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80. Paris, Lundi 27 août 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
D’abord rectification sur Versailles. Olliffe ne savait ce qu'il disait. Cela a été superbe de tous points. Tout le monde me l’a dit.
C’est le jour de la St Louis, la fête du grand roi, que cette fête se passait dans son Palais. Ensuite ma santé. Je ne me suis levée que ce matin. Hier tout le jour dans mon lit. Un grand bout. J’ai été inquiète. Olliff un peu aussi. Mais enfin aujourd’huy je suis beaucoup mieux. J'oserai peut être sortir, mais J’attends Andral.
Quoique dans mon lit j’ai rien quelques personnes hier ; entre autres Hazfeld. Hubner n’est pas venu à Versailles. Il ne sort plus, personne ne le voit. La Reine est partie au moment où je vous écris. Triomphale sortie par compensation de l’entrée manquée. Le temps est superbe, la troupe. Les voitures de gala c’est très magnifique. Et voilà un séjour mémorable, fini très brillamment.
Adieu. Adieu & au revoir.
79. Paris, Dimanche 26 août 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Je vous écris de mon lit j’ai été prise de crampes d’estomac violentes depuis hier. Olliffe dit que ce ne sera rien mais je suis couverte de [?] et je souffre. Olliffe est rentré de Versailles à 4 h. du matin.
Il a trouvé que c'était a failure. Point de vent, on n’a donc rien vu du feu d’artifice. Trop de monde dans la salle & de mauvais arrangement pour le souper. Voilà la critique. l’illumination de la terrasse & des pièces d'eaux superbe. L'Empereur et la reine ont valsé essemble.
Lord Clarendon est venu me faire visite hier & m'a trouvée seule. Il m’a dit poliment qu'il avait renoncé à St Germain pour cela. Il me dit que le reine est transportée. d’admiration pour Paris, et de gout & d'amitié pour l’Empereur. Il s’est étendu beaucoup sur cela et parait ravi & radieux du succès des voyages. Il m’a raconté le sens des lnvalides. On y est arrivé de la revue après 7 heures pour visiter le tombeau de Napoléon. On a allumé tant bien que mal quelques touches, lumière douteuse. Très funèbre, moment très solennel & lorsque la reine s’est approchée, du tombeau l'orgue à entonné le God save the queen. Cela a causé un frémissement général. Quel rapprochement ! Il était tout ému en le racontant. Ce devait être en effet très émouvant. J’ai trouvé lord Clarendon veilli. Il ne m’aura pas trouvé plus jeune. Je n’ai parlé ni de la guerre, ni de moi.
Tout Paris était hier à Versailles. J’ai eu Montebello le soir, Vous devriez passer chez Greville 18 Bruton Street, si vous avez des loisirs. Il ne sait pas que vous êtes. à Londres.
2 heures.
Toujours dans mon lit. Je ne suis pas de l’avis d'Oliffe & j'ai peur. Je vous écrirai encore demain pour tous les cas. Mais J’espère que ce sera une lettre perdue. Adieu. Adieu.
Mots-clés : Autoportrait, Diplomatie (France-Angleterre), Femme (politique), France (1852-1870, Second Empire), Guerre de Crimée (1853-1856), Napoléon 1 (1769-1821 ; empereur des Français), Napoléon III (1808-1873 ; empereur des Français), Politique (Angleterre), Réseau social et politique, Salon, Santé (Dorothée), Victoria (1819-1901 ; reine de Grande-Bretagne)
Wilton Crescent, le 26 août 1855, Henry Hallam à François Guizot
Londres, Samedi 25 août 1855, François Guizot à Dorothée de Lieven
Grillon, Hotel 4 heures
J’arrive. Très beau temps, très bonne mer. Je n’ai pas été malade du tout. Je ne trouve pas Duchâtel ici. Il s’y est pris trop tard ; on n’a pas pu le loger ; il est à Mivarts. J’ai une bonne chambre que j’avais fait retenir, et on en a donné une au Duc de Broglie à côté de la mienne. Sauf une très longue et très ennuyeuse cérémonie de visa de passeport à Boulogne, le voyage à été très commode. Je ne suis point fatigué. Je vais faire ma toilette. Nous dînerons à 7 heures. Nous nous promènerons un peu dans Piccailly. Je verrai peut-être Duchâtel et Macaulay. Et je me coucherai. Demain visite à Claremont. Je ne sais pas la suite, mais je me promets toujours d'être à Paris. Mercredi. Il n’y a qu’un dîner chez le Duc d’Aumale qui pût me déranger.
Adieu, Adieu. J’aime Albemarle Street G.
Weybridge, Aug. 21, 1855, Sarah Austin à François Guizot
Mots-clés : Femme (de lettres), France (1852-1870, Second Empire), Voyage
78. Val-Richer, Mardi 21 août 1855, François Guizot à Dorothée de Lieven
J’attends les nouvelles de Crimée avec plus de tristesse que d'impatience ; la victoire que j'espère n’amènera pas la paix que je désire. Mauvaise situation pour tous. On ne la changera pas avec des fêtes. Les gouvernements se payent aisément des belles apparences ; mais les événements ne se laissent pas régler à si bon marché.
Je ne comprends pas qu’on n'ait pas mieux calculé, les heures pour le voyage de la Reine et son entrée à Paris, ni que l'Empereur n'ait pas insisté pour les voitures de gala et une brillante escorte. Cette insistance ne pouvait avoir rien de désobligeant pour la Reine, et puisqu'elle venait en France c'était à l'Empereur à apprécier les convenances Françaises. D'après tout ce qui me revient, quoique la disposition du public fût bonne, l'effet a été moindre qu’on ne devait s’y attendre.
Que faut-il penser de la dépêche de Riga que donne l'Indépendance sur le bombardement de Sweaborg ? Il en résullerait que les arsenaux et la ville ont été détruits, mais que la forteresse et les batteries, ont peu souffert. C'est assez probable.
Je pense à vos affaires, quoique je persiste à croire qu’il n’y a pas de quoi penser. Outre la négligence de tout votre monde, qui est évidente, il se peut qu’il y ait aussi quelques difficultés de plus à envoyer des traites de Russie en France, et par conséquent des lenteurs même sans mauvais vouloir. Avez-vous, envoyé à votre nouvel homme d'affaires ce qu’il n’avait pas, les noms et les adresses, des personnes, banquiers ou autres, à qui il doit faire, demander lui-même vos rentes, si on ne les lui apporte pas spontanément ?
Ne m'écrivez pas demain. Je ne vous écrirai pas non plus sauf accident que je ne prévois pas. Je suis fort aise que vous ayez trouvé à mon fils bonne mine et bonne ouie.
Onze heures
Fort aise aussi que vous ayez de Constantin une réponse qui vous contente. C'était impossible autrement. Adieu, Adieu. A Jeudi. G.
78. Paris, Mardi 21 août 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Pas de lettre de vous aujourd’hui. Qu’est-ce que cela veut dire ? Duchâtel n’est pas tout à fait décidé encore pour Grillon, mais il croit que c’est là qu’il ira.
La Reine a reçu hier le coup diplomatique. Elle a été gracieuse pour tous. Elle a distingué Hazfeld et aussi Hubner. L'Empereur pendant le cercle a conduit le prince de Galles dans son phaiton et l’a promené par la ville un groom seulement avec eux. La grande promenade de la cour a eu lieu ensuite. Vous en voyez le récit dans les journaux. Ils ont été assez applaudis sur les boulevards.
Vous n'annoncez pas le bombardement. Les diplomates sont très déroutés. Ils n'ont pas été priés hier au spectacle à St Cloud. Les petits attachés l'ont été, derrière tous les étrangers de distinction. Bereidingen de publier & & ce matin tout Paris est à Versailles, la reine y va. Il me semble que je n’ai rien à vous dire, je vous demande ma lettre. Adieu. Adieu.
77. Paris, Lundi 20 août 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
J’ai lu la pièce de vers de Vincent. C’est charmant, j’ai ri toute seule, tout haut.
