Guizot épistolier

François Guizot épistolier :
Les correspondances académiques, politiques et diplomatiques d’un acteur du XIXe siècle


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Collection : 1855 (18 mai - 10 novembre) : Espérer la paix (1850-1857 : Une nouvelle posture publique établie, académies et salons)

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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100 Val Richer, Mardi 25 sept 1855

Le rapport du général Simpson est trop laconique sur la France et l’article du Moniteur est trop expansif sur l’Angleterre dans l’un, le chagrin de n'avoir pas eu sa part de victoire, dans l'autre le désir de panser cette plaie là, sont trop évidents. Il ne faut pas tant montrer le but qu’on veut atteindre.
Ce que vous me dites de la lettre de M. de Meyendorff ne m'étonne pas. Je n'ai jamais cru que la chute de Sébastopol fût faire à personne, ni aux vainqueurs ni aux vaincus, un pas vers la paix. Je ne crois pas que vous souffriez aussi peu qu’il vous le dit, ni que vous enleviez aux Anglais tout le commerce de l'Asie, en interceptant quelques caravanes dans l’Asie mineure. Mais peu importe ; de vous défendre ; et personne ne sait jusqu’où ni dans le temps, ni dans l’espace ceci nous conduira. L’Europe est entrée, en aveugle dans un avenir inconnu. Je trouve qu’il y a un peu de fanfaronnade à dire après la prise de Sébastopol : " Voici le commencement de la véritable guerre" ; la guerre qui a mené à la prise de Sébastopol me paraît très véritable, on n'en fera jamais une plus rude ; ce qui commence, c’est la guerre obscure, illimitée, la guerre qu'aucune sagesse humaine ne dirige et n’arrête plus, et que Dieu seul fait aboutir où il lui plaît, et cesser quand il lui plait. On a manqué deux belles occasions de faire la paix ; je doute qu’il s'en présente une troisième ; et si elle se présentait, on la manquerait également.
Parlons d'autre chose. On m'écrit, d'Angleterre qu’on a trouvé la Duchesse d'Orléans fort changée et vieillie. Les projets aussi sont changés à Claremont. Chomel appelé là, a déclaré que la Reine ne pouvait, sans risquer sa vie, passer l'hiver en Angleterre. Elle quittera donc l'Angleterre lundi prochain, le 1er octobre, et ira s’établir, pour l'hiver à Gênes ou aux environs. Le Duc et la Duchesse de Nemours iront avec elle. S’il fait encore beau, on se promènera un peu en Suisse. Les Joinville resteront en Angleterre, mais non pas à Claremont ; ils ont loué une maison près du Duc d’Aumale. La Duchesse de Montpensier
non plus ne se porte pas très bien.
Onze heures
Ni vous, ni personne, ni les journaux ne m’apprennent rien. Il paraît certain que votre Empereur va, ou qu’il est déjà à Odessa. Il est impossible qu’il n’y ait pas là bientôt de nouveaux événements. Adieu, adieu.

Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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102. Paris le 25 septembre 1855

Madame Sébach est revenue hier, mais ne raconte ou ne sait absolument rien. Je la trouve fort calme, son mari aussi plus de gasconades. Le changement d’itinéraire de mon empereur est un événement. Quand M. m' écrivait le 13 il n'était pas question de cela, & on savait alors Sévastopol. Il me parait évident que nous resterons en Crimée & que nous nous défendrons. Cela peut durer, & surtout coûter encore beaucoup de monde. Ah mon dieu.
Lady Allice me mande en date de hier que la duchesse d’Orléans part aujourd’hui. pour Esenach. Départ un peu brusque car on avait annoncé qu’elle resterait jusqu'au 1er. Le prince de Prusse fait son chemin auprès de la princesse royale. Cela va très bien à Balmoral. Le mariage cependant ne pourra guère se faire.
J’entends de tous côtés faire l’éloge des qualités de cœur de mon empereur mais de l’esprit, personne ne lui en donne. C’est bien dommage. We cannot help it. Moi je crois qu'il a bien des qualités s'acour de qui valent cela. L'amour de la justice et on dit ferme. Adieu. Adieu.

Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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103 Paris le 27 septembre 1855

Les Shaftesbury sont venus me voir hier, & sont partis ce matin pour Londres. Longue conversation avec eux. Ils affirment que la paix est désirée par tout le monde en Angleterre, et que celui qui la désire le plus c'est Lord Palmerston. Si vous avez entendu le ton de vérité et de conviction avec lequel ils me l'ont dit vous croiriez. Moi, j’ai cru, & vous savez cependant tout ce que je pense sur lui. Pas questions d’indemnités pas de conquêtes. Du garalton. Mais vous les avez prises ? fortéresse, vaissaux tout est fini. Il faut que cela ne puisse plus recommencer. Quoi ? Pour cela, je n'en sais rien. Peut-être une phrase heureuse.
La duchesse de Galliena est venue me faire visite le soir. Elle revient d'Echer. La duchesse d’Orléans lui a paru très changée Des tâches noires sur la figure dans le cercle de famille. Deux camps. Le comte de Paris est plus grand que le Prince de Joinville. Visage un peu irrégulier. Une joue plus forte que l’autre. Ressemblant à sa mère. pas joli, & l’air déguingandé. Voilà toutes les nouvelles que j'ai ramassées hier. Je n’ai vu personne hors cela. Lady Holland d'une fidèlité quotidienne. Je ne crois pas que Morny revienne avant le 15 octobre. Adieu. Adieu.

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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101 Val Richer, Mercredi 26 sept 1855

Ni moi non plus je n’ai rien à vous dire. Quoi que j’ai eu depuis quelque temps, assez de visites, ma vie est la plus calme du monde ; il m’arrive des personnes, mais non des conversations.
J'en ai un peu pourtant avec Mad Austin qui est chez moi encore pour quelques jours et avec qui je m'entends très bien. Elle appartient à une excellente espèce de radicaux intelligents, devenus conservateurs et pacifiques par honnêteté et bon sens. Les lettres qu’elle reçoit de ses amis d’Angleterre sont très judicieuses, mais sans espoir. de 1811 à 1815, l’Angleterre a eu la Russie pour abattre la France ; aujourd’hui elle à la France pour abattre la Russie. Plus je me rappelle 1815 et j'observe 1855 plus je me félicite de ne m'être mêlé des affaires de mon pays qu'entre ces deux époques, et pour pratiquer une politique bien différente de l’une et de l'autre. Je n'entendrai probablement pas de mes oreilles, le jugement qu’en portera l'avenir ; mais je ne le crains pas.
Je suis fort aise que Lady Holland reste à Paris. C’est une bonne pièce pour vous. Quand revient Morny. Il me semble qu’il devrait être déjà revenu. Les Conseils généraux sont finis partout depuis longtemps. dans ce pays-ci, les subsistances sont de plus en plus la grande préoccupation publique. Les ouvriers ont encore beaucoup de travail ; mais, même avec le travail, la vie leur est difficile ; s'ils en manquaient, je ne sais vraiment ce qu’ils deviendraient, et par conséquent ce qu’ils feraient. Je suis convaincu que cela ne peut jamais être dangereux ; mais cela peut être très malheureux et très orageux.

Midi.
Le N°101 arrive tard. Il n’y a pas de mal à ce que votre lettre à Marion soit allée à Balmoral. C’est un bon commérage. Adieu, adieu. G.

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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102 Val Richer. Jeudi 27 sept 1855

Le rapport du général Niel est bien fait, intéressant et clair. Les Anglais ont payé bien cher leur lenteur dans les travaux de tranchée ; s'ils les avaient poussés aussi vivement et aussi loin que les nôtres, ils n'auraient pas eu à franchir, pour arriver à l'assaut du grand Redan, les 200 mètres d’espace découvert, où ils ont fait de si grandes pertes. La lecture de ces rapports va occuper le public trois ou quatre jours, et lui faire attendre avec un peu de patience de nouveaux événements. Le vrai mérite de la guerre et la grande compensation de ses maux, c’est qu’elle amuse.
Béhier, qui est arrivé hier ici pour y passer deux jours, me dit que la petite crise de cholérine qui règne à Paris n’a rien de grave, pourvu qu’on fasse attention à tous les symptômes, qu’on ne mange point de fruits et qu’on évite toute fatigue. Le repos est le premier remède, des entrailles susceptibles.
Je trouve dans Havas cette remarque : " C’est le 5 septembre 1831 que les Russes sont entrés à Varsone. C'est le 5 sept 1855 que les armées, alliées sont entrés à Sébastopol." Il y a de grandes expiations dans l’histoire des peuples La Pologne est toujours dans les esprits.

Midi.
Voilà la second rapport du général Pélissier, Je ne l’ai pas encore lu ; mais je vois que les pertes ont été grandes. Si vous vous défendez encore longtemps, en Crimée, elles se renouvelleront. Adieu, Adieu. G.

Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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104. Paris le 28 septembre vendredi 1855

On a été très occupé hier de la représentation d'un opéra de la composition du duc de Cobourg. On voulait le faire réussir et il a réussi. Beaucoup de monde, le beau monde qui reste. L'Empereur très applaudi.
On me dit que la reine Christine est fort mêlée dans les affaires Carlistes et qu’elle est en rapport aux Cabrera. Ce parti lui semble sa seule chance de rentrer en Espagne. Quelle chose étrange. Olozaga se loue beaucoup du gouvernement français et dit qu'à aucune époque son gouvernement n'a eu autant à se louer de la France.
Le Galignani dit que le fils de Meyendorff est tué. J’espère que non, mais je tremble. Le père m’a écrit depuis Sévastopol. Il ne savait donc pas. Pauvre homme. Adieu. Adieu.

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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103 Val Richer, Vendredi 28 Sept 1855

Les rapports sont bien curieux. et frappants ; mais ce qui l’est surtout ce sont les lettres de Constantinople, les illuminations les réjouissances, ces Tedeum Turcs quand pas un Turc ne s'est battu. Je ne me souviens pas d’un tel spectacle dans l’histoire du monde ; il est arrivé que des peuples ont été sauvés par leurs alliés ; mais les plus petits en pareil cas, les Suisses, les Hollandais se faisaient tuer à côté de leurs protecteurs. Voilà un grand peuple, un grand Etat qui n’est pour rien dans sa propre victoire, qui triomphe de ce qu’on a triomphé pour lui. A part le spectacle, quel enseignement politique quelle révélation de l'avenir ! L’intégrité et l'indépendance de l'Empire Ottoman deviendra une des phrases les plus ridicule que les hommes aient jamais entendues. Si j'étais le sultan, je prierais qu’on ne la prononçât plus devant moi. C'est bon pour le public Européen.
Pourquoi dites-vous que le mariage du Prince de Prusse avec la Princesse royale d'Angleterre ne pourra guère se faire. C’est votre phrase que je ne comprends pas. Immédiatement à la bonne heure ; elle est encore trop jeune ; mais un peu plus tard, je n’y vois point d'obstacle, et j'en vois toutes sortes de raisons. La diversité des deux politiques, dans l'affaire d'Orient n'est rien auprès de l’identité de la politique protestante. Tenez pour certain qu’il y a toujours, en Europe, et surtout en Angleterre une politique protestante et une politique Catholique. Ce n’est plus la considération dominante, mais cet encore une considération puissante, et je suis sûr que malgré leur humeur contre le Roi de Prusse, le mariage Prussien fera plaisir à la grande majorité des Anglais. L'Alliance Française ne l'empêchera pas.

