à l'Empereur Napoléon de s’y établir, d'y passer l'hiver, et de recommencer la guerre au printemps en partant du coeur de la Russie : " C'est un conseil et l'Empereur ; mais nous sommes loin de chez nous que deviendrons nous si nos communications avec la France sont coupées ? " On n’a rien de semblable à craindre en Crimée, sauf la dépense, on peut rester chez vous tant qu’on voudra. Je viens d'écrire à la Duchesse de Sutherland à Meurice. C'est bien là qu'elle est, est-ce pas ?
Midi
Voilà votre lettre d’hier. Je ne pensais pas du tout, à propos de Lady Carlisle, aux petites, et très licites impertinences dont vous vous accusez ; une impertinence, pour se défaire d’un ennuyeux, c’est comme le mensonge qu’on fait quand on ferme sa porte pour ne pas le recevoir. Je pensais à des impertinences plus sérieuses, en même temps que plus spécialement féminines dont j’ai entrevu la trace chez Lady Carlisle, et où perce vraiment tantôt l’une, tantôt l'autre de ces fantaisies, étaler le pouvoir qu’on a, où affecter celui qu’on n’a pas. Les Brabant ont tout Adieu. Adieu. G.
130. Val-Richer, Jeudi 25 octobre 1855, François Guizot à Dorothée de Lieven
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
130 Val Richer Jeudi 25 oct. 1855
L'article du Times est catégorique. C'est la guerre continuant jusqu'à ce que vous demandez la paix et les Allemands exclus des négociations futures. L’arrogance du ton est aussi remarquable que le fond. Il y aurait trop à dire sur tout cela. J’ajourne. Ce qui me choque le plus, c’est le mot de paix de plus en plus prodigué à mesure qu’on s’engage plus avant dans la route qui éloigne de la paix. Je n'aime pas l’arrogance ; mais quand elle se complique du mensonge, c'est le pire.
Dit-on qui remplacera sir William Molesworth ? Ce sera probablement un radical. Palmerston voudra plaire de ce côté. On trouvera difficilement un radical aussi modéré que Molesworth. Le remplaçant m’a aucune importance pour la politique étrangère ; mais il peut en avoir pour les questions intérieures.
Sir Hamilton Seymour, comme remplaçant de Lord Westloreland à Vienne, me paraît assez vraisemblable. Je comprends que le comte de Colloredo soit fort dégagé ; on fait en Orient les affaires de l’Autriche et on ne les lui dérange point en Italie. Pourvu que cela continue, elle peut consentir à être pour rien dans les négociations futures.
Onze heures
Pas de lettre. C'est ennuyeux. Adieu, adieu.
L'article du Times est catégorique. C'est la guerre continuant jusqu'à ce que vous demandez la paix et les Allemands exclus des négociations futures. L’arrogance du ton est aussi remarquable que le fond. Il y aurait trop à dire sur tout cela. J’ajourne. Ce qui me choque le plus, c’est le mot de paix de plus en plus prodigué à mesure qu’on s’engage plus avant dans la route qui éloigne de la paix. Je n'aime pas l’arrogance ; mais quand elle se complique du mensonge, c'est le pire.
Dit-on qui remplacera sir William Molesworth ? Ce sera probablement un radical. Palmerston voudra plaire de ce côté. On trouvera difficilement un radical aussi modéré que Molesworth. Le remplaçant m’a aucune importance pour la politique étrangère ; mais il peut en avoir pour les questions intérieures.
Sir Hamilton Seymour, comme remplaçant de Lord Westloreland à Vienne, me paraît assez vraisemblable. Je comprends que le comte de Colloredo soit fort dégagé ; on fait en Orient les affaires de l’Autriche et on ne les lui dérange point en Italie. Pourvu que cela continue, elle peut consentir à être pour rien dans les négociations futures.
Onze heures
Pas de lettre. C'est ennuyeux. Adieu, adieu.
130. Paris, Jeudi 25 octobre 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
130. Paris le 25 octobre 1855
J'ai eu quatre longues pages de Meyendorff, déchirante. et ne me parlant que de son malheur. Je soupçonne que la religion ne lui sera pas d'un grand secours. C’est triste. Il me charge de vous remercier et avec tendresse et sympathie.
Longue visite de Bourqueney hier. J’ai été très contente de tout ce qu'il m’a dit. " On fait plus que parler de la paix, on y pense. Je repars pour Vienne bien content des dispositions ici." Voilà le gros. Le même c’est que l’Autriche marche avec les alliés, (marche est encore au figuré) et que nous serions dans une erreur fatale si nous pouvons croire qu’elle en nous fera par la guerre. Si cela traîne, elle la fera.
Les nouvelles hier étaient bien défavorables pour nous. Ochakoff pris, & notre armée en retraite. La situation de l’Empereur Napoléon énorme en Allemagne au moins, le successeur de l'Empe reur Nicolas, mais plus encore parce qu'on a peur de lui. Admi ration sans borne pour lui dans la famille impériale. Bourqueney repart dans quelques jours. Toute sa conversation m’a fort intéressée. On ne sait pas où est mon Empereur ici On le croit toujours à Nicolaieff. On trouve triste pour lui d'être arrivé là tout juste pour voir tous ces désastres.
Bourqueney a accepté de démissioner à l’ambassade d'Angleterre. Je l'ai trouvé que quand j’ai parlé de l'Angleterre. On me dit que Lord [?] remplacera Molesworth, et on parle beaucoup de Grand ville à Vienne. C'est un peu décheoir. Adieu. Adieu.
J'ai eu quatre longues pages de Meyendorff, déchirante. et ne me parlant que de son malheur. Je soupçonne que la religion ne lui sera pas d'un grand secours. C’est triste. Il me charge de vous remercier et avec tendresse et sympathie.
Longue visite de Bourqueney hier. J’ai été très contente de tout ce qu'il m’a dit. " On fait plus que parler de la paix, on y pense. Je repars pour Vienne bien content des dispositions ici." Voilà le gros. Le même c’est que l’Autriche marche avec les alliés, (marche est encore au figuré) et que nous serions dans une erreur fatale si nous pouvons croire qu’elle en nous fera par la guerre. Si cela traîne, elle la fera.
Les nouvelles hier étaient bien défavorables pour nous. Ochakoff pris, & notre armée en retraite. La situation de l’Empereur Napoléon énorme en Allemagne au moins, le successeur de l'Empe reur Nicolas, mais plus encore parce qu'on a peur de lui. Admi ration sans borne pour lui dans la famille impériale. Bourqueney repart dans quelques jours. Toute sa conversation m’a fort intéressée. On ne sait pas où est mon Empereur ici On le croit toujours à Nicolaieff. On trouve triste pour lui d'être arrivé là tout juste pour voir tous ces désastres.
Bourqueney a accepté de démissioner à l’ambassade d'Angleterre. Je l'ai trouvé que quand j’ai parlé de l'Angleterre. On me dit que Lord [?] remplacera Molesworth, et on parle beaucoup de Grand ville à Vienne. C'est un peu décheoir. Adieu. Adieu.
131. Paris, Vendredi 26 octobre 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
181. Paris le 26 octobre 1855
Je m'ennuie pour vous de l'in gratitude de la poste. Que faire et moi, je ne vous envoie que des bouts de lettres. Il y a trop à dire et mon temps, comme il est pris ! Il y a les intimes avant la promenade. Les visites après. Et le jour qui tombe de si bonne heure. Il est bien temps que vous reveniez pour m’entendre bavarder.
Je vois Morny tous les jours. Hier soir, les Duchesses de Talleyrand et de Sutherland. La première fort spirituelle et de bon goût. Pas sur des échasses comme il y a de cela quelques années. Collaredo a été fort bien reçu par l’Empereur il dîne là aujour d’hui. On a refusé de voir un ministre de Prusse en Espagne qui passe ici pour s’y rendre. Ni général pas de présentations à la campagne.
Lord Lansdowne est arrivé hier. J’apprends que l’Empereur reste à Nicolaieff. Nos légations ont l’ordre de faire, les expéditions en doubles. Pétersbourg pour Nesselrode. Nicolaieff pour l’Emp. Le Baron de Lieven envoyé pour juger la situation militaire en Crimée fait un rapport satisfai sant ce qui veut dire je crois que nous restons là dans de bonnes conditions. Constantin a eu un commandement, hélas.
Les Brabant partent demain à 2 heures. Elle avec désespoir. J’ai rencontré toutes les deux cours hier dans l’allée la plus écartée du bois et où il n'y a que moi qui se promenais. J’étais à pied. Cinq calèches à quatre chevaux. Je n’avais pas fait de rencontre depuis bien bien longtemps.
Voilà Thiers qui m’envoie son 12ème volume. J'ouvre & je tombe juste sur la page 28 de l’avertissement. de là à la fin c.a.d. deux pages admirables. Je suis sure que vous en porterez. le même jugement. Adieu. Adieu.
Je m'ennuie pour vous de l'in gratitude de la poste. Que faire et moi, je ne vous envoie que des bouts de lettres. Il y a trop à dire et mon temps, comme il est pris ! Il y a les intimes avant la promenade. Les visites après. Et le jour qui tombe de si bonne heure. Il est bien temps que vous reveniez pour m’entendre bavarder.
Je vois Morny tous les jours. Hier soir, les Duchesses de Talleyrand et de Sutherland. La première fort spirituelle et de bon goût. Pas sur des échasses comme il y a de cela quelques années. Collaredo a été fort bien reçu par l’Empereur il dîne là aujour d’hui. On a refusé de voir un ministre de Prusse en Espagne qui passe ici pour s’y rendre. Ni général pas de présentations à la campagne.
Lord Lansdowne est arrivé hier. J’apprends que l’Empereur reste à Nicolaieff. Nos légations ont l’ordre de faire, les expéditions en doubles. Pétersbourg pour Nesselrode. Nicolaieff pour l’Emp. Le Baron de Lieven envoyé pour juger la situation militaire en Crimée fait un rapport satisfai sant ce qui veut dire je crois que nous restons là dans de bonnes conditions. Constantin a eu un commandement, hélas.
Les Brabant partent demain à 2 heures. Elle avec désespoir. J’ai rencontré toutes les deux cours hier dans l’allée la plus écartée du bois et où il n'y a que moi qui se promenais. J’étais à pied. Cinq calèches à quatre chevaux. Je n’avais pas fait de rencontre depuis bien bien longtemps.
Voilà Thiers qui m’envoie son 12ème volume. J'ouvre & je tombe juste sur la page 28 de l’avertissement. de là à la fin c.a.d. deux pages admirables. Je suis sure que vous en porterez. le même jugement. Adieu. Adieu.
Mots-clés : Conditions matérielles de la correspondance, Conversation, Diplomatie, Enfants (Benckendorff), Femme (politique), France (1852-1870, Second Empire), Guerre de Crimée (1853-1856), Histoire (France), Lecture, Napoléon III (1808-1873 ; empereur des Français), Politique (Russie), Publication, Réseau social et politique, Salon
132. Paris, Samedi 27 octobre 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
132 Paris le 27 octobre 1855
Je retire mon admiration de hier aux pages que je vous ai signalées hier. Elle reste au style et à quelques mots. heureux ; mais à la réflexion et après avoir relu, je me trouve en désaccord avec l'auteur. Il n’en sera pas de même de vous. Cela vous plaira tout de suite, & toujours comme cela me va à moi d'être étourdie. J’ai bien des défauts de femme & de jeunesse. J'en suis honteuse.
Je n’ai vu personne hier qui vaille. Colloredo a dû dîner hier à St Cloud, Hubner, je crois, pas. Benst et Van des Stratten sont ici, les deux première minis tres de Saxe & de Bavière. Vous n’avez pas d’idée de l’affluence des étrangers dans ce moment. Qu’est devenu ma lettre 129 ? J’espère, si elle est perdue qu'elle n'était pas intéressante.
Molé s'annonce pour Lundi, il vient assister au mariage d'une petite nièce la fille de M. de Caumont. Les Brabant partent tout à l'heure. Voilà l’Indépendance qui annonce un ordre du jour de Gortchakoff par lequel il informe l’armée qu'il défendra la Crimée à toute extrémité. Pour le coup j’ai peur. Nous sommes en infériorité de nombre et certainement en infériorité de talent. hélas. Adieu.
Je retire mon admiration de hier aux pages que je vous ai signalées hier. Elle reste au style et à quelques mots. heureux ; mais à la réflexion et après avoir relu, je me trouve en désaccord avec l'auteur. Il n’en sera pas de même de vous. Cela vous plaira tout de suite, & toujours comme cela me va à moi d'être étourdie. J’ai bien des défauts de femme & de jeunesse. J'en suis honteuse.
Je n’ai vu personne hier qui vaille. Colloredo a dû dîner hier à St Cloud, Hubner, je crois, pas. Benst et Van des Stratten sont ici, les deux première minis tres de Saxe & de Bavière. Vous n’avez pas d’idée de l’affluence des étrangers dans ce moment. Qu’est devenu ma lettre 129 ? J’espère, si elle est perdue qu'elle n'était pas intéressante.
