La correspondance inédite du géomètre Gaspard Monge (1746-1818)

La correspondance inédite du géomètre Gaspard Monge (1746-1818)


134. Monge au Citoyen Duboy [de] Laverne, directeur de l'Imprimerie nationale


Auteur : Monge, Gaspard
Collection : 1796-1797 : Première mission en Italie, La commission des sciences et des arts Prairial an IV - vendémiaire an VI  - Voir les autres notices de cette collection

Transcription & Analyse

Transcription linéaire de tout le contenu :
Au Quartier général de Passeriano, le 5e complémentaire de l'an V
Monge, membre de la Commission des sciences et arts au Citoyen Duboy [de] Laverne, directeur de l'Imprimerie nationale
 
Je reçois seulement aujourd'hui, citoyen,[1] votre lettre du 29 messidor, et celle du citoyen Langlès[2] relatives à la collection des matrices des caractères exotiques de la Propagande.[3]
Le ministre des relations extérieures vous aura instruit dans le temps que ces matrices exécutées avec le plus grand soin, et bien encaissées, étaient parties de Rome pour Livourne. Elles sont comprises dans le convoi général de Rome qui est arrivé à Marseille, et qui est actuellement en route de ce dernier port pour Paris.[4]
Les matrices n'ont pas été justifiées; elles ont été frappées profondément; et comme il manquait quelques poinçons, ou perdus ou déformés, à la place des matrices non frappées on a mis les caractères d'imprimerie correspondants, d'après lesquels les graveurs pourront facilement faire les poinçons eux-mêmes; au reste, le nombre de ces lacunes est très petit.
Nous avons écrit à Bodoni pour le prier d'indiquer le prix qu'il exigerait de la collection de ses matrices exotiques; il nous répondit à Rome qu'il avait vendu les matrices à l'Espagne, et il nous envoya un exemplaire de ses alphabets tirés sur beau papier.[5] Nous avons envoyé cet exemplaire à la Bibliothèque nationale ; on le trouvera dans une des caisses de Rome. Nous lui avons répondu que nous le prions d'indiquer la somme nécessaire pour faire frapper de nouvelles matrices. En passant à Parme, à notre retour de Rome pour Venise, nous avons été chez lui, nous ne l'avons pas trouvé, et nous lui avons laissé la même prière sur son bureau, en l'engageant à nous répondre à Venise. Ces dernières demandes n'ont rien produit; il ne nous a pas répondu. Ainsi vous ne devez pas compter sur cet objet.
On nous avait dit que les religieux arméniens établis dans une des îles auprès de Venise avaient une imprimerie célèbre.[6] Nous nous y sommes transportés. Ces religieux nous ont reçus avec la plus grande confiance ; ils nous ont fait voir leurs caractères arméniens ; ils nous ont prouvé qu'ils n'étaient pas aussi beaux que ceux de la Propagande ; en conséquence, nous n'avons pas trouvé convenable de faire la dépense de l'acquisition de leurs matrices.
Quant aux demandes contenues dans la lettre du citoyen Langlès, je fais passer cette lettre ainsi que celle du ministre de la justice[7] à notre ambassadeur à Rome,[8] avec prière de faire tout son possible pour en remplir l'objet ; je ne doute pas que vous ne soyez l'un et l'autre pleinement satisfaits.
Je suis bien fâché que notre éloignement de Rome et le retard que le paquet du ministre a éprouvé, ne mettent hors d'état de concourir par moi-même à remplir les vues de deux citoyens aussi zélés pour la gloire de notre pays.
Salut et fraternité.
                                                 Monge

[1] Philippe Daniel DUBOY-LAVERNE (1755-1802).

[2] Louis-Mathieu LANGLES (1763-1824) conservateur du département des manuscrits orientaux à la Bibliothèque nationale.

[3] Voir lettre n°133.

[4] Charles DELACROIX (1741-1805) ministre jusqu’au remaniement ministériel du 16 juillet 1797. Voir lettres n°86, 88 et 114.

[5] Giambattista BODONI, (1740-1843) imprimeur, graveur et typographe. Après avoir été le directeur de l’imprimerie du Duc de Parme il s’installe à son compte. Le diplomate José-Nicolas de AZARA (1730-1804) devient son conseiller et son mécène et lui permet de devenir l’imprimeur de la cours d’Espagne. 

[6] Ordre religieux établi en Morée, les Mékhitaristes s’exilent à la suite de la conquête turque et s’établissent à Venise où, en 1717, la République sérénissime leur offre résidence sur l’île de San Lazzaro.

[7] Philippe-Antoine MERLIN DE DOUAI (1754-1838) il est ministre jusqu’au 24 septembre. Voir lettre n°133.

[8] François CACAULT (1743-1805).

Relations entre les documents

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Notice créée par Richard Walter Notice créée le 12/01/2018 Dernière modification le 09/08/2019