La correspondance inédite du géomètre Gaspard Monge (1746-1818)

La correspondance inédite du géomètre Gaspard Monge (1746-1818)


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15. Les commissaires au ministre des relations extérieures


Auteur : Monge, Gaspard
Collection : 1796-1797 : Première mission en Italie, La commission des sciences et des arts Prairial an IV - vendémiaire an VI  - Voir les autres notices de cette collection

Transcription & Analyse

Transcription linéaire de tout le contenu :
Florence, le 4 thermidor, an IV de la République
 
Citoyen ministre,[1]
 
Nos[2] opérations sont terminées pour toute la partie de l'Italie qui est en deçà des Apennins,[3] à l'exception de Mantoue, où deux d'entre nous ne manqueront de se rendre aussitôt que nous apprendrons qu'elle sera au pouvoir de la République.[4] Par les procès-verbaux de toutes nos opérations que nous vous adressons ci-joints, vous verrez que les lieux où nous avons recueilli des objets relatifs tant aux arts qu'aux sciences sont Milan, Crémone, Pavie, Parme, Modène, Bologne, Cento et Ferrare. De chacun de ces lieux, nous avons dirigé nos récoltes sur Tortone où elles sont actuellement toutes réunies, encaissées et emballées avec le plus grand soin sous nos yeux, la plus grande partie par nous-mêmes, et en état de souffrir sans danger le transport jusqu'à Paris.[5]

Le duc de Parme,[6] par son traité, devait fournir vingt tableaux[7] ; mais dans tous ses états nous n'en avons trouvé que quinze qui fussent dignes d'être placés dans le Muséum de la République, et nous nous sommes bornés à ce nombre dans lequel sont compris les quatre plus beaux tableaux du Corrège, tels que le St Jerôme et la Madonna della Scodella.[8]

Nous vous présentons ici le sommaire des principaux objets que nous avons rassemblés :
Tableaux de toutes grandeurs ......................................... 102
Dessins de grands maîtres ................................................ 16
Vases étrusques .................................................................. 4
Antiquités Patères, y compris celle dite Cospina ............... 2
Un fragment de pied antique
Un masque scénique en bronze
Éditions anciennes ........................................................……..313 volumes
Manuscrits antiques ......................................................……..528
Herbier de Haller[9] ..........................................................………60
Herbier d'Aldrovandi[10] .....................................................……..16
Figures manuscrites d'Aldrovandi ....................................…...17
Livres modernes de sciences ...........................................……76
Une collection des marbres de Sicile
Une collection des marbres de Sibérie
Une collection de pierres fines
La collection des substances volcaniques de Spallanzani[11]
Quatre beaux vases tant de cristal de roche que d'agathe

Un assez grand nombre d'autres objets d'histoire naturelle qui ne sont pas susceptibles d'être présentés d'une manière sommaire et une pépite d'or que nous n'avons pas encore expédiée et qui fera partie d'un autre convoi.
 
Dans la plupart des lieux que nous avons parcourus, les savants nous ont donné leurs ouvrages ; nous avons regardé ces présents comme des hommages faits à la république française, et nous les avons adressés à l'Institut national. Ces livres ne sont pas compris au nombre de ceux dont nous vous envoyons les procès-verbaux.[12]
Pour éviter que les différentes caisses ne fussent exposées à des transports inutiles d'un lieu dans un autre à Paris, nous avons cru devoir donner à chacune d'elles une destination particulière écrite sur la toile extérieure de l'emballage et sur la caisse elle-même. Nous avons adressé les tableaux, les dessins et les antiquités au Muséum des arts ; les éditions anciennes et les manuscrits à la Bibliothèque nationale ; les objets d'histoire naturelle au Jardin des plantes ; les livres modernes de sciences à l'Institut, et une caisse de machines de physique à l'École polytechnique.[13] Chaque destination a une suite de numéros commençant par un. Nous vous en envoyons ci-joints les états où nous vous avons indiqué les objets compris dans chaque caisse. Nous vous prions d'envoyer à chacun de ces établissements une copie de l'état qui le concerne.