Le duc de Noailles est venu pour un moment à Paris ce matin. Il sort d'ici. Il tient beaucoup à notre visite. Il sera ici dans huit jours. Je pense que Nous irons chez lui le 31 ou le 1er 7bre. Lady Granville est tombée chez moi hier soir venue de Londres pour voir elle-même l’entrée de la reine. Elle retourne à Londres demain. Elle n’aura pas vu grand chose. Elle est fâchée de l'heure tardive. Tout le monde s’en est plaint.
Le rapport de Gortchakoff sur le combat de la Tchernaja est ridicule. Je suis fâchée. de cela nous devons avoir perdu beaucoup de monde. Evidement on ne bombarde pas encore Sévastapole, mais je crois qu'il succombera.
Molé était encore hier soir ici et Montebello revenu pour quelques jours. Molé va au Marais ce matin.
J'ai reçu ce matin une réponse de Constantin dont je suis contente. Hier une longue visite de Prince Pualer Neuskan à mourir de rire. Il me demande une explicacation de mes procédés envers lui l’année 1815. Ah, c’est drôle. Il a une grande curiosité de vous connaitre. Il viendra vous rencontrer. chez moi. Adieu. Adieu.
2 h. Grand bruit sous mes fenêtres. La reine va passer en voiture de gala mais comme c’est l'heure de ma promenade. Je ne verrai pas cela.
77. Val-Richer, Lundi 20 août 1855, François Guizot à Dorothée de Lieven
Les six maréchaux annoncés ont abouti, au général Canrobert nommé Sénateur. C'est plus sensé. On dit que Canrobert ne se gêne guère dans son langage sur la conduite de la guerre de Crimée. Du rapport de l’amiral Pénaud sur le bombardement de Sweaborg, il résulte ces deux faits, que Sweaborg a été en effet presque complètement détruit, et que sur ce point, les moyens d'attaque se sont trouvés fort supérieurs aux moyens de défense. C’est grave. On doit en conclure qu’il y aura plus d’un bombardement dans la Baltique. Ce rapport est d’un ton modéré et sans forfanterie. Le petit mot du général La Marmora sur l'affaire de la Tchernaïa est convenable aussi. Les Anglais n’ont été pour rien dans cette affaire-là.
Les trois lignes du Morning Post annonçant, d’ici à peu de jours à des nouvelles émouvantes et jusqu'ici inattendues m'ont bien choqué. Vraie annonce de théatre des boulevards. On m'écrit que la Reine Marie Amélie a tout à fait renoncé à aller passer l'hiver en Espagne, et même hors d'Angleterre. Mais elle ira passer cinq ou six semaines avec les enfants d’Espagne, en Allemagne et en Suisse. Elle est encore en ce moment au bord de la mer à Beaumaris, île d’Anglesey ; elle sera rentrée à Claremont le 25, en partira le 30 pour le continent, et y reviendra vers le milieu d'Octobre pour n'en plus bouger.
10 heures et demie
J’ai toujours pensé qu’on mettait en scène trop tard. Ce qui manque surtout aujourd’hui, c’est la prévoyance. Le Maréchal de Saxe avait, dans son camp, une troupe d'acteurs, entre autres Mad. Favart. Il donnait des spectacles et des bals dans l’entre deux des batailles. Les affiches portaient " Demain, Relâche pour la bataille ; après demain Annette et Lubin." Mais ceux qui se divertissaient étaient les mêmes qui se battaient. Moi aussi, je regrette pour vous le départ de votre nièce. Adieu, Adieu. G.
76. Val-Richer, Dimanche 19 août 1855, François Guizot à Dorothée de Lieven
Le temps a été admirable hier. Quelle foule vous aurez vu passer sous vos fenêtres ? Il y a 435 ans, la population de Paris mourait de faim, et de misère sous les yeux du roi d'Angleterre Henri V. Quelle série de contrastes que l’histoire ?
Je crois qu’il va pleuvoir ce matin. Le temps est couvert. A en juger par l'article du Moniteur le bombardement de Sweaborg serait grave sinon comme événement politique du moins comme fait matériel. Sweaborg n'existe plus. Je suis assez curieux des détails. Cette guerre-ci a un étrange et triste caractère. Les ruines sont en général la conséquence des batailles aujourd’hui les ruines sont faites pour suppléer aux batailles. Excepté, en Crimée pourtant là, on se bat sérieusement. De là aussi nous avons des détails à attendre.
Pour parler d'autre chose, avez-vous lu, dans les Débats, l’Epitre de M. Viennet contre les mots nouveaux. Il y a de la verve et quelques traits piquants. Elle a amusé l'Académie et son public. Mais il faut que cela soit lu haut, et avec un peu de verve comme fait l'auteur.
Duchâtel est certainement revenu de Dieppe. Seriez-vous assez bonne pour lui demander, si décidément, c’est chez Grillon, qu’il va loger à Londres. Le Duc de Broglie m'écrit qu’il sera à Paris le 23 au soir, qu’il y passera la journée du 24, et il me propose d'aller ensemble coucher à Londres, samedi 25. J'adopte. Je vous verrai donc jeudi 23. Mais ne m'attendez pas, je vous prie, pour dîner. Mon chemin de fer n’est pas assez exact pour que je m'y fie, et je ne veux pas que votre estomac souffre de son exactitude. Je vous verrai le soir, à 8 heures et demie.
Onze heures
On paraît attendre de grandes nouvelles. La dépêche du général Pélissier n’est pas suffisante pour expliquer cette attente. Adieu, Adieu. G.
76. Paris, Dimanche 19 août 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
L’entrée hier aurait été superbe s'il avait fait clair. Mais la reine n’est venue qu'à huit heures. On était fatigué d’attendre, & puis on ne l’a pas vue, & puis les équipages n'étaient pas de gala, (c'est elle qui ne l’avait pas voulu) tout cela a refroidi un peu. Malgré cela il y a eu de vifs applaudissements à la gare. Beaucoup au boulevard, du moins très convenables. Plus rien sur la place ni aux Champs Elysées. Voilà que m'ont dit mes reporters qui sont venus le soir. Duchâtel furieux d’avoir fait son dîner. si tard. Du reste hier comme tous les autres dit que l’aspect était magnifique et la foule, prodigieuse.
Voilà donc que hier à commencé le bombardement de Sévastopol ! Le carnage, les fêtes, tout à la fois. J'ai peur pour Sévastopol. Nous avons été certainement battus à la Tchernaja.
J’ai vu votre fils hier soir. Il a pris le thé chez moi. Il a dit partir à 7 h. Ce matin ma nièce part aujourd’hui j’y ai un vrai regret, elle me plait tant. Pas un mot de mes affaires. Adieu. Adieu.
75. Val-Richer, Samedi 18 août 1855, François Guizot à Dorothée de Lieven
On n’a pas plus envie de s'écrire le lendemain du jour où l’on s'est quitté que la veille au jour où l’on doit se revoir. Il faut plus d’un jour pour se raccoutumer à l'absence, Je n'ai comme de raison, trouvé ici que ce que j'y avais laissé ; mes petits enfants, parfaitement gais et bien portants. C’est un singulier contraste que la vivacité et la superficialité des sentiments des enfants, ils sont enchantés de me revoir, et tout aussi gais quand je n’y suis pas ; sincères en tout cas.
Mon fils a dû passer chez vous hier à 5 heures. Je lui ai bien recommandé l'exactitude pour la commission. Je ne suis pas sûr que l’envie de voir l’entrée de la Reine ne l'ait pas retenu aujourd’hui à Paris. En tout cas il partira demain. J’ai repensé à ce qui vous a empêché de dormir l'autre nuit. Je répète que c’est impossible. Le retard ne peut avoir d'autre cause que les maladresses des hommes d'affaires et les continuels déplacements de votre fils Paul. Ne manquez pas de me dire quand vous serez hors d’incertitude. J’espère bien que ce sera avant mon retour à Paris.
Onze heures
Adieu, Adieu. Je n’ai pas même ouvert mes journaux qui n’ont rien à m'apprendre. J’aurai de vos nouvelles demain. Adieu. G.
75. Paris, Samedi 18 août 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Grands remous hier. Grande victoire ; les Russes repoussés sur la Tchernaïa avec des pertes immenses, beaucoup de prisonniers, & &. Je ne trouve pas que le rapport de Pelissier soit tout-à-fait aussi tragique.
