La correspondance inédite du géomètre Gaspard Monge (1746-1818)

La correspondance inédite du géomètre Gaspard Monge (1746-1818)


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151. Monge à sa femme Catherine Huart


Auteur : Monge, Gaspard
Collection : 1798 : Seconde mission en Italie Institution de la République romaine et préparation de l’expédition d’Égypte Pluviôse – prairial an VI  - Voir les autres notices de cette collection

Transcription & Analyse

Transcription linéaire de tout le contenu :
Rome, le 9 ventôse de l'an VI de la République française
Il est parti d'ici il y a deux jours, ma chère amie, un courrier extraordinaire par lequel je voudrais bien avoir pu t'écrire, parce que les nouvelles qu'il pourra répandre à Paris te donneront peut-être de l'inquiétude, surtout ne recevant aucune nouvelle de moi, et que celle-ci t'arrivant par les voies ordinaires te laissera longtemps dans l'incertitude.[1]
L'armée de Rome a été mécontente d'être sous les ordres du général Masséna. Tous les officiers se sont assemblés au Panthéon sous le prétexte de réclamer la solde de l'armée qui est arriérée de plusieurs mois, et dans l'intention réelle de repousser Masséna.[2] Pendant cette agitation les prêtres ont cru pouvoir soulever le peuple contre les Français qui n'ont pas tardé à rétablir le calme dans la ville ; on juge aujourd'hui ceux qui ont le plus contribué à cette rébellion.
Masséna a paru se démettre de son commandement, et est parti de Rome en laissant les affaires entre les mains de Berthier[3] ; mais arrivé à Viterbe, il s'est repenti, et a écrit à Berthier qu'il conservait le commandement que lui avait donné le Directoire.[4] Berthier est parti sur le champ pour conférer d'abord avec Masséna et pour aller de là à Mantoue où il paraît que les choses exigent aussi sa présence.
Cette situation des choses rend les affaires de Rome un peu plus difficiles qu'elles ne l'étaient d'abord. Quant à nous, nous allons nous occuper de faire le plus promptement qu'il nous sera possible l'organisation définitive de la République romaine[5] ; et du moment que notre présence ne sera plus ici d'une grande nécessité, et que nous aurons rempli l'objet de notre mission, nous nous hâterons, du moins moi, de retourner à Paris auprès de toi et de la pauvre École polytechnique.[6]
Mille choses aimables de ma part aux ménages Eschassériaux,[7] Berthollet,[8] Baur,[9] Monge,[10] à ceux de mes collègues de l'Ecole que tu auras occasion de voir,[11] une petite caresse à Paméla,[12] et compte sur le tendre attachement de ton ami.
Monge

[1] En effet Catherine exprime une vive inquiétude dans sa lettre de Paris le 22 ventôse an VI [12 mars 1798]. Voir la lettre n° 160. Lors de cette deuxième mission, Monge se montre plus inquiet au sujet de sa femme, parce qu’elle est elle-même plus inquiète et contrariée. Voir les lettres n°153, 163, 167, 168, 173, 176, 181 et 182.

[2] André MASSÉNA (1758-1817). Le remplacement de Berthier par Masséna provoque une insurrection de l’Armée de Rome contre son nouveau chef. Le 2 ventôse an VI [20 février 1798] après s’être rassemblés, les officiers votent une délibération selon laquelle ils ne se soumettraient pas aux ordres de leur nouveau chef.  Voir les lettres n°150, 152, 153, 155, 160, 161, 162 et 163. Voir infra une réponse de Masséna à Berthier.

[3] Louis-Alexandre BERTHIER (1753-1815) général en chef de l’Armée d’Italie. Le 15 pluviôse an V [3 février 1798], le Directoire nomme Masséna commandant en chef des troupes détachées de l’armée d’Italie pour occuper Rome en remplacement de Berthier. Voir la lettre n°150. Dès le 11 janvier 1798 Bonaparte lui écrit : « Le Directoire vous envoie des instructions très précises sur tout ce qu’il désire que vous fassiez. L’honneur de prendre Rome vous est réservé. […] Vous êtes nommé, au reste, pour remplir les fonctions de chef de l’état-major de l’armée d’Angleterre. Bien entendu qu’auparavant vous finirez de pacifier l’Italie et de venger l’honneur national, qui a été outragé avec si peu de ménagements. » (2298, CGNB). C’est finalement le 18 ventôse an VI [8 mars 1798] que Berthier est officiellement nommé. (PV du Directoire, t. IV, p. 120.)

[4] Une lettre de Masséna à Berthier général en chef de l’Armée d’Italie a pu être retrouvée mais il ne s’agit pas de celle que Monge mentionne puisqu’elle est datée du 11 ventôse. Il s’agit alors sans doute de la réponse de Masséna à celle de Berthier. Du Quartier général de Ronciglione [Italie, au Sud de Viterbe], 11 ventôse an VI [1er mars 1798], Masséna revendique son poste : « Je ne sçais pourquoi vous voulés que je ne persiste pas à garder le commandement qui m'a été confié par le Directoire exécutif ; lui seul peut m'en dépouiller [...]. Les circonstances peuvent faire céder à la force, mais jamais au devoir. Une poignée de factieux n'ont pas le droit de me ravir ce que mes longs services m'ont mérité[...] Dans une lettre particulière que m'écrit le directeur Barras, il me dit que je puis me servir des frégates ou vaisseaux qui se trouvent à Ancône ou de préférence à Civita Vecchia pour le transport du pape et de sa famille [...] ». Lettre mise en vente en 2002 à Drouot. 1 p. 1/2 in-folio, en-tête imprimé Armée de Rome avec belle vignette gravée sur cuivre, adresse au dos, déchirure due à l'ouverture sans manque de texte. Transcription communiquée dans le catalogue.  