Ce premier envoi étant trop précieux pour en abandonner la conduite à des agents qui n'en auraient pas connu tout le prix, ou qui n'auraient pas été capables de tous les soins qu'il exigera dans la route, nous avons cru nécessaire qu'un de nous en surveillât le transport jusqu'à Paris, et c'est le Cen La Billardière qui s'est chargé de cette mission. Il est rempli de zèle et est capable des soins les plus attentifs, et nous sommes pleins de confiance dans la manière dont il s'acquittera de cette fonction. Il nous a quitté à Bologne pour conduire l'envoi de cette dernière ville à Tortone, et accompagnera de là le convoi général jusqu'à Paris. Il doit vous donner avis de son départ de Tortone et des époques probables de son arrivée tant sur le territoire de la République qu'à Paris.[14]

Il serait très dangereux que les caisses qui transportent les tableaux sur parquet fussent exposées à être chargées et déchargées plusieurs fois en route. Nous avons regardé comme indispensable que le convoi chargé à Tortone fut conduit sur les mêmes voitures jusqu'à Paris, et qu'en conséquence les voitures et les chevaux appartinssent à la République et fussent entièrement à la disposition du Cen La Billardière. Nous avons prié le commissaire Saliceti que nous avons vu à Bologne [15]  de procurer le nombre nécessaire de chevaux, et il nous a promis de le faire. Nous avons écrit aux agents militaires de Milan pour les prier de faire mettre de l'activité dans la fourniture de ces chevaux, et nous espérons que cette disposition, qui seule peut apporter quelque retard au départ du convoi, n'éprouvera aucune difficulté. Pendant que les chevaux se rassembleront, notre collègue La Billardière doit à Tortone s'occuper des voitures, et les disposer chacune de la manière la plus convenable aux objets qu'elle doit porter.

Nous sommes tous, citoyen ministre, réunis ici, où nous attendons la lettre d'avis de notre ambassadeur[16] pour nous diriger vers Rome et mettre à exécution le traité.[17] Nous croyons partir dans deux jours.[18] Le nombre des objets que le prince de Rome doit fournir est déterminé tant pour les arts que pour les sciences. Le choix de ces objets est par conséquent de la plus grande importance, et nous avons très à cœur de le faire de la manière la plus avantageuse à la République. Si l'Institut national, si les savants et les artistes du Muséum des arts et de la Bibliothèque nationale avaient quelques renseignements utiles à nous faire passer, et dont [nous] nous empresserons de profiter, nous vous prions de nous les adresser le plus promptement qu'il sera possible, chez notre ambassadeur à Rome, où nous mettrons dans nos opérations toute la célérité dont elles seront susceptibles.[19]
Salut et respect.
Monge
Thouin,  Moitte,  BertholletTinet, Berthélemy[20]

[1] Charles DELACROIX (1741-1805).

[2] La première personne du singulier disparaît au profit de celle du pluriel. Monge est chargé de la correspondance de la commission. Elle permet une meilleure compréhension des activités des commissaires ainsi que du cours de la mission et meilleure perception de leurs modalités d’action. 

[3] La tâche des commissaires déterminée par les victoires de l’armée d’Italie et la politique diplomatique ne concerne au début que le nord de l’Italie.

[4]  Voir les lettres n°12, 18, 21, 22, 30, 42, 45, 51, 53 et 55.

[5] Cela constitue le convoi rassemblé à Tortone dont une partie est conduite par La Billiardière jusqu’à Paris et une autre par Escudier jusqu’à Toulon.  Voir infra.

[6] FERDINAND 1er [DE BOURBON] (1751-1802).

[7] En mai 1796, après la défaite des Autrichiens face à Bonaparte, effrayés les ducs de Parme et Modène sollicitent la paix que Bonaparte accorde au prix de lourdes contributions de guerre. Le traité du 9 mai avec le duc de Parme et de Plaisance amène à créer la commission des sciences et des arts dès le 14 mai, et celui du 17 mai avec le duc de Modène complète sa mission.

[8] « La Madone de saint Jérôme » (1527-1528) et la « Madonna della scodela » (1530) du Corrège.