Morny qui est venu, ne savait pas davantage. J’ai vu Hatzfeld, évidemment il remarque qu'il y a à réparer. Richelieu, Noailles, Sebach, Kedern, Bathurst, ma nièce. Voilà les visites entre le matin et le soir.
Lord Batturst a été cinq fois chez son amb. qui fait toujours dire qu’il ne peut pas le recevoir. Il est furieux, beaucoup d'Anglais le sont. Cela les privera des fêtes. Le temps est superbe. Les préparatifs immenses. On regrette que le moment de l’entrée soit si tard. Il fera presque nuit, quand elle arrivera à l’Etoile. Midi. Je rentre d'une tournée en calèche. Les préparatifs, les décorations. C’est prodigieux. Certainement Paris n’aura jamais vu pareille fête. Pour moi la vue de tout cela m’a étourdie que sera ce quand y aura la troupe, la foule, le cortège.
J’ai vu votre fils un moment ce matin. Il ne part que demain. Je lui ai trouvé bonne mine, & bonne ouïe. J’irai passer quelques heures toute seule dans les bois de St Cloud. Je reviendrai comme je pourrai. Adieu. Adieu.
Val-Richer, le 14 août 1855, François Guizot à Louis Vitet
[?], [août 1855], François Guizot à Dorothée de Lieven
Il faut toujours que la contrariété se mêle au contentement. 7 heures à minuit. G.
Mots-clés : France (1852-1870, Second Empire), Voyage
74. Paris, Samedi 11 août 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Enfin, après demain. Je vous attendrai à dîner, 6 h. 1/2 Je vous vois rassuré sur votre fils. J’en suis enchantée. Nous causerons de Maintenon. Mais vous étranglez un peu cela en fixant Mercredi ou Jeudi. Nous n'aurons pas le temps de le prévenir. Enfin nous verrons.
Je n'ai absolument rien de nouveau. Je reste dans les embarras d’argent autre un banquier imbecile, & des fils qui ne répondent pas. Je ne vois pas de fin à ces misères. Vous viendrez me donner de conseils. Je n’ai pas un mot à vous dire, si non, adieu.
74. Val-Richer, Samedi 11 août 1855, François Guizot à Dorothée de Lieven
J’espère que cette fois est bien la dernière, car je ne vous écrirai pas demain, à moins d'accident nouveau ce qu’à Dieu ne plaise. Je dînerai avec vous lundi.
J’ai trouvé le discours de Lord John très médiocre. Un acte aussi significatif voulait mieux que cela de plus grandes raisons venant de plus haut et portant plus loin. La conduite des Anglais est souvent plus profonde et plus habile que le compte qu’ils en rendent aux autres et à eux-mêmes. Ils ont de grands instincts sans grand esprit. Palmerston a mieux valu que John ; rien de nouveau, ni d'éclatant ; mais plus complet et mieux to the point. En voilà jusqu’au mois de Février, au moins jusqu'au mois de Novembre. Qu’arrivera-t-il d’ici là en Crimée ? car il faut qu’il arrive quelque chose.
Je regrette le tripotage Carliste espagnol. Pas plus d’intelligence que de puissance. La lettre du Duc de Lévis était très nette. M. d’Escars aurait mieux fait de ne rien dire. Je vous dis adieu. Je suis obligé d'aller ce matin de bonne heure à Lisieux. Le facteur viendra ici en mon absence. J’espère que votre lettre n'exigera point de réponse immédiate. Adieu, et adieu, à lundi.
73. Val-Richer, Vendredi 10 août 1855, François Guizot à Dorothée de Lieven
Le médecin m’a mis ses libertés. Je serai à Paris lundi prochain 13 entre 5 et 6 heures. Nous partirons de Lisieux par le train de midi. Voulez-vous me donner à dîner lundi à quelle heure précise. Nous causerons à notre aise. Je voudrais pouvoir aller chez le Duc de Noailles mercredi, ou jeudi. Cela vous conviendrait-il ? Je vais répondre à son invitation, mais sans rien dire de précis. Je ne puis régler cela qu'avec vous. Mon séjour à Paris sera court cette fois ; mais je vous reverrai la semaine d'après. J’ai plusieurs choses à finir ici avant la petite course qu’il faut que je fasse en Angleterre.
Mon fils continue à aller mieux. Il y faudra du soin, peut-être quelques eaux ; mais on me rassure tout à fait. Je verrai à Paris Andral et Velpeau.
Duchâtel m'écrit qu’il ne quittera pas Paris avant le 14. Je le verrai donc. Il me dit qu’il veut aussi aller en Angleterre pour le 26. Il repassera sans doute par Paris. Peut-être pourrons-nous faire la course ensemble.
Je suis curieux de tout le discours de Lord John dont je n’ai encore vu que le résumé. J'admire ses habilités de flatterie populaire. En même temps qu’il se fait pacifique, et Autrichien en Orient, il se déclare libéral à tout risque et anti-Autrichien en Italie. Plus de guerre dans la mer noire, plus d'étrangers au-delà des Alpes. Je ne demande pas mieux si l'Italie et le Pape, peuvent vivre sans étrangers et sans révolutions. J'en doute.
Onze heures
Vous aviez raison d'être contente de ma lettre. Je n’ai rien à ajouter à celle-ci. J’ai à peine ouvert mes journaux. Je n’y vois rien. Adieu, adieu. G.
73. Paris, Vendredi 10 août 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
L’Empereur a fait très bon accueil à nos prisonniers. Voilà la seule nouvelle que j’ai remise hier. J’ai eu une longue visite d'un Prussien, très renseigné sur toutes choses. Il croit que nous désirons vivement la paix. L’Empereur Nicolas est mort, broken hearted, il y a des détails curieux.
L’Allemagne est tranquille et rassurée. L’Autriche & la Prusse vont bien. Les Anglais sont détestés partout. Voilà à peu près tous les sujets touchés.
Cowley a annoncé officiellement à la Reine la grossesse de l’Impératrice & l'impossibilité où elle sera d’assister aux fêtes. On dit que la reine se rejouit extrêmement de Paris. Montebello part aujourd’hui. For good. Encore parti. Dumon ne le voudra pas. D’ailleurs il galopera sans cesse de Paris à Poissy. J’ai lu des veilleries à Viel Castel. J’ai du malheur, je ne recueille pas un mot de suffrage. Je crois donc que j'ennuie les gens. Aujourd’hui la mort de Paul 1er cela a eu l’air de l’intéresser, mais il ne m’a pas dit un mot encourageant. Adieu. Adieu.
Mots-clés : Diplomatie (France-Angleterre), Femme (maternité), Femme (politique), France (1852-1870, Second Empire), Guerre de Crimée (1853-1856), Mort, Napoléon III (1808-1873 ; empereur des Français), Nicolas I (1796-1855 ; empereur de Russie), Réseau social et politique, Salon, Victoria (1819-1901 ; reine de Grande-Bretagne)
72. Val-Richer, Jeudi 9 août 1855, François Guizot à Dorothée de Lieven
Mon fils va toujours mieux quoique les deux maux qui se tiennent la gorge, et les oreilles, se fassent encore sentir. J’attends l’avis de son médecin, ce en plus matin ; mais je crois de plus que nous irons à Paris la semaine prochaine.
Voilà votre N°71 et une lettre du duc de Noailles qui me presse d'aller à Maintenon. Nous règlerons cela ensemble. J'irai certainement ; mais je vous prie de prévenir le Duc si vous le voyez, que je ne pourrai pas y rester quelques jours comme il veut bien le désirer. Entre la consultation pour mon fils, le voyage qu’on lui ordonnera peut-être à quelques eaux, et la petite course que j’ai à faire en Angleterre, mon temps sera bien pris, et je ne saurais régler d'avance avec précision tous mes mouvements. En tout cas, il y aura bien du malheur, si nous ne voyons pas bientôt.
Je ne vois rien dans les journaux. Je trouvé l'attaque de Lord John très significative. Il se prépare pour la paix. Adieu, adieu.