Molé s'annonce pour Lundi, il vient assister au mariage d'une petite nièce la fille de M. de Caumont. Les Brabant partent tout à l'heure. Voilà l’Indépendance qui annonce un ordre du jour de Gortchakoff par lequel il informe l’armée qu'il défendra la Crimée à toute extrémité. Pour le coup j’ai peur. Nous sommes en infériorité de nombre et certainement en infériorité de talent. hélas. Adieu.
131. Val-Richer, Vendredi 26 octobre 1855, François Guizot à Dorothée de Lieven
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
131 Val Richer Vendredi 26 oct. 1855
Je vois qu’on a appelé à Nicolajeff, le général Tollien ; il va sans doute refaire là ce qu’il a fait à Sébastopol et probablement pour arriver au même résultat. Je le plains.
Est-il vrai que les alliés ont demandé au Roi de Suède l'autorisation de faire hiverner leurs flottes dans l’ile de Gothland et qu’il s’y est formellement refusé, alléguant sa neutralité. Je m'étonne qu’il ne se soit pas renfermé dans la même place forte, à propos des Tedeum. Il n'y courait aucun risque. Quoi de plus anti neutre que d'aller célébrer les victoires de l’un des belligérants ? Le droit est toujours, quand on n’est pas directement aux prises avec la force, une meilleure position que la platitude.
La liste des approvisionnements trouvés et pris à Sébastopol frappe les plus simples. C'est la mesure, disent-ils, de vos projets et de votre échec.
Il me semble que le Roi de Prusse doit être content du résultat de ses élections, et qu’il aura, dans ses Chambres prochaines, un appui décidé pour sa politique.
Je n’ai rien de plus à vous dire et j'attends mon facteur.
Onze heures
Je reçois le N°130 d’hier, et point de N°129. Que veut dire cela ? Rien de nouveau. Tout ce qu’on dit ou annonce est en effet triste pour vous. Je ne crois à la paix que lorsque vous la demanderez, et quand la demanderez vous ? Adieu, adieu. G.
Je vois qu’on a appelé à Nicolajeff, le général Tollien ; il va sans doute refaire là ce qu’il a fait à Sébastopol et probablement pour arriver au même résultat. Je le plains.
Est-il vrai que les alliés ont demandé au Roi de Suède l'autorisation de faire hiverner leurs flottes dans l’ile de Gothland et qu’il s’y est formellement refusé, alléguant sa neutralité. Je m'étonne qu’il ne se soit pas renfermé dans la même place forte, à propos des Tedeum. Il n'y courait aucun risque. Quoi de plus anti neutre que d'aller célébrer les victoires de l’un des belligérants ? Le droit est toujours, quand on n’est pas directement aux prises avec la force, une meilleure position que la platitude.
La liste des approvisionnements trouvés et pris à Sébastopol frappe les plus simples. C'est la mesure, disent-ils, de vos projets et de votre échec.
Il me semble que le Roi de Prusse doit être content du résultat de ses élections, et qu’il aura, dans ses Chambres prochaines, un appui décidé pour sa politique.
Je n’ai rien de plus à vous dire et j'attends mon facteur.
Onze heures
Je reçois le N°130 d’hier, et point de N°129. Que veut dire cela ? Rien de nouveau. Tout ce qu’on dit ou annonce est en effet triste pour vous. Je ne crois à la paix que lorsque vous la demanderez, et quand la demanderez vous ? Adieu, adieu. G.
133. Paris, Dimanche 28 octobre 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
133 Paris le 28 octobre Samedi.
Nouvelle dégringolade à la troisième lecture. Je ne recom mencerai pas car il ne resterait plus rien. "Tous valent mieux qu’un." Tous ont fait 93 & 48. Comment oublier cela ? Je serai curieuse de votre jugement. Dumon mettait un peu hier soir l’avertissement en pièces. Il était ici et d'Haubersaert. Et la comtesse Montijo. On a causé très agréablement. Elle a vraiment de l’esprit.
Le vent est à la guerre, à une guerre terrible. Rien ne saurait résister à ce que veulent deux grandes puissances comme la France & l'Angleterre lorsqu’elles veulent bien. On Nous prendra Cronstadt. On inventera, on parviendra. Il me parait aussi qu'on ne voudra plus souffrir de neutres. Le printemps sera terrible. Les Brabant sont partis hier. La dernière soirée a été des plus gaies, & cette pauvre duchesse répétant à tout. le monde. " Et dire que demain à cette heure je serai à Bruxelles, non, c’est trop triste ". Son mari s'est un peu dégourdi ici, pas assez. Hubner était du dîner. Dans le monde onc ontinue à blamer le voyage & le plaisir qu’ils yont pris. On répéte beaucoup. Le Roi aurait mieux fait de venir lui même.
Je n’ai pas vu lord Lansdowne encore. Il a dit à quelqu’un qu'on délibère encore s'il faut faire sauter Sévastopol ou le conserver. Il commence à faire mauvais temps. Adieu. Adieu.
1855
Nouvelle dégringolade à la troisième lecture. Je ne recom mencerai pas car il ne resterait plus rien. "Tous valent mieux qu’un." Tous ont fait 93 & 48. Comment oublier cela ? Je serai curieuse de votre jugement. Dumon mettait un peu hier soir l’avertissement en pièces. Il était ici et d'Haubersaert. Et la comtesse Montijo. On a causé très agréablement. Elle a vraiment de l’esprit.
Le vent est à la guerre, à une guerre terrible. Rien ne saurait résister à ce que veulent deux grandes puissances comme la France & l'Angleterre lorsqu’elles veulent bien. On Nous prendra Cronstadt. On inventera, on parviendra. Il me parait aussi qu'on ne voudra plus souffrir de neutres. Le printemps sera terrible. Les Brabant sont partis hier. La dernière soirée a été des plus gaies, & cette pauvre duchesse répétant à tout. le monde. " Et dire que demain à cette heure je serai à Bruxelles, non, c’est trop triste ". Son mari s'est un peu dégourdi ici, pas assez. Hubner était du dîner. Dans le monde onc ontinue à blamer le voyage & le plaisir qu’ils yont pris. On répéte beaucoup. Le Roi aurait mieux fait de venir lui même.
Je n’ai pas vu lord Lansdowne encore. Il a dit à quelqu’un qu'on délibère encore s'il faut faire sauter Sévastopol ou le conserver. Il commence à faire mauvais temps. Adieu. Adieu.
132. Val-Richer, Samedi 27 octobre 1855, François Guizot à Dorothée de Lieven
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
132 Val Richer, samedi 27 oct. 1855
Vous souvenez-vous les paroles de Hübner l'hiver dernier. " On serait à Pétersbourg dans une erreur fatale si on croyait que nous ne ferons pas la guerre ; si la situation se prolonge, nous la ferons ? Exactement les mêmes que celles de Bourqueney aujourd’hui.
Bourqueney doit être content, et on doit être content de lui, à Paris et à Vienne. Il est très propre à cette politique mutuelle de ménagements d'expédients, de transactions et d'attente.
Il est sûr que votre situation militaire est bien mauvaise ; vous n'avez eu de succès, depuis le commencement de la guerre que dans la défense de Sébastopol et Sébastopol est pris. Vos troupes, généraux et soldats doivent avoir peu d’entrain. Combien de temps le dévouement et le courage opiniatre peuvent ils tenir lieu d’entrain ?
Voilà ce pauvre Normanby qui a son tour dans les gracieusetés du Times. Il me semble que tout le monde a eu tort, Piémont et Toscane, dans cette petite affaire, le Piémont d'envoyer un réfugié Lombard à Florence, la Toscane de le refuser après l'avoir accepté. Je doute que l’Autriche fasse bien de faire ainsi sentir, tantôt dans un sens, tantôt dans l'autre sa prépondérance sur les gouvernements Italiens de les pousser aujourd’hui à la résistance et demain à la concession. C’est un mauvais jeu. Je vois que le Times recommence à menacer le Roi de Naples. Il n’a donc pas fait ce qu’on lui demandait. Je croyais cette querelle là finie. Il y aura toujours du reste quelque querelle en Italie ici ou là. Les volcans n'ensevelissent plus les villes, mais ils fument toujours.
Onze heures
Décidément le N°129 ne viendra pas. Je n’ai pas encore vu ici le 12° volume de Thiers, car il m'envoye aussi son ouvrage. Il est peut-être chez moi à Paris. Je suis sûr que je serai de votre avis sur les deux pages dont vous me parlez. Il y en a probablement plus de deux. Adieu, adieu. G.
Vous souvenez-vous les paroles de Hübner l'hiver dernier. " On serait à Pétersbourg dans une erreur fatale si on croyait que nous ne ferons pas la guerre ; si la situation se prolonge, nous la ferons ? Exactement les mêmes que celles de Bourqueney aujourd’hui.
Bourqueney doit être content, et on doit être content de lui, à Paris et à Vienne. Il est très propre à cette politique mutuelle de ménagements d'expédients, de transactions et d'attente.
Il est sûr que votre situation militaire est bien mauvaise ; vous n'avez eu de succès, depuis le commencement de la guerre que dans la défense de Sébastopol et Sébastopol est pris. Vos troupes, généraux et soldats doivent avoir peu d’entrain. Combien de temps le dévouement et le courage opiniatre peuvent ils tenir lieu d’entrain ?
Voilà ce pauvre Normanby qui a son tour dans les gracieusetés du Times. Il me semble que tout le monde a eu tort, Piémont et Toscane, dans cette petite affaire, le Piémont d'envoyer un réfugié Lombard à Florence, la Toscane de le refuser après l'avoir accepté. Je doute que l’Autriche fasse bien de faire ainsi sentir, tantôt dans un sens, tantôt dans l'autre sa prépondérance sur les gouvernements Italiens de les pousser aujourd’hui à la résistance et demain à la concession. C’est un mauvais jeu. Je vois que le Times recommence à menacer le Roi de Naples. Il n’a donc pas fait ce qu’on lui demandait. Je croyais cette querelle là finie. Il y aura toujours du reste quelque querelle en Italie ici ou là. Les volcans n'ensevelissent plus les villes, mais ils fument toujours.
Onze heures
Décidément le N°129 ne viendra pas. Je n’ai pas encore vu ici le 12° volume de Thiers, car il m'envoye aussi son ouvrage. Il est peut-être chez moi à Paris. Je suis sûr que je serai de votre avis sur les deux pages dont vous me parlez. Il y en a probablement plus de deux. Adieu, adieu. G.
133. Val-Richer, Dimanche 28 octobre 1855, François Guizot à Dorothée de Lieven
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
Val Richer, Dimanche 28 oct. 1855
Les journaux Anglais semblent croire à des complications sérieuses entre l’Angleterre et les Etats-Unis. Cela vous conviendrait bien ; mais je ne pense pas que vous ayez cette satisfaction. Les aventuriers amérais font beaucoup de bruit d'avance, et leurgouvernement ne fait rien contre eux jusqu'au dernier moment ; mais quand ce moment arrive, un peu de bon sens revient aux uns un peu de fermeté aux autres et tout s’arrête ou avorte. La guerre ne s'allumera pas dans le nouveau monde ; il est plus sensé que l’ancien malgré les apparences.
Si tout ce qu’on dit de la difficulté d'abonder Nicolaleff est mai, et cela semble vrai, on ne fera plus rien de sérieux cette année, du moins là, et l’hiver se passera en préparatifs, pour le printemps. On parlera de paix pendant ce temps là, mais pour rien Fâcheuse condition, j’ai autant de peine à croire à la paix que j'en ai eu à croire à la guerre. Votre Empereur ne restera certainement pas longtemps à Nicolajeff, s'il ne s'y passe rien.
Rappelez, je vous prie à Lord Lansdowne ce qu’il nous disait à Bruxelles, que la paix devait se faire quand Sébastopol serait pris et détruit : " Nous aurons alors, me disait-il, de la récurité pour 25 ans. Qui peut prétendre plus ?
Je suis bien aise que les Brabant soient partis. La durée ne fait pas oublier, l'inconvenance. Celle là a été sentie plus loin que je ne l'aurais cru ; je suis allé dîner mecredi dernier à Lisieux ; tout le monde m'en a parlé pour s'en étonner.
La Reine Amélie est établie à la Villa Pellegrini, tout près de Gênes. Le Roi de Sardaigne lui a offert avec beaucoup d’instances son palais à Gênes. Le Roi de Naples a insisté encore plus pour qu’elle vint à Naples, dans son propre palais, ou dans tout autre qu’elle préférerait. Elle a tout refusé, et elle a eu raison. Elle a vu en passant à Francfort sa fille la Princesse Clémentine avec ses enfants, son petit-fils Philippe, de Wurtemberg avec le Duc son père, et la Duchesse d'Orléans qui a voulu venir, avec ses fils, lui renouveler les adieux.
La Duchesse de Sutherland m'a répondu très gracieusement. Comme de raison, elle ne sait rien elle-même de ce que je lui ai demandé ; mais elle me promet un livre et des questions à son frère. Je désire qu’elle n'oublie pas, si elle quitte Paris avant que je n’y arrive, soyez assez bonne pour le lui rappeler.
