La correspondance inédite du géomètre Gaspard Monge (1746-1818)

La correspondance inédite du géomètre Gaspard Monge (1746-1818)


Afficher la visualisation des relations de la notice

173. Monge à sa fille Émilie Monge


Auteur : Monge, Gaspard
Collection : 1798 : Seconde mission en Italie Institution de la République romaine et préparation de l’expédition d’Égypte Pluviôse – prairial an VI  - Voir les autres notices de cette collection

Transcription & Analyse

Transcription linéaire de tout le contenu :
Rome, le 13 floréal de l'an VI de la République
 
Ta dernière me fait de la peine, ma chère amie,[1] mais j'attribue tes inquiétudes à l'absence de ton mari[2] ; s'il avait été là, tu aurais montré plus de courage. Je n'ai pas le choix de ma conduite, et demain matin je me mettrai en route pour l'expédition.[3]
Toutes les fois que je voyage, il me semble toujours que, comme autrefois, j'ai l'une de vous ou quelquefois toutes les deux, auprès de moi.[4] Dans les beaux climats où nous allons partir, ce sera encore la même chose, et j'aurai double plaisir. Quelque part que le souffle du dieu des armées nous fasse arriver, du sommet de quelque monument, au bord de certain fleuve, au bruit de certaines cataractes, ou le soir sous la tente dans le désert, je t'écrirai, ma chère amie, et il me semblera que je te parlerai.
J'ai une grâce à te demander, c'est d'aller à Paris tenir compagnie à ta mère. Ton mari me mandait dernièrement que Louise devait aller avec Eschassériaux dans la Charente Inférieure.[5] Cela lui fera un vide ; et il n'y a que toi qui puisses le remplir.[6]
Devant partir demain, et pressé de besogne, je n'ai pas le temps d'écrire à mon frère de Beaune.[7] Fais-moi le plaisir de lui faire mes adieux et mes excuses.
Adieu, ma chère Emilie, fais agréer mes respects à toutes les aimables citoyennes de la société de Nuits, pense quelquefois à moi, et compte sur la tendresse de ton père.
Monge
 

[1] Émilie MONGE (1778-1867).

[2] Nicolas-Joseph MAREY (1760-1818). Émilie est chez elle à Nuits alors que son mari est à Dijon.

[3] Émilie, comme sa mère, écrit à Monge en tentant de le dissuader de s’embarquer pour l’Égypte. Les arguments sont identiques : occuper son siège au Conseil des Anciens et ne pas faire souffrir sa famille. Le 29 Germinal [an VI] [18 avril 1798], elle lui écrit : « Ah mon cher papa combien ta dernière lettre m’a affectée ; je ne puis te rendre la peine qu’elle m’a faite, tu sembles croire que nous ne nous verrons plus, quel est donc ce fatal voyage ? ah mon cher papa conserve toi pour tes enfants et pour tous ceux qui t’aiment, n’entreprends rien qui puisse nous faire courir le risque de te perdre. Tu es nommé député à Dijon on dit même que tu l’es aussi à Paris. Tu vois que tes concitoyens te rappellent parmi eux d’ailleurs je viens de voir la liste des savants qui doivent partir avec toi un de plus ou de moins n’empêchera pas cette mission et puis tu seras bien plus utile dans ta patrie, on compte beaucoup sur toi pour organiser l’instruction publique. Ah j’espère que tu te rendras aux vœux de tes enfants et de tes concitoyens, que tu quitteras pour toujours cette maudite Italie et que pour toujours aussi tu seras dans le sein de ta famille. Je serai dans une bien grande inquiétude, jusqu’à ce que je sache ta décision. Ah si ton Émilie t’es chère, fais qu’elle soit en ta faveur, envisage mon cher papa quel plaisir nous aurions à nous revoir après avoir craint de ne plus jouir de ce bonheur ; lorsque j’ai reçu ta lettre je ne savais pas encore tu étais député, elle m’avait accablée, heureusement que j’ai reçu une heure après une lettre de mon mari qui me disait que ta nomination était sure. L’idée que tu accepteras m’a tranquillisée, mais, mon cher papa, qu’il me serait affreux d’apprendre le contraire. Mon mari n’a pas encore vu ta lettre il était à Dijon comme électeur et je l’attends aujourd’hui il m’a mandé qu’il t‘avait écrit il y a 2 jours pour t’apprendre cette nouvelle ; adieu mon cher papa réponds-moi sur le champ car je compterais tous les jours jusqu’à ce temps, mais surtout que tu rendes à ta famille et que tu lui ôtes l’inquiétude qu’une si longue absence lui donnerait. Adieu donc tes petits enfants et tes grands se portent bien et ils vivent dans l’espérance de te revoir bientôt. Ton Émilie. »