Onze heures
Dieu veuille que ce que vous ont dit les Shaftesbury soit vrai. Je crois moins à la déraison personnelle qu'à la faiblesse devant le cri populaire. On ne résiste pas à ceux qui demanderont des folies qu’on ne ferait pas soi-même. Adieu, Adieu. G.

Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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105. Paris le 29 septembre 1855

Décidément vous avez mal lu, ou je me suis bien maladroitement exprimée au sujet de la princesse royale. Le mariage est arrêté, il se fera, seulement Elle est trop jeune encore, pas quinze ans, il faut attendre deux ans au moins.
Vous ne sauriez concevoir l’ébahissement des diplomates en apprenant hier tout à coup que Walenski était parti pour Bruxelles. Une circulaire à fait connaitre qu’il ne recevrait pas hier matin, qui est le seul jour de la semaine où tout le monde est admis, les autres jours il faut demander des audience. et bien donc, voilà qu'on se casse la tête, car Bruxelles était le secret. Vous concevez les commentaires. Fould qui est venu me voir a eu l’air de l’apprendre chez moi, et m'a dit qu'il le croyait à la campagne. Il n’admettait pas un autre but à l'absence. J’ai donc regardé cela comme un [?]. Cependant on m’assure qu'il est à Bruxelles, mais dans le plus grand incongnito étant allé trouver une tante polonaise qui y demeure. Je vous donne toute ma science.
On dit que vous faites de armements énormes dans vos chantiers vaissaux de ligne, vapeurs. Vous êtes d'une grande activité. J’entends fort exalter la bravour des Russes, & le bon ménage qu'ils font avec les Français. Nous parlons des Français avec la plus grande admiration & amitié. Et il faut se battre. Ah mon Dieu ! Ce pauvre Meyendorff. a perdu son fils. C’est le tout dernier boulet qui l’a emporté lorsqu'il était occupé à couvrir la retraite sur le pont. Quel malheur je ne sais comment écrire à ce pauvre père.
Je trouve Fould plus que jamais ardent pour la paix. Le rappel de Radcliffe recom mence à être douteux. Quelle faiblesse ! Molé est arrivé pour quelques jours. Je l’ai vu hier soir. Le roi de Prusse arrive à Aix la Chapelle le 1er. La Reine Amélie à Laslen le 1er pour y passer quatre jours. Adieu. Adieu.

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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104 Val Richer, Samedi 29 Sept 1855

Fera-t-on de votre engagement de ne plus rétablir Sébastopol la condition sine qua non de la paix ? Veut-on vous prendre la Crimée pour ne vous la rendre qu'à cette condition ?
J’ai peine à le croire ; ce serait un ent tement puéril qui rendrait la paix presque impossible. Je persiste à croire plutôt qu’on ne sait ce qu’on veut ni ce qu’on fera et qu’on va devant soi. L’article du Times du 26 semble pourtant confirmer ce qu’on vous a dit. Le ton général en est pacifique, et il n'insiste que sur le mot de garanties. Il me paraît évident que les puissances Allemandes, n'ont fait et ne feront aucune nouvelle ouverture de médiation pour la paix. On attendra de nouveaux évènements comme on attendait la prise de Sébastopol.
Je ne suppose pas que M. de Molcke vous parle de ce qui se passe chez lui et des querelles constitutionnelles entre son Roi et son peuple, ou plutôt ses peuples. Je serais curieux de savoir si la politique extérieure est pour quelque chose là dedans, et si vous ou nous sommes les patrons de l’un ou de l'autre parti.
Voilà le Roi de Portugal installé sur son trône et avec des protestations bien cons titutionnelles. D'après ce qui m'en est revenu je le crois plus constitutionnel que ses sujets. Comment vous avait-on dit que l’Angleterre ne voulait pas de l'alliance et de l’armée de l’Espagne ? tous les journaux annoncent que l'alliance est conclue, et que la demande de fonds pour l’armée va être présentée aux Cortés.
Si c’est le temps chaud qui entretient à Paris la disposition cholérique, j'espère qu’elle va passer tout-à-fait ; vous avons eu hier soir un gros orage, et l’air est presque froid ce matin.

Midi
Adieu. Adieu. Je n'ai que le temps de fermer ma lettre. Mad. Austin qui part ce matin, m’a dérangé. Adieu. G. 

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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105 Val Richer, Dimanche 30 Sept 1855

J’ai passé hier une heure à lire toutes ces lettres anglaises qui contiennent les détails pratiques et dramatiques de l'événement. A tant de sacrifices, de souffrances, de douleurs publiques et privées, il faut un résultat, un résultat grand, utile, certain y en aura-t-il un ? Peut-être, si la paix sort de la victoire. La Turquie ne sera pas régénérée ; la Russie ne sera pas rejetée en Asie ; l’équilibre Européen ne sera pas hors de toute atteinte, ni les faibles partout à l'abri des forts, ni la civilisation décidément victorieuse de la Barbarie ; tous ces lieux communs des Chancelleries, et des journaux sont absurdes ou chimériques. Mais enfin, si la paix était faite, il resterait de tout ceci, chez vous plus de modestie dans l’ambition, à l'Allemagne plus d’indépendance, à l’Angleterre de la sécurité en Orient, à la France de la gloire. Mais si la paix ne se fait pas, nous n'aurons pas même ces résultats bons quoique un peu vagues, et nous aurons, à la place, de deux choses l’une, ou une guerre indéfiniment et vainement prolongée. ou le bouleversement général de l'Europe. Quel prix à tant d'efforts et de maux, de tous les fléaux, le pire, c’est la mauvaise politique ; elle enfante tous les autres, et pour rien.
J’ai eu hier des nouvelles de Duchâtel. Il vous écrit probablement aussi et vous dit ce qu’il me dit. Il est frappé de quelques symptômes de mouvement dans l'opinion mais c’est, dit-il, à un mouvement dans le mauvais sans socialisme, radicalisme, esprit d’opposition. Il y a bien aussi un peu de mouvement dans ce pays-ci, mais moins marqué et moins mauvais. Il n’y aura de politique intérieure, l’hiver prochain, que celle du boire et du manger. Le mal et déjà la peur sont plus grands qu’on ne le croit.
Malgré tout ce que j’ai vu en fait de métamorphoses, j’ai peine à croire à celle de la Reine Christine en Carliste. Il faudrait qu’elle eût perdu tout l’esprit que je lui ai vu. Je ne suis pas étonné de la satisfaction d'Olozaga quant au gouvernement Français, et je ne doute pas qu’elle ne soit fondée.
Je suis vraiment préoccupé de M. de Meyendorff, et j’ai peur. Ces tristes bruits ne courent guère sans fondement. Qui va chercher des noms pour les tuer ?

Onze heures
Pauvre M. de Meyendorff ! Il n’y a pas de paroles pour un tel malheur, ni pour aucun vrai malheur. Adieu, adieu. J’irai vous voir du symptômes de mouvement dans l'opinion 1 au 20 octobre, je ne puis fixer encore précisément le jour. Adieu.

Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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106 Paris le 30 septembre 1855

Walensky est revenu & dit qu’il a été à Bruxelles. voir une tante. Les gens de Bruxelles savent qu'il y a été incognito, mais ne l'ont pas vu. Et voilà tout la diplomatie ne se contente pas de ces données. Je n’ai pas de lettre et ne sais rien du tout. En Angleterre on est bien blessé de l’affaire du 8, et le Tedeum aujourd’hui sera pour remercier Dieu du triomphe des Français, car les Anglais n’y sont pour rien. Le Times veut une victime, ce sera le gl Simpson. Il est vrai qu'il n’a pas brillé.
Stolzenfels aura été brillant, rois & Ministres voisins sont accourus. Aujourd’hui c’est fini. Je sais que mon fils aîné est toujours à Schlangenbad. Mais il n'y a du reste personne. Voyez comme je suis stérile. Adieu. Adieu.

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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106 Val Richer. Lundi 1er oct. 1855

Je voudrais vraiment que M. de Meyendorff sût la profonde sympathie que m'inspire son malheur. Dites lui, je vous prie, que j’ai perdu, il y a dix huit ans, un fils de 21 ans, charmant, et que je l'ai devant les yeux comme s’il était là, à côté de moi. Il comprendra que je le comprends, de toutes les légèretés humaines, la plus coupable, c’est la guerre faite sans nécessité absolue véritable. Qu'en penseraient eux-mêmes ceux qui la commettent, s'ils voyaient sous leurs pas, d’un seul coup d’oeil, tous ceux qu’ils tuent et s'ils entendaient gémir à la fois, tous ceux qui aimaient ceux qu’ils tuent.
La blessure qu’ont reçu les Anglais en échouant contre le grand Redon est bien profonde ; ils y reviennent sans cesse, plus qu’il ne convient à des gens d’esprit et vraiment fiers. Il est vrai qu’il y a eu là autre chose qu’un accident de guerre ; en comparant les rapports des deux généraux et les lettres des deux camps, il est impossible de n'être pas frappé de l’inégalité, pas du tout de bravoure personnelle, mais d’intelligence, de prévoyance, d'action bien ordonnée et bien conduite, de fermeté d’esprit et d'habitudes, militaires, les qualités éclatent dans les rapports du Maréchal Pélissier, et du général Niel ; elles manquent dans tout ce qui vient des Anglais, rapports au récits ; le courage et le débouement y abondent, mais tout y semble marcher au hasard, sans préméditation sans plan, sans ensemble, sans commandement. Dieu veuille qu’ils ne prennent pas, dans la politique, leur revanche de leur intériorité dans la guerre ? Vous savez mon estime et mon goût pour eux, et que je ne leur veux que du bien, mais pas à nos dépens.
Il est fort possible que le voyage de Walewski à Bruxelles ne soit qu’une affaire privée ; on entend souvent malice où il n’y en a point. Mais c’est singulier. Et pourquoi le Duc et la Duchesse de Brabant, n’arrivent pas ? Viendront-ils aux Tuileries, le lendemain du jour où la Reine leur grand mère aura quitté Lacken ?
Je me justifie ; voici votre phrase sur le mariage Anglo-Prussien exactement copiée : " le mariage cependant ne pourra guère se faire." Vous avez oublié le mot encore.
Onze heures
Je n’apprends rien. Nous aurons mille choses, à nous dire quand nous causerons. Adieu. G.

Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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107. Paris le 1er octobre 1855

Je ne suis pas très contente de l'annonce de votre visite. Qu’est-ce que du 15 au 20 ?! cela m’annonce pour le fixé définitif. Je le croyais pour les tous premiers jours de novembre. J’espère que je ne me trompe pas. Vous ne pouvez pas rester à la campa gne au delà de ce terme. Tout le monde dit que vous êtes là dans une grande humidité. Je crains d’avoir l’air égoïste ne vous parlant de votre santé et vous faites peu d’attention Je renonce à mes avis. volontiers à votre visite Si vous venez plutôt pour vous fixer. L'année dernière vous n'êtes venu que le 19 Novembre parce que disiez-vous, je n’y étais pas. J’y serais, vous viendrez les premiers jours de Novembre n’est-ce pas ? Je vous prie, je vous prie. Et ne faites pas la course pour moi avant, elle ne me ferait aucun plaisir. Il n’y a pas un mot de nouvelle. Le boulevard Sévasto pol. Molé a dîné avec moi hier. Nous avons le même régime. Il n’est pas pressé d'aller à Maintenon. Il s’arrêtera encore à Paris en en revenant. Nous avons beaucoup causé ces deux jours. De politique à peu près pas du tout. Philosophie, observa tions beaucoup, il y a mis du naturel, et un naturel, Je n’ai du aimable. reste personne ici comme vous savez. C’est vraiment désolant, Adieu. Voilà une maussade lettre. Adieu.

Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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108 Paris Mardi le 2 octobre 1855

Lorsque la Prusse a fait à Londres et ici des ouvertures officieuses l'Angleterre a répondu qu’elle n’accepterait l’intervention d’aucune des deux grandes puissances allemandes. Si l'Emp. Alexandre désire la paix il pourrait s'adresser à un petit état, p.e. le Danemark. Le roi de Hollande a envoyé à l’Empereur Napoléon son ordre militaire. La reine [?] en apprenant cela a demandé ses passeports je crois qu'on ne les lui donnera pas et qu’elle se calmera.
Morny a été bien malade. Voilà ce qu’il m'écrit hier après 15 jours de silence. Je vous ai dit que les Brabant arrivent ici le 12. Ils seront logés à St Cloud, et resteront 7 jours. Le prince de Chimay les accompagne. Et quatre aides de camps, deux dames d’honneur & & Clarendon n’ose pas rappeller Radcliffe. Adieu. Adieu.
Votre petit ami sort d'ici et me donne une bien bonne nouvelle. Vous rentrerez à Paris dans les premiers bravo jours de 9bre Si vous me donnez par dessus le marché les quelques jours d'octobre c’est à merveille. Mais si cela vous gêne le moins du monde ne le faites pas. Je tiens ma satisfac tion pour acquise. Voilà !

Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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109 Paris le 3 octobre 1855

Il y a dans votre lettre de ce matin un petit mot qui m’amuse. La grande et libre publicité dans un pays qui peut le supporter sans en être bouleversé & & &. Je n’ai pas besoin de développer tout ce que je pense à la suite. Petit à petit vous en viendrez à trouver que le régime anglais convient à peine à l'Angleterre.
C’est demain le 4 octobre. Passé 20 ans, il m'est impossible de féliciter un homme sur son âge. (les femmes je les arrête à 15) Je ne vous félicite que d'une chose, c’est d’être entouré de votre famille.
Greville n’a pas la plus légère espérance de la paix. Vous voyez d’après tout ce qui revient de Russie que personne là n’y rêve. a hopeless case. On dit beaucoup que nous manquons d’argent. Je ne m’aperçois d’aucune dimi nution dans notre change.
J’ai dit à Meyendorff tout ce que vous désirez que je lui dise sur son malheur pauvre, pauvre homme. Sir Henry Ellice vient de mourir à Brighton. J’en suis vraiment désolée. Je l'aimais & l'estimais beaucoup. Excellent esprit, très droit.
On dit que Lord Westimorland sera remplacé à Vienne, par lord Napier, grand radical. Drôle de choix, pour Vienne. Adieu. Adieu. 

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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107 Val Richer, Mardi 2 oct. 1855

Il se peut que le Times ait raison sur le général Simpson ; je suis même porté à croire qu’il a raison ; mais je ne m'accoutume pas à ces destitutions des généraux par les journalistes. A tout prendre le régime de la grande et libre publicité dans un pays qui peut le supporter sans en être bouleversé, fait beaucoup plus de bien que de mal ; mais il est bien sot et désagréable.
J’ai des lettres d'Angleterre qui parlent de grands préparatifs qu’on fait là aussi pour une campagne d'automne, et d'hiver dans la Mer Noine. Quand on vous aura enlevé la Crimée, en vous attaquera en Asie Les Turcs ne font et ne peuvent faire eux mêmes leurs affaires nulle part.
Je ne m'étonne pas que Lord Stratford reste. Je n’ai jamais cru à son rappel. Le cabinet anglais ne poussera pas jusque là la complaisance, et elle lui couterait trop cher. Lord Stratford, dans la Chambre des Pairs, serait tant que durera la guerre d'Orient, un voisin trop incommode ; il en sait plus, sur ces affaires là, que tous les ministres, et ne leur laisserait pas un instant de repos.
Je suis comme les diplomates ; je ne crois pas à la bonté de Waleski ; mais je ne comprends pas son voyage à Bruxelles ; ni pourquoi le Duc et la Duchesse de Brabant ne viennent pas. Si l'alliance Anglo-Française n'était pas si intime, le Roi Léopold pourrait s’inquièter ; mais il n’a rien à craindre ; sa neutralité est bien gardée.
Onze heures
Voilà le facteur, et point de lettre. J'espère bien que ce n'est qu’un retard et que j'en aurai deux demain. Mais je n’aime pas les retard. Adieu, Adieu. G.

Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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110 Paris jeudi le 4 octobre 1855

Tout ce que je puis dire en réponse à vos calculs c’est que je suis bien fâché d'aimer un littéra teur, un historien. mais puisque cela est, je reprends vos chiffres. Les cinq jours dépensés auprès de moi pourraient être déduits de votre compte. Et alors au lieu de du 15 au 20 Novembre vous viendrez for good du 10 au 15. Je crois qu’il n’y a pas de réplique à cela. Pour moi je préfère tout à fait le définitif cela m’est odieux de vous voir repartir pour quelques pages d’histoire ou pour tout autre chose. Voilà pour le moment mon impression positive. Ainsi point d'octobre entre nous.
J’ai revu Heckern hier. Il a passé dix jours à Vienne. Il a beaucoup vu Bourqueney, & Balabini. Bourqueney arrive aujourd’hui. L’Autriche (gouvernement) est très occidentale. La société toujours non. On ne parle que de la France, il dit qu’il n’a pas entendu parler de Russie. Il est pour nous d'un dédain qui m’a amusée. Il est impossible d’être plus vantard que lui. L’alliance avec l'Angleterre éternelle. Il faut prendre les provinces du Rhin, pour ici faire un état indépendant séparé. La Crimée je ne sais plus à qui il la donne.
Redcliffe s’est querellé avec Thouvenel qui a envoyé ici le dialogue écrit par lui au crayon pour ne rien omettre des aménités de l'Anglais à Vienne on ne doutait pas de son rappel (à Londres où on en doute comme je vous l'ai dit) Je vous ai redit Hekern. Il m’amuse toujours. C’est son état de divertir les gens. Du reste je n’ai vu personne d’intéressant hier. Et je m'ennuie ! Selon le dire de Fould l’autre jours, le Gl. Bosquet est en voie de guérison. Il me parait qu'on va chasser d'Angleterre, les triumvirs Mazzini, Kossuth, Ledru Rollin, ce sera très bien fait. Adieu. Adieu.
Sir Alexandre Mallet gendre de Brougham, Ministre d'Angleterre près de la diète. de Francfort a fait dernière ment publiquement une sortie des plus vives contre le roi de Prusse. Ils sont étonnés ces Anglais. Vous avez lu la lettre de mon empereur au gouverneur de Moscou.

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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108 Val Richer, Mercredi 3 Oct. 1855

Entendez-vous dire quelque chose des bruits, tantôt fâcheux, tantôt bons que je vois dans les journaux sur la blessure du général Bosquet. Je le connais à peine ; mais je serais fâché qu’il lui arrivât malheur. Il y a si peu d'hommes distingués ? Ceux qui commencent ne devraient pas être interrompus.
Avez-vous remarqué la lettre du Vénitien Manini pour inviter tous les républicains Italiens à se rallier à la maison de Savoie de Londres. Mazzini leur prêche le contraire. Si la guerre arrive là, ce sera Manini qu’on croira d'abord ; et puis, si le Roi de Sardaigne a quelque apparence de succès, les républicains repasseront dans le camp de Mazzini. Toujours fous. Je ne connais pas de question plus insoluble que celle de l'Italie ; la phrase de Tacite a été faite pour elle ; " Elle ne peut supporter ni ses maux, ni les remèdes."
A défaut de nouvelles, je viens de lire le feuilleton des Débats sur l'opéra du Duc de Coburg ; il sert quelquefois à quelque chose d'être Prince. Evidemment, sans cette qualité, l'opéra serait tombé.

Midi
Voilà vos deux lettres qui me troublent, l’une et l'autre. Je vous prie de m'accepter du 15 au 20 octobre. Voici ma situation. Je suis en train de terminer mon histoire du rétablissement des Stuart, très en train ; mais il me faut évidemment six semaines de travail ici où rien ne me dérange, où rien ne me fatique, où j’ai toute ma journée. Si je rentre à Paris avant d'avoir fini, j'en aurai pour trois mois, pour quatre mois ; je ne sais combien, et avec beaucoup moins d’entrain et de suite. Vous ne pouvez vous figurer la différence qu’il y a, pour quelqu’un qui travaille, entre la vie de campagne et la vie de Paris. Or je tiens beaucoup à avoir fini et ouvrage, et à le publier cet hiver. Je ne veux à aucun prix, être ces six semaines là, sans vous voir. Je puis prendre quelques jours ; mais j’ai besoin de tous les autres, ce qui me mène du 15 au 20 novembre pour mon retour définitif. Je n’ai jamais espèré mieux et je ne comprends pas ou Génie a pris que je rentrerais dans les premiers jours de Novembre. Je ne lui ai rien dit de semblable. Je vais voir encore si je pouvais aller plus vite, si je pourrais ajourner la fin. Rien ne me déplaît plus que de vous attrister et votre impatience me plaît. Adieu, adieu. G.