[5] Sur les instructions et les tâches données aux commissaires du Directoire voir les lettres n°145, 150, 152, 154, 155, 156, 157, 160 et 163.

[6] Lors de son absence de mai 1796 à Octobre 1797, l’École polytechnique a subi plusieurs attaques (voir les lettres n°17, 43, 77, 95) ; à son retour il accepte la direction de l’École afin de la défendre (voir les lettres n°127, 145 et 146). Monge ne cesse jamais de montrer une active préoccupation pour l’école voir les lettres n°3, 15, 84, 87, 95, 103, 132, 145, 146, 153, 156, 168, 170, 185.

[7] Louise MONGE (1779-1874)  et Nicolas-Joseph ESCHASSÉRIAUX (1753-1824).

[8] Marie-Marguerite BAUR (1745-1829) épouse de Claude-Louis BERTHOLLET (1748-1822) et leur fils Amédée BERTHOLLET (1783-1811).

[9] Anne Françoise HUART (1767-1852), son mari Barthélémy BAUR (1752-1823) et leur fils Émile BAUR (1792- ?).

[10] Louis MONGE (1748-1827) et Marie-Adélaïde DESCHAMPS (1755-1827).

[11] Catherine loge à l’École polytechnique dans le logement de fonction du Directeur. Elle sert ainsi d’intermédiaire entre Monge et ses collègues voir les lettres n°147, 154, 156, 160, 164, 167 et 177.

[12] Marie-Élisabeth Christine LEROY (1783-1856) appelée Paméla, nièce de Catherine HUART.

Auteur(s) de la transcription : Dupond, Marie
Analyse : Transcription établie par René Taton et inscrite dans le corpus 1795-1799. 
Auteur de l'analyse : Dupond, Marie

Relations entre les documents

Collection 1796-1797 : Première mission en Italie, La commission des sciences et des arts Prairial an IV - vendémiaire an VI

        120-2100_IMG.JPG38. Monge à sa femme Catherine Huart
        a pour thème CSA- Fondation République romaine comme ce document

Collection 1798 : Seconde mission en Italie Institution de la République romaine et préparation de l’expédition d’Égypte Pluviôse – prairial an VI

       
150. Monge à sa femme Catherine Huart
        a pour thème CSA- Fondation République romaine comme ce document
       
153. Monge à Bonaparte
        a pour thème CSA- Fondation République romaine comme ce document
       
155. Monge à Bonaparte
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156. Monge à sa femme Catherine Huart
        a pour thème CSA- Fondation République romaine comme ce document
       
152. Monge à sa femme Catherine Huart
        a pour thème Couple Monge comme ce document
       
153. Monge à Bonaparte
        a pour thème Couple Monge comme ce document
       
168. Monge à sa femme Catherine Huart
        a pour thème Couple Monge comme ce document
       
173. Monge à sa fille Émilie Monge
        a pour thème Couple Monge comme ce document
       
176. Monge à son gendre Nicolas-Joseph Marey
        a pour thème Couple Monge comme ce document
       
181. Monge à sa femme Catherine Huart
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167. Monge à sa femme Catherine Huart
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148. Monge à sa femme Catherine Huart
        a pour thème École polytechnique comme ce document
       
156. Monge à sa femme Catherine Huart
        a pour thème École polytechnique comme ce document
       
164. Monge à sa femme Catherine Huart
        a pour thème École polytechnique comme ce document
       
167. Monge à sa femme Catherine Huart
        a pour thème École polytechnique comme ce document
       
168. Monge à sa femme Catherine Huart
        a pour thème École polytechnique comme ce document
       
169. Monge à Guyton de Morveau
        a pour thème École polytechnique comme ce document
       
177. Monge à sa femme Catherine Huart
        a pour thème École polytechnique comme ce document

Collection 1798-1799 : Le voyage de Civitavecchia à Malte. l'expédition d'Égypte et le retour en France. Prairial an VI – nivôse an VIII

       
198. Monge à sa fille Louise Monge
        a pour thème Couple Monge comme ce document
       
203. Monge à sa fille Émilie Monge
        a pour thème École polytechnique comme ce document

Autres relations :
  • Sur l'inquiétude entre Catherine Huart et Gaspard Monge voir les lettres n°153, 160, 163, 167, 168, 173, 176, 181 et 182.
  • Sur l'insurrection de l'armée à Rome, voir les lettres n°150, 152, 153, 155, 160, 161, 162 et 163.
  • Sur la préoccupation de Monge pour l’École polytechnique voir les lettres n°3, 15, 84, 87, 95, 103, 132, 145, 146, 153, 156, 168, 170, 185.
  • Sur les attaques de l’École polytechnique, voir les lettres n°127, 145 et 146.
  • Sur les instructions et les tâches données aux commissaires du Directoire voir les lettres n°145, 150, 152, 154, 155, 156, 157, 160 et 163.
Notice créée par Marie Dupond Notice créée le 08/11/2016 Dernière modification le 20/08/2019