La correspondance inédite du géomètre Gaspard Monge (1746-1818)

La correspondance inédite du géomètre Gaspard Monge (1746-1818)


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20. Monge à sa fille Louise


Auteur : Monge, Gaspard
Collection : 1796-1797 : Première mission en Italie, La commission des sciences et des arts Prairial an IV - vendémiaire an VI  - Voir les autres notices de cette collection

Transcription & Analyse

Transcription linéaire de tout le contenu :
Rome le 16 thermidor de l'an VI de la République
 
Tu te plains, ma bonne Louise, de ne jamais savoir où nous adresser vos lettres. Mais, ma bonne, tu n'as pas besoin de le savoir ; envoyez-les chez le citoyen Carnot ; il aura la complaisance de nous les faire parvenir.[1] Oui, je savais que le boutre dont tu me parles devait arriver[2] ; l'objet du citoyen Forfait[3] en le construisant était de remonter la Seine du Havre à Paris à voiles et sans le secours des chevaux. Ce qui rendrait le transport plus économique, et pour cela il faut des ancres pour mouiller au milieu de la rivière si le cas est nécessaire, et cela doit l'être assez souvent. Pour sortir du Havre et rentrer dans la rivière, tu sais qu'il faut un peu gagner le large. En temps de guerre, pendant cette manœuvre, on peut être attaqué par un corsaire ; il faut pouvoir se défendre ; il le faut de même en descendant pour rentrer au Havre ; il faut donc des canons. En temps de paix, il laisserait les canons à l'arsenal et il embarquerait une plus grande charge. Tu vois donc que Forfait n'a pris que les précautions nécessaires. Et puis, quand la paix sera faite sur le Continent, n'aurons-nous pas encore la guerre à faire avec l'Angleterre. Ne faudra-t-il pas s'occuper de la marine ; ne faudra-t-il pas que cette ville de Paris s'en occupe ? Ce sera bien assez qu'alors Mr Roederer dise dans son Journal de Paris[4] que Paris est central et ne doit pas s'occuper plus de la marine que de toute autre branche du gouvernement ; que c'est une faveur accordée aux villes maritimes aux dépens des autres parties de la République.

Adieu, ma chère amie ; si je vais à Naples, j'y achèterai des cordes pour harpe pour toi ; et si je ne dois pas y aller, je les achèterai ici avant que partir d'ici.[5] Fais mes compliments à Marey, à ta sœur[6] et toute notre société.

[1] Monge entame la lettre à sa fille sur le même ton qu’elle. Le 8 messidor an IV [26 juin 1796]. Louise écrit à son père : « Tu nous dis de t’écrire dans ta dernière [lettre n°9], mon cher papa, et tu oublies de nous dire où, ce qui est fort mal […][.] »  Louise n’est pas d’un tempérament facile. Cela apparaît aussi dans une lettre lorsqu’elle cherche à justifier la brièveté de ses lettres le 26 thermidor an IV  [13 août 1796] : « Il est cependant ennuyeux, mon cher papa, de toujours t’écrire sans que tu reçoives jamais de nos nouvelles. Je t’assure que cela rétrécit très fort mes idées. Dans mes premières lettres je te faisais de grandes narrations de nos victoires mais comme je pourrais tout aussi bien perdre mon temps aujourd’hui qu’à l’ordinaire je me bornerai à te dire en deux mots que je t’aime de tout mon cœur. » Le caractère de Louise est ce que qui la distingue de sa sœur Émilie comme Catherine le souligne alors qu’elle en donne des nouvelles à son père le 27 thermidor an IV [14 août 1796] : «  Elle est plus aimable à mon égard, c’est une autre tournure que ma chère Émilie ; mais qui a bien son mérite. » Marey fait un portrait de Louise en soulignant la force de ses liens avec son père dans sa lettre de Nuits le 15 prairial an V [3 juin 1797] : « Il ne me reste plus qu’à vous parler d’un objet bien cher à votre cœur de votre chère Louise qui ne réclame qui ne voit qui ne respire que son papa. Il n’est pas dans mon caractère de flatter qui que ce soit en dépend de la vérité, mais je puis vous dire sans craindre de vous donner de la vanité que vous avez de charmants enfants qui vous sont bien attachés. Deux fruits de l’excellente éducation que vous leur avez donné. Louise a quelques irrégularités de caractère très bien rachetées par une sensibilité exquise et mille autres qualités, [elle] est une des intéressantes citoyennes que je connais. Nous sommes en correspondance suivie au sujet de quelques disputes polémiques qui [ ? ] entre nous ; elle soutient sa cause avec toute la grâce et l’esprit imaginable et j’ai beaucoup de plaisir à m’entretenir avec elle. » Voir les lettres n°4 et 14. Louise, elle-même, affirme son goût pour la politique. Voir la lettre n°118.

[2] Louise écrit le 8 messidor [an IV] [26 juin 1796]. « Il est arrivé ici depuis huit jours un lougre de quatorze canons à deux mats qui fait l’admiration de tout Paris, il est chargé de farine et vient de Rouen. Nous supposons qu’on l’a fait descendre jusqu’ici pour montrer aux Parisiens ce que c’est qu’un bâtiment à deux mats car il n’est d’aucune nécessité d’être armé sur la Seine de quatorze canons, d’avoir des voiles et des mâts pour être traîné par des chevaux et des ancres et amarré au garde-fou d’un pont. » Louise cherche à maintenir dans sa correspondance le type d’échange que son père aime entretenir avec elle.  