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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109 Val Richer, Jeudi 4 oct. 1855

J’ai aujourd’hui dans. J’ai connu bien des gens, et des meilleurs, qui ne pouvaient souffrir ces retours périodiques et leurs avertissements, et qui voulaient que du moins, autour deux, on les laissât passer inaperçus. Je n'éprouve rien de semblable. non que je ne tienne pas à la vie ; si Dieu me la reprenait demain, je la quitterais avec regret, regret de n'avoir pas fait tout ce que je voudrais faire, regret de ceux que je laisserais après moi. Mais je n’ai nulle peur de la mort. Je me rappelle avoir un jour surpris, et presque choqué la Duchesse de Broglie, en lui disant que je craignais bien plus le jugement des hommes que celui de Dieu. Qui voudrait consentir à ce que tout absolument tout dans son âme et dans sa vie, fût parfaitement à découvert devant les hommes nous sommes, si imparfaits que nous avons besoin de secret les uns avec les autres, et nous ne saurions nous rendre mutuellement justice, si nous voyons à nu toute notre imperfection. Dieu, qui saura tout, sera en même temps parfaitement juste. C'est pourquoi je ne le crains pas. Quand je rentre en moi-même quand je me sonde en tous sens, quand je me rappelle tout, je trouve en moi, à tout prendre, plus de bien que de mal ; j’ai voulu et fait dans ma vie, publique et privée, plus de bien que de mal. Et j’ai toujours aimé le bien, même quand j’y ai manqué. Voilà ma sécurité en voyant les années s'écouler. Des deux sentiments qu'éveille la pensée de la mort, le regret et la crainte, je ne connais que le premier ; le second m’est étranger.
Il m'est venu hier, par Londres, une lettre assez curieuse de Florence, toujours grande inquiétude en Italie, et encore plus à Rome qu'à Naples ; le Pape semble se croire aussi menace que le Roi Ferdinand ; non pas menacé d’un successeur, mais menacé de se voir demander des choses impossibles, impossibles, en elles-mêmes, impossibles pour lui. L'Italie est impossible ; c’est le pays du rêve et de l'impuissance, des douleurs légitimes et incurables, de l'assassinat et de la mollesse. Quiconque y touchera pour y faire autre chose que l'amélioration lente et molle des gouvernements établis, n’amènera que des secousses inutiles, ces [?] du résumé qui devastent sans féconder.

Onze heures
Cela m'amuse de voir comment j’ai répondu à ce que vous dites de mon âge avant d'avoir reçu votre lettre. Moi aussi j'estimais, et je regrette sir Henry Ellis. Adieu, adieu. G.

Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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111 Paris le 5 octobre 1855
Vendredi

Quelle insolence que l’article du Times à propos des mariages Prussiens. Et quelle bêtise. Elles ne peuvent donc pas prendre de mari étranger les pauvres princesses anglaises. Et la loi de famille défend les Maris sujets anglais.
J'ai causé longtemps hier avec un chanoine, causeries secret du Pape. Je ne sais ce que veut dire cette charge. L'homme a de l’esprit, il vient d’accompagner les Brabant dans leur voyage d’Orient. Ah quel triste ménage si c'en est un ! Il n’avait rien, il ne s'occupe de rien froid, hautain, silencieux, désobligeant pour sa femme. Elle, ignorante comme une paysanne, mais gaie, naturelle mais perdant peu à peu tout cela à côté d'un pauvre mari. Mon Chanoine croit que cela n’ira pas longtemps. Elle le quittera. Le Roi a bien mal élevé ses enfants. Il n'a jamais venu avec eux. Un quart d’heure de visite dans la journée. Aucune espèce de récréation de leur âge. De l’étude et puis se tenir droit sur sa chaise. Ce même chanoine a été l'un des précepteurs de l'Empe reur d'Autriche. Il le dit très appliqué, voulant savoir le pourquoi de toute chose. Moins brillant d’esprit que son frère Maximilien. Caractère décidé !( l’Empereur). Molé est revenu de Main tenon et passera ici quelques jours. Adieu. Adieu.

Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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112 Paris le 6 octobre 1855

J'ai eu hier une longue visite de Lord Granville. Il n’est venu que pour deux jours. Son langage est très à la guerre, naturellement. Il n’y a pas moyen de voir autre chose. L'ennivrement de la reine pour Paris et ses hôtes continue. Elle en parle sans cesse.
J’ai vu hier aussi le comte Caroli, un Autrichien fort content. Il me dit entre autre, nous tenons les principautés. Nous n’en sortirons pas. Il n’est pas inquiet pour l’Italie. Son fils est [chargé d’affaires] à Londres. Il y va dans ce moment. Colloredo est absent.
J'ai reçu une curieuse lettre aujourd’hui. Elle porte la date du 23 Mai 1799, et avait été remise en dépôt alors à une dame de Livonie par mon ancienne gouvernante française. On l’a retrouvée cachetée intacte dans les papiers de cette dame morte il y à 25 ans. Cette lettre me demande l’annonce pour sa famille, à Montbéliard. Je vais faire rechercher s’il existe encore quelqu'un de son nom au bout de 56 ans.
Je n'ai rien de plus moderne à vous mander aujourd’hui Lord Lyndhurst est venu me voir hier sans me trouver. Adieu. Adieu.
Je ne suis pas tout à fait de votre avis sur Luther, et je vous réserve une bonne discussion. J’ai trouvé de bien mauvais goût la reproduction dans le [Journal] des [Débats] de l’article dans Times sur le jeune prince de Prusse.

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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110 Val Richer Vendredi 5 oct. 1855

Je suis quelquefois tenté de croire que nous nous connaissons bien peu l’un l'autre. Vous croyez que petit à petit j'en viendrai à penser que le régime Anglais convient à peine à l'Angleterre. Je vous assure que l'expérience, l'expérience des revers comme des succès, m'a confirmé et me confirme tous les jours, sur ce régime dans mes vieilles convictions. Je n’ai pas du tout la prétention qu’on arrive au but sans toutes sortes de secousses, de souffrances, de chutes ; c’est la condition humaine de payer cher et d'obtenir tard le succès et même en l'obtenant, de le trouver imparfait, très mêlé de mal et toujours précaire. Le monde n’a pas vu autre chose dans ses plus beaux jours. Je ne sais ni quel temps, ni quelles épreuves, il nous faudra encore pour arriver à ce régime, ni à quel point et par quels côtés, il différera du régime anglais. Je demeure convaincu que nous y arriverons, et que bien d'autres, qui en sont bien plus loin que nous y arriveront aussi. Je ne verrai pas ce jour là, mais j'y crois. Où en serions nous donc si, pour croire, il fallait voir.
Je crois encore à autre chose, c’est que dans le fond de votre âme, comme goût, sinon comme espérance, vous pensez comme moi et ne faites cas que du même régimes, dont je fais cas. Vous aurez bien de la peine à me faire revenir de ma croyance.
Je suis protestant, et vous aussi. Croyez vous que Luther, quand il a commencé la réforme, se doutât de ce qu’elle coûterait d'efforts et de maux, et du temps qu’il lui faudrait pour s’établir, et de l'imperfection où elle resterait même en triomphant. Il a vu tout cela avant de mourir ; il n'en a pas moins persisté à croire que sa réforme était bonne et qu’elle triompherait et il a eu raison. Et vous et moi, nous sommes protestants aujourd’hui parce qu’il a eu raison.
L’attaque du Journal des Débats, contre Lord Stratford n’est pas sans importance, ils ne l’ont certainement pas faite, sans être surs que cela convenait. Je n'en persiste pas moins à douter que le Cabinet anglais cède ; faible vis à vis de Lord Stratford et orgueilleux, vis à vis de l'étranger, c’est plus qu’il n'en faut pour ne pas aider.

Midi
J’allais vous proposer ce que vous me proposez Je l’aime mieux aussi. C'est donc convenu. d'ailleurs je ne peux pas me changer. Adieu. Adieu. G.

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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111 Val Richer, samedi 6 oct. 1855

C'est convenu ; je reviendrai for good, du 10 au 15 novembre. Il est vrai ; je tiens à mes travaux. J’ai la manie de l'avenir ; nous passons si vite, il faut laisser trace de soi, dans les événements ou dans les esprits. Et puis comme je vous l’ai dit, mes affaires veulent que je passe au moins six mois à la campagne. Ce n'est qu’un ennui de n'être pas riche ; mais c’est un ennui qu’il faut accepter, pour n'avoir pas pire. Je ne sais plus qui a dit, et bien dit. " L'argent est bon à une chose, à n'être pas obligé d'y penser." Je suis obligé d'y penser.
J’ai lu tout le prince Gortschakoff. C’est trop long ; une apologie d'avocat, non pas un ordre du jour de général. Combien y a-t-il de Russes dans son armée, qui diront comme moi, jusqu'au bout ? Du reste le ton est est très convenable, digne dans sa tristesse et modéré dans les petites misrepresentations dont il a besoin pour soutenir le courage de son monde. Il aura encore bien des ordres du jour à faire, car il me paraît démontré que vous continuerez à nous défendre en Crimée, disputant le terrain pied à pied. La guerre deviendra plus difficile pour nous à mesure que nous nous éloignerons des côtés. Et puis, je suppose la Crimée conquise, et je répète ce que je disais à propos de Sébastopol et après ? La question est toujours de savoir si vous voudrez faire la paix après un revers, car je ne vois pas comment on vous infligerait un revers assez grand pour vous y forcer.
Le Times est vraiment stupide dans sa fureur contre la Prusse. Je ne comprends pas que personne en Angleterre Ministre ou journaliste, ne se donne le plaisir de le traiter comme il le mérite, et de lui, mettre sa bêtise sous le nez encore plus que sa violence. L'alliance Prussienne est si évidemment dans l’intérêt anglais ! Les Whigs ont oublié la politique de Lord Chatham, comme les Torys, celle de M. Pitt.
Voilà le dernier des vieux Whigs mort, ce pauvre sir Robert avait. Il avait à un moindre degré, le même défaut que Lord Grey ; il ne savait pas être vieux ; bien aimable du reste et bien noble.
La lettre de votre Empereur au gouverneur de Moscou est tranquillement pieuse et obstinée ; elle doit faire effet sur votre peuple. Rien de remarquable d'ailleurs. Pas un mot qui frappe et reste.
Heckeren m'amuserait comme vous, mais pas longtemps. Je suis très vite las des charlatants vantards qui veulent amuser bien plus que tromper.

Onze heures
On m'écrit de Londres qu’il n’est pas et ne sera pas sérieusement question de rappeler Lord Stratford, quelque envie qu’on en aie à Paris et à Constantinople. On dit que le sultan ne veut plus avoir avec lui de communication directe et l’a invité à traiter avec le Reiss Effendi.
Adieu, Adieu. G.

Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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113. Paris le 7 octobre dimanche 1855

J’ai vu Fould hier très longtemps. Sa conversation me plait toujours et pour le fonds & pour la forme. Il est bien étonné de la poltronerie anglaise à l’en droit de Radcliffe. C’est incroyable de le laisser là après ce qui s’est passé avec le sultan, et on ajoute avec votre ambassadeur. (Quoique lui ne se répéte qu’en confidence.) Au reste, I don't care. Il ne peut pas faire plus de mal qu’il n'y a déjà fait.
Adais n’est pas mort parce qu’il était vieux 92 ans. Il est tombé de son lit à Woburn une mauvaise chute. Je le regrette aussi. Les grandes manières ; ce qui ne se voit plus, et ce qui ne s'enseigne pas.
J'avais hier soir chez moi la comtesse Montéjo, Molé, Sebach Viel Castel, & d’Haubersaert revenu pour l'hiver et bien maigre. Ses richesses ne l'engraissent pas. Quel homme bizarre. Quel parti pris d'exagération et de non sense. Autre genre que Hekerne et de meilleur goût, mais pour moi aussi risible. Pas possible de disputer, car c’est trop fort. Viel-Castel reste huit jours & repart. Molé part ce matin. Mad. Montéjo a positivement beaucoup d’esprit. Elle n’a parlé qu'Espagne et a raconté de curieuses choses. Comme on traite cette reine. Elle en est révoltée. Elle croit à des mouvements à Madrid, à une révolution peut être, mais elle y retourne. Cela ne l’effraie pas. C’est l’état ordinaire de son pays.
Je prends des notes sur la liberté de la Prusse et sur Luther. J’ai dans ma tête de quoi vous tenir tête. Mais pas assez de force pour le faire par écrit. Adieu. Adieu.

Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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114 Paris le 8 octobre 1855

Je me trompe, ce n’est pas de la presse, mais du jugement des hommes & du jugement de Dieu que j’aurai à vous parler. Rappelez-moi cela et Luther.
J’ai vu quelques personnes hier, mais vraiment rien d’intéressant, et je serai sans doute tenté de ne pas vous envoyer de lettre aujourd’hui.
Mardi 9
J'ai fait comme j’ai dit. Ne Vous fâchez pas mais comment voulez-vous que j’envoie un pareil chiffre. Je ne vaudrai pas mieux aujourd’hui, mais à force de double cela deviendra peut être quelque chose. Hubner est venu parfaite ment content. Il allait dîner chez Walevsky avec Bourqueney le télégraphe annonce que Radcliffe s'est exécuté. Je suppose donner les satisfactions prescrites par son gouvernement je ne sais lesquelles mais la conséquence, est qu'il reste.
Les Brabant resteront ici du 12 au 24 6 spectacles dont 3 à St Cloud, & grands dîners après lesquels on dansera. Les matinées occupées à tout voir. Lord Lyndhurst n’est pas revenu quoique je lui a fait revoir mes heures. La duchesse de Sutherland arrive le 15. Je ne sais plus quand viendra Morny. Me voilà au bout. Ce n’est pas brillant. Adieu. Adieu.

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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112 Val Richer, Dimanche 7 oct. 1855

Nous nous sommes servis des mêmes termes à propos de l'article du Times. Je ne me résigne pas au défaut de courage politique des Anglais en ce moment. D'autant moins qu’ils ont fait tout à l'heure l'expérience de l'efficacité du courage. Le Times avait été tout aussi violent contre le Prince Albert qu’il l’est aujourd’hui contre le mariage Prussien, il a suffi de quelques paroles franches dans les Chambres pour faire tomber tout ce bruit. Il est vrai que la tribune seule peut battre la presse, et la tribune est muette à présent.
Je m'étonne que le Prince Gortschakoff dans sa dépêche du 3, ne dise rien du combat de cavalerie du 29 sept. Les résultats matériels prouvent qu’il n’a pas été sans importance. Peut-être ces mots de sa dépêche : " Hier, l'ennemi a fait un mouvement contre notre flanc gauche, se rapportent-ils à cela. Je ne sais ce que je dis ; votre 3 oct répond à notre 21 sept ; le Prince Gortschakoff ne pouvait parler le 21 de ce qui s'est passé le 29. Quand adopterez-vous le calendrier Européen ? Nous ne sommes pas en voie d’union quelconque. Voilà toute la division Chasseloup Laubat qui part du camp de St. Omer pour la Crimée. Je fais grande attention aux mouvements de troupes ; il part, en ce moment, des renforts, très considérables.
Le Morning Post est aussi violent contre vous que le Times contre le mariage Prussien.
Je suis fâché de ce qu’on vous a dit sur le ménage Brabant. Je souhaite du bien à ces Princes là. Je ne m'étonne pas que le Roi Léopold n'ait pas bien élevé ses enfants. Il faut, avec les enfants, de la sympathie, un mouvement communicatifs, comme il faut de l’air et du soleil aux jeunes plantes. Les grandes personnes ne supportent guère l'ennui ; les enfants bien moins encore ; il les glace et les hébète. La Reine Christine, m'expliquait un jour la médiocrité de la plupart des Princes Espagnols par les vices, de leur éducation. Point d'études et point d'amusements ne rien apprendre et ne se point divertir ; la discipline immobile dans l'oisiveté. L'étude du moins n’a pas manqué au Duc de Brabant ; mais ce n'est que la moitié de ce qu’il faut.

Onze heures
Moi aussi j’ai été fâché que le Journal des Débats ait reproduit l'article du Times au moins fallait-il le blâmer sévèrement. Adieu, Adieu. G.

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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114 Val Richer, Mardi 9 octobre 1855

Le petit speech du Roi de Prusse à Cologne m’a plu. Bien allemand et un mélange d'abandon dans les sentiments et de maximes d'autorité qui ne manque pas de charme. Si j'étais allemand, j’aimerais le Roi de Prusse.
Je n’aime pas mieux Palmerston après son discours de Rome. Il prend ses avantages et il fait bien ; il a le droit de dire tout ce qu’il a dit, et presque tout est vrai dans ce qu’il a dit. Mais c’est une bien petite portion de la vérité, et la portion la plus vulgaine, la plus subalterne. Rien ne me choque plus que les petits esprits dans les grandes choses, ne se doutant, ni de l'étendue des questions ni de la portée des actes, huissiers de la politique, qui exécutent, sans les comprendre les arrêts de Dieu sur les rois et sur les peuples. Palmerston est de ceux là. Une chose de lui m'amuse pourtant ; c’est Lady Palmerston qu’il mène partout avec lui pour prendre sa part du triomphe ; Lady Palmerston saluant et remerciant par des signes de tête quand son mari a cessé de parler. C’est un peu jeune, ce qui est un peu ridicule quand on est vieux ; mais cela me touche, et je sais gré à Lady Palmerston de cet infatigable dévouement, quoique je ne puisse y regarder sans rire.
La note du Moniteur sur Naples est bonne. Si j'étais, le Prince Murat je la trouverais bien dure. Et même, comme simple lecteur, je crois qu’il y avait une rédaction plus convenable que ces mots ; certaines prétentions.
Vous ne lisez pas l'Union. Elle attaque Lord Stratfond avec une vivacité singulière au nom de l'indépendance de l'Empire ottoman, et en le comparant à Thouvenel qui est plein, pour le sultan, d’égards et de respect. Le travail contre Lord Stratford a évidemment son foyer à Paris. Je doute toujours du succès. Du reste vous avez raison, peu vous importe aujourd’hui.

Midi
Pas de lettre. Adieu.

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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113 Val Richer. Lundi 8 octobre 1855

On fait tout ce qu’on peut à Paris et à Londres, pour consoler le général Simpson des injures du Times. Je suis frappé de l'article du Morning Post qui dit qu’il est autorisé à mettre une partie de ses troupes, à la disposition du Maréchal Pélissier, sous les ordres duquel le général La Marmona s'est déjà mis. Si c’est vrai, c’est un grand pas. Les luttes entre le bon sens et l’orgueil anglais sont amusantes à voir ; on les rencontre à chaque pas dans leur histoire. Au premier moment, c’est toujours l'orgueil au dernier, c’est le bon sens qui l'emporte.
La guerre continuant, je m'attends à apprendre de grandes attaques contre vous à Odessa et à Nicolajeff. Les besoins de la faim et les habitudes de la civilisation protégent encore Odessa. Je ne sais pas bien quelles sont les difficultés d’une attaque autre Nicolajeff ; mais il me semble impossible qu'ayant détruit votre port dans la Mer Noire, on vous laisse votre chantier.
La petite histoire de votre ministre au dîner du Roi de Portugal est drôle.
Connaissiez vous ce M. d'Anaroff qui vient de mourir ? Il m’a écrit trois au quatre fois, comme ministre de l’instruction publique, et une fois, privately, une lettre assez spirituelle, sur l'Etat comparatif des études historiques, en France et en Russie, exempte, à coup sûr de tout préjugé national.
Vous m'avez dit, je crois, que Lord Lyndhurst passerai l'hiver à Paris. Je serai bien aise de le voir. Je lui dirai sans me gêner, ce que je pense de sa campagne de politique étrangère. A l’âge et avec l’esprit et l’expérience de Lord Lyndhurst, on devrait se donner le plaisir de ne parler que raison et de dire la vérité à tout le monde. La vieillesse est bonne à cela, et pour elle, la considération est à ce prix.
Votre lettre de 1799 m’a amusé. Vous vous trouverez quelqu’un à qui faire aujourd’hui. l'aumône qu’on vous demandait alors.
Onze heures
Vous avez raison sur d'Haubersaert. Il a de quoi faire rire. Mais il est très honnête, spirituel, courageux et fidèle. Je passe beaucoup à ces qualités là. Adieu, adieu.

Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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115 Paris le 10 octobre Jeudi 1855

Lord Lyndhurst est venu hier. I am lame, blind and deaf. a pity you are not. mute. Il n’a pas entendu ou pas voulu comprendre. Il a eu effet toutes les infirmités dont il se vante mais il a bon visage. Il veut la paix. Qu’est ce que cela fait ? On me dit que les généraux exilés ont demandé à faire leur cour à la reine Amélie pendant son séjour à Bruxelles. Elle a refusé de les voir.
Vous savez que le duc de Nemours leur a donné à dîner à Anvers, en consé quence de quoi on a prié le duc de ne point passer par Bruxelles. Canning revient d’Allema gne où il a passé son temps avec mon fils. Il m'en donne de bonnes nouvelles. Sa conversation m’a intéressée. Homme d'esprit très éclairé, très au courant. Il m’a pris toute une heure. Il est tard. Je n’ai pas de nouvelle à vous dire. Le temps est très laid. Adieu. Adieu.

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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115 Val Richer. Mercredi 10 oct. 1855

Est-ce que vous êtes si indifférente aux affaires de Danemark que le comte de Moltke ne vous en parle jamais ? Vous avez pourtant quelques devoirs envers ce petit pays qui vous garde si fidèlement la neutralité, et vous devriez prendre un peu d’intérêt à ce qui le touche. Moi qui en prends, je voudrais bien savoir le vrai sens et l’issue probable de la lutte engagée là. Est-ce que la querelle entre les Danois-Danois et les Danois Allemands est toujours au fond de ce qui se passe, et le Prince Ferdinand est-il, comme je le présume, le chef du parti pur Danois ? Je ne crois pas les questions indiscrètes, et je vous prie de les soumettre à M. de Moltke qui ne m'en voudra pas de ma curiosité.
Le sultan a bien traité le Maréchal Pélissier. Je suppose qu’en le faisant Maréchal de l'Empire Ottoman, il a voulu pouvoir mettre Omer Pacha sous les ordres. Voilà un homme en train de faire une bien grande fortune militaire, s'il est en état de soutenir son succès.
J’attends deux lettres ce matin.

Onze heures
Il faut bien que je vous pardonne ; mais vous avez sur les lettres courtes et insignifiantes, trop de scrupules. Je vous aime mieux que vos lettres. Adieu, adieu.