[9] Albert de HALLER (1708-1777) Anatomiste, botaniste et poète Allemand. L’herbier est encore conservé à Paris. Il fait partie de l’imposant cortège d’exposition des fruits de la campagne d’Italie en 1798 qui fera l'essentiel du programme de la fête de la Liberté les 9 et 10 thermidor de l'an VI [26 et 27 juillet 1798]. L’herbier d’Haller est constitué de 59 gros volumes, reliés assez serrés. Il est « l’image biologique » de la dernière publication de Haller en 1768, Historia stirpium indigenearum Helvetiae inchoata, cela lui  confère une importance historique et taxinomique considérable.  (LAMY D. (2005), « Le savoir botanique par les herbiers : une permanence du travail de cabinet », communication lors du Colloque « Voyage en Botanique », Besançon, p. 7. [en ligne]) Thoüin indique que dans la bibliothèque de l’université de Pavie il a pu consulter des ouvrages d’Haller qui comportaient des notes de la main de l’auteur. Il consulte aussi le fameux herbier et donne un nombre de volumes plus important. « Je parcourus plusieurs cartons de l’herbier de ce naturaliste ; il est relié en soixante-douze volumes. Les plantes, passablement desséchées, sont fixées sur les feuilles avec de la cire à cacheter et rangées suivant la méthode de Haller. Il a étiqueté de sa main presque tous les nombreux exemplaires de chaque espèce. C’est une très belle collection. » THOÜIN A. (1841), p. 83.

[10] Ulysse ALDROBRANDI (1522–1605) médecin, et professeur d’histoire naturelle à Bologne. L’herbier d’Aldrobrandi en 15 volumes reliés a été rendu à Bologne. Il a dû être commencé en 1551.  (http://www.sma.unibo.it/erbario/erbarioaldrovandi.html consulté le 12 05 2012.) Thoüin ne manque pas de faire référence aux volumineux travaux du bolonais lors qu’il fait le récit de sa visite à l’Institut de Bologne. « Les manuscrits d’Aldrovande occupent peut-être la seizième partie du local. Si l’on y comprend ses notes, ses herbiers et les minutes de ses ouvrages imprimés, on conçoit à peine comment un homme, en lui supposant la vie la plus longue, a trouvé le temps d’écrire un nombre si considérable de volumes qu’il me paraît impossible de les lire dans le cours de dix années. » THOUIN A. (1841), pp. 193-194.

[11] Lazzaro SPALLANZANI (1729-1799) Dans le cadre de ses missions en tant que directeur du cabinet d’Histoire naturelle de Pavie, Spallanzani cherche à combler les lacunes sur les substances volcaniques. Il part alors effectuer des recherches à Naples au cours de l’été 1788. Voir lettre n°22. Thoüin dans son récit décrit le savant italien. « J’eus à Reggio une longue conversation avec Spallanzani, célèbre par ses voyages et ses expériences sur la fécondation artificielle. C’était un homme d’une haute taille, âgé de soixante-huit à soixante-dix ans, parlant français avec assez de grâce et de facilité. »THOÜIN A. (1841), p. 138.

[12] Dans la lettre suivante à Prieur, la question du développement du réseau d’échanges scientifiques entre l’Italie et la France est manifeste, mais au sein d’un domaine bien déterminé, la mécanique. Voir les lettres n°8, 9 et 22. Le récit de voyage de Thoüin donne plus  d’éléments sur ses rencontres avec les savants italiens notamment à Milan tel que Volta, professeur de physique à Pavie. Voir la lettre n°47.

[13] Ces objets tirés en partie de Bologne ont été reçus par l’École le 2 décembre 1796. Il s’agit d’une chambre obscure en bois d’acajou, un microscope solaire de Martin de Londres pour les objets opaques, dans une boite d’acajou, un deuxième microscope solaire, microscope composé et petit télescope grégorien, dans une même boite d’acajou, un microscope lacernal dans deux boites d’acajou, il s’adapte à la chambre obscure au moyen d’un chassis d’acajou portant deux vis,. Ces instruments sont accompagnés d’ouvrages, L’italiano istrutto sopratolle l’especie del carbon fossile […] de Franscisco Heurin, 1 vol. broché, Esame fisico chymico, […]1 vol. broché. De quam plurimis phosphoris, […], 1 vol. relié, Pareri intorno al raglio della machina di Viariggio, 1 vol. broché, Dei bagni di abani del Salvator Mandruzzato, 2 vol. brochés in- 4°, Lettera sopra una specie d’insetto marino, petite brochure. Voir les lettres n° 17 et 43.

[14] Jacques-Julien LA BILLARDIÈRE (1755-1834) arrive à Paris le 26 Brumaire an V [16 novembre 1796] avec une seule partie du convoi. Il ne transporte pas les tableaux. Ils arriveront en décembre 1796 conduit par Escudier. Voir les lettres n°14, 16, 22, 28, 33, 41, 42, 48, 52 et 53.

[15] Antoine-Christophe SALICETI (1757-1809) commissaire à l’armée d’Italie. Voir lettre n°13.