J’ai cent petites affaires ce matin. Je vous écrirai plus à mon aise demain, en attendant mieux. Adieu. G.
72. Paris, Jeudi 9 août 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Je suis contente de votre lettre et j’espère tout-à-fait que vous viendrai au commencent de la semaine prochaine. J’ai vu hier Fould. Les médecins disent qu'il y a quatre cinquièmes de certitude et un cinquième d'espérance pour la grossesse de l’Impératrice. On est donc bien content. Elle reste couchée.
Canrobert est attendu avec impatience. Fould parle de lui très bien avec estime, confiance
Le Maréchal de Castellane est venu me voir hier soir. Je lui demandais s'il avait lu les lettres de Ste Arnaud. Il m’a répondu avec beaucoup d’humeur qu’il ne voulait pas les lire ! Il a bien parlé de notre armée, on s'aime quand on ne se tue pas. Point de nouvelles. La Reine arrive toujours le 18.
La lettre de M. d’Escars n’est pas aussi nette que les deux autres. Cela a l'air d'un petit tripotage qui fait mauvais effet pour le camp légitimiste. Fould me dit qu'on a saisi des papiers plus importants. Celui-ci était de la main du Ellie. Duchatel est très décidé a passer en Angleterre vers la fin du mois. Il parle de quitter Paris dans 6 ou 7 jours. Adieu. Adieu.
71. Paris, Mercredi 8 août 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Il me semble que vous avez l'air rassuré, & je le suis avec vous. J’avais dit à Duchâtel la surdité, il la savait. Ainsi ne m’accusez pas, d’ailleurs je ne vois pas bien l'inconvénient de le dire. Un mal passager. Qu’est-ce que cela fait ? Cependant puisque vous le voulez je vais me taire.
Molé m'écrit hier. Il s'annonce pour Lundi. Il a eu une singulière distraction en m'écrivant il désir ardemment Mallakoff, Sevastapol. Je ne lui rappelerai pas cela. Il n’aimerait pas passer pour un étourdi.
J’ai vu hier au soir Van de Wayer. Il y avait du monde, je n’ai pas pu causer. La seule chose qu'il m’ait dit c’est ce que dit tout le monde. L'Angleterre enragée, pour la guerre, parce qu’elle n’en sent pas les charges. Une dissolution enverrait une chambre encore un peu plus acharnée.
Dumon est revenu. Il dit qu’on accepte la guerre, on ne se plaint pas, on est assez content de tout. La disposition générale est bonne. Voilà. Pas de nouvelle. La grossesse de l’Empéra trice parait se confirmer. Adieu. Adieu.
71. Val-Richer, Mercredi 8 août 1855, François Guizot à Dorothée de Lieven
Mon fils va de mieux en mieux ; son médecin doit revenir demain pour examiner où en est sa gorge, et j’espère tout à fait que, dans les premiers jours de la semaine prochaine, je pourrai le conduire à Paris pour faire examiner. à fond, l'état de ses oreilles et ce qu’il y faut faire. Déjà, depuis que sa gorge va mieux, il entend mieux. Il est fort ennuyé et un peu attristé et moi très préoccupé de cette fâcheuse disposition. J’espère tout-à-fait pour lundi ou mardi ; mais je ne veux pas dire plus que j’espère. J’ai été trop contrarié du retard.
Le Times est toujours bien violent contre les amis de la paix. Evidemment le succès du dernier emprunt en France a échauffé les têtes en Angleterre. On se complait dans cette démonstration de puissance facile, et féconde. Chez nous, on s'y complait aussi, mais sans en être plus animé à la guerre ; seulement on la supporte aisément.
Que signifie ce petit article de la Presse. annonçant que des nouvelles surprenantes arriveront bientôt, et qu’il est question de lever le siège de Sébastopol ? Avez-vous remarqué un article de la Patrie qui traite fort mal le Roi de Naples ? Mon ami Gladstone n'aurait pas mieux dit. C'est probablement vrai. On est sans doute mécontent du Roi et de ses mesures de douane quant aux approvisionnements de notre armée. Ce n'est guère que par là qu’il peut nuire ou servir.
Savez-vous si Duchâtel, les concours de son fils une fois passés, ira faire en Angleterre un petit voyage, comme il en avait le projet ? Ce n’est pas la peine de lui écrire pour le lui demander ; soyez assez bonne pour me dire ce qu’il vous en dira.
Onze heures
J’espère que vous ne vous serez pas ressentie trop longtemps de votre frayeur. Je suis charmé qu’elle soit passée. C'eût été aussi absurde que triste. Adieu, Adieu.
Maintenon, le 7 août 1855, le Duc de Noailles à François Guizot
Mots-clés : Benckendorf, Dorothée (1785?-1857), Conversation, Voyage
70. Val-Richer, Mardi 7 août 1855, François Guizot à Dorothée de Lieven
Mauvais jour. Je devais vous voir ce matin ; au lieu de cela, je vous écris et je n'aurai point de lettre de vous. J'espère du reste de plus en plus que le retard ne sera pas long et que la semaine prochaine tiendra ce qu’avait promis celle-ci. Mon fils va mieux. Son médecin m'a dit hier que, dans trois, ou quatre jours, sa gorge serait rentrée dans son état normal. Le temps d’hier était excellent ; ce matin, il pleut. Je suis bien fâché que vous vous plaignez de la chaleur ; moi, je trouve qu’elle me manque et je la regrette.
On annonce de nouveau de grandes opérations contre Sébastopol. Toujours recommencer pour ne jamais finir. J’ai à écrire aujourd’hui à cette pauvre mère, Lady Catherine Boileau, dont le fils était mourant, tout-à-fait mourant, à Malte. Il a été blessé le même jour et de la même manière que le jeune Roger ; jours également de ses blessures, la balle extraite, il meurt de souffrance et d’épuisement. Il a à Londres, un père et deux frères ; je ne comprends pas que pas un des trois ne soit parti sur le champ pour aller l'aider à guérir ou à mourir. De toutes les vanités de ce monde il n’y en a qu’une à laquelle je ne me résigne pas ; c’est celle des affections.
10 heures
Mon facteur vient de bonne heure aujour d’hui précisément parce qu’il ne m’apporte rien. Je trouve singulier que la police autrichienne refuse en Lombardie, les passeports pour la France. Je ne vois rien de plus dans les journaux. Comme de raison, je ne parle à personne de la disposition de mon fils à la surdité. Elle tient évidemment à l'état de sa gorge ; il entend déjà mieux ce matin. Mais il faut absolument que les médecins y regardent à fond et prescrivent quelque chose. Adieu et adieu. G
70. Paris, Mardi 7 août 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Ah voilà de la tristesse. Vous ne venez pas, & vous êtes inquiet de votre fils. J'espère, que votre lettre demain sera meilleure bonne. Je vous assure que je ne penserai qu’à lui jusque là. J'ai eu une fameuse frayeur avant hier. On est venu me dire que Morny était tué par Changarnier. C'était sûr. La bourse, les chemins de fer en dégringolade. qu' est ce que cela me faisait mais Morny, Morny. J’ai courru moi-même aux enquêtes, j’ai été rassurée mais jusqu'à ce que je le fus j’ai été je vous réponds bien tourmentée, et j'en suis encore un peu malade. Toute frayeur ou émotion se porte chez moi sur les entrailles. Vous ne sauriez croire la sensation qu’avait produite cette fausse nouvelle.
Il n’y en a point d’autre au reste. On ne s'occupe que de l’arrivée de la reine. L’Empereur reçoit demain les prisonniers russes. Sebach, les lui présente. Je viens de voir un moment Baroldinguen. Il arrive de Stuttgard. Il regrette bien que son roi ne vienne pas, et le roi le regrette aussi. Et moi aussi. Il pouvait ressortir du bien de cette visite. Adieu. Adieu. Donnez-moi de bonnes nouvelles. demain, & faites bien mes. amitiés à votre malade.