Je vous envoie une lettre qui vous touchera. Bonne impression à recevoir. Le pasteur de notre église, M. Adolphe Monod, est mourant, tout-à-fait mourant ; homme d’un talent, et d’un caractère vraiment rares. Le Protestantisme Français aura fait, en dix huit mois des grande pertes, M. Verny et lui. La lettre est écrite à mon gendre Cornélis, par un jeune homme de ses amis, fort malade lui-même. Renvoyez- la moi, je vous prie, dés que vous l'aurez lu. Cornélis tient à la garder.
Onze heures
Voilà votre lettre. Cela m'amuse que vous retiriez votre admination aux dernières pages de Thiers ; comme si vous ne l’aviez pas éprouvée. Voici, M. de Talleyrand: " Ne croyez jamais les premiers mouvements car ils sont toujours bons." C'est votre étourderie. Adieu, Adieu.
Les journaux Anglais semblent croire à des complications sérieuses entre l’Angleterre et les Etats-Unis. Cela vous conviendrait bien ; mais je ne pense pas que vous ayez cette satisfaction. Les aventuriers amérais font beaucoup de bruit d'avance, et leurgouvernement ne fait rien contre eux jusqu'au dernier moment ; mais quand ce moment arrive, un peu de bon sens revient aux uns un peu de fermeté aux autres et tout s’arrête ou avorte. La guerre ne s'allumera pas dans le nouveau monde ; il est plus sensé que l’ancien malgré les apparences.
Si tout ce qu’on dit de la difficulté d'abonder Nicolaleff est mai, et cela semble vrai, on ne fera plus rien de sérieux cette année, du moins là, et l’hiver se passera en préparatifs, pour le printemps. On parlera de paix pendant ce temps là, mais pour rien Fâcheuse condition, j’ai autant de peine à croire à la paix que j'en ai eu à croire à la guerre. Votre Empereur ne restera certainement pas longtemps à Nicolajeff, s'il ne s'y passe rien.
Rappelez, je vous prie à Lord Lansdowne ce qu’il nous disait à Bruxelles, que la paix devait se faire quand Sébastopol serait pris et détruit : " Nous aurons alors, me disait-il, de la récurité pour 25 ans. Qui peut prétendre plus ?
Je suis bien aise que les Brabant soient partis. La durée ne fait pas oublier, l'inconvenance. Celle là a été sentie plus loin que je ne l'aurais cru ; je suis allé dîner mecredi dernier à Lisieux ; tout le monde m'en a parlé pour s'en étonner.
La Reine Amélie est établie à la Villa Pellegrini, tout près de Gênes. Le Roi de Sardaigne lui a offert avec beaucoup d’instances son palais à Gênes. Le Roi de Naples a insisté encore plus pour qu’elle vint à Naples, dans son propre palais, ou dans tout autre qu’elle préférerait. Elle a tout refusé, et elle a eu raison. Elle a vu en passant à Francfort sa fille la Princesse Clémentine avec ses enfants, son petit-fils Philippe, de Wurtemberg avec le Duc son père, et la Duchesse d'Orléans qui a voulu venir, avec ses fils, lui renouveler les adieux.
La Duchesse de Sutherland m'a répondu très gracieusement. Comme de raison, elle ne sait rien elle-même de ce que je lui ai demandé ; mais elle me promet un livre et des questions à son frère. Je désire qu’elle n'oublie pas, si elle quitte Paris avant que je n’y arrive, soyez assez bonne pour le lui rappeler.
Je vous envoie une lettre qui vous touchera. Bonne impression à recevoir. Le pasteur de notre église, M. Adolphe Monod, est mourant, tout-à-fait mourant ; homme d’un talent, et d’un caractère vraiment rares. Le Protestantisme Français aura fait, en dix huit mois des grande pertes, M. Verny et lui. La lettre est écrite à mon gendre Cornélis, par un jeune homme de ses amis, fort malade lui-même. Renvoyez- la moi, je vous prie, dés que vous l'aurez lu. Cornélis tient à la garder.
Onze heures
Voilà votre lettre. Cela m'amuse que vous retiriez votre admination aux dernières pages de Thiers ; comme si vous ne l’aviez pas éprouvée. Voici, M. de Talleyrand: " Ne croyez jamais les premiers mouvements car ils sont toujours bons." C'est votre étourderie. Adieu, Adieu.
134. Paris, Lundi 29 octobre 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
134. Paris le 29 octobre 1855
Lundi
J’ai vu hier Lord Lansdowne Je lui ai rappellé Bruxelles. Il convient qu'il a dit cela mais il ajoute qu'il faut à présent le côté nord. C’est des mots. He is shuffling. En termes généraux il m’a dit que la paix pouvait être plus prochaine qu'on ne le pense. C'est pour se moquer de moi ou s’en débarasser. J'ai laissé là le sujet. Je ne l’ai vu d’ailleurs seule qu’un instant.
L’Empereur a reçu très gracieusement M. de Buat une demi-heure de conversa tion tête-à-tête. Il lui aura trouvé beaucoup d’esprit, & je crois qu'il aura su soutenir ses opinions. De son côté Buat a été charmé de l’Empereur. Je ne sais cela encore que par voie indirecte. Je le verrai aujourd’hui. Mon neveu Appony a eu son audience aussi, dont il est revenu enchanté. Celui là est un grand admirateur. L’Impératrice l’a reçu après et a été pleine de grace & de mémoire pour sa famille.
La lettre que je vous renvoye est bien touchante. Je vous remercie de me l’avoir fait lire. C'est bien élevé, je me suis bien petite. Adieu. Adieu.
Lundi
J’ai vu hier Lord Lansdowne Je lui ai rappellé Bruxelles. Il convient qu'il a dit cela mais il ajoute qu'il faut à présent le côté nord. C’est des mots. He is shuffling. En termes généraux il m’a dit que la paix pouvait être plus prochaine qu'on ne le pense. C'est pour se moquer de moi ou s’en débarasser. J'ai laissé là le sujet. Je ne l’ai vu d’ailleurs seule qu’un instant.
L’Empereur a reçu très gracieusement M. de Buat une demi-heure de conversa tion tête-à-tête. Il lui aura trouvé beaucoup d’esprit, & je crois qu'il aura su soutenir ses opinions. De son côté Buat a été charmé de l’Empereur. Je ne sais cela encore que par voie indirecte. Je le verrai aujourd’hui. Mon neveu Appony a eu son audience aussi, dont il est revenu enchanté. Celui là est un grand admirateur. L’Impératrice l’a reçu après et a été pleine de grace & de mémoire pour sa famille.
La lettre que je vous renvoye est bien touchante. Je vous remercie de me l’avoir fait lire. C'est bien élevé, je me suis bien petite. Adieu. Adieu.
135. Paris, Mardi 30 octobre 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
135. Paris le 30 octobre 1855
A la bonne heure et nous pensons de même. Nous étions inquiets de vous, Molé et moi hier. Nous voilà rassurés. La tyrannie de tous, odieuse. Molé était venu hier pour le mariage de sa petite nièce, et il m’a demandé à dîner. Après le dîner sont venus Lord Lansdowne & Montebello Et bien le mariage dérange. Lorsqu'on s’est présenté chez le maire, Mad. de Caumont y était venue pour s'opposer. Elle est folle. Berryer la soutient et la défend, il est depuis quelques temps pour toutes les mauvaises causes.
Molé a usé dans la journée du peu qu'il a d'influence et on va faire prononcer la séparation qui donnera au Pair seul toute autorité. En attendant voilà un esclandre. Lady Allice m'écrit, fort réjoui ede la perspective d'une brouille avec les Etats Unis. Elle ajoute. I think we deserve any misfortune that may befall us. Voilà une bonne anglaise. Je ne crois pas que j’ai la moindre nouvelle à vous dire. Adieu. Adieu.
A la bonne heure et nous pensons de même. Nous étions inquiets de vous, Molé et moi hier. Nous voilà rassurés. La tyrannie de tous, odieuse. Molé était venu hier pour le mariage de sa petite nièce, et il m’a demandé à dîner. Après le dîner sont venus Lord Lansdowne & Montebello Et bien le mariage dérange. Lorsqu'on s’est présenté chez le maire, Mad. de Caumont y était venue pour s'opposer. Elle est folle. Berryer la soutient et la défend, il est depuis quelques temps pour toutes les mauvaises causes.
Molé a usé dans la journée du peu qu'il a d'influence et on va faire prononcer la séparation qui donnera au Pair seul toute autorité. En attendant voilà un esclandre. Lady Allice m'écrit, fort réjoui ede la perspective d'une brouille avec les Etats Unis. Elle ajoute. I think we deserve any misfortune that may befall us. Voilà une bonne anglaise. Je ne crois pas que j’ai la moindre nouvelle à vous dire. Adieu. Adieu.
134. Val-Richer, Lundi 29 octobre 1855, François Guizot à Dorothée de Lieven
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
134 Val Richer. Lundi 29 oct. 1855
Vos scrupules sont excessifs vous pouvez admirer, sans vous compromettre les belles pages de Thiers que le pouvoir se perd par ses propres excés, qu’il a besoin d'être averti et contenu, c’est un lieu commun d'expérience et de morale qui n’engage point au systême parlementaire. Thiers a parfaitement raison, et je ne vois vraiment pas pourquoi vous vous géneriez d'avoir raison avec lui. Je ne reproche à Thiers que ses dernières lignes dans ce paragraphe ; il aime mieux les excés de la liberté que ceux du pouvoir. Non sense démocratique l’anarchie populaire est une tyrannie, comme le pouvoir absolu d’un seul, et la pire de toutes ; il n’y a pas plus de liberté dans l’un que dans l'autre cas. L’anarchie populaire n’a qu’un avantage c’est d'être de toutes les tyrannies, la moins durable, étant la pire.
La Préface de Thiers est excellente et charmante, parfaitement, sensée et naturelle. très souvent spirituelle, quelquefois trop vraie, cest-à-dire un peu commune au fond, en étant toujours d’une forme, très agréable. Parfaite image de lui-même de son esprit, de son caractère vif, facile, souple, étendu, comprenant tout propre à tout. Mais je ne comprends pas comment n'ayant mis dans ce volume que les trois chapitres dont en donne les têtres, il enfermera toute la fin de cette grande histoire dans les deux ou trois volumes qu’il annonce encore. Je suis curieux de son chapitre sur le blocus continental.
Je vois avec plaisir que vous n'avez pas de vide. L'affluence des étrangers vous profite, et vous ne savez à quelle heure placer toutes vos visites. Est-ce qu’on prolongera comme on dit, l'Exposition jusqu’au printemps ? Je ne trouverais pas cela bien calculé ; il vaut mieux s'en aller au milieu du regret qu’au bout de la satiété.
Onze heures
Si nous avons l’air de ne pas nous entendre sur le pouvoir absolu, nous sommes parfaitement d'accord sur la tyrannie démagogique. Et d'accord comme il faut l'être, sans nous être rien dit. Adieu, adieu. Je crois à la guerre acharnée dont vous me parlez, et je la trouve de plus en plus absurde et coupable. Adieu, adieu. G.
Vos scrupules sont excessifs vous pouvez admirer, sans vous compromettre les belles pages de Thiers que le pouvoir se perd par ses propres excés, qu’il a besoin d'être averti et contenu, c’est un lieu commun d'expérience et de morale qui n’engage point au systême parlementaire. Thiers a parfaitement raison, et je ne vois vraiment pas pourquoi vous vous géneriez d'avoir raison avec lui. Je ne reproche à Thiers que ses dernières lignes dans ce paragraphe ; il aime mieux les excés de la liberté que ceux du pouvoir. Non sense démocratique l’anarchie populaire est une tyrannie, comme le pouvoir absolu d’un seul, et la pire de toutes ; il n’y a pas plus de liberté dans l’un que dans l'autre cas. L’anarchie populaire n’a qu’un avantage c’est d'être de toutes les tyrannies, la moins durable, étant la pire.
La Préface de Thiers est excellente et charmante, parfaitement, sensée et naturelle. très souvent spirituelle, quelquefois trop vraie, cest-à-dire un peu commune au fond, en étant toujours d’une forme, très agréable. Parfaite image de lui-même de son esprit, de son caractère vif, facile, souple, étendu, comprenant tout propre à tout. Mais je ne comprends pas comment n'ayant mis dans ce volume que les trois chapitres dont en donne les têtres, il enfermera toute la fin de cette grande histoire dans les deux ou trois volumes qu’il annonce encore. Je suis curieux de son chapitre sur le blocus continental.
Je vois avec plaisir que vous n'avez pas de vide. L'affluence des étrangers vous profite, et vous ne savez à quelle heure placer toutes vos visites. Est-ce qu’on prolongera comme on dit, l'Exposition jusqu’au printemps ? Je ne trouverais pas cela bien calculé ; il vaut mieux s'en aller au milieu du regret qu’au bout de la satiété.
