La correspondance inédite du géomètre Gaspard Monge (1746-1818)

La correspondance inédite du géomètre Gaspard Monge (1746-1818)


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98. Les Commissaires au commandant et à l'ordonnateur de la marine de Toulon


Auteur : Monge, Gaspard
Collection : 1796-1797 : Première mission en Italie, La commission des sciences et des arts Prairial an IV - vendémiaire an VI  - Voir les autres notices de cette collection

Transcription & Analyse

Transcription linéaire de tout le contenu :
À Rome, le 6 prairial de l'an V de la République française
 
Citoyen général[1] et citoyen ordonnateur[2],
 
Les objets d'arts qui formeront le trophée de la brave armée d'Italie défilent déjà de Rome. Ils composent cinq convois dont nous dirigeons quatre sur le port de Livourne, où ils seront embarqués pour être transportés sur le territoire de la République.[3] Le premier de ces convois est sur le point d'arriver à Livourne ; le second est déjà sur les frontières de la Toscane; le troisième se mettra en route dans huit jours ; le quatrième le suivra 15 jours après[4] ; enfin, le cinquième, pour lequel nous réservons les objets dont le poids ne permet point de les transporter par terre, restera ici en dépôt, tout encaissé et cacheté, pour être embarqué sur le Tibre lorsque la paix ou d'autres circonstances le permettront. C'est déjà beaucoup, citoyens, d'exposer des objets aussi précieux aux périls de la mer ; il faut au moins les mettre à l'abri de tout danger de la part de la guerre, et il est absolument nécessaire que nous ayons recours à votre zèle pour assurer le transport de Livourne à Toulon ou à Marseille[5] au moyen d'escortes suffisantes, soit que vous chargiez de cette mission des bâtiments de guerre qui n'auraient dans la Méditerranée que la destination vague de faire respecter le pavillon, soit que vous y envoyez des frégates avec cette mission spéciale.
Privés, pour ainsi dire, de toute communication avec la France, nous ne connaissons point les forces dont vous pouvez disposer pour cela ; nous ne pouvons que vous instruire de l'état des choses et les recommander ensuite à votre zèle, en vous représentant combien il importe que les statues et les tableaux de Rome soient promptement rendus dans un de nos ports et que les inquiétudes du gouvernement et des amis de la République soient calmées.
Les caisses qui seront déposées à Livourne seront sous la surveillance de notre consul[6]; ainsi ce serait avec lui qu'il faudrait vous concerter, afin qu'il disposât dans le cas où vous trouveriez convenable de prescrire de la rapidité dans les opérations. Quant à celles qui resteront à Rome et qui pourront y attendre les circonstances favorables, elles seront après notre départ sous la surveillance de notre ministre.[7] Les objets d'arts qui seront dirigés sur Livourne y seront portés sur environ cinquante chariots construits à ce dessein, et qui pourront ensuite servir à les transporter jusqu'à Paris. Ainsi, il faudra embarquer sur les mêmes bâtiments de transport, et les caisses et les chariots, dont les parties seront numérotées pour pouvoir être assemblées facilement.
Comme le chargement de la plupart de nos caisses est très élevé sur leurs chars, qui par là seraient exposés à verser dans les mauvais chemins depuis Toulon jusqu'à Lyon, et parce qu'il est d'une importance extrême d'éviter toute secousse à des objets aussi précieux, aussi fragiles, et dont la perte serait irréparable, nous vous prions de considérer s'il ne serait pas plus avantageux que les mêmes bâtiments qui auraient chargé le convoi à Livourne le conduisent dans le Rhône jusqu'à Arles, où on les passerait à bord de bâtiments de rivière, que l'on remonterait ensuite jusqu'à Chalon-sur-Saône.
Arrivé là, on pourrait le recharger sur les chars pour le conduire à sa destination. Si cette opération était praticable, elle serait économique, car il faut près de 700 bœufs pour tirer ce convoi par terre ; et l'on aurait de la peine, dans les départements méridionaux, à nourrir un aussi grand attelage, qui peut rarement faire plus de deux lieues par jour. Vous pourriez même, citoyens, vous assurer s'il serait possible de rassembler à Arles des bateaux qui puissent entrer dans le canal de Chalon, descendre ensuite la Loire, puis prendre le canal de Briare et descendre enfin sur la Seine à Paris. Dans ce dernier cas, on pourrait vendre les chars à Livourne ou à Toulon, ce qui diminuerait de près de moitié le chargement ; personne n'est plus en état que vous, citoyens, de savoir ce que ces observations ont d'avantageux et de praticable; et le parti que vous prendrez à cet égard sera certainement le meilleur. Nous ne pouvons mieux faire que de vous prier de nous aider dans le reste de notre mission, pour lequel vos lumières et votre zèle nous sont absolument nécessaires.
Depuis l'arrivée à Toulon des tableaux de l'Italie supérieure, nous n'en avons eu aucune nouvelle ; ils ne sont pas parvenus à Paris, car les papiers publics en auraient fait mention; le citoyen Escudier avait cependant les fonds nécessaires pour ce transport.[8] Nous vous prions de nous informer de ce qu'ils sont devenus ; et s'ils sont encore à Toulon, de vouloir bien les faire placer de manière que l'humidité ne pût pourrir les toiles des tableaux les plus précieux, roulés en grand nombre les uns sur les autres, et que la grande chaleur ne pût les altérer. Il serait bien nécessaire que ces objets qui sont dans une position qui peut les faire souffrir, pussent arriver bientôt entre les mains des artistes habiles dont ils avaient déjà le plus grand besoin avant l'épreuve à laquelle nous les soumettons.
Salut et fraternité.
                                       Monge   Moitte   Berthélemy[9]
 