69. Val-Richer, Lundi 6 août 1855, François Guizot à Dorothée de Lieven
J’avais bien raison de vous parler de tristes motifs, c’est une lettre que vous aurez demain au lieu de moi. Je suis obligé de retarder ma course à Paris de quelques jours, de quelques jours seulement j’espère. Il faut que j’y aille avec mon fils pour consulter les médecins sur une disposi tion à la surdité qui le tourmente, et me tourmente depuis quelque temps et voilà qu’il a été pris avant hier d’un mal de gorge qui ne sera pas grave, j'espère bien, mais que mon médecin de Lisieux croit devoir traiter avec soin, Guillaume est confiné dans sa chambre, mis au régime, gargarisé. Il n’y a pas à penser à se mettre, en route jusqu'à ce que cette espèce d’angine, soit guérie. Je ne suis plus du tout propre à l’inquiétude sur ceux que j’aime ; elle m'envahit follement. Comment ne pas trembler quand on a longtemps vécu ? Je descends en ce moment de chez mon fils ; il a mieux dormi, sans fièvre ; il en avait eu assez les deux nuits dernières. J'espère tout à fait qu’il sera bientôt débarrassé. Le temps est superbe aujourd’hui ; les maux de gorge doivent de trouver bien de la chaleur. Dieu veuille que la semaine prochaine vaille mieux que celle-ci !
Je suis bien aise que vous ayez Viel Castel pour huit jours. Je ne comprends pas pourquoi, on fait revenir Canrobert. Il l’a peut-être désiré comme caractère, il s'est fait certainement beaucoup d’honneur. J’entends beaucoup parler de vos prisonniers. Le général Bodisco était mon voisin à Evreux. Bizarre résultat de cette guerre le jour où elle finira, nous serons mieux avec nos ennemis qu'avec nos alliés.
Ce serait assez remarquable que Hübner n'allât pas aux grandes fêtes de Paris pour la Reine d'Angleterre. A mon avis, il aurait tort d'être malade ce jour-là. A quoi sert d'avoir de l’esprit si ce n'est à bien porter les situations peu agréables quand on n’a pas pu, ou pas voulu les éviter ?
Onze heures
Votre joie m'attriste. Mais ce n’est qu’un retard. Quand tout va bien dans une famille, il faut trembler. Voilà une lettre de Londres qui me dit que le fils de Sir John Boileau, grièvement blessé le 18, se meurt à Malte. Un enfant de 19 ans ! Adieu, adieu.
Weybridge, August 5, 1855, Sarah Austin à François Guizot
68. Val-Richer, Dimanche 5 août 1855, François Guizot à Dorothée de Lieven
Vous savez que l'ennui d'écrire me prend, et vous aussi quand nous devons nous voir. Je n'écris donc aujourd’hui que par probité, pour que vous ne soyez pas inquiète demain. A cela quelques lignes suffisent. Je n’ai d'ailleurs rien à vous dire.
Je ne vous parlerais que de l'Invalide Russe, et des 90 bateaux à vapeur de rivière qu'au dire des journaux le gouvernement vient d'acheter. Est-ce que Micolajett remplacerait Sébastopol ?
La grossesse de l'Impératrice serait une grande joie aux Tuileries et une vive contrariété pendant le séjour de la Reine d'Angleterre. Les fêtes seront certainement très belles. La Reine et le public s'amuseront. Il ne fait point trop chaud ici. Bien peu de journées se passent sans quelques ondées. Les laboureurs demandent un soleil plus fixe.
Onze heures
Merci de votre longue lettre. J’aime encore mieux les conversations. Nous en aurons mardi. Adieu. Adieu.
69. Paris, Dimanche 5 août 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Ah voilà une bonne nouvelle. Quoique l’occasion ne soit triste pour vous, mais quoi. Laisser moi me réjouir beaucoup de vous revoir. Je passerai à votre porte avant 2 heures pour voir si vous y êtes et vous voir un moment. Je vous laisserai à vos affaires Je serai rentrée chez moi entre 4 et 5. Vous viendrez causer et dîner, à moins que vous ne fassiez d’autres arrangements. Nous aurons de quoi parler.
J’ai vu hier Heckern longtemps Il était encore plein de Drouin de Luys, & celui-ci est toujours plein de son affaire. A l’entendre, il a eu raison de se retirer. Greville m'écrit huit pages pour me dire qu’il ne sait rien et qu’il n'y a rien. Et moi aussi je n’ai rien vous le voyez bien. Adieu. Adieu.
67. Val-Richer, Samedi 4 août 1855, François Guizot à Dorothée de Lieven
Je vous verrai mardi prochain et nous règlerons ensemble le jour de notre visite à Maintenon. Je vais à Paris pour une raison assez triste que je vous dirai, mais qui me vaudra au moins de passer quelques jours avec vous, sans les mettre à votre compte, puisque vous voulez compter. Mauvais sentiment. Je ne pourrai faire à Maintenon qu’une visite, vous y resterez probablement plus que moi ; en sorte qu’il faudra placer cette petite course à la fin de mon séjour à Paris. Il y a un mois que nous n'avons causé.
Je ne connais rien de plus choquant que ce qui se passe dans la Baltique, ces promenades, ces approches, ce vagabondage naval et militaire, sans plan, sans but, sans résultat, si ce n’est de ruiner des villages, de tuer des matelots ou des paysans uniquement pour faire du mal à l'ennemi. C'est là le côté hideux de la guerre, et il n'a peut-être jamais paru aussi isolément, séparé du côté efficace et glorieux. Je ne sais si on dira jamais la vérité sur tout ceci ; mais il y a des hommes pour qui elle ne serait pas agréable à entendre.
J’ai eu hier des visites. Tout le monde s'étonne que le Constitutionnel ait répété l’article de l'Invalide Russe : Prendra-t-on Sébastopol ? On demande ce que cela veut dire. Voilà le Parlement qui va se séparer. S'il se réunissait au mois de Février prochain sans que Sébastopol fût pris, la situation serait étrange.
Onze heures
Répondez-moi encore demain ; mais plus lundi. Je partirai mardi matin et je serai à Paris entre 1 et 2 heures. Adieu, adieu. G.
68. Paris, Samedi 4 août 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
J'ai eu hier une longue visite de M. Fould, il est très fatigué. Il a à s'occuper de tout pour le séjour de la Reine. Jack of all work. Je le crois habile à tout, il m’a confirmé le dire de la D. de Hamilton mais sans plus d’affirmation. La Reine arrive le 18, et reste jusqu'au 27. L'Empereur ira la recevoir à Boulogne. Le prince de Galles est du voyage.
Canrobert a eu l'ordre de revenir. Fould me parle de lui avec beaucoup d’éloge. Pierre de Castellane est revenu hier, chassé par Pélissier pour avoir écrit une certaine lettre qui a paru dans le Constitutionnel et qui a valu à celui-ci une sorte de démenti de la part du Gt. Pélissier promet Sévastopol avec assurance. Mais faut-il croire les assurances de Pélissier ? Nous croyons que vous ne le prendrez pas. Les prisonniers Russes qu'on renvoye chez nous sont arrivés à Paris. Ils se louent fort de l'hospitalité française et demandent à en remercier On dit maintenant que vous être resté au dessous de la vérité et qu'il y quatre millards. La journée hier a été étouffante. On respire aujourd’hui, il a beaucoup plu. L'orage m’avait pris hier dans le parc de St Cloud. Comme c’est beau là ! Je n’ai vu hier soir que Viel Castel. Il revient pour huit jours seulement. Adieu.
Val Richer, le 3 août 1855, François Guizot à Sarah Austin
66. Val-Richer, Vendredi 3 août 1855, François Guizot à Dorothée de Lieven
Il paraît que le général Todtleben n’est pas mort. Les hommes distingués ont beau être dans les rangs ennemis ; je m'intéresse à eux, et quand je voudrais m'en défendre, il ne serait pas en mon pouvoir de ne pas m’y intéresser. Mais je ne m'en défends pas.