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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116 Val Richer, Jeudi 11 oct. 1855
6 heures

Je viens de me lever, et d'allumer ma lampe. J'espère que vous dormez profondément. Il n’y a encore aucune apparence de jour. J’ai bien dormi, ce qui ne m’arrive pas toujours à présent. J’appelle mal dormir me réveiller deux ou trois fois dans la nuit et avoir peine à me rendormir. Quand cette peine dure trop longtemps, j'allume des bougies ; je lis et au bout d’un quart d'heure, le sommeil revient. C’est un grand bonheur quand on devient vieux, d'avoir des yeux aussi intacts que les miens. Je m'en suis pourtant beaucoup servi. Ma vieille mère, qui avait aussi à 80 ans, conservé de bons yeux, disait en en remerciant Dieu : " Et pourtant j’ai tant pleuré." Je ne puis pas dire que j’ai beaucoup pleuré ; je pleure peu. Mais j’ai eu de quoi ; ce qui revient au même pour l’âme sinon pour les yeux. Savez-vous une question sur laquelle j'hésiterais infiniment, s’il plaisait à Dieu de me la poser, ce qui n’arrivera pas ? C'est la question de savoir si je voudrais recommencer la vie. J'y retrouverais bien des joies dont la pensée me charme, mais aussi des douleurs, des jours, des minutes par lesquelles je ne supporte pas l’idée de repasser. J’aime mieux que Dieu ne me pose pas la question.
Comme je suis dans mes jours de désintéressement et de bon sens, j’aime mieux que Hübner soit content. La brouillerie avec l’Autriche, c’est la guerre révolutionnaire et tout l’inconnu du chaos. Tant qu’on sera bien de ce côté, on fera des notes comme celle du Moniteur sur les prétentions du Prince Murat, et on se tiendra tranquille, même en Italie. Je crois que cela vaut mieux pour la France et pour le monde.
Pouvez-vous me répondre à une question plus frivole ? Est-il vrai que Mlle Rachel, fasse fiasco en Amérique pendant que Mad. Ristori fait flores dans les provinces de France ? Aussi quelle idée a Mlle Rachel, de prétendre passionner des Américains avec Corneille et Racine ? Il leur faut du rien plus épais et plus noir. Je me figure que les fureurs jalouses de ces deux femmes, quand elles seront de retour à Paris, seront un des amusements de l'hiver prochain. Il est bien probable que je n’y prendrai aucune part. Je n'ai nulle envie de retourner au spectacle, et quand j’y suis retourné, je l’ai trouvé mauvais. Quand l'habitude n’y est plus, les meilleurs acteurs sont toujours très inférieurs à ma conception et à mon désir.

Midi.
Mon facteur arrive très tard et je n'ai que le temps de vous dire adieu, et adieu. G.

Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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116. Paris le 11 octobre 1855 Jeudi.

Molke me parle souvent de son pays, je n’en retiens pas un mot. Je m'en vais questionner et comprendre à votre intention. Il est très content de la France pour l’affaire du Sernd, & la France recom mande toujours de se bien mettre avec nous sur ce point. Ainsi par le Danemark ou plutôt pour le Danemark vous et nous sommes bien ensemble. J’apprends qu’on est très bien ici avec l'Autriche. Je l’avais jugé ainsi à la mine vantarde de Hubner. On fait grand état par tout de l'habileté du gouvernement Gortchakoff. Sa retraite parait en effet comme il le disait, extraordinaire. Vous en aurez lu l’éloge même dans le Times. Depuis le 22 août il avait décidé de se retirer et tout préparé pour l'évènement du 8 Septembre.
Je ne sais pas où est mon Empereur. Mon fils aîné est revenu à Bruxelles depuis hier. J’ai vu le duc de Noailles un moment, mais il se consacrait hier à la D. de Talleyrand, que je n’ai pas vue encore, Nous nous sommes manquées. Adieu. Adieu.

Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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117 Paris Vendredi 12 octobre 1855

C’est aujourd’hui que les Brabant arrivent. Le Prince Napoléon les recevra à la gare, & l’Empereur au haut du palier à St Cloud. Fould que j’ai vu hier ne digère pas la visite du Prince. Il trouve cela un grand manque de sentiment ou plutôt de ressentiment. Il y a d’autres personnes qui sont du même avis. Je trouve moi que les nécessités et les convenences politiques sont indépendantes des questions de sentiment et que la Belgique devait la réciprocité de la visite du Prince Napoléon. Nous avons beaucoup rabaché sur la guerre et la paix, rien de nouveaux, pas de perspective. Il m’a confirmé que l’entente avec l'Autriche était redevenue très bonne.
Lord Cowley m'abandonne cependant pas ses anciennes défiances. Le duc de Noailles m' échappe. Il est reparti sans dire gare, ce qui m'étonne un peu. Je ne l’ai donc a proprement parler pas vu. Le temps devient laid, et J’ai presque froid, mais je ne fais pas de feu encore. Adieu. Adieu.
Je vous ai dit que Villa Rial est mort ?

Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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118. Paris le 13 octobre 1855

Une seule minute pour vous dire bonjour. Pas même le temps de vous dire pourquoi & par quoi je suis dérangée.
Le prince Napoléon qui devait se trouver hier à la gare pour recevoir les Brabant n'y est pas venu. Mais puisque le Moniteur dit ce matin qu'il y était, c’est réparé. J’ai des nouvelles d'Angleterre on ne bombardera pas Odessa, on veut mieux que cela, Nicolaief. On évacuera Sévastopol et les alliés hiverneront dans des hutes & sous des tentes. Mon empereur est certainement en Crimée.
Hubner qui est venu hier me dit, que l’Italie est la mesure des bonnes relations avec la France et il est content. Seulement il n’est pas content de n'être prié à St Cloud que le 21. C’est cependant son archiduchesse.
Clarendon a bien lavé la tête à Radcliffe. C'est tout ce que lui a permis Palmerston. Mais on espère qu'il donnera sa démission. Quant à Palmerston, il désire que Redcliffe reste, l'Ambas sadeur à son image. Simpson demande à revenir. On ne sait que prendre, & décidé ment on ne veut pas se mettre sous le commandement de Pelessier.
Les finances donnent du souci à Londres, mais on croit là qu'on en a davantage ici. J’ai vu longtemps chez moi Mad. de Talleyrand. Beaucoup d’esprit et intéressante. Quelques confidences piquantes. Adieu. Adieu.
Très vite.

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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1848 Val Richer Vendredi 12 oct. 1855

Un bon observateur et fort au courant des affaires de la cité, m'écrit de Londres : " Si la crise financière continue et Si, d’ici à la fin de l’année, la banque d'Angleterre augmente encore son escompte d'un et demi ou de deux pour cent comme on le craint dans la cité (cela dépendra surtout du besoin d’argent qu'aura la France pour faire face à la fois à la disette, et à la guerre), il sera bien difficile au gouvernement anglais de continuer la guerre dont on n’avait prévu ici ni la grandeur, ni la durée.
Demandez à Lord Lyndhurst ce qu’il en pense. Quoiqu’il soit sourd et aveugle. j’aurais confiance dans son jugement si j’en avais dans sa probité politique ; mais je n’en ai point. Peu importe donc ce qu’il vous dira. D'ailleurs, quand un grand pays est engagé dans une grande affaire, ce ne sont jamais les difficultés d’argent qui l’arrêtent ; elles n'équivalent jamais à l'impossibilité. On paye plus cher et on souffre davantage, voilà tout. La guerre actuelle n'imposera pas à l’Angleterre la moitié des sacrifices que lui a coutés la guerre contre Napoléon. Il est vrai que la première était une guerre de nécessité et que celle-ci est une guerre de luxe.
Je trouve que la visite du Duc et de la Duchesse de Brabant à Paris valait bien que la Reine Marie Amélie fût libre de recevoir à Bruxelles les visites qu’elle voudrait.
Je voudrais bien savoir s’il est vrai comme le disent quelques journaux, que les Puissances belligérantes, vous comme nous ont autorisés, pour tous les neutres, le libre commerce des grands dans la mer d'Agoff et la mer Noire. Ce serait très civilisé et très sensé. Nous y gagnerions du pain et vous de l'argent. Ce ne serait d'ailleurs que conforme aux bons principes, en fait de commerce des neutres.

Onze heures
Je vois qu’on attend tous les jours le bombar dement d'Odessa. Adieu, Adieu. G

Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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119. Paris le 14 octobre 1855

Votre opinion du rapport de Gortchakoff ne ressemble pas à celle du Journal des Débats on ne dira pas que c’est vous qui le dirige. Je crois votre opinion la meilleure. C’est celle de toutes les personnes que je vois, inclus mes ennuyeux. Hübner entre autres. Lord Lyndhurst est revenu hier je lui ai dit votre lettre. Il n’a guère répondu à l'article finances, il m’a semblé cependant qu’il ne faisait pas grand cas des difficultés. Il se rejoint beaucoup de causer avec vous. J’espère qu’il sera encore ici quand vous reviendrez. Je vois beaucoup d'Anglais mais pas de votre connaissance. Tous furieux contre Lord Cowley. Il ne veut en voir aucune et ils n'ont aucun moyen de se faire présenter à la cour. C’est drôle aussi. J’ai vu passer hier la cour. Cinq voitures découvertes l'Empereur, l’Impératrice, le duc & la Duchesse de Brabant dans la première. J’ai idée que la première plaira. Elle m’a plu à Bruxelles. Mais elle est bien timide.
Lady Jersey va venir. Qu’est-ce que j’en ferai Viel-Castel est reparti. Je n’ai plus, personne. Hier soir de la jeunesse. Cela m'ennuie fort. mais la petite Dupin est gentille. Je ne sais pas encore un mot des Meyendorff depuis leur malheur. Adieu, Adieu.
Vos lettres sont plus que précieuses. Outre les commentaires Elles m’instruisent. Vous me faites faire attention aux choses qui m'échappent.

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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118 Val Richer, Samedi 13 Oct. 1855

S'il y a eu bombardement d'Odessa est-ce que votre Empereur s'y sera trouvé à ce moment là ? Rencontre bien désagréable. Un bombarde ment n’est pas une bataille quand la ville n’est pas une place forte, elle reçoit les coups sans les rendre.
Je ne suis pas juge de l'habileté militaire du Prince Gortschakoff ; mais ses rapports sont bien rédigés clairs, fermes, sans vanterie, pas plus de réticences qu’il n'est nécessaires, très polis et convenables. Il fait bien d'être habile, car il n’est pas heureux.
Je suppose que l’amiral Bruat va revenir parce qu’il n’y a plus, pour lui et ses grands vaisseaux à voiles, grand chose à faire, et aussi pour cause de santé. La dernière fois que je l’ai vu, peu avant son départ, il était criblé de rhumatisme. J’ai rencontré peu d'hommes en qui l’énergie de l’âme supplée autant à la force du corps.
Je doute que les Etats Unis consentent à en passer par les décisions d’un congrès Européen sur l'affaire du Tund. Ils régleront eux-mêmes leur question, et l'Europe ne prêtera pas au Danemark des vaisseaux et des canons pour soutenir la guerre contre eux.
La proclamation du général Kalergis à l’armée Grecque, en sortant du Cabinet, est bien superbe. Le Roi Othon a bien fait, de tenir bon pour s'en débarrasser. Il fera bien à présent d'observer strictement la neutralité qu’on lui demande sans quoi Lord Palmerston remettrait le général Kalergis au pouvoir.
Mazzini est plus étourdi que je ne le croyais. Qu'avait-il besoin de dire qu’il était prêt à recevoir votre argent, que vous ne lui donnerez pas, pour affranchir l'Italie ? Cette phrase fera plus, contre les réfugiés, en Angleterre, que tous les principes de droit public. Mais il est plaisant que les Anglais tonnent avec fureur contre la Belgique pour laisser faire, dans ses journaux, ce que les leurs font hardiment depuis tant d’années.