[16] André-François MIOT DE MELITO (1762-1841) ministre plénipotentiaire à Florence, il est envoyé à Rome pour veiller à l’exécution des clauses de l’armistice de Bologne avec le Pape du 23 juin 1796. Voir les lettres n°13 et 14. Voir la lettre n°14.

[17] Le 5 Messidor an IV [23 juin 1796], Signature de l’armistice de Bologne par le plénipotentiaire du Pape Antonio Grudi  et sous la médiation du chevalier d’Azara, ambassadeur d’Espagne à Rome de l’armistice entre le Saint Siège et la République française. L’article 8 stipule : « Le pape livrera à la République française cent tableaux, bustes, vases, ou statues au choix des commissaires qui seront envoyés à Rome, parmi lesquels objets seront […] compris le buste en bronze de Junius Brutus et celui en marbre de Marcus Brutus […] et 500 manuscrits au choix des commissaires. »

[18] La commission quitte Florence pour Rome le 25 juillet. Ils dînent le soir à Foligno. Ils arrivent à Rome le 29 juillet à 10h du matin. B.É. Voir lettre n°18.

[19] Sur les critères de saisie établis par les commissaires voir la lettre n°120.

[20] Les commissaires André THOÜIN (1747-1824), Jean-Guillaume MOITTE (1746-1810), Claude-Louis BERTHOLLET (1748-1822), Jacques-Pierre TINET (1753-1803), Jean-Simon BERTHÉLÉMY (1743-1811) excepté LA BILLARDIÈRE, chargé du premier convoi mentionné dans la lettre. 

Analyse :

Origine non indiquée par Taton et une transcription de la lettre n’a pas été retrouvée dans les « Notes chronologiques pour servir à la vie de Monge » d’Eschassériaux.

Relations entre les documents

Collection 1796-1797 : Première mission en Italie, La commission des sciences et des arts Prairial an IV - vendémiaire an VI

        Ce document a pour thème CSA- Italie (Convois) comme :
       
14. Monge à sa femme Catherine Huart
       
16. Monge à Carnot
       
18. Monge à sa femme Catherine Huart
        120-2082_IMG.JPG 21. Monge à sa femme Catherine Huart
       
22. Monge à son gendre Nicolas-Joseph Marey
        120-2088_IMG.JPG 28. Monge à sa femme Catherine Huart
        120-2092_IMG.JPG 30. Monge à sa femme Catherine Huart
       
33. La Commission au ministre des relations extérieures
       
41. Les commissaires au ministre des relations extérieures
        121-2108_IMG.JPG 42. Monge à sa femme Catherine Huart
        121-2111_IMG.JPG 45. Monge à sa femme Catherine Huart
        121-2118_IMG.JPG 48. Monge à sa femme Catherine Huart
        121-2122_IMG.JPG 51. Monge à sa femme Catherine Huart
       
52. Les commissaires au ministre des relations extérieures
        53_280197_4_IMG.JPG 53. Monge à sa femme Catherine Huart
       
55. Monge à sa femme Catherine Huart
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120. Les Commissaires au ministre des relations extérieures
       
17. Monge à Prieur
       
43. Monge au directeur de l’École polytechnique
        Ce document a pour thème Réseau scientifique (France-Italie) comme :
       
22. Monge à son gendre Nicolas-Joseph Marey
       
47. Monge aux membres de l'Institut national
       
9. Monge à sa femme Catherine Huart

Collection 1796-1797 : Première mission en Italie, La commission des sciences et des arts Prairial an IV - vendémiaire an VI

       
109. Les Commissaires au Directoire
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11. Monge à sa femme Catherine Huart
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        120-2074_IMG.JPG12. Monge à sa femme Catherine Huart
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        120-2071_IMG.JPG10. Monge à sa femme Catherine Huart
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        53_280197_4_IMG.JPG53. Monge à sa femme Catherine Huart
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Collection 1798 : Seconde mission en Italie Institution de la République romaine et préparation de l’expédition d’Égypte Pluviôse – prairial an VI

       
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Collection 1798-1799 : Le voyage de Civitavecchia à Malte. l'expédition d'Égypte et le retour en France. Prairial an VI – nivôse an VIII

       
203. Monge à sa fille Émilie Monge
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Notice créée par Richard Walter Notice créée le 12/01/2018 Dernière modification le 13/10/2019