Etes-vous un peu courant des affaires de Hanovre et de Wurtemberg. L'article des Débats d’hier m’a frappé. Non qu’il puisse résulter de tous ces embarras locaux, quels qu’ils soient aucun embarras Européen ; l'Europe a de trop grandes affaires pour faire attention à celles-là ; mais je suis curieux du développement politique de l'Allemagne. Le Roi de Wurtemberg se tirera de tout ; il est habile et tout le monde chez lui, le croit habile. Mais il me semble que le Roi d'Hanovre s’est un peu étourdiment engagé. Est-il vrai que tous vos officiers prisonniers sont échangés contre les nôtres, et qu’on va les renvoyer en Russie ? La guerre se fait très courtoisement entre nous. La courtoisie devrait contribuer à la faire finir plutôt. Vous voyez que j’ai encore moins de nouvelles que vous. Je vous quitte pour faire ma toilette. Je voudrais pourtant bien causer.
Midi
Mon facteur arrive très tard. Je n'ai que le temps de vous dire adieu, et adieu. A demain les réponses. Adieu encore.
67. Paris, Vendredi 3 août 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
J’ai eu hier une longue visite de la Duchesse de Hamilton, elle avait dîné la veille à Villeneuve l’étang. L’Imp. couchée n'osant pas mettre le pied à terre. On a quelque espérance, vague encore, mais enfin il y a des symptômes, s'ils sont confirmés, elle ne pourra être de rien pendant le séjour de la reine. On ne parle pas du tout de ces espérances, ainsi je vous dis là un secret.
Il n’y a personne à Villeneuve l’étang, pas même la dame de service un aide de camps voilà tout, absolument tout. Le petit Gordon est retourné hier à Londres, c’est lui qui m’a dit le premier la nouvelle sur Cowley, mais comme vous je n'y crois pas.
La chaleur est excessive et m'étouffe. Je vais déjeuner au bois de St Cloud emportant avec moi mes provisions, c'est bien joli, Mais il faut affronter une heure de soleil, et autant pour revenir. Palmerston a bien peu d’autorité dans le Cabinet, et les ministres sont très divisés entre eux. Voilà ce que rapporte le dernier visiteur important en Angleterre. Je n’ai pas de nouvelles à vous donner. Adieu. Adieu.
65. Val-Richer, Jeudi 2 août 1855, François Guizot à Dorothée de Lieven
Il me revient un scrupule. sur Enghien s’il vous prenait la fantaisie d'aller y passer quelques jours ; j’ai entendu dire que ce n'était pas un endroit très sain et qu’on y prenait quelquefois des acces de fièvre intermittente.
Je ne crois, ni à Redcliffe quittant Constantinople, ni à Cowley quittant Paris. Le gouvernement anglais peut faire de la mauvaise politique ; mais il ne fait pas des enfantillages nuisibles. Redcliffe est puissant à Constantinople ; Cowley, avec un peu plus ou un peu moins de faveur quotidienne, convient à l'Empereur Napoléon. Ils resteront l’un et l'autre où ils sont à moins que Redcliffe fatigué ne veuille lui-même se retirer, ce que je ne présume pas. C'est Bulwer, qui se complait dans ces rêves, ayant envie et de Constantinople et de Paris.
Le succés de l'Emprunt prouve en effet la richesse, la confiance et la passion du jeu. Lequel de ces trois mobiles est le plus efficace. Je n'en décide pas. Je suis frappé de la richesse qui surpasse tout ce que j'en croyais. Elle augmente chaque jour avec une rapidité prodigieuse. La France est le pays où l’on travaille et où l'on économise le plus. Je vois cela autour de moi, dans les petites villes, dans les campagnes. Il n’y a presque personne qui n'ait au bout de l'année, un capital de plus, gros ou petit, qu’il faut placer quelque part. Et pourvu qu'au dedans l’ordre règne, la mauvaise politique n’a sur ce progrès public, qu’une influence lointaine ; ce qui fait qu’on n’y pense guère. La mauvaise politique influt bien plus sur les esprits que sur les bourses, et fait bien plus de bêtes que de pauvres ; mais les bêtes qu’elle fait ne s'en aperçoivent pas.
Vous êtes bien ardents à faire des sorties. Il me paraît impossible que cette situation se prolonge encore beaucoup de mois. On est trop près les uns des autres et trop animé. Est-il vrai que le général Todtleben soit mort ? Les journaux anglais font son oraison funébre ; mais leur éloquence n’a pas l’air de la certitude.
Onze heures Je vois avec plaisir que le soir, Duchâtel vous est presque aussi fidèle que Montebello. Il a raison. Adieu, adieu. G.
66. Paris, Jeudi 2 août 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Le duc de Noailles retourne à Maintenon aujourd’hui. Il a la prétention de nous y attendre et désirerait fort que nous nous y trouvassions en même temps. C’est dans le courant du mois qu'il l’espère. Quand pourriez-vous faire cela ? A moi tout m’est égal. Je préférais peut être le séjour de la Reine. Il y aura trop de bruit ici. Je ne sais pas un bout de nouvelles. On dit dans le monde que la santé de l’Impératrice est mauvaise, mais je ne puis tracer ce bruit à aucune La reine bonne source ! arrive le 18 et répart le 25. Peut-être prolongera-t-elle mais ceci elle le promet. Pas de Dumon, pas de Viel Castel, & Montebello est allé aujourd’hui à Mareuil. What a bone !
Il fait chaud. J’essaie les bois de St Cloud, mais c’est loin pour y arriver. Adieu. Adieu.
65. Paris, Mercredi 1er août 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
J'ai fait votre message à Milnes il y a été très sensible. Il va aujourd’hui à Vichy & reviendra ici le 22. Il veut voir la grande fête de Versailles. On a enterré hier le vieux Rothschild. Thiers y était il a causé. Il a parlé avec une grande tristesse de l'hostilité marquée dans l’armée française contre les camarades anglais.
On s'occupe beaucoup ici des fêtes à donner à la reine. Celle de Versailles sera magnifique. Les Clands Hamiltons sont venus me voir hier. Ils ne sont ici que de passage. Comme elle est belle. Lui très bavard. très pacifique, et très espérant. Blamant beaucoup Lord Ab. pour n’avoir pas quitté lors qu’a éclaté la guerre. Je n’ai point de nouvelles à vous donner. Je n’ai pas encore vu Fould depuis son retour. Hier soir Montebello et Duchatel. Adieu, adieu.
64. Val-Richer, Mercredi 1er août 1855, François Guizot à Dorothée de Lieven
Je me suis levé à cinq heures et demie. J’ai devant moi le plus beau temps du monde, un ciel bleu, un soleil brillant une verdure épaisse, des fleurs partout. C’est charmant d’autant plus charmant que c’est rare cette année.
Je suis allé hier me promener avec M. Ampère qui est venu passer ici trois ou quatre jours ; il pleuvait quand nous sommes rentrés. J'espère que la pluie ne reviendra pas aujourd’hui. Je me passe du beau temps ; mais j'en jouis bien vivement. Je voudrais bien que vous en jouissiez aussi. Ampère est un très aimable homme qui ne vous amuserait pas du tout. S’intéres sant à tout, excepté à la politique dont il ne s'occupe que par convenance pour n'avoir pas l’air d’un barbare. Exactement le contraire de vous qui ne vous intéressez à rien qu'à la politique. Il a énormément voyagé, observé, lu, retenu, spirituel, animé, naturel, bon enfant. C'est une société insuffisante, mais très agréable. Certainement vous avez lu, ou vous lirez les lettres du Maréchal St Armand. L'article des Débats indique que, même politique à part, elles ont de l'intérêt.
63. Val-Richer, Mardi 31 juillet 1855, François Guizot à Dorothée de Lieven
64. Paris, Mardi 31 juillet 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
J'ai été hier à Enghien avec Sebach. J’ai passé une heure avec Bulwer. L’endroit est charmant, mais il n’y a pas un coin pour y loger. Bulwer croit à ce que je vous ai dit de Cowley. Il sait de plus que Cowley désire ce changement et qu'il l’a même demandé. Il m'annonce aussi que nous ne gagnerons rien à cela. Il nous déteste pour le moins autant que Radcliffe. Il n'a pas idée qui aurait paru. Tout ceci au reste n’est pas fait encore, et j’en douterai longtemps.
Cette course m’a fait manquer plusieurs visites, entre autres Heckern & Milnes que je regrette. J’ai vu le soir Duchatel & Montebello. On ne sait rien, absolument rien. Quel succès votre emprunt. Trois milliards 600 millions. Richesse et confiance, voilà ce que cela prouve. On me dit que cela prouve aussi, du jeu. Je n’entends rien à cela.