[4] Lors de ses tournées en tant qu’examinateur de la Marine, Monge avait pour habitude de se faire accompagner de ses filles Émilie et Louise MONGE (1779-1874). Sur l’attitude pédagogique de Monge envers ses enfants voir les lettres n°9, 48, 20, 131 et 171.

[5] Joseph ESCHASSÉRIAUX (1753-1824) est député élu par la Charente depuis 1791 sans interruption.

[6] Monge est inquiet pour sa femme et cela dès le début de sa mission. Voir les lettres n°151, 153, 163, 167, 168, 176, 181 et 182.

[7] Jean MONGE (1751-1813). Le plus jeune des frères Monge. Il est professeur de Mathématiques à Beaune.

Analyse : Transcription établie par René Taton.

Relations entre les documents

Collection 1796-1797 : Première mission en Italie, La commission des sciences et des arts Prairial an IV - vendémiaire an VI

        Ce document a pour thème Monge pédagogue comme :
        120-2052_IMG.JPG 131. Monge à sa femme Catherine Huart
        121-2118_IMG.JPG 48. Monge à sa femme Catherine Huart

Collection 1798 : Seconde mission en Italie Institution de la République romaine et préparation de l’expédition d’Égypte Pluviôse – prairial an VI

        Ce document a pour thème Couple Monge comme :
       
151. Monge à sa femme Catherine Huart
       
163. Monge à son gendre Nicolas-Joseph Marey
       
167. Monge à sa femme Catherine Huart
       
176. Monge à son gendre Nicolas-Joseph Marey
       
181. Monge à sa femme Catherine Huart
       
182. Monge à sa femme Catherine Huart
        Ce document a pour thème Monge pédagogue comme :
       
171. Monge à sa femme Catherine Huart

Collection 1795-1796 : Les débuts de l’École polytechnique. Fin de la Convention et premiers mois du Directoire. Thermidor an III - pluviôse an IV

       
4. Monge à son gendre Nicolas-Joseph Marey
        a pour thème Vie familiale comme ce document

Collection 1796-1797 : Première mission en Italie, La commission des sciences et des arts Prairial an IV - vendémiaire an VI

        Gaspard-Monge-116-4.JPG107. Monge à sa femme Catherine Huart
        a pour thème Monge pédagogue comme ce document
        117-1764_IMG.JPG118. Monge à sa femme Catherine Huart
        a pour thème Monge pédagogue comme ce document
        120-2079_IMG.JPG20. Monge à sa fille Louise
        a pour thème Monge pédagogue comme ce document
        120-2069_IMG.JPG7. Monge à sa femme Catherine Huart
        a pour thème Monge pédagogue comme ce document
       
9. Monge à sa femme Catherine Huart
        a pour thème Monge pédagogue comme ce document
        120-2052_IMG.JPG131. Monge à sa femme Catherine Huart
        a pour thème Vie familiale comme ce document

Collection 1798 : Seconde mission en Italie Institution de la République romaine et préparation de l’expédition d’Égypte Pluviôse – prairial an VI

       
152. Monge à sa femme Catherine Huart
        a pour thème Couple Monge comme ce document
       
153. Monge à Bonaparte
        a pour thème Couple Monge comme ce document
       
168. Monge à sa femme Catherine Huart
        a pour thème Couple Monge comme ce document
       
167. Monge à sa femme Catherine Huart
        a pour thème Vie familiale comme ce document

Collection 1798-1799 : Le voyage de Civitavecchia à Malte. l'expédition d'Égypte et le retour en France. Prairial an VI – nivôse an VIII

       
198. Monge à sa fille Louise Monge
        a pour thème Couple Monge comme ce document
       
187. Monge à sa femme Catherine Huart
        a pour thème Marine (examinateur) comme ce document

Autres relations : Sur l’attitude pédagogique de Monge envers ses enfants voir les lettres n°9, 48, 20, 131 et 171.
Notice créée par Richard Walter Notice créée le 12/01/2018 Dernière modification le 28/09/2019