Onze heures
Pourquoi Morny ne revient-il pas ? Est-ce qu’il est encore malade ? Adieu, adieu. G.

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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119 Val Richer, Dimanche 14 Oct. 1855

Le long rapport du Prince Gortschakoff ne m’a rien appris de nouveau évidemment vous avez fait des pertes, énormes. Je n'y trouve pas la moindre indication d'aucun plan de campagne, ni d'aucun projet futur. Le voyage de l'Empereur aura sans doute reglé les résolutions à cet égard. Il me paraît clair que la défense de Nicolajeff est maintenant votre grande préoccupation. Je n’ai aucune idée des difficultés, ni des moyens de l’attaque ; mais si la guerre continue, comme je n'en doute pas, il est bien probable que Nicolajeff tombera comme Sébastopol.
La petite affaire de cavalerie anglaise du côté de Kertsch n’a pas été heureuse. Là comme ailleurs, ils n’ont pas su combiner leurs mouvements, ni se garder.
Avez-vous remarqué le discours du Maire de Liverpool dans le banquet donné du duc de Cambridge, et son compliment à la Reine Victoria pour la visite qu’elle a fait au tombeau de Napoléon ? Quand les intérêts présents sont prenants, combien le passé s'éloigne vite ! Il faut deux conditions pour rendre acceptables les concessions faites à la politique aux dépens de la dignité. 1° Quelles soient indispensables ; 2° Qu’on y gagne plus en sécurité matérielle qu’on n’y perd en force morale. On croit souvent trop aisément que ces deux conditions se rencontrent. Je ne connais pas beaucoup d'exemples de gouvernement qui se soient réellement compromis par trop de soin de leur honneur. On l'oublie bien plus pour se débarrasser de la peur que pour échapper à un vrai danger.
Qu’est-ce qu’un comte Van der Straten Pouthoz, ministre de Belgique à Madrid ? Je croyais que c'était le Van der Straten que je connais et qui est souvent venu chez moi ; mais il faut que c’en soit un autre, car il m’écrit pour m'envoyer un ouvrage de lui, et il me dit que je ne le connais pas. Soyez assez bonne, je vous prie pour me tirer cela au clair, afin que je sache à qui je réponds quand je répondrai.

Onze heures
Merci de votre lettre intéressante, au milieu de votre précipitation. Adieu, Adieu. G.

Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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120. Paris le 15 octobre 1855 Lundi.

Le van de Stratten de Madrid. est un cousin. Celui que vous connaissez revient de Lisbone où il avait été envoyé pour assister au courronement du roi don Pedro. Je l’ai vu avant hier à son passage retournant à Bruxelles. Lui, comme beaucoup de monde, blâme le voyage Brabant.
On donnait hier de mauvaises nouvelles pour nous. En Asie comme en Europe. Voici ce que me dit Molke sur le Prince Ferdinand de Danemark. Il n’a pas juré la première constitution, il ne veut pas davantage prêter serment à la seconde parcequ'il se réserve le droit d'abolir l'une & l’autre quand il sera roi. Voilà le secret, de son refus. La Constitution actuelle est beaucoup moins démocratique que la première. J’étais restée trois jours sans voir Molke. Voilà pourquoi ma réponse vous arrive si tard. Montebello est enfin revenu mais il croit sa mère mourante. Ce qui fait que je le verrai peu, le remplaçant provisoire de Hazfeld absent, est beaucoup plus causant que lui. La légation ne l’aime pas & se méfie de lui, & Hazfeld, le déteste, ça m’est égal.
Les diplomates ne sont pas pris à St Cloud pendant le séjour Brabant. Il y eu cependant trois spectacles. Adieu. Adieu.

Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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121. Paris le 16 octobre 1855

J’ai revu Bulwer hier. Plus préoccupé de trouver un poste que de tout autre chose. Il vient toujours à la survivance de Lord Redcliffe, & on s'obstine à croire qu’il ne pourra pas tenir à la mauvaise situation qu'il a amené pour lui à Constantinople, car il n'y donne plus du tout. Vous êtes plus puissants que lui, c’est très naturel.
Morny est arrivé hier. Il est venu me voir de suite. Excellent et charmant. Mais je trouve trop en poltronerie de l'Angleterre. c.a.d. lacheté devant elle de qui l’Empereur Napoléon. A-t-il besoin d’avoir peur au jourd’hui ? Tout le monde a peur de lui. Ecoutez la duchesse de Talleyrand, elle vous dira bien à quel point il règne en Allemagne, par la terreur, par l’admiration aussi, car on sait reconnaître son grand mérite.
J'ai vu hier Hubner. Assez curieuse révelation. Il m’a dit que dans le temps de l'affaire de Drouin de Luys, Cowley avait posé ici l’alternative. L'amitié de l'Angleterre ou l’amitié de l'Autriche. ou après l'Angleterre. Quand on nomme Drouin de Lhuys, c’est toujours de la part de tous avec regret. & respect. Vous ai-je dit que Madame Thiers est bien dangereuse ment malade. Adieu. Adieu.

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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120 Val Richer. Lundi 15 oct. 1855

Je trouve le procidé du Prince Napoléon étrange. Par quel motif ? Autant qu’il m'en souvient, le Duc de Brabant était venu le recevoir à la gare de Bruxelles. Il paraît que la famille Impériale est plus difficile à gouverner que la France.
Redcliffe ne donnera pas sa démission, et Palmerston a raison de le garder, sérieuse ment parlant quand on a accepté toute la politique d’un ambassadeur, quand cette politique a réussi, quand l’ambassadeur est au moins aussi puissant que désagréable dans le pays où il réside, ce serait une grande faiblesse de le rappeler pour s’épargner à soi-même quelques ennuis. Il ne s’agit plus de savoir si la politique et l’ambassadeur sont bons ou mauvais ; Palmerston est marié, à l’une et à l'autre, et il faut qu’ils vivent ensemble, for better and worse.
Reeve m'écrit : " J’ai pris le parti de me retirer tout-à-fait de la presse quotidienne. Cette décision de ma part a été un peu hâtée par la conduite extraordinaire et inqualifiable, du Times, dans les derniers temps, qui semble avoir pris à tâche d’amoindrir les forces de ce pays et d’outrager tout le monde. Je n'aime pas cela et je me retire." Je vous le dis parce que je présume qu’il est bien aise qu’on le sache.
Les journaux Ecossais et Anglais mettent une grande affectation à répéter que le Prince royal de Prusse est très anti-russe, et que son fils partage ses sentiments. Midi C'est sans le Prince Gortschakoff qui défraye ces journaux. Je persiste dans mon avis. J’ai été accoutumée à voir et à subir de bien autres mensonges. Adieu. Adieu. G.

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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121 Val Richer Mardi 16 oct. 1855

Quest-ce que ce général Ere que le général Simpson, en donnant sa démission, recommande, dit-on, pour commander l’armée Anglaise ? C’est un nom que je n’ai jamais entendu prononcé. S'il est vrai que le général Simpson ait donné sa démission, c’est une grande faiblesse de sa part, à moins que lui- même il ne se sente incapable. Il se retirerait devant les attaques du Times. Je suis de plus en plus frappé de cette faiblesse générale, en Angleterre devant les journaux. Les plus hardis restent pour faire ce que les journaux veulent ; les timides se retirent. Washington aussi souffrait des injures des journaux ; mais au lieu de l’intimider, elles l'irritaient et il n’en était que plus obstiné dans son propre jugement. Seulement cette invitation lui rendait la vie publique désagréable, et lui aussi, il aspirait à la retraite. C'était là sa faiblesse. Mais il ne se retirait qu'après avoir vaincu. Je ne connais pas de meilleur exemple pour les hommes de notre temps que celui de Washington ; il servait une grande société démocratique, mais il la servait avec autant d’indépendance que de fidélité, un aristocrate honnête et fier, n'ayant et ne faisant point d'autres affaires, que celles du peuple, mais décidé à les faire toujours, selon son bon sens, non selon la fantaisie populaire. Sinon, non.Seule situation digne, auprès des peuples comme des rois. Et aussi la seule efficace, quoiqu’elle ne le soit pas toujours.
Je ne comprends pas Lord Cowley, avec ses compatriotes. A moins qu’il n’y ait de leur part à eux, c’est-à-dire de la part de la plupart pas plus d'envie de le voir, lui, qu’il n'en a de les voir, et d'aller à la cour que lui de les y mener. S'ils le voulaient bien ils le feraient vouloir à Lord Clarendon, qui le ferait vouloir à Lord Cowley.
Combien de temps peuvent durer encore les opérations de guerre en Crimée ? A en juger par le grand nombre de troupes qu’on y envoie, il faut qu’on croit pouvoir agir. encore pendant deux ou trois mois. Si on était sur le point de prendre des quartiers d'hiver on ne se presserait pas tant de faire partir tant de régiments pour aller les prendre en Crimée, où ils sont infiniment plus chers. Je me figure qu’il y aura encore de grands coups ports ou tentés avant qu’on se repose.
Je serais assez curieux de savoir s’il se trouvera une compagnie sérieuse pour faire le chemin de fer que propose la Porte, de Belgrade à Constantinople. C'est l’Autriche qui y gagnerait le plus ; mais elle n’a pas d'argent à jeter là.

Onze heures
Merci de vos renseignements très précis. Je vais répondre au Vanderstraten que je ne connais pas. Adieu, adieu. G.