Brignole, rue St Dominique 66. J’ai eu une longue lettre de Morny. Content de la santé & de ses plaisirs. Peu de goût pour la société de Mad. Kalergi. Les passants qui ont vu l’entrée de l’Impératrice. hier lui ont trouvé l'air très pâle. Je n’ai point du tout de nouvelles à vous dire. Adieu. Adieu.
62. Val-Richer, Lundi 30 juillet 1855, François Guizot à Dorothée de Lieven
Mes deux journaux des Débats, d’hier et tous les autres journaux ensemble ne m’ont absolument rien appris. Du reste, tant que nous n'aurons pas, ou la prise de Sébastopol ou la paix, nous trouverons, et avec raison, qu’on ne nous apprend rien. Quand des événements commencent, les petites choses suffisent à la curiosité ; il en faut de grandes quand on est las d'être ému et d'attendre.
Je ne connais pas sir Hamilton Seymour, Pour Lord Cowley, je ne m'étonne pas qu’il ait été mischievous ; il a de la passion sans esprit, et assez d'autorité sans jugement. Je ne crois pas à la retraite de Lord Stratford, pas plus qu'à son renvoi. On n'abandonne pas le théâtre sur lequel on règne. Il faut être aussi malade, et aussi las, et avoir un grand esprit comme Dioclétien, ou Charles Quint, pour abdiquer.
A propos de Charles Quint, avez-vous lu celui de M. Mignet, et sa Marie Stuart et son Antonio Perez ? Cela vous amuserait. C'est de l’histoire bien comprise et bien racontée, quoique avec des allures un peu raides. Si vous ne saviez comment vous procurer ces livres dites-le moi ; je vous les ferais prêter par une des bibliothèques publiques. Mes exemplaires à moi sont, en ce moment, chez mon relieur.
St Sébastien est bien fort. Et puis, qu’on me parle de l'éducation des filles nobles Allemandes. Je n’ai aucun projet de visite à Trouville, à moins que vous n'y veniez. Et comme je crois que vous n’y viendrez pas, je crois que je n’irai pas du tout. Il m’est revenu qu'Oliffe avait été désolé que je vous eusse parlé de fièvres milliaires, ou scarlatines, et qu’il niait le fait. On me l’a positivement affirmé du pays même. Il est vrai qu’on dit à présent qu’il n’y en a plus du tout. Ce qui est certain, c’est qu’il y a beaucoup de monde à Trouville. Mon fils y est allé la semaine dernière voir un de ses amis, et il a trouvé la plage, très pleine. Rossini y est l'objet de toute la curiosité et de tous les soins. L'autre jour, au salon, une Madame (j'oublie son nom) qui joue très bien du piano, s'est mise à jouer des morceaux des premiers opéras de Rossini de sa première jeunesse. Il a fondu, en larmes.
Onze heures
J’espère que votre malaise de la nuit n'est rien. J’ai plus de confiance dans Oliffe que dans Kolb. Adieu, Adieu. G.
63. Paris, Lundi 30 juillet 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Hubner est venu hier. La seule chose nouvelle qu'il m’ait dit est qu'il croit la faveur de Lord Cowley un peu diminuée ici. C’est de la personne qu'il s'agit, car l’intimité entre le gouvt est plus grande que jamais. Hubner lui-même est doux et triste, & se dit malade. Il ne sort pas, en effet il a mau vaise mine. Et moi aussi, j'ai mauvaise mine. Je ne crois pas que Paris soit sain en été. Mes forces s’en vont et je ne dors pas, et je suis jaune. Hier soir j’ai vu Fagel, Molke, Brignoles, & Montebello.
Brave Fagel, très bien portant encore. Vieil ami de 45 ans. Nous datons de 1810 à Berlin. Nous étions plus lestes alors !
Il y a des lettres de Bonner racontant comment l’Impératrice a dirigé elle-même les secours pour éteindre l’incen die. Pleine de courage et d’intelligence, admirée de tout le monde. Elle est restée là 7 heures de suite. C’est la duchesse de Gontaut qui montre les lettres de sa petite fille qui s’y trouvait. Le récit n’est donc pas suspect de flatterie. Je suis étonnée que les journaux n’en aient pas parlé davantage. Cela valait mieux que les bulletins de Pelissier. Adieu. Adieu.
61. Val-Richer, Dimanche 29 juillet 1855, François Guizot à Dorothée de Lieven
Vous devez avoir bientôt Dumon. Il m’a dit qu’il passerait tout le mois d'Août à Paris. Je vous le souhaite. C’est un des plus agréables causeurs que je connaisse. Entendez-vous parler de M. de Persigny. Le très peu de rapports que j’ai en avec lui m'en a laissé une impression favorable, et je lui veux plutôt du bien. D’autant qu’on me dit qu'à Londres, il s'exprime sur mon compte en termes plus que bons. On ajoute qu’on doute de son succès là. Il est très vrai qu’on y regrette les Walewski.
J’ai reçu hier une longue lettre du marquis de Brignole très tendre, pour m'envoyer ses discours, et ceux d’un autre conservateur de ses amis, au Sénat de Turin. sur les questions religieuses. Si vous le voyez, soyez assez bonne pour l'en remercier de ma part. Je veux lire avant de répondre.
On me dit qu’il a été question d’un mariage de Morny avec une fille de la Reine Christine, que Mad. Lehon y avait consenti, et que c’est Morny qui n’a pas voulu. En savez-vous quelque chose ?
Je viens de lire, le détail des obsèques de Lord Raglan. Quelle fortune pour lui d'être mort. Il a échangé l’insulte quotidienne contre le dithyrambe. Du reste cela fait honneur à l’esprit national anglais. Mon journal des Débats, m’a manqué hier. J'en aurai deux ce matin. Quand cela arrive je m’aperçois à quel point les autres journaux sont moins bien informés, et moins bien rédigés.
Onze heures
Merci de votre lettre qui m'intéresse beaucoup. Certainement il faut recommencer à écrire à Aberdeen. Arthur Gordon est un honnête et intelligent garçon, malgré sa shyness. Adieu, adieu. G.
62. Paris, Dimanche 29 juillet 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Merci des corrections fort bonnes. Pas de nouvelles à vous dire on fait courir un propos, trés bon à courir d'un officier Russe à un officier Français pendant un armistie. "Si vous savez avancer vous autres, & quand vous n’a vancez plus c’est que vous êtes mort." Nous n'en disons pas autant des Anglais, ici aux Anglais. Je crois que nous ne leur parlons pas.
Il n’y a vraiment personne à Paris. J’ai vu Duchâtel un moment le matin. Il allait passer hier et aujour d’hui à la campagne.
Le soir Montebello et voilà tout. Le vieux Salomon Rothschild est mort, le père de Mad. James. Adieu. Adieu.
J’ai été malade cette nuit. J’ai fait venir Kolb. Olliff est parti.
60. Val-Richer, Samedi 28 juillet 1855, François Guizot à Dorothée de Lieven
Je vous renvoie votre projet de lettre avec quelques modifications. Je n’ai pas besoin de vous les expliquer. Elles ont toutes pour objet d'attribuer bien évidemment le retard au changement d'homme d'affaires. Je crois aussi qu’il est bon, en disant à votre fils : " Je vous en prie, éclaircissez cela" d’ajouter : "et faites cesser le retard." C'est de la confiance et de l'insistance à la fois.
Le petit article du Times sur l'affaire d’Hango prouve que même en Angleterre votre dernière publication a produit son effet. En tout, je suis frappé de l'Empire qu'exercent de part et d'autre, les idées de civilisation, de justice, de droit, et du soin extrême que tout le monde prend pour se laver du reproche d’y porter atteinte.
Je suppose que MM. de Kielmansegge et de Platen ne seront pas charmés de quitter leurs postes de Londres et de Paris pour aller administrer les finances et les affaires étrangères de Hanovre. Ce ne sera pas une perte pour vous ; il me semble que vous ne voyez plus M. de Platen.