P.S. Les chars que nous envoyons à Livourne sont, l'un portant l'autre, charges comprises, environ du poids de 12 milliers chacun ; ainsi, le poids total du chargement sera à peu près de 300 tonneaux. L'encombrement ne laissera pas que d'être assez considérable, à cause des chars qui ne s'arrimeront pas même aussi bien que des affûts d'artillerie. Mais un renseignement qui vous est indispensable, c'est que plusieurs de nos caisses ont près de 7 pieds dans leurs petites dimensions, et que les bâtiments doivent avoir des écoutilles capables d'admettre ce volume. Quant au 5e convoi, qui restera à Rome, nous ne pourrons vous adresser les renseignements analogues que quand il sera encaissé.
Nous vous prions de faire part de ces dispositions au ministre de la marine[10], à qui l'empressement que nous avons de profiter du courrier d'Espagne ne nous permet pas d'écrire.
 
 

[1] ?  ( ?- ? ),  il s’agit du commandant d’armes de Toulon avant la nomination de Jean de VENCE après le 18 fructidor an V.

[2] Antoine GROIGNARD (1727-1799). [ ? ]

[3] Sur les convois des objets saisis à Rome voir les lettres n°77, 81, 92, 94, 95, 100, 102, 109, 110 et 115.

[4] Monge indique des délais différents au ministre des relations extérieures. Voir la lettre n°100.

[5] Les convois seront dirigés vers Marseille voir les lettres n°121 et 122.

[6] Charles-Godefroy REDON DE BELLEVILLE (1748-1820). Voir les lettres n°103 et 114.

[7] François CACAULT (1743-1805)

[8] ESCUDIER, Jean-François (1759-1819). Sur le convoi des tableaux de Lombardie, voir lettres n°41, 42, 48, 77, 81, 92 et 109.

[9] Jean-Guillaume MOITTE (1746-1810) et Jean-Simon BERTHÉLÉMY (1743-1811).Thoüin est entre Pise et Livourne. Voir les lettres n°94 et 100. Tinet conduit le deuxième convoi de Rome à Livourne (voir la lettre n°100) et Berthollet est à Venise (voir la lettre n°99).

[10] Laurent TRUGUET (1752-1839).

Relations entre les documents

Collection 1796-1797 : Première mission en Italie, La commission des sciences et des arts Prairial an IV - vendémiaire an VI

        Ce document a pour thème CSA- Italie (Convois) comme :
       
100. Les Commissaires au ministre des relations extérieures
       
109. Les Commissaires au Directoire
        121-2152_IMG.JPG 81. Monge à sa femme, Catherine Huart
       
99. Monge à sa femme Catherine Huart

Collection 1796-1797 : Première mission en Italie, La commission des sciences et des arts Prairial an IV - vendémiaire an VI

       
102. Les Commissaires aux administrateurs du Muséum des Arts
        a pour thème CSA- Italie (Convois) comme ce document
        117-1756_IMG.JPG110. Monge à sa femme Catherine Huart
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117. Monge au ministre des relations extérieures
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121. Les Commissaires au ministre Faipoult à Gênes
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41. Les commissaires au ministre des relations extérieures
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        121-2108_IMG.JPG42. Monge à sa femme Catherine Huart
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        121-2118_IMG.JPG48. Monge à sa femme Catherine Huart
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        53_280197_4_IMG.JPG53. Monge à sa femme Catherine Huart
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77. Monge au Conseil de l'École polytechnique
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92. Les Commissaires au ministre des relations extérieures
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94. Les Commissaires au ministre des relations extérieures
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        121-2162_IMG.JPG95. Monge à sa femme Catherine Huart
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114. Les Commissaires au ministre des relations extérieures
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123. Les Commissaires à Bonaparte
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Collection 1798 : Seconde mission en Italie Institution de la République romaine et préparation de l’expédition d’Égypte Pluviôse – prairial an VI

       
184. Monge à Bonaparte
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Autres relations :
  • Sur le convoi des tableaux de Lombardie, voir lettres n°41, 42, 48, 77, 81, 92 et 109.
  • Sur les convois des objets saisis à Rome voir les lettres n°77, 81, 92, 94, 95, 100, 102, 109, 110 et 115.
  • Sur les convois dirigés vers Marseille voir les lettres n°121 et 122.
Notice créée par Richard Walter Notice créée le 12/01/2018 Dernière modification le 11/05/2019