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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122 Val Richer Mercredi 17 Oct. 1855

L’article d’hier dans les Débats sur l'opposition qui essaye de s'organiser en Angleterre n’est pas bon ; il ne faut pas malmener le futur parti conservateur, ni désespérer de son avenir quelque éloigné que puisse être l'avenir, et quelque incohérents que soient aujourd’hui les éléments du parti. Les reproches sont vrais ; mais on peut faire des reproches avec bienveillance et en servant, ou avec malveillance et en nuisant. Du reste l'article ne m'étonne pas voyant la signature John Lemoinne est un honnête garçon et de beaucoup d’esprit mais de peu de cervelle et qui aime par dessus tout la nouveauté, le mouvement et le bruit.
Il me semble que les violences du Times, contre la Prusse ont amené un peu de réaction, je vois qu’on dément les brutalités de Sir Alexander Malet. Elles sont probablement très vraies, mais le démenti n'en vaut que mieux.
Les Turcs n'ont décidément de bonheur, que lorsqu’ils sont tout seuls en face de vous et vous, on dirait que vous les ménagez, et que vous ne voulez pas, même en vous battant, vous brouiller sans retour avec eux.
Soyez assez bonne pour remercier, de ma part, M. de Moltke d'avoir dissipé mon ignorance. Si j'étais Danois, je ne comptais pourtant guère sur ce que fera le Prince Ferdinand quand il sera roi ; il fera comme les autres ; il donnera ou acceptera au constitution, en tâchant de s'en tirer au meilleur marché possible. Les Rois ne sont aujourd’hui, ni fous, ni braves.
Avez-vous fait attention aux derniers document publiés à Turin et reproduits à Paris sur la tentative d'alliance contre vous, et dans l’intérêt de la Turquie, avant 1789 ? Ils font honneur à l’intelligence Piémontaise. L’analogie des situations est singulièrement frappante. Seulement était alors la France qui prenait l’initiative, dans un intérêt Français ; et l'Angleterre s'y refusait, tenant plus de compte de l’intérêt anglais d'alors que de l’équilibre Européen. La France a été plus désintéressée. aujourd’hui.

Onze heures
La cloche du déjeuner sonne. Adieu, adieu.

Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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122 Paris le 17 octobre 1855

Absolument rien de nouveau à vous dire. J’ai encore revu Morny hier plein de sens. Il n’a pas vu l’Empereur encore. Il le verra demain. Il est très frappé du progrés des idées rouges en France. Frappé au point d’en être inquiet bien content de la grossesse. J’ai passé ma soirée, hier tout-à-fait seule. C’est rare et je suis bien aise que ce soit rare. Mad. Thiers allait mieux Je crains que la vieille Montebello n’aille plus mal. Il n’est pas venu hier. L’événement de Paris étonne tout le monde. Adieu. Adieu.

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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123 Val Richer Jeudi 18 Oct. 1855

Je suis bien aise que Morny soit revenu. Il vous plaît, et il vous tient au courant. Je voudrais qu’il eût plus d'influence dans les affaires ; elles seraient conduites plus sensément.
Nous verrons si le scandale de Jersey amènera de la part du gouvernement Anglais, quelque mesure efficace. Les honnêtes gens ont quelquefois des peurs auxquelles le gouvernement ne doit pas croire ; mais il a toujours tort quand il ne donne pas satisfaction à leurs indignations honnêtes. C'est la propre cause et son propre honneur qu’il abandonne. Je ne m'étonne ni de la question posée, par Cowley quand Drouyn de Lhuys est revenu de Vienne, ni de la réponse. C’est l’Angleterre qui profite de la guerre, et la France ne se séparera point d'elle. Je n’entrevois toujours pas plus d’issue. On fera de Nicolajeff, un second Sébastopol, et il faudra encore dire après ?
J’ai un petit fils de 3 ans et demi qui est très guerrier, et très anti-russe ; il était très décidé à prendre Sébastopol ; quand je lui ai dit qu’il était pris : " Eh bien j'en prendrai un autre !" C'est toute notre politique.

Onze heures
Ni moi non plus, je n’ai rien de nouveau à vous dire. Adieu, Adieu. G.

Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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123. Paris jeudi le 18 octobre 1855

J’ai vu hier Fould. Son langage. me plait beaucoup. Il n'est pas question d’étendre la guerre, certainement pas. Si on nous prend la Crimée ce sera pour nous la rendre. Il croit toujours pouvoir répon de que la paix se fera avant Je ne devine pas 6 mois. comment on s’y prendra pour cela. Mais la disposition est bonne.
Fould a rencontré ici Dumon arrivé d’hier. Il a toujours de plaisir. beaucoup à le voir. Ils ont beaucoup causé surtout Ce qui ne m’intéresse pas. Agriculture, canaux, chemin de fer.
On a trouvé le spectacle à St Cloud avant hier très amusant, mais très leste. Les premières armes de Richelieu. Cela semble un épigramme à l’adresse du duc de Brabant. Je ne crois pas à l’intention. Je ne connais pas la pièce, je vais Du reste les la lire. Augustes visiteurs plaisent & se plaisent beaucoup ici.
Nouvelle lettre de Greville bien persuadé que les Français resteront à Constantinople quoiqu'il arrive, & trouvant la paix surtout difficile pour que les alliés ne pourront pas s’accorder entre eux. C’est un côté nouveau de la question ! Il me dit aussi la retraite de Reeve, et tonne contre Le Times à quoi cela sert il ? Adieu. Adieu.

Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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124. Paris le 19 octobre 1855

Rodolphe Appony vient d’arriver, sans sa femme. Il vient s’amuser à Paris, il est ministre à Munich. J’ai été bien contente de le revoir. Il a trouvé chez moi Hubner. qu’il n’avait pas vu encore. & qui ne m’a pas paru très ravi de son arrivée. Il a peur de tout le monde & qu'on n'en veuille à son poste. Le fait est que Rodolphe l'aura certainement un jour. Je l’ai très bien accueilli, mieux que n’a fait Constantin qui a été très froid pour lui à une rencontre je ne sais où.
Lundhurst était chez moi hier aussi, très entrain de la paix, voulant absolument. trouver des moyens. Avide de causer avec de bons causeurs bien pressé de vous voir vous, Broglie, Molé. Il sera trés utile d’avoir Lundhurst dans la bande pacifique lui aura le courage de parler, car tout le monde du reste me semble poltron en Angleterre. Adieu parce que je n’ai rien de plus.

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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124 Val Richer, Vendredi 19 oct. 1855

Si les rouges étaient corrigibles, l’arrêt de la cour d’Angers leur serait une nouvelle leçon ; en voilà quatre envoyés à Nouka Hiva. Mais ils sont incorrigibles ; les châtiments individuels sont aussi insuffisants que nécessaires. Le mal est trop étendu, et trop profond pour être guéri par quelques exemples. Il n’y a que le bon gouvernement et sa longue durée, et les régions supérieures de la société bien unies et résistant de concert qui puissent en venir à bout, si Dieu veut qu’on en vienne à bout. Quoique je fasse bien loin, il y a dix ans, de prévoir ce qui est arrivé, j’ai souvent dit au Roi que nous ne faisions que de la médecine de bonnes femmes.
Les honnêtes gens de Jersey font très résolument leur devoir. Je suis curieux de voir si le gouvernement anglais fera le sien. Toute alternative, tantôt les honnêtes gens manquent au pouvoir, tout le pouvoir aux honnêtes gens.
Je suis frappé de ces officiers Français enlevés par des brigands à la porte du Pirée. C'est pis que les brigands dans les Etats du Pape. La Grèce n’est pas en meilleur état que la Turquie, et le résultat de la guerre d'Orient pourrait bien être une occupation permanente d'Athènes comme de Constantinople. Voilà deux rayaumes dont l'Europe proclame, et poursuit depuis trente ans, l’intégrité et l'indépendance.
On me dit qu’il y a plus de monde à Paris, dans le moment-ci que jamais ; surtout des provinciaux de France, ce qui ne vous est bon à rien. On s'empresse pour voir encore l'exposition. Il me semble qu'à tout prendre, après avoir commencé par a failure, elle finit par un succès.
Je vous quitte pour aller faire un tour de jardin. Il fait un temps admirable, après trois semaines de pluie. Je voudrais que les jours que je passerai encore ici fussent beaux. J’irai peut-être en passer quelques uns à Broglie. Je me propose d'être à Paris le lundi 12 novembre. Qu'il y ait ou qu’il n’y ait pas d'événements d’ici là, nous causerons abondamment.

Onze heures
Je voudrais bien croire au sérieux et à l'efficacité des bonnes paroles que vous me répètez ; mais je n'y crois pas. Adieu, adieu.

Auteurs : Guizot, François (1787-1874)
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125 Val Richer, samedi 28 oct. 1855

Vous m'avez dit il y a quelque temps, si je ne me trompe que la Duchesse de Sutherland devait venir à Paris. Il est-elle en effet et sinon, pouvez-vous me dire ou elle est ? Je voudrais lui écrire pour lui demander quelques renseignements sur une comtesse de Carliale, femme d’esprit et très intrigante, que je trouve mêlée à tout sous Charles 1er, Cromwell, et Charles II. J’ai envie de savoir s'il existe, sur elle, quelque Vie imprimée, ou s'ils ont à son sujet, quelques papiers de famille. Je connais plus la Duchesse de Sutherland que Lord Carlisle, et je crois qu’elle prendrait quelque soin de mon désir.
Je ne puis croire à l’épigramme contre le Duc de Brabant de toutes les épigrammes, elles là sont celles qui se pardonnent le moins. Je crois plutôt au défaut de bon goût et à d'inadvertance ; faute très commune dans le choix des spectacles de cour. Au château d’Eu, le roi voulait un jour devant la Reine Victoria, le Minuit d'Arnal la Reine Amélie ne voulait pas, trouvant Minuit peu convenable. Je ne connais ni l’une ni l’autre pièce ; il me semble que Les premiers armes de Richelieu doit beaucoup surpasser Minuit.
Tout le monde, excepté vous, restera à Constantinople. Greville a raison ; les alliés auront grand peine à s'accorder pour la paix. Quand une guerre n’a plus qu’un objet vague et qu’on s’est promis. " Point de conquête", comment s'entendre pour la finir ? Il n’y a point de parti à donner à chacun.
A en juger par l'article du Times, les mesures du cabinet anglais contre les Jacobins de Jersey se borneront, quant à présent, à une menace, on ne les expulsera que s'ils recommencent. Ils recommenceront et on ne les expulsera pas.

Onze heures
J'arriverai à Paris, le 12, comme je vous l’ai dit hier. Je serai charmé de causer avec Lord Lyndhurst. Pourquoi donc s’est-il engagé si avant dans la mauvaise politique ? Adieu, Adieu.

Auteurs : Benckendorf, Dorothée de (1785?-1857)
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125 Paris le 20 octobre 1855

Je viens de recevoir une lettre de Constantin de Nikolaef. L'Empereur l'envoye en Crimée, pour y faire la campagne d'automne. Il me demande pardon du passé. Il me recommande sa femme et ses enfants. Ses paroles sont affectueuses. Simples, tristes. Je suis touchée, Alexandre me mande de Berlin que Louise est bouleversée dans cette nouvelle. Elle ne veut pas que mon fils la quitte. Constantin reste auprès d’elle. Il promet d’être à Berlin pour l'hiver. si... Ah, cette maudite guerre.
J’ai vu hier Morny. Il était fort content de l'accueil qui lui a été fait à St Cloud. L'opinion commence à s’établir que c’est nous qui ne voulons pas de la paix et c’est vrai, tout ce que j’apprends indirectement de Russie le confirme. J’étais sûre que vous seriez passé quelques jours chez le duc de Broglie. Lord Brougham est arrivé, il est venu me voir, je l'ai manqué. Madame Thiers est hors de danger. La mère de Montebello ne quitte plus le lit. Il ne veut plus la quitter le soir. Je suis très seule. Un peu Dumon, depuis deux jours. Adieu. Adieu.
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