Onze heures
Je vous renvoie la lettre d’Ellice. Je suis bien aise que Milnes vous plaise un peu. J’ai du penchant pour lui. Adieu, adieu. G.
61. Paris, Samedi 28 juillet 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Aberdeen m’a envoyé hier son fils pour me prier de recommencer à lui écrire. Il est shy et ne sait par quel bout reprendre. Ils sont drôles ces Anglais. J'ai fait parler le jeune homme. Je lui ai dit des vérités sur son père il l'a défendu, pas mal, vu que ce ne pouvait pas être très bien. Et il m’a conté des choses curieuses. La reine d’abord très pour la paix est devenue bien passionnée pour la guerre, et a même écrit une lettre dure à Aberdeen pour se plaindre du langage & des votes de ses amis. C’est le prince Albert qui la gouverne là dedans.
Trois hommes ont été bien mischievous dans la question Radcliffe, Cowley, & Seymour. Cowley ardent, ombrageux, faiseur. Clarendon habile, & faux. On parle de la retraite de Redcliffe. L’Empereur a été très froid pour Lord Aberdeen. L’Impératrice a extrêment plu à la Reine.
Voilà le petit Gordon. J’ai revu les Harry Vane le soir. Ils retournent en Angleterre aujourd’hui. J'oubliais que Lord John a été traitre depuis le jour où il est entré dans le Cabinet de Lord Aberdeen. Le temps est orageux, je fais mes promenades tous les jours je ne suis ni bien ni mal.
Lady Allice me mande qu’elle réunit chez elle à déjeuner Bright & Disraeli, très bon amis. Cerini qui m’entend quéman der de la lecture auprès de tout le monde, est venue bien joyeuse hier me dire qu’elle avait trouvé un livre charmant, les Mémoires de St Sébastien, qu'on lui recommande extrêmement le règne de Louis 14, Versailles & & Imagninez, bête comme cela.
Le duc de Noailles est encore ici. La famille ne revient d'Angleterre que la semaine prochaine. Adieu. Adieu.
J’espère que vous n’irez pas faire de visite à Trouville cette année à moins que je n’y vienne. Votre fièvre milliaire & scarlatine m'effraie.
60. Paris, Vendredi 27 juillet 1855, Dorothée de Lieven à François Guizot
Longue visite de Milnes encore hier. Il me plait assez. Bon enfant, naturel, et spirituel.
Renvoyez-moi la lettre d’Ellice. Elle amusera Dumon, quand il reviendra jusqu’ici il n’est pas question de lui.
Mad. de Talleyrand arrive bientôt. Elle passera huit jours à Paris avant d’aller à Orléans. On me dit que le Prince Napoléon assistera dorénavant au conseil quand il y aura des questions importantes à débattre.
L’Empereur reviendra probablement demain, au plus tard dimanche. Je vous ai dit que le prince de Galles ne venait pas. Roi et successeurs ne peuvent pas se trouver en même temps bon de voyager.
Thiers a établi sa femme à Aix la Chapelle. Il est ici lui-même & vient d'achever son histoire de l'Empire.
Je me tourne et retour & je ne trouve rien à vous dire. Kalergis tient salon à Ems. Morny y va, et je crois qu'il s'y plaire. Adieu, adieu. G.
59. Val-Richer, Vendredi 27 juillet 1855, François Guizot à Dorothée de Lieven
J’aime assez la phrase de Lord Aberdeen sur les Autrichiens, quoique je la trouve encore un peu sévère. Ils auraient pu (et je crois que, pour eux-mêmes, ils auraient mieux fait) avertir en confidence dès le début la France et l'Angleterre que la neutralité militaire était leur politique, qu’ils donneraient tout leur concours diplomatique, mais sans rien promettre au delà et en se réservant toujours le droit d'examiner si on n’exigeait pas trop de la Russie et si ce qu’elle accordait n'était pas assez. L'expérience m'a confirmé dans mon instinct que, pour une grande puissance la politique franche et conséquente était la meilleure. Il se peut que l’Autriche ait laissé espérer plus qu’elle ne voulait tenir. Mais en vérité la France et l'Angleterre ont été faciles à l'espérance, et quand elles se plaignent aujourd’hui d'avoir été trompées, on est en droit de leur dire qu'elles ont voulu l'être. A travers les nécessités de négociation et les complaisances de langage, la politique de l’Autriche a toujours été assez claire pour qu’on ait dû s'attendre au résultat. Ce n’est pas de ses actes et de ses engagements officiels qu’on a droit de se plaindre mais des paroles inconsidérées de quelques uns de ses agents qui, pour la commodité de leur propre situation, ont certainement dit beaucoup plus que ne voulait faire leur gouvernement. Si le grand canal dont on parle le long du Bas Danube, de Rassowa, à Kustendje s'exécute en effet, ce sera un véritable événement pour l'Allemagne, et un affaiblissement de plus pour la Porte qui est en train de faire partout, en Europe comme en Afrique à des compagnies étrangères, des concessions commerciales qui sont bien près d’entamer le principe de la souveraineté, et le fait de l'indépendance.
Y a-t-il quelque chose de sérieux dans les bruits de dissolution du Parlement anglais ? Lord Harry Vane vous le dira. Je ne me fie pas beaucoup au jugement ni aux assertions de Milnes, quoique ce soit un homme d’esprit et vraiment un bon et aimable homme. Je vous prie, s'il est encore à Paris de lui faire mes amitiés. Je garde un fidèle souvenir de ses soins affectueux pour moi et les miens pendant mon dernier séjour à Londres.
Je ne puis croire que le retard de votre semestre ait la moindre signification. C’est impossible, et vous avez déjà vu que d'autres retards, étaient de la négligence et de l'humeur peut-être, mais sans préméditation, ni mauvaise résolution. Il est probable que l'état de guerre rend les remises d’un pays à l'autre un peu plus difficiles, et incertaines.
Onze heures
Je vous renverrai demain votre projet de lettre. Je crois qu’il y a une ou deux phrases à modifier un peu pour qu’il soit encore plus clair que c’est uniquement au changement d'homme d'affaires que vous attribuez le retard. Adieu, Adieu. G.
58. Val-Richer, Jeudi 26 juillet 1855, François Guizot à Dorothée de Lieven
L'exposé de l'affaire d'Hango et les lettres du Prince Dolgorouki dans le Journal de St Pétersbourg sont de bonnes pièces, sensées au fond, et d’un ton très convenable. Vous avez bien fait d'indiquer quatre points de plus pour la réception des parlementaires. Cela répond au principal reproche qu’on vous adressait avec raison. Aux yeux de l'Europe, cette affaire n’est plus bonne pour les Anglais. En Angleterre même, je ne sais pas ; ils sont bien passionnés et bien égoïstes dans leur passion. Pourtant ils gardent toujours, un fond, de bon sens et d’honnête, et la vérité les frappé. Il me semble que leurs journaux mêmes ne parlent plus guère d’Hango.
La lettre d’Ellice est intéressante. C’est un type distingué de commérage politique. Grande connaissance des faits, et des hommes, de la curiosité, de la sagacité de l'impartialité. de la finesse, il y a de tout cela ; et pourtant point de conclusion point d'opinion, ni de volonté politique ; c’est un passager qui suit toujours le courant, ne pense pas grand chose par lui-même, et ne fait jamais rien que ses propres affaires. Aujourd’hui, il soutient Lord Palmerston, il attend Lord John et ne croit pas à la paix, de bien longtemps. Je doute qu’il vienne à Paris en automme plus qu’au printemps. Vous me direz si vous voulez que je vous renvoie sa lettre.
Je suis bien aise que le Duc de Noailles. ait été content de son voyage à Londres et que vous ayez retrouvé Montebello.
Voilà Thouvenel arrivé à Constantinople. Je ne vois pas, quant à présent, grand sujet de discussion entre lui et Lord Stratford. Le canal de Suez n'en est pas un suffisant vous n'aurez donc pas bientôt le plaisir de les voir se quereller.
Onze heures et demie
Mon facteur arrive très tard. Votre lettre est intéressante. Je suis charmé que le parti de la paix ait pour lui, même des gens peu sensés. Adieu, Adieu. G. G.