[3] Pierre-Alexandre-Laurent FORFAIT (1752-1807), ingénieur-hydrographe de marine. En 1794, il étudie et réalise une péniche à voile, destinée à ravitailler Paris, munie d'une mâture rabattable. Il est membre de l'Institut national en février 1796, et produit un « Mémoire sur la navigation de la Seine ». La même année il est chargé par le Directoire d’explorer le cours de la Seine depuis Le Havre jusqu’à Paris afin d’examiner la possibilité de remonter avec des navires d’une certaine dimension, possibilité qu’il prouva en venant mouiller au bas du Pont Royal. En tant qu’examinateur et ministre de la marine, Monge doit bien connaître les travaux de l’ingénieur. Monge précise à sa fille les qualités de cette nouvelle forme de navire, en définissant clairement son objet et sa spécificité. Cette lettre permet d’apprécier la nature pédagogique des échanges entre Monge et sa fille Louise. Chez Monge se confondent le père et le professeur. Sur ses rapports avec les enfants et les jeunes gens, voir les lettres n°9, 13, 14, 48, 171 et 173.

[4] Voir la lettre n°19. Pierre-Louis ROEDERER (1754-1835) achète en janvier 1795 la moitié des actions du journal à Corancez pour la somme de 73 000 francs. Roederer en reste propriétaire jusqu’en 1811. C’est d’ailleurs grâce à un prêt de Bonaparte que Roederer effectue son acquisition.  (CHAPPEY J.-L. (2003),  « Pierre-Louis Roederer et la presse sous le Directoire et le Consulat : l'opinion publique et les enjeux d'une politique éditoriale. In: Annales historiques de la Révolution française. N°334, pp. 1-21. p. 1. Voir aussi LENTZ T. (1994), « La presse républicaine modérée sous la Convention thermidorienne et le Directoire : Pierre-Louis Roederer, animateur et propriétaire du Journal de Paris  et du Journal d’économie publique », Revue historique, CCXCII/2, pp. 297-313.)

[5] Louise joue de la harpe. Voir la lettre n°4. Elle écrit à son père le 8 messidor [an IV] [26 juin 1796] : « […] j’ai une commission très intéressante à te donner, qui est de me rapporter des cordes de Naples [.] L’Italie et Naples principalement, [sont] fort renommée[s]pour les cordes de harpe et mon oncle m’a chargée de te dire de m’en rapporter depuis la plus grosse jusqu’à la plus fine tant rouge, que bleue, et blanche. ». Voir les lettres n°39, 66, 81 et 95.

[6] Nicolas-Joseph MAREY (1760-1818) et Émilie MONGE (1778-1867).

Analyse : Verso de la lettre à Catherine Huart du même jour.

Relations entre les documents

Collection 1796-1797 : Première mission en Italie, La commission des sciences et des arts Prairial an IV - vendémiaire an VI

        Ce document a pour thème Monge pédagogue comme :
        120-2077_IMG.JPG 13. Monge à sa femme Catherine Huart
        121-2118_IMG.JPG 48. Monge à sa femme Catherine Huart

Collection 1798 : Seconde mission en Italie Institution de la République romaine et préparation de l’expédition d’Égypte Pluviôse – prairial an VI

        Ce document a pour thème Monge pédagogue comme :
       
171. Monge à sa femme Catherine Huart
       
173. Monge à sa fille Émilie Monge

Collection 1795-1796 : Les débuts de l’École polytechnique. Fin de la Convention et premiers mois du Directoire. Thermidor an III - pluviôse an IV

       
4. Monge à son gendre Nicolas-Joseph Marey
        a pour thème Vie familiale comme ce document

Collection 1796-1797 : Première mission en Italie, La commission des sciences et des arts Prairial an IV - vendémiaire an VI

       
117. Monge au ministre des relations extérieures
        a pour thème CSA- Italie (Réception en France) comme ce document
       
24. Les commissaires du gouvernement français à la recherche des objets de sciences et arts au ministre des relations extérieures
        a pour thème CSA- Italie (Réception en France) comme ce document
        120-2074_IMG.JPG12. Monge à sa femme Catherine Huart
        a pour thème Campagne militaire (Italie) comme ce document
        Gaspard-Monge-116-4.JPG107. Monge à sa femme Catherine Huart
        a pour thème Monge pédagogue comme ce document
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        a pour thème Monge pédagogue comme ce document
        120-2069_IMG.JPG7. Monge à sa femme Catherine Huart
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9. Monge à sa femme Catherine Huart
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14. Monge à sa femme Catherine Huart
        a pour thème Vie familiale comme ce document
        120-2086_IMG.JPG25. Monge à sa femme Catherine Huart
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Collection 1798 : Seconde mission en Italie Institution de la République romaine et préparation de l’expédition d’Égypte Pluviôse – prairial an VI

       
161. Monge à sa femme Catherine Huart
        a pour thème Vie familiale comme ce document

Notice créée par Richard Walter Notice créée le 12/01/2018 Dernière modification le 14/10/2019