Onze heures
Si nous avons l’air de ne pas nous entendre sur le pouvoir absolu, nous sommes parfaitement d'accord sur la tyrannie démagogique. Et d'accord comme il faut l'être, sans nous être rien dit. Adieu, adieu. Je crois à la guerre acharnée dont vous me parlez, et je la trouve de plus en plus absurde et coupable. Adieu, adieu. G.
135. Val-Richer, Mardi 30 octobre 1855, François Guizot à Dorothée de Lieven
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
135 Val Richer, Mardi 30 oct. 1855
Je vous trouve trop sévère pour cette préface, même à part votre dissidence. Il est vrai que trois lectures c’est beaucoup. Les mérites de tout ce que fait Thiers sont de ceux qui frappent et plaisent au premier coup d’oeil ; il ne faut pas y regarder trop avant, ni trop souvent, ni de trop près. On peut dire de ses livres en mettant lecteurs pour mortels, ce que Voltaire dit de la vie :
Glissez mortels n’appuyez pas. Mais cela dit, il ne faut pas oublier la première impression qu’on a reçue, car elle a beaucoup de vrai.
Les prédictions que vous m'envoyez pour le printemps prochain ne m'étonnent pas ; c’est la conséquence naturelle, nécessaire forcée de la politique qui a fait entreprendre cette guerre et qu’on a proclamée en l’entre prenant. Il n’y a de sensé et de pratique que la paix ou la conquête ; quand on ne veut ni l’une ni l'autre, comment en finira-t-on et quand aura-t-on fait ce qu’on veut ?
Je ne comprends pas qu’on hésite à détruire radicalement Sébastopol ; à moins qu’on ne veuille s’y établir et le garder contre vous comme on a garde Gibraltar toute l’Espagne et la France. La destruction de Sébastopol est le sine qua non de la destitution de la Crimée.
L’article du Times sur la guerre d’Asie me paraît significatif. La aussi, on fera au printemps, quelque grand effort.
Le Moniteur a payé hier au Duc de Brabant le prix de son voyage. Je souhaite que maintenant la Belgique reste et soit laissée tranquille dans sa neutralité.
Onze heures
Absolument rien dans les journaux. Lord Lansdowne ne me surprend pas. Moins sérieux, qu’il n'en a l’air. Adieu, adieu.
Je vous trouve trop sévère pour cette préface, même à part votre dissidence. Il est vrai que trois lectures c’est beaucoup. Les mérites de tout ce que fait Thiers sont de ceux qui frappent et plaisent au premier coup d’oeil ; il ne faut pas y regarder trop avant, ni trop souvent, ni de trop près. On peut dire de ses livres en mettant lecteurs pour mortels, ce que Voltaire dit de la vie :
Glissez mortels n’appuyez pas. Mais cela dit, il ne faut pas oublier la première impression qu’on a reçue, car elle a beaucoup de vrai.
Les prédictions que vous m'envoyez pour le printemps prochain ne m'étonnent pas ; c’est la conséquence naturelle, nécessaire forcée de la politique qui a fait entreprendre cette guerre et qu’on a proclamée en l’entre prenant. Il n’y a de sensé et de pratique que la paix ou la conquête ; quand on ne veut ni l’une ni l'autre, comment en finira-t-on et quand aura-t-on fait ce qu’on veut ?
Je ne comprends pas qu’on hésite à détruire radicalement Sébastopol ; à moins qu’on ne veuille s’y établir et le garder contre vous comme on a garde Gibraltar toute l’Espagne et la France. La destruction de Sébastopol est le sine qua non de la destitution de la Crimée.
L’article du Times sur la guerre d’Asie me paraît significatif. La aussi, on fera au printemps, quelque grand effort.
Le Moniteur a payé hier au Duc de Brabant le prix de son voyage. Je souhaite que maintenant la Belgique reste et soit laissée tranquille dans sa neutralité.
Onze heures
Absolument rien dans les journaux. Lord Lansdowne ne me surprend pas. Moins sérieux, qu’il n'en a l’air. Adieu, adieu.
136. Val-Richer, Mercredi 31 octobre 1855, François Guizot à Dorothée de Lieven
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
136 Val Richer, Mercredi 31 oct. 1855
Je fais mes préparatifs de départ. On emballe mes livres. J’irai samedi prochain, 3, chez le Duc de Broglie. Je reviendrai ici le vendredi 9. J'y passerai le 10 et le 11 pour mettre ordre à tout, et je serai à Paris le lundi 12 à 7 heures du soir. Mes filles me rejoindront plus tard. Je vous prie de m'écrire vendredi prochain à Broglie (Eure), jusqu’au jeudi suivant inclusivement. Bientôt nous ne nous écrirons plus.
En attendant que nous causions, je n’ai rien à vous dire. Je ne prévois rien autre que la guerre et rien des événements prochains de la guerre. Les diplomates s'écriront ou se promèneront, les souverains donneront des audiences. Rien ne se fera jusqu'à quelque nouvelle grande crise militaire. La prise de Sébastopol n'ayant pas suffi à rien décider, je ne vois plus ce qui suffira.
Pourquoi vous enlève-t-on de Sébastopol les statues de St Pierre et St Paul. Je trouve cela de mauvais gout. On peut dépouiller les arsenaux et même les plais, mais non pas les Eglises. L'Empereur Napoléon qui vous a fait rendre avec tant de convenance les ornements sacrés pris à Bomarsund devrait bien vous laisser en Crimée vos saints.
Onze heures
Vous avez tort, M. Molé et vous d'être inquiets de moi, et je vous le reproche. Adieu, Adieu. G.
Je fais mes préparatifs de départ. On emballe mes livres. J’irai samedi prochain, 3, chez le Duc de Broglie. Je reviendrai ici le vendredi 9. J'y passerai le 10 et le 11 pour mettre ordre à tout, et je serai à Paris le lundi 12 à 7 heures du soir. Mes filles me rejoindront plus tard. Je vous prie de m'écrire vendredi prochain à Broglie (Eure), jusqu’au jeudi suivant inclusivement. Bientôt nous ne nous écrirons plus.
En attendant que nous causions, je n’ai rien à vous dire. Je ne prévois rien autre que la guerre et rien des événements prochains de la guerre. Les diplomates s'écriront ou se promèneront, les souverains donneront des audiences. Rien ne se fera jusqu'à quelque nouvelle grande crise militaire. La prise de Sébastopol n'ayant pas suffi à rien décider, je ne vois plus ce qui suffira.
Pourquoi vous enlève-t-on de Sébastopol les statues de St Pierre et St Paul. Je trouve cela de mauvais gout. On peut dépouiller les arsenaux et même les plais, mais non pas les Eglises. L'Empereur Napoléon qui vous a fait rendre avec tant de convenance les ornements sacrés pris à Bomarsund devrait bien vous laisser en Crimée vos saints.
Onze heures
Vous avez tort, M. Molé et vous d'être inquiets de moi, et je vous le reproche. Adieu, Adieu. G.
136. Paris, Mercredi 31 octobre 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
136. Paris le 31 octobre 1855
Mercredi.
Bualt est venu me voir hier plein de ses et de viens. C’est un homme important ici Allemagne. Il se croit sûr qu'elle est nièce et le restera. Il croit aussi que l’Autriche, ne bougera pas. Il est bien content de son audience auprès de l’Empereur, de tout ce qu'on lui a permis de dire & de tout ce que l’Empereur lui a dit. Il dîne aujourd’hui à St Cloud. J’ai vu Fould hier et je suis bien contente de son langage. parfaitement à la paix. Hubner est survenu. Superlativement pacifique, & déclamant vivement sur ce ton si bien qu'il a fini par craindre d'en avoir trop dit, il est parti brusquement en évident mécontentement de lui-même. Nous en avons bien ri Fould et moi.
Il parait qu’il n’y aura plus d'opérations militaires cette année. On restera comme on est. Le roi de Sardaigne arrive le 24 Novembre ou prolonge l'ouverture de l'exposition jusque sur la fin du mois. Et la cloture n’aura lieu que le 2 Xbre. J’ai oublié de vous dire que la question d’hivernage des vaissaux dans les ports suédois ne peut pas être une question. Le gouvernement suèdois dés l'origine de la guerre a déclaré ses ports étaient ouverts, sauf deux, je crois, par conséquent il n’y a pas à négocier. C'est de Molke que je tiens ceci. Greville m'engage fort à lire the Pruss qui contient dit-il d’admirables articles pour la paix. Cela vient. d'Israeli. Il n’est pas vrai qu'il y a coalition entre lui, Gladstone & Bright. Adieu pour aujourd’hui.
Mercredi.
Bualt est venu me voir hier plein de ses et de viens. C’est un homme important ici Allemagne. Il se croit sûr qu'elle est nièce et le restera. Il croit aussi que l’Autriche, ne bougera pas. Il est bien content de son audience auprès de l’Empereur, de tout ce qu'on lui a permis de dire & de tout ce que l’Empereur lui a dit. Il dîne aujourd’hui à St Cloud. J’ai vu Fould hier et je suis bien contente de son langage. parfaitement à la paix. Hubner est survenu. Superlativement pacifique, & déclamant vivement sur ce ton si bien qu'il a fini par craindre d'en avoir trop dit, il est parti brusquement en évident mécontentement de lui-même. Nous en avons bien ri Fould et moi.
Il parait qu’il n’y aura plus d'opérations militaires cette année. On restera comme on est. Le roi de Sardaigne arrive le 24 Novembre ou prolonge l'ouverture de l'exposition jusque sur la fin du mois. Et la cloture n’aura lieu que le 2 Xbre. J’ai oublié de vous dire que la question d’hivernage des vaissaux dans les ports suédois ne peut pas être une question. Le gouvernement suèdois dés l'origine de la guerre a déclaré ses ports étaient ouverts, sauf deux, je crois, par conséquent il n’y a pas à négocier. C'est de Molke que je tiens ceci. Greville m'engage fort à lire the Pruss qui contient dit-il d’admirables articles pour la paix. Cela vient. d'Israeli. Il n’est pas vrai qu'il y a coalition entre lui, Gladstone & Bright. Adieu pour aujourd’hui.
137. Val-Richer, Jeudi 1er novembre 1855, François Guizot à Dorothée de Lieven
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
137 Val Richer, Jeudi 1 Nov. 1855
Il fait un temps affreux ; vent, pluie, froid. Je voulais aller faire à Lisieux quelques visites, politesse obligée tous les ans. Il n’y a pas moyen aujourd’hui. Je suis décidé à vous arriver bien portant.
Je viens de lire attentivement toute la Stratégie du Journal des Débats. Tout indique qu’il ne se fera plus rien de décisif cette année. Nous verrons comment on s'y prendra le printemps prochain pour trouver quelque chose de décisif, si on le trouve, on le fera mais je doute qu’on le trouve. Voici une avance qu'Havas fait à Thiers : " Il a le droit d'être fier du résultat de son travail et ce doit être pour lui une consolation de penser que les gloires du second Empire éclipseront probablement celles de l’ancien dans sa retraite, l’historien n’a donc pas besoin de jeter sa plume." Je doute que Thiers se charge d'écrire l’histoire de la guerre de Crimée.
Que signifie ce décret de votre Empereur qui confirme à la noblesse Russe dans ses anciens privilèges ? Y a-t-il là quelque chose de nouveau, et qui remette en vigueur. des privilèges tombés en désuétude ?
Onze heures
Je souhaite de tout mon coeur que les dispositions pacifiques qu’on vous exprime aboutissent à des actes réels. On aura le temps cet hiver de prendre son tournant. Adieu, Adieu.
Il fait un temps affreux ; vent, pluie, froid. Je voulais aller faire à Lisieux quelques visites, politesse obligée tous les ans. Il n’y a pas moyen aujourd’hui. Je suis décidé à vous arriver bien portant.
Je viens de lire attentivement toute la Stratégie du Journal des Débats. Tout indique qu’il ne se fera plus rien de décisif cette année. Nous verrons comment on s'y prendra le printemps prochain pour trouver quelque chose de décisif, si on le trouve, on le fera mais je doute qu’on le trouve. Voici une avance qu'Havas fait à Thiers : " Il a le droit d'être fier du résultat de son travail et ce doit être pour lui une consolation de penser que les gloires du second Empire éclipseront probablement celles de l’ancien dans sa retraite, l’historien n’a donc pas besoin de jeter sa plume." Je doute que Thiers se charge d'écrire l’histoire de la guerre de Crimée.
Que signifie ce décret de votre Empereur qui confirme à la noblesse Russe dans ses anciens privilèges ? Y a-t-il là quelque chose de nouveau, et qui remette en vigueur. des privilèges tombés en désuétude ?
Onze heures
Je souhaite de tout mon coeur que les dispositions pacifiques qu’on vous exprime aboutissent à des actes réels. On aura le temps cet hiver de prendre son tournant. Adieu, Adieu.
137. Paris, Jeudi 1er novembre 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
137. Paris le 1er Novembre
Pas de nouvelle aujour d’hui, mais je retire la prolongation de l'exposition. Elle était résolue, mais La prince Napoléon s'y est opposé absolument. Appony à dîné à St Cloud avant hier. Hier Bunt. Aujourd’hui Van des Stratten. Tous sans les ministres résidents. Il pleut à verse, il fait un temps affreux, et je n'ai rien à vous dire. Ainsi Adieu.
Pas de nouvelle aujour d’hui, mais je retire la prolongation de l'exposition. Elle était résolue, mais La prince Napoléon s'y est opposé absolument. Appony à dîné à St Cloud avant hier. Hier Bunt. Aujourd’hui Van des Stratten. Tous sans les ministres résidents. Il pleut à verse, il fait un temps affreux, et je n'ai rien à vous dire. Ainsi Adieu.
138. Paris, Vendredi 2 novembre 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
138 Paris le 2 Novembre 1855
Si vous lisez le Galignani vous y aurez trouvé que le Times dépasse Havas à propos de Thiers. Je me trompe. Il dit de même excepté les fausses splendeurs du 1er Empire. Hier il a été chez le Prince Jérôme qui l’a même fait passer avant les ministres d’état de Saxe et de Bavière. Il est fort glorieux. L’Empereur a amené Bunt dans son Cabinet et a causé plus d'une heure avec lui après le dîner. Rodolphe était là, très bien traité aussi par l’Emp.
Hubner s’inquiète de Rodolphe un rival. Il a raison je ne sais pas ce que veulent dire les privilèges rendus à la noblesse russe. Le seul qu'on lui ait retiré, c'est Le droit illimité de résider à l’étranger. Et à dire vrai. Ce droit ne devrait pas exister pour des Russes. Il y a trouvé du plaisir à n'être pas chez soi. La grande duchesse Stéphanie arrive demain, mais elle ne veut pas absolument demeurer à la cour. On dit qu’elle boude, Je ne sais pour quoi ?
Si vous lisez le Galignani vous y aurez trouvé que le Times dépasse Havas à propos de Thiers. Je me trompe. Il dit de même excepté les fausses splendeurs du 1er Empire. Hier il a été chez le Prince Jérôme qui l’a même fait passer avant les ministres d’état de Saxe et de Bavière. Il est fort glorieux. L’Empereur a amené Bunt dans son Cabinet et a causé plus d'une heure avec lui après le dîner. Rodolphe était là, très bien traité aussi par l’Emp.
Hubner s’inquiète de Rodolphe un rival. Il a raison je ne sais pas ce que veulent dire les privilèges rendus à la noblesse russe. Le seul qu'on lui ait retiré, c'est Le droit illimité de résider à l’étranger. Et à dire vrai. Ce droit ne devrait pas exister pour des Russes. Il y a trouvé du plaisir à n'être pas chez soi. La grande duchesse Stéphanie arrive demain, mais elle ne veut pas absolument demeurer à la cour. On dit qu’elle boude, Je ne sais pour quoi ?
138. Val-Richer, Vendredi 2 novembre 1855, François Guizot à Dorothée de Lieven
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
138 Val Richer Vendredi 2 Nov. 1855
Vous n'aurez que quelques lignes ce matin. Il faut que je soit à 9 heures au Conseil municipal de ma commune, pour une affaire de chemin. Une demi heure pour aller, autant pour revenir, et je ne sais combien de temps durera la délibération ; les paysans Normands sont longs.
Je n’ai d'ailleurs rien d’intéressant à vous dire. Nous allons vivre longtemps sans événements pas de guerre et pas de négociations ; une situation tendue et oisive. Cela ne vaut bien. Si M. de Beust est encore à Paris quand j’y arriverai, je serai fort aisé de le voir. Rien de plus rare, de tout temps que les hommes qui ont à la fois du jugement et des vues. Et plus rare encore de notre temps où le bon sens est stérile et les vues folles. Adieu, Adieu. Je vous écrirai encore d’ici, demain, avant de partir pour Broglie. où je ne vais que pour l'heure du dîner.
Vous n'aurez que quelques lignes ce matin. Il faut que je soit à 9 heures au Conseil municipal de ma commune, pour une affaire de chemin. Une demi heure pour aller, autant pour revenir, et je ne sais combien de temps durera la délibération ; les paysans Normands sont longs.
Je n’ai d'ailleurs rien d’intéressant à vous dire. Nous allons vivre longtemps sans événements pas de guerre et pas de négociations ; une situation tendue et oisive. Cela ne vaut bien. Si M. de Beust est encore à Paris quand j’y arriverai, je serai fort aisé de le voir. Rien de plus rare, de tout temps que les hommes qui ont à la fois du jugement et des vues. Et plus rare encore de notre temps où le bon sens est stérile et les vues folles. Adieu, Adieu. Je vous écrirai encore d’ici, demain, avant de partir pour Broglie. où je ne vais que pour l'heure du dîner.
139. Val-Richer, Samedi 3 novembre 1855, François Guizot à Dorothée de Lieven
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
139 Val Richer, samedi 3 Nov. 1855
Je pars dans quelques heures pour Broglie, par un temps affreux. Je n’ai pas encore appris à regarder le temps comme un abstacle à l'exécution de ce que j’ai promis aux autres ou à moi- même. Il a tant plu cette nuit que le petit puisseau de ma vallée à débordé et inondé mes près. Mes ouvriers viennent de m’apprendre cet événement. Je n'en sais point d'autre. Il n’y a point d’évènements sans journaux, et il n’y a point eu de journaux hier, si peu que rien.
Que deviendraient presque toutes choses, et aussi toutes les personnes, si les journaux n'en parlaient pas. Adieu donc.
J'espère que le facteur arrivera avant que je ne parte, et que j'aurai votre lettre. Adieu. Voilà votre terre. Je vous écrirai demain de Broglie. G.
Je pars dans quelques heures pour Broglie, par un temps affreux. Je n’ai pas encore appris à regarder le temps comme un abstacle à l'exécution de ce que j’ai promis aux autres ou à moi- même. Il a tant plu cette nuit que le petit puisseau de ma vallée à débordé et inondé mes près. Mes ouvriers viennent de m’apprendre cet événement. Je n'en sais point d'autre. Il n’y a point d’évènements sans journaux, et il n’y a point eu de journaux hier, si peu que rien.
Que deviendraient presque toutes choses, et aussi toutes les personnes, si les journaux n'en parlaient pas. Adieu donc.
J'espère que le facteur arrivera avant que je ne parte, et que j'aurai votre lettre. Adieu. Voilà votre terre. Je vous écrirai demain de Broglie. G.
139. Paris, Samedi 3 novembre 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
139. Paris le 3 Novembre 1855
Je crois vraiment que j’ai oublié hier de vous dire, adieu.
Bunt est entré, il est resté très longtemps, l'heure était avancée. J'ai fermé ma lettre en toute hâte. Bunt part content sans être tout-à-fait édifié. La disposi tion est très bonne, la résolu tion évidement n’est pas prise. D’ailleurs on ne le dirait pas. Il est très frappé de la profondeur d'esprit de l’Empereur, de la dignité de ses manières. Il est bien content d’être venu regardé de prés. C’est ce qui arrivera à tous ceux qui s’approcheront. Lyndhurst sera encore ici à votre arrivée. Vous aurez le temps de causer, et il y a de quoi. Il ne rêve qu’aux moyens d’arriver à la paix. Je ne sais pas la lui fournir. La querelle avec l’Amérique le tracasse. Morny n'était pas in aussi high spirits hier que de coutume. Il dine aujourd’hui à St Cloud avec Lord Lansdowne.
Caumont a trouvé moyen d'escamoter le mariage en dépit de là folle et de Berryer. Ils sont mariés hier, non pas eux mais les jeunes gens. Je n’ai pas de nouvelles. à vous dire. Votre flotte revient à Toulon. Il ne reste du Orient que les navires légers. Adieu. Adieu.
Dumon m’a dit hier que La Reine Amélie était assez malade pour avoir fait venir de Paris la sœur. qui a soigné le roi dans sa dernière maladie.
Je crois vraiment que j’ai oublié hier de vous dire, adieu.
Bunt est entré, il est resté très longtemps, l'heure était avancée. J'ai fermé ma lettre en toute hâte. Bunt part content sans être tout-à-fait édifié. La disposi tion est très bonne, la résolu tion évidement n’est pas prise. D’ailleurs on ne le dirait pas. Il est très frappé de la profondeur d'esprit de l’Empereur, de la dignité de ses manières. Il est bien content d’être venu regardé de prés. C’est ce qui arrivera à tous ceux qui s’approcheront. Lyndhurst sera encore ici à votre arrivée. Vous aurez le temps de causer, et il y a de quoi. Il ne rêve qu’aux moyens d’arriver à la paix. Je ne sais pas la lui fournir. La querelle avec l’Amérique le tracasse. Morny n'était pas in aussi high spirits hier que de coutume. Il dine aujourd’hui à St Cloud avec Lord Lansdowne.
Caumont a trouvé moyen d'escamoter le mariage en dépit de là folle et de Berryer. Ils sont mariés hier, non pas eux mais les jeunes gens. Je n’ai pas de nouvelles. à vous dire. Votre flotte revient à Toulon. Il ne reste du Orient que les navires légers. Adieu. Adieu.
Dumon m’a dit hier que La Reine Amélie était assez malade pour avoir fait venir de Paris la sœur. qui a soigné le roi dans sa dernière maladie.
142. Broglie, Dimanche 4 novembre 1855, François Guizot à Dorothée de Lieven
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
142 Broglie, Dimanche 1 Nov. 1855
Je ne suis pas sûr de mon numéro. La petite note qui me les rappelle est restée dans mon bureau au Val Richer.
Votre Mémoire de votre oubli me plaît beaucoup. L'oubli était réel. Je n’en veux pas à M. de Beurt. Je ne m'étonne pas qu’il n'ait pas trouvé de résolution prise. Je suis convaincu qu’il n’y en a pas et qu’il n’y en aura pas. On ira comme on va, flottant entre des velléités contraires, ne sachant pas ou n'osant pas choisir soi-même et laissant aux événements à en décider.
Je suis arrivé ici hier par des torrents de pluie. Il fait assez beau ce matin, et le parc devant mes fenêtres est très beau. Rien en France ne ressemble davantage à un grand parc d’Angleterre, sauf les daims qui n’y sont pas. Personne que la maison. Les visites viennent plutôt. Le Duc de Broglie occupé de son discours de réception à l'Académie qu’il vient de terminer et qu’il me donnera à lire aujourd’hui. Une biographie de Ste Aulaire, me dit-il. Nous avons causé longtemps hier soir. Parfaitement sensé et triste ; désirant la paix autant que moi, et n’y croyant pas davantage. D'ailleurs ne sachant rien du tout.
Je n’ai rien entendu dire de la Reine Amélie. Mes dernières nouvelles la disaient arrivée, bien portante en Italie. On n'en sait rien non plus ici. Adieu, Adieu, et adieu.
Je n’ai pas encore vu un journal. Broglie me les enverra tout à l'heure. Mais certainement il n’y a rien. G.
Je ne suis pas sûr de mon numéro. La petite note qui me les rappelle est restée dans mon bureau au Val Richer.
Votre Mémoire de votre oubli me plaît beaucoup. L'oubli était réel. Je n’en veux pas à M. de Beurt. Je ne m'étonne pas qu’il n'ait pas trouvé de résolution prise. Je suis convaincu qu’il n’y en a pas et qu’il n’y en aura pas. On ira comme on va, flottant entre des velléités contraires, ne sachant pas ou n'osant pas choisir soi-même et laissant aux événements à en décider.
Je suis arrivé ici hier par des torrents de pluie. Il fait assez beau ce matin, et le parc devant mes fenêtres est très beau. Rien en France ne ressemble davantage à un grand parc d’Angleterre, sauf les daims qui n’y sont pas. Personne que la maison. Les visites viennent plutôt. Le Duc de Broglie occupé de son discours de réception à l'Académie qu’il vient de terminer et qu’il me donnera à lire aujourd’hui. Une biographie de Ste Aulaire, me dit-il. Nous avons causé longtemps hier soir. Parfaitement sensé et triste ; désirant la paix autant que moi, et n’y croyant pas davantage. D'ailleurs ne sachant rien du tout.
Je n’ai rien entendu dire de la Reine Amélie. Mes dernières nouvelles la disaient arrivée, bien portante en Italie. On n'en sait rien non plus ici. Adieu, Adieu, et adieu.
Je n’ai pas encore vu un journal. Broglie me les enverra tout à l'heure. Mais certainement il n’y a rien. G.
140. Paris, Dimanche 4 novembre 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
140. Paris dimanche le 4 Nov. 1855
Quel temps affreux. Et pas de nouvelles. Le Tédéum chanté à l’église grecque à Athènes de vant le roi, n’est pas vrai. L’église n’est pas encore inaugurée même achevée. Mais il me parait qu'on veut charmer roi et reine. En attendant leur popularité s’accroit dit-on de tout ce qu'on leur fait éprouver de tracasserie. Je vous raconte là tout ce que me raconte Molke. Mais que la Grèce soit mon enfant, comme disait Nesslrode, je m'en occupe peu.
Je n’ai vu personne d’intéressant hier. Seulement Rodolphe dont la conversation est bonne. L'Indépendance dit aujour d’hui que quoique cela ait été tenu secret, la volonté de l’Empereur Napoléon a tou jours été d'épargner Odessa. Cela me fait bien plaisir et j’espère que c’est vrai.
Louise m'écrit, très touchée de ce que dans mes lettres à Alexandre je témoigne tant d’intérêt à elle & Constantin. C’est égal, quand il sera parti sans & sauf de la fournaise, il faudra qu'il revienne à ses anciennes relations avec moi, ou bien le silence recommencera. Le général Dufour demeure à St Cloud à ce qu'on me dit. Il a diné là avant hier avec un général prussien. C’est énorme la foule qui se porte à l'exposition. Cependant tout le transept est bouleversé. Adieu. Adieu.
Quel temps affreux. Et pas de nouvelles. Le Tédéum chanté à l’église grecque à Athènes de vant le roi, n’est pas vrai. L’église n’est pas encore inaugurée même achevée. Mais il me parait qu'on veut charmer roi et reine. En attendant leur popularité s’accroit dit-on de tout ce qu'on leur fait éprouver de tracasserie. Je vous raconte là tout ce que me raconte Molke. Mais que la Grèce soit mon enfant, comme disait Nesslrode, je m'en occupe peu.
Je n’ai vu personne d’intéressant hier. Seulement Rodolphe dont la conversation est bonne. L'Indépendance dit aujour d’hui que quoique cela ait été tenu secret, la volonté de l’Empereur Napoléon a tou jours été d'épargner Odessa. Cela me fait bien plaisir et j’espère que c’est vrai.
Louise m'écrit, très touchée de ce que dans mes lettres à Alexandre je témoigne tant d’intérêt à elle & Constantin. C’est égal, quand il sera parti sans & sauf de la fournaise, il faudra qu'il revienne à ses anciennes relations avec moi, ou bien le silence recommencera. Le général Dufour demeure à St Cloud à ce qu'on me dit. Il a diné là avant hier avec un général prussien. C’est énorme la foule qui se porte à l'exposition. Cependant tout le transept est bouleversé. Adieu. Adieu.
141. Paris, Lundi 5 novembre 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
141. Paris le 5 Novembre 1853
Pardonnez-moi si ma lettre est triste et décousue. Je suis triste et décousue moi même. Je vous dirai pourquoi, quand je vous reverrai. Si je vous révois. Les chances humaines sont si incertaines.
Hier Thiers est venu me voir. Je lui ai lu quatre ou cinq lignes de votre lettre du 29 où vous me Parlez de sa préface, il a eu l’air enchanté ! Il me promet de revenir causer. Hier il a trouvé Mad. de Talleyrand qui l’a au reste bien accueilli. J’ai vu Morny aussi qui chasse aujourd’hui. avec l’Empereur à Fontainebleau. La grande duchesse Stéphanie est arrivée, et est descendue à l’hôtel de Londres. L'Empereur est allé la voir. On ne dit aucun nouvelle. J'ai eu quelques femmes hier au soir, entre autres. la Mse Strossi, qui est fort agréable, et qui vous plaira si vous la voyez.
Comme je voudrais être plus forte de raison de patience ; vous êtes bien heureux, rien ne vous trouble. Moi dans toutes les circonstances, je vois le plus noir possible, certainement la mort ne m'effrayera pas, car je le vois sans cesse au bout de tout ce qui m'agite. Je suis bien fâchée qu'il doive encore se passer huit jours avant votre retour. Adieu. Adieu.
Pardonnez-moi si ma lettre est triste et décousue. Je suis triste et décousue moi même. Je vous dirai pourquoi, quand je vous reverrai. Si je vous révois. Les chances humaines sont si incertaines.
Hier Thiers est venu me voir. Je lui ai lu quatre ou cinq lignes de votre lettre du 29 où vous me Parlez de sa préface, il a eu l’air enchanté ! Il me promet de revenir causer. Hier il a trouvé Mad. de Talleyrand qui l’a au reste bien accueilli. J’ai vu Morny aussi qui chasse aujourd’hui. avec l’Empereur à Fontainebleau. La grande duchesse Stéphanie est arrivée, et est descendue à l’hôtel de Londres. L'Empereur est allé la voir. On ne dit aucun nouvelle. J'ai eu quelques femmes hier au soir, entre autres. la Mse Strossi, qui est fort agréable, et qui vous plaira si vous la voyez.
Comme je voudrais être plus forte de raison de patience ; vous êtes bien heureux, rien ne vous trouble. Moi dans toutes les circonstances, je vois le plus noir possible, certainement la mort ne m'effrayera pas, car je le vois sans cesse au bout de tout ce qui m'agite. Je suis bien fâchée qu'il doive encore se passer huit jours avant votre retour. Adieu. Adieu.
142. Paris, Mardi 6 novembre 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
142. Paris le novembre 1855
Mardi
D’abord vous m'avez volé deux Nos. Le dernier de Val Richer était 139 (c'est égal). Ensuite je suis mieux aujourd’hui que je n’étais hier. J’ai dormi cela me relève. Dumon est à la campagne et ne revient que demain. Je ne puis donc rien vous dire sur Gènes. Montebello croyait savoir par Chomel que la reine allait mieux. Elle changera de maison. Celle qu'on lui avait retenue est détestable et mal située.
Pacha a l'air de croire que le Portugal aussi sera ici trainé dans l’alliance. Effet moral seulement car matériellement le secours. sera maigre. Après tout je ne sais pas, si l’Europe, entière liguée, ne serait pas une bonne raison pour se soumettre à la nécessité.
En attendant selon ce que je lis des secours qui arrivent en Crimée. Nous allons y avoir une bien belle armée. L'élite de nos troupes, une partie du moins. On me mande de Londres. que Palmerston a offert les Colonies à Lord Stanley, sur l’avis de son père, il a refusé. Lord Stanley n’est cependant sur de rien dans les idées de Lord Derby. Il est très radical et très pour la paix, fort lié avec Bright. Palmerston est fort embarrassé à qui donner les Colonies. Le parti de la paix fait des progrès souterrains. On me recommande de soigner lord Lyndhurst venez m'aider. Adieu. Adieu.
Mardi
D’abord vous m'avez volé deux Nos. Le dernier de Val Richer était 139 (c'est égal). Ensuite je suis mieux aujourd’hui que je n’étais hier. J’ai dormi cela me relève. Dumon est à la campagne et ne revient que demain. Je ne puis donc rien vous dire sur Gènes. Montebello croyait savoir par Chomel que la reine allait mieux. Elle changera de maison. Celle qu'on lui avait retenue est détestable et mal située.
Pacha a l'air de croire que le Portugal aussi sera ici trainé dans l’alliance. Effet moral seulement car matériellement le secours. sera maigre. Après tout je ne sais pas, si l’Europe, entière liguée, ne serait pas une bonne raison pour se soumettre à la nécessité.
En attendant selon ce que je lis des secours qui arrivent en Crimée. Nous allons y avoir une bien belle armée. L'élite de nos troupes, une partie du moins. On me mande de Londres. que Palmerston a offert les Colonies à Lord Stanley, sur l’avis de son père, il a refusé. Lord Stanley n’est cependant sur de rien dans les idées de Lord Derby. Il est très radical et très pour la paix, fort lié avec Bright. Palmerston est fort embarrassé à qui donner les Colonies. Le parti de la paix fait des progrès souterrains. On me recommande de soigner lord Lyndhurst venez m'aider. Adieu. Adieu.
143. Broglie, Lundi 5 novembre 1855, François Guizot à Dorothée de Lieven
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
143 Broglie. Lundi 5 novembre 1855
Quoique je n’ai aucun espoir de paix, je suis tout-à-fait d’avis qu’il faut en chercher et en indiquer les moyens. J'en entrevois quelques uns. Mais Si je ne me trompe, les deux camps ne soupçonnent pas à quel point ils sont loin, et ils s'éloignent chaque jour bien de l'autre. La guerre prolongée, sans abattre l’un des combattants, les irrite et les aliène l’un et l'autre au delà de toute prévoyance. Et puis les moyens de paix ne sont plus à Londres du moins entre les mains des gouvernants. Que dira le Times de ce qui contenterait Lord Palmerston, et que dira Lord Palmerston de ce qui ne contenterait pas le Times. Il n’y a que deux chances sérieuses de paix ; votre défaite si complète que vous vouliez la paix à tout prix, ou un revirement d'opinion en Angleterre. Je ne vous demande pas de me pardonner la première hypothèse, car je n'y crois pas. Je compte un peu plus sur la seconde.
Soyez assez bonne, je vous prie, pour demander à Dumon. S’il sait quelques détails sur la santé de la Reine Amélie et d’où ils lui viennent. Ceux que j’avais et qui étaient de bonne source, ne faisaient pressentir rien de semblable. On dit que le climat de la Rivière de Gênes ne vaut rien pour les personnes qui ont la poitrine délicate.
Voilà votre N°140. Cette énorme série de numéros va enfin finir.
Je ne peux pas croire qu’on veuille chasser le Roi et la Reine de Grèce. Les dominer, les empêcher d'être ou de paraître à vous, à la bonne heure. C’est naturel et nécessaire. Mais les chasser, ajouter cet embarras de plus à ceux que donne la guerre, et à ceux que donnera l'Empire Ottoman quand on fera la paix, c’est impossible. Ce serait trop absurde. Votre enfant sera sauvé. Vous avez tort de ne pas lui porter plus d’intérêt. Il y a de la race dans ce peuple-là, et là où il y a de la race, il y a de l'avenir.
Adieu. J’ai devant moi, un soleil qui fait effort pour percer un brouillard blanc, mais épais. Il y réussira. Le brouillard est plus froid qu'humide. Le sel est couvert de gelée blanche. C’est un commencement d’hiver. Adieu, adieu.
Quoique je n’ai aucun espoir de paix, je suis tout-à-fait d’avis qu’il faut en chercher et en indiquer les moyens. J'en entrevois quelques uns. Mais Si je ne me trompe, les deux camps ne soupçonnent pas à quel point ils sont loin, et ils s'éloignent chaque jour bien de l'autre. La guerre prolongée, sans abattre l’un des combattants, les irrite et les aliène l’un et l'autre au delà de toute prévoyance. Et puis les moyens de paix ne sont plus à Londres du moins entre les mains des gouvernants. Que dira le Times de ce qui contenterait Lord Palmerston, et que dira Lord Palmerston de ce qui ne contenterait pas le Times. Il n’y a que deux chances sérieuses de paix ; votre défaite si complète que vous vouliez la paix à tout prix, ou un revirement d'opinion en Angleterre. Je ne vous demande pas de me pardonner la première hypothèse, car je n'y crois pas. Je compte un peu plus sur la seconde.
Soyez assez bonne, je vous prie, pour demander à Dumon. S’il sait quelques détails sur la santé de la Reine Amélie et d’où ils lui viennent. Ceux que j’avais et qui étaient de bonne source, ne faisaient pressentir rien de semblable. On dit que le climat de la Rivière de Gênes ne vaut rien pour les personnes qui ont la poitrine délicate.
Voilà votre N°140. Cette énorme série de numéros va enfin finir.
Je ne peux pas croire qu’on veuille chasser le Roi et la Reine de Grèce. Les dominer, les empêcher d'être ou de paraître à vous, à la bonne heure. C’est naturel et nécessaire. Mais les chasser, ajouter cet embarras de plus à ceux que donne la guerre, et à ceux que donnera l'Empire Ottoman quand on fera la paix, c’est impossible. Ce serait trop absurde. Votre enfant sera sauvé. Vous avez tort de ne pas lui porter plus d’intérêt. Il y a de la race dans ce peuple-là, et là où il y a de la race, il y a de l'avenir.
Adieu. J’ai devant moi, un soleil qui fait effort pour percer un brouillard blanc, mais épais. Il y réussira. Le brouillard est plus froid qu'humide. Le sel est couvert de gelée blanche. C’est un commencement d’hiver. Adieu, adieu.
144. Broglie, Mardi 6 novembre 1855, François Guizot à Dorothée de Lieven
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
144 Broglie, Mardi 6 Nov. 1855
Nous nous sommes promenés hier une heure et demie, à pied dans les grandes allées de la forêt, par un temps charmant qui continue aujourd’hui. C'est l'été de la St Martin. Je reste dans ma chambre à lire et à écrire, jusqu'au déjeuner, midi. La promenade après. On rentre vers 3 Quelques visites heures, chacun chez soi. mutuelles. Lire et écrire. Dîner à 7 heures. Soirée un peu longue, jusqu’à 11 heures. Quand ils sont seuls, ils dorment un peu, chacun dans son fauteuil. J'empêche le sommeil. On cause agréablement. Un peu plus de mouvement et de chaleur, à servit une vie excellente.
Je me figure que l'hiver prochain, ce sera aussi à la conversation à animer la vie. Nous n'aurons, en fait d’évènements rien à regarder et rien à attendre. C’est pourtant beaucoup quatre ou cinq mois sans événements. Contre ma prévoyance raisonne, mon instinct est qu’il y en aura.
Je ne puis pas ne pas croire que si comme je l'espère, votre neveu Constantin revient sain et sauf de Crimée, vos rapports avec lui resteront bons, et convenables, comme ils sont maintenant rétablis. Pourquoi aurait-il saisi cette occasion de les rétablir s’il n’avait pas dessein de continuer ? Sans nul doute s'il en était autrement, rien ne vous conviendrait que de rentrer dans le silence.
9 heures
Voilà votre lettre qui me tourmente d’autant plus que je la comprends moins et qui me tourmenterait encore davantage, Si je ne vous connaissais pas comme je vous connais. Vous m'avez certainement écrit sous l'empire de quelque impression très excessive, à quoi vous êtes si sujette. Mais enfin, vous aviez l'impression ; vous en étiez triste et agitée. Pourquoi ? Ce n’a pas l’air d'être une affaire de santé. Enfin, j’y verrai lundi, dans six jours. J'espère bien que d’ici là, l'impression sera passée ou à peu près. Votre raison ne domine pas vos impressions ; mais vos impressions ne tuent pas votre raison. Grace à Dieu ! Adieu, Adieu.
Nous nous sommes promenés hier une heure et demie, à pied dans les grandes allées de la forêt, par un temps charmant qui continue aujourd’hui. C'est l'été de la St Martin. Je reste dans ma chambre à lire et à écrire, jusqu'au déjeuner, midi. La promenade après. On rentre vers 3 Quelques visites heures, chacun chez soi. mutuelles. Lire et écrire. Dîner à 7 heures. Soirée un peu longue, jusqu’à 11 heures. Quand ils sont seuls, ils dorment un peu, chacun dans son fauteuil. J'empêche le sommeil. On cause agréablement. Un peu plus de mouvement et de chaleur, à servit une vie excellente.
Je me figure que l'hiver prochain, ce sera aussi à la conversation à animer la vie. Nous n'aurons, en fait d’évènements rien à regarder et rien à attendre. C’est pourtant beaucoup quatre ou cinq mois sans événements. Contre ma prévoyance raisonne, mon instinct est qu’il y en aura.
Je ne puis pas ne pas croire que si comme je l'espère, votre neveu Constantin revient sain et sauf de Crimée, vos rapports avec lui resteront bons, et convenables, comme ils sont maintenant rétablis. Pourquoi aurait-il saisi cette occasion de les rétablir s’il n’avait pas dessein de continuer ? Sans nul doute s'il en était autrement, rien ne vous conviendrait que de rentrer dans le silence.
9 heures
Voilà votre lettre qui me tourmente d’autant plus que je la comprends moins et qui me tourmenterait encore davantage, Si je ne vous connaissais pas comme je vous connais. Vous m'avez certainement écrit sous l'empire de quelque impression très excessive, à quoi vous êtes si sujette. Mais enfin, vous aviez l'impression ; vous en étiez triste et agitée. Pourquoi ? Ce n’a pas l’air d'être une affaire de santé. Enfin, j’y verrai lundi, dans six jours. J'espère bien que d’ici là, l'impression sera passée ou à peu près. Votre raison ne domine pas vos impressions ; mais vos impressions ne tuent pas votre raison. Grace à Dieu ! Adieu, Adieu.
143. Paris, Mercredi 7 novembre 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
143 Paris le 7 octobre 1855
Je suis fâchée de vous causer de l'anxiété et du trouble sur mon compte. Mais je ne puis vous l'ôter, ni vous en dire la raison. Je reste très agitée. Vous saurez pourquoi Lundi, mais lundi est si loin. Et d'ici là ce peut être pire.
J’ai vu hier lord Stanhope. Il est assez mauvais sur la question de de la guerre. Je ne sais si c’est ce qui m’a fait trouver qu'il a au fond peu d’esprit. Ils sont encore ici pour quelques jours. Sa femme s’est cassé le bras. Mais elle va même Lady Jersey va arriver, ce n’est pas pour me divertir. J’ai vu Morny, il n'y a pas la moindre nouvelle. Lord Shelburne est revenu. Beaucoup d'Anglais arrivent pour la clôture.
Votre vie à Broglie me parait très douce et agréable. Je vous l'envie c.a.d. que je voudrais la partager. Du repos, pas de souci, bonne conversa tion. M. de Broglie me plait et pourrait me plaire beaucoup. Mais j’ai idée que je ne lui plais pas du tout. Rodolphe m’a interrompue. Il repart ce soir. Bien brave homme & de l’esprit. Adieu. Adieu.
Je suis fâchée de vous causer de l'anxiété et du trouble sur mon compte. Mais je ne puis vous l'ôter, ni vous en dire la raison. Je reste très agitée. Vous saurez pourquoi Lundi, mais lundi est si loin. Et d'ici là ce peut être pire.
J’ai vu hier lord Stanhope. Il est assez mauvais sur la question de de la guerre. Je ne sais si c’est ce qui m’a fait trouver qu'il a au fond peu d’esprit. Ils sont encore ici pour quelques jours. Sa femme s’est cassé le bras. Mais elle va même Lady Jersey va arriver, ce n’est pas pour me divertir. J’ai vu Morny, il n'y a pas la moindre nouvelle. Lord Shelburne est revenu. Beaucoup d'Anglais arrivent pour la clôture.
Votre vie à Broglie me parait très douce et agréable. Je vous l'envie c.a.d. que je voudrais la partager. Du repos, pas de souci, bonne conversa tion. M. de Broglie me plait et pourrait me plaire beaucoup. Mais j’ai idée que je ne lui plais pas du tout. Rodolphe m’a interrompue. Il repart ce soir. Bien brave homme & de l’esprit. Adieu. Adieu.
144. Paris, Jeudi 8 novembre 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
144. Paris le 8 octobre 1855
Ah que je suis fatiguée, de ces N° et comme j’ai besoin de vous revoir. Je dis besoin avant plaisir car il me faut du soutien. Je n’en puis plus. Thiers est revenu hier long tête-à-tête. Parfaitement sensé sur la grande question. Si on l’est chez nous on fera la paix. On ne sera pas sensé. Rothschild aussi m’a entrepris sur le même thème. Tout le monde ici a raison. Je le suis comme tout le monde.
Mad. Kalergi est revenue. Elle ne m’apprend rien à Pétersbourg, il y a un commencement de parti de la paix, mais qu'est- que cela veut dire ? Avez-vous lu Cobden ? Des monuments d’éloquence superbes. Voilà du soleil, qu’est ce que me fait le soleil ? Rien ne me tire de mes tristes préoccupations. Adieu. Adieu.
L’Evêque d’Oxford sort de chez moi. Il se réjouit bien de vous voir.
Ah que je suis fatiguée, de ces N° et comme j’ai besoin de vous revoir. Je dis besoin avant plaisir car il me faut du soutien. Je n’en puis plus. Thiers est revenu hier long tête-à-tête. Parfaitement sensé sur la grande question. Si on l’est chez nous on fera la paix. On ne sera pas sensé. Rothschild aussi m’a entrepris sur le même thème. Tout le monde ici a raison. Je le suis comme tout le monde.
Mad. Kalergi est revenue. Elle ne m’apprend rien à Pétersbourg, il y a un commencement de parti de la paix, mais qu'est- que cela veut dire ? Avez-vous lu Cobden ? Des monuments d’éloquence superbes. Voilà du soleil, qu’est ce que me fait le soleil ? Rien ne me tire de mes tristes préoccupations. Adieu. Adieu.
L’Evêque d’Oxford sort de chez moi. Il se réjouit bien de vous voir.
145. Broglie, Mercredi 7 novembre 1855, François Guizot à Dorothée de Lieven
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
14 Broglie, Mercredi 7 nov. 1855
J’aime bien mieux votre lettre d'aujourd’hui. Je restais tourmenté de celle d’hier. Quand je n’ai pour me rassurer que mon idée générale sur l'excés de vos impressions, cela ne me suffit pas. Je vous remercie d'avoir dormi.
Salvandy est venu hier passer ici la journée. Réconciliation. Par une foute de petites susceptibilités, justes et injustes, il n'était pas venu à Broglie depuis 1836. Cet été, en Angleterre, il m’a demandé si j’y viendrais, en me priant de l'avertir quand j’y viendrais. Il voulait sortir de cette ridicule humeur. Je l’ai averti. Il est venu. Tout le monde est content. Il ne savait rien. Fort sensé d'ailleurs, et très fermé dans son bon sens. Pensant et désirant, sur la guerre, comme nous.
Quoique a soit peu, ce que vous me dites de la Reine me fait plaisir. Je lui souhaite du fond du cœur, tout ce qu’elle peut avoir encore de bon en ce monde, la santé, le repos et les douceurs de la famille.
Je viens de lire les journaux. L’ordre du jour an prince Gortschakoff pour annoncer à son armée qu’il continuera de défendre la Crimée est très convenable dans sa fermeté modeste. Tout le monde s’arrange pour le repos de l'hiver. Si la paix ne se fait pas d’ici au mois d'Avril, comme j'en ai bien peur, la campagne prochaine sera bien rude.
Peu importent le Portugal et l’Espagne. La Suède est le seul petit neutre qui vaille la peine qu’on y regarde. Etrange prétention que de contraindre les petits Etats à sortir de la neutralité quand les grands Etats y restent tant qu’il leur plaît. C'est l’un des plus choquants abus de la force qui se rencontrent dans l’histoire.
Adieu, Adieu. Je retourne après demain Vendredi au Val Richer, et toujours Lundi à Paris.
J’aime bien mieux votre lettre d'aujourd’hui. Je restais tourmenté de celle d’hier. Quand je n’ai pour me rassurer que mon idée générale sur l'excés de vos impressions, cela ne me suffit pas. Je vous remercie d'avoir dormi.
Salvandy est venu hier passer ici la journée. Réconciliation. Par une foute de petites susceptibilités, justes et injustes, il n'était pas venu à Broglie depuis 1836. Cet été, en Angleterre, il m’a demandé si j’y viendrais, en me priant de l'avertir quand j’y viendrais. Il voulait sortir de cette ridicule humeur. Je l’ai averti. Il est venu. Tout le monde est content. Il ne savait rien. Fort sensé d'ailleurs, et très fermé dans son bon sens. Pensant et désirant, sur la guerre, comme nous.
Quoique a soit peu, ce que vous me dites de la Reine me fait plaisir. Je lui souhaite du fond du cœur, tout ce qu’elle peut avoir encore de bon en ce monde, la santé, le repos et les douceurs de la famille.
Je viens de lire les journaux. L’ordre du jour an prince Gortschakoff pour annoncer à son armée qu’il continuera de défendre la Crimée est très convenable dans sa fermeté modeste. Tout le monde s’arrange pour le repos de l'hiver. Si la paix ne se fait pas d’ici au mois d'Avril, comme j'en ai bien peur, la campagne prochaine sera bien rude.
Peu importent le Portugal et l’Espagne. La Suède est le seul petit neutre qui vaille la peine qu’on y regarde. Etrange prétention que de contraindre les petits Etats à sortir de la neutralité quand les grands Etats y restent tant qu’il leur plaît. C'est l’un des plus choquants abus de la force qui se rencontrent dans l’histoire.
Adieu, Adieu. Je retourne après demain Vendredi au Val Richer, et toujours Lundi à Paris.
145. Paris, Le 9 novembre 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
145. Paris le 9 Novembre 1855
Lady Holland est venue hier, toute farcie de nouvelles. Petite nouvelles ; importations du palais royal, Brunner nouveau à Naples, où il est désagréable. au roi. Delacour passe au conseil d’état. Montessui de Florence à Francfort, & les [?] qui s’en suivent. Lord Hondeu rappelé de Madrid parce qu'il a passé 3 mois à Paris sans s'être présenté à la cour. Lordelgin à la porte, en place de Canning. Les Colonies, à personne encore.
Le duc de Cambridge arrive le 14. Il descendra aux Tuileries. Lord Lansdowne est venu me faire ses adieux hier au soir. Il regrette bien de ne pas vous revoir. Je lui ai encore rappellé ce qu'il vous a dit à Bruxelles. Il me répond qu’il pense toujours de même et qu'on devrait... à quoi il travaille. J’ai revu enfin le duc de Noailles. Il doit avoir quelque occupation, ou préoccupation. je ne sais laquelle. Il retourne aujourd’hui à Maintenon. Il doit y faire bien froid. Vous serez content du colonel Clarmont, commissaire anglais. Il vient me voir quelques fois. Il a beaucoup d’esprit & une charmante figure. Morny donne des dîners élégants et brillants. Il a l’air content. La cour rentre en ville le 12. Adieu. Adieu.
Lady Holland est venue hier, toute farcie de nouvelles. Petite nouvelles ; importations du palais royal, Brunner nouveau à Naples, où il est désagréable. au roi. Delacour passe au conseil d’état. Montessui de Florence à Francfort, & les [?] qui s’en suivent. Lord Hondeu rappelé de Madrid parce qu'il a passé 3 mois à Paris sans s'être présenté à la cour. Lordelgin à la porte, en place de Canning. Les Colonies, à personne encore.
Le duc de Cambridge arrive le 14. Il descendra aux Tuileries. Lord Lansdowne est venu me faire ses adieux hier au soir. Il regrette bien de ne pas vous revoir. Je lui ai encore rappellé ce qu'il vous a dit à Bruxelles. Il me répond qu’il pense toujours de même et qu'on devrait... à quoi il travaille. J’ai revu enfin le duc de Noailles. Il doit avoir quelque occupation, ou préoccupation. je ne sais laquelle. Il retourne aujourd’hui à Maintenon. Il doit y faire bien froid. Vous serez content du colonel Clarmont, commissaire anglais. Il vient me voir quelques fois. Il a beaucoup d’esprit & une charmante figure. Morny donne des dîners élégants et brillants. Il a l’air content. La cour rentre en ville le 12. Adieu. Adieu.
146. Broglie, Jeudi 8 novembre 1855, François Guizot à Dorothée de Lieven
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
146 Broglie, Jeudi 8 Novembre 1855
Je suis pressé de savoir ce qui vous agite. A Lundi. J’ai beau chercher, je ne trouve rien qui me paraisse mériter votre agitation.
Je n'attends point de nouvelles d’ici, à longtemps. Le bruit courait ici hier soir qu’on avait de nouveau tiré sur l'Empereur à Fontainebleau, pendant la chasse. Les arrivants de Paris le disaient, en ajoutant qu’on le cachait et qu’on attribuait l'explosion d’un pistolet à un accident. On a raison de n'en pas faire de bruit quand le fait lui-même n'en a pas fait. Quel temps et quels événements faudra-t-il, pour extirper de notre société ces scellérats fous.
Lord Palmerston croit-il y suffire en les renvoyant de Jersey à Guernesey ?
Puisque je nomme Jersey, je ne vois pas comment Lady Jersey vous ennuyerait beaucoup. Elle ne vous demandera pas de la conduire à l'Exposition. Vous n'aurez pas, avec elle, de longs tête-à tête. Quelques moments de commérage anglais ne vous déplairont pas. Certainement Lord Stanhope n’a pas beaucoup d’esprit. La culture a plus fait pour lui que la nature. Je ne m'étonne pas qu’il soit un peu pour la guerre. Il n’est pas de ceux qui rament contre le courant. Pour moi, sa société m'a plu et me plairait. Il est éclairé, instruit, conservateur et libéral Je suis très difficile pour l’intimité ; pas beaucoup en passant.
On m’apporte les journaux. Je vois dans le Constitutionnel l'explication du coup de pistolet. Je souhaite qu’elle soit vraie. Point de nouvelles d'ailleurs. Est-il vrai qu’on ait donné l’ordre de faire sauter les docks et tout ce qui reste des fortifi cations de Sébastopol ? Adieu, Adieu. G.
Je vous prie de m'écrire demain au Val Richer. J'y retourne pour dîner. Adieu encore. G.
Je suis pressé de savoir ce qui vous agite. A Lundi. J’ai beau chercher, je ne trouve rien qui me paraisse mériter votre agitation.
Je n'attends point de nouvelles d’ici, à longtemps. Le bruit courait ici hier soir qu’on avait de nouveau tiré sur l'Empereur à Fontainebleau, pendant la chasse. Les arrivants de Paris le disaient, en ajoutant qu’on le cachait et qu’on attribuait l'explosion d’un pistolet à un accident. On a raison de n'en pas faire de bruit quand le fait lui-même n'en a pas fait. Quel temps et quels événements faudra-t-il, pour extirper de notre société ces scellérats fous.
Lord Palmerston croit-il y suffire en les renvoyant de Jersey à Guernesey ?
Puisque je nomme Jersey, je ne vois pas comment Lady Jersey vous ennuyerait beaucoup. Elle ne vous demandera pas de la conduire à l'Exposition. Vous n'aurez pas, avec elle, de longs tête-à tête. Quelques moments de commérage anglais ne vous déplairont pas. Certainement Lord Stanhope n’a pas beaucoup d’esprit. La culture a plus fait pour lui que la nature. Je ne m'étonne pas qu’il soit un peu pour la guerre. Il n’est pas de ceux qui rament contre le courant. Pour moi, sa société m'a plu et me plairait. Il est éclairé, instruit, conservateur et libéral Je suis très difficile pour l’intimité ; pas beaucoup en passant.
On m’apporte les journaux. Je vois dans le Constitutionnel l'explication du coup de pistolet. Je souhaite qu’elle soit vraie. Point de nouvelles d'ailleurs. Est-il vrai qu’on ait donné l’ordre de faire sauter les docks et tout ce qui reste des fortifi cations de Sébastopol ? Adieu, Adieu. G.
Je vous prie de m'écrire demain au Val Richer. J'y retourne pour dîner. Adieu encore. G.
147. Broglie, Vendredi 9 novembre 1855, François Guizot à Dorothée de Lieven
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
147 Broglie, Vendredi 9 Nov. 1855
Deux lignes, uniquement par conscience. Je pars à midi et j’ai à terminer la lecture d’un manuscrit.
J’ai dit au Duc de Broglie votre goût pour lui et votre méfiance de son goût pour vous : " Madame de Lieven se moque de moi." Voilà sa réponse. Je crois que vous vous méfiez trop à propos de vous, Viel Castel a parlé ici de ce que vous lui avez lu en homme charmé, vraiment charmé. Je vais faire pour vous, comme je l’ai fait quelque fois pour moi, acte de fatuité ; on ne vous fait pas de compliment parce qu’on vous ferait trop et parce qu’on croit que vous n'avez pas besoin qu’on vous en fasse.
Vous n'êtes pas plus pressée que moi. A lundi soir, dans quatre jours. Envoyez-moi, je vous prie, votre voiture à 8 heures. Je vous écrirai encore demain et après demain, au Val Richer. Adieu, Adieu. G.
Deux lignes, uniquement par conscience. Je pars à midi et j’ai à terminer la lecture d’un manuscrit.
J’ai dit au Duc de Broglie votre goût pour lui et votre méfiance de son goût pour vous : " Madame de Lieven se moque de moi." Voilà sa réponse. Je crois que vous vous méfiez trop à propos de vous, Viel Castel a parlé ici de ce que vous lui avez lu en homme charmé, vraiment charmé. Je vais faire pour vous, comme je l’ai fait quelque fois pour moi, acte de fatuité ; on ne vous fait pas de compliment parce qu’on vous ferait trop et parce qu’on croit que vous n'avez pas besoin qu’on vous en fasse.
Vous n'êtes pas plus pressée que moi. A lundi soir, dans quatre jours. Envoyez-moi, je vous prie, votre voiture à 8 heures. Je vous écrirai encore demain et après demain, au Val Richer. Adieu, Adieu. G.
149. Val Richer, Dimanche 11 novembre 1855, François Guizot à Dorothée de Lieven
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
149 Val Richer, Dimanche 11 Nov. 1855
Je viens d'avoir le feu chez moi un feu assez grave ; une grosse poutre embrasée. Il a fallu démolir deux plafonds & & la fumée ne m’avait pas envahi dans mon cabinet, la maison aurait pu brûler. Mais la fumée m’a averti à temps. J’attends le charpentier pour voir ce que seront les réparations. Je n'en compte pas moins partir demain et vous voir le soir. J'y compte tout-à-fait, et tous mes arrangements restent les mêmes. Pourtant, si quelque accident nouveau survenait, si je découvrais un foyer inconnu, je serais bien forcé d'y regarder. Je ne le crois pas du tout ; je prends seulement cette précaution pour que vous ne vous inquiétiez pas en cas. Il n’y a pas eu un moment de danger, ni d’inconvénient pour personne. C’était un feu latent. Ce n'est qu’un ennui et une dépense. Adieu. Adieu, à demain. G.
Je viens d'avoir le feu chez moi un feu assez grave ; une grosse poutre embrasée. Il a fallu démolir deux plafonds & & la fumée ne m’avait pas envahi dans mon cabinet, la maison aurait pu brûler. Mais la fumée m’a averti à temps. J’attends le charpentier pour voir ce que seront les réparations. Je n'en compte pas moins partir demain et vous voir le soir. J'y compte tout-à-fait, et tous mes arrangements restent les mêmes. Pourtant, si quelque accident nouveau survenait, si je découvrais un foyer inconnu, je serais bien forcé d'y regarder. Je ne le crois pas du tout ; je prends seulement cette précaution pour que vous ne vous inquiétiez pas en cas. Il n’y a pas eu un moment de danger, ni d’inconvénient pour personne. C’était un feu latent. Ce n'est qu’un ennui et une dépense. Adieu. Adieu, à demain. G.
Mots-clés : France (1852-1870, Second Empire), Vie domestique (Guizot)
148. Val Richer, Samedi 10 novembre 1855, François Guizot à Dorothée de Lieven
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
148 Val Richer, samedi 10 Nov. 1855
Je suis rentré ici hier pas un très beau temps. Je voudrais le retrouver à Paris ; à mesure que je vieillis, la pluie et l'humidité me déplaisent davantage. J’ai eu pour maxime toute ma vie de ne tenir nul compte du temps et de ne jamais le considérer comme un obstacle ; mais autrefois, il ne m'en contait rien de n’y pas faire attention aujourd’hui, il me faut un acte de volonté.
Je ne vois absolument rien dans tous les journaux que j’ai trouvé ici, et qui sont beaucoup pus nombreux qu’à Broglie. Nous vivons trois ou quatre mois sans événements. Je rabâche, en attendant que nous causions.
Le Times a bien peur que les Allemands ne recommencent leur médiation, et qu’on ne les écoute. Vous avez sous certainement de la surprise du commandant d'Odessa en entendant dire que l’amiral Bruat commandait les bâtiments Anglais aussi bien que les Français : " C'est-il possible ? "
Risible exemple du lieu commun auquel vous vous êtes laissé tromper" jamais la France et l'Angleterre ne s'allieront sérieusement dans la voie, où nous sommes aujourd’hui, l'alliance peut aller bien loin et durer bien longtemps.
Onze heures
Moi qui ne suis pas la cour, je rentre en ville, le même jour qu'elle, après demain 12. C'est ce qui fait que je n’ai rien à vous dire qu'adieu, et adieu. G.
Je suis rentré ici hier pas un très beau temps. Je voudrais le retrouver à Paris ; à mesure que je vieillis, la pluie et l'humidité me déplaisent davantage. J’ai eu pour maxime toute ma vie de ne tenir nul compte du temps et de ne jamais le considérer comme un obstacle ; mais autrefois, il ne m'en contait rien de n’y pas faire attention aujourd’hui, il me faut un acte de volonté.
Je ne vois absolument rien dans tous les journaux que j’ai trouvé ici, et qui sont beaucoup pus nombreux qu’à Broglie. Nous vivons trois ou quatre mois sans événements. Je rabâche, en attendant que nous causions.
Le Times a bien peur que les Allemands ne recommencent leur médiation, et qu’on ne les écoute. Vous avez sous certainement de la surprise du commandant d'Odessa en entendant dire que l’amiral Bruat commandait les bâtiments Anglais aussi bien que les Français : " C'est-il possible ? "
Risible exemple du lieu commun auquel vous vous êtes laissé tromper" jamais la France et l'Angleterre ne s'allieront sérieusement dans la voie, où nous sommes aujourd’hui, l'alliance peut aller bien loin et durer bien longtemps.
Onze heures
Moi qui ne suis pas la cour, je rentre en ville, le même jour qu'elle, après demain 12. C'est ce qui fait que je n’ai rien à vous dire qu'adieu, et adieu. G.
146. Paris, Samedi 10 novembre 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix
Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
146 Paris le 10 novembre 1855
J’espère que ceci est ma dernière lettre. Ah quel bonheur ! J’ai vu bien du monde hier, petit monde, comme nouvelles. Je suis frappée du Times. Quelle ovation au roi de Sardaigne. Il ira à Londres Il sera reçu avec des transports régénérateur de l’Italie. Grandes avancées à la Suède. C’est naturel mais tout le monde dit que malgré le sentiment national la Suède n'osera pas. Nous verrons.
Voilà mon empereur reve nu à Pétersbourg. J’en suis bien aise. Là se trouvent. les veilles gens, les conseils sensés. Ah que nous ferons bien de faire la paix mais je n’ose pas l’espèrer. Adieu et au revoir. Adieu.
J’espère que ceci est ma dernière lettre. Ah quel bonheur ! J’ai vu bien du monde hier, petit monde, comme nouvelles. Je suis frappée du Times. Quelle ovation au roi de Sardaigne. Il ira à Londres Il sera reçu avec des transports régénérateur de l’Italie. Grandes avancées à la Suède. C’est naturel mais tout le monde dit que malgré le sentiment national la Suède n'osera pas. Nous verrons.
Voilà mon empereur reve nu à Pétersbourg. J’en suis bien aise. Là se trouvent. les veilles gens, les conseils sensés. Ah que nous ferons bien de faire la paix mais je n’ose pas l’espèrer. Adieu et au revoir. Adieu.
