La correspondance inédite du géomètre Gaspard Monge (1746-1818)

La correspondance inédite du géomètre Gaspard Monge (1746-1818)


108. Monge à sa femme Catherine Huart


Auteur : Monge, Gaspard
Collection : 1796-1797 : Première mission en Italie, La commission des sciences et des arts Prairial an IV - vendémiaire an VI  - Voir les autres notices de cette collection

Transcription & Analyse

Transcription linéaire de tout le contenu :
Rome, le 11 messidor de l'an V de la République française une et indivisible
 
Me voilà, ma chère amie, de retour de Naples, fort content d'avoir vu un pays de tout temps recommandable par la richesse de ses productions et le bonheur de ses habitants, mais, comme tout est compensé dans ce monde, le voisinage du Vésuve est un grand rabat-joie et le cœur saigne quand on voit un sol qui n'est composé que de laves, que de terres lancées par les différents volcans ou entraînées depuis par les eaux.[1] La ville de Pompéi avait été comblée jusqu'au-dessus du premier étage par cette lave lancée dans une explosion du Vésuve ; il ne devait rester que les toits et les cheminées au-dessus du nouveau sol et la plupart des habitants avaient fui ou avaient été ensevelis, et vraisemblablement le lieu fut abandonné pendant longtemps. Tout ce qui restait au-dessus de la terre a été détruit à la longue et sur cette ville antique on recueillait l'excellent vin de Lacrima Christi. En fouillant cette terre on a retrouvé la ville antique, garnie de tous ses meubles, et aujourd'hui l’on se promène dans quelques-unes de ses rues dont toutes les parties qui avaient été enterrées sont encore très bien conservées.[2] Les rues sont pavées comme l'étaient les grands chemins de ce temps-là ; elles ont leurs deux petits trottoirs pour les piétons, et l'on va de porte en porte considérer les maisons de ces anciens Romains. On y voit leurs boutiques, la manière dont ils fermaient leurs portes ; dans les unes, on voit encore les gonds, dans les autres on voit les rainures dans lesquelles on glissait les planches qui fermaient les boutiques. Sur les murailles, on aperçoit encore des écriteaux dont quelques-uns sont en écritures majuscules et faites posément et dont quelques autres sont en écriture courante, dont la forme est beaucoup plus allongée que celle de la nôtre. Les maisons de tous les petits bourgeois étaient proprement décorées de peintures à fresque dont la plupart subsistent encore, et dont les plus belles ont été portées dans le Muséum de Portici, maison royale qui est sur la route de Naples.[3] Les maisons des gens plus aisés sont toutes pavées de mosaïque plus ou moins recherchée suivant la richesse du maître, et suivant que les pièces lui étaient plus particulièrement destinées. Après avoir passé un vestibule, on entre ordinairement dans une cour, petite, environnée d'une galerie couverte et dont la couverture était portée par des colonnes qui subsistent encore ; sur cette galerie s'ouvraient les portes des différentes chambres, n'ayant aucune communication entre elles et qui avaient différentes destinations. L'une était la salle des ancêtres où l'on tenait les statues et les images de la famille. Les autres étaient pour les maîtres, d'autres pour les esclaves ; toutes joliment pavées en mosaïque, et peintes suivant leur destination. La cour était pavée de marbre blanc avec des trous au milieu pour verser l'eau de la pluie dans une citerne qui était au-dessous ; et autour de la cour, entre les colonnes étaient de petites margelles en marbre proprement sculptées et d'une seule pièce, par lesquelles on puisait l'eau dans la citerne. Quelques maisons de familles plus opulentes ou plus nombreuses ont deux et même trois cours faites de cette manière ; et alors les murs de la galerie sont tous peints à fresque et ces peintures qui sont encore en place sont pour la plupart très jolies. Ce sont des fruits, du gibier, des préparatifs de cuisine ; dans les appartements ce sont souvent des petits amours; et dans l'appartement de travail du maître, ce sont des philosophes qui lisent, ou des militaires armés et prêts à combattre.
Devant la porte, sur le bord du trottoir, on voit les trous dans lesquels on passait la corde pour attacher le cheval, le mulet ou l'âne pendant que le maître s'arrêtait à la maison.[4]
Nous sommes entrés chez un de ces anciens Romains qui était marbrier. Sa maison était fort propre et on voit dans un coin de la cour, qui est aussi élégante que celle que je viens de décrire, la pierre de grès soutenue grossièrement par deux autres blocs, et sur laquelle il dressait et usait ses marbres. Comme cet ustensile n'a pas de valeur, on l'a laissé en place,[5] et si j'en avais eu le temps, j'aurais pu faire là l'apprentissage du métier de marbrier en mosaïque.[6]
Dans la grande rue, on voit une grande salle qui n'avait d'autre attenance que des commodités; elle est encore bien pavée en mosaïque, et bien incrustée en marbre blanc à hauteur d'appui, le reste de la muraille était peint à fresque. On croit que c'était le lieu de l'école publique qui était toute ouverte par devant, en sorte que les leçons se donnaient presque devant tout le monde.[7]
On voit plus loin une hôtellerie dont l'enseigne était sculptée sur la porte d'entrée. C'est un priape. Elle ne devait pas être très commode.
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Relations entre les documents


Collection 1772-1793 : La correspondance de Monge, correspondant et membre de l'Académie des sciences

        DSC04825.JPGMonge à Vandermonde [juillet 1783]
        relation ce document

Collection 1795-1796 : Les débuts de l’École polytechnique. Fin de la Convention et premiers mois du Directoire. Thermidor an III - pluviôse an IV

       
3. Monge à son gendre Nicolas-Joseph Marey
        a pour thème Phénomènes naturels comme ce document

Collection 1796-1797 : Première mission en Italie, La commission des sciences et des arts Prairial an IV - vendémiaire an VI

        Gaspard-Monge-116-4.JPG107. Monge à sa femme Catherine Huart
        a pour thème Monge pédagogue comme ce document
       
9. Monge à sa femme Catherine Huart
        a pour thème Monge pédagogue comme ce document

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Notice créée par Marie Dupond Notice créée le 12/01/2018 Dernière modification le 20